Bonjour ! Aujourd'hui c'est le premier jour après le NaNo. Est-ce qu'il s'est bien passé pour vous ? De mon côté, j'ai fait 76K mots, donc je suis très satisfaite ! Par contre, je n'ai pas atteint le point dans l'histoire que je visais, parce que j'ai complètement sous-estimé certains arcs écrits pendant ce NaNo. Donc non, je n'ai pas encore atteint Shippuden, hélas ! Cela dit, je suis quand même très contente de ce que j'ai écrit, et j'espère que ça vous plaira quand je le publierai... Autour de juin, sans doute. Même en postant deux chapitres par semaine, j'ai énormément d'avance sur la publication. Bref, sans plus attendre, voici le chapitre du jour !
Hitomi se surprit à ne ressentir que de la sérénité quand Naruto et Neji descendirent dans l'arène. Avant même le signal de départ, son frère dégaina son épée. La première chose qu'il fit quand Genma leur ordonna de commencer fut d'inonder l'endroit de clones, se perdant dans la foule blond, orange et bleu. Tout le monde perdit sa trace, même Hitomi, même Kiba… Même Neji. L'aîné ne se démonta pas, frappant clone après clone pour les dissiper, et bien vite leur champ de bataille fut noyé sous la fumée blanche. Neji n'avait pas encore activé son Byakugan, jugeant sans doute ne pas en avoir besoin face à un adversaire aussi faible.
Naruto profita de son arrogance. Il frappa le Hyûga dans le dos du plat de sa gigantesque épée, le projetant en avant avec suffisamment de force pour le faire trébucher, puis battit en retraite. C'était le genre de mouvement qu'Hitomi affectionnait tout particulièrement et elle ne put s'empêcher de sourire jusqu'aux oreilles, criant des encouragements aux côtés de ses pairs. Tous les élèves de sa classe à l'Académie qui avaient été éliminés encourageaient Naruto, et la jeune Yûhi pouvait voir ceux qui se trouvaient dans la tribune des participants faire le même, y compris le trio de Sunagakure. Naruto les avait gagnés à sa cause. Pour l'instant ils étaient les seuls à encourager le jeune jinchûriki. Les civils devaient les prendre pour des timbrés. Ils s'en fichaient tous autant les uns que les autres.
Finalement, Naruto fut touché et Neji en profita pour lui parler. Elle pouvait entendre le faible bourdonnement de sa voix, mais même en envoyant son chakra dans ses oreilles, elle ne pourrait distinguer les mots en particulier, pas avec la foule qui n'encourageait pas mais faisait indéniablement du bruit. Elle se doutait, de toute façon, de ce que le génie de la Bunke avait à dire à son frère adoptif. Un sourire féroce joua sur ses lèvres. Neji ne se doutait pas de ce qui allait le frapper en plein sur le crâne, avec toute la force d'un Bijû et la détermination candide de son réceptacle.
Comme dans le canon, Naruto finit par faire jeu égal avec son adversaire, mais il avait à peine été touché deux ou trois fois par Neji jusque-là. Son esquive, son instinct de fuite, étaient bien meilleurs qu'avant l'examen. Il savait se cacher, maîtrisait les timings de permutation et de métamorphose à la perfection. Il était féroce, retors, le visage fermé dans une expression d'intense concentration, tandis que son adversaire se perdait dans des vagues d'émotions qu'il contrôlait mal. Tout le monde pouvait sentir l'aura meurtrière qu'il projetait dans l'air. À côté de celle de Zabuza, elle était pratiquement imperceptible, si bien qu'Hitomi s'en libéra sans même y penser, mais Hinata, deux sièges plus loin, se mit à hyperventiler.
— Hey, Hinata ! s'exclama Kiba.
Cela attira l'attention de leurs voisins, et d'Izumo et Kotetsu, les deux Chûnin qui gardaient très souvent les portes du village et étaient assis juste en-dessous d'eux. Sous le regard attentif des deux soldats, Kiba fit passer Hinata par-dessus les genoux d'Hitomi, qui la guida vers Ensui. Au bout de la rangée, Ino s'était négligemment redressée et jouait avec un kunai, une expression mortellement sérieuse sur le visage. Chôji aussi semblait prêt au combat. Il n'y avait encore aucune menace, mais l'une des leurs était blessée, vulnérable, et c'était suffisant pour éveiller leur vigilance.
