Coucou ! J'espère que vous passez un bon dimanche ! Moi je finis le NaNo aujourd'hui mais ça ne veut pas dire que je vais m'arrêter d'écrire ce mois-ci ! Je vise les 75.000 mots !
Le premier jour, Kibaki se contenta d'expliquer à Hitomi tout ce qu'elle ignorait encore sur son pouvoir, refusant catégoriquement de passer à la pratique – on n'apprenait pas à manier une épée sans passer par un peu de théorie et le même principe s'appliquait à cette situation. Au bout de plusieurs heures, la jeune fille laissa ses invités dans le jardin le temps d'aller leur chercher des rafraîchissements et croisa sa mère qui revenait de l'hôpital. Sa démarche était à la fois assurée et légère, comme si un poids venait d'être levé de ses épaules et que sa gestuelle s'abreuvait d'une liberté nouvelle.
— Ah, Hitomi, parfait ! Je voulais te voir, j'ai une très bonne nouvelle. Les médecins disent qu'Hinata pourra recevoir des visites à partir de demain. Elle ne sera pas encore réveillée tout de suite, pour laisser à son cœur le temps de bien se réparer, mais elle n'a plus besoin d'être dans une chambre stérile, c'est une bonne nouvelle !
Soudain Hitomi comprit le soulagement de sa mère et la rejoignit presque par réflexe. La ligne de ses épaules se détendit légèrement, un soupir lui échappa. Elle s'était inquiétée pour Hinata, quand bien même elle avait su – lu – qu'elle se remettrait et ne conserverait aucune séquelle de son combat contre Neji. Le doute ne l'avait pas quittée un instant : elle avait déjà changé tant de choses dans ce monde, certaines qu'elle ne comprenait pas encore vraiment, certaines pas vraiment liées aux évènements sur lesquels elle était directement intervenue. Elle n'avait pas pu savoir, pas vraiment.
— J'imagine que peu de membres de son clan iront la voir…
— Tu imagines bien, malheureusement. J'étais là tous les jours et je n'ai pas vu son père une seule fois. Seulement sa sœur, hier, et l'un de ses cousins est venu la chercher avant même qu'elle atteigne le couloir où se trouve sa chambre. On ne pouvait pas entrer, seulement regarder par l'espèce de fenêtre, mais elle avait vraiment l'air de vouloir la voir.
— Ces enflures… Et Kiba et Shino ?
— Kiba était avec moi la plupart du temps. Shino participe à l'épreuve finale alors je lui ai ordonné d'aller travailler avec son clan, mais son petit frère qui est dans la même classe qu'Hanabi est venu le remplacer. Un garçon adorable, vraiment.
Hitomi avait déjà rencontré le petit, Sugi-kun, quand elle était à l'Académie et passait parfois des après-midis entiers avec Shino, dans son jardin, pour étudier. Avant que sa génération s'unisse, il avait été rare pour les membres d'un clan d'accueillir ceux d'un autre sur son territoire, exceptés pour les Nara, Akimichi et Yamanaka. Les Aburame étaient particulièrement secrets et refermés sur eux-mêmes mais n'avaient rien pu refuser à leur héritier, qui avait semblé si heureux d'avoir des amis autour de lui. Hitomi espérait que Sugi-kun s'était fait des amis dans sa classe, lui aussi. Elle ne savait pas à quel point ses pairs et elle avaient marqué l'Académie, seulement que l'idée de préparer les enfants à leurs équipes futures était restée.
— J'irai la voir dès que possible. Je ne crois pas que Kibaki-sama va me laisser beaucoup de temps libre dans les jours qui viennent, mais après ça, je devrais pouvoir négocier…
— Sauf si Ensui te réquisitionne à son tour !
La mère et la fille partagèrent un petit rire complice puis Hitomi se remit à ses devoirs d'hôtesse. Elle avait raison quand elle prédisait que Kibaki ne la laisserait pas tranquille : pendant les jours qui suivirent, la chatte exigea d'être invoquée avant le lever du soleil pour se mettre à travailler avec son élève dès la fin de son salut matinal jusqu'à bien après la nuit tombée. Quand ce n'était pas elle, c'étaient Yoshino et Ensui qui lui mettaient le grappin dessus. Elle n'avait pas le temps de s'arrêter, pas le temps de réfléchir, pas le temps de souffler. Et c'était parfait comme ça.
