Coucou ! Voici le chapitre du jour, j'espère qu'il vous plaira. Courage, c'est bientôt les vacances !

Hitomi ne parvenait pas à empêcher ses mains de trembler faiblement. Personne ne lui en aurait décemment voulu dans cette situation – Itachi Uchiha était une créature de cauchemars pour beaucoup de shinobi de Konoha, certains parmi les plus braves, d'autres non. Pourtant, à le regarder, on avait du mal à le qualifier de menaçant. Il était grand, plutôt mince, pas particulièrement musclé, et il émanait de lui une puissance tranquille qui n'appelait pas vraiment à la violence et au sang. Les lignes d'angoisse et de douleur sous ses yeux s'étaient allongées depuis la dernière fois qu'Hitomi l'avait vu. Avait-il déjà commencé à perdre la vue ?

— Je… J'ai les informations que vous êtes venu chercher ici, Uchiha-san, dit-elle d'une voix rauque.

Il ne servait à rien de dissimuler la peur que ces deux déserteurs éveillaient en elle. Elle avait croisé le chemin d'Orochimaru quelques semaines à peine auparavant et à côté de ces deux-là, Orochimaru était une blague.

— Oh, rit Kisame, voyez-vous ça ! La gamine saurait des choses qui nous intéressent ? Pourquoi nous donner des raisons de te faire du mal, hm ? Tu n'as pas l'air bête, pourtant.

— P-pas besoin de me faire du mal. Je suis prête à offrir ces informations librement, et toutes celles à venir aussi. Je n'ai pas besoin d'énoncer de conditions, parce que je sais quels seront les choix d'Uchiha-san quand il les entendra.

Et enfin, elle osa dépasser son angoisse et le regarder dans les yeux. Le Sharingan était d'une beauté noble et dure au milieu de ses traits altiers. Avec de telles prunelles, il n'aurait jamais pu passer pour un civil, mais même sans, la vérité de son identité se dissimulait dans sa posture, dans l'aura qu'il dégageait sans même s'en rendre compte. Bien des puissants avaient dû courber l'échine devant lui, par peur ou par respect.

— Et quelles sont ces informations, Yûhi-san ? demanda l'aîné des Uchiha d'une voix dans laquelle elle put entendre la plus légère des surprises.

— S-Sasuke. Elles concernent Sasuke. Je sais que c'est ce que vous êtes venus faire ici. Je connais la vérité sur le massacre.

La vague d'aura meurtrière qui la frappa d'un seul coup la fit tomber à genoux, les deux mains crispées sur sa gorge. Elle ne pouvait plus respirer. Hoshihi feula d'un air outragé, fit mine de se ruer sur Itachi mais elle le retint par l'une de ses pattes arrière, hoquetant faiblement à la recherche d'oxygène. Le chat géant se pressa contre elle, le pelage hérissé au possible, absolument furieux. Les mains tremblantes, elle détacha Ishi to Senrigan de son obi et le jeta dans l'herbe aux pieds d'Itachi. Sans doute pris au dépourvu, il relâcha son emprise sur elle et elle s'effondra, emplissant frénétiquement ses poumons d'air. Quand elle se reprit, le tantô était entre les mains du déserteur. Il reconnaissait cette lame.

— Shisui… Je ne savais pas que vous le connaissiez, Yûhi-san.

— Je ne le connaissais pas, répondit-elle d'une voix rauque quand elle eut retrouvé son souffle. J'aurais aimé… D'après Sasuke, il était d'une gentillesse rare. Mais votre frère m'a emmenée sur les terres de votre clan, quelques temps après le massacre. Nous avons récupéré beaucoup de choses là-bas. Des documents d'archive, notamment, que j'ai pris soin de lui cacher pour sa sécurité.

