Coucou ! Si ce n'est déjà fait, n'oubliez pas d'aller lire le chapitre 71, publié hier en guise d'update de Noël. Bonne lecture !

Le lendemain matin, Hitomi fut réveillée en sursaut par un immense fracas. Elle s'habilla à toute vitesse, remerciant le ciel d'avoir toutes ses armes à portée de main, et sortit d'un bond par la fenêtre. Devant l'hôtel se trouvaient déjà ses compagnons, mais ni Shizune ni Tsunade, qui avaient pourtant passé la nuit dans une chambre voisine, n'étaient là. Un rapide passage dans sa Bibliothèque indiqua à Hitomi que le chakra des deux femmes avait disparu depuis longtemps de l'endroit… Et lui permit de sentir l'aura qui hantait encore ses cauchemars.

— Orochimaru, grogna Jiraiya. On dirait que tu avais raison, Hitomi-chan.

Elle avait pâli en refermant la porte de la cage où dormait les sensations de ses méridiens à toute volée comme si s'immerger en elles l'avait brûlée. C'était le cas. La langueur pour le carnage et le sang que dégageait Orochimaru lui semblait toxique, sa simple proximité lui souillait le corps et l'âme.

— I-il est sans doute là pour Tsunade-sama. On ne peut pas les laisser…

— Non, on ne peut pas. En route.

En silence, les cinq ninjas se déployèrent en flèche, Hitomi et Naruto chacun coincés entre Jiraiya d'un côté et l'un des deux déserteurs de l'autre. De cette façon, ils étaient protégés, comme les membres les plus faibles d'une unité devaient l'être. À l'intérieur d'Hitomi, le Murmure hurlait sa rage et sa soif de sang et de destruction, mais une autre voix, plus raisonnable et pourtant terrifiée, la suppliait de faire demi-tour, de s'enfuir aussi loin que possible. Elle n'écouta ni l'une ni l'autre, s'enfermant dans le manteau de détermination glacée qu'elle s'était soigneusement préparé en prévision d'une telle rencontre.

Le célèbre château de Tanzaku n'était plus qu'un tas de gravas d'où fuyaient des dizaines de civils. Certains étaient sans doute morts écrasés à l'intérieur, mais Hitomi ne pouvait les regretter, pas maintenant. Elle n'en avait ni le temps ni l'énergie, pas si elle voulait avoir une toute petite chance de survivre face à de tels opposants. Ils étaient là tous les deux, Orochimaru et Kabuto, dressés devant Tsunade et Shizune comme deux ombres menaçantes. Même de là où elle se trouvait, Hitomi pouvait dire que la princesse des Senju avait refusé le marché tout net, cette fois.

Jiraiya arriva en premier, mais Naruto et elle étaient sur ses talons, Zabuza et Haku sur les leurs. Sans perdre de temps, Hitomi dégaina, se positionnant juste devant les deux médics pour les protéger, les défendre – elles n'en auraient pas eu besoin, si Tsunade n'avait pas été pétrifiée à la vue de la moindre goutte de sang. Jiraiya et son ancien coéquipier échangèrent quelques piques sèches et cruelles, l'ermite avança d'un pas et la jeune fille vit quelque chose qui la sidéra.

À Konoha, personne n'avait pu décrire exactement les blessures d'Orochimaru – personne, mis à part les quelques ANBU qui étaient allés porter secours au Hokage et n'iraient certainement pas répandre d'aussi dangereux secrets dans tout le village. Le souffle lui manqua quand elle vit la masse de chair brisée et noircie qui restait de ses mains. Ses bras semblaient aller bien, mais ses mains, ses doigts… Il ne pouvait sans doute pas former la moindre mudra avec des membres dans un tel état. Elle ne devait cependant pas laisser cette constatation la galvaniser inutilement : elle savait que le serpent n'avait pas besoin de ça pour être un terrible opposant.

— Ce n'est pas la peine, Orochimaru-kun ! lança Tsunade derrière son dos d'une voix cruelle. Va te trouver une autre médic.

— Oh, mais ma chère, je ne t'ai pas demandé ton avis. Tu me soigneras, de gré ou de force. J'ai les moyens de te faire obéir.

— Pour ça, il faudra d'abord réussir à l'atteindre, grogna Hitomi en retour.

Le regard du Sannin exprima une légère surprise, teintée de dédain, en se posant sur elle.

