Me voilà de retour ! Sans plus attendre, une bonne lecture !

Dans le monde spirituel, Hoshihi réveilla tout son clan en hurlant au milieu de la nuit. Ses cris de souffrance pure ameutèrent les plus jeunes, terrifiés par l'agonie au fond de ses yeux verts, et les plus âgés, qui reconnaissaient les signes. Aotsuki en personne, colossale et vénérable, fendit la foule de chats terrifiés, surplombant le jeune félin de toute sa taille et de toute sa masse. La Lune presque pleine jetait sur la clairière où ils vivaient des ombres cruelles, tranchantes.

— Qu… Qu'est-ce qui m'arrive ? parvint-il à gémir entre deux vagues de douleur.

Le regard bleu pâle d'Aotsuki croisa celui de Kibaki la guérisseuse pendant un instant. Quand celle-ci hocha la tête, la cheffe redirigea son attention vers Hoshihi, qui se tordait à nouveau de douleur en serrant les mâchoires pour ravaler un autre hurlement.

— Je ne l'ai jamais vécu moi-même, dit-elle d'une voix peinée, mais ma mère, la familière de l'Invocatrice avant Shinku-kun… Ton Invocatrice est en train de mourir, Hoshihi-kun. Je suis désolée.

— Non ! Non ! Ce n'est pas possible, elle ne peut pas…

La voix du chat s'étrangla et il hurla encore, les nerfs en feu, sous le regard navré de sa cheffe de clan. Il lutta pour se redresser, les pattes tremblantes, et la fusilla du regard.

— Hitomi-chan ne peut pas mourir ! C'est impossible ! Envoyez-moi là-bas et vous verrez qu'elle va bien, je…

Il s'interrompit encore une fois, le corps tendu dans un arc d'agonie, et s'effondra à nouveau aux pieds d'Aotsuki, qui ferma les yeux et se courba jusqu'à ce que son museau lui effleure l'épaule.

— Je suis désolée, Hoshihi-kun. Tu sais que je ne peux pas faire ça. Je ne pourrais fixer la connexion qu'avec Shinku, et toi, tu n'as pas encore appris à le faire avec elle…

Elle ne dit pas qu'il ne pouvait pas parce qu'un cadavre ne pouvait créer le lien entre le monde spirituel et le monde physique. Sa mère avait réagi comme ça aussi, quand son Invocatrice était morte. Il pensait que la petite Hitomi était invincible, brillante, assez forte pour déjouer tout le mal qui se présenterait sur sa route – en vérité, des maux au-delà de toute conception rôdaient dans l'ombre, prêts à s'abattre quand les chats du Clan Hikari étaient impuissants à intervenir.

— Viens, Hoshihi-kun… Quoi qu'il se passe, tu as besoin de soins. Kibaki-sama te donnera des graines de pavot pour t'aider à dormir. Courage, ça va passer…

Les chats s'écartèrent à nouveau pour laisser passer leur cheffe et le blessé qui gémissait à chaque pas comme s'il marchait sur du feu. Leurs regards étaient graves, respectueux. Bien vite, les autres félins de cette génération, et même la petite Hai dont la fourrure était hérissée de crainte, se détachèrent de l'attroupement pour suivre le familier jusqu'à la tanière de la guérisseuse. Ils le veilleraient cette nuit et les suivantes, jusqu'à ce que son cœur se remette en chasse.

Même si jamais la forêt ne retrouverait son éclat.

—… se réveille !

Il y eut un bruit d'agitation près d'elle – si loin qu'elle l'entendait à peine, pourtant. Elle tenta d'ouvrir les yeux, se contenta de faire frémir ses paupières, abandonna. Elle était tellement, tellement épuisée… Et pourquoi ressentait-elle de la fatigue ? Elle se souvenait avoir été en train de mourir… Encore. Avait-elle à nouveau été réincarnée quelque part ? Malgré la fatigue qui écrasant son corps tout entier et l'empêchait presque de respirer, elle sentit une larme se former au coin de ses yeux, rouler sur sa joue jusqu'à son oreille, s'y perdre. Elle ne voulait pas partir. Elle ne voulait pas quitter les gens qu'elle avait appris à aimer ici, tout recommencer ailleurs. Elle ne pouvait pas.

