Coucou ! Comment se passe le NaNo pour celles et ceux parmi vous qui le font ? De mon côté c'est nickel, je suis sur un serveur discord où on se motive mutuellement et je dois dire que ça aide. D'ailleurs, j'ai une très bonne nouvelle : cette fanfiction est désormais traduire en anglais par ma fantastique bêta, Paersephone (/u/5503799) ! Je suis vraiment très heureuse et fière de son travail. Sans plus attendre, le chapitre du jour !
Le silence régnait parmi son groupe d'amis quand elle les rejoignit. Naruto, les traits assombris par une sourde colère, attrapa sa main dans la sienne et serra, sans se soucier du sang d'Hinata qui se trouvait encore sur ses doigts. Il était tendu, comme s'il entendait lui aussi une voix qui lui murmurait à l'oreille d'y retourner et de venger leur amie, de faire couler le sang, de déployer un carnage digne de cette offense. Ce n'était pas impossible. Maintenant qu'il savait que Kyûbi se trouvait en lui, peut-être entendait-il sa voix… Et le renard ne voulait rien tant qu'une occasion de sortir de cette enveloppe physique pour détruire Konoha, qui l'avait enfermé là en premier lieu.
Le panneau entre les deux balcons bourdonna et deux nouveaux noms apparurent. Sabakku no Gaara vs Rock Lee. Hitomi inspira profondément, l'esprit acéré, tranchant. Elle croyait en Gaara, elle lui aurait confié sa vie sans hésiter. Ce combat se passerait bien pour tous les deux. Et si quelque chose n'allait pas… Elle pouvait toujours les raisonner, l'un comme l'autre. Elle s'autorisa un sourire lorsqu'ils descendirent côte à côte, comme des alliés alors qu'ils n'avaient pas échangé plus de quelques mots depuis leur rencontre dans la Forêt de la Mort.
— Hajime ! s'exclama Hayate une fois qu'ils furent face à l'autre.
Lee s'élança, tandis que Gaara restait soigneusement immobile. Les mouvements de l'attaquant étaient incroyablement rapides et fluides, mais non dénués d'élégance. Chacun de ses élans était arrêté par un mur de sable, toujours juste un peu plus rapide que lui. Gai Maito, sur le balcon opposé, cria soudain quelque chose qui le figea sur son perchoir, la statue des mains de ninja composant la Mudra du Tigre.
— Lee ! Retire-les !
— Sauf votre respect, Gai-sensei, ce n'est que pour quand je dois protéger plusieurs personnes importantes !
— Pas de problème, tu as mon autorisation, juste cette fois !
Le visage de Lee s'illumina d'un mélange d'incompréhension et de ravissement qui crispa le cœur d'Hitomi. Il s'assit sur les doigts de la statue, fouilla sous ses guêtres et en extirpa deux séries de poids qui n'avaient rien d'extraordinaire, vus du balcon, mais la jeune fille savait, elle se souvenait de ce moment comme si elle l'avait déjà vécu. Pourtant, comme les autres, elle sursauta quand les poids touchèrent le sol et y creusèrent des cratères jumeaux dans un bruit de fin du monde.
— Vas-y, Lee, déchaîne-toi !
Le garçon obéit, si rapide qu'il disparaissait à la vue pour se fondre dans une vague forme verte. Soudain, Gai-sensei apparut aux côtés de Kakashi-sensei, les deux hommes échangeant un regard amusé et fier tout à la fois. Hitomi devait avouer qu'elle avait sursauté à nouveau en le sentant apparaître si soudainement, mais au moins elle ne l'avait pas menacé d'une arme, lui. Quand il sourit et se présenta, elle répondit du bout des lèvres et détourna le regard. Elle venait de menacer l'un de ses élèves, il devait lui en vouloir.
Sa respiration se coupa un instant tandis que ses pensées revenaient à Hinata. Elle avait été si pâle, si pâle… Elle déglutit nerveusement, frotta ses paumes moites contre son kimono, tenta de se concentrer sur ce qui se déroulait en bas. Le sable de Gaara avait de plus en plus de mal à suivre, et pourtant Lee ne cessait d'accélérer, comme s'il n'y avait aucune limite à la vitesse que son corps pouvait adopter. Il parvint à frapper son adversaire, une fois, deux fois, des hématomes fleurissant immédiatement sur la peau pâle de l'Enfant du Sable tandis que Kankurô et Temari laissaient échapper des exclamations surprises.