Si elle avait eu du temps à sa disposition, les pensées noires seraient sans doute revenues s'enrouler autour d'elle comme des fers, leur goût acide et amer à l'arrière de sa langue aussi constant que leur chant décourageant dans ses oreilles. Elle aurait ressenti le besoin de se refermer sur elle-même alors que son entraînement constant et varié la forçait à s'ouvrir et communiquer, encore et encore. L'esprit sans cesse occupé, elle pouvait se permettre d'ignorer ses problèmes, encore un peu.
— Sais-tu pourquoi on appelle ton Kekkei Genkai « le Murmure » ? Ce sont tes ancêtres qui l'ont appelé ainsi, parce qu'ils ne trouvaient pas de meilleur mot pour décrire la voix qui les guidait au combat. Tu ne peux l'ignorer que dans une certaine mesure, n'est-ce pas ? Il t'est déjà arrivé de perdre le contrôle, je peux le voir.
Hitomi repensa à la Forêt de la Mort, à Shikamaru et son regard effrayé, à Gaara et son dôme de sable. Elle n'avait pas envie d'y songer, mais elle n'avait pas le choix, pas alors que Kibaki posait des mots aussi précis sur ce qui lui était arrivé.
— Il n'existe pas de moyen miraculeux de garder le dessus. La seule solution, c'est d'avoir la volonté la plus solide, et je crois que tu possèdes cette force en toi, sans quoi j'aurais demandé à ton mentor de sceller ce pouvoir à jamais. La première étape cruciale, c'est de comprendre comment fonctionne le Murmure. Une fois ton adversaire blessé, tu peux lui voler son chakra en touchant la blessure. Tu devras améliorer ta rapidité et ta force pour être sûre d'y parvenir, bien entendu. Ensuite, une fois que tu as volé ne serait-ce qu'un peu de chakra, tu as le choix : soit tu le réinjectes dans les veines de ton ennemi pour le tuer rapidement, soit tu peux l'utiliser pour tout un éventail de techniques propres à ton Kekkei Genkai. Enfin, ça, on y viendra plus tard. Tu es loin d'avoir le contrôle nécessaire.
Hitomi hocha la tête, docile. C'était donc ça qu'il s'était passé, là-bas… Yoshino lui avait appris que le chakra et le sang ne se mélangeaient pas, jamais. Quand on était blessé, les méridiens se scellaient immédiatement, un réflexe inné profondément enfoui dans le code génétique de toutes les créatures vivantes. Forcer du chakra dans les veines d'un humain ou d'un animal le condamnait à mort : le sang se portait immédiatement à ébullition. C'était une mort rapide, mais atrocement douloureuse. Et Hitomi… Hitomi avait infligé ça à ses adversaires, dans la forêt. Cette idée ne l'horrifiait même pas, et elle avait peur de ce que cela disait sur son caractère. Elle ne parvenait à penser que deux choses : ils l'avaient bien mérité, et elle le referait sans hésiter. Cela signifiait-elle qu'elle était assoiffée de sang, ou simplement qu'elle ne reculait devant rien quand elle avait des êtres chers à protéger ?
Un après-midi, Yoshino et Ensui fondirent sur elle de concert alors qu'elle voulait profiter de l'urgence qui avait poussé Kibaki à retourner dans le monde spirituel pour aller se doucher, son maître lui arrachant sa serviette des mains tandis que sa tante la prenait par le bras pour la ramener dans le jardin, sous le regard amusé d'Asuma, dont les mains étaient occupées à affûter les armes de Kurenai tandis qu'elle préparait le repas du soir. La jeune fille eut le temps de sourire avec affection au Jônin avant de se retrouver devant la table à tréteaux que la médic utilisait à chacune de ses leçons.
— Pas le temps de se reposer ! s'exclama la jeune femme. Il est largement temps que tu apprennes à dessiner un sceau de stase.