— Allons, allons, fit une voix au-dessus d'elle, ne pleure pas, tout va bien.

À travers le nuage qui l'empêchait d'entendre clairement, il lui sembla reconnaître cette voix pendant un instant, puis l'impression se dissipa. Elle tenta de déglutir, son corps tressaillant sous l'assaut d'inconfort qui l'assaillait. Sa gorge n'était même plus sèche à ce stade, c'était du papier…

—… de l'espace, elle va sans doute…

Avec un faible soupir, elle perdit à nouveau connaissance. Elle ne voulait pas rester, de toute façon. Elle voulait retrouver son monde, Naruto, Kurenai, Ensui, Kakashi et tout les autres. Elle les voulait, eux, rien qu'eux.

La fois suivante, elle réussit à ouvrir les yeux, et elle avait mal. Ce n'était pas une douleur brûlante comme celle d'une blessure, plutôt une pression constante, généralisée, glaciale, qui s'abattait sur tout son corps et parcourait ses membres sans pitié. Elle grogna, tenta de remuer comme si cela pouvait l'aider à échapper à ces sensations, échoua.

— Je sais, dit quelqu'un à côté d'elle, ça va passer.

La personne lui prit le bras, ajusta quelque chose près de son coude et reposa soigneusement le membre à ses côtés. Aussitôt, la pression commença à se dissiper dans ses membres et elle soupira de soulagement.

— Tout va bien se passer désormais, ne t'en fais pas. Rendors-toi…

Une vague tiède s'épanouit en elle à partir de son bras, et elle s'exécuta sans résistance.

Peut-être que la troisième fois serait la bonne ? songea-t-elle en se réveillant. Elle parvint à entrouvrir les yeux, grogner, tourner légèrement la tête. C'était bon signe, pas vrai ? Elle entendit du bruit près d'elle, un froissement de tissu, une exclamation étouffée. Elle tenta d'ouvrir vraiment les yeux, mais la lumière trop vive lui donna l'impression de recevoir des coups de poignard dans le crâne. Elle les referma d'un coup sec avec un gémissement angoissé.

— Naruto, va fermer les rideaux !

Son cœur s'emballa quand elle entendit ce nom. Elle n'était pas… Elle n'était pas partie ? Ses mains se crispèrent convulsivement sur du tissu – des draps. Elle put sentir son souffle émettre un étrange bruit rauque quelque part dans sa gorge. Une fois l'excédent de lumière disparu, elle retenta l'expérience, avec succès cette fois. Sa vision resta floue quelques instants, puis gagna progressivement en netteté… Et devant elle se trouvait le sourire rayonnant de Naruto.

Tout son corps se tendit comme un arc, si sèchement qu'une sourde douleur la traversa avec la douceur d'une vague. Elle n'était pas partie. Elle n'était pas partie ! Elle sentit des larmes de soulagement se former au coin de ses paupières et rouler jusque dans ses cheveux. Naruto s'alarma de la voir pleurer : il ne comprenait pas, il ne savait pas qu'elle avait vraiment, vraiment cru qu'elle ne le reverrait jamais.

— Vraiment, des larmes, gamine ? Tu es de retour parmi nous, il n'y a pas de quoi être triste.

Tsunade apparut dans son champ de vision, glorieuse dans la semi-obscurité, un sourire fier sur les lèvres et les yeux brillants de malice. Elle s'assit à son chevet, nimba sa main de chakra médical couleur menthe et le posa sur son front. Hitomi reconnaissait ce jutsu : c'était une technique de diagnostic rapide et complet, plus difficile à apprendre que sa version qui nécessitait de passer sur les blessures qu'on voulait analyser.

— Tiens, enjoignit-elle en présentant une paille rose contre ses lèvres, essaye de boire avec ça. Petites gorgées seulement ! Tu n'as pas envie de vomir dans cet état, crois-moi.

