Coucou ! Voici le chapitre du jour. Pitié, ne me tuez pas en lisant la fin !
— Ah, Yûhi-san, l'accueillit Genma Shiranui à l'entrée de la Tour. Ton oncle m'a demandé de venir te chercher dès que tu arriverais et de t'emmener dans son bureau.
— D-d'accord, répondit-elle, prise de court.
Elle n'avait pratiquement jamais mis les pieds dans le bureau du Hokage. Bien que ce soit désormais le territoire de Shikaku, tout criait encore la présence d'Hiruzen, des bouteilles de sake alignées dans une armoire vitrée – le chef des Nara détestait l'alcool – au bô exposé comme un souvenir des temps anciens. Les photos, aussi, étaient celles du vieil homme, avec son équipe Genin, ses élèves, son successeur. Rien ne laissait croire qu'un Nara avait pris le contrôle de la Tour, si ce n'était la silhouette à moitié avachie dudit leader dans le fauteuil derrière le bureau.
— Hitomi-chan, la salua-t-il d'une voix grave. Approche un peu.
Elle s'exécuta, son regard carmin enregistrant les ombres nettes sous ses yeux et le côté droit de son menton, où courait une nouvelle cicatrice. Qui avait pu réussir à le blesser ? Sans doute quelqu'un de particulièrement retors et puissant. Shikaku n'était pas du genre à se laisser prendre par surprise.
— Shikaku-ojisan, tu voulais me parler ? Tu as besoin de moi ?
Elle était de l'autre côté du bureau à présent, le regard nerveusement rivé sur ses mains. On ne pouvait pas dire de l'homme qu'il émettait exactement une aura meurtrière, mais il y avait quelque chose, peut-être de la volonté rendue physique par son chakra concentré, qui rendait l'air plus épais et plus difficile à respirer. Elle avait envie de s'incliner devant cette puissance, de montrer sa gorge et se faire la plus petite possible, alors qu'elle savait parfaitement qu'il ne lui ferait jamais de mal.
— Oui. Les listes… Il y a des noms que tu connais dessus. Je sais que les choses ont été difficiles pour toi dernièrement et je voulais être sûr que tu ne serais pas seule en les consultant.
Le cœur d'Hitomi s'arrêta un instant. Des gens qu'elle connaissait. Sur les listes. Elle avait peur soudain, elle avait envie de disparaître à nouveau, si bien que son chakra réagit à cet instinct en bondissant à l'intérieur d'elle comme projeté par un ressort, prêt à exécuter pour elle le Shunshin. Stupide instinct. Elle inspira profondément, une fois, deux fois, trois fois, força les muscles de ses épaules à se détendre, puis se pencha légèrement vers le bureau, les yeux rivés sur le bois sombre patiné par le temps.
— Je… Je comprends. Je suis prête à la lire.
— Non, tu ne l'es pas… Tu ne le seras sans doute pas avant des années. Mais on n'a pas le luxe d'attendre que ça arrive, n'est-ce pas ? Tiens, la voici.
Inclinant légèrement la tête, la jeune fille prit les deux liasses de papier qu'il lui présentait. Elle parcourut la liste des disparus d'abord. En effet, certains noms étaient familiers. Elle déglutit son angoisse en voyant un enfant qu'elle connaissait, Anosuke Nara. C'était l'un de ses plus jeunes cousins, il était en première année à l'Académie, dans la classe de Sugi Aburame et Hanabi Hyûga. Ses mains se crispèrent sur le papier, le froissant sans même qu'elle le réalise. S'il était entre les mains d'Orochimaru…
Elle ferma un instant les yeux pour refouler et son angoisse et les larmes qui avaient envie de noyer sa vision, posant le papier à présent chiffonné entre un encrier et une photographie, sous le regard inquisiteur de son oncle. Derrière elle, elle sentait la présence de deux agents de l'ANBU qui se dissimulaient dans les ombres et dans des caches secrètes, prêts à défendre leur nouveau maître à la première nécessité. Pour leur bénéfice, ou peut-être pour sa propre protection, elle se reprit.
— Je… Je suis prête à voir l'autre liste, maintenant.
Sa voix était un murmure rauque, étranglé, mais Shikaku ne commenta pas. Il soutint son regard quelques secondes, puis lui tendit à nouveau la deuxième liasse de papier, bien plus épaisse, qu'elle avait lâchée en lisant la première. Ses yeux tombèrent immédiatement sur un nom qu'elle connaissait.