Le déserteur leva les yeux vers elle, l'air à nouveau pris de court. Il ne s'attendait sans doute pas à ce que son frère cadet fasse suffisamment confiance à quelqu'un pour ouvrir les portes de leurs terres, pour récupérer des choses qu'il aurait sans doute préféré voir oubliées. La voix plus ferme à présent, Hitomi reprit.

— En sortant de là, je savais deux choses : une rébellion s'était préparée au sein du clan Uchiha jusqu'à ce qu'il s'éteigne brutalement, et le massacre qui a causé son extinction n'était pas une coïncidence.

— Il n'y avait rien dans ces documents qui…

— Non, Uchiha-san, il n'y avait rien. Mais j'ai un nombre pour vous, que vous connaissez sans doute. Cent-quarante-neuf. C'est le nombre d'hommes, de femmes et d'enfants qui sont morts cette nuit-là. Parmi eux, cinquante-trois étaient des shinobi en service actif.

Elle laissa le silence planer un instant à la suite de ses mots, espérant qu'il reprenne, mais il ne le fit pas. Derrière ses traits impassibles, elle pouvait presque voir le remords qui, elle le savait, lui tordait le ventre. Pour apporter la paix, il avait provoqué la guerre, et vivrait chacun des jours qui lui restaient sur cette terre avec le souvenir de son choix en mémoire.

— Cinquante-trois ninjas, de tous rangs, tous au village en même temps… C'est tout simplement impossible, d'autant plus que depuis l'attaque de Kyûbi nos shinobi travaillent sans relâche pour maintenir les apparences et apporter sans cesse de l'argent au village. Vous avez tué ces shinobis, Uchiha-san, et les membres civils du clan aussi, mais quelqu'un s'est assuré qu'ils seraient tous là pour être massacrés. Et qui possède ce pouvoir à Konoha ? La réponse est simple : le Hokage et ses conseillers.

Derrière Itachi, Kisame laissa échapper un léger rire. Elle ne savait qui, d'elle ou de son équipier, amusait le plus le déserteur. Elle n'en avait cure à cet instant, les yeux plongés dans ceux d'Itachi, alors qu'elle savait qu'il pouvait l'enfermer dans une illusion de souffrance éternelle par le simple pouvoir de ses pupilles.

— Je ne sais pas lequel ou lesquels d'entre eux sont derrière tout ça. Je sais juste que vous avez obtenu d'une manière ou d'une autre que ces personnes ne s'approchent pas de Sasuke. Le Hokage voulait le laisser à son sort, seul dans la maison où il avait vu les corps de ses parents refroidir. Ma mère a refusé de laisser cela se produire.

— C-comment…

— Oh, vous auriez sans doute adoré voir ça, Uchiha-san, interrompit-elle avec un univers de tendresse dans la voix. La rumeur court encore aujourd'hui dans le village qu'elle l'a cloué au mur d'une seule main tout en lui hurlant au visage assez fort pour que les ANBU de tout le bâtiment l'entendent.

Une sorte d'ombre de sourire joua sur les lèvres d'Itachi. Kisame, lui, éclata franchement de rire, même s'il ne connaissait pas les protagonistes concernés par cette histoire. Sentant quelque chose se relâcher dans l'air, Hitomi inspira profondément et se releva, s'appuyant aussi discrètement qu'elle le pouvait sur Hoshihi, toujours vigilant.

— Il y a tellement de choses que vous voulez savoir, Uchiha-san. Je vous ai vu interagir avec votre frère, avant le massacre, et si vous vous souvenez de moi, vous savez que je n'oublie jamais rien. Je n'ai pas pu oublier l'amour dans votre regard.

Le jeune homme face à elle reprit son sérieux. Il y avait au fond de ses yeux une sorte de languissement, comme s'il aurait pu tout donner pour effacer cette nuit maudite et ne jamais quitter sa place à Konoha. Hitomi aurait sincèrement aimé qu'il y ait un moyen. Elle regrettait parfois de ne pas être née assez tôt pour rectifier ce tort en particulier – et avoir plus de temps pour se préparer aux autres obstacles qui se dressaient devant elle et ceux qu'elle aimait.