— Hum… D'accord ?
— Elle a raison. Tu ne seras sans doute jamais une excellente médic, parce que tu as déjà trop de domaines à travailler, mais les sceaux de stase te permettront de sauver la vie de tes camarades s'ils sont trop gravement blessés pour que tu les soignes toi-même.
Immédiatement, l'intérêt d'Hitomi fut piqué au vif et sa lassitude disparut comme on souffle sur la flamme d'une bougie. Elle déposa un regard attentif sur les diagrammes étalés devant elle, caressa du bout des doigts l'encre qui semblait avoir séché des années plus tôt, ses contours craquelés et usés. Elle croisa un instant le regard d'Ensui qui lui sourit avec indulgence. Il était sans doute le seul à comprendre sa fascination pour tout ce qui touchait à ce domaine.
— Il existe deux sceaux de stase majeurs. Tu vas apprendre le premier, qui fonctionne comme une barrière autour de la personne que tu veux envelopper. Pour le deuxième, ça devra attendre, tu n'as pas encore le niveau pour t'y mettre. Le premier sceau s'appelle le Sceau du Ciel Vide et est à mi-chemin entre les sceaux basiques et les sceaux corporels. Pour l'effectuer, tu ne te sers ni d'encre ni de ton sang, mais de celui de la personne en son centre.
Le visage fermé dans une expression sérieuse, la jeune fille écouta chaque mot des explications de son maître. Elle pouvait deviner les implications et faiblesses d'un tel sceau, et pourtant, son aspect cruellement nécessaire. On ne pouvait pas soigner un ninja tant qu'on le mettait en stase parce qu'on avait besoin de son sang – or, la première étape des soins rudimentaires administrés sur le champ de bataille ou dans toute situation d'urgence était d'arrêter les éventuels saignements.
Tout au long de son travail sur ce sceau, elle ne put s'empêcher de voir danser en boucle devant ses yeux les évènements à venir. Elle en aurait cruellement besoin, jusqu'à ce qu'elle soit en mesure d'apprendre le second sceau de stase. Finalement, alors que le soleil se couchait, Yoshino libéra d'un rouleau de stockage un lapin qui avait été éventré de manière à survivre, mais saigner lentement. Quelques années plus tôt, Hitomi se serait figée, horrifiée. Désormais… désormais elle ne se sentait plus si troublée par la vue du sang, ni par l'utilisation d'animaux pour apprendre tout ce qui touchait aux soins. On ne pouvait songer à apprendre de telles procédures sur d'autres humains. Même les ninjas pouvaient le voir. Au moins, elle savait que l'animal, profondément anesthésié, ne souffrait pas. En silence, elle plongea ses doigts dans le sang encore tiède et commença à écrire.
Il lui fallut dix essais, autant de lapins et la majorité de la nuit pour maîtriser le sceau. Les symboles coulaient en elle comme un fleuve, sublimes et terribles, emplis de pouvoir et indomptables. Chacun de ses essais était un peu plus proche de la perfection qu'exigeaient son mentor et sa tante. Ils n'avaient pas l'air fatigués, eux, aussi refoula-t-elle bâillements et fourmillements dans ses muscles jusqu'à finalement parvenir à exécuter le sceau exactement comme ils le voulaient. Elle pressa le sang avec son chakra et les longs traits rougeâtres s'enroulèrent autour du corps inerte comme des chaînes, jusqu'à ce que la respiration du petit mammifère s'arrête. Lentement, elle se pencha, colla son oreille contre son poitrail ouvert en deux. Pas de battement de cœur ni de respiration.
— Relâche le sceau, ordonna Yoshino.
Elle s'exécuta et aussitôt la vie reprit dans le corps de l'animal. Avec un hochement de tête approbateur, la médic posa ses mains sur la blessure qu'elle avait elle-même infligée des heures plus tôt et, à l'aide de son ninjutsu médical, la referma.
— C'est bien, Hitomi-chan. Va te coucher et, pour une fois, dors jusqu'à midi. Quand tu te réveilleras, tu travailleras encore avec moi. Il est temps que tu apprennes la Technique de la Paume Mystique.