— F… Fukuda-san…
Ses oreilles se mirent à bourdonner et le Murmure s'éveilla en elle comme un titan, hurlant de douleur et de rage à l'intérieur d'elle. L'aura meurtrière dont elle ne semblait pas capable de se débarrasser s'épanouit, épaisse, vicieuse, cruelle. Dans leurs caches, les deux ANBU s'étranglèrent sur leur salive, surpris de trouver une telle intensité dans le chakra d'une simple adolescente, puis se reprirent. Pourtant, même eux ne parvenaient pas à chasser totalement l'effet d'une telle aura sur l'âme humaine. Seul Shikaku était épargné, sans doute parce que pour rien au monde elle ne l'aurait blessé.
— Calme-toi, Hitomi, fit-il d'une voix douce.
Il ne parlait jamais sur ce ton, même à Shikamaru, dont il était pourtant si proche. Des larmes se mirent à rouler sur les joues d'Hitomi, tachant le papier qu'elle serrait entre ses doigts tremblants. Elle vit d'autres noms qu'elle connaissait. Un professeur de l'Académie. L'un des deux tailleurs chez qui elle allait faire ajuster son uniforme ninja. Une cousine d'Ino qui lui avait appris les propriétés d'un poison paralysant après un pari perdu, des années plus tôt.
Tous ces gens n'arpenteraient plus jamais les rues de Konoha et pour la première fois Hitomi prit la mesure de la dévastation à laquelle son village venait de faire face. Sa respiration s'étrangla dans sa gorge, laborieuse et superficielle. Son corps lui envoyait des signaux d'alerte généralisés, en vain. Elle vacilla, sentit les mains de son oncle la rattraper, entendit sa voix s'exclamer à travers un tunnel qu'on aille chercher Ensui ou Kakashi – le premier, le plus proche. Pendant ce qui lui sembla être des heures, elle posa sur lui un regard terrifié, cherchant désespérément comment on respirait, et comment on pouvait respirer après avoir tant perdu.
Bientôt, d'autres mains se posèrent sur elle, sur sa nuque puis son menton, la forçant à soulever et tourner la tête. Ses yeux rouges plongèrent comme un poignard dans une unique prunelle noire, les doigts resserrèrent leur prise sur elle. Ce n'était pas douloureux ou peut-être que si, juste un peu, juste de quoi lui montrer le chemin. Le chakra de Kakashi s'infiltra à l'intérieur du sien, glissant sur ses méridiens comme un mirage, et le contraignit à circuler à l'intérieur d'elle paisiblement, délicatement.
— Respire en même temps que moi, Hitomi-chan. Tout va bien. Tu es en sécurité. On te protège. Tout va bien. Tu es en sécurité…
Il répéta ce mantra mensonger encore et encore, jusqu'à ce qu'il retentisse plus fort en elle que les bourdonnements et les hurlements du Murmure. Lentement, un cran après l'autre, son aura meurtrière se dilua dans l'air, le rendant plus respirable à nouveau. Et comme par magie, elle se souvint comment inspirer l'air, le guider jusqu'à l'intérieur de ses poumons, puis le faire ressortir. Ses genoux se dérobèrent sur elle, tout son corps se mit à trembloter, mais Kakashi était là, imperturbable et sûr, comme il l'avait toujours été. Sa prise sur elle s'était adoucie à présent. Il glissa un bras autour de ses épaules, l'aidant à rester debout jusqu'à ce qu'elle puisse s'asseoir sur le canapé que le Hokage utilisait la plupart du temps pour recevoir des invités ou se reposer entre deux rencontres officielles. Il l'aida à s'allonger, puis retourna après de Shikaku, parlant avec lui à voix basse. Et cette fois, elle ne put s'empêcher d'écouter.
— … La raison pour laquelle elle a réagi comme ça ?
— Il y avait des noms sur la liste… Je ne sais pas lequel a provoqué une telle crise. Une idée ?
Un murmure de papier froissé et le regard critique de Kakashi lisait les noms les uns après les autres. Il avait sans doute été un peu trop occupé, réalisa Hitomi, pour la consulter lui-même, entre le fait d'assister Shikaku dans ses fonctions de Hokage et les missions qu'il devait remplir à la chaîne pour ramener de l'argent au village. Son uniforme était froissé et maculé de sang séché. Il ne s'était sans doute même pas encore changé depuis l'invasion.