— Je n'ai pas le temps de vous donner toutes ces réponses de vive voix, Uchiha-san, mais je peux vous les montrer. Je sais que vous avez un genjutsu capable d'entrer dans l'âme des gens, je l'ai lu dans un rouleau que Sasuke et moi avons récupéré sur vos terres. Utilisez-le sur moi, s'il vous plaît.

C'était sans doute la première fois qu'on demandait au déserteur d'utiliser l'une de ses techniques, mais une grosse partie de la peur d'Hitomi avait disparu à présent. Elle garda son regard rivé à celui d'Itachi, et pas sur ses mains qui après un instant d'hésitation parcoururent la séquence de mudras nécessaire à l'exécution de la technique. Elle sentit son chakra tiède et curieusement agité perturber le sien, puis se retrouva à l'intérieur de sa Bibliothèque, devant la cage dans laquelle flottaient les rubans de lumière qui représentaient les perceptions de ses méridiens.

Devant elle se tenait Itachi, et elle réalisa que, pour la première fois en ces lieux, elle avait un corps elle aussi. De coutume, ses apparitions dans la Bibliothèque se faisaient sous une forme vague mais certainement pas humaine, plutôt comme une boule de lumière pâle. Mais elle avait besoin d'un corps pour guider le Uchiha dans son domaine, c'était vrai. Un sourire discret joua sur ses lèvres tandis qu'elle le laissait regarder autour de lui tout son soûl.

— Je n'ai jamais rien vu de tel, murmura-t-il d'un ton vaguement ébahi.

— Je n'ai jamais croisé personne qui soit capable de faire ça, à part moi. Je n'en ai pas parlé avec les Yamanaka alors je ne pourrais pas le jurer, mais je pense que la combinaison de ma mémoire eidétique et du chakra est ce qui donne forme à cet endroit. Suivez-moi, s'il vous plaît.

D'un pas léger, elle le guida à travers les rayonnages. Depuis qu'elle avait découvert dans quel monde elle était revenue à la vie, elle avait déplacé l'étage concernant son nouvel univers au rez-de-chaussée, pour qu'il soit accessible plus facilement. Elle passa devant les rayonnages concernant la politique et le fûinjutsu sans s'arrêter, jusqu'à trouver celui sur sa famille. Les livres les plus hauts concernaient Kurenai et Shikano Nara, son père, puis Shikamaru, Shikaku et Yoshino, puis Ensui, et puis… Sasuke. Sasuke était là, des milliers de souvenirs dans autant de livres. Muette, elle attira le premier d'entre eux qui intéresserait Itachi d'une pensée, le lourd volume flottant sagement jusqu'à sa main. Elle l'ouvrit et le souvenir se déroula dans l'air, comme projeté par les pages blanches, sous ses yeux et ceux de son invité.

Elle lui montra comment Kurenai avait invité Sasuke à faire partie de la famille, et toutes les nuits où il avait rejoint Hitomi dans son lit à cause d'un cauchemar. Elle le montra se remettre lentement, n'oubliant pas tout à fait sa haine sans la laisser le consumer pour autant. Elle le montra intelligent et vif, brillant, premier de sa promotion à l'Académie. Elle le montra former une équipe avec elle et Naruto, au fil des années, jusqu'à ce que les diplômes fassent d'eux quelque chose d'officiel.

Elle montra l'exercice de survie durant lequel il avait éveillé son Sharingan et la fierté dans le regard de sa mère quand elle était venue les chercher, les bandeaux de Konoha noués sur leurs fronts pour la première fois. Elle montra la mission au Pays des Vagues qui aurait pu mille fois mal tourner mais s'était finalement bien terminée. Elle montra les autres missions sans importance et pourtant primordiales durant lesquelles Sasuke avait compris comment mûrir et trouver sa place au sein du village.