La main d'Ensui se mit à briller, le chakra médical verdâtre passant une fois, puis deux, sur la poitrine d'Hinata. Le front plissé de concentration, il ordonna par deux fois à Hitomi de tenir son amie, qui parvenait à peine à respirer entre deux quintes de toux, dans une position particulière. La jeune fille était inquiète et distraite malgré elle, guettant le moment où Kabuto approcherait pour tenter de dérober Hinata. Le Murmure s'épanouit en elle, prêt à se déchaîner. Pas encore, répondit-elle d'une pensée pleine de sombres promesses.
— Elle commençait une hémorragie interne, mais j'ai pu calmer le jeu avant que ça devienne préoccupant. Je vais créer un clone pour l'emmener à l'hôpital.
Ensui laissa Hinata, inconsciente, dans les bras d'Hitomi tandis qu'il effectuait la technique, et la jeune fille ne put qu'éprouver une bouffée de reconnaissance et de soulagement envers son shishou. Il savait ce qu'il faisait. Il prenait les bonnes décisions. Tout comme ses amis, elle regarda le clone disparaître dans la foule, le corps menu d'Hinata dans les bras. Elle suivit son itinéraire jusqu'à l'un des escaliers qui menaient aux sorties aériennes du stade, puis se concentra à nouveau sur le combat qui se déroulait dans l'arène.
Elle le fit apparemment pile au bon moment, puisque Naruto jaillit du sol dans un mouvement incontestablement emprunté au répertoire Doton de Kakashi – ce n'était même pas son affinité – et assomma Neji d'un coup de poing sous le menton. Elle était satisfaite : tout était prêt pour le futur combat de Shikamaru. Oh, il n'aurait pas eu besoin de cet avantage pour surpasser Temari, mais c'était tout de même plus rassurant pour elle de savoir qu'il avait quelques cartes en main.
Avec un sourire attendri, elle regarda son frère faire le tour de l'arène en courant sous les hurlements de joie du public. Ils n'avaient rien entendu de ce que Neji et Naruto s'étaient dit, n'avaient pas la moindre idée de ce qui venait de se jouer sous leurs yeux. Tout ce qu'ils savaient, c'était que l'un des outsiders du tournoi venait de battre l'un de ses favoris. C'était un retournement de situation spectaculaire, exactement le genre qu'on attendait en venant voir ce genre d'évènements.
En bas, plusieurs Jônin s'agitèrent, se parlant les uns aux autres à voix basse. L'un d'entre eux se précipita vers la tribune où siégeait le Hokage, et Hitomi ne put s'empêcher de frémir en posant les yeux sur la tache blanche qu'était le Kazekage… Ou plutôt Orochimaru. Elle en était certaine, à présent. Elle reconnaissait son chakra, et l'invasion aurait bel et bien lieu. Sa main s'égara près de la garde de son sabre. Elle se doutait que Gaara et sa fratrie ne faisaient pas partie des opérations, parce que son ami le lui aurait dit, sans le moindre doute. Il n'aurait pas voulu qu'elle soit blessée. Cela signifiait qu'elle n'aurait pas besoin de lui courir après à travers la forêt du Pays du Feu, qu'elle pourrait rester au village, le défendre.
Mais en quoi ? Elle n'en avait pas encore la moindre idée, il lui faudrait improviser. Impassible, elle regarda Shino et Kankurô descendre dans l'arène. Genma venait d'annoncer que le combat de Sasuke était reporté à la fin de la première manche. En fermant les yeux, en se concentrant, elle pouvait percevoir le plus discret signe de la présence de Kakashi. Il était là, il regardait. S'il n'était pas apparu, c'était uniquement pour pouvoir soigner son entrée. Elle ne put s'empêcher de sourire. Il avait bien raison.