Elle obéit et commença aussitôt à se sentir mieux – au moins la sensation de sécheresse dans sa gorge disparaissait, et sa langue pâteuse reprenait vie. Autour d'elle, elle remarqua enfin la présence de ses autres compagnons : Haku avec le bras coincé en attelle, Zabuza qui montait la garde, Shizune près de la fenêtre, et Jiraiya, qu'elle avait cru à demi-mort, assis sur un lit voisin, un livre entre les mains, qui la regardait avec un très manifeste soulagement.

— Qu'est-ce… Comment…

Elle n'arrivait pas à formuler une pensée ou une question complètement cohérente, mais Haku avança d'un pas et répondit, comme s'il pouvait lire à travers le brouillard qui couvrait ses pensées.

— Une semaine est passée depuis notre combat contre Orochimaru. Tu as repris connaissance quelques fois depuis, mais ça n'a jamais duré. On dirait que cette fois, c'est la bonne ?

Le regard du jeune homme s'égara en direction de Tsunade, qui hocha la tête et reprit la parole d'un ton assuré :

— Oui. Ton cœur ne risque plus de lâcher, tes poumons sont presque comme neufs et l'hémorragie interne a été arrêtée. Les méridiens de tout ton corps, en revanche, n'ont pas encore fini de guérir de ce que tu leur as fait subir. Tu as envie de t'expliquer à ce sujet, Hitomi-chan ?

La jeune fille posa un regard hésitant sur la Sannin. Bha… Si tout se passait comme prévu, elle serait bientôt son Hokage et aurait accès à son dossier. Autant lui en parler tout de suite.

— J'ai réveillé le… Le Kekkei Genkai du clan Yûhi. On ne sait pas grand-chose sur comment il s'utilise – la seule personne vivante à le savoir est un chat ninja que je ne peux pas invoquer à volonté, et…

Elle s'interrompit d'un coup, ses yeux s'élargissant de choc. Avant même de pouvoir réfléchir, elle agit, faisant mine de repousser les draps et de se relever, l'air affolée.

— Eh ! Qu'est-ce que tu crois faire là ? Tu restes au lit !

— Hoshihi, je dois…

— C'est son familier, offrit Naruto pour lui venir en aide. Pourquoi tu as besoin de lui, Hitomi ? Tu es en sécurité ici.

— Je… Je n'en suis pas sûre, mais je crois qu'il pense qu'il m'est arrivé quelque chose. Je devais l'invoquer il y a cinq jours pour lui parler des progrès de son apprentie. Il doit tellement s'inquiéter…

Dans le monde shinobi, tout le monde savait ce qu'un tel retard signifiait la plupart du temps. Une semaine complète de retard sur une mission, sans communication, signifiait en général que les ninjas qui l'effectuaient étaient portés disparus. Même ses chats, qui avaient été élevés avec d'autres règles, d'autres lois, d'autres principes, savaient ce qu'un silence radio pouvait apporter comme nouvelles.

— Tu ne peux pas l'invoquer dans ton état, intervint Tsunade d'un ton sec. J'ai scellé tes méridiens pour une semaine supplémentaire, histoire qu'ils aient le temps de guérir correctement. Ils étaient brûlés, gamine, on ne se remet pas de ça en claquant des doigts.

Catastrophée, elle enfonça l'arrière de son crâne dans le coussin, cherchant à tout prix une solution. Si seulement son esprit pouvait se remettre à fonctionner correctement… Elle n'avait jamais été poussée hors de sa Bibliothèque comme ça, mais sans chakra…

— Une minute, fit-elle d'une voix rauque et pleine d'espoir. Avec mon sang, n'importe qui peut l'invoquer en fournissant le chakra. Naruto…

— Pas de souci, je m'en occupe. Hum… Est-ce que je peux lui prendre du sang sans risque, Baa-chan ?

La médic sembla considérer la question un instant, ses yeux couleur d'ambre évaluant l'état d'Hitomi. Elle finit par céder, la ligne de ses épaules se détendant légèrement tandis qu'elle soupirait.