— Encore toi ? Tu es une plaie, tu le sais, hm ? Je vais profiter de cette occasion pour te supprimer. Une fois morte, tu ne pourras pas interférer avec mes plans, n'est-ce pas ?

— Vous ne la toucherez pas ! explosa Naruto à côté d'elle.

Oh, il ne savait pas ce qu'il disait. Si Orochimaru la voulait morte, alors elle l'était, à moins d'un miracle. Le cœur d'Hitomi accéléra dans sa poitrine. Elle ne voulait pas mourir, elle avait encore tant de choses à accomplir, tant de complots à déjouer et de vérités à rétablir. Elle ne voulait pas mourir. Son chakra réagit comme par réflexe, nimbant la lame de son sabre d'un manteau meurtrier. Tout ce que l'arme toucherait serait instantanément déchiqueté. À côté d'elle, Zabuza grogna d'approbation.

— Ah, mais tu m'oublies, Orochimaru. Nous nous affrontions, autrefois, tu sais ce dont je suis capable.

— Pfeuh ! Je t'ai toujours surpassé, Jiraiya. Tu ne seras jamais un obstacle pour moi.

— C'est ce qu'on va voir…

Une terrible décharge de chakra déchira l'air, et un énorme crapaud apparut du néant, prêt au combat. Même si elle ne l'avait jamais vu, Hitomi reconnut Gama Bunta, le roi de cette espèce. Comme elle aurait aimé pouvoir appeler Aotsuki, la reine des chats ninjas, à la rescousse… Mais elle ne pouvait pas prendre le risque d'outrepasser son propre contrat. Le visage de Naruto s'éclaira de quelque chose qui ressemblait un peu à du soulagement, et soudain elle se souvint que l'invocation et son frère se connaissaient, même si dans cet univers il ne l'avait jamais appelé au combat. Ce jour viendrait, elle n'en doutait pas.

Les deux Sannin se perchèrent d'un même mouvement sur leurs invocations et se lancèrent dans leur propre rixe, tandis que Kabuto, un sourire cruel aux lèvres, s'approchait du reste du groupe. Zabuza ordonna à Haku de rejoindre l'ermite à voix basse. Il était le seul assez rapide pour les rattraper – c'était fou ce qu'un crapaud et un serpent géant avançaient vite – et le plus à même d'aider leur allié, avec ses attaques à longue distance. Il avait beaucoup progressé, depuis le Pays des Vagues.

— Faites attention, fit Hitomi d'une voix tendue. C'est un médic qui utilise ses techniques comme des armes. S'il arrive à vous toucher avec ses mains, vous êtes hors-combat.

— Comment tu sais ça ? demanda Naruto.

— J'ai fouillé dans les dossiers de Shikaku. Son bureau est toujours vide maintenant qu'il est Hokage, j'en ai profité. Je voulais savoir ce que ce bâtard nous réservait.

Les deux enfants se turent – Kabuto venait de passer à portée de voix – et se mirent en garde. Naruto était le plus à même d'occuper l'avant-garde avec son immense claymore, tandis qu'Hitomi était désavantagée par le peu de longueur de sa propre allonge. Même avec Zabuza de leur côté, ils se trouvaient en mauvaise posture : Kabuto était à peu près du même niveau que Kakashi, et encore, c'était sans tenir compte de sa capacité régénératrice que seule Tsunade égalait.

— Hitomi, Naruto, comme on se retrouve ! J'ai entendu dire que c'était toi qu'il fallait remercier pour la mort de Tayuya. Tu sais combien de temps il m'a fallu pour sublimer ses techniques ? Rien que pour ce travail gaspillé, tu vas payer.

— Tu ne la toucheras pas, grogna Naruto.

Il était absolument furieux, mais malheureusement pas au point d'appeler le Kyûbi. Hitomi en éprouvait quelques regrets, elle devait bien le reconnaître : un démon-renard pour la défendre, ça n'aurait pas été de trop, et Naruto avait vraiment besoin de communier plus avec son bijû. Elle espérait pouvoir le lancer sur la piste de Killer Bee ou Yugito Nii, les deux jinchûriki du Pays de la Foudre qui maîtrisaient parfaitement leurs démons, dans un futur proche. Mais comment ? Elle chassa ce problème de son esprit. Pas le moment.