— Il n'avait jamais été blessé avant ça, hm ?
— Non, jamais !
— Hm hm, il se repose beaucoup trop sur la défense que lui fournit son sable. Il n'esquive rien, n'essaye pas de parer… Contre Lee qui n'est qu'un Genin, ce n'est pas grave, mais si un jour il devait affronter un adversaire plus puissant, un adversaire qui comprendrait instantanément cette faiblesse et chercherait à en profiter…
Elle laissa sa voix faiblir, son ton un mélange de réflexion et d'inquiétude. Peut-être cela suffirait-il à planter la graine de doute dans l'esprit de son frère et de sa sœur, peut-être apprendrait-il à contourner cette difficulté. Elle l'espérait. Sans cela, elle ne voyait pas comment il pourrait s'en sortir face à Deidara… Mais elle travaillait toujours là-dessus, et le fait que Kakashi-sensei lui ait finalement expliqué le principe des sceaux corporels lui ouvrait un nouveau champ d'action qu'elle n'avait pas envisagé jusqu'alors.
— C'est l'armure de sable ! s'exclama Kankurô d'un air fasciné.
— L'armure de sable ?
Naruto avait l'air à la fois perplexe et émerveillé. Pour lui qui se reposait énormément sur son taijutsu, les enchaînements de Lee devaient être absolument fascinants. Pourtant, cette discipline était l'une des seules qu'il ne pouvait développer en se servant de ses clones pour apprendre plus vite… Mais il n'avait pas encore découvert qu'il pouvait faire ça. Peut-être Hitomi devrait-elle lui offrir l'idée, quand elle en aurait l'occasion. Avec des réserves de chakra comme les siennes, on s'orientait vers le ninjutsu. Son épée ferait des merveilles avec des techniques Fûton…
Soudain, Lee disparut totalement pendant une seconde. Il avait déroulé ses bandages et Hitomi savait ce qu'elle voulait dire. Elle grimaça à chaque impact, ne pouvant s'empêcher de se raidir quand le Konohajin attrapa son ennemi dans son étreinte et fonça avec lui tête la première vers le sol, à toute vitesse. Pendant une seconde, elle crut que Lee avait gagné, que Gaara n'avait pas eu le temps de permuter… Mais la poussière se dispersa et révéla l'armure de sable qui tombait en morceaux, vide.
Cette fois ce fut Gaara qui passa à l'attaque, profitant du contrecoup que la Fleur du Lotus Recto imposait à Lee pour attaquer, son sable courant avec lui de tous les côtés. Le jeune homme n'était plus capable de courir comme il l'avait fait auparavant, son corps mis à rude épreuve après la technique interdite. Hitomi redoutait qu'il ouvre les Portes et se blesse davantage, mais soudain le sable fondit sur lui comme un millier d'aigles et ce fut fini, le Sarcophage de Sable se refermant sur lui à la façon d'une étreinte.
— Je pourrais continuer ma technique et le broyer, dit Gaara d'une voix forte mais dénuée d'émotion. Cependant, je ne souhaite pas faire couler le sang d'un adversaire valeureux.
L'examinateur semblait un peu abasourdi, comme tous les Genin qui avaient vu de quoi Lee était capable.
— Sabakku no Gaara, vainqueur !
En entendant ces mots, Gaara desserra l'étreinte de son sable, reposant soigneusement Lee sur le sol. Il s'approcha, l'un de ses rares, discrets sourires sur les lèvres, et les deux jeunes hommes se serrèrent la main, remontant ensemble sur le balcon où les attendait Hitomi.
— Vous étiez fantastiques, tous les deux, dit-elle d'une voix douce.
Le compliment sembla remonter le moral du perdant, qui lui offrit un de ses sourires rayonnants.
— Tu verras, la prochaine fois, je gagnerai, je t'en fais la promesse ! Si j'échoue, je ferai deux cent fois le tour de Konoha en rampant !
— Je suis persuadée que tu y arriveras. Je serai là pour te regarder, quand ce jour viendra.
Elle était sincère. Elle s'était attachée à Lee durant les trois jours à l'intérieur de la tour. Tous les matins, il avait été là pour l'accueillir et discuter avec elle. Il l'avait même plusieurs fois réconfortée quand elle se réveillait en sursaut d'un cauchemar – des yeux jaunes et une langue interminable. Il semblait toujours intimidé quand il la touchait, mais il le faisait avec respect et délicatesse, malgré la force terrible dont ses mains calleuses étaient capables. Il était patient, tendre, attentif aux plus petits détails, et son tempérament passionné avait touché quelque chose en elle, qui pourtant était toujours désireuse de tranquillité, de paix.
