Coucou ! Désolée pour le léger retard par rapport à l'heure habituelle d'upload les jeudis. Merci pour vos gentilles reviews cette semaine ! N'oubliez pas, ceux qui hésitent à en laisser, que les auteurs les adorent. Cette semaine, vous aurez quelques réponses à vos questions, mais sans doute pas autant que vous le vouliez, que je suis vile. Bonne lecture !
Le lendemain de l'arrivée des déserteurs, Shikaku, Ensui et Shinku, son grand-père, se rassemblèrent dans le salon face à elle. Ils avaient tous l'air grave, mais pas inquiet, un bon signe selon Hitomi. Elle savait ce qu'ils avaient fait pour elle sur leur temps libre. Étaient-ils là pour lui faire part d'une découverte, ou pour lui dire qu'ils devaient encore chercher ? Elle chercha la réponse sur leurs traits attentifs, sans succès.
— Hitomi-chan, commença Shinku, nous avons trouvé une piste dans les très anciennes archives des Yûhi. J'aimerais que tu nous fasses la démonstration du pouvoir que tu affirmes détenir, si tu veux bien.
La jeune fille ferma les yeux, chercha en elle. La voix n'était jamais très loin, excitée par le moindre sursaut de colère, d'adrénaline, de joie même parfois, comme si elle n'attendait qu'une émotion assez forte pour rappeler son existence. Il suffisait à la jeune fille de penser à Hinata, que les médecins refusaient pour l'instant de réveiller parce que c'était trop risqué, pour que l'entité grogne à l'intérieur d'elle et se mette à enfler, lentement. Sa posture changea légèrement tandis qu'elle se concentrait sur les souvenirs qui éveillaient le mieux sa colère, la voix prenant en puissance, en assurance, jusqu'à lui chanter ses promesses au creux de l'oreille.
Elle rouvrit les yeux pour voir face à elle les traits des adultes marquer leur ébahissement. Cette vue étrange lui permit de garder le contrôle, de refouler la voix là où elle ne pouvait faire de mal à personne. Elle vacilla quand elle se fut entièrement libérée de l'emprise titanesque, ses pensées retrouvant une clarté que l'entité lui enlevait quand elle prenait le dessus. Elle laissa échapper une longue expiration soulagée, dénouant ses muscles un à un jusqu'à perdre la tension qui l'avait agitée jusque-là.
— J'en étais sûr, dit Shinku d'une voix étrangement tremblante, et pourtant je n'osais y croire. Ma petite-fille, tu rendras vraiment sa gloire au clan. Je suis tellement, tellement fier de toi.
Elle fronça les sourcils, même si le compliment lui avait fait redresser le menton de fierté, par réflexe. Shinku était un homme exigeant, compliqué à satisfaire. Il n'avait jamais ouvertement critiqué ses compétences ou ses efforts mais gardait le plus souvent une posture très neutre face à elle, si différente du traitement que Kurenai lui offrait qu'elle ne savait pas toujours comment réagir. Ensui lui fit signe de s'asseoir et, le premier, prit place en seiza de l'autre côté de la table basse.
— Nos recherches ont montré quelque chose de vraiment surprenant. Il existe une lettre, enterrée sous ses centaines de dossiers d'archives du clan Yûhi, qui fait état d'un Kekkei Genkai qui aurait été autrefois présent parmi les matriarches et filles du clan.
— Qu… Je vous demande pardon ?
Shikaku intervint d'un ton à la fois grave et tranquille, son regard se posant sur sa nièce comme s'il tentait de la rassurer, d'éviter qu'elle ne panique :
— C'était jadis la caractéristique commune à tous les clans. Ils naissaient quand une capacité étrange se révélait parmi ses membres et passait aux enfants, et mouraient quand la capacité disparaissait à force de dilutions et d'évènements incontrôlables.
— Mais les Yûhi…
— Les Yûhi possédaient autrefois un Kekkei Genkai, si on en croit cette lettre. Il y a des siècles, bien avant l'union avec les Uchiha, bien avant la fondation des Villages Cachés. Un pouvoir qui leur a permis de survivre malgré le petit nombre de leurs membres, qui a rendu les filles du clan plus précieuses que des montagnes d'or – elles seules pouvaient l'éveiller, tu vois.