— Celui-là. Fukuda, la psychologue. J'ai emmené Hitomi la voir après le Pays des Vagues. C'était… c'était aussi la mienne. Je ne savais pas qu'elle était décédée dans l'attaque. Une très bonne psy, très douée…
— Je vois, soupira le nouveau Hokage. Je m'assurerai de trouver quelqu'un qui puisse vous recevoir en consultation, Hitomi-chan et toi, mais pour l'instant…
— Pour l'instant ce n'est pas le plus urgent, Hokage-sama. D'ailleurs, la mission à la bordure du pays s'est bien passée, les unités de Suna ont définitivement quitté les lieux. Voici mon rapport… J'étais en train de le finir quand Libellule-san est venue me chercher.
— Hm… Merci encore d'être intervenu. Je ne sais pas vraiment comment gérer ce genre de choses.
En entendant la vulnérabilité nouvelle dans la voix de son oncle, Hitomi cessa aussitôt d'écouter, coupant l'arrivée de chakra dans ses oreilles. Elle se roula en boule sur le canapé, laissant ses cheveux se poser comme un voile sur ses joues encore humides. Fukuda-san… Elle l'avait tellement aidée ces dernières semaines à surmonter ce qui s'était passé dans la Forêt de la Mort, et puis la nuit où elle avait trouvé Hayate… Qu'allait-elle faire à présent si elle ne pouvait plus compter sur ses conseils et sa voix pour la rassurer, pour lui expliquer que faire de son mieux était suffisant ? Shikaku avait parlé de trouver un autre thérapeute, mais Hitomi ne voulait personne d'autre, elle voulait celle en qui elle avait placé sa confiance.
Quelques minutes plus tard, Kakashi s'avachit à côté d'elle, faisant plier les coussins sous le poids de sa silhouette. Il sentait encore le feu et le sang, elle le percevait même sans tenter d'insuffler du chakra dans son nez. Il n'avait définitivement pas eu le temps de se changer… Et le relâchement dans ses membres prouvait mieux que quoi que ce soit à quel point il était fatigué. D'une main ferme, il l'attira à lui. C'était étrange, maladroit, comme s'il ne savait pas vraiment câliner, mais les étreintes de Kakashi étaient justement précieuses pour leur rareté.
— Je sais que tu ne vas pas me poser de questions comme « est-ce que ça cesse de faire mal un jour ? », Hitomi-chan, mais je vais quand même y répondre, pour quand tu auras le temps d'y réfléchir. Non, la douleur ne disparaît jamais vraiment. Elle s'atténue juste au fil du temps jusqu'à devenir supportable.
Les longs doigts du Jônin traçaient des motifs circulaires dans le dos de son élève, chassant peu à peu l'angoisse, l'incompréhension et la peur qui lui mordaient le ventre. Sa respiration tremblait encore, elle avait l'impression d'avoir du mal à garder conscience de son corps, comme si son esprit ne voulait rien tant que se barricader à l'intérieur de sa Bibliothèque pour ne jamais en ressortir. Si elle réagissait aussi violemment à la mort de quelqu'un qu'elle connaissait sans en être véritablement proche, qu'est-ce que ce serait quand ses amis, ses aînés, tomberaient comme des mouches autour d'elle ? La guerre n'épargnerait pas ses êtres chers juste pour lui plaire.
Plus tard, devant la pierre qui avait été dressée sous un arbre en hommage aux disparus, Hitomi ne put s'empêcher de contempler ses options pour la suite des opérations. Elle voulait la destruction totale d'Orochimaru, mais elle était très loin d'avoir la puissance nécessaire pour un tel exploit. Était-elle obligée de s'y atteler seule ? Et si elle n'y parvenait pas, quel serait son prochain geste ? Il tenterait sans doute de mettre la main sur Sasuke. Elle ne pouvait pas… Elle ne pouvait pas laisser cela se produire.
Le paysage autour d'elle apportait un étrange contraste aux pensées qui s'agitaient à l'intérieur de son esprit. La pierre avait été dressée à l'ombre de l'un des Chênes d'Hashirama, dans la partie la plus paisible du cimetière. La cérémonie funéraire aurait lieu le lendemain dès l'aube, et serait menée par douze moines du Temple du Feu réquisitionnés pour l'occasion. Pour beaucoup de gens, ce serait un geste de clôture, qui leur permettrait d'aller de l'avant. Pour Hitomi, ce serait tout le contraire… Et comme une bonne part de ninjas, elle avait décidé de ne pas y prendre part. Elle ne voulait pas voir ses échecs étalés au grand jour.