Le combat entre Shino et Kankurô fut expédié en à peine vingt minutes. Oh, le Sunajin était fort, très fort même, mais face à un Aburame qui dévorerait ses fils de chakra comme si de rien n'était… Il ne pouvait pas grand-chose. Shino, avec sa force tranquille et ses traits impassibles, laissa une forte impression au public, même si aucun spectateur ne cria d'enthousiasme quand il fut déclaré vainqueur. Les applaudissements chargés de respect, c'était ce qu'il préférait, de toute façon, Hitomi le savait.
C'était au tour de Shikamaru et Temari à présent. La main posée sur le bras d'Ensui, Hitomi encouragea son cousin en silence. Elle n'était pas inquiète, pas vraiment. Elle savait à quel point Shikamaru était fort. Il ne briserait jamais de montagnes à mains nues comme Sakura, mais ce n'était pas une raison pour nier sa force, bien au contraire. Lui, il trouverait toujours le moyen de contourner la montagne, sans laisser la moindre trace de son passage.
Sans surprise, il abandonna juste avant de remporter le match. Hitomi entendit Naruto hurler son incrédulité de l'autre bout du stade et laissa échapper un petit rire, échangeant un regard complice avec son mentor. Elle imaginait sans la moindre difficulté l'expression pincée de Shikaku, qui devait avoir envie de se cogner la tête contre un mur à répétition mais ne le ferait pas, parce que ça demandait trop d'efforts.
Et enfin, au tout dernier moment, Sasuke et Kakashi apparurent, directement au centre de l'arène. Les civils Konohajin offrirent une ovation à leur champion, tandis que celui de Suna descendait dans un tourbillon de sable pour se trouver face à lui. Les deux garçons se jaugèrent du regard, tout le monde se pencha légèrement en avant sur son siège, les mains d'Hitomi se crispèrent, et enfin Genma donna le signal du début du combat.
Les premières minutes furent consacrées au taijutsu pur, les deux combattants s'évaluant mutuellement. Malgré toute sa bonne volonté, Sasuke n'était pas aussi rapide que Lee, loin s'en fallait. Hitomi l'avait vu dans la foule, aux côtés d'une femme et d'une petite fille qui lui ressemblaient beaucoup. Elle savait qu'il lui restait de la famille, mais ne les avait pas encore rencontrées. Peut-être le pourrait-elle, après tout ça ?
Gaara entra en action dans une explosion de sable, qui souleva un vent chaud jusque dans les gradins, et Sasuke sembla disparaître un instant à la vue. Hitomi ne parvenait à le repérer qu'en suivant son chakra dans on esprit. Il plaçait quelque chose sur les murs de l'arène… Des sceaux, réalisa-t-elle avec un sursaut d'adrénaline. Que lui avait-elle fourni, déjà ? Des sceaux explosifs, lumineux et fumigènes. Lesquels utiliserait-il ? Elle frissonna d'excitation…
Et puis se souvint brutalement de ce qui se déroulait autour d'elle quand une plume blanche à l'air incroyablement douce flotta devant ses yeux. Pendant une seconde, elle se perdit, tenta de l'attraper… Puis exécuta brutalement la Technique de Rupture et reprit ses esprits. À côté d'elle, Ensui cherchait déjà l'origine de la menace, mais Kiba s'était effondré sur son siège, profondément endormi. Elle le libéra d'une secousse de chakra, une main sur sa bouche pour le contraindre au silence. Akamaru, angoissé, laissa échapper un gémissement suraigu.
— Ne bouge pas, chuchota-t-elle à l'oreille du Inuzuka. Fais semblant de dormir, je m'occupe de Chôji.
Elle était si petite, si menue, qu'elle se laissa sans difficulté tomber de son siège et se faufila entre les jambes de Kiba pour atteindre son camarade Akimichi. Là, elle répéta l'opération, puis trouva Ino bien éveillée et furieuse. Devant eux, Izumo et Kotetsu cherchaient également leurs ennemis.
