Coucou ! Voici le chapitre du jour, j'espère qu'il vous plaira ! Désolée de ne pas avoir répondu aux dernières reviews, j'étais malade mais ça va mieux maintenant. Je m'y remets !

Le lendemain matin, ce fut Ensui qui la réveilla. Elle s'était endormie sur son travail, si elle en jugeait par la tache d'encre qui maculait sa joue intacte, mais il avait dû, à un moment donné, décider de la déplacer, parce qu'elle ouvrit les yeux allongée sur le canapé, Hoshihi à moitié vautré sur elle comme une sorte d'ours en peluche disproportionné. Il bougea quand elle lui fit signe qu'elle voulait se redresser mais agita le bout de la queue d'un air légèrement agacé, comme si elle l'avait dérangé en plein milieu d'une sieste confortable.

— Tu peux aller chercher Hai, s'il te plaît ? Je vous invoque dans une demi-heure, le temps de me laver et de me changer.

— Ça marche !

Sur ce, le chat disparut dans un nuage de fumée, et elle se dirigea vers les escaliers, un petit soupir amusé au bout des lèvres. Elle pouvait entendre Ensui s'affairer dans la cuisine, et le chakra de Sasuke juste à côté de lui. Sa mère n'était toujours pas là, ou alors elle était arrivée et repartie. Dans les deux cas, c'était inquiétant aux yeux d'Hitomi : cela signifiait que la situation d'Hinata était vraiment préoccupante.

Elle y réfléchit longuement en se douchant et en s'habillant. Elle devait remplacer son kimono de combat, dont elle avait dû arracher la manche pour nettoyer sa joue, dans la forêt, aussi cette tenue n'était-elle pas une option, mais elle avait quelques ensembles d'entraînement qui feraient l'affaire, sans aucun doute. Elle profita de l'occasion pour choisir sa tenue pour le rendez-vous du soir, avec Lee. Elle ne voulait pas l'éblouir – cela risquait de l'intimider si elle sortait ses meilleurs atours – mais grâce à Kurenai, elle avait une myriade d'options pour donner envie à quelqu'un de la regarder.

Quand elle descendit à nouveau, les cheveux encore humides remontés en une queue de cheval qui bouclait déjà, son frère et son maître se trouvaient à table. Son propre petit-déjeuner l'attendait à sa place. Elle s'assit, les remercia et se mit à manger, savourant chaque bouchée. La nourriture de la maison avait une identité unique, qui ne s'exprimait pas exactement dans une notion tangible mais la réconfortait toujours du pareil au même. Pendant le repas, elle réinvoqua Hai, qui la salua avec enthousiasme. Elle était toujours aussi adorable, entre ses grands yeux bleus et ronds et son pelage toujours ébouriffé.

— Alors, Hai-chan, ta mission pendant la première épreuve de l'examen t'a plu ?

— Oui ! Est-ce que je vais encore faire des choses comme ça, avec toi ?

— On va s'entraîner pour pouvoir bien travailler ensemble, toi et moi. Je veux aussi te présenter à ma mère. Elle est une Maîtresse des Illusions, c'est un titre très important ici. Ça veut dire qu'elle fait partie des gens à avoir véritablement maîtrisé sa spécialité, aussi loin qu'il est possible d'aller.

— Ouah ! Ta maman a l'air vraiment extraordinaire ! Tu penses qu'elle acceptera de travailler avec moi ?

— Je lui en avais déjà parlé en passant, et elle avait l'air intéressée par l'idée. Je n'ai aucun talent pour le genjutsu et je crois que ça l'a toujours un peu déçue, même si elle ne me l'a jamais montré.

Quand tout le monde eut terminé son petit-déjeuner, après que Kakashi ait emmené Sasuke en informant Hitomi qu'ils ne reviendraient pas en ville avant le début du tournoi, Ensui décida de reprendre les leçons. Il montra à son élève un mécanisme de réaction en chaîne et de compte à rebours dont elle pourrait se servir pour certains de ses pièges orientés vers les sceaux. Ils travaillèrent là-dessus pendant quatre heures, assis à l'ombre de la terrasse, pendant qu'Hoshihi et Hai rafinaient les positions de défense de la plus jeune, sous le regard amusé de leur invocatrice.