D'une décharge de chakra assortie de quelques mudras, elle lança sa nouvelle technique offensive, l'Appel de la Meute, en direction de Kabuto. Les cinq loups aqueux jaillirent de ses doigts comme des balles de fusils, leur élan gracieux fendant l'air, mais le médic se contenta de les détruire à l'aide de piliers Doton. Du chakra bêtement gaspillé… Le Murmure s'agita en elle. Elle profita que Naruto s'élançait à son tour pour fermer les yeux et s'y éveiller. Quand elle les rouvrit, Shizune, qui se trouvait juste à côté d'elle, émit un petit son étranglé. Elle savait que les méridiens étaient devenus visibles sous sa peau, mais quand même, dans un monde comme celui-ci, ce n'était pas si choquant que ça, si ?

— Je peux vous faire confiance pour vous occuper de tout ici ? Zabuza-san, le crapaud et le serpent se sont arrêtés. On va mettre fin à cette menace une bonne fois pour toutes, si vous le voulez bien.

— T'inquiète, Hitomi-chan, je m'en occupe !

Elle se retourna pour sourire à Naruto, mais ses traits se déformèrent d'horreur. Bien trop loin pour pouvoir intervenir, elle vit Kabuto se jeter sur son frère et le frapper en plein dans la poitrine. Naruto émit un faible gargouillement et vacilla, du sang lui dégoulinant sur le menton. À côté d'elle, le chakra de Tsunade s'agita en petits pics affolés et elle se figea. Phobie du sang.

— Naruto !

Une étincelle de chakra et elle se trouvait devant lui, le Shunshin faisant tourbillonner l'air autour d'elle. Kabuto eut l'air faiblement surpris quand elle lui planta l'acier de son sabre dans le ventre, l'immobilisant temporairement. Elle n'avait jamais eu autant envie d'appeler ses chats à la rescousse… Mais si elle les envoyait contre de tels adversaires, ils risqueraient de mourir. Elle ne pouvait laisser cela se produire. Avec un feulement sauvage, elle plongea ses doigts dans la blessure qu'elle venait de causer et commença à aspirer le chakra, le Murmure avide chantant dans ses oreilles. Kabuto se dégagea d'une bourrade, la faisant trébucher sur le corps de Naruto, et s'éloigna en clopinant de quelques pas pour se soigner à son tour.

— Ainsi donc les rumeurs d'un nouveau Kekkei Genkai à Konoha étaient vraies ? Pfeuh, j'aurais dû savoir que tu étais impliquée, sale petite peste. Je te tuerai lentement sous les yeux de ta chère Tsunade, ça ne change rien !

Hitomi se força à ne pas réagir, le regard fermé, et s'empara aussi délicatement que possible du corps de Naruto. Même sans faire particulièrement attention à ça, elle pouvait entendre les gargouillements dans sa respiration, le sifflement de ses poumons qui se remplissaient lentement de liquide. Elle effectua un nouveau Shunshin en direction de Tsunade et Shizune, refusant de croiser le regard terrifié de la Sannin.

— J-Je sais que vous avez peur, d'accord ? Mais je vous en prie, je vous en supplie, soignez mon frère. Il ne peut pas mourir. Il va devenir Hokage et faire de Konoha un paradis dont vous ne pouvez même pas rêver. Il doit vivre.

Quelque chose passa dans les yeux de Tsunade. Hitomi ne le vit pas, mais Shizune, si, et son souffle se coinça un instant dans sa gorge. Précautionneuse, l'apprentie récupéra le corps inerte de Naruto dans ses bras, l'allongea aux pieds de Tsunade et parla à l'oreille de son mentor, tentant de la rassurer et de la convaincre de surmonter sa terreur. Juste derrière le dos d'Hitomi retentit un terrible choc de métal contre métal : Kabuto s'était remis et Zabuza venait de lui sauver la vie en parant un coup mortel pour elle.

Cristallisant le chakra qu'elle avait volé à Kabuto, elle se lança à nouveau au combat. Le Fouet Aqueux qu'elle venait d'invoquer lui larda cruellement la joue, son sabre tailla une estafilade dans l'un de ses bras, tandis qu'un des coups de pieds de Zabuza lui brisait le genou. Ce n'était jamais assez : il se remettait en un éclair et ne semblait pas réellement sentir la douleur, comme une espèce de zombie particulièrement intelligent et vicieux. Loin, loin devant eux, les deux autres Sannin se battaient toujours à coups de torrents de feu et de mers de boue, bien au-delà de la puissance qu'Hitomi parvenait à mobiliser elle-même.