— Hitomi, murmura Ensui, envoie un clone métamorphosé en insecte de l'autre côté du stade et ranime les participants s'ils sont touchés par l'illusion. Nous devons découvrir ce qui…
Une explosion de fumée noire lui coupa la parole. La tribune diplomatique venait de se soustraire à leurs yeux. Le Kazekage en jaillit, tenant le Hokage par le col de sa tunique, son autre main armée d'un kunai sur sa gorge. Hitomi déglutit nerveusement, puis ses pensées s'éclaircirent d'un coup. Elle y était. Toute la tension des derniers jours n'avait plus lieu d'être, seule la volonté d'avancer, de survivre et de protéger comptait désormais.
— Hitomi ! rappela Ensui d'une voix tendue.
— Oui, shishou.
Elle effectua la Mudra de la Croix, les mains sûres et fermes, et une réplique parfaite d'elle-même apparut juste à côté d'elle, aux pieds d'Ensui. Le clone hocha la tête, et quelques mudras plus tard, se transformait en coccinelle, assez petite pour passer inaperçue dans sa traversée de l'arène. Bien vite, la jeune Yûhi perdit son double de vue.
— Ensuite, shishou ?
— Une fois que tu auras réveillé un maximum de tes camarades, vous vous déploierez dans Konoha et évaluerez la situation. Vous irez là où on aura le plus besoin de vous. Pensez en priorité à l'hôpital, ce sera l'une des cibles privilégiées si Suna et Oto sont bel et bien en train de nous envahir…
En contrebas, des formes sombres se battaient. Hitomi reconnut Kakashi, Gai, Genma et Sasuke, mais pas les adversaires qu'ils affrontaient, vêtus de l'uniforme du Village du Son. Elle inspira profondément, relâcha son souffle, puis hocha la tête d'un air sérieux. Les ordres d'Ensui furent très vite transmis à ses amis les plus proches. De l'autre côté de ses perceptions, elle pouvait sentir son clone réveiller Naruto. Tout se déroulait bien, pour l'instant.
Le seul problème était qu'il faudrait qu'elle bouge à un moment donné, pour pouvoir sortir du stade, et que dès qu'elle se mettrait réellement en mouvement, l'ennemi la repérerait. Elle devait courir le risque. Saluant d'un signe de tête son shishou qui allait prêter main forte à un groupe de l'ANBU, elle se décida. Elle prit la tête de ses amis et les guida à travers les gradins, tentant de rester cachée et discrète autant que possible. Cela fonctionna pendant quelques mètres à peine avant qu'un ninja d'Otogakure ne les repère.
— Vous ne sortirez pas d'ici, vermines.
— Tu veux parier ? fit-elle avec un sourire narquois.
Elle dégaina son sabre tandis que Kiba se tendait derrière elle, prêt à attaquer. Elle lui fit signe de rester en arrière : le ninja face à eux n'était pas plus qu'un Genin très avancé, ou un Chûnin fraîchement nommé, elle pouvait le voir à sa manière de se tenir, de bouger. Elle alla à sa rencontre dans une explosion d'énergie et de métal, sa lame s'entrechoquant avec le kunai qu'il avait levé à la hâte. Le Murmure chanta à l'intérieur d'elle, la poussant à sourire d'un air vaguement cruel. Il lui suffit de toucher l'ombre du garçon avec la sienne, de dévier légèrement sa main, et elle eut une ouverture. Il s'effondra, la gorge ouverte. Hitomi recula d'un pas et essuya sa lame sur sa manche, l'air imperturbable.
— On continue, fit-elle d'une voix dure.
Ses amis s'exécutèrent. Ils ne rencontrèrent plus aucune résistance jusqu'à ce qu'ils soient en vue de la sortie. La rumeur de leur mission avait dû se répandre parmi les Jônin : Hitomi vit Asuma s'en prendre à trois shinobi qui voulaient les intercepter, une expression féroce sur le visage. Elle n'aurait pas voulu l'affronter aujourd'hui, pas alors que son propre père était porté disparu, aperçu pour la dernière fois à la merci d'un ennemi.
