Bonjour et bonne année ! J'espère que vous avez passé de bonnes fêtes. Sans plus attendre, voici le chapitre du jour !

Les deux jours suivants furent particulièrement tranquilles pour Hitomi. Peut-être même un peu trop… Tsunade ne la laissait sortir du lit que pour des périodes courtes, à condition qu'elle se ménage, et la menaçait de l'attacher au lit si elle tentait de se lancer dans quoi que ce soit qui ressemble de près ou de loin à un entraînement. Personne ne pouvait oublier la force terrifiante de la médic dans leur petit groupe – la dernière fois qu'elle avait perdu au poker contre Jiraiya, elle avait encastré une table de nuit tout entière dans le mur opposé de la chambre. La jeune Yûhi n'était pas assez folle, ou assez téméraire, pour la provoquer en abusant de ses fragments de liberté.

Au moins, le surlendemain de son réveil, elle fut autorisée à écrire à nouveau et put récupérer ses carnets ; elle composait ses lettres et Naruto utilisait une décharge de chakra pour activer leur envoi. Elle raconta le cours des évènements à Ensui, qui lui avait laissé une dizaine de messages inquiets, pour qu'il les raconte à sa place à Kurenai, qui ne consultait jamais son propre carnet, et Shikaku, que les nouvelles intéresseraient particulièrement. Elle chargea ensuite Shikamaru de faire de même avec leurs amis de l'Académie, dont certains avaient essayé de la contacter pendant qu'elle était inconsciente. Son message pour Gaara était formulé autrement : elle l'avertissait à propos de Kabuto, qui avait réussi à s'enfuir, et lui parlait du futur quasiment certain de la politique de Konoha. Il avait décidé vouloir marcher dans les pas de son père et devenir Kazekage, mais aussi de faire de son village un endroit meilleur, plus sain pour les faibles et plus ouvert à ses alliés.

Il y parviendrait, elle en était certaine.

Quand elle n'avait pas de message à écrire, elle se consacrait à ses propres travaux. Elle mit un point final au Seigneur des Anneaux, retranscrivit deux pièces de théâtre italiennes qu'elle avait affectionnées dans le Monde d'Avant, corrigea le premier tome de Narnia, celui qui racontait la genèse de l'univers, pour que Jiraiya puisse le lire. Elle se tenait avidement au courant des occupations de ses camarades : Naruto avait remporté son pari concernant le Rasengan, Haku apprenait du ninjutsu médical avec Tsunade, Zabuza fusillait des civils du regard en affûtant son épée.

Les jours passèrent. Hoshihi avait refusé tout net de retourner dans le monde spirituel tant qu'elle ne serait pas de retour à Konoha, en sécurité sur les terres de son clan, et si possible gardée par Ensui et Kurenai. Les deux. Le grand chat était anxieux à chaque fois qu'elle disparaissait de son champ de vision. Il s'était même mis à monter la garde devant la porte de la salle de bains quand elle s'y trouvait, et elle pouvait l'entendre renifler derrière la porte à intervalles réguliers. Dans d'autres circonstances, elle aurait pesté contre la perte de son intimité, mais elle avait eu peur, autant que lui, et comprenait les angoisses sourdes qui le hantaient.

Le quatrième jour, Tsunade décréta Hitomi apte à voyager, à condition qu'on la porte. La jeune fille ronchonna beaucoup à cette idée mais finit par s'y plier. Elle voulait rentrer à la maison. Après un léger déjeuner, elle laissa Shizune l'installer sur le dos d'Hoshihi et s'assurer qu'elle ne risquait pas de tomber tandis qu'elle s'accrochait à ses épaules. Ses membres étaient encore douloureux, mais la vague impression de brûlure qui ne l'avait jamais véritablement désertée depuis son réveil commençait enfin à se dissiper.