Et enfin, Kurenai fut de retour. Elle avait l'air épuisée, les yeux rougis comme si elle avait pleuré et les cheveux en bataille. Elle se précipita immédiatement vers sa fille quand elle la vit, la serrant dans ses bras comme si elle ne l'avait pas vue depuis des années. Hitomi fut ravie de lui rendre cette étreinte. Elle était tellement inquiète, avait tant de questions… Mais ce n'était pas le bon moment. Quand sa mère la relâcha, la jeune fille la conduisit dans la cuisine et lui servit des restes du petit-déjeuner et du dîner de la veille, puis alla demander à Hoshihi de trouver et de lui ramener Asuma.

L'homme arriva en catastrophe quelques minutes plus tard, avec le regard embrumé de quelqu'un qui avait enchaîné les Shunshin pour arriver le plus vite possible là où on avait besoin de lui. De loin, sans interférer, Hitomi regarda pendant quelques minutes alors que l'homme réconfortait sa mère, tentant de ne pas écouter les mots doux qu'il lui murmurait – c'était leur intimité. Malgré tout, elle apprit qu'Hinata était en vie. Le plus grave était passé. Elle ne s'était toutefois pas encore réveillée. Apparemment, les médics pensaient que c'était normal, mais quand même…

Avec un soupir inquiet, elle retourna sur la terrasse où Ensui l'attendait. Elle n'eut pas besoin de parler : rien qu'en la regardant, il comprit qu'elle avait besoin d'exercice physique, de véritable fatigue pour creuser et vriller à l'intérieur de ses muscles. Il descendit dans l'herbe tendre et lui fit signe de le rejoindre. Lentement, il dégaina son katana de son fourreau aux couleurs du clan Nara – vert et brun sombre, les cerfs et la forêt.

— J'ai entendu dire que tu apprenais à infuser ton chakra dans ta lame. Je veux voir où tu en es.

Avec un hochement de tête, la jeune fille se concentra. Lentement, trop lentement pour n'importe quel combat, la lame de son tantô se couvrit d'eau, le chakra l'amincissant lentement jusqu'à ce qu'elle devienne tranchante. Alors seulement elle commença à la faire tourner comme le ruban d'une tronçonneuse. Elle avait pensé ajouter des pointes au tranchant pour le rendre encore plus dangereux, mais honnêtement elle ne savait pas encore comment faire ça. Elle devait d'abord maîtriser la technique avant de songer à l'améliorer.

Dès qu'elle fut prête, Ensui attaqua. Ils échangèrent quelques passes d'arme, le temps qu'il puisse jauger son niveau exact, puis s'y ajusta en adoptant la force, la vitesse et le temps de réaction d'un bon Chûnin, juste assez supérieur pour qu'elle ne puisse pas le blesser mais apprenne tout de même quelque chose. Il s'effaça devant sa lame, riposta avec un coup de pied en direction de son genou qu'elle évita d'un pas en arrière. Personne n'aimait reculer pendant un combat. C'était comme avancer, mais avec un bandeau sur les yeux.

— Plus vite, ordonna-t-il d'un ton qui ne laissait aucune possibilité de désobéir.

C'était si naturel pour elle de se plier à ses instructions qu'elle s'exécuta, son sabre fendant l'air dans un sifflement à un millimètre à peine de son bras. Elle profita qu'il esquivait et se repositionner pour tenter de lui faucher les jambes mais il la repoussa du plat de sa main libre sur son épaule, la déséquilibrant légèrement. Il prit avantage de sa déconcentration et posa le tranchant de sa lame sur son épaule, suffisamment près pour que sa victoire soit claire.

— Tu as fait des progrès, c'est incontestable. Je veux quand même retravailler ton jeu de jambes, quand tu auras bu quelque chose.

Elle rit et obéit encore une fois, retournant sur la terrasse pour s'essuyer le visage et vider un grand verre d'eau glacée. Alors qu'il semblait à peine très légèrement atteint par leur combat, elle était essoufflée, couverte de sueur des pieds à la tête. Ses joues avaient rougi sous l'effort, ses yeux brillaient, et un sourire comblé dansait sur ses lèvres quand elle ne faisait pas attention à rester impassible. C'était la réaction qu'Ensui avait voulu provoquer, mais ce n'était que le début.