— Lee ? Ce dîner qu'on doit partager une fois l'épreuve terminée… On pourrait en faire un rencard, si tu veux.
Il semblait soudain au bord des larmes, comme si elle lui avait proposé de l'épouser. Il sourit encore plus, si c'était possible, les joues d'une intense nuance de rose, puis hocha vigoureusement la tête.
— Ca marche ! Je viendrai te chercher chez toi. Dix-huit heures, demain ? Merci de me laisser une chance !
— Tu le mérites, Lee. Tu es très brave.
Sur ce, elle se détourna avec un sourire. Kakashi et Gai avaient l'air d'hésiter tous les deux entre trépigner d'impatience – les Jônin, ces commères – et rouler des mécaniques pour protéger leur élève respectif. Elle leva les yeux au ciel en les voyant, mais sur ses lèvres s'était dessinée l'image même de l'attendrissement. Elle se réfugia aux côtés de Gaara tandis qu'Ino était déclarée vainqueur par absence d'adversaire, et donc qualifiée. Du bout des doigts, elle effleura les joues meurtries de son ami.
— Ce sont tes seules blessures ?
— Hm hm.
— Quand on rentrera à la maison, je demanderai à Ensui-shishou de te soigner ça, s'il est là. Si pas, ce sera Yoshino-san, la mère de Shikamaru. Je n'ai pas envie que tu passes par toutes les couleurs avant que ça guérisse, ça casse un peu le personnage.
— Ca me fait un peu bizarre, de m'être pris des coups. Je m'entraînerai sans doute encore avec lui, à l'avenir.
— Il en sera ravi, j'en suis certaine. Merci de ne pas l'avoir blessé. Je sais que tu aurais pu. Ça aurait été facile.
— Oui, mais pourquoi verser le sang quand ce n'est pas nécessaire ? Tu sais… J'ai beaucoup parlé à Naruto, dans la tour. À propos des démons en nous et… D'autres choses. Il m'a parlé de son rêve de devenir Hokage, et je crois bien que j'aimerais prendre la succession de mon père à la tête de Suna, un jour.
Les yeux d'Hitomi s'écarquillèrent de surprise. Elle ne s'était pas attendue à ça, et pourtant c'était si logique, si naturel. Gaara et Naruto étaient faits pour s'entendre.
— Je suis sûre que tu feras un formidable Kazekage quand ce jour viendra.
Ils échangèrent un sourire puis redirigèrent leur attention vers Hayate Gekko, qui appelait les vainqueurs à le rejoindre en bas. Hitomi resta sur le balcon, entourée de Gai et Kakashi. Quant à Orochimaru, il avait disparu elle ne savait où ; il n'était pas revenu après leur rencontre dans la Salle des Sceaux, ce dont elle ne pouvait s'empêcher de se sentir soulagée. Cette crise d'angoisse… Elle n'avait jamais rien connu d'aussi violent. Elle sentait qu'il lui faudrait passer pas mal de temps avec sa psychologue pour tout raconter, et encore dix fois ce temps pour parvenir à purger son esprit de la terreur abjecte qui l'envahissait à la simple idée de revoir le Sannin.
— Vous avez atteint la troisième épreuve de l'examen de sélection des Chûnin, dit l'examinateur, en bas. Il manque l'un d'entre vous, mais je vous adresse mes félicitations ! Maître Hokage… La parole est à vous.
— Hrmh ! Je vais à présent vous expliquer en quoi consiste l'épreuve finale ! Comme je vous l'ai expliqué, vous allez combattre devant un public pour cette épreuve. En tant que représentants des forces de vos pays respectifs, vous vous devez de donner un spectacle digne de ce nom, en vous livrant totalement. Pour ce faire, l'épreuve débutera dans un mois !
Aucun des participants ne montra la moindre surprise, ce qui sembla contrarier Hiruzen. À croire qu'il pensait la jeune génération trop impatiente et impulsive pour aller se perdre dans les archives… De l'avis d'Hitomi, cet endroit était pourtant comme un écho de paradis. Si seulement tant de rayonnages ne lui avaient pas été interdits…
— J'estime que c'est un délai raisonnable pour tout préparer. Dans un premier temps, il nous faut annoncer à toutes les éminences qui viendront assister au tournoi la programmation de celui-ci, ainsi que les dates, les heures et le lieu. Mais pour vous, c'est surtout un temps précieux de préparation personnelle.