Ils avaient presque atteint la sortie du stade quand les ennuis arrivèrent, sous la force de huit combattants sans doute chargés de garder les spectateurs confinés à l'intérieur. Ils se mirent en garde en les voyant approcher, trop forts et trop nombreux. Sans rien dire cette fois, Hitomi s'ouvrit le bout du pouce sur la base de son sabre et invoqua tous les chats à sa disposition. Les cinq aînés étaient prêts à combattre, le pelage hérissé et un feulement dans la gorge. Hai, quant à elle, observait leurs ennemis avec de grands yeux écarquillés.
Hitomi s'apprêtait à donner l'ordre d'attaquer, mais elle n'en eut pas besoin : une gigantesque vague de sable bondit par-dessus son groupe et s'écrasa contre les ninjas du Son, les broyant sans pitié. Elle fit volte-face : Gaara courait vers eux, son frère, sa sœur, et le reste du groupe sur les talons. Même Lee était avec eux. Seul Sasuke était resté dans le stade. Un signe de sa main et Ino, Chôji et Kiba se détendaient, accueillant les trois ninjas étrangers comme les alliés qu'ils étaient.
— Hitomi, qu'est-ce qui se passe ? demanda Naruto d'un air effaré.
— Sunagakure et Otogakure nous ont trahis, répondit-elle d'une voix sans timbre. Oto est dirigé par Orochimaru, l'homme qui nous a attaqués dans la Forêt de la Mort, mais je ne l'ai pas vu parmi les dignitaires, et il y a quelque chose d'étrange avec le Kazekage…
— Comment ça ? intervint Kankurô, l'air inquiet.
C'était vrai… L'homme était toujours le père des trois Enfants du Sable. Un père cruel, distant, mais un père tout de même. Elle secoua la tête, les sourcils froncés.
— Je ne sais pas. Il a plusieurs affinités, pas vrai ? Le vent, la terre et la foudre, si je me souviens bien. Mais le chakra de l'homme dans les robes du Kazekage n'a qu'une affinité pour le vent. C'est bizarre. Je n'ai jamais senti le chakra de Rasa-sama, donc je n'en suis pas certaine, mais c'est bizarre.
— Dans tous les cas, dit Gaara d'une voix ferme, nous ne ferons pas partie de cet assaut. Baki-sensei a déjà rejoint tes professeurs pour les aider. Il est prêt à déserter si nécessaire. Il a perdu son épouse et sa fille dans la dernière guerre… Il nous a ordonné de te soutenir de toutes les manières nécessaires.
Avec un sourire soulagé, Hitomi hocha la tête. C'était la meilleure chose qui puisse se produire.
— Nous nous rendons en direction de l'hôpital pour le défendre, s'il a été attaqué. Et je ne doute pas qu'il le soit… Orochimaru a toujours été fasciné par les côtés macabres de la médecine, il trouvera forcément quelque chose d'intéressant là-bas.
Tout en expliquant les instructions qu'elle avait reçues, elle sortit du bâtiment, les autres sur les talons. Elle regarda autour d'elle. Des civils se dirigeaient vers les refuges, escortés par les Forces Générales et quelques ANBU. Arriveraient-ils à s'enfuir assez vite ? Hitomi ne pouvait que prier. Puis son regard accrocha le grand cube rouge, opaque, qui occupait tout le haut du bâtiment en face du stade. Une bouffée d'adrénaline traversa son système nerveux. Elle savait ce qu'elle devait faire.
— Hai, ordonna-t-elle d'une voix ferme, tu viens avec moi. Les autres, vous continuez vers l'hôpital. Je vous rejoindrai.
— Qu'est-ce que tu vas faire ? demanda Shikamaru.
— Tenter de briser cette barrière. C'est un sceau et je suis la seule à m'y connaître dans ce domaine. Il est très probable que le Hokage soit coincé à l'intérieur, alors… Shikamaru, tu prends la tête des opérations. En m'attendant, tu agis comme je le ferais.
Les deux cousins échangèrent un regard lourd de sens. Ils avaient tant de fois joué au shôgi l'un contre l'autre, s'étaient tant de fois entraînés ensemble, que leurs esprits pouvaient fonctionner comme une seule entité, même quand ils étaient séparés.