Elle parvint à faire exploser l'une de ses grenades d'acide au visage de Kabuto, mais il purgea aussitôt le liquide de sa peau comme si de rien n'était, les petits fragments métalliques tombant en pluie délicate à ses pieds. Zabuza semblait de plus en plus frustré de ne pas parvenir à le blesser assez sérieusement pour pouvoir proprement le trancher en deux. On disait que les médics étaient tous des génies de l'esquive. Celui-là ne faisait pas exception.

Elle entendit un choc terrible là où les animaux se battaient. Un faible bruit étranglé déchira sa gorge quand elle vit la silhouette de Jiraiya, transpercé de part en part. Non. Avant même de pouvoir vraiment réfléchir aux conséquences, elle se téléporta sur la tête du crapaud, barrant le passage à Orochimaru. Aussitôt, les auras meurtrières des deux Sannin l'étouffèrent, mais pour la première fois elle parvint à l'ignorer, son chakra brûlant haut et clair pour lui permettre de garder son sang-froid. Son ombre piégea celle d'Orochimaru, le clouant au sol.

Aussitôt, elle se tendit, les muscles dévastés par une terrible sensation de brûlure – la douleur de la lutte que son nouvel adversaire opposait à sa prise. C'était mille fois pire que contre Kakashi, mais elle avait progressé, et le Murmure était dans son esprit à présent. D'une main douce, elle effleura l'endroit où Kusanagi, le sabre d'Orochimaru, était resté planté dans le torse de Jiraiya, et commença à lui prendre son chakra, aussi lentement et délicatement que possible. Elle en avait besoin.

— Zabuza !

Son hurlement déchira l'air, désespéré et terrible, chargé de terreur et de colère. Parce que quelque part au fond de son esprit, elle avait enregistré la présence de la petite, soudainement toute petite silhouette d'Haku, effondrée quelques mètres derrière le serpent et terriblement immobile – ce que ses yeux avaient vu, mais refusé de voir. Elle ne pouvait s'appesantir de craintes et de regrets, mais comment aurait-elle pu faire autrement ? Une part de ses pensées refusait de s'attacher au combat et récitait des litanies de prières vides de sens pour la survie des siens.

Le déserteur apparut à ses côtés, explosion de fureur et de détermination. Son regard s'attarda un instant sur son apprenti, sur l'ermite qui s'était effondré sans force derrière Hitomi, sur l'ombre qui reliait l'enfant et le traître. Il savait que, pris dans cette technique, il ne pouvait pas bouger, tout comme il voyait la terrible pression que maintenir le sort exigeait d'Hitomi – ses traits pâles et tirés, la sueur sur son front, ses dents serrées. Il n'hésita pas, brandissant la terrible épée qui avait volé bien des vies, mais jamais une aussi glorieuse et terrible.

La tête d'Orochimaru vola dans l'air et tomba au pied du crapaud sur lesquels ils se tenaient tous, le serpent invoqué par le renégat disparaissant dans la foulée. Hitomi avait relâché sa prise un tout petit instant avant l'impact et s'était effondrée à genoux, le souffle court, un goût de bile dans la gorge. Elle posa un regard épuisé sur le corps du troisième des Sannin et ses yeux s'écarquillèrent d'horreur quand elle vit quelque chose bouger à l'intérieur. Toutes les fois où il avait trompé la mort dans le canon lui revinrent d'un seul coup à l'esprit, lui faisant l'effet d'un coup de poing dans le ventre.

Avec un feulement sauvage, elle bondit sur la dépouille et plongea la main toute entière là où la tête et le cou avaient jadis été attachés. D'une impulsion brutale, elle réveilla le Murmure et prit tout le chakra qu'elle trouvait. Son corps se convulsa d'extase et d'agonie – pendant un instant, un parfait et pur petit instant, son esprit fut totalement blanc et vide. Son corps se cambra en arc, et elle retrouva ses sens, la souffrance immonde provoquée par la colossale quantité de chakra qu'elle venait de voler à Orochimaru. Elle se plia en deux en hurlant et déversa toute l'énergie volée à travers son corps, son sang, l'achevant cette fois pour de bon.