— Ca ne nous avance pas à grand-chose, grommela Kankurô, qui perdait patience. Vous pouvez préciser ?
— Vous aurez besoin de ce temps pour connaître votre adversaire et vous connaître vous-mêmes. Vous analyserez les informations que vous avez glanées lors des phases préliminaires et évaluerez vos chances de succès. Jusqu'à présent, comme lors d'une vraie mission, vous avez affronté des gens dont vous ne saviez rien, ou presque. Mais ici, il s'agit d'autre chose. Certains d'entre vous ont dévoilé leurs secrets aux yeux de leurs rivaux, d'autres ont été blessés face à des adversaires de grande valeur… C'est dans un souci d'équité que nous avons imposé ce délai au cours duquel chacun d'entre vous pourra faire le vide, puis chercher à se dépasser… Sans oublier de se reposer !
Des hochements de tête approbateurs parcoururent les Genin sélectionnés. Ils savaient que quel que soit leur futur adversaire, ils devraient se préparer à l'affronter, pour se montrer à la hauteur.
— Vous pourrez disposer dans un instant. Il reste une dernière formalité à accomplir.
— Quoi encore ? s'exclama Naruto. Il faut qu'on aille s'entraîner !
Hitomi étouffa un petit rire tandis que Kakashi secouait la tête, le visage entre les mains. En bas, Anko s'avança, une boîte aveugle entre les mains.
— Allons, calme-toi, gamin. Vous tous, vous allez tirer un petit papier dans cette boîte. C'est moi qui viens à vous, donc attendez votre tour.
Tour à tour, les candidats annoncèrent leurs numéros. Hitomi avait déjà déduit que la plupart des combats seraient semblables à ceux du canon, à peu de détails près.
— Chers concurrents, voici votre adversaire lors du tournoi !
Aussitôt, Kakashi activa son Sharingan pour pouvoir lire les noms. Il répéta les matches un à un pour Hitomi, lui permettant de suivre elle aussi.
— Naruto contre Neji, Gaara contre Sasuke, Kankurô contre Shino, Temari contre Ino contre Shikamaru.
— Ouch, ce dernier match va faire mal… Je peux voir Ino botter les fesses de Shikamaru quand il n'est pas motivé, mais Temari est un problème de tout autre niveau.
En bas, le Hokage achevait d'expliquer le tournoi aux participants. Hitomi devait admettre qu'elle aimait cette idée, le fait que gagner le tournoi n'était pas obligatoire pour être promu. Elle aurait vraiment, vraiment aimé participer, mais apparemment, il y avait des choses qui avaient la priorité par rapport à un grade, à ses yeux. Peut-être n'avait-elle pas encore perdu toute moralité. Cette pensée la rassurait peut-être, juste un tout petit peu.
Quand elle vit les autres se disperser, elle s'en alla de son côté. Elle désirait passer un peu de temps seule, peut-être pour méditer à l'intérieur de sa Bibliothèque, ébranlée depuis sa rencontre avec Orochimaru. Kakashi, quant à lui, était descendu féliciter Naruto et lui parler de son programme d'entraînement. Elle savait qu'aucun de ses frères n'aurait besoin d'elle pendant le mois qui viendrait. Shikamaru et Ino auraient droit à un entraînement très intense de la part de leurs pères, et les Enfants du Désert seraient entre les mains très efficace de leur sensei, avec peut-être des spécialistes qui feraient la route depuis Suna pour guider Temari et Kankurô parmi leurs arts respectifs. Gaara… Gaara ne partageait son ninjutsu si caractéristique qu'avec son père, et il ne lui demanderait jamais rien de la sorte.
Cela signifiait que pendant un mois Hitomi était libre de s'entraîner avec Ensui, quand ses devoirs auprès de Shikaku lui laisseraient du temps pour sa pauvre apprentie. Elle devait aussi caser dans ce programme l'entraînement d'Hai, qui avait été suffisamment postposé, et elle voulait aller voir Yoshino pour être lancée sur le ninjutsu médical. Il lui fallait également commencer à bouger ses pions pour les prochains écueils qui attendaient sur son chemin, soigneusement analyser ce que le canon lui disait à ce propos, en bref, planifier et réfléchir, deux choses pour lesquelles elle n'avait pas été si douée ces derniers temps. N'avait-elle pas laissé Orochimaru marquer Sasuke, alors qu'elle savait que cela allait se produire ?