Une vague d'excitation monta à l'intérieur d'Hitomi comme un tsunami et elle ne put retenir un petit frétillement d'excitation qui fit rire Ensui. Il posa sa main large et chaude sur l'épaule de son apprentie – un instant plus tard, elle se trouvait dans sa chambre. Le shunshin était vraiment une technique beaucoup trop pratique.
— Je veux apprendre ça aussi, marmonna-t-elle d'une voix déjà fatiguée.
— Si tu as encore du temps avant la troisième épreuve.
— Promis ?
— Promis.
Il était encore là quand elle s'endormit, mais avait disparu à son réveil. Hoshihi était là, blotti contre son dos, et il avait manifestement trouvé le moyen de lui mettre Hai dans les bras, puisqu'elle la serrait contre sa poitrine quand elle reprit conscience. Elle s'étira, se secoua légèrement, savourant les petites courbatures dans ses épaules et ses doigts comme une marque d'un travail bien fait. Elle pouvait être fière d'elle, si Ensui et Yoshino l'étaient eux aussi.
Comme la mère de Shikamaru l'avait promis, elle lui enseigna les rudiments de la Paume Mystique quand elles se retrouvèrent dans le jardin, à l'endroit habituel. C'était l'une des techniques médicales de base, qui excitait les cellules pour les convaincre de se multiplier plus vite. Il fallait un sacré contrôle sur son chakra pour formuler la technique : trop peu et les cellules ne réagissaient pas, trop et elles entraient en combustion spontanée. Les tentatives d'Hitomi, ce jour-là, échouèrent toutes sans exception.
Le lendemain et les jours qui suivirent, ce fut Kibaki qui la récupéra, l'entraînant sans relâche à la maîtrise du Murmure. Ce n'était assurément pas chose facile : la jeune fille avait toujours du mal à convaincre la voix de se replier en elle quand elle souhaitait reprendre le dessus, et c'était encore pire quand elle sentait l'odeur du sang autour d'elle. Elle avait attaqué son instructrice à plusieurs reprises – heureusement, puisqu'elle n'appartenait pas à ce plan d'existence, elle ne pouvait pas mourir à cause d'une carence en chakra ou d'une injection de l'énergie instable dans son sang.
— Ce n'est pas grave, expliqua la vieille chatte à son élève d'un temps. Personne ne parvient à le maîtriser au bout d'une petite semaine d'entraînement. Tu progresses déjà très bien, mieux que je ne l'aurais cru. D'ici quelques jours, tu devrais y arriver.
— Je voudrais juste convaincre la voix de me laisser la place…
La voix d'Hitomi laissait sans doute entendre un peu de découragement, et c'était légitime. Elle travaillait sans relâche, mais n'avait pas l'impression de faire le moindre progrès. Les brûlures dans ses muscles et les hématomes sur sa peau, conséquences des rebuffades de Kibaki quand le Murmure ne voulait pas se taire en temps et en heure, ne l'aidaient pas à garder confiance. Elle avait mal et commençait tout doucement à avoir l'impression qu'elle n'y arriverait pas.
— Allez, relève-toi, petite. Je sais que tu peux le faire. Vide ton esprit.
Elle obéit, construisant une bulle de chakra au centre de sa Bibliothèque. Le Murmure était partout, dans toutes les ombres, dans les rais de lumière et l'odeur de poussière et de vieux papier qui la réconfortaient tant. Il se glissait comme de l'eau dans la moindre ouverture qu'elle lui laissait, volontairement ou non, et quand il parvenait à l'atteindre, il frappait comme un poing serré de pulsions meurtrières, de violence et d'exaltation. Elle n'arriverait à rien en lui opposant sa volonté brute, parce que le Murmure maîtrisait mieux sa force qu'elle-même.
Alors elle finit par essayer autre chose. Il lui fallut de très longues séances de méditation pour trouver l'équilibre profond dont elle avait besoin pour s'ouvrir pleinement au Murmure, sans réserve, laissant ses oreilles s'emplir de son chant tentateur. Elle rouvrit les yeux mais, à part ce tout petit geste, resta parfaitement immobile, la respiration lente et profonde. Ses muscles étaient tendus par l'effort, de la sueur lui roulait sur le front comme une pluie tiède, mais elle ne remua pas d'un cil, même quand Kibaki s'approcha et posa son museau sur son épaule avant d'inspirer profondément, comme si elle tentait de percevoir les changements et nuances dans son odeur une fois le pouvoir éveillé.