— Que la Flamme de la Volonté te protège, murmura-t-il avec solennité.
— Qu'Elle te protège, répondit Hitomi avant de s'élancer, la petite chatte gris foncé sur les talons.
Elle s'arrêta avant même d'atteindre le bâtiment : il était gardé par des ninjas lourdement armés, forces de Suna et Oto mêlées sans autre distinction que leurs bandeaux frontaux. Mais Hitomi devait passer. Posant la main sur le dos d'Hai, elle l'attira vers elle et lui chuchota ses instructions à l'oreille. La petite chatte hocha la tête d'un air déterminé puis se fondit dans les ombres et atteignit sa cible, aussi délicate et subtile que la plus légère des brises. La posture des trois hommes qu'elle avait effleurés du bout de sa queue se détendit aussitôt, leurs traits prenant une expression émerveillée, presque incrédule. Hitomi ne savait pas ce que sa compagne leur montrait. Elle espérait seulement que c'était un beau rêve. Un à un, elle les exécuta proprement, leur brisant la nuque après les avoir légèrement entaillés pour voler leur chakra, qui brûlait à présent dans son organisme comme de la lave. Elle avait envie de hurler, de pleurer. Elle ne disposait pas de ce luxe.
Il lui fallut deux minutes pour escalader le bâtiment sans se faire voir, Hai accrochée dans son dos pour surveiller ses arrières. Elle laissa le félin derrière une statue en forme de dragon rugissant et s'avança vers l'ornement suivant. Droit dans son champ de vision se tenait Tayuya, les mains posées sur un sceau tracé à même le sol pour l'alimenter. Hitomi l'observa avec soin, pesant ses différentes options tout en réfléchissant à une stratégie d'approche. Il était certain que la fille devait mourir : elle était la plus faible en combat frontal du groupe, et sans elle la barrière ne pourrait être reformée. Mais elle se trouvait loin, et Hitomi se tenait derrière le dernier élément de décor capable de la protéger de sa vue.
Elle inspira profondément, se souvenant de l'une des lectures qui l'avaient distraite pendant le dernier mois. C'était l'un des rouleaux qu'elle avait glanés si longtemps auparavant sur les terres du clan Uchiha, avec ses frères. Elle avait l'impression qu'une éternité tout entière la séparait de cet évènement, à l'époque si crucial. Le rouleau parlait du Shunshin, la technique de téléportation inventée par Tobirama Senju lui-même, expliquant la théorie qui la rendait fonctionnelle. Hitomi n'avait jamais essayé, mais… Elle connaissait toute cette théorie par cœur, et elle possédait indéniablement le chakra nécessaire. Ses réserves lui donnaient l'impression de pouvoir éclater à tout instant.
Lentement, ses doigts se recourbèrent pour former la moitié de la Mudra du Tigre, toute sa volonté se bandant comme un muscle dans la direction qu'elle visait, entre Tayuya et la barrière. Elle sentit un frémissement dans son chakra, mais ne bougea pas. Elle inspira profondément, recommença. Une fois, deux fois, trois fois. Dehors, des civils commençaient à mourir, hurlant, pleurant, plaidant avec un ennemi sans pitié. Elle devait agir. Un filet de sueur se forma dans ses cheveux, roula le long de sa nuque. Quelqu'un cria juste au pied du bâtiment. Elle se concentra, mobilisa son chakra.
Et disparut.
Elle réapparut dans un tourbillon de feuilles exactement là où elle l'avait voulu. Elle se sentait désorientée et nauséeuse mais ne laissa pas cela l'affecter. Sa main droite s'enroula dans les cheveux de Tayuya, tira sa tête en arrière, et son sabre ouvrit une brèche de sang dans sa gorge. La kunoichi s'effondra avec un gargouillement surpris. Leurs regards se croisèrent, celui glacé et déterminé d'Hitomi, le sien, effrayé, pris au dépourvu. Elle ne voulait pas mourir, elle avait peur de mourir. Hitomi ne lui avait pas laissé la moindre chance, et peut-être qu'elle regretterait, plus tard. D'une secousse brutale, elle plongea les doigts dans son cou, les couvrant de sang, et vola tout le chakra qui restait à l'intérieur de son corps qui se transformait déjà en dépouille.