— Mais pourquoi personne n'en parle ?
— Tout le monde a oublié, Hitomi, répondit Ensui. Je t'ai donné assez de leçons d'Histoire pour que tu comprennes à quel point le temps fragilise la mémoire. Selon moi, le souvenir de votre lignée s'est éteint à peu près au moment de la fondation de Konoha, une génération plus tard tout au plus. Notre village est jeune, mais cela fait tout de même trois générations d'écart avec la tienne, au grand minimum.
— Mais qu'est-ce que je vais faire, alors ? Qu'est-ce que je dois en faire ?
La jeune fille, malgré toutes les tentatives discrètes et subtiles de l'apaiser, sentit une pointe de crainte lui mordre l'esprit. Elle n'avait aucune envie d'être seule pour ce genre d'épreuve, pas alors que tant pouvait se jouer. Si le pouvoir était aussi puissant que Shinku-ojisama l'avait sous-entendu… Elle pourrait véritablement faire face à ce qui l'attendait. Elle ne serait peut-être plus sans défense, enfin. Mais sans cela, sans personne pour la guider, pour lui apprendre à faire sienne l'entité terrifiante qui s'était mise à grogner au fond d'elle en réponse à sa crainte, que pouvait-elle faire ?
— Nous avons quelques idées, fit Shikaku d'une voix apaisante. On y a réfléchi avant de venir te voir.
— Je pense que le plus sûr serait de faire appel à notre contrat. Nos chats sont trop jeunes pour avoir connu quelqu'un qui soit doté de ce pouvoir, mais je peux parler à Aotsuki, lui demander si l'un de ses anciens peut t'apporter des réponses, te guider.
— Quant à moi, ajouta Ensui, je peux réfléchir à un sceau de constriction dans lequel tu pourrais t'entraîner sans crainte. Ce n'est pas particulièrement compliqué, tu le sais, et j'aurais assez de chakra pour le maintenir pendant des heures entières.
— Et en cas de problème, conclut le chef du clan Nara, je peux toujours t'immobiliser avec les techniques du clan. Tu ne courras aucun danger, et les autres non plus.
Hitomi baissa le regard sur ses mains, plongea à l'intérieur de sa Bibliothèque. L'espace autour d'elle avait cessé de se dégrader tout seul au bout de quelques jours sans entretien – encore une pression qui avait disparu de ses épaules. Contemplant le petit noyau de paradis qu'elle avait fondé au creux de son âme, elle pesa ses options. Elle ne pouvait pas laisser la voix régner en maîtresse sur ses émotions, mais elle soupçonnait que simplement les contrôler ne ferait que repousser l'inévitable. Elle ne pouvait pas non plus demander que ce pouvoir soit scellé là où elle ne pourrait l'atteindre, pas alors que cela pouvait changer ses perspectives.
— J'accepte, fit-elle d'une voix douce. Quand est-ce qu'on commence ?
La voix grave d'Ensui forma un rire en cascade, comme une musique dans ses oreilles, et elle sourit en retour. Elle tentait d'ignorer l'avidité bien cachée au fond des yeux de son grand-père, parce qu'elle comprenait : il avait vu son clan s'éteindre sous ses yeux. Quelle que soit la manière dont on prenait cette situation, elle était difficile à tenir pour lui. Qui ne rêvait pas de grandeur, d'une manière ou d'une autre ? Il avait été une légende sur le champ de bataille. Son simple nom provoquait encore des frissons d'angoisse dans le dos de certains ninjas d'Iwa, et de Kumo aussi, au souvenir de la manière dont il avait fendu les foules sur le dos de son chat géant, Aotsuki la Terreur, qui hurlait sa joie de combattre et jouait avec ses ennemis comme s'ils n'étaient que des poupées remplies de paille.
— Nous reviendrons te faire notre rapport dans deux jours, affirma Shukaku d'une voix ferme. En attendant, tu continueras de t'entraîner avec ton shishou et nos invités de Kirigakure. Tu ne participes pas à la finale cette fois, gamine, mais j'attends de toi des résultats lors de ton prochain examen.