— Oui, tu peux. Une petite incision au dos de la main, rien de plus.

L'adolescent acquiesça et dégaina l'un de ses kunai pour opérer, ouvrant délicatement la peau d'Hitomi sur le dos de sa main droite. Les antalgiques qui couraient dans sa perfusion devaient vraiment percuter, parce qu'elle ne sentit qu'un léger picotement tandis qu'elle regardait le sang couler comme s'il lui appartenait à peine. Naruto le récolta sur ses doigts et Tsunade recouvrit la blessure de sa paume pour la refermer tandis que le jeune blond effectuait une série de mudras et plaquait sa main au sol.

La vision qui apparut dans un nuage de fumée tira à Hitomi un sanglot étranglé. Horrifiée, elle pressa ses doigts contre ses lèvres pour retenir un gémissement d'angoisse, ses yeux rouges parcourant son familier du bout des pattes à la pointe des oreilles. Il avait maigri : les os de ses épaules saillaient comme des lames sous sa fourrure rousse, plus sale et emmêlée qu'elle ne l'avait jamais été. Il se força à se lever, contraignant ses pattes tremblantes à lui obéir. Les yeux qui se posèrent sur elle étaient d'un vert morne, éteint, et pendant une seconde ils restèrent dans cet état, avant qu'il comprenne qui il regardait.

Il laissa échapper un cri éberlué et sauta aussitôt sur le lit, poussant presque Tsunade par terre dans la manœuvre sans sembler s'en soucier un seul instant. Il louvoya sur les draps jusqu'à la surplomber totalement, ses pattes de chaque côté de son corps, sa tête juste en face de la sienne. Il inspira profondément puis s'écroula sur elle, enfouissant sa tête contre son cou. Il tremblait comme une feuille par-dessus elle, son poids gênant sa respiration – elle ne l'aurait repoussé pour rien au monde. Lentement, incapable d'agir avec ne serait-ce qu'un semblant de précision ou d'efficacité, elle leva les bras et lui caressa les flancs, tirant de sa cage thoracique puissante le ronronnement le plus profond qu'il lui ait jamais offert.

— J'ai cru… Tu étais… Et moi…

— Je suis désolée, Hoshihi. Plus jamais, je te promets, plus jamais…

Oh, c'était tellement stupide. Elle ne pouvait promettre ça. Pas avec tout ce qui l'attendait aux côtés de Naruto et Sasuke, avec tous les ennuis qu'ils attiraient comme une lampe attirait les papillons de nuit. Mais en cet instant, elle était prête à risquer de se parjurer – le futur semblait si lointain, si flou, si futile.

— Tu… Tu étais morte… Tout le monde me répétait… Tu étais morte, pas vrai ?

Perdue, Hitomi chercha Tsunade du regard. La médic hocha la tête et prit la parole d'une voix professionnelle, soigneusement dénuée d'émotions :

— Ton cœur s'est arrêté pendant trente-deux secondes durant les soins. Si ton familier t'est aussi étroitement lié qu'il semble l'être, il a pu le sentir depuis le monde spirituel.

Le front barré d'un trait soucieux, Hitomi passa une main tremblante sur l'épaule d'Hoshihi. Elle pouvait sentir le moindre relief de ses os et cela la terrifiait. Depuis quand n'avait-il rien mangé ?

— Je suis revenue, Hoshihi. Tout va bien… Je suis désolée.

— Dis-moi que la personne qui t'a fait ça est morte, Hitomi-chan.

— Pas exactement, intervint Haku de sa voix la plus apaisante. Kabuto a utilisé le fait de poignarder Hitomi-chan comme une diversion. Il savait qu'on s'occuperait d'elle plutôt que de le poursuivre, et nous étions beaucoup de blessés…

Les yeux du jeune homme s'attardèrent sur Jiraiya. Des bandages se voyaient par l'ouverture du haori qu'il portait lâchement sur les épaules. Il avait été bien pire que poignardé, lui. La jeune fille sursauta, un détail lui revenant soudain à l'esprit.