Mais elle ne pouvait pas ne pas rendre hommage aux morts, pas vrai ? Elle pensa à ceux qu'elle connaissait, parmi les trépassés, ceux qu'elle aurait voulu conserver un peu plus longtemps à ses côtés. En silence, elle passa le pouce sur l'un des sceaux de stockage dissimulés sous sa obi et attrapa le pinceau, le papier et l'encre qui en sortirent une fois son chakra appliqué comme il le fallait. Elle écrivit quelques mots, sortis d'un livre qui dormait dans sa mémoire et qu'elle devait encore transcrire.
La douleur infinie de celui qui reste
Comme un pâle reflet de l'infini voyage
Qui attend celui qui part.
Son regard refusa quelques instants de se détacher des mots si noirs sur le papier blanc. Puis, sous le regard attentif de Kakashi, elle perça le haut de la feuille d'un petit trou, y enfila une longueur de câble ninja, se dressa sur la pointe des pieds pour atteindre l'une des branches de l'arbre, et suspendit ses mots comme une offrande. Elle ne pouvait pas faire mieux – elle n'en avait pas la force. Après une dernière minute à contempler son œuvre, elle tourna les talons, rejoignant son sensei qui l'attendait à quelques pas de distance.
Il ne dit rien, se contentant de poser une main sur son épaule et de la guider jusqu'à l'extérieur du cimetière. Ils croisèrent plusieurs shinobis qui profitaient d'une pause entre deux missions pour venir, exactement comme eux, rendre leur hommage. Le Ninja Copieur était sans doute l'un des rares à n'avoir perdu personne dans l'invasion. Hitomi ne pouvait s'empêcher d'en ressentir une pointe de pitié : s'il n'avait perdu personne, c'était parce que tout ceux qui avaient compté pour lui étaient déjà morts. Les liens qu'il avait tissés avec ses pairs et ses Genin n'étaient que des fantômes de ceux qu'il avait entretenus autrefois, à l'exception peut-être de l'amitié qui le liait à Gai Maito.
— Alors comme ça, Jiraiya-sama vous emmène en mission, Naruto et toi ? demanda-t-il une fois qu'ils furent sortis du cimetière.
— Hm hm. Vous vous occuperez bien de Sasuke, pas vrai ?
— Bien sûr. Ta mère me tuerait si je faisais autrement.
La jeune fille laissa échapper un petit rire qui la surprit par sa spontanéité. Elle se figea, rougit, portant le bout des doigts à ses lèvres comme pour refouler le son qui n'avait aucun droit d'exister en ces circonstances. Kakashi vit chacune de ses réactions. Il enveloppa sa main dans la sienne, attirant son attention d'une pression brève mais ferme.
— Tu ne devrais pas te sentir coupable de rire ou d'être heureuse, Hitomi-chan. C'est ce que nos fantômes désirent le plus au monde, de là où ils se trouvent.
La jeune Yûhi détourna les yeux, mais reprit son chemin, le professeur à ses côtés. Plusieurs ninjas qu'elle ne connaissait pas saluaient l'homme sur son passage. Parfois il s'arrêtait pour échanger un mot ou deux avec eux, toujours tranquille et compatissant. En l'observant, son élève réalisa qu'il n'était pas si inadapté socialement qu'il aimait à le prétendre. Il savait que dire pour réconforter même ces shinobi qu'il connaissait sans doute à peine, et puis… Et puis il avait su réagir adéquatement à chacune de ses crises. Était-ce parce qu'il avait voulu apprendre, ou parce qu'il était trop de fois passé par là ? Elle avait peur de deviner la réponse.
— Tu as beaucoup de choses à faire pour te préparer ?
— Hm… Je ne sais pas trop. J'ai toujours un sac de voyage tout prêt, au cas où. Mais je dois envoyer un message à Haku-san pour lui demander s'il peut se joindre à nous et renouveler certaines de mes fournitures. Je n'ai presque plus de câble, alors que je n'en utilise pas tant que ça !