Puis ce fut le tour de l'examen Chûnin. Elle le montra durant la première épreuve, utilisant ses Sharingan pour surmonter ses difficultés, puis la deuxième, dans la Forêt de la Mort. Elle montra la peur, l'angoisse et le désespoir, le pouvoir écrasant d'Orochimaru, la lutte que Sasuke lui avait opposée jusqu'à ce qu'il soit marqué, et l'après, quand elle avait scellé la marque avec les moyens du bord, terrifiée et blessée. Elle lui montra les jours de repos dans la Tour, les efforts qu'ils avaient faits tous les deux pour qu'il soit prêt pour la suite.

Elle lui montra enfin les épreuves de sélection et le début de son match du tournoi, et les souvenirs d'après l'invasion, quand il était rentré sain et sauf. Enfin, elle referma le dernier livre et le rangea à sa place d'une poussé éthérée. Elle s'était mise à pleurer quelque part dans les souvenirs de la deuxième épreuve, et quand elle releva la tête pour regarder Itachi en face, elle s'aperçut qu'elle n'était pas la seule : de minces sillons humides s'étaient tracés sur les joues pâles du jeune homme. Il vacilla en tentant d'approcher d'un pas, se rattrapa à l'une des étagères.

— Je dois… Je dois entrer dans Konoha, dit-il d'une voix rauque. Hiruzen n'est plus là pour le protéger, je dois…

— Non, Uchiha-san. Vous ne devez rien faire. Shikaku Nara occupe la place de Hokage en attendant que nous retrouvions Tsunade des Sannin. Vous savez comment les Nara sont à propos de leurs familles et de leur clan, pas vrai ? Pour Shikaku, Sasuke est son neveu. Les liens d'adoption ne comptent pas moins pour lui que les liens de sang. Il le protégera, je vous en fait le serment.

Le regard d'Itachi fut véritablement expressif pour la première fois. Il avait l'air torturé, pris entre deux feux, comme s'il n'osait y croire mais le désirait plus que tout. Lentement, Hitomi s'approcha et posa la main sur son épaule. Elle ne sentait rien, puisque les corps à l'intérieur de sa Bibliothèque n'avaient de solide que l'apparence, mais elle sembla attirer son attention par ce geste. Depuis combien de temps ne laissait-il personne approcher ? Le massacre avait eu lieu presque six ans auparavant.

— Tout va bien, Uchiha-san. Je me suis occupée de tout jusque-là et je continuerai. Sasuke a trouvé sa place au village, dans le groupe de notre promotion, auprès de notre sensei, dans ma famille. Nous le défendrons. Si mes pairs et moi-même ne suffisons pas, alors nous nous en remettrons à mon oncle, à mon maître, à Kakashi-sensei, et ils briseront des montagnes si c'est ce qu'il faut pour nous protéger. Sasuke est en sécurité, je vous le promets.

Un long moment passa, s'étirant dans le silence paisible de sa Bibliothèque. La lumière pâle qui émanait de nulle part et partout à la fois jetait des ombres étranges sur le visage d'Itachi, qu'Hitomi ne quittait pas des yeux. Elle ne l'avait pas relâché non plus, maintenant le contact vide de sa main immatérielle sur son épaule fantomatique comme s'il en avait besoin pour s'ancrer dans le monde bouleversé qui était désormais le sien.

— Je… Je voudrais continuer de savoir…

Sa voix n'était qu'un murmure rauque, une étrange pointe de vulnérabilité se faisant entendre dans l'accent incrédule de sa voix. Hitomi sourit, aussi rassurante qu'elle pouvait feindre de l'être. Pas une seule fois elle ne lui avait menti, mais malgré tout, la peur lui mordait toujours le ventre.

— J'avais prévu cela aussi, Uchiha-san. Pouvez-vous rompre le sort d'illusion ? J'ai un moyen de rester en contact avec vous.