— Tsunade-sama ! Vous aviez une phobie du sang, non ?

— En effet. J'ai réussi à surmonter mon blocage de justesse.

Il y avait quelque chose dans sa voix, comme une discrète compression, qui laissait entendre que ses difficultés n'étaient pas encore tout à fait derrière elle. Malgré cela, Hitomi accepta cette réponse, hochant la tête d'un air approbateur. Sans la force morale de Tsunade, elle ne serait plus de ce monde, après tout. Elle ne pouvait pas se permettre de pinailler et de remuer la pile de détails privés qui devait se cacher derrière cette simple information.

— Hoshishi, c'est ça ? continua le Hokage en devenir. Descends de ma patiente, je te prie. Elle a besoin de respirer correctement si elle veut vite aller mieux.

Le chat s'exécuta si précipitamment qu'il s'emmêla à moitié les pattes et faillit emporter son Invocatrice avec lui. Il était toujours maigre et sans doute au bout de ses forces. Hitomi jeta un regard soucieux à Haku, qui comprit aussitôt ce qu'elle espérait.

— Il y a un petit bois à quelques kilomètres. Je devrais y trouver quelque chose de bon à manger. Qu'est-ce que vous aimez, Hoshihi-san ?

— Eh ?

— De la nourriture. Manger. Vous en avez besoin. Ce serait bête de mourir de faim alors que votre Invocatrice est toujours de ce monde après tout, n'est-ce pas ?

Il avait sorti ça avec son plus doux sourire, mais une fermeté qui poussa le jeune chat à hocher la tête presque par réflexe, le regard dans le vague.

— Hum… J'aime le lapin. Et le sanglier, puisqu'ici il est assez petit pour que je puisse en manger.

Hitomi et lui en avaient parlé bien des fois : dans son monde à lui, les sangliers étaient des monstres énormes et souvent des prédateurs pour les chats ninjas de tailles très variables, mais dans le monde physique, les cornes d'une telle bête pouvaient à peine l'égratigner et il raffolait de sa viande juteuse.

— Du lapin et du sanglier, je vous ramène ça ! s'exclama Haku en s'élançant d'un bond par la fenêtre.

Un silence tranquille régna pendant quelques instants dans la pièce, jusqu'à ce que Naruto réalise que sa sœur adoptive devait être un peu dépassée, après avoir perdu connaissance pendant si longtemps. Il décida donc de mettre ses connaissances à jour, expliquant que Tsunade avait accepté de reprendre la charge de Hokage une fois arrivée à Konoha, et avait ratissé un bar après l'autre dans le petit quartier où ils se trouvaient – la clinique appartenait apparemment à un ami de Jiraiya – pour profiter de sa liberté tant qu'elle le pouvait encore, dès que la santé de ses patients s'était suffisamment améliorée. La jeune fille ne put s'empêcher de sourire tandis qu'il lui contait les derniers jours de sa voix enthousiaste et énergique. Quand elle fermait les yeux, elle avait presque l'impression d'être de retour à la maison.

Finalement, elle se rendormit avant qu'Haku revienne. Quand elle rouvrit les yeux, tout le monde était endormi, y compris Hoshihi, un petit tas d'os soigneusement nettoyés devant lui. Un demi sanglier, à en juger par la taille du crâne. Il était étalé de tout son long par terre, empêchant quiconque d'approcher son lit par la droite, son flanc toujours trop maigre se soulevant au rythme indolent de sa respiration. Pendant un long moment, Hitomi ne put détacher son regard de sa forme rousse, le cœur battant trop vite et trop fort dans sa poitrine. Lui aussi, elle l'aurait laissé derrière elle si elle était partie.

Jusque-là endormi dans une inconfortable position assise sous la fenêtre, Haku ouvrit les yeux avec lenteur. Un tendre sourire se forma sur ses lèvres quand il remarqua qu'elle était réveillée, elle aussi. Il se leva, s'assit à côté d'elle sur le matelas, enfonça ses doigts fins dans ses boucles noires. Ses cheveux devaient être dans un état catastrophique, ne put-elle s'empêcher de penser. Il resta un instant immobile, en silence, la dévisageant juste comme si sur ses traits se trouvait la réponse à une question dont elle ignorait tout.