Quand elle revint dans le jardin, il avait troqué son katana, soigneusement rengainé, contre un bô renforcé de métal aux extrémités. Hitomi avait vu des ninjas qui se spécialisaient en bôjutsu, mais elle n'avait jamais pensé que son maître pouvait utiliser cette arme. Y avait-il une seule chose qu'il ne soit pas capable de faire ? Elle trépigna légèrement sur place, impatiente de découvrir la nouvelle idée qu'il avait pour son entraînement.

— Ton jeu de jambes, donc. Je veux que tu te battes contre un clone de ton niveau, au sabre uniquement. J'interviendrai de temps à autres… Ton but sera de rester debout le plus longtemps possible.

L'homme se redressa, coinça le bô dans le pli de l'une de ses aisselles et effectua la Mudra de la Croix. Une impulsion de chakra et un clone apparaissait près de lui. Il rapetissa lentement, jusqu'à faire à peu près la taille d'Hitomi, et son arme se transforma en tantô pour que leur allonge soit identique. D'un signe de tête, l'original ordonna à son apprentie d'attaquer. Pendant qu'elle se battait contre la réplique à laquelle elle n'arrivait pas à porter le moindre coup – l'inverse était vrai aussi, heureusement – Ensui tournait autour d'eux d'un air presque pensif, son bô en main.

Le premier coup la frappa dans un angle mort, heurtant durement ses chevilles. Avec une exclamation pratiquement indignée, elle s'effondra et se protégea en vitesse du coup que le clone voulait lui asséner avant de rouler sur le côté, l'air aussi offensée qu'un chat qu'on viendrait d'arroser.

— Shishou !

— Eh bien ? Je t'ai dit de rester debout, pas vrai ? Tu es censée le voir venir. Si tu dois reculer et qu'il y a une racine derrière toi, comment feras-tu ? Tu dois avoir conscience de ton environnement, l'enregistrer dans ta vision périphérique de manière consciente, en permanence.

Tout l'après-midi continua sur ce ton-là. Après le combat, Ensui lui fabriqua une course d'obstacles, puis lui fit faire des pompes, du saut à la corde, des katas. Jamais elle ne parvenait à rester debout plus de dix minutes, mais un coup après l'autre, elle s'améliorait. Elle parvenait à anticiper bô une fois sur quatre – son maître ne le lui dit pas, mais c'était une bonne moyenne pour une Genin. Quand il fut dix-sept heures, il la fit asseoir dans l'herbe et méditer pendant un petit quart d'heure. Ensuite, il la libéra, pour qu'elle ait le temps de se préparer.

Reconnaissante, elle fonça prendre sa deuxième douche de la journée, sécha ses cheveux avec un peu de chakra – c'était juste tellement pratique – puis s'habilla. Elle s'était décidée pour une jupe patineuse noire coupée au genou et un top blanc par-dessus lequel elle enfila un petit haut tout en dentelle qui dévoilait ses épaules et dont les manches s'évasaient largement, avec des ballerines blanches sur lesquelles sa mère avait craqué lors de leur dernière séance de shopping. Elle entoura l'élastique qui retenait sa queue de cheval d'un ruban de soie rouge et, pour la première fois, demanda à sa mère de la maquiller, juste un peu.

Kurenai avait l'air ravie de se prêter à une activité aussi légère. Asuma gardait un bras fermement placé autour de sa taille, et elle avait toujours les yeux rougis, mais quand Hitomi descendit avec la trousse à maquillage que la jeune mère gardait dans l'un de ses tiroirs, celle-ci se plia volontiers à l'exercice. Elle traça au coin de ses yeux une fine ligne d'eye-liner qu'Hitomi aurait juré voir appelée « œil de chat » dans le Monde d'Avant, et lui montra comment appliquer une très légère couche de gloss sur ses lèvres. Quand elle se regarda dans le miroir, une sensation étrange remua à l'intérieur de la jeune fille. C'était comme si, pour la première fois depuis qu'elle arborait cette cicatrice impossible à cacher, elle se sentait à nouveau elle-même. Si c'était ça le pouvoir du maquillage, elle allait très vite apprendre à s'en servir.