En un instant, sa Bibliothèque se dissipa devant ses yeux et la forêt réapparut. Le soleil était monté de quelques degrés dans le ciel ; il ne s'était pas passé plus d'une demi-heure mais dans sa tête, ça avait ressemblé à un écho d'éternité. Lentement, les membres raides d'être trop longtemps restée immobile, elle descella un autre de ses parchemins de stockage, dissimulé cette fois dans l'une de ses manches. Dans sa paume ouverte tomba l'un de ses carnets, doté d'une couverture de cuir brun sans prétention – parfaite pour qu'il passe inaperçu.

Tout en tendant l'objet à Itachi, elle lui expliqua comment il fonctionnait, et lui promit d'écrire souvent. Pour l'instant, elle ne lui demanda rien en échange, mais laissa entendre que le jour viendrait où les informations circuleraient dans les deux sens. Il accepta sans sourciller, mais le regard furtif qu'il lui jeta fit comprendre à la jeune fille qu'il avait bien saisi son sous-entendu. Après l'avoir remerciée, il retourna auprès de Kisame, qui était resté quelques pas en arrière.

— Quoi, on ne tue pas la gamine ? Je croyais que tu voulais causer un peu de terreur à Konoha.

— Pas aujourd'hui, Kisame. Viens, allons-nous-en. Je t'expliquerai tout.

Un instant plus tard, les deux nukenin avaient disparu. Il y eut quelques secondes de silence, puis les oiseaux se remirent à chanter un à un, comme s'ils venaient de comprendre que la menace qui les contraignait au silence n'était plus qu'un mauvais souvenir. Au bord du fleuve, Hitomi tomba à genoux à nouveau, de soulagement cette fois. Elle enfouit son visage dans ses mains, inspira profondément plusieurs fois. Elle avait peine à croire ce qu'elle venait de faire. Elle oscillait entre l'envie d'éclater en sanglots hystériques ou d'un rire incrédule, incapable de choisir la meilleure réaction. À ses côtés, Hoshihi s'assit et se lécha soigneusement une patte, commentant d'une voix plate :

— Tu viens vraiment de faire fuir un criminel par la force de ton esprit ? Quand je vais raconter ça à Sunaarashi…

Ce fut l'hilarité qui l'emporta finalement, la jeune fille s'écroulant de rire en gloussant comme si elle avait à nouveau six ans et l'insouciance qui allait avec. Elle rit de soulagement et d'euphorie jusqu'à en avoir mal aux côtes, repartant dans un élan d'hilarité à chaque fois qu'elle posait les yeux sur son familier, qui faisait de son mieux pour avoir l'air digne et composé. Finalement il s'éloigna en lui effleurant le visage du bout de la queue pour aller se chercher un lapin et elle put se calmer, essuyant les larmes sur son visage avant de remettre de l'ordre dans sa tenue et de récupérer Ishi to Senrigan, qu'Itachi Uchiha le criminel de rang S avait respectueusement laissé appuyé contre le tronc de l'arbre le plus proche.

Quand elle se fut définitivement recomposée, elle retourna à l'intérieur du village comme elle en était sortie, sans se faire voir. Paradoxalement, après une invasion, les patrouilles n'étaient pas une priorité. Le service de garde était réduit au minimum tandis que tous les ninjas ainsi libérés de ces devoirs étaient envoyés en mission pour maintenir les apparences et ramener au village l'argent qui permettrait de remplacer les équipements détruits, de réparer les bâtiments et d'attirer les civils du reste du pays pour reprendre le travail de ceux qui avaient péri. C'était une vision cruelle et détachée, mais sans doute la meilleure marche à suivre.