Quand elle arriva chez elle, son frère dormait profondément. Kakashi avait pris soin de l'installer dans son lit et de le couvrir, et avait même rangé certaines des affaires qu'il avait emportées avec lui dans la Forêt de la Mort. Oh, Sasuke serait absolument furieux en apprenant que son professeur avait mis les mains dans son paquetage. Avec un petit sourire, elle quitta sa chambre, laissant la porte ouverte pour qu'il puisse entendre sa présence au rez-de-chaussée quand il se réveillerait et s'installa au salon, en fleur de lotus.
Sa Bibliothèque avait souffert de la nuit passée dans la Forêt de la Mort, puis de la rencontre avec le déserteur dans la Salle des Sceaux. Le sol couvert de sang était de retour, tout comme la porte au fond de la salle. Certaines étagères étaient fissurées, comme ils elles avaient été violemment bousculées. Avec un soupir, Hitomi se mit au travail, rangeant un espace après l'autre jusqu'à ce que son esprit soit dans un état satisfaisant. Elle passa devant une note soulignée trois fois qui lui rappelait de passer chez sa thérapeute pour son rendez-vous le surlendemain et ne put retenir un léger sourire. Fukuda-san saurait sans doute comment l'aider.
Cela lui prit une heure, et quand elle ouvrit les yeux le ciel se teintait lentement des couleurs du crépuscule, même si le soleil ne se trouvait pas encore tout à fait sur la ligne d'horizon. Ni sa mère ni Naruto n'étaient rentrés. Pour le blond, elle imaginait sans peine la raison : il était à la recherche d'un entraîneur et Kakashi le confierait sans doute très vite à Jiraiya, sans passer par la case Ebisu, pas alors que son sceau avait un problème. Pour Kurenai… Elle était sans doute encore en train d'attendre des nouvelles d'Hinata. La respiration d'Hitomi se bloqua dans sa poitrine. Les mains tremblantes, elle prit l'un de ses kunai et s'entailla le doigt pour invoquer Hoshihi, qui pendant le tournoi avait goûté à un repos bien mérité dans le Monde Spirituel.
— Invocatrice ? Qu'est-ce qui ne va pas ?
— J'ai… J'aimerais juste que tu restes avec moi, si tu n'as rien d'important à faire.
— Ne fais pas la cervelle de souris. Tu sais que j'ai toujours du temps pour toi.
Plus tard, quand elle eut eu droit à une longue séance de câlins sur le canapé, presque trop petit pour le chat géant, elle cuisina assez pour sa famille entière, et finit par manger seule, glissant des morceaux de poisson à son compagnon quand il lui faisait les yeux doux. Elle s'était dégoté un livre pour s'occuper, mais son cerveau enregistrait les mots écrits sans s'y investir. Le visage pâle et meurtri d'Hinata ne cessait de danser devant ses yeux fatigués, assorti d'un amer goût d'échec qui ne semblait pas vouloir quitter sa langue, quel que soit le nombre de verres de jus d'orange qu'elle buvait.
Finalement, elle entendit des pas dans l'entrée. Avec un petit bruit chargé de détresse et d'angoisse, elle courut se réfugier dans les bras d'Ensui avant même qu'il ait fini d'ôter ses chaussures, le faisant pratiquement tomber. Sans poser de question, il l'enlaça aussi fort qu'il le pouvait. Il lui faisait mal, juste un peu. C'était parfait comme ça. Elle s'agrippa à ses vêtements jusqu'à ce que ses jointures blanchissent, inspira son odeur comme une drogue, pressa son visage contre son cou, là où elle pouvait sentir son pouls et sa chaleur, si nécessaire.
Il finit par la soulever de terre et l'emporter au salon, refusant de la relâcher. Il la déposa sur le canapé qu'Hoshihi avait bien volontiers déserté, s'assit de manière à toujours pouvoir la tenir dans ses bras, caressa la cicatrice sur sa joue d'un pouce calleux. Ses traits étaient creusés d'inquiétude, les yeux gris sombre profondément enfoncés dans leurs orbites hantés d'une vague lueur amère.