Ils se mirent en route dans une explosion d'énergie. Zabuza et Naruto guidaient le mouvement – ils avaient été les moins aptes à supporter l'immobilité à laquelle les blessures de Jiraiya et Hitomi les avait contraints. Après eux venaient Tsunade et Shizune, fières et droites comme la future Hokage et son bras droit se devaient de l'être. Haku, Jiraiya et Hitomi sur le dos de son familier fermaient la marche. Ils avalèrent du terrain pendant de longues heures, esquivant les villes touristiques dans lesquelles l'équipe de départ de la mission avait perdu tant de temps à l'aller. Les cinq Konohajin sentaient l'appel de leur village, comme une douce musique dans l'air.

Au soir, quand il fallait s'arrêter dans la première auberge à l'air décent, ils se rassemblaient tous dans l'une des chambres après un bon repas chaud et parlaient de ce qui les attendait, une fois rentrés. À une journée de Konoha, Zabuza et Haku s'en iraient sur leur propre route : Tsunade leur avait donné de l'argent pour leur rébellion, promettant de leur en fournir encore plus. Elle voulait au moins autant qu'eux que leur entreprise réussisse, qu'ils parviennent à installer une potentielle nouvelle alliée à la tête de Kirigakure.

Hitomi parla à sa nouvelle cheffe de Karin et Sakura, ses deux amies qui travaillaient à l'hôpital. Elle lui décrivit ce qu'elle savait du Kekkei Genkai de la cousine de Naruto, puis enchaîna sur la volonté et le talent de l'héritière des Haruno. Elle évoqua également ceux de ses amis qui étaient intéressés par le ninjutsu médical – Ino et Shino – ainsi que la mère de Shikamaru qui s'occupait de son instruction à elle. La princesse Senju et son assistante semblaient vivement intéressées par toutes les informations qu'elle leur distribuait comme des bonbons. Elle pouvait presque voir les rouages de leurs esprits se mettre en marche, et sut qu'elles transformeraient le système de santé de Konoha comme jamais il ne l'avait été.

Naruto, quant à lui, parla de Gaara qui voulait devenir Kazekage – il avait été ravi quand elle lui avait transmis la nouvelle, et elle se rappela soudain qu'elle devait toujours plancher sur un moyen de relier leurs carnets pour qu'ils puissent communiquer sans son intermédiaire. Jiraiya profita de chaque occasion pour transmettre son savoir aux adolescents, ce qui forçait Naruto au respect. Sous la tutelle soigneuse de Kurenai, le jeune blond avait appris à considérer le savoir comme une force, même s'il savait qu'il en existait d'autres sortes, et qu'il fallait trouver et entretenir celles qui lui convenaient le mieux.

Au bout d'une semaine de voyage, ils arrivèrent en vue de Konoha. Zabuza et Haku s'étaient séparés d'eux la veille. L'adolescent avait enlacé Hitomi en lui faisant promettre d'un murmure qu'elle prendrait soin d'elle et de Naruto, tandis qu'elle lui avait demandé de la tenir au courant de la situation, et de faire attention à lui. La jeune fille aurait dû pouvoir se remettre à utiliser du chakra, mais l'engourdissement qu'elle ressentait encore et dont elle s'était ouverte à Tsunade avait dissuadé la médic de lever son sceau pour le moment.

Ils entrèrent dans le village comme des héros. Izumo et Kotetsu, qui occupaient leur poste habituel à côté de la Grande Porte, se levèrent d'un bon et saluèrent la Sannin en s'inclinant profondément, beaucoup plus formels qu'ils ne l'avaient été avec Jiraiya. Bien vite, la nouvelle du retour de la Princesse des Senju se répandit dans le village comme une traînée de poudre. Shikaku lui-même les attendait devant la Tour, le chapeau du Hokage entre ses mains. Il ne le remit pas à Tsunade, qui ne pourrait le porter avant d'être intronisée, mais le simple fait de l'avoir amené était un symbole fort pour les civils comme pour les ninjas qui observaient la scène.