Après s'être offert un léger déjeuner, Hitomi signala sa présence et sa disponibilité à l'un des bureaux ouverts dans tout le village pour les missions de nettoyage et de réparation. Il y avait tant à faire qu'elle s'immergea immédiatement dans le travail, prenant soin de ne pas penser au destin cruel auquel elle venait d'échapper. Elle n'avait pas envie de sentir revenir le nœud d'anxiété qui l'avait taraudée de l'aube à l'arrivée des déserteurs…

Après une rapide mission de déblayage, Hitomi fut déployée à l'Académie, où elle avait pour mission de surveiller et protéger un groupe d'élèves de première année qui ne pouvaient pas rentrer tout de suite à la maison, soit parce que leurs parents étaient en mission et leurs gardiens indisponibles avant la fin de leur propre travail, soit parce qu'ils avaient souhaité rester avec leurs amis. Parmi eux se trouvaient Sugi Aburame, le petit frère de Shino, et Hanabi Hyûga, la cadette d'Hinata.

Au début, la jeune Yûhi se contenta d'examiner les deux enfants de loin. Elle avait invoqué ses six chats ninja pour divertir la classe qui lui avait été assignée. Les cours n'avaient pas vraiment repris à l'Académie mais les parents avaient besoin d'un endroit où placer leurs enfants pendant qu'ils partaient en mission. Les professeurs non plus n'étaient pas disponibles, pas alors que leurs compétences de terrain étaient demandées ailleurs. La plupart des ninjas de garde étaient des membres des Forces Générales, et certains Genin volontaires comme Hitomi. Les officiers supérieurs du bureau de distribution des missions n'avaient vu aucun problème à lui confier la charge des plus jeunes, après la mission qu'elle avait dirigée à l'Académie quelques mois – une éternité – plus tôt.

Certains enfants l'approchèrent et lui demandèrent des détails concernant l'invasion. Beaucoup d'entre eux y avaient perdu un parent, un ami, une connaissance. Elle resta évasive concernant la violence des combats, mais leur expliqua la politique qui se cachait derrière, pourquoi Shikaku avait été choisi pour occuper temporairement le poste de Hokage et pourquoi il ne pouvait le rester très longtemps. Sugi et Hanabi faisaient partie de ce groupe. Hitomi fut surprise de les voir aussi proches. Ils échangeaient de longs regards, se tenaient parfois par la main quand ils pensaient que personne ne les observait, se tenaient tous deux à distance de leurs camarades. Avec un sursaut, Hitomi se souvint d'une conversation qu'elle avait eue avec Shino : Anosuke Nara était le premier ami que Sugi avait ramené chez lui. Le membre de son clan qui avait disparu était sans doute proche de ces deux-là.

Après avoir soigneusement pesé ses choix, la jeune fille s'approcha des deux gamins. Elle s'accroupit devant Sugi, qu'elle connaissait un peu mieux. Un sourire doux et un peu triste se dessina sur ses lèvres. Le garçon ressemblait beaucoup à son grand frère avec ses cheveux châtain foncé et les efforts qu'il faisait pour cacher son visage. Les mauvaises langues disaient que les Aburame se cachaient parce qu'ils étaient sournois. Hitomi les aurait plutôt qualifiés de prudes et timides. Ni l'un ni l'autre, à ses yeux, n'était un défaut.

— Sugi-kun, merci d'être venu rendre visite à Hinata quand elle était à l'hôpital. Ma mère m'a dit qu'elle te voyait souvent là-bas. Je suis sûre qu'Hinata était très heureuse de te voir.

Le regard du petit garçon, derrière ses lunettes seulement à moitié fumées, se dirigea furtivement en direction d'Hanabi, à sa droite. L'enfant était impassible, mais ses yeux blancs étaient fixés sur le visage d'Hitomi, comme si elle cherchait à lui faire comprendre quelque chose.

— Vous connaissez Anosuke-kun, n'est-ce pas ? Shino m'a dit que tu étais proche de lui, Sugi-kun, et à vous voir comme ça, j'imagine que c'est aussi ton cas, Hanabi-chan. Est-ce que quelqu'un est venu s'assurer que vous vous en sortiez, après l'annonce de sa disparition ?