En réponse, Hitomi se redressa avec fierté, le regard paisible et profondément satisfait. Les attentes de Shikaku étaient toujours assorties d'une confiance dont elle se sentait honorée. Il était un puissant chef de clan, fier, désinvolte, sévère, mais quand il la regardait, comme quand il regardait Shikamaru, quelque chose en lui se teintait d'affection et de douceur. S'il ne laissait pas ces émotions teinter les exigences qu'il avait envers les enfants de son clan, il se montrait toutefois suffisamment affectueux pour que le satisfaire soit extrêmement gratifiant.
Une heure à peine après que Shikaku et Shinku aient quitté la maison, Hitomi et Ensui se remirent au travail. Il la fit combattre à l'épée sous les yeux songeurs de Zabuza, tandis qu'Haku s'entraînait à manier ses aiguilles avec une précision toujours plus redoutable. Il avait à présent appris à les former directement de la glace que son Kekkei Genkai lui prodiguait, une capacité par moments terrifiante. Quand l'ancien Épéiste eut observé tout son soûl, il prit la place d'Ensui et se jeta contre Hitomi avec brusquerie, une longue claymore de bois à la main. Elle n'eut que le temps de parer et de battre en retraite avant qu'il la poursuive d'un coup de pied vers la poitrine.
— Plus vite que ça ! grogna-t-il. Je sais que tu peux aller plus vite, bouge-toi !
Le souffle un instant coincé dans sa gorge, la jeune fille s'exécuta, concentrant une belle dose de chakra dans ses jambes et ses bras pour accélérer le mouvement. Elle avait du mal à suivre ses propres gestes des yeux mais ses autres sens étaient là pour lui donner les indications nécessaires – l'exercice du bô y avait veillé. Elle ne cessait de passer sous la lame de Zabuza, le frapper à un point sensible du poing ou de la botte, puis reculer hors de sa portée quand il souhaitait lui rendre la pareille. Oh, il aurait fait d'elle de la chair à pâtée s'il l'avait voulu, mais c'était un entraînement, pas un véritable combat.
Hitomi finit tout de même par se faire botter les fesses, à un tel point qu'Haku dut la prendre à part et la forcer à s'asseoir pour la soigner. Il était assez fort et rapide pour l'empêcher d'y retourner sans cesse. Ses yeux bruns remarquèrent son regard un peu flou, ses joues rouges, ses cheveux emmêlés et la vague sensation d'aura meurtrière sur sa peau, les signes qu'un ninja ne savait pas dire stop et risquait de se blesser stupidement à force de trop en faire.
— Je vais t'enfermer dans une cage de glace si c'est ce qu'il faut pour que tu te calmes deux minutes. Tu veux que je le fasse ?
— Non ! J'ai besoin de retourner m'entraîner, d'accord ?
— Hitomi, il t'a quasiment cassé le bras tout à l'heure ! Tu ne seras bonne à rien si tu as trop mal pour tenir debout, reste tranquille !
La jeune fille avait été tellement surprise d'apprendre qu'Haku avait trouvé quelqu'un pour lui apprendre le ninjutsu médical – pourtant, maintenant qu'elle le voyait à l'œuvre, c'était pratiquement une évidence. Elle se demanda si la rébellion avait des médics à sa disposition. Si ce n'était pas le cas, son ami allait devenir une ressource extrêmement précieuse… Avec une petite moue boudeuse, elle finit par accepter ses ordres et se laissa retomber dans l'herbe sèche, les sourcils froncés.
— C'est mieux. Laisse-moi réparer cette articulation, prends une heure de repos et tu seras comme neuve.
— Dis…
— Hm ?
— Tu sais que Yoshino-san, la mère de Shikamaru, est une médic ? Elle a soigné Hinata, une fois, quand elle s'est blessée à l'école et qu'on a préféré ne pas passer par l'hôpital pour que son père ne l'apprenne pas. Elle pourrait peut-être te donner quelques conseils ? Elle était médic de terrain, d'après Ensui-shishou. Terrifiante.
Avec le recul, Hitomi douterait sans doute du bien-fondé de mettre Haku, doux et parfois effrayant, et Yoshino qui était à peu près pareille avec vingt années d'expérience en plus, dans la même pièce. Mais elle aimait s'entourer de gens aussi retors et trompeurs qu'elle. Les ninjas étaient faits pour vivre dans les ombres et dans le brouillard, pour induire leurs adversaires en erreur tout en évitant les écueils qu'on leur tendait. C'était sans doute une bonne chose qu'un peu de la douceur d'Haku devienne illusion, de la même façon que la jeune Yûhi faisait tout pour ressembler à une adorable petite poupée pour trahir la vue de ses ennemis.