Toujours perchée sur le dos d'Hoshihi, Hitomi se dirigea lentement vers les terres Nara, Naruto marchant à côté d'elle. Les adultes s'étaient tous enfermés dans la Tour pour discuter d'affaires sérieuses. Nul doute que la jeune Yûhi parviendrait à glaner certaines informations auprès de son oncle quand il serait de retour chez lui et se serait reposé. Pour l'instant, cependant, elle n'y pensait pas trop, préférant laisser son regard errer sur le village, qui se reconstruisait lentement. Le mur droit du Département Torture et Interrogatoire avait été reconstruit, comme beaucoup de bâtiments officiels et de commerces. Pour les maisons, le travail était encore en cours.

— Hitomi !

La jeune fille sursauta et pressa les flancs d'Hoshihi en entendant cette voix. Son familier savait parfaitement ce qu'elle voulait : il s'élança d'un bond souple et énergique, laissant Naruto derrière pour la réunir avec son shishou, qui attendait à l'entrée des terres du clan, droit comme un I, le regard soulagé et dur à la fois. Sans se soucier de la hauteur à laquelle elle se trouvait – son chat faisait deux bons mètres au garrot désormais, comme si le retour de son Invocatrice avait donné à sa croissance un nouveau coup de fouet – le Jônin avança vers elle et leva les bras pour l'aider à descendre, la serrant immédiatement contre lui.

— Ne me fais plus jamais, jamais ça, marmonna-t-il dans ses cheveux d'une tremblante.

Le visage enfoui dans son épaule, elle hocha sagement la tête. Il ne restait plus que deux Sannin en vie et ils étaient de son côté, alors techniquement elle pouvait faire cette promesse dans se parjurer. Au bout de plusieurs minutes, Ensui la libéra de son étreinte et la tint à bout de bras pour l'examiner d'un œil critique, à la recherche de blessures. Il nota les bandages sur ses mains, qui avaient pris le plus gros du choc quand elle s'était brûlé les méridiens, mais ce n'était pas ce qu'il cherchait. Sans un mot, la jeune fille posa les doigts sous son sein droit. Même à travers ses vêtements, elle pouvait sentir les bandages et deviner la cicatrice par-dessous.

— Ce fils de chien est mort, grogna son maître.

— On s'est au moins débarrassés d'Orochimaru, soupira-t-elle en réponse. Je ne pensais pas que son assistant serait une telle menace.

C'était un mensonge. Elle savait parfaitement ce dont Kabuto était capable, mais sur le moment, elle l'avait comme oublié, trop préoccupée par les blessures de ses amis et pas assez par sa propre survie. Elle avait commis une erreur pratiquement mortelle et ne s'en était tirée que par une chance insolente.

— On s'assurera que ça ne se reproduise pas. La prochaine fois que tu l'affronteras, tu seras prête à le massacrer.

Hitomi savait très bien quels tourments poussaient Ensui à promettre quelque chose d'aussi violent. Il avait déjà tout perdu une fois, après tout. Elle avait vu son regard quand quelque chose lui rappelait Chôjirô, son fils, ou tous ceux qu'il avait vus disparaître et dont elle ignorait le nom. Tentant un sourire rassurant, elle posa une main sur son avant-bras.

— Je n'en doute pas, shishou. On rentre ? J'ai vraiment, vraiment envie d'être à la maison, maintenant.

Il hocha la tête, l'air grave, et s'agenouilla pour qu'elle puisse monter sur son dos. Oh, elle aurait pu continuer le trajet sur celui d'Hoshihi, qui n'était plus fatigué de la porter de longues heures durant entre sa croissance fulgurante et tout le poids que les soins attentifs d'Haku lui avaient fait reprendre. Mais elle voulait sentir la présence de son maître tout contre elle, la manière dont son souffle déployait la large surface de son dos comme des ailes, le rythme indolent et constant des battements de son cœur. Son familier comprit très bien la situation et se contenta de suivre, la queue dressée bien droit en signe de contentement, Naruto à ses côtés racontant ses nouveaux exploits à l'adulte d'une voix enthousiaste.