À ce stade, l'assistance d'Ensui et de Shikaku ne fut plus nécessaire, elle parvint toujours à garder le contrôle. Même quand Kibaki lui permit de se battre sous l'influence du Murmure, elle ne perdit pas pied, une partie de son chakra muselant ses élans meurtriers si nécessaire. Le lendemain de sa découverte, la vieille chatte lui fit inspirer son chakra, étrange et sauvage, pour lui faire éprouver les conséquences de l'utilisation de son Kekkei Genkai.
Voler du chakra faisait mal. Elle pouvait sentir l'énergie brûler en remontant le long de ses bras puis s'épanouir comme un feu d'agonie et de soulagement mêlés à l'intérieur de ses Portes, les dilatant au-delà de ce qu'elles étaient prévues pour contenir. Elle perdit connaissance plusieurs fois, puis apprit tout simplement à faire avec. Avec la douleur et le honteux plaisir qui l'accompagnait comme son ombre, addictif, pernicieux, vicié.
— Je n'ai plus rien à t'apprendre pour le moment, dit Kibaki un après-midi.
Hitomi relâcha lentement le corps inerte du lapin qu'elle avait utilisé pour pratiquer les aspects les plus mortels de son don. L'animal n'avait qu'une minuscule plaie à la nuque qui éclaboussait son pelage brun pâle de rouge, mais la vie l'avait aussi sûrement déserté que si la jeune fille lui avait tranché la gorge, tout son chakra disparu, tout son sang porté à ébullition. Il s'agissait d'une terrible manière de mourir – pourtant il fallait bien qu'elle s'entraîne si elle voulait pouvoir utiliser son Kekkei Genkai au combat sans mettre en péril la vie de ses camarades.
— Comment ça ?
La chatte, colossale et pourtant parfaitement silencieuse, s'approcha et récupéra le lapin que son élève avait fait tomber dans l'herbe. En quelques coups de croc à peine, la carcasse fut parfaitement nettoyée, et elle se léchait les babines d'un air gourmand.
— Ah… Les proies ont meilleur goût dans le monde physique. Si seulement elles étaient plus grosses…
— Kibaki-sama ?
— J'ai entendu ta question, petite. Il n'y a rien de plus que je puisse t'apprendre pour le moment. Il existe des techniques spécifiques au Murmure, que tu ne peux former qu'avec le chakra dérobé et forcé à s'adapter à ton système, mais tu n'as pas le contrôle nécessaire pour les apprendre, loin de là. Quand tu auras progressé, je reviendrai te voir. En attendant, je vais m'occuper des chats qui sont en contrat avec toi, même la petite Hai. Ils doivent apprendre de nouvelles choses pour s'adapter à ton don, à ses faiblesses.
Une étincelle de compréhension jouant dans son regard écarlate, la jeune fille hocha la tête. Kibaki avait longtemps disserté sur les faiblesses du Murmure, en particulier lors de batailles rangées. La douleur forcerait son corps et celui de sa victime à l'immobilité pendant quelques instants, ce qui était largement assez pour qu'un autre ennemi en profite et s'en prenne à elle. Ses chats devraient la protéger, la défendre. Ils seraient aussi chargés de s'assurer, lors d'une bataille, qu'elle n'attaque pas ses alliés, quitte à devoir la traîner devant ses ennemis par la peau du cou.
Heureusement, ils n'auraient sans doute pas à en venir là. Le Murmure la pousserait naturellement vers eux, leur chakra immense et si étrange comme un phare pour la guider à travers l'océan. C'était particulièrement vrai avec Hoshihi, dont elle connaissait l'énergie et la présence comme s'il avait toujours été à ses côtés. Kibaki lui avait raconté que dans les temps anciens, quand les guerres le leur permettaient, c'était les Nara qui se battaient aux côtés des Yûhi qui avaient le don, leur propre Kekkei Genkai leur permettant de maîtriser les petites bombes à retardement qui leur servaient d'alliées.
