Bonjour et bienvenue pour ce nouveau chapitre ! Courage à celles et ceux qui commencent leurs examens cette semaine (j'en fais partie, aouch). Vous pouvez le faire !

La vie continuait à Konoha, malgré tout. Tsunade finit par lever les sceaux qui empêchaient Hitomi de se servir de son chakra et la déclara apte à un entraînement léger. Dès ce jour-là, la jeune fille prit l'habitude de longues promenades dans la Forêt aux Cerfs, avec quiconque était disponible pour l'accompagner – souvent, c'était Ensui, qui n'avait plus à prendre de missions maintenant que la situation du village se stabilisait.

Finalement, Hitomi mit la main sur Sakura après l'un de ses services à l'hôpital. Elle avait l'air incroyablement épanouie dans son travail, et d'après les bruits de couloirs auxquels la jeune Yûhi prêtait volontiers l'oreille, elle était incroyablement douée. Les patients l'aimaient beaucoup, une fois qu'ils dépassaient l'idée de se faire soigner par une gamine de treize ans. Accueillie d'un sourire, la Genin invita son amie d'enfance à prendre un thé avec elle dans la buvette de l'hôpital.

— J'aimerais te parler d'Anosuke-kun.

Était-ce son ton grave ou la phrase en elle-même qui surprit Sakura ? Pourtant, elle connaissait très bien l'instinct farouchement protecteur qui animait les Nara, et personne ne pouvait oublier qu'Hitomi descendait de ce clan, avec ses traits altiers caractéristiques et la nonchalance étudiée qu'elle veillait à émaner la plupart du temps comme un leurre.

— Le petit Nara… C'est un cas très complexe. On a cru le perdre plusieurs fois dans la salle d'opération. Karin était avec moi… On a dû utiliser son Kekkei Genkai pour assurer sa survie, mais rien ne pouvait lui rendre ses yeux.

— Il est mutique depuis qu'il s'est réveillé, c'est ça ?

— Hm hm. On dirait qu'il essaye parfois, mais il n'arrive vraiment pas à parler. Pourtant, ses cordes vocales n'ont rien, ni la part de son cerveau qui contrôle le langage. C'est un blocage psychologique.

— Tu as une idée de qui lui a fait ça ?

— On soupçonne Orochimaru. D'après les archives, c'est même l'une des raisons pour lesquelles il a été banni du village, l'enlèvement d'enfants pour ses expériences, alors…

— Je vois.

Hitomi devait admettre qu'elle n'accrochait pas à cette théorie. Elle avait comparé les dates, et Orochimaru était près de Tanzaku quand Anosuke avait été jeté dans le fleuve et retrouvé plusieurs heures plus tard. Bien sûr, l'un de ses subalternes pouvait toujours s'être occupé de cette sombre besogne, mais cette explication aussi manquait de sens : ce n'était tout simplement pas dans les habitudes du Sannin et de son assistant de gaspiller un corps. Si Anosuke avait vraiment été entre leurs mains, Konoha ne l'aurait pas récupéré avant d'avoir rasé chacun des repaires du Serpent de la surface des Nations Élémentaires.

— Je vais prendre le gamin en charge, continua-t-elle d'une voix ferme. Ma mère est d'accord, et Ensui-shishou m'aidera. Yoshino-san aussi… Même si elle sera plus souvent occupée maintenant qu'elle a été engagée.

C'était une affaire rare, qui avait fait énormément de bruit dans la petite communauté des médics : Yoshino Nara, Dame de son clan, reprenait du service non pas en tant que ninja, mais à la tête du Département de Traumatologie de l'hôpital, à la demande de la Hokage elle-même. Ce n'était tout simplement pas tous les jours qu'une telle chose se produisait. Les épouses des chefs de clans – ou le mari dans le cas des Inuzuka, même si Tsume avait étripé le sien pour avoir trahi Konoha pendant une mission peu après la naissance de Kiba – avaient souvent beaucoup de travail dans le cadre clanique, et prenaient rarement un autre job à côté. Elles n'en avaient pas exactement besoin.

— J'ai tellement hâte qu'elle prenne du service ! Et je ne vois aucun problème à ce que tu t'occupes du petit, tant que tu le fais bien. Tu auras moins droit à l'erreur qu'avec un enfant ordinaire… Et tu dois aussi gérer tes propres problèmes. Tu es sûre que tu y arriveras ?

Hitomi hésita quelques secondes, reconsidérant ses autres obligations comme à chaque fois qu'elle pensait à sa décision. C'était vrai qu'elle devait s'occuper de ses propres soucis, lesquels impliquaient hélas de trouver une nouvelle thérapeute… Et un ou une deuxième pour Anosuke. Elle finit par hocher la tête, décidée.

— Oui, j'y arriverai. Ensui-shishou y veillera, comme tout le reste du clan.

Sakura sourit, rassurée.