Hitomi dut admettre qu'elle somnola pendant le trajet. Elle avait encore du mal à rester éveillée selon un rythme normal. Tsunade lui avait assuré que c'était tout à fait attendu, que le ninjutsu médical puisait dans les différentes réserves du corps pour accélérer le processus de guérison. C'était pour cela qu'elle avait légèrement maigri, alors qu'elle ne pouvait pas vraiment se permettre de perdre du poids, et qu'elle était tout le temps fatiguée. Son corps retrouverait petit à petit un fonctionnement optimal : elle reprendrait du poids et réapprendrait à dormir uniquement la nuit.

Elle se réveilla quand Ensui arriva devant la maison de Shikaku et la sienne, juste à côté. À cause du sceau de Tsunade, Hitomi n'avait pas accès aux sensations de ses méridiens. Elle ne pouvait pas savoir si sa mère ou Sasuke étaient à la maison, si Shikamaru et Yoshino se trouvaient chez eux. L'idée la fit grimacer, mais elle laissa docilement son maître la porter jusqu'au canapé, où elle enleva ses chaussures qu'il ramena dans l'entrée. Elle avait vraiment hâte d'avoir l'énergie de faire plus de quelques pas sans vaciller.

— Raconte-moi tout, ordonna-t-il en lui mettant un verre de limonade fraîche entre les mains.

Docile, elle s'exécuta, répétant tout ce qu'elle avait écrit dans ses messages, avec plus de détails. Elle parla ensuite de ce qu'Hoshihi avait vécu de son côté. Les autres félins d'Hitomi devaient se demander pourquoi il ne rentrait pas dans le monde spirituel, puisqu'ils la croyaient tombée au combat… Il devrait bientôt partir, les rassurer. L'idée lui serrait le cœur, mais elle n'avait pas exactement le choix, elle le savait bien. Elle devait réapprendre à fonctionner correctement sans la présence massive et tiède de son familier à ses côtés.

— Quand est-ce que Tsunade-sama te laissera réutiliser ton chakra ?

— Elle a dit dans trois jours, à condition que j'y aille doucement. Pareil pour l'entraînement, d'ailleurs, même si je vais devoir commencer par faire des promenades dans le village, ne serait-ce que pour réapprendre à mes muscles comment travailler pendant de longues périodes.

L'homme hocha la tête, élaborant déjà secrètement des plans pour son apprentie. D'après les sensations qu'elle lui avait décrites concernant son ombre et l'obscurité, elle était prête à apprendre la technique suivante du répertoire Nara.

— Est-ce qu'on a des nouvelles d'Anosuke ? Est-ce qu'il a été retrouvé ?

Les traits du Jônin s'assombrirent aussitôt. Comme tous les Nara, il s'était pris d'un intérêt particulier pour la recherche du gamin, même si Shikaku n'avait toujours pas pu ordonner des recherches officielles. Il n'en avait pas eu besoin.

— Oui, il a été retrouvé. Ligoté, bâillonné et jeté dans un fleuve au sud du village. Il est encore à l'hôpital… Je te préviens, Hitomi, je sais que tu vas vouloir aller le voir, mais ce n'est pas joli, loin de là.

Lui avait vu les blessures du gamin, l'état de son corps maigre et abusé. Il ne deviendrait sans doute jamais un ninja comme il l'avait rêvé, et s'était enfoncé dans un mutisme total. Ses parents étaient décédés pendant l'invasion… Il n'y avait personne pour s'occuper de lui, à part les amis d'Hitomi, Shino et Hinata, dont les cadets étaient proches de l'enfant et refusaient de quitter son chevet. Ensui avait aussi entendu dire que la gamine Haruno, celle qui travaillait à l'hôpital, passait au moins une heure par jour à s'occuper de lui… Mais ce n'était pas suffisant.

— Je veux quand même voir, shishou. J'ai passé pas mal de temps avec Sugi et Hanabi, ses deux amis, avant de partir à la recherche de Tsunade. J'ai l'impression de me sentir responsable de ces trois enfants.