Lee arriva un peu à l'avance, si bien que Kurenai décida de le faire entrer et de l'inviter à prendre un thé. Il rougit jusqu'aux oreilles en voyant Hitomi, et encore plus si c'était possible quand elle l'effleura d'un baiser sur la joue. Il avait apporté deux bouquets de fleurs : un pour sa mère, une jolie petite chose de lavande, d'iris et de dahlia, entourée d'un ruban couleur lilas, et un autre pour Hitomi, peut-être un peu plus fourni. Trois roses blanches, quatre roses roses, une rose jaune, une composition qui était sans le moindre doute signé Ino. Chacune des deux Yûhi prit son bouquet en remerciant le jeune homme, qui semblait anxieux.

Hitomi se demanda s'il était allé voir quelqu'un pour demander des conseils – ça avait l'air d'être son tout premier rendez-vous. Tenten, peut-être ? La jeune fille était à peu près sûre que Lee n'avait jamais porté cette chemise blanche avant, elle était trop parfaite, trop lisse, mais elle lui allait très bien, juste assez ajustée pour mettre sa stature de spécialiste du taijutsu en valeur sans pour autant donner l'impression qu'il s'habillait deux tailles trop petit. Il l'avait assortie d'un pantalon bleu nuit qui lui allait plutôt bien, lui aussi. L'effort était touchant et portait ses fruits sans le moindre doute, même si Hitomi aurait été satisfaite également s'il était venu dans sa tenue habituelle.

— Bien, commença Kurenai, je vais bientôt vous laisser partir en ville. Lee, je sais que tu es un gentil garçon, je te fais confiance pour ramener ma fille à la maison avant minuit.

Ce couvre-feu pouvait sembler particulièrement tardif pour une jeune fille de presque quatorze ans, mais ç'aurait été oublier qu'elle était un ninja. Les règles s'appliquaient différemment pour eux : si un adolescent était assez vieux pour tuer, il était compliqué de lui imposer une discipline stricte. Mais Kurenai, qui avait bien conscience de ce paradoxe, était rarement dans l'abus, et quand c'était le cas, elle était toujours à l'écoute de ce que son enfant avait à dire.

— Je comprends, Yûhi-san ! Ne vous en faites pas, je vous ramènerai Hitomi à l'heure.

Quand les deux adolescents finirent leur thé et décidèrent de partir, Asuma, Kurenai et Ensui les regardèrent partir en souriant. Leurs airs attendris auraient sans doute légèrement hérissé Hitomi sur le coup, si elle n'avait pas été très occupée à débattre de la manière la plus efficace d'aiguiser un kunai avec Lee. Après quelques minutes, elle décida de s'accrocher à son bras, le faisant rougir à nouveau. C'était vraiment adorable.

Il la guida à travers le village, leurs yeux entraînés goûtant à la douceur de la vie civile qui se déroulait devant eux. Les mains posées sur le biceps détendu de son compagnon, Hitomi grava dans sa mémoire les sourires, les enfants qui demandaient à être portés ou à courir, les femmes qui riaient d'un air paisible et les hommes qui discutaient des évènements à venir. Le village qui hébergeait l'examen Chûnin était toujours à la fois bourdonnant d'activité et baigné de prospérité.

Il l'emmena jusqu'à un restaurant qu'elle ne connaissait pas, caché par l'ombre d'une arche de pierre. L'enseigne indiquait « La Perle du Désert » dans un joli tracé couleur sable sur une plaque de bois très sombre. Les yeux d'Hitomi s'écarquillèrent légèrement, ses lèvres dessinant un sourire avant même qu'elle le réalise. Elle n'avait pas imaginé qu'il existait dans Konoha un restaurant spécialisé dans la nourriture venue de Sunagakure.