— Aah, ça disparaît toujours quand on ne regarde pas, pas vrai ? Tu crois que tu en as assez pour te durer six missions au moins, et quand tu te trouves en plein guet-apens ennemi tu réalises qu'il t'en reste un seul tout petit mètre et que, bien sûr, ce n'est pas du tout assez pour ce que tu avais en tête.
Elle rit à nouveau, cette fois sans se figer de surprise.
— Ca sent drôlement le vécu, ça, Kakashi-sensei. Ca vous dit de me raconter l'histoire un peu plus en détail ?
Riant à son tour, le sensei s'exécuta. Il était ravi de procurer une distraction bienvenue à l'esprit encombré de son élève, même si cela signifiait raconter encore une fois cette mission au Pays de la Foudre qui avait mal tourné répétitivement et à un point ridicule, même si cette histoire était depuis devenue une plaisanterie dont les Jônin qui traînaient au bar après leurs missions étaient un peu trop friands. Kakashi se surprenait tous les jours concernant les extrémités auxquelles il était prêt à se vouer pour ces trois gamins qu'il avait juré de protéger.
Ce soir-là, Hitomi s'enferma dans sa chambre après le dîner pour écrire sa lettre à Haku. Ils n'avaient même pas eu le temps de se dire au revoir avant son départ aux côtés de Zabuza : ils avaient été appelés au Pays des Vagues pour une affaire pressante. Si Hitomi devait deviner, elle placerait le blâme sur l'un des anciens sbires de Gâto. Ils avaient promis de revenir si elle avait besoin d'eux… Et avec Orochimaru qui se tenait possiblement dans chaque angle mort sur sa route, elle ne pouvait nier se trouver dans l'une de ces situations. Ils ne seraient pas de trop pour tenir un Sannin en respect.
Elle écrivit sa lettre, l'envoya d'une étincelle de chakra et prépara son paquetage en attendant la réponse. Il lui fallait du câble, des rations de survie et quelques poisons, trois éléments qu'on trouvait en nombre sur les territoires des Nara, Akimichi et Yamanaka, dont les civils avaient tendance à adopter des professions dans le cadre desquelles ils fabriquaient des choses dont leurs ninjas avaient l'utilité. En plus, Shikaku encourageait les enfants de son clan à favoriser les commerces des trois clans alliés plutôt que ceux du reste du village. Il ne perdait jamais tout à fait de vue que rien, pas même l'un des grands Villages Cachés, n'était éternel.
Le lendemain matin, avant l'aube, Hitomi se vêtit de sa tenue de combat, retrouvant la sensation familière du kimono contre sa peau. Elle devrait le faire ajuster bientôt… Après la mission avec Jiraiya, elle aurait peut-être le temps d'aller passer commande. Cela lui fendait le cœur de penser à celui des deux tailleurs qui avait disparu, le frère. La sœur ne serait sans doute plus en activité désormais… Elle devrait se fournir ailleurs. Peut-être pouvait-elle demander conseil à Ino ? Elle avait toujours les meilleures adresses du village pour tout et n'importe quoi, à croire qu'elle aurait voulu devenir guide touristique dans une autre vie.
En glissant son sabre dans son fourreau, la jeune fille se confronta à l'énormité de ce qu'elle s'apprêtait à faire. Elle avait compté les jours avec soin, sans jamais perdre la timeline originelle de vue, et elle savait ce qui était censé se produire aujourd'hui, ce qu'elle voulait empêcher. Ses mains tremblèrent légèrement pendant tout le temps qu'elle prit à nouer ses cheveux en queue de cheval, mais elle les raffermit sèchement en appliquant pour la première fois au ras de ses cils un trait d'eye-liner noir, comme un écho de celui qui soulignait le regard de son maître.
Elle était prête et ne pouvait plus retarder l'énormité du défi dans lequel elle s'était lancée. Elle savait qu'Haku et Zabuza s'étaient mis en route à la faveur de la lune : dans le pire des cas, Naruto et Jiraiya ne seraient pas seuls à la poursuite de Tsunade. Elle laissa une note à sa mère lui expliquant qu'elle était sortie s'entraîner – un pieux mensonge que personne ne découvrirait sans doute jamais – puis traversa le village majoritairement endormi.