L'homme soupira, mais hocha la tête. Il comprenait. Il avait été comme ça aussi, autrefois, à accepter des responsabilités qui n'auraient pas dû lui revenir. Ses mains se crispèrent tandis qu'une masse de cheveux gris dansait un instant dans ses souvenirs. Il enfouit ce secret là où était sa place, au plus profond de sa mémoire. Il ne servait à rien de ressasser le passé. Si les deux adolescents avaient vu son trouble, ils n'en dirent rien, peut-être par pudeur et par respect pour lui.

Pendant tout l'après-midi, il s'occupa d'eux avec attention, les aidant à déballer leurs affaires et à se réinstaller dans leurs chambres respectives, que Kurenai et lui avaient entretenues quand ils en avaient le temps, entre deux missions. Il mit la main sur les nouveaux livres écrits par son apprentie, se languissant déjà d'une nuit passée à les dévorer, nota que Naruto comme elle avaient assez grandi et évolué pour nécessiter une nouvelle garde-robe… Même si pour sa gamine, ce n'était pas exactement la taille, le problème, mais plutôt l'adolescence. Elle resterait sans doute menue toute sa vie ; pour autant, son corps mûrissait et ses tenues de combat tout comme ses vêtements civils étaient devenus trop étroits en certains endroits.

Naruto finissait de cuisiner le dîner quand Sasuke passa la porte de la maison. Les jambes faibles et tremblantes, Hitomi se leva du fauteuil dans lequel elle s'était installée pour lire afin d'aller le serrer dans ses bras. Il avait grandi, ses épaules s'étaient élargies. Il devait rendre les filles absolument folles, pour son plus grand malheur – ce genre de choses ne semblaient pas l'intéresser du tout. Quand il la vit, ses yeux s'écarquillèrent puis s'adoucirent et il l'étreignit brièvement, le menton posé sur le sommet de son crâne. Vantard.

— Contente que vous soyez rentrés, tous les deux. Comment est notre nouvelle Hokage ?

— Violente et retorse ? tenta Naruto en le saluant d'un hochement de tête et d'un sourire.

— Ah, elle doit parfaitement s'entendre avec onee-chan, dans ce cas.

— Eh ! Je ne suis pas violente !

— Par contre, « retorse », ça ne te dérange pas ? Et si, tu l'es.

— Pfeuh ! Vous ne savez pas m'apprécier à ma juste valeur, c'est tout.

Les garçons et Ensui éclatèrent de rire tandis qu'Hitomi feignait de bouder, les bras croisés sous sa poitrine – doucement, quand même, pour éviter de toucher ses bandages. Ils mangèrent ensemble, au son des discussions qui animaient leur petite tablée. Derrière le siège d'Hitomi, Hoshihi était allongé de tout son long et faisait joyeusement craquer les os d'un lapin qu'un membre du clan leur avait ramené après avoir reçu un message d'Ensui. Pendant quelques instants, la jeune fille cessa de manger et ferma les yeux. Elle était impatiente que sa mère rentre, idéalement en compagnie d'Asuma, pour que sa petite famille soit au complet.

Karin revint ensuite. Grâce à ses capacités, elle savait déjà que Naruto et Hitomi étaient de retour, mais cela ne l'empêcha pas de laisser échapper un couinement suraigu en se suspendant au cou de son cousin après avoir vérifié qu'il allait bien, sous le regard vaguement désabusé de Sasuke. La jeune Uzumaki commença à raconter tout ce qu'ils avaient manqué sur les terres du clan pendant qu'ils étaient partis, dont la décision de Kurenai de l'héberger au moins à court terme. Karin appréciait la matriarche mais avait envie d'un petit endroit à elle. Elle n'aurait pas le droit de loger sur les terres Nara, bien entendu, mais il y avait des petits appartements disponibles à proximité auxquels elle s'intéressait pas mal.