Le maître d'hôtel qui les accueillit à l'entrée du restaurant venait sans conteste de Suna – Hitomi aurait reconnu ce très léger accent n'importe où. Pendant une seconde, l'illusion fonctionna à merveille : elle était dans le Désert, Gaara et Ensui n'allaient pas tarder à la suivre et tenter de lui faire goûter des plats trop épicés pour le plaisir de voir ses joues rougir et ses yeux se remplir d'humidité. Puis le sort se dissipa, elle se rappela qu'elle était toujours au cœur du village auquel elle avait prêté serment d'allégeance en acceptant son insigne, et posa sur Lee un regard émerveillé.

— Merci, souffla-t-elle d'une voix douce.

Elle n'avait pas besoin de lui dire de quoi elle le remerciait pour qu'il comprenne, tout comme elle n'avait pas besoin de savoir comment il avait deviné la nostalgie qui la liait toujours au sable et au soleil intense. Elle se laissa guider vers la table que Lee avait réservée – quand en avait-il eu le temps ? – accepta toutes les galanteries auxquelles son compagnon voulait se plier. Connaissant le sens de l'honneur qu'entretenait son sensei, le comportement du jeune homme ne l'étonnait pas : il ne faisait que montrer à sa manière qu'elle était importante, et elle accepterait volontiers de tels rituels si cela lui permettait de se sentir plus à l'aise. D'une main sûre, il lui tira une chaise et elle s'assit, un sourire aux lèvres.

La discussion reprit quand ils eurent commandé leurs boissons. Hitomi ne pouvait s'empêcher de surveiller que Lee ne consommait pas d'alcool – elle ne voulait pas qu'il détruise ce restaurant – mais il était manifestement très raisonnable. Il resta, tout comme elle, aux boissons fruitées et légères, ne jetant même pas un regard à la carte des vins. Le statut des ninjas était compliqué à Konoha : un Genin, quel que soit son âge, pouvait théoriquement consommer ce qu'il voulait, et dès qu'il passait Chûnin, il était considéré comme un adulte à part entière. Il était compliqué de traiter comme un enfant un soldat qui tuait pour gagner sa vie.

Peu de temps après, leurs plats commencèrent à arriver. L'entrée d'abord, des petites bouchées de viandes et de légumes à tremper dans une sauce riche et épicée. Quand Lee la goûta, il se mit à rougir jusqu'aux oreilles, et cette fois Hitomi savait que cela n'avait rien à voir avec elle. Elle ne put s'empêcher de rire, lui tendant des morceaux de pain pour apaiser le feu à l'intérieur de sa bouche. Puis on leur servit le plat principal, une sorte de couscous bien différent de ceux que la jeune fille avait goûtés dans le Monde d'Avant, servi avec plusieurs viandes différentes dans lesquelles ils pouvaient allègrement piocher. Lee montra un intérêt tout particulier pour les petites languettes de serpent grillé, la viande la plus typique de Suna qu'on puisse imaginer. Enfin, le dessert vint couronner le tout, un assortiment de dattes cuisinées de plusieurs façons différentes : caramélisées, grillées, et même épicées, bien entendu.

Pendant tout le repas, la conversation continua sans faiblir un instant. Lee ne voulait pas seulement parler de leurs carrières de ninja mais aussi de leur vie personnelle, ce qu'Hitomi était ravie de lui accorder. Il lui expliqua qu'il était le fils aîné de sa famille, le seul à être ninja : ses deux sœurs cadettes étudiaient encore, l'une pour travailler à l'hôpital et l'autre dans une crèche. En échange, elle lui raconta des petites anecdotes concernant ses frères, sa mère, Ensui et même Asuma qui passait de plus en plus de temps à la maison depuis qu'il avait cessé d'avoir peur d'elle. Ils parlèrent de leurs passions en-dehors du combat, découvrirent qu'ils aimaient tous deux la lecture et la natation, déplorèrent le manque de lieux où on pouvait nager à Konoha.

Et Hitomi se surprit à vraiment, réellement apprécier le rendez-vous de bout en bout. Elle pouvait voir la dévotion que Lee insufflait dans chacun de ses gestes, dans chacune de ses décisions : il voulait faire de son mieux, paraître sous son meilleur jour, parce qu'il pensait qu'elle en valait la peine. Elle rougissait, riait sans réserve, posait parfois sur lui un regard un peu rêveur. Il ne portait pas de bandages sur ses mains et elle pouvait voir chacune de leurs imperfections, des marques de son rude travail et de ce que des efforts incessants lui avaient coûté et apporté. Malgré les cals et les cicatrices, elles avaient quelque chose de digne, d'élégant, de fort, qui ne la laissait pas exactement insensible.