Sans laisser le temps aux trois autres ninjas du Son de comprendre pourquoi la barrière était en train de s'effondrer, elle effectua un second Shunshin jusqu'à un autre toit, deux maisons plus loin, où des ANBU étaient en train d'achever leur adversaire. Ils n'étaient que deux, mais ça devrait suffire. Elle éloigna un ninja de Suna qui voulait s'approcher d'une bourrade, lui plantant son propre kunai dans la cuisse. Deux Shunshin d'affilée semblaient être son maximum : elle avait la nausée et le tournis.
— La barrière qui retenait Hokage-sama vient de céder, les informa-t-elle d'une voix claire. Envoyez des clones prévenir vos pairs et allez lui prêter main forte.
Sans attendre qu'ils répondent, elle s'élança vers le bord du toit et plongea dans les combats qui se déroulaient au niveau du sol. Hai accrochée dans son dos, elle tacla un Sunajin qui reculait vers elle, laissant son adversaire lui planter un kunai dans la poitrine. Elle n'accorda même pas un regard à la personne dont elle venait de provoquer la mort, passant sous le bras d'un autre ennemi et son arme qui trancha l'air dans un sifflement. Elle se retrouvait au centre des affrontements, sans doute parce que les taupes avaient attendu le signal d'Orochimaru pour démarrer l'invasion.
Elle laissa échapper une petite exclamation de douleur quand l'un de ses adversaires parvint à l'entailler au bras. Prise par surprise, elle leva l'autre, celui qui tenait son sabre, pour tenter de parer un kunai qui filait vers sa gorge, mais elle voyait bien qu'il était trop tard… Un contact se fit quelque part entre son corps et son esprit et son corps vola en arrière sans que rien ne l'ait poussé, comme si elle avait bondi. L'emprise sur elle se relâcha, elle tourna la tête.
Ensui.
Oh, il avait l'air furieux, meurtrier, son sabre dégainé déjà maculé de sang. Avec un grognement d'effort, il se tordit, décapita d'un geste merveilleusement fluide une femme qui avait tenté de l'attaquer par derrière. Ses yeux gris sombre étaient plus perçants que jamais. De sa main libre, il attrapa le bras d'Hitomi qui combattait elle aussi, la tirant hors de portée d'un autre ninja ayant tenté de la prendre en tenaille. C'était le chaos, et le Murmure chantait sa délectation à l'intérieur de son crâne.
— Qu'est-ce que tu fais là ? Où sont les autres ?
— Je les ai envoyés vers l'hôpital, mais je suis restée en arrière pour sortir Hokage-sama du piège dans lequel Orochimaru l'avait attrapé. J'ai tué l'un des ninjas qui maintenaient la barrière.
— Du fûinjutsu ?
Presque par réflexe, elle se baissa, et la lame d'Ensui siffla par-dessus sa tête, cueillant un autre ninja anonyme à la gorge. Elle repoussa le corps d'une bourrade de son épaule.
— Oui, shishou. Je ne me le serais pas permis autrement.
Poussés par une autre vague ennemie, ils durent se placer dos à dos. Hitomi, à un autre moment, aurait été bouleversée que son maître lui fasse assez confiance pour couvrir ses arrières. Elle n'avait pas le temps pour ça maintenant, trop occupée à tuer encore et encore, comme si c'était un réflexe, l'ordre naturel des choses.
— Je comprends, soupira-t-il sans la regarder. À la première ouverture, tu fonces vers l'hôpital. Avec toi à proximité, je ne peux pas utiliser mes techniques les plus efficaces. Tiens-toi prête à t'élancer.
— Je… Je peux faire le Shunshin, shishou.
La nausée avait disparu, tout comme le tournis, sans quoi elle serait morte. Elle pouvait remercier la résistance des ninjas pour cette petite bénédiction.
— Vraiment ? On en reparlera. Pour l'instant, ça va nous faciliter les choses. Tu vois l'enseigne rouge, après le croisement, devant toi ? À mon signal, tu te téléportes là-bas, et tu cours sans te retourner.