— Kakashi et Gaara m'ont tout raconté, murmura-t-il d'une voix rauque. Je vais tuer ce bâtard.
Cette idée l'emplit d'une violente détresse. Ensui était merveilleusement fort… Mais il n'était pas un Sannin. Quoi qu'il fasse, quels que soient les progrès qui l'attendaient encore, il ne serait jamais un Sannin.
— Vous allez mourir si vous vous lancez à sa poursuite. Je n'ai pas besoin d'un cadavre. J'ai besoin de vous. Que vous me rendiez plus forte, aussi forte que possible. J'ai besoin que vous m'entraîniez.
— Je… Je sais que tu as raison. Mais peut-être, un jour, si j'en ai l'occasion…
Oh, elle comptait lui en donner l'occasion. Il était temps que l'un de ses plans se passe comme prévu, et l'un d'eux était prêt à être mis à exécution. Une seule chose manquait à sa réalisation : le déroulement de l'invasion. Mais Hitomi n'avait rien fait pour fondamentalement empêcher cet évènement. Orochimaru pouvait toujours prendre le contrôle de Suna en se faisant passer pour le Kazekage, il lui suffisait de se trouver d'autres alliés pour la diversion qui démarrerait les opérations. Si l'invasion se déroulait sans changement majeur… Alors le plan qui donnerait l'occasion à Ensui de participer à la chute d'Orochimaru pourrait être appliqué, lui aussi.
Elle y avait énormément songé, tout au long de sa traversée de la Bibliothèque. Elle demanderait à Haku et Zabuza s'ils pouvaient faire un crochet par le Pays du Feu, sans se faire connaître dans Konoha – ils étaient toujours des déserteurs, après tout. S'ils pouvaient l'entraîner, l'aider à améliorer son Suiton, il y avait de bonnes chances pour qu'ils soient encore là quand elle aurait besoin de leur aide pour des problèmes plus sérieux.
— Tu as déjà pensé à ce que tu veux faire ? L'entraînement, c'est vaste.
— Fûinjutsu en priorité, avec vous. Kakashi-sensei m'a donné les premières clés pour les sceaux corporels, je veux travailler là-dessus, et peut-être en créer quelques-uns de mon cru. J'ai déjà quelques idées… Mais je ne sais pas si ce sera possible.
— Et pour Hai-chan ? intervint Hoshihi, qui s'était étendu de tout son long sur l'épais tapis à ses pieds.
— Je doute que ma mère soit occupée pendant le mois qui vient, pas alors que Shino peut compter sur son clan pour travailler sur ses techniques et ses compétences individuelles. Elle pourra m'aider à trouver quelque chose pour ton apprentie, pour développer ses talents. Je la prendrai à partir de demain, si tu n'y vois pas d'inconvénient.
— Je n'en vois pas, mais j'aimerais pouvoir surveiller l'entraînement. Hai-chan est parfois assez dispersée, et elle n'est pas apprentie depuis longtemps.
La jeune fille accepta d'un petit hochement de tête, les traits songeurs.
— Et puis il y a le ninjutsu médical aussi que je veux travailler. Je sais que vous avez les bases, shishou, mais je me demandais si Yoshino-san pourrait m'aider dans ce domaine. J'ai entendu dire qu'elle était terrifiante sur le terrain, quand elle faisait encore partie des troupes actives.
— Tu as bien fait tes recherches. Yoshino était, et est toujours, une excellente médic, mais ce qui la rendait très précieuse aux yeux de ses coéquipiers était le fait qu'elle sache se défendre, même en plein milieu d'une procédure médicale. Je crois que certains vétérans d'Iwa en ont encore des cauchemars.
— Oh, et j'aimerais aussi travailler sur mon ninjutsu et mon kenjutsu. Ni l'un ni l'autre ne me servent à rien si je ne peux pas m'en servir pour toucher mon adversaire, pas vrai ?
— Hm, je réfléchirai à quelque chose. Tu te retrouves encore une fois avec plein de choses à faire en parallèle… Je viendrai te chercher demain à l'aube et on commencera à travailler sur ton programme.
— J'ai hâte. Je devrai juste être rentrée pour dix-huit heures, exceptionnellement.
— Oh ?
— Est-ce que vous seriez terriblement choqué si je vous disais que j'avais un rencard, shishou ?