— J'ai vraiment cru que tu allais y passer, murmura-t-il. Ton cœur s'était arrêté une fois déjà et tu ne te réveillais pas… Tsunade-sama est douée et n'arrêtait pas de dire que tout se passait comme prévu mais je ne pouvais pas m'empêcher d'avoir vraiment peur pour toi.

— Je… Je vais bien maintenant. Je crois. J'ai parfois des sensations bizarres dans la poitrine et dans mes méridiens, mais ça va, sinon. Les antalgiques que Tsunade-sama m'a donnés font toujours bien effet.

— Des brûlures aux méridiens… Tu n'as jamais parlé de ça dans tes messages.

— C'est parce que ça ne m'est jamais arrivé, même pendant l'invasion – pourtant j'ai volé du chakra à quasiment toutes les personnes que je tuais. Mais celui d'Orochimaru… J'avais l'impression d'avoir du poison à travers tout le corps, et de pouvoir le sentir ronger tout ce qu'il touchait. Même en le rejetant tout de suite à l'intérieur de ses veines, c'était toujours douloureux. Et la quantité d'énergie qu'il avait encore… Les Sannin sont une classe d'opposants à part.

— Pourtant, Jiraiya-sama et Tsunade-sama n'ont pas l'air si forts quand on les fréquente dans la vie de tous les jours. Je me suis battu aux côtés de l'Ermite et j'étais tellement hors de ma ligue que c'en devenait terrifiant. Je suis presque heureux d'avoir été mis hors combat avant qu'Orochimaru parvienne à me tuer.

— Comment c'est arrivé, d'ailleurs ?

— Hum… Le grand serpent qu'il avait invoqué, Manda… Il a donné un coup avec sa queue sur le crâne du crapaud de maître Jiraiya, et le choc a suffi à me précipiter à terre. J'imagine que je me suis blessé dans ma chute.

Hitomi approuva d'un petit son pensif, le regard perdu dans le vide. C'était uniquement grâce à une chance incroyable et au nombre de ses camarades qu'elle avait survécu… Et qu'Orochimaru était mort. Cette menace au moins elle avait réussi à l'écarter de la route de ses pairs, même si elle en avait payé le prix. Aussi délicatement que possible, elle effleura les bandages qui enserraient son torse sous ses seins. Elle sentit un vague picotement à l'endroit où Kabuto l'avait poignardée, mais le souvenir de la douleur, lui, était vif et réel, comme si la lame se trouvait encore fichée entre ses côtes.

— Ma mère va mourir d'inquiétude quand elle apprendra ce qu'il s'est passé, pas vrai ?

— D'après ce que tu me dis, c'est probable. Soit ça, soit elle va embrigader la moitié des Jônin de ton village pour qu'ils t'apprennent de nouvelles choses et t'entraînent jusqu'à ce que tu sois invincible.

— Ah, maintenant que tu le dis…

Avec un gentil sourire, Haku se leva et retourna à la place où il s'était trouvé jusque-là.

— Tu devrais te rendormir, Hitomi-chan. On ne guérit pas de telles blessures en bavardant au milieu de la nuit.

— C'est vrai, grogna Zabuza d'une voix morne. Et vous réveillez les gens en plus. Allez vous coucher tous les deux.

Avec un petit rire, les adolescents s'exécutèrent. Hitomi ferma les yeux et glissa sans difficulté dans le sommeil. Elle faillit se réveiller en sursaut en entrant dans sa Bibliothèque – enfin ! – et en découvrant l'état dans lequel elle se trouvait. Des étagères avaient été renversées, une eau trouble couvrait le sol et montait jusqu'aux chevilles de l'image spectrale qu'elle usait à l'intérieur de son esprit depuis qu'elle y avait invité Itachi. Le pilier sur lequel se trouvait la cage et les rubans argentés était bancal, une large estafilade craquelant la pierre blanche du sol jusqu'au menton du chat. Avec un petit soupir contrit, elle se retroussa les manches, et se mit au travail.