Après le repas, il décida de l'emmener sur les remparts. Il avait choisi un endroit peu gardé à ce moment de la soirée, comme s'il avait pris soin d'étudier les horaires des gardes et leurs rondes, mais encore une fois, quand en aurait-il eu le temps ? Prudemment, comme s'il craignait d'être repoussé, il posa un bras sur ses épaules. Avec un sourire, elle se pressa un peu plus contre lui, le sentant se raidir un instant de surprise puis se détendre et resserrer son étreinte.

— Je passe une soirée merveilleuse, Lee.

— Moi aussi. Je ne pourrai jamais assez te remercier d'avoir accepté qu'on ait ce rencard.

— Pourquoi tu me remercierais ? Je ne l'aurais pas fait si je n'en avais pas envie.

— Je ne sais pas… Peut-être que j'ai tout simplement envie de te remercier. Pas seulement pour la leçon d'humilité que tu m'as donnée avant la première épreuve, mais aussi pour ta gentillesse et la passion avec laquelle tu parles de tout ce que tu aimes. Tu me donnes envie de t'embrasser, de te serrer contre moi, et je ne suis pas sûr de savoir comment réagir à de telles envies.

— Tu peux les écouter, si tu veux. J'aimerais bien que tu m'embrasses.

Il la regarda un instant dans les yeux, déglutit comme s'il était nerveux, et s'exécuta. Ses lèvres étaient plus douces qu'elle ne l'aurait cru. Ses mains larges vinrent délicatement encadrer son visage et le relever, juste un peu, pour qu'il n'ait qu'à se courber sur elle. Cela dura longtemps, ou peut-être quelques secondes à peine, jusqu'à ce qu'une bande de villageois au pied des remparts se mettent à applaudir et à siffler, les faisant se séparer dans un petit rire à la fois gêné et un peu abasourdi. Les joues de Lee étaient d'un rose soutenu, mais il souriait comme si ses émotions étaient trop larges pour que son corps les contienne. Il lui prit la main, déposa une pluie de baiser sur ses jointures, caressa l'intérieur de son poignet du bout des doigts.

— C'était comment ? demanda-t-il d'une voix hésitante. C'est la première fois que j'embrasse quelqu'un.

— Vraiment ? Je n'aurais pas cru que c'était le cas. C'était vraiment très bien. Tu peux recommencer, si tu veux.

Avec un petit rire, il s'exécuta, sans se soucier cette fois de leurs spectateurs légèrement imbibés qui criaient des encouragements et des félicitations. Au bout de quelques minutes, ils décidèrent de longer le rebord du mur jusqu'à trouver un endroit un peu moins peuplé pour redescendre dans les rues et trouver un endroit où ils seraient peut-être un peu moins exposés. Cet endroit, ils le trouvèrent dans un parc entouré d'arbres au feuillage épais, que personne ne semblait fréquenter ce soir-là.

Le temps fila à toute vitesse à partir de là. Ils discutèrent encore, s'embrassèrent beaucoup. Les mains de Lee, parfois, quand il se sentait particulièrement enflammé ou téméraire, s'égaraient quelques instants sur sa taille, le bas de son dos, puis il rougissait et les posait en poings serrés sur ses genoux, comme s'il espérait les garder pour lui. Il n'y parvenait jamais plus de quelques minutes. Un peu après vingt-trois heures, il commença à la raccompagner en direction du territoire des Nara, un pas après l'autre, comme s'il était un peu plus réticent à le faire qu'il ne voulait l'admettre. Il la laissa sur le pas de sa porte avec un dernier baiser et elle le regarda s'éloigner avec un sourire aux lèvres.