— N'invoque pas tes chats pendant deux jours, sinon tu auras affaire à moi. Quand tu les rappelleras, ils seront prêts.
— Si rapidement ?
— Le temps s'écoule différemment dans le monde spirituel. C'est aussi pour ça qu'ils ont toujours l'air d'avoir grandi quand tu les appelles.
Hitomi dit donc docilement adieu à Hoshihi et Hai qui avaient pris l'habitude de regarder des parties de son entraînement, allongés dans un coin d'ombre, ainsi qu'à Kibaki qui semblait impatiente de se mettre au travail avec les jeunes chats. Les trois félins disparurent dans un petit nuage de fumée et elle se retrouva soudain seule, leur présence chaleureuse se dissolvant dans l'air comme un soupir. Lentement, laissant son regard errer sur le jardin soudain si vide, elle enroula ses bras autour d'elle-même, souffrant déjà du goût amer que la solitude laissait sur sa langue.
En rentrant, elle trouva la maison déserte. Sasuke et Naruto n'étaient pas rentrés depuis la fin de l'épreuve de sélection, immergés dans l'entraînement que Kakashi et Jiraiya leur prodiguaient respectivement, Kurenai entraînait Shino avec son clan à cette heure-ci, Asuma s'occupait de Shikamaru, la Fratrie du Sable travaillait elle aussi. C'était Hitomi qui avait provoqué son propre isolement en renonçant à la troisième épreuve. Elle devait affronter les conséquences de ses actes, toutes les conséquences. Pour se vider l'esprit, elle fit le ménage dans toute la maison, des caves délicieusement fraîches au grenier encombré des jouets qu'elle avait tant aimés quand elle était enfant. Cela lui prit presque trente-six heures, sans que jamais personne ne passe le seuil de la maison.
Et puis Ensui revint, l'air fatigué mais satisfait. Shikaku l'avait envoyé en mission pendant qu'Hitomi était réquisitionnée par Kibaki. Il n'avait pas expliqué les détails à sa disciple, mais elle savait que cela concernait le clan. C'était toujours le cas. Elle l'accueillit en se jetant dans ses bras et il la réceptionna en riant, ses larges mains calleuses déjà enfouies dans la masse désordonnée de sa chevelure noire. Le visage pressé contre son torse, elle inspira profondément son odeur d'herbes et de sève et se rassura en écoutant le rythme paresseux de ses battements de cœur.
— Shikaku-sama m'a dit que tu étais seule à la maison depuis un moment maintenant. Tu veux jouer au shôgi ?
Elle avait presque les larmes aux yeux en acceptant, mais le maître comme l'élève ignorèrent ce détail de concert tandis qu'ils s'installaient au salon, des verres de limonade à portée de main. Leurs manières de jouer avaient évolué depuis leur dernière partie, qui semblait remonter à des années plus tôt – quelques jours à peine. La communion d'Hitomi avec le Murmure la rendait plus impitoyable, plus prompte au sacrifice qu'à sauver les meubles, tandis que la défense d'Ensui était devenue plus souple, plus adaptative. Bien entendu, il gagna cette manche, et toutes les suivantes. Il lui avait presque tout appris, il la connaissait trop bien.
Il resta dans le salon quand elle monta se coucher, animant la maison d'une présence, d'une vie dont elle avait besoin pour trouver le sommeil. Il finit par se détendre à son tour sur le canapé, les muscles de sa nuque se dénouant un à un tandis qu'un lourd soupir se formait dans sa gorge. Ses paupières se fermèrent lentement, et dans sa tête, il se mit à compter les secondes jusqu'à ce que le repos lui vienne.
C'était le milieu de la nuit quand Hitomi se réveilla en sursaut. Quelque chose l'avait tirée du sommeil, elle ne savait pas quoi. Son regard parcourut sa chambre, critique. La fenêtre était ouverte, et dans le vent qui entrait à l'intérieur de la pièce, elle sentait…
Du sang.