Elle avait volontairement changé de sujet brusquement, pour les prendre de court. Elle vit Sugi ajuster sa position pour protéger Hanabi sans en avoir l'air tandis que les sourcils de la petite fille se fronçaient par-dessus ses yeux aux coins légèrement plissés, comme si elle tentait de transformer de la tristesse en fureur. Hitomi avait eu cette expression-là aussi, parfois. Elle passa d'une position accroupie assez peu stable à quelque chose de plus confortable, assise à même le sol en tailleur.

— Personne ne nous a rien demandé, finit par admettre Sugi. Ils sont tous occupés avec leurs missions, ils ne font pas attention à nous.

Tentant d'atténuer son expression inquisitrice, la jeune fille posa le regard sur Hanabi, qui le soutint quelques secondes avant de baisser les yeux et de se mettre à parler.

— Chez moi non plus. Ils ne m'ont même pas dit que mon ami avait disparu, je l'ai découvert aujourd'hui quand Sugi est arrivé. J-je pensais juste qu'il était occupé ou peut-être à l'hôpital, mais pas… Mais pas disparu.

Avec n'importe quel autre enfant, Hitomi se serait rapprochée, lui aurait offert une étreinte dans laquelle se réfugier, mais Hinata lui avait décrit le cadre dans lequel sa sœur et elle avaient été élevées. Pour les Hyûga, montrer une faiblesse était la pire des indignités. Qu'Hanabi se confie était déjà, pour elle, un énorme pas en avant.

— C'est terrible, de ne pas savoir ce qui lui est arrivé, où il est, s'il va bien. Dès que possible, les Nara enverront des gens à sa recherche. Je ne vous promettrai pas que nous le retrouverons ou qu'il ira bien, parce que, franchement, je n'en sais pas plus que vous. Tout ce que je peux vous promettre, c'est que nous ferons de notre mieux, pas seulement parce qu'il est des nôtres, mais aussi parce que nous avons juré de protéger nos enfants, et que nous lui avons failli.

Les deux gamins accueillirent sa déclaration et l'accent dur dans sa voix en silence. Quelque chose se dénoua dans la ligne des épaules d'Hanabi, qui hocha la tête, tandis que Sugi s'approchait d'elle. Elle avait envie de le rassurer, mais elle n'aurait rien pu faire sans mentir. Elle soupira et plia les doigts à l'intérieur de ses manches amples, effleurant deux de ses sceaux avec l'extrémité de ses index.

— En attendant, tout ce que vous pouvez faire pour lui, c'est travailler, donner le meilleur de vous-mêmes pour devenir des ninjas exceptionnels. S'il est retrouvé, s'il est en vie, il aura besoin de vous.

— Shino-nii dit que tu es très intelligente, fit Sugi au bout d'un moment de silence. Tu as une idée de comment on pourrait faire ça ?

— En fait oui, j'en ai une. Pour mes amis qui avaient du mal à étudier, j'ai créé un jeu de cartes de révision, pour le cursus de chaque année.

Elle activa ses sceaux d'une étincelle de chakra et quand elle dévoila ses mains, chacune d'entre elles contenait un paquet de cartes entouré d'un ruban rouge.

— Je peux vous apprendre à vous en servir, pour que vous passiez moins de temps à réviser et plus de temps à vous entraîner. Ca vous intéresse ?

Avides, les deux enfants hochèrent la tête. Tout en gardant un œil sur les autres élèves, Hitomi se lança donc dans l'explication du fonctionnement de son jeu de cartes. Elle ne pouvait pas retrouver leur ami, ne pouvait leur offrir le pouvoir de le faire eux-mêmes, mais ce qu'elle pouvait faire, c'était les pousser dans la direction du progrès et de l'épanouissement. En fait, elle avait même l'impression, pour une obscure raison, qu'elle le leur devait.

Et elle accomplissait toujours son devoir, quoi qu'il lui en coûte.