Pendant son heure de repos, elle travailla sur ses sceaux corporels. Ensui lui avait apporté plusieurs mètres carrés de peaux de daims afin qu'elle puisse s'entraîner. Le premier sceau qu'il lui avait montré était une variante du sceau restrictif que Fukuda-san portait sur ses poignets et sa langue. Celui-là ne servait pas à contraindre au silence, mais à l'immobilité. C'était un sceau de bas niveau, avec quelques faiblesses qu'un ninja expérimenté ne manquerait pas de trouver et d'exploiter, mais Hitomi n'était qu'une Genin. Les ninjas expérimentés n'étaient pas censés se trouver sur sa route avant un long, long moment.
Comme si ça les avait retenus, la dernière fois.
Parfois, quand elle n'avait rien pour occuper son esprit, elle pensait à ses amis, chacun se consacrant sans limite à son propre entraînement. Est-ce que Naruto mangeait correctement ? Est-ce que Sasuke était parvenu à ne pas étriper Kakashi ou mourir en essayant ? Est-ce que Gaara supportait bien le vent froid qui agitait parfois la région à cette période de l'année ? Ces instants de solitude, elle les passait recroquevillée à l'intérieur d'elle-même, comme pour envelopper de ses pensées ses étincelles de souffrance et de crainte – d'être abandonnée, de devenir dispensable.
Toutes les semaines, elle se rendait assidûment dans le cabinet de Fukuda-san pendant une heure, parfois plus, et s'ouvrait petit à petit à la thérapeute, lui parlant tout d'abord de choses futiles, de petits plaisirs éphémères qui avaient jalonné les derniers jours. Au bout d'un quart d'heure, la psychologue parvenait à se frayer un chemin à travers sa pudeur émotionnelle et elles abordaient enfin les sujets qui fâchaient : sa sensation d'impuissance, ses peurs, ses angoisses, la pointe de rancœur qu'elle ressentait à l'idée de ne pas participer à l'examen.
Oh, qu'est-ce qu'elle avait honte de ce sentiment-là. On aurait pu lui proposer mille fois de modifier son choix, elle aurait trouvé la force de refuser encore et encore, sans hésiter. Et pourtant, les conséquences de cette décision, le fait de devoir rester Genin jusqu'au prochain examen auquel Konoha enverrait ses candidats – ce ne serait pas le cas si l'hôte des épreuves était Iwagakure ou Kumogakure – la rendait un peu amère. Une étincelle vaniteuse et âpre en elle protestait contre l'attente, au-delà de toute rationalité. Fukuda-san lui expliqua que c'était normal, que le bon choix n'était souvent pas le choix facile, et qu'il fallait en accepter les conséquences de toute manière.
Hitomi ressortait toujours de ces séances soit apaisée soit bouleversée, sans nuance, sans entre-deux. Lee avait pris l'habitude de venir la chercher à l'entrée du bâtiment. Avant de la raccompagner chez elle, il l'emmenait en ville, choisissant toujours un endroit qui convenait à son humeur, et même, une fois, dans un bar à chats qui venait d'ouvrir dans l'une des rues les plus touristiques. Il n'avait cessé de s'émerveiller devant les réactions des félins à sa présence, soulignant sans fin la manière dont ils se frottaient à son kimono en ronronnant et miaulant pour son attention. Quand elle lui raconta cet épisode, Hoshihi hurla de rire.
Un matin, ce ne fut pas Ensui mais Yoshino qui accueillit Hitomi dans le jardin. Une table était dressée devant elle, et sur la surface de bois, plusieurs rouleaux scellés. Intriguée, la jeune fille se dirigea vers sa tante et la salua, son chat géant prenant place à ses côtés d'un air attentif. La mère de Shikamaru arborait son air sévère habituel, les traits nobles accentués par le pli austère de sa bouche. Si on ne la connaissait pas, elle paraissait intimidante, inaccessible. Heureusement, Hitomi savait ce qu'il en était vraiment.