Quand elle rentra, elle sentit immédiatement que sa mère était encore réveillée : elle se trouvait au salon et… Asuma était à ses côtés. Elle ôta ses chaussures, enfila ses chaussons et se dirigea vers eux, avec sur le visage l'expression légère et vaguement rêveuse d'une jeune fille dont la soirée s'était déroulée sans le moindre à-coup, du début à la fin. Les deux adultes le comprirent immédiatement, échangèrent des petits rictus tendres et amusés, puis Kurenai l'embrassa sur la joue et l'envoya se coucher en lui rappelant de se démaquiller.

La maison semblait terriblement vide, sans Sasuke ni Naruto pour l'animer. Elle ne s'était pas attendue à ce que le blond découche, mais elle avait entendu Kurenai dire à Asuma que Jiraiya l'avait emmené quelque part aux abords du village pour l'entraîner sans qu'il soit vu. Puisque son adversaire n'était autre que Neji Hyûga, ce choix était sans doute judicieux. Avec un petit soupir, la jeune fille se dirigea vers la salle de bains et veilla à exécuter les consignes de sa mère, frottant ses yeux avec la lotion qu'elle lui avait donnée jusqu'à ce que le trait d'eye-liner sur ses paupières supérieures ait disparu. Le gloss, quant à lui, était parti au fil du repas sans même qu'elle le remarque, et malgré ça ses lèvres étaient un peu plus rouges que d'habitude – c'était donc vrai, ce qu'on disait sur l'abondance de baisers.

Quand elle entra dans sa chambre, Hoshihi et Hai l'attendaient, allongés de tout leur long sur son lit. L'aîné releva la tête et l'accueillit d'un air indolent, observant ensuite tandis qu'elle se changeait pour la nuit et brossait ses cheveux une dernière fois. Il aimait la regarder les tresser, affirmait que le jeu de mèches qui s'entremêlent le fascinait. Avant de dormir, elle s'empara de son carnet communicant et raconta son rendez-vous à Gaara, sans entrer dans les détails. Elle savait qu'il était occupé avec Baki, mais il finirait par lire son message, elle n'avait pas le moindre doute à ce sujet. Alors qu'elle allait refermer le livret de cuir et le poser sur sa table de nuit, la couverture refroidit d'un coup sous sa main. Les sourcils légèrement froncés, elle le rouvrit.

Chère Hitomi,

Je suis vraiment navré que tu aies choisi d'abandonner si près de la dernière épreuve de ton examen, mais je pense que tu as bien fait. Cela t'aurait hantée longtemps de t'en prendre à ton cousin, si ce que tu me dis sur l'affection qui vous lie est véridique – et de cela, je ne doute pas.

J'ai parlé à Zabuza-shishou du déserteur qui vous a attaqués, les garçons et toi, dans la Forêt de la Mort. Il ne sait pas grand-chose sur lui, si ce n'est qu'il possède une abondance de cachettes dans toutes les Nations Élémentaires. Il m'a dit toutefois que tu devais te méfier de lui s'il avait décidé de vous prendre pour cible. Il n'a pas la réputation de laisser ses proies lui échapper.

Nous avons quitté le Pays de l'Eau ce matin pour nous diriger vers Konohagakure. Apparemment, votre maître-espion est au village et Zabuza-shishou a besoin de plusieurs choses de sa part, surtout des informations et des armes. Nous serons au village pendant au moins un mois. Si tu le souhaites, je pourrais t'aider à travailler sur ton ninjutsu et même convaincre Zabuza-shishou de nous aider, à condition que tu connaisses un endroit où nous pourrions t'entraîner à l'abri des regards. Je sais ce que ça fait de se sentir trop faible, Hitomi. Si je peux t'aider à dépasser ce sentiment, je le ferai.

N'hésite pas à en discuter avec ton shishou avant de me répondre, je peux attendre.

Prends soin de toi,

Haku.

Un sourire victorieux se dessina lentement sur les lèvres Hitomi. Tout était en place, à présent. Elle serra le carnet contre son cœur, le referma et s'allongea, bien vite rejointe à nouveau par ses deux compagnons félins, qui prenaient peut-être une grande partie de la place de son lit double mais apaisèrent ses cauchemars alors que les heures de la nuit se succédaient une par une, jusqu'à ce qu'il soit à nouveau temps pour elle de se réveiller.