— Tant mieux ! Ca fait plaisir de voir que vous êtes tous aussi soudés. Chez les Hyûga, il y a cette histoire de branches principale et secondaire qui les divise, et les autres clans ont l'air d'avoir une cohésion plus faible que ça…

— C'est parce que les Nara ont gardé beaucoup de leurs propres traditions en plus d'adopter celles du village. Nos anciens ne nous laissent pas oublier notre histoire, nos racines, même s'ils ne nous forcent pas à vivre en les suivant à la lettre. Notre devoir de mémoire nous pousse à nous protéger les uns les autres, comme certaines de nos lois.

— Ah, oui, comme celle d'enseigner la théorie des jutsus du clan aux civils ? C'est une règle sensée, je ne comprends pas pourquoi les autres clans ne l'adoptent pas aussi…

La réponse était que beaucoup d'autres clans souffraient d'une insupportable arrogance. Même les Akimichi et les Yamanaka dont les Nara étaient si proches se croyaient invincibles en tant qu'entités. Le massacre des Uchiha ne leur avait même pas servi de leçon… Ils étaient persuadés que leurs clans ne s'éteindraient jamais. Avec un sourire, Hitomi laissa la discussion glisser sur des terrains moins risqués, moins politiques. Elle apprit entre autres que Sakura s'était un peu rapprochée de Shino Aburame mais ne savait pas si ses sentiments naissants qu'elle éprouvait pour lui étaient réciproques.

— Hm… Il n'y a pas trente-six moyens de le savoir. En plus, Shino apprécie les personnes directes et franches, tu le sais bien. Lance-toi, et tiens-moi au courant !

Sur ces bonnes paroles, Hitomi dit au revoir à son amie et se dirigea vers la chambre d'Anosuke. Elle avait fait des progrès ces derniers jours : elle n'avait plus besoin de s'arrêter dans les escaliers, même si elle était sacrément essoufflée en arrivant en haut. Elle reprit son souffle puis frappa à la porte de la chambre et s'annonça avant d'entrer. Le petit garçon avait visiblement tenté de sortir de son lit : un meuble était bousculé et ses draps s'étaient entortillés n'importe comment.

— Bonjour, Anosuke-kun. Aujourd'hui, j'ai quelque chose à t'apprendre qui devrait te plaire ! Ca te permettra de communiquer jusqu'à ce que tu récupères l'usage de ta langue.

Elle ne laissa pas entendre que cela n'arriverait peut-être jamais, même s'il s'agissait d'une issue probable, malheureusement. Elle attendit que l'enfant se fasse à sa présence, à la caresse de son chakra sur sa peau – elle avait découvert qu'il y était sensible, même si chez lui ce n'était pas une maladie comme pour elle – avant de se mettre au travail. Assise sur le lit à ses côtés, elle entreprit de lui enseigner l'espèce de morse qu'on utilisait à Konoha. Elle devrait aussi l'apprendre à Sugi et Hanabi… Chaque chose en son temps.

Elle devait admettre qu'il n'y avait pas que des raisons altruistes pour la pousser en direction d'Anosuke. Quand elle le regardait, elle voyait en lui une autre petite fille, toujours malade, toujours à l'hôpital, qui avait appris très tôt qu'elle mourrait jeune, que rien ne pouvait être fait pour lui permettre une existence vraiment heureuse. Elle regardait Anosuke, et elle voyait l'enfant qu'elle avait été dans le Monde d'Avant, seule et terrifiée, uniquement capable de se raccrocher à ses livres pour ne pas sombrer dans une angoissante torpeur.

Mais l'altruisme des raisons qui la poussaient à agir était-il vraiment important, dans ce cas de figure ? Le principal n'était-il pas qu'elle agisse ? Bien entendu, tout son clan allait aider à élever le gamin, à réaliser les rêves qui lui viendraient quand il serait guéri. Mais un enfant avait besoin de la présence d'un adulte à ses côtés pour le guider, et Hitomi, selon les standards de Konoha, en était presque une. Les ninjas avaient toujours eu une place étrange dans la société du village. Même les élèves de l'Académie cessaient bien vite d'être considérés comme des enfants. S'ils pouvaient être envoyés dans des missions périlleuses dès l'âge de douze ans, alors ils pouvaient avoir des plus jeunes sous leur charge.

Et encore une fois, elle ne serait pas seule. Elle en avait déjà parlé à sa mère, à Ensui, à Yoshino, à tous ceux qui de près ou de loin voulaient aider. Même Naruto et Sasuke étaient dans le coup. Elle ne laisserait personne échapper à cette mission officieuse, pas même son fainéant de cousin qui en réalité adorait les enfants et le reste du village, qui avait échoué à protéger l'un de ses gamins. Elle voulait aussi trouver le responsable de la condition de l'enfant, et avait écrit à Itachi pour lui demander s'il voulait bien accepter d'enquêter discrètement. Le jeune homme avait accepté – même les nukenin s'y mettaient.