— Depuis que Tsunade-sama a quitté le village, la règle concernant la présence d'au moins un ninja formé au ninjutsu médical dans chaque équipe n'est plus observée. À cause de ça, tes camarades mourront les uns après les autres autour de toi, c'est inévitable. La seule chose que tu puisses faire pour avoir une chance de lutter contre leur disparition, c'est d'apprendre. Si tu es la médic de ton équipe, même si tu ne connais que les techniques de base, tu en sauveras peut-être quelques-uns. Si tu trouves que c'est une motivation suffisante, reste et écoute ce que j'ai à te transmettre.
Prise de court, la jeune fille retint un mouvement de recul et baissa les yeux sur la table, sur les rouleaux qui reposaient là, inoffensifs en apparence. Elle pouvait sentir un léger fourmillement à l'intérieur de ses paumes, quelque chose qui lui indiquait toujours la proximité d'un sceau. Pourtant, pour une fois, elle n'en tira pas le moindre réconfort. Devant ses yeux dansaient les images que Kakashi avait imprimées à l'intérieur de son esprit, des mois plus tôt, quand il l'avait prise au piège d'une illusion lors du test des clochettes. Elle ne l'avait jamais avoué au professeur, craignant de le faire culpabiliser, mais cette scène d'horreur trouvait parfois sa digne place parmi les cauchemars qui lui rendaient visite la nuit tombée, quand bien même elle savait qu'elles n'avaient rien de réel.
— Je… Bien sûr que c'est une motivation suffisante, grommela-t-elle.
Un mauvais pressentiment avait commencé à peser sur elle ces derniers jours, comme si son esprit essayait sans succès d'attirer son attention sur un détail en particulier, quelque chose d'important, mais pas assez crucial pour que sa Bibliothèque fasse d'elle-même tout le travail. Elle avait dit à Ensui à quel point elle trouvait le ninjutsu médical important, et il avait approuvé. Elle ne serait jamais une médic, elle n'avait pas le contrôle profond et instinctif que cela demandait. Mais si elle pouvait prodiguer les premiers soins, et assurer ainsi la survie de ses camarades… Oui, cela en valait la peine.
Pendant plusieurs heures, Yoshino l'interrogea sans relâche à propos de l'anatomie humaine. Hitomi avait lu de nombreux traités à ce sujet et possédait en plus tout le savoir qu'elle avait accumulé dans le Monde d'Avant, alors qu'elle ne comptait plus les heures et les jours passés à l'hôpital. Parfois, une infirmière ou un médecin avait pris le temps de répondre à l'une de ses questions, comme par pitié pour la malade que personne ne visitait jamais. Elle avait été stupidement heureuse de recevoir leurs attentions, alors.
Les choses se compliquèrent les jours suivants pour la jeune fille, quand Yoshino lui expliqua comment manifester le chakra médical. Celui-ci était une énergie neutre, un peu comme du sang auquel on aurait enlevé toute caractéristique excluante, compatible avec tous les systèmes vivants, les méridiens et portes de tous types. Pour arriver à le manifester, il fallait détacher de son chakra tout ce qui le caractérisait et en particulier le potentiel pour une affinité élémentaire. Ce fut en pratiquant ce geste incroyable de précision qu'Hitomi se découvrit une faible affinité secondaire pourla foudre, juste de quoi apprendre les techniques de cet élément un peu plus facilement que celles des répertoires Katon, Fûton et Doton.
Elle en était là quand Ensui, Shikaku et Shinku revinrent la voir. Ils avaient l'air grave, encore une fois, mais quelque chose dans leur posture était détendu, si bien qu'Hitomi se surprit à espérer. La voix s'était manifestée à plusieurs reprises ces deux dernières semaines, douce et sauvage comme une amante, s'infiltrant avec délicatesse au plus profond d'elle-même – elle s'en rendait toujours compte un peu trop tard, quand elle était furieuse ou effrayée.
— Je ne vais pas te laisser dans l'inconnu plus longtemps, dit Shikaku quand elle les eut tous les trois installés au salon. Nous avons trouvé un moyen d'encadrer ton apprentissage.
Un sourire hésitant sur les lèvres, elle s'assit en seiza face à eux.