— O-oui, shishou.
Elle aurait voulu protester, prétendre qu'elle pouvait être utile, l'aider. Mais elle était déjà blessée, contrairement à lui. Le fait que sa plaie soit superficielle ne comptait pas, d'autant plus que, comme il l'avait dit, sa proximité le contraignait à se retenir. Elle rassembla son chakra, sa volonté, para un coup qui filait vers sa gorge, trancha la main qui avait tenté de mettre fin à ses jours, attendit.
— Maintenant !
En un instant, elle disparut. Elle sentit distinctement le chakra d'Ensui exploser là où elle s'était trouvée et les shinobi ennemis se mirent à hurler. L'Ombre Étrangleuse de Konoha s'était éveillée. Un sourire sombre joua sur ses lèvres puis elle s'éloigna, exactement comme son maître l'avait ordonné. Cette fois, elle ne laissa rien la détourner de sa route, pas même les civils acculés défendus par une ligne de ninjas épuisés. Elle avait une mission, elle aussi. Et les autres, ceux qui étaient plus forts et se trouvaient sur sa route, ses camarades à qui la libération du Hokage semblait donner un regain d'énergie, semblèrent le comprendre, peut-être à l'expression déterminée de son visage, à la lueur concentrée de ses yeux. Ils firent en sorte de garder leurs adversaires hors de son passage.
Le toit de l'hôpital avait été à moitié arraché ; ce fut la première chose qu'elle remarqua. Elle avait toujours cru ce bâtiment solide, véritablement solide. Le voir abîmé de la sorte… Cela lui faisait mal. Elle espérait que Sakura allait bien. Peut-être… Peut-être qu'elle ne travaillait pas ce jour-là. Sans s'attarder sur le nœud angoissé de son estomac, elle fondit sur une équipe qui semblait s'approcher de l'entrée principale. Les forces d'Oto, encore.
Elle arriva au milieu d'eux, et en un instant les deux qui se trouvaient devant elle moururent, l'un égorgé, l'autre la nuque brisée par le Fouet Aqueux qu'elle venait de matérialiser. Les deux qui étaient encore en vie sortirent de leur stupeur et firent un geste pour l'attaquer, mais déjà, elle avait capturé leurs ombres. Elle n'avait même pas encore commencé à entamer ses propres réserves de chakra, mais la douleur qui déchirait et brûlait ses Portes s'atténuait enfin.
— Renoncez et laissez-vous capturer, ou vous connaîtrez le même sort. Vos mains sont vides. Regardez les miennes.
Comme pour souligner ses propos, elle leva légèrement le sabre et le fouet encore trempés du sang de leurs camarades. Elle vit la terreur dans leurs yeux. De simples ninjas, qui ne portaient pas la Marque Maudite et le lavage de cerveau qui venait avec. Elle gronda légèrement et sentit leurs corps se tendre, lutter contre l'emprise de son ombre. Elle n'était pas Shikamaru. Elle n'avait pas la compréhension intime et merveilleusement précise de leur jutsu familial, comme lui. Elle en savait pourtant bien assez. L'aura meurtrière s'épanouit sur sa peau comme une fleur empoisonnée, la faisant paraître plus grande, plus forte, plus dangereuse.
— J-je me rends ! fit celui à sa droite.
L'autre obtempéra aussitôt lui aussi, tout son courage évaporé en même temps que celui de son compagnon. Elle hocha la tête, satisfaite. Quelques signes et un clone aqueux se formait à côté d'elle, les ligotant l'un après l'autre après qu'elle se soit placée dans la bonne position. Il y avait une manière d'attacher un ninja, pour qu'il ne puisse pas se libérer, et elle n'avait que du câble d'acier pour servir de liens. Ils ne s'échapperaient pas. Après s'être assurée qu'ils étaient bien immobilisés et bâillonnés, elle entra dans l'hôpital, les cacha dans le premier cagibi venu et se mit à la recherche de ses amis.
Elle espérait qu'ils étaient tous encore en vie.