Pendant presqu'une minute, elle ne put pas bouger. Zabuza s'était déjà tourné vers Jiraiya, décidant qu'il était plus prudent de ne pas toucher à la lame toujours plantée dans sa poitrine. Lentement, Hitomi se releva, toutes ses articulations protestant contre l'effort. Elle serra les dents, sauta à bas du crapaud qui disparut une fois que tous les humains eurent quitté sa tête, titubant vers le corps d'Haku. Elle éclata en sanglots soulagés quand elle constata qu'il était juste assommé – il avait une énorme bosse à l'arrière de la tête et l'un de ses bras n'avait pas un angle naturel avec le reste de son corps, mais rien de grave. Elle s'agenouilla près de lui, mobilisa son chakra pour un Shunshin…

Et soudain Kabuto fut sur elle, la clouant au sol sous son poids. Elle cria de douleur, les nerfs mis à vif par son dernier appel au Murmure, banda ses muscles épuisés et parcourus de spasmes pour tenter de résister, en vain. Il y avait dans son regard une étincelle fébrile, dérangée, comme si la mort de son maître l'avait définitivement fait basculer dans la folie. Dans le canon, c'était ce qui se passait, songea Hitomi avec détachement en se tortillant trop faiblement sous sa prise. Il lui serra la gorge d'un bras puis se redressa, se servant d'elle comme un bouclier.

Cela arrêta Naruto, Naruto miraculeusement debout alors qu'il aurait dû être grièvement blessé. Au loin, Hitomi croisa le regard de Tsunade, qui affichait un air pâle mais déterminé. Elle avait envie de s'effondrer à ses pieds pour la remercier d'avoir sauvé son frère. Déjà, la Sannin avait les mains sur le torse de Jiraiya, mais elle gardait un œil sur ce qui se passait plus loin, impuissante à intervenir. Shizune s'était élancée à la suite de Naruto, mais elle aussi se figea quand elle vit le kunai sur la gorge d'Hitomi. La lame appuyait si fort que la peau se fendit sous elle, un filet de sang tiède glissant sur la peau de la jeune fille. Tout espoir de lutte avait disparu dans son esprit.

— Eh bien, Hitomi-chan, on dirait que je ne vais pas pouvoir prendre mon temps pour te massacrer, cette fois. Oh, ne t'en fais pas, c'est à charge de revanche… En attendant, on va occuper un peu tes petits copains, ça te dit ?

Elle ne répondit pas, se contentant de sourire faiblement à Naruto. Elle avait envie de lui dire que tout irait bien. Que ce n'était pas grave. Elle avait toujours essayé de ne pas lui mentir, mais ce mensonge-là, elle accepterait de s'y vouer sans arrière-pensée. Elle était épuisée, incapable de lutter, et émit juste un petit hoquet surpris quand le kunai que tenait Kabuto s'enfonça jusqu'à la garde sous son sein droit, entre deux côtes.

Le médic la lâcha et elle s'effondra, une main tremblante cherchant à presser là où la lame était plongée pour arrêter le sang qui déjà lui dévalait le ventre. C'était la première chose qu'on apprenait en termes de médecine, à l'Académie. Exercer de la pression pour arrêter l'hémorragie, et ensuite le reste. Mobilisant toute la volonté qui lui restait encore, elle parvint à envoyer du chakra médical dans sa main, même si ses méridiens hurlèrent de protestation. L'énergie crépita faiblement, nimbant une demi-seconde sa main de vert, et puis se dissipa.

Shizune était là, réalisa-t-elle dans un sursaut épuisé. Et Naruto aussi. Elle battit des paupières une fois, deux fois, ses yeux roulèrent dans leurs orbites mais la douleur la ramena tandis que l'apprentie de Tsunade dégageait lentement la lame. Cela ne servait à rien, voulait-elle lui dire. Elle ne pouvait plus respirer de toute façon. Elle avait accepté l'idée de mourir en se lançant dans cette mission, ce n'était rien, ce n'était pas grave, tout allait bien.

Soudain, elle n'avait même plus mal, de toute façon. Elle voulut tendre la main pour toucher la joue humide de Naruto, ouvrir les lèvres pour lui dire de ne pas pleurer, de se concentrer sur Jiraiya qui avait besoin de lui, et sur sa guérison qui n'était sans doute qu'un grossier rafistolage. Ni ses doigts ni son visage ne répondirent. Elle réalisa que ses spasmes et tremblements s'étaient arrêtés. Est-ce que c'était bon signe ? Ses paupières battirent encore, plus faiblement. C'était comme si les soulever était la chose la plus difficile qu'elle ait faite de toute sa vie.

Cette fois, quand elle ferma les yeux, elle ne trouva plus la force de les rouvrir, et s'enfonça sous la surface d'un océan sans fond.