Il éclata de rire et le son fut comme un baume étalé sur les blessures d'Hitomi. Fascinée, elle regarda la manière dont son visage se détendait, dont il rejetait la tête en arrière pour libérer son hilarité – une manie dont elle avait hérité, digne élève de son maître.
— Oh non, jeune fille, je ne serais pas étonné. Kakashi m'a parlé de ta petite aventure au Pays des Vagues. Il avait l'air absolument traumatisé. Haku, c'est bien ça ?
— Hm hm… Je pense que ce sera différent avec Lee, si on décide de continuer au-delà du premier rendez-vous. Nous sommes tous les deux ninjas de Konoha, ça veut dire qu'on a le temps de décider si on veut vraiment sortir ensemble, et si oui, si ce sera sérieux ou non.
— Ce qui m'importe, c'est que tu sois heureuse. Je me fiche de qui te rend heureuse, mais si cette personne te fait du mal, crois-moi, j'aurai soudain tout un tas d'informations compromettantes la concernant à ma disposition.
Cette fois, ce fut Hitomi qui se mit à rire, et Ensui eut l'air enchanté d'être parvenu à lui soutirer une telle réaction. À quel point s'était-il inquiété en apprenant ce qu'elle avait vécu aux côtés de ses frères dans la Forêt de la Mort ? Kakashi et Gaara n'étaient pas du genre à lésiner sur les détails, après tout.
— Je n'oublie pas non plus ton autre problème, tu sais. Kakashi m'a parlé d'une voix que tu entendais ?
— Hm hm. Elle me dit des choses… Des choses qui me donnent envie de l'écouter. C'est ce que j'ai fait quand on était dans la forêt, j'étais tellement désespérée que je ne voyais pas d'autre solution. Elle a pris le contrôle, massacré les trois Genin d'Otogakure en faisant des choses bizarres avec leur sang et leur chakra, et quand elle a eu fini, j'ai cru qu'elle allait s'en prendre à Shikamaru, qui venait d'arriver. Il m'a dit un peu après que pendant tout ce temps, on voyait mes méridiens à travers ma peau.
— Ca semble inquiétait, en effet. Comme ton sensei, je ferai des recherches, bien entendu. J'irai parler à ton grand-père pour voir s'il a accès aux archives de votre clan, et si je ne trouve rien, j'irai voir dans celles du village. J'ai aussi pensé à t'emmener faire des tests à l'hôpital, mais…
— Je ne veux pas que ça s'ébruite.
— Et moi non plus. Nous ne voulons pas que certaines personnes apprennent ce dont tu es capable, n'est-ce pas ?
Après cela, la discussion commença à dériver vers des sujets plus légers sous l'influence d'Ensui, qui aurait sans doute été capable de marcher sur les mains et de jongler si cela avait pu dérider son apprentie. Il savait cependant que c'était inutile, qu'il valait mieux la serrer fort contre lui, avec son menton sur le sommet de son crâne, et les bruits de sa respiration et de son cœur battant pour l'apaiser. Plus tard, quand elle fut un peu plus maîtresse d'elle-même, plus concentrée, il s'agenouilla en seiza devant la table basse avec l'aisance de l'habitude et descella un épais paquet de feuilles vierges, un pinceau et un encrier.
— Pourquoi attendre demain pour s'y mettre, hm ? Viens, approche, je vais te montrer des ornements particulièrement efficaces pour les sceaux corporels.
Fascinée, un sourire doux et paisible se dessinant lentement sur ses lèvres, Hitomi obéit. L'odeur de l'encre, le bruit du pinceau qui glissait sur le papier, si ténu, la réconfortaient profondément, à un niveau dont les mots n'étaient tout simplement pas capables. Bientôt, elle eut le droit de reproduire les ornements un à un, jusqu'à ce que ses doigts soient maculés d'encre, son poignet douloureux, et que sonnent à l'horloge du salon les deux heures du matin.
— Vous ne voulez pas aller dormir, shishou ?
— Quand mon apprentie ne va pas bien, c'est la dernière chose dont j'ai envie. Tu devrais donner un peu plus de rigidité à ton geste quand tu traces cette spirale. Regarde, elle n'est pas exactement ronde…
Pendant un instant, Hitomi crut qu'elle allait avoir des larmes aux yeux. Avec son shishou à ses côtés, elle se sentait suffisamment brillante, préparée et en sécurité pour accomplir tout ce qu'elle souhaitait, et ce dont elle n'osait rêver.