Dès la première heure de pratique, Anosuke fit des progrès dans son apprentissage du morse. Il avait toujours du mal à retenir comment former certaines syllabes peu utilisées, mais Hitomi n'en était pas déçue, au contraire : avec lui, tout progrès était bon à prendre et devait être lourdement encouragé. Au fil des jours, l'enfant était devenu de plus en plus démonstratif à son égard : comme à chaque visite, il finit par se blottir dans ses bras, le dos contre son buste, tapotant du bout des doigts ce qu'il essayait d'apprendre à dire sur son avant-bras. Pour l'amuser, elle lui montra ce que donnaient certaines comptines sous cette forme tout en les chantonnant. Elle n'avait pas exactement la voix qu'il fallait pour du chant, mais au moins elle n'était pas une totale casserole comme Naruto.

« Je veux toujours être un ninja. » fut sa première phrase complète. Hitomi se contenta de hocher la tête derrière lui en murmurant son approbation. Si c'était ce qu'il voulait, elle le rendrait possible. Le monde n'était pas dénué de shinobis aveugles… Ils devaient juste contourner ce handicap, trouver un moyen de le compenser. Elle promit au gamin de l'entraîner elle-même s'il le fallait, jusqu'à ce qu'il fasse partie d'une équipe Genin avec Sugi et Hanabi. C'était son rêve. Elle se battrait pour qu'il devienne réalité, même si cela impliquait de cracher à la figure d'Hiashi Hyûga en personne. De toute façon, elle le méprisait toujours violemment pour ce qu'il avait fait subir à Hinata, pour leur rupture. Elle avait des coups à lui rendre.

— Je dois y aller, Anosuke-kun, mais je veux que tu continues à t'entraîner. Je vais te laisser l'un de mes chats ninjas – elle est habituée à communiquer de cette manière. Tu veux bien ?

Quand il hocha la tête, elle se leva et invoqua celle de ses chats qui s'entendrait le mieux avec l'enfant : Sunaarashi. Une fois dépassé son comportement un peu brusque, on réalisait qu'elle était très maternelle, ce dont Anosuke avait indéniablement besoin. Elle laissa le chat et l'enfant faire connaissance – ils tenaient tous les deux sur le lit malgré la taille du félin, à peine plus menu qu'Hoshihi lui-même – et prit congé quand elle fut certaine que tout se passerait bien.

Ensui l'attendait à nouveau à l'entrée des terres du clan. Il ne dit rien quand elle arriva à sa hauteur, se contentant de poser un bras sur ses épaules pour la rapprocher de lui. Dans un silence confortable, ils parcoururent les rues qu'ils connaissaient par cœur et aimaient plus que de raison jusqu'à un petit terrain d'entraînement réservé aux Nara. La plupart des membres en service du clan utilisaient ceux du village pour pouvoir s'entraîner avec leurs équipes, mais le Jônin voulait travailler sur les compétences individuelles de son élève.

Il commença par la guider à travers une série d'étirements, déterminant un exercice après l'autre tout ce que sa convalescence l'avait forcée à perdre. Au bout d'une heure de ce traitement, malgré toute la douceur dont son maître faisait preuve, Hitomi était raide et épuisée. Pourtant, elle refusa d'arrêter quand il lui en laissa la possibilité, relevant fièrement le menton comme pour le défier de l'y forcer. Il jugea plus sage de simplement la laisser pousser un peu sur ses limites tant qu'elle pouvait se le permettre.

Après les étirements, il la fit courir autour du terrain d'entraînement, dont le périmètre était d'à peu près un kilomètre. Elle était essoufflée et la tête lui tournait quand elle clopina vers lui. Puisqu'elle n'avait pas utilisé de chakra, elle était très loin de sa vitesse maximale, mais même comme ça… C'était mauvais, à un tel point qu'elle ressentait un mélange de honte et d'effarement qui menaçait de la décourager. Ensui le sentit sans doute : il posa une main sur son épaule et lui tendit une bouteille d'eau, prenant la parole d'une voix douce et encourageante :

— Tu es en plutôt bonne condition pour quelqu'un qui n'a fait aucun exercice pendant plusieurs semaines, tu sais ? Tout va très vite te revenir, et ensuite tu pourras te dépasser à nouveau comme tu avais l'habitude de le faire. Plus tu resteras raisonnable maintenant, plus ça payera plus tard, je te le promets.

Ces mots finirent par faire plier Hitomi. Elle accepta enfin de quitter le terrain d'entraînement, même si elle n'avait pas l'air heureuse de céder aux caprices de son corps – comme elle le formula elle-même. Pris de pitié à force de la voir clopiner en serrant les dents, Ensui finit par la soulever dans ses bras, balayant ses faibles protestations d'un petit rire gentiment moqueur. À l'intérieur, ils retrouvèrent Kurenai qui revenait d'une séance d'entraînement avec son équipe.

La mère d'Hitomi avait été furieuse que sa fille soit blessