Coucou ! J'espère que vous profitez de votre week-end de trois jours comme il se doit ! C'est le cas pour moi en tout cas, il m'a aidé à doubler l'objectif du NaNo (15K hier, donc j'ai atteint les 30K). Je ne vais pas maintenir ce rythme tout le mois, mais ça fait tellement plaisir d'avoir le temps d'écrire ! J'espère que vous apprécierez ce chapitre !
Hitomi sortit de son rendez-vous secouée, les yeux rougis et les traits défaits. Elle voulut s'échapper des rues un peu trop fréquentées, se fondre dans les ombres jusqu'à se trouver en sécurité sur le territoire du clan, mais le hasard ne lui laissa pas cette chance. Alors qu'elle baissait les yeux pour éviter le contact visuel avec une matrone civile à l'air sévère, elle percuta Lee de plein fouet. Aussitôt, le jeune homme plaça ses mains sur ses épaules pour l'empêcher de vaciller, ses yeux sombre la dévisageant avec inquiétude.
— Hitomi-chan ? Qu'est-ce qu'il y a ?
Soudain incapable de répondre, elle se contenta d'enfouir son visage dans le cou de Lee, les larmes aux yeux. Elle se sentait épuisée, à vif, incapable de revêtir le manteau de douceur et d'apaisement qu'elle avait toujours brandi comme un drapeau quand elle se trouvait à ses côtés. S'il voulait la connaître, alors il verrait aussi ce côté peu appréciable d'elle, et tant pis s'il décidait que finalement, elle ne valait pas tant le coup que ça.
— Tenten ? Tu peux aller faire notre rapport toute seule, s'il te plaît ?
Hitomi n'avait même pas vu que la coéquipière de Lee se trouvait juste à côté. Elle donna son accord d'une voix soucieuse et s'éloigna, le tout sans que la jeune Yûhi ne relève la tête ni ne verse les larmes qui se battaient au coin de ses yeux pour leur liberté. Les bras de Lee l'entouraient, forts et réconfortants, il la berçait lentement sans se soucier des civils obligés de les contourner s'ils voulaient poursuivre leur route. Il posa sa joue sur le sommet du crâne d'Hitomi, inspira brièvement l'odeur de ses cheveux, puis se mit à chuchoter des paroles aussi réconfortantes que vides de sens.
Finalement, quand elle se fut calmée, il l'emmena dans un petit café à deux rues à peine de la Tour du Hokage. C'était la fin de la journée pour la plupart des commerces du village, mais les établissements de restauration se trouvaient justement pile entre deux pics d'intensité, si bien que leur table et un tabouret du bar étaient les seules places occupées. Après un regard dans sa direction, Lee commanda du chocolat chaud pour eux deux avec une assiette de pâtisseries. Quand il revint près d'elle, il prit sa main entre les siennes, caressant les longs doigts fins à l'air si fragiles comme s'il craignait de les briser.
— Tu n'es pas obligée de me parler de ce qui ne va pas, Hitomi-chan. Je ne t'en voudrai pas si tu veux garder les raisons pour toi, mais si tu as besoin de réconfort, n'hésite pas à venir me trouver quand je ne suis pas en mission. On peut juste venir passer du temps ici ou ailleurs, où tu veux. Je n'aimerais pas que tu sois seule dans un moment pareil.
En séchant le coin de ses yeux de sa main libre, la jeune fille hocha la tête, peut-être un peu honteuse. Son humeur était tumultueuse depuis le matin, une sensation d'inconfort persistant qui se traduisait par de vagues maux de tête et de ventre, mais rien de tout cela n'expliquait réellement la facilité avec laquelle les larmes lui venaient ces derniers temps. Elle se recroquevilla sur elle-même pendant un instant, tentant de retrouver un semblant de maîtrise sur ses émotions.
Pendant tout ce temps, Lee l'observa, attentif, prévenant, à la recherche du plus petit indice qui lui permettrait de lui venir en aide. Quand leurs commandes furent prêtes, il se leva pour aller les chercher et les amener à table, assez subtil pour déposer l'assiette de pâtisseries juste un peu plus près d'elle que de lui. Quand bien même il avait été charmé dès leur première rencontre, il était assez lucide pour voir comment la peau s'étirait, pâle et fragile, sur les endroits où les os d'Hitomi saillaient légèrement.
Elle était très mince, ce qui l'inquiétait en tant que shinobi. La force et la vitesse venaient avec de l'épaisseur, des muscles, et même s'il pouvait les voir sur ses bras, ses jambes, il avait peur que le reste de son corps ne parvienne pas à suivre. Si sa sollicitude n'était pas une raison suffisante pour la nourrir avec soin, il avait vu l'étincelle de contentement profond qui avait animé son regard pendant leur repas, lors du rendez-vous qui lui avait collé sur les lèvres un sourire encore plus béat que de coutume lors de l'entraînement du lendemain matin. Il voulait la voir encore.
Après avoir bu une gorgée du chocolat chaud, dont le goût riche et sucré la réconfortait déjà un petit peu, la jeune fille jeta son dévolu sur une crêpe roulée, dont elle pouvait voir dépasser du chocolat. Elle mangeait à petites bouchées, signe qu'elle n'était définitivement pas dans son assiette, son regard se perdant souvent dans le vide. Elle avait beau se tenir droite à nouveau, son visage ne dissimulait rien du trouble qui l'agitait.
— Merci, Lee, finit-elle par murmurer d'une voix peut-être un peu rauque.
— Ne me remercie pas. Comme tu disais la dernière fois, je le fais parce que j'ai envie de le faire. Tu veux le muffin aussi ?
Il avait choisi pour lui-même un mochi à la pâte de haricot rouge qu'il dévorait avec enthousiasme, un peu de farine de riz dispersée au coin de sa bouche. Quand elle hocha la tête, il poussa la pâtisserie dans sa direction, alors qu'elle n'avait même pas encore fini sa crêpe. Quand ce fut fait toutefois elle se plia bien volontiers à sa demande silencieuse. Sous la table, leurs jambes étaient immobiles, mais pressées contre celles de leur vis-à-vis, comme si leurs corps avaient recherché un peu de contact, de réconfort supplémentaire.
— Est-ce que tu vas aider Neji pour son épreuve ? demanda-t-elle un peu plus tard, quand il fut allé rechercher boissons et nourriture.
Elle avait fini par avouer timidement qu'elle avait vraiment faim, plus qu'elle ne l'aurait pensé. Elle avait toujours eu du mal à déterminer quand elle commençait à avoir faim, soif, sommeil, comme si les signaux que son corps lui envoyaient étaient classés dans un endroit de sa Bibliothèque où elle ne se rendait jamais. Cela résultait souvent en ce genre de situations où elle se retrouvait à dévorer tout ce qu'on mettait devant elle, quand bien même ce n'était pas l'heure du repas. Le fait que ses exercices avec Ensui et le bô aient consommé une bonne part de son chakra n'aidait pas vraiment.
— S'il vient me le demander, peut-être, mais je ne pense pas que ce sera le cas. Gai-sensei nous a déjà autorisés à reprendre des missions de rang D, Tenten et moi, à condition qu'on le fasse à deux et qu'on reste à l'intérieur du village. J'imagine que, comme tu es la seule de ton équipe à ne pas participer à l'examen, Kakashi-sensei ne t'a pas donné cette autorisation…
— Ce n'est pas grave. J'ai tout ce qu'il me faut d'argent de côté et je veux m'entraîner pendant tout le mois, profiter du répit pour me concentrer sur mes propres compétences.
Pendant quelques minutes, ils discutèrent de son plan d'entraînement. Elle passa la participation d'Haku et Zabuza sous silence, très au fait de leur statut et des conséquences si quelqu'un d'aussi honorable et droit que Lee tombait sur eux en plein village, mais pour le reste, elle ne lésina pas sur les détails. Elle savait que ce genre de choses intéressaient son compagnon. En retour, il lui expliqua ce que Gai avait en réserve pour Tenten et lui jusqu'à la fin de l'examen. Ils n'allaient pas se tourner les pouces, eux non plus.
— Dis, Hitomi…
— Hm ?
— La dernière fois, quand on s'est quitté, on n'a pas reprogrammé un nouveau rendez-vous. Est-ce que… Est-ce que ça t'intéresserait ?
Elle n'eut même pas besoin de réfléchir avant de répondre, un timide sourire sur les lèvres :
— Bien sûr ! Est-ce que tu voudrais qu'on aille voir un film ? J'ai entendu dire qu'un roman de Zoku Matabishi avait été adapté, mais je ne l'ai pas encore vu. Est-ce que ça t'intéresserait ? C'est l'histoire d'un ninja qui un jour revient à son village et découvre qu'il n'y a plus rien, que même les bâtiments ont disparu.
— Ca a l'air intéressant ! Tu veux qu'on aille voir les horaires avant que je te raccompagne chez toi ?
Avec un regain d'enthousiasme, la jeune fille hocha la tête. Un peu de couleur lui était revenu sur les joues, elle semblait globalement de meilleure humeur. Au fond de lui, Lee s'accorda une petite claque dans le dos : il avait réussi à lui redonner le sourire. Ils finirent leurs pâtisseries et chocolats chauds en discutant de films qu'ils avaient vus ces dernières années. Lee, étonnamment, était friand de romances et d'histoires basées sur l'Histoire, h majuscule. Il était vraiment intéressé par le Temps des Fondateurs.
Après qu'ils eurent tous deux fini boissons et pâtisseries, il la raccompagna chez elle, comme il l'avait suggéré. Ils firent leur détour par le cinéma du village, décidèrent d'y aller trois jours plus tard, en milieu de journée, quand beaucoup de gens seraient au travail ou à l'école, pour être tranquilles. Ils avaient marché lentement dans les rues de Konoha, Hitomi au bras de Lee, sa tête effleurant parfois son épaule comme pour s'y poser avant qu'elle ne se redresse. Sur le proche de la maison des Yûhi, il l'embrassa délicatement, caressa sa joue blessée du dos de la main, puis s'en alla. Comme lors de leur rendez-vous, la jeune fille le regarda disparaître au coin de la rue avant de rentrer.
— Hitomi ? appela sa mère depuis la cuisine.
— Je suis rentrée, répondit-elle d'une voix douce.
Kurenai compléta la formule par la force de l'habitude. Elle semblait aller un peu mieux. Asuma avait manifestement sur elle un effet très sain, ce dont sa fille était profondément satisfaite. C'était difficile pour elle de soutenir l'adulte de la maison, en particulier alors que les ninjas avaient une certaine fierté parfois mal placée concernant leur manière d'affronter les coups durs du destin et du hasard. Hitomi elle-même était déjà un peu comme ça : elle racontait les faits mais ne s'attardait que rarement sur ce qu'ils lui faisaient ressentir. Quand elle se laissait aller à une telle extrémité… Eh bien, ce qu'il s'était passé dans le bureau de Fukuda-san prouvait que ce n'était pas la meilleure des idées, à court terme.
— Ah, Ensui est reparti mais il t'a laissé un livre sur la table basse. Il demande que tu lises au moins les cinq premiers chapitres pour demain. Tu crois que tu y arriveras ?
— Sans problème, assura-t-elle en haussant les épaules.
Elle lisait plus vite que la moyenne, après tout, fendant à travers les pages des romans et traités comme un oiseau de proie dans l'air. Elle fit un détour par le salon pour récupérer l'ouvrage, un index étonnamment récent des différentes techniques de confection d'encre pour les sceaux. Il l'avait mentionné en passant avant l'examen, lui expliquant que même si elle se promenait en permanence avec sa provision d'encre sur elle, elle pouvait se la faire voler, ou en venir à bout lors d'une longue mission d'infiltration. Ce livre expliquait entre autres comment en fabriquer à partir de plantes qu'on trouvait dans toutes les Nations Élémentaires.
Dans la cuisine, sa mère finissait de préparer le repas du soir, un curry dont la recette lui venait tout droit de chez Chôza Akimichi en personne. Hitomi avait entendu dire qu'elle l'avait gagnée aux cartes, et sans doute en trichant comme la digne Jônin qu'elle était. Après avoir embrassé Kurenai sur la joue, elle se mit à dresser la table, lui expliquant d'une voix légère le rendez-vous que Lee et elle s'étaient planifiés. C'était différent des relations qu'elle avait eues auparavant. Avec Hinata, il y avait toujours eu l'interdit, le risque de se faire prendre par son clan, et avec Haku, cela avait été bref, intense, comme une volée d'étincelles. Elle ne ressentait pas cette intensité avec Lee, mais n'en avait pas besoin, si ce qu'ils avaient pouvait réellement être déjà considéré comme une relation.
Dans un silence confortable, la femme et la fille se mirent à table et commencèrent à manger. Tout semblait particulièrement vide sans Naruto, Sasuke, ou Asuma et Ensui qui partageaient une bonne partie des repas de la famille. Un jour, un peu après leur retour du voyage qui avait permis à Hitomi de devenir une kunoichi, l'Ombre Étrangleuse avait proposé à Kurenai de payer, de participer au prix de la nourriture qu'elle mettait devant lui pratiquement deux soirs sur trois. Hitomi n'avait jamais vu jusqu'alors son shishou se faire botter les fesses… Et ça avait été grandiose.
Finalement, le silence se mit à peser. Le regard d'Hitomi ne cessait de revenir à ces quatre chaises vides ; elle avait l'impression de se prendre une gifle à chaque fois qu'elle les regardait, la mélancolie lui serrant le cœur comme un poing. Kurenai semblait remarquer que quelque chose n'allait pas chez sa fille, lui jetant de fréquents coups d'œil, surtout quand elle passait un peu trop de temps sans porter de nourriture à sa bouche. Toutefois, elle choisit de ne rien dire – elle était sûre que sa petite viendrait lui parler de ce qui n'allait pas quand elle s'y sentirait prête.
Après le repas, Hitomi débarrassa, fit la vaisselle, puis monta dans sa chambre. Elle expédia la lecture qu'Ensui lui avait demandée pour ne plus avoir à s'en soucier, répondit aux quelques messages arrivés sur son carnet quand elle avait été occupée, confirmant entre autres à Haku que Zabuza et lui seraient les bienvenus à Konoha, sur les terres des Nara où ils seraient mieux dissimulés qu'ailleurs, puis s'allongea dans son lit, une montagne de romans sur sa table de chevets. Elle fixait le coin de ciel qu'elle apercevait depuis sa fenêtre sans en choisir aucun, ni être véritablement plongée dans ses pensées. Finalement, elle décida de se préparer pour la nuit, quand bien même le soleil se couchait à peine.
Le lendemain matin, elle sentit tout de suite que quelque chose n'allait pas. Elle avait mal au ventre, au bas du dos, à la tête, l'impression de s'être entraînée un peu trop rudement la veille alors qu'Ensui avait été plutôt clément avec elle. Avec un petit grognement d'inconfort, elle repoussa sa couverture, se leva, se pencha pour refaire son lit et… Laissa échapper une longue plainte angoissée en voyant la tache rouge qui s'y trouvait, aussi visible et choquante qu'on pouvait l'imaginer sur un drap blanc. Son gémissement fut plus audible qu'elle ne l'avait voulu et déjà Ensui arrivait en faisant presque sortir la porte de ses gonds, un kunai à la main, prêt à la défendre contre l'agresseur. Il vit la tache sur ses draps, une expression de désarroi et de crainte se peignit sur ses traits, et elle… Elle réagit par pur réflexe.
— Dehors !
Le premier objet qu'elle attrapa, le carnet d'un roman qu'elle avait commencé à écrire quelques jours plus tôt, siffla à quelques millimètres à peine de l'oreille d'Ensui, lancé si violemment qu'il enfonça l'un de ses coins dans le mur du couloir de près de deux centimètres avant de retomber à côté des pieds du Jônin. L'air tout aussi raide et désemparé, il reclaqua la porte dans l'autre sens et elle l'entendit courir dans les escaliers tandis qu'elle tentait de calmer l'angoisse qui la gagnait soudain. Elle savait que ça arriverait un jour et pourtant, pourtant elle ne pouvait s'empêcher d'avoir peur et mal, de se sentir comme si son corps ne lui appartenait pas et elle détestait ce sentiment qui lui venait du Monde d'Avant et…
— Hitomi, ma puce ? fit la voix douce de sa mère derrière la porte.
Sa réponse sortit comme un murmure, un gémissement, un sanglot ou peut-être les trois à la fois.
— Maman…
Aussitôt, Kurenai ouvrit la porte, prit soin de la refermer derrière elle et se précipita pour la prendre dans ses bras, la berçant contre elle comme si elle était encore une enfant qui venait de faire un cauchemar. Elle lui murmurait que ce n'était pas grave, que tout allait bien se passer, qu'elle n'avait pas à avoir peur, qu'il y avait une solution et qu'elle n'était pas toute seule, litanie de réconfort tombée en cascade de ses lèvres, sans début ni fin. Finalement, Hitomi s'apaisa, les joues peut-être un peu humide, et Kurenai l'écarta à bout de bras pour la regarder.
— Je vais changer tes draps puis t'emmener à l'hôpital, d'accord ? Tu devras te faire injecter le médicament, comme un vaccin, et puis ce sera fini jusqu'à ce que tu décides que tu veux des enfants, si tu le décides un jour. Ensuite, on rentrera à la maison et tu auras droit à un jour de congé.
C'était une sorte de tradition muette, quelque chose qui se passait de kunoichi en kunoichi depuis l'invention du médicament miracle inventé par Tsunade près de trente ans plus tôt. Si une fille ne pouvait pas compter sur ses parents pour connaître et respecter la tradition, alors ses sœurs d'anciennes familles se tenaient informées d'une façon ou d'une autre, et quand le jour venait, l'une d'elle s'occupait de la malade pour la journée, jusqu'à ce que les symptômes cessent et que toutes soient prêtes à reprendre le travail. Hitomi n'en avait pas entendu parler, puisque pour une fois le secret avait été bien gardé, aussi Kurenai lui raconta-t-elle comment une collègue avec qui elle avait participé à une seule mission en tant que Genin s'était chargée d'elle toute la journée de ses premières règles, puisque sa mère n'avait pas été là pour le faire.
Le chemin jusqu'à l'hôpital fut compliqué. Certes, Hitomi avait connu des douleurs mille fois pires, mais celle-ci avait quelque chose de particulier, profond, sourd, intime, qui gênait la mécanique bien huilée de ses muscles et de ses articulations, perturbait son équilibre et l'assurance dans sa démarche – il était impossible, inenvisageable de passer par les toits. Dans l'étage réservé aux shinobi, la mère et la fille attendirent qu'une infirmière plutôt âgée, avec un sourire doux et des cheveux roux remontés en un chignon fatigué, les prenne en charge. L'injection fut plutôt douloureuse, entre la zone où il fallait piquer – le bas-ventre – et la taille de l'aiguille, mais Hitomi se fit violence pour ne pas broncher. Ç'aurait sans doute été ridicule. Quand ce fut fini, elle dut admettre qu'elle était soulagée, même si elle n'allait pas mieux. La dame à l'accueil, comme si elle savait dans le détail pourquoi elle était là, lui tendit un cookie sorti d'une jarre sur son bureau avant de lui dire au revoir.
— Voilà ma puce. Tu veux faire quelque chose en particulier aujourd'hui ?
— Juste… Juste rester à la maison.
Elle ne voulait pas croiser qui que ce soit parmi ses proches masculins – Gaara, Lee ou même Shikamaru – ç'aurait été trop embarrassant à ses yeux. Déjà avec Ensui, elle s'était comportée comme la dernière des idiotes, en accord avec les clichés qui accompagnaient son genre et ses menstrues, et cela lui faisait honte, plus qu'on ne pouvait l'imaginer. Dans ce monde, même s'ils étaient plus discrets que dans celui d'avant, les stéréotypes à l'encontre des femmes avaient encore un fort pouvoir sociétal. C'était un peu moins prononcé pour les kunoichi… Juste un peu, pas assez pour faire une véritable différence.
Quand elles rentrèrent à la maison, Ensui les accueillit d'un air peut-être un peu solennel. Il débarrassa Hitomi du manteau qu'elle avait enfilé à la hâte par-dessus les vêtements les plus relâchés et confortables de sa penderie à l'exception de ses pyjamas, puis la prit par la main et la fit s'installer sur le canapé, callant un coussin et une bouillotte bien chaude derrière son dos. Il lui couvrit ensuite les jambes d'un plaid, rapprocha la table basse pour que ce qui s'y trouvait soit à portée de main et y empila quelques livres – des romances, des contes pour enfants, un gros tome de fantasy et son exemplaire usé des Annales du plus Courageux des Ninjas. Le pas nerveux et empressé, il s'éclipsa dans la cuisine et revint avant que la mère ou la fille aient le temps de dire quoi que ce soit, déposant un grand mug de chocolat chaud fumant sur un coin libre de livres.
— Eh bien, sourit Kurenai, on dirait que tu as fait ça toute ta vie, Ensui.
L'homme se frotta la nuque puis les paumes l'une contre l'autre, l'air gêné.
— Je savais que ce jour viendrait. J'ai fait des recherches, posé des questions…
— … Tenu une liste ?
— Hrrm… J'ai le droit de ne pas répondre ?
La jeune mère rit de bon cœur et sa fille la rejoignit dans son hilarité avant de s'installer confortablement, puisque ses adultes avaient décidé de s'occuper d'elle aujourd'hui. Elle but une gorgée du chocolat, brûlant, sucré et un peu amer, comme elle aimait, puis attira le livre de Jiraiya à elle, le posa sur ses genoux et l'ouvrit. Elle aurait pu réciter les mots, les phrases, des chapitres entiers même, de tête, mais c'était le cas de tout ce qu'elle lisait. Ce qui rendait ce volume en particulier si spécial, c'était la manière dont il la touchait au cœur, remplissait ses pensées de douceur, d'idéal et de rêves de jours heureux.
Aucun des deux adultes ne l'interrompit dans sa lecture. Ils avaient pris place sur les deux fauteuils individuels, de part et d'autre du canapé, Kurenai du côté de la tête d'Hitomi et Ensui de l'autre, et discutaient au-dessus de sa tête de sujets plutôt légers. Une recette qu'ils voulaient essayer, le mariage d'une couturière chez qui l'homme faisait repriser tous ses uniformes abîmés par l'une ou l'autre mission, la délégation venue de Takigakure qui avait passé la frontière. La jeune fille écoutait d'une oreille, mais ne participait pas à la conversation. C'était inutile, elle n'en ressentait ni le besoin ni l'envie, et de temps à autres ils laissaient échapper quelque utile information pour son bénéfice, sans le savoir.
Une heure avant le déjeuner, Yoshino frappa à la porte. Ce fut Ensui qui alla lui ouvrir et l'emmena dans le salon pour qu'elle puisse dire bonjour à ses hôtes. Manifestement, la mère de Shikamaru était tout à fait au courant de l'évènement miniature qui avait frappé ses voisins. Comment, par quelle sorcellerie, c'était un secret qu'elle comptait bien garder : Kurenai et Hitomi étaient loin d'être les seules kunoichi effrayantes de la famille. Un bruit qui courait affirmait que les Nara avaient une faiblesse pour les femmes de la sorte. Hitomi était encline à le croire. Shikamaru n'était-il pas censé tomber amoureux de Temari ? Même dans cet univers différent du canon qu'elle connaissait si bien, cela pouvait encore arriver.
Sa tante avait apporté des gyôza qu'elle avait comme par hasard cuisinés en surplus la veille. Elle savait très bien qu'Hitomi raffolait des petites ravioles et en avait amené assez pour nourrir un régiment – ou une seule équipe ANBU. Elle donna à la petite famille des nouvelles de Shikamaru et Shikaku, qui travaillaient d'arrache-pied pour l'examen Chûnin. Le jeune homme avait apparemment pris comme un affront personnel l'abandon de sa cousine, comme une dette qu'il tenait à son encontre et entendait bien payer. Le fait qu'il ait réussi à embrigader son père dans de tels plans était peut-être encore plus surprenant. La jeune fille avait très hâte de voir son combat, si cette chance lui était offerte.
Le repas fut paisible, tout aussi réconfortant que le reste de sa journée depuis la sortie de l'hôpital. Tout au long de l'après-midi, ses douleurs faiblirent progressivement, et tard au soir, quand elle fut à deux doigts de s'endormir, elle n'avait plus mal du tout. Ses saignements s'étaient arrêtés, pour son plus grand soulagement. Un seul petit reniflement dans sa direction et Hoshihi était parti chasser toute la journée, lui expliquant par-dessus son épaule qu'il n'avait pas envie d'être mêlé à cette affaire humaine et reviendrait le lendemain avec une offrande pour la féliciter.
Cette promesse, il la tint sans conteste, la réveillant le matin venu en léchant la cicatrice sur sa joue jusqu'à ce qu'elle batte des paupières. Quand il fut sûr qu'elle était bien réveillée, il commença à empiler des proies sur son lit : lapins, écureuils, blaireaux, rats d'eau et même une paire de pigeons très dodus, il y en avait absolument partout. Il avait pris soin de tuer chaque bête en lui brisant la nuque, pour ne pas tacher ses affaires de sang – elle s'était déjà occupée de cette partie-là du scénario la veille, ses draps blancs avaient même dû être jetés.
Perchée sur les épaules de son mentor, Hai regardait avec enthousiasme, ses yeux ronds et bleus brillants de fierté. D'une voix claire, elle désigna les proies qu'elle avait repérées elle-même, mais qu'elle avait laissé son mentor tuer parce que « c'était la coutume depuis des générations, depuis bien avant la fondation des Villages Cachés ». Il était vrai que les maîtresses du clan Yûhi avaient toujours été des femmes, mais avant ça, le contrat faisait partie des possessions des Uchiha… Cela expliquait-il pourquoi ils leur avaient offert ce parchemin en particulier ?
Hitomi remercia son familier, se leva, rassembla les proies pour les stocker de façon à ce qu'elles soient encore consommables plus tard et la vie put reprendre, aussi simplement que cela. Elle se prépara avec la rapidité et l'efficacité d'un ninja confirmé, les gestes rendus précis et assurés par l'habitude, par les mille fois où elle l'avait fait pour son shishou. Il l'attendait déjà dans le jardin. Devant eux, l'horizon était encore sombre, mais on devinait les premiers reflets de l'aube, si on savait où les chercher. En silence, l'homme et son apprentie commencèrent à saluer le soleil. Ses gestes étaient vifs, habités jusqu'au bout des doigts par sa concentration et sa volonté. Au bout d'un moment, Kurenai se joignit à eux, le salut devenu un subtil mélange de danse et d'art martial.
L'exercice du bô fut de retour, bien entendu. Hitomi salua le clone qu'Ensui venait de matérialiser d'un Sceau de la Discorde, puis se mit en position et attaqua au signal de départ. Le regard de son maître se fit intéressé, puis satisfait. Il aimait ce qu'il voyait, la détermination, le calme profond et ferme qu'il distinguait derrière ses traits frais et jeunes. Il échangea un regard avec Kurenai, puis abattit le bô pour faucher les jambes de son apprentie. Celle-ci se contenta de sauter sans même baisser les yeux pour vérifier le timing, profitant même de l'élan qu'elle venait de se donner pour porter une attaque particulièrement vicieuse.
Oh, elle finit par tomber, mais elle s'était nettement améliorée, comme si un poids avait été enlevé de ses épaules, et Ensui savait qu'elle tenait le bon bout. Soudain, il réalisa que c'était la première nuit d'Hitomi, à sa connaissance, à ne pas avoir été habitée par un cauchemar depuis le Massacre des Uchiha. Il pouvait le voir rien qu'en posant les yeux sur elle, comme une tension dissoute de la ligne de ses épaules. Avec un sourire, il la releva et la laissa aller se rafraîchir.
Les jours, à partir de là, s'enchaînèrent dans une succession rapide et floue. L'entraînement était intense, bienfaiteur. Lee venait parfois la voir pour lui proposer l'une ou l'autre sortie, lui permettant de se sortir un peu le travail de la tête pour quelques heures. Hitomi voyait bien que sa mère était très entichée du prétendant qu'elle s'était choisi. Oh, Kurenai avait adoré Hinata, l'adorait toujours. Mais on ne traitait pas de la même manière la première amourette pratiquement condamnée dès le départ de son enfant et ce qui venait ensuite.
Six jours après l'incident menstruel d'Hitomi, Zabuza et Haku arrivèrent en vue des murs de la ville. Grâce à Hai, qui voyait cela comme un exercice amusant mais peu complexe, ils furent déguisés assez efficacement pour passer les portes du village et se noyer dans la foule. Ils arrivèrent au cœur du territoire des Nara sans la moindre embûche, et à partir de là, c'était à peine s'ils avaient besoin d'un déguisement. Shikaku en personne avait approuvé leur présence sur ses terres – ils étaient intouchables.
— Alors gamine, comment va ton Suiton ? salua Zabuza d'une voix brusque.
Avec un sourire entre joie et prédation, elle se concentra et le manteau aqueux entoura la lame de son tantô avant d'entamer sa redoutable rotation. Les deux Kirijin l'interrompaient en plein entraînement contre le bô et le clone, Ensui ayant la gentillesse de suspendre ses attaques le temps qu'elle démontre sa maîtrise au déserteur. Il hocha la tête d'un air approbateur et l'affrontement reprit, Hitomi tentant désespérément de porter un coup au clone sans chuter dans la manœuvre.
Ce soir-là, elle eut une longue discussion avec Haku. Ils étaient tous deux passés à autre chose : leur amourette n'avait rien eu de sérieux, juste un peu de temps agréable pour faire attendre la réalité et les obligations qui la composaient. Ils avaient aimé s'embrasser, s'enlacer, une certaine connexion émotionnelle s'était établie entre eux, mais rien qui vaille le coup de mettre leur amitié en péril ou d'abandonner ce que Lee et elle commençaient à construire. Apparemment, Haku lui-même fréquentait un jeune homme de la rébellion contre le régime en place dans son village. Tant qu'il était heureux, Hitomi ne trouverait rien à y redire.