— Comment ?
— L'une des anciennes parmi nos chats-ninjas a accepté de t'apprendre. Elle est suffisamment âgée pour avoir connu une membre du clan qui possédait le Kekkei Genkai, pour avoir fait partie de son équipe. Elle se souvient.
— Quant à moi, ajouta Ensui, j'ai trouvé un sceau qui fera l'affaire dans des archives auxquelles seuls les Jônin ont accès. J'en profiterai pour te le montrer, pour que tu puisses le reproduire si besoin.
— Et je serai là, acheva le chef du clan Nara, pour t'immobiliser au cas où le sceau ne suffirait pas, même si j'en doute. Je n'aurai sans doute rien à faire, vraiment. Pénible…
Hitomi ne put retenir un rire en entendant ce mot dans la bouche du père, elle qui avait l'habitude de fréquenter le fils. Shikamaru était submergé de travail avec la troisième épreuve qui se déroulerait dans une dizaine de jours à peine. Même maintenant, alors que son père et mentor dans les techniques du clan se trouvait ailleurs, un autre membre du clan parmi les plus puissants avait tourné le dos à tous ses autres devoirs pour entraîner le jeune Genin. Personne ne le disait, mais les Nara espéraient eux aussi briller lors de cet examen, sous les yeux des dignitaires étrangers.
Une heure plus tard, Hitomi fit connaissance avec Kibaki. C'était une chatte très imposante, toute en muscles et d'une pugnacité indescriptible mais parfaitement lisible au fond de ses yeux jaunes. Elle mesurait un mètre cinquante au garrot, dominant totalement la frêle stature de son élève temporaire, ses poils gris et emmêlés étoffant les muscles puissants de son corps. En la voyant, Hoshihi et Hai laissèrent échapper des exclamations ravies et se précipitèrent vers elle, leurs queues dressées bien droit en signe de salut, de reconnaissance.
— Shinku-kun m'a expliqué pourquoi il avait besoin de moi, dit Kibaki à Hitomi quand les chats se furent salués correctement. Emiko – c'est ton ancêtre, mon Invocatrice – n'a pas vécu très longtemps, mais je me souviens des cours que sa mère nous donnait à propos de son pouvoir. Elle était redoutable. Sans la guerre qui l'a tuée, elle aurait fait un sensei formidable. C'était son rêve. Mon enseignement n'est pas gratuit, Hitomi-chan. Tu honoreras sa mémoire en prenant à ton tour des élèves quand le moment viendra, et en instruisant tes propres petits dans la mesure du possible, qu'ils éveillent votre Kekkei Genkai ou non. Qu'en dis-tu ?
La voix de la chatte était incroyablement tranchante, pourtant Hitomi pouvait saisir une nuance de mélancolie bien enfouie sous la dureté et l'acier. Elle réfléchit au marché que proposait Kibaki. Des élèves… Oui, elle pouvait l'imaginer, sans le moindre problème. Elle avait aimé aider ses amis à progresser à l'Académie et envisageait de demander à Iruka s'il avait du travail pour elle quand elle deviendrait Chûnin. Ce n'était pas exactement la même chose que de devenir un sensei, mais les deux aspirations étaient similaires.
Quant à avoir des enfants… Elle ne savait toujours pas si elle en voulait. C'était ce que son grand-père espérait de sa part, elle le savait – assez d'enfants pour que la lignée renaisse de ses cendres, plus forte et plus saine – mais elle, qu'est-ce qu'elle voulait ? Elle avait peur de ne pas pouvoir être une aussi bonne mère que Kurenai avait été pour elle, et enfanter quand on était un ninja était toujours compliqué. Et si elle partait en mission pour ne jamais revenir ?
Était-elle prête à sceller son destin pour un savoir qu'elle convoitait ? Ce n'était définitivement pas une façon morale de prendre des décisions – on ne rompait pas une promesse faite à un animal ninja, elle le savait. Mais elle avait sincèrement besoin de ces connaissances et elle… Elle pouvait s'imaginer prendre place dans le futur que Kibaki voulait pour elle. Lentement, elle forma le Sceau de la Réconciliation, index et majeur de la main gauche dressé, les autres repliés.
— J'accepte.
Promesse de ninja.