Elle se glissa entre deux patrouilles, faisant bon usage du Shunshin qu'elle devait toujours apprendre à maîtriser sans se sentir désorientée et affaiblie, et regarda autour d'elle une fois hors du village. Elle entendait le paisible clapotis du fleuve qui le traversait. Après un instant d'hésitation, elle se dirigea dans cette direction. Après dix minutes de marche, elle s'arrêta au bord de l'eau, s'ouvrit le bout du pouce sur le tranchant d'un kunai et invoqua son familier.
— Invocatrice ? demanda-t-il après un gigantesque bâillement. Tu as besoin de moi ?
— Je… J'attends quelqu'un. J'aimerais ne pas devoir attendre seule… Ca te dérangerait de me tenir compagnie ?
— Pas le moins du monde. C'est un drôle d'endroit pour attendre, hm ? On est hors du village.
— Oui… Tu as raison, c'est un drôle d'endroit, mais aussi le plus adapté, tu verras. Les personnes que je vais rencontrer sont dangereuses, Hoshihi. Si ça tourne mal…
— Ne me demande pas de te laisser derrière. Tu sais très bien que je préférerais m'écorcher vif tous les coussinets plutôt que de t'abandonner.
— D… D'accord. Merci.
Le chat et l'adolescente attendirent en silence ensuite, leurs regards vert émeraude et carmin plongeant dans la forêt devant eux, peu à peu éclairée par la caresse d'une aube paresseuse. Les uns après les autres, les oiseaux se mirent à chanter tandis que la nature s'éveillait…
Puis se turent d'un seul coup.
Un prédateur plus grand et terrible qu'un simple chat ninja approchait, ils le sentaient jusqu'à l'intérieur de leurs os frêles, une présence sans doute aussi menaçante pour eux que celle d'un dieu pour les ninjas. Hitomi frémit un instant puis se redressa, une main négligemment posée sur la garde de son tantô. La soie rouge et le bois noir avaient été nettoyés de la salissure des combats qui avaient déchiré Konoha, mais on ne pouvait prétendre que cette lame n'avait jamais servi, surtout quand on voyait la manière dont la main d'Hitomi trouvait sa place sur la garde, l'étreinte de ses doigts presque aimante entre l'usure et l'habitude.
Des branches craquèrent, un peu plus loin dans les bois. Pourtant ces visiteurs savaient se déplacer sans bruit… Ils savaient qu'elle était là, ils l'avaient sentie, elle en était certaine, et faisaient tout ce boucan – à peine plus qu'un murmure parmi les autres sons de la forêt malgré le silence que les animaux observaient – pour l'avertir de déguerpir si elle tenait à sa peau.
Elle ne bougea pas d'un pouce.
Elle savait pourquoi elle se trouvait là, après tout. Elle n'ignorait rien de ce qu'elle risquait, des réactions de ceux qui l'aimaient et qu'elle aimait en retour s'ils apprenaient quels risques stupides elle avait encourus. Peut-être qu'ils ne l'apprendraient jamais. Peut-être qu'ils le découvriraient quand ils sauraient déjà que ça en avait valu la peine. Tâchant de conserver un visage impassible, la jeune fille déglutit et rajusta sa position pour atténuer encore la menace qu'elle pouvait représenter – l'idée qu'elle soit menaçante par rapport à eux lui donnait envie d'éclater d'un rire hystérique.
Soudain deux ombres se dessinèrent contre les arbres. L'une d'elles était véritablement titanesque, plus grande encore que Zabuza qui n'était pas petit lui-même, et l'autre exsudait d'une puissance tranquille qui lui donnait envie de disparaître. Elle attendit tandis qu'ils approchaient, notant les manteaux noirs, les nuages rouges, les larges chapeaux plats ornés d'incantations écrites sur de fines bandelettes de papier. Elle se redressa, inspira profondément, tandis qu'Hoshihi se levait à ses côtés et agitait le bout de la queue pour manifester son déplaisir.
— Voilà quelqu'un que je ne m'attendais pas à croiser ici, fit une voix incroyablement douce et détachée sous le bord de l'un des chapeaux.
— Hm ? Tu connais cette gamine ? demanda l'autre, rauque et amusée.
— Oh, oui… Nous nous connaissions jadis, n'est-ce pas, Yûhi-san ?
Lentement, la plus petite silhouette leva une main, retira le chapeau qui dissimulait son identité. Hitomi prit soin de garder les yeux rivés sur la peau pâle et lisse de son cou.
Devant elle se tenait Itachi Uchiha.