Ensui, comme s'il n'était jamais tout à fait parti, arriva à sa fenêtre une heure avant l'aube, légèrement surpris de la voir déjà habillée et prête à descendre. Ensemble, côte à côte, ils s'exécutèrent leur salut au soleil tandis que l'astre passait lentement la ligne d'horizon. Il ne lui posa pas de question concernant son rendez-vous, il n'en avait pas besoin : il pouvait lire dans sa posture et sur les traits de son visage tout ce qu'il avait envie de savoir. Quand ils furent échauffés, il la fit rentrer et commença à leur préparer un petit-déjeuner, aussi naturellement que s'il se trouvait chez lui – et si on était honnête, c'était sans doute un peu le cas.

— Aujourd'hui, je vais t'apprendre le plus facile des sceaux corporels, le Sceau de Contrainte. On s'en sert pour immobiliser des prisonniers quand on n'a pas d'autre moyen de le faire. Tu vas apprendre à tracer le sceau sur du papier aujourd'hui, mais demain je t'apporterai de la peau de daim pour que tu puisses t'habituer aux différences avec le parchemin.

Elle écouta ses explications tout en mangeant, ses yeux ne quittant jamais la feuille où il lui montra encore et encore les mouvements et difficultés spécifiques à ce sceau. Elle sentait ses mains picoter du désir de prendre le pinceau et de se mettre au travail, mais elle savait qu'un ventre vide la distrairait. Quand elle eut fini son repas et lui aussi, elle débarrassa puis se dirigea vers le salon, où il l'attendait assis en seiza, feuilles, pinceaux et encre devant lui.

Ils travaillèrent pendant des heures, jusqu'à ce qu'elle ait de légères courbatures et les yeux qui piquent. Dehors, il pleuvait, mais cela ne les empêcha pas de sortir se dégourdir les jambes et reprendre l'exercice du bô, qu'Hitomi commençait à détester de toute son âme. Au bout d'un moment, Kurenai vint s'asseoir à l'abri sous le toit du porche et les observa tout en discutant avec Hai de théories du genjutsu bien trop complexes pour être utiles à sa fille.

Après un déjeuner léger, Hitomi retourna dehors, ses chats à ses côtés. Hoshihi et Ensui jouèrent l'ennemi et Hai et elle, les protectrices de la maison. Elles devaient les empêcher d'entrer. Leurs adversaires n'étaient pas bien coordonnés, mais elles non plus, il fallait l'avouer. Elles travaillèrent sans relâche, jusqu'à ce que la chatonne soit si fatiguée qu'elle ne pouvait plus lever une patte. Avec un sourire satisfait et attendri, Hitomi la porta à l'intérieur, sécha son pelage du mieux possible et l'allongea à l'endroit le plus confortable de son lit, avant de se préparer pour son rendez-vous avec Fukuda-san.

Elle arriva un peu à l'avance et attendit en parcourant un livre qu'Ensui lui avait conseillé sur l'anatomie. L'ouvrage était très précis et illustré de nombreux schémas. Quand son nom fut appelé, elle se dirigea vers le bureau de la thérapeute, nerveuse. Et elle avait des raisons de l'être : on ne pouvait pas affirmer que cette séance se déroula bien, pas alors qu'elle se mit à pleurer quelques minutes à peine après s'être assise, parfois dans un tel état qu'elle ne parvenait plus à articuler un seul mot. Fukuda-san écouta avec attention, un air compatissant sur le visage.

Elle lui donna des conseils pour apaiser ses nuits, pour apaiser ses angoisses et maîtriser les flashs de la forêt qui lui revenaient parfois, mais pour la voix, elle ne pouvait rien faire. Les ninjas apprenaient à méditer dès leur petite enfance : si cela ne fonctionnait pas, la thérapeute ne parvenait pas à envisager une autre solution, sinon s'en remettre aux recherches que les adultes faisaient pour sa jeune patiente. Elle lui demanda de décrire ce que la voix lui disait quand elle avait peur ou qu'elle était en danger, et pourquoi exactement elle avait envie d'écouter, la rassura parfois aussi : non, elle n'était pas un monstre. Tout le monde était tenté par de telles violences un jour ou l'autre. Son démon personnel était tout simplement un peu plus présent que les autres.