Au bout d'un moment, Ensui déclara qu'il était temps pour tout le monde d'aller dormir. Hitomi somnolait déjà par intermittence dans son fauteuil, un lourd traité de stratégie à moitié échappé de ses doigts lâches. Elle fut donc ravie de s'exécuter, se délectant des petits bruits paisibles de ses frères adoptifs qui se mettaient au lit dans leurs chambres respectives. Elle laissa Hoshihi s'installer sur son lit puis trouva sa propre place là où elle le pouvait. Un chat géant était bien plus confortable qu'on l'aurait cru… Quand on savait comment se blottir contre lui de façon à éviter tous les os les plus durs.

— Hitomi ?

Déjà enfouie sous ses draps, la jeune fille leva à moitié la tête pour regarder son shishou, qui avait passé la tête par l'entrebâillement de la porte. Il se préparait pour la nuit, lui aussi : ses cheveux étaient défaits et il portait un t-shirt sombre, informe, bien différent de son uniforme habituel.

— Oui, shishou ?

— Je voulais juste m'assurer que tu allais bien une dernière fois. Fais du bruit si tu as un problème, je viendrai aussitôt.

— Tout va bien, shishou. Bonne nuit.

— Bonne nuit à toi aussi.

Il referma la porte tandis qu'elle se retournait avec un sourire pour blottir son visage contre l'épaule d'Hoshihi, se laissant assoupir par ses profonds ronronnements. Le fait de savoir qu'on veillait sur elle, même si elle était censée être une kunoichi forte, impitoyable, digne, poussait un nœud en elle à se relâcher, ses muscles à se détendre. Elle soupira, sa main se crispa légèrement sur le dos de son familier comme pour s'y accrocher. Elle ne pouvait s'empêcher de penser à Anosuke… L'expression sur le visage de son maître quand il en parlait n'augurait rien de bon. Elle irait le voir le lendemain, quel que soit son état de fatigue.

Et elle tint cette promesse, le lendemain. Vêtue de vêtements civils lâches, à califourchon sur le dos d'Hoshihi, elle fendit les rues de Konoha, son maître marchant à ses côtés. Elle n'était pas armée, puisque le combat lui était toujours interdit par Tsunade, mais lui, oui, son fidèle katana négligemment suspendu à la ceinture. Il n'était plus à l'aise depuis longtemps en-dehors des terres du clan. Peut-être que cela changerait, avec Tsunade comme Hokage ? Tandis que le regard intense et scrutateur d'Ensui analysait froidement les environs, Hitomi ne put s'empêcher de l'espérer.

— Ah, Hitomi ! s'exclama Shizune en la voyant entrer dans le hall de l'hôpital, toujours à dos de chat. Justement, je m'apprêtais à envoyer quelqu'un te chercher. C'est bien d'Hayate Gekko dont tu m'avais parlé, pas vrai ?

— Hum, oui, entre autres. Pourquoi ?

— Il vient de se réveiller. Tsunade-sama et moi avons travaillé une bonne partie de la nuit sur les malades et les blessés les plus urgents, il en faisait partie, mais il est définitivement tiré d'affaire maintenant. Sa fiancée est avec lui, elle a demandé à te voir dès que possible.

Un nœud d'angoisse dans le ventre, la jeune fille échangea un regard avec son shishou, qui acquiesça discrètement. Avec son aide, elle descendit du dos d'Hoshihi, qui ne pouvait pas aller plus loin maintenant qu'il était plus grand qu'un cheval, et s'enfonça dans les longs couloirs. Ensui la soutenait d'un bras autour de ses épaules. Elle avait honte d'être aussi vite essoufflée, mais elle savait bien que ce n'était pas sa faute. Kabuto payerait pour ça. Elle n'oubliait jamais une offense, après tout.