Quand elle se réveilla, satisfaite des réparations et réaménagements sur lesquels elle avait travaillé, il faisait à nouveau grand jour, une lumière éclatante rentrant par la large fenêtre de la chambre. Haku avait eu raison de l'enjoindre à plus de sommeil : elle se sentait déjà plus cohérente, et même si les antalgiques faisaient moins effet maintenant, provoquant des petites douleurs dans tout son corps, au moins elle sentait à nouveau ses bras et ses jambes correctement. Avec un petit soupir, elle se passa une main sur le visage et regarda autour d'elle.

Jiraiya était le seul de ses compagnons à être présent, assis sur son propre lit et plongé dans un autre roman. Fronçant les sourcils de surprise, Hitomi reconnut l'un des siens, qu'elle avait prêté à Naruto : un recueil de contes tirés de son enfance et des recherches qu'elle avait faites tout au long de sa vie dans le Monde d'Avant, fascinée par le sujet. Elle avait dû, bien entendu, en adapter la plupart à la culture des Nations Élémentaires, mais elle estimait s'en être particulièrement bien tirée avec celui-ci, d'autant plus qu'elle l'avait adapté à la lecture pour les enfants.

— Vous lui avez demandé avant de le lui prendre, au moins ?

L'ermite ne sembla pas surpris le moins du monde de l'entendre parler. Qui pouvait se targuer de surprendre un ninja d'une telle envergure, de toute façon ? Il sourit et agita légèrement le bouquin dans sa direction sans pour autant cesser sa lecture – elle pouvait voir ses yeux bouger le long des lignes manuscrites.

— C'est vraiment bon, tu sais. Je pourrais l'envoyer à mon éditeur, si tu veux. Il serait ravi d'avoir un tel bouquin à publier, ça fait toujours fureur.

— Pourquoi pas, répondit Hitomi après avoir réfléchi quelques instants. Ca me permettrait une rentrée d'argent supplémentaire. Je me débrouille bien avec toutes les missions de dingue dans lesquelles mon équipe est embarquée sans cesse, mais on ne va pas cracher sur un peu plus d'argent, pas vrai ?

— C'est l'idée ! Et ton frère dit qu'il y en a d'autres, chez toi ? Combien tu en as écrits à présent ?

— Sept. Certains sont des tomes de séries en cours, d'autre des recueils comme celui-ci. J'ai même un recueil de poésies.

D'Edgar Allan Poe, parce qu'elle aimait vraiment cet auteur. Le Corbeau était sans conteste son poème préféré, malgré sa longueur. La délicatesse du vers, l'ambiance qui se dessinait un peu plus précisément après chaque mot… Elle en raffolait.

— Je rentre au village avec vous, comme tu t'en doutes. Tsunade-hime ne veut pas que je reparte tout de suite en voyage, que je l'aide à s'installer à son poste, tout ça.

— Elle veut surtout garder un œil sur vous, Jiraiya-sama. Elle vous a vu vous faire traverser de part en part par un katana, ça a de quoi marquer l'esprit de n'importe qui.

— Hrm… Bref. Je pourrais en profiter pour voir tes autres bouquins ? Si ça ne te gêne pas, bien entendu. Je sais que c'est toujours un peu difficile de livrer son travail aux yeux d'un presque inconnu comme moi.

La jeune fille haussa précautionneusement les épaules, tentant de ne pas réveiller une quelconque douleur.

— Bien sûr. Mais hors de question d'en profiter pour reluquer ma mère, hein ? Elle est prise.

Quand elle entendit l'ermite éclater d'un rire homérique, Hitomi se détendit enfin. Tout allait bien. Ses amis avaient survécu et contre toute probabilité, elle aussi. Leur mission avait été menée à bien, malgré les embûches sur leur route. Elle avait le droit de se reposer, pour le moment.