La chambre d'Hayate se trouvait au troisième étage. À plusieurs reprises, Hitomi dut s'arrêter dans les volées de marches ou dans un couloir, s'asseoir pour faire passer un vertige ou reprendre son souffle. Son maître assistait à tout cela et la rassurait d'une voix douce quand il voyait ses traits se durcir d'impatience ou de mépris envers elle-même. À ce stade, il la connaissait sans doute mieux qu'elle ne se connaissait elle-même… Et il connaissait pareillement ses réactions. Il fut soulagé quand ils arrivèrent à la chambre que Shizune leur avait indiquée : là, elle pourrait s'asseoir sans se sentir inutile et faible.

— Gekko-san ? murmura Hitomi en entrant, la voix tremblante.

Elle se sentir pâlir en le regardant. Il avait affreusement maigri malgré la stase, et son air maladif était plus prononcé que jamais, ses cernes presque noirs sous ses yeux éteints. Allongé dans un lit d'hôpital, il avait l'air terriblement fragile. Elle fit quelques pas vacillants à l'intérieur tandis qu'il tournait la tête vers elle et que ses traits s'éclairaient d'un sourire fatigué.

— Shizune-sensei m'a dit que je vous devais la vie, Yûhi-san.

Elle ouvrit la bouche pour répondre mais n'en eut pas le temps : une femme aux cheveux violet sombre, qui ne pouvait être que Yûgao Uzuki, l'enveloppa dans une étreinte à lui en briser les côtes. Elle dut réprimer un gémissement d'inconfort, mais prit garde à ne pas lutter. Ensui, bien assez vite, fit signe à la jeune femme de la relâcher. Elle fit un petit pas vacillant en arrière, butant contre le torse de son shishou qui la stabilisa d'une main sur son épaule.

— Je ne sais pas comment vous remercier pour ce que vous avez fait, Yûhi-san.

La jeune fille s'agita légèrement, mal à l'aise. Elle ne méritait pas de telles paroles. Elle aurait dû savoir et empêcher ce drame d'arriver. D'une manière ou d'une autre. À quoi servaient ses connaissances si des gens continuaient de mourir quand ils pouvaient être sauvés ?

— Je n'ai fait que mon devoir, finit-elle par répondre.

Elle avança d'une démarche vacillante vers le lit, son regard passant sur la silhouette qui se découpait sous le draps. Au-dessus de la tête de lit avait été suspendu son bandeau frontal, comme un porte-bonheur. La Flamme de la Volonté brûlait aussi dans les petits détails.

— Je suis désolée de ne pas être arrivé plus tôt, Gekko-san. On m'a dit que votre carrière était finie. Je suis vraiment navrée…

L'homme laissa échapper un petit rire qui dessina une grimace sur ses traits et tendit une main fine et pâle pour tapoter gentiment la sienne.

— Ne dites pas de bêtise, Yûhi-san. Je peux encore servir mon village autrement. Grâce à vous, je verrai mes enfants grandir.

Son regard s'attarda sur Yûgao, qui posa une main sur son ventre plat en réaction. C'était sans doute… Récent. Juste avant son agression, pas beaucoup plus, sinon ça se verrait. La jeune fille s'autorisa un sourire et s'inclina légèrement, autant qu'elle le pouvait sans tomber sur Hayate tête la première.

— Je suis heureuse, dans ce cas. Remettez-vous bien, Gekko-san.

Sur ces mots, elle fit demi-tour et sortit de la chambre, retrouvant l'appui de son maître avec soulagement. Elle reviendrait peut-être le voir, lui apporter des livres, de quoi s'occuper les mains et l'esprit tant qu'il devrait rester alité. Elle devait apprendre à affronter les conséquences de ses échecs, et admettre quand elles n'étaient pas si graves que ça.

— Anosuke, maintenant, dit-elle d'un ton déterminé.

Sans rien dire, Ensui la guida à nouveau, cette fois jusqu'au dernier étage. Le cœur d'Hitomi se mit à battre à tout rompre quand elle réalisa vers où ils se dirigeaient ; elle tremblait légèrement en passant la porte sur lequel un panneau indiquait l'aile des soins intensifs. On ne pouvait entrer qu'avec une autorisation, qu'Ensui donna aux infirmières comme s'il avait déjà passé beaucoup de temps ici. Le connaissant, c'était sans doute le cas.

Elle déglutit nerveusement avant d'entrer dans la chambre, rassemblant ses forces mentales. La première chose qui la choqua fut l'absence d'adultes : seuls Hanabi et Sugi se trouvaient là, entre le lit et la fenêtre, parlant à leur ami d'une voix douce. Il avait le visage tourné vers eux, mais même comme ça Hitomi pouvait dire qu'il avait traversé de rudes épreuves : il était encore plus maigre qu'Hayate, les os de ses épaules et de ses omoplates étaient clairement discernables sous le pyjama qui lui collait au corps.

— Hitomi-nee ! s'exclama Sugi avec soulagement. Anosuke, c'est Hitomi Yûhi, tu te souviens ? Je t'ai parlé d'elle, et Hanabi aussi. Elle nous a aidés à nous entraîner avant de partir en mission.

Le garçon tourna la tête vers elle, et elle dut serrer les poings de toutes ses forces pour garder un visage impassible. Les bandages qui dissimulaient ses yeux ne pouvaient vouloir dire qu'une seule chose. Elle sourit, salua l'enfant d'une voix douce et avança jusqu'au pied du lit, où elle trouva la charte qui décrivait ses blessures. Sakura lui avait appris comment lire ce genre de documents. Aveugle… Ses yeux avaient été arrachés, et d'après les notes du médecin, il avait été conscient pendant tout le processus. Feuille après feuille, elle parcourut la liste de ses blessures, la description de son état psychologique et les suppositions sur les tortures qu'il avait subies. Un enfant. Seul, vulnérable et terrifié.

Elle retrouverait le coupable et répandrait ses tripes dans toutes les Nations Élémentaires.

Elle inspira profondément, rangea la charte à sa place et fit quelques pas jusqu'au chevet du garçon, posant une main aussi légèrement que possible sur son épaule. Il sursauta quand elle le toucha, mais elle ne s'en formalisa pas, lui laissant le temps de décider s'il acceptait le contact ou non. Finalement, il se détendit légèrement, laissa son épaule entrer au contact avec le bout de ses doigts, puis sa paume. Alors seulement elle parla, d'un ton doux et ferme à la fois :

— Je suis désolée de ce qui t'est arrivé, Anosuke-kun, mais ça ne veut pas dire qu'on va abandonner, toi et moi. Que tu veuilles toujours être un ninja ou que tes espoirs se dirigent ailleurs, je t'aiderai, et Sugi et Hanabi avec moi. Je te le promets.

Elle vit ses lèvres se tordre en une moue serrée, ses poings se crisper sur les draps. Il avait des cicatrices sur les poignets, le dos des mains. Elle n'osait imaginer ce qui se cachait sous ses vêtements.

— On attendra que tu sois prêt, ne t'en fais pas. Pour l'instant, concentre-toi sur ta guérison, et ne t'en fais pas pour ce qui se passera quand tu sortiras de l'hôpital. Si tu veux, tu auras une place chez moi. Ma mère serait ravie de te prendre sous son aile. Tu la connais ? Kurenai Yûhi. C'est la sensei de la sœur d'Hanabi-chan.

Le garçon hocha la tête, les épaules tremblantes. Hitomi tenta de maintenir ce mélange d'assurance et d'apaisement qui semblait si bien fonctionner en enroulant doucement son bras autour d'elles, tout en s'appuyant à moitié sur le lit pour dissimuler qu'elle était presque au bout de son endurance.

— De toute façon, on ne peut rien faire de trop physique pour l'instant, toi et moi. Je suis toujours en convalescence après ma mission. Tu vois ? Ca nous fait déjà un point commun !

Toujours dressé dans l'encadrement de la porte, Ensui hocha la tête avec approbation. Son regard, posée sur son apprentie, brillait de quelque chose qui ressemblait à un mélange de fierté et de tendresse. Il l'avait bien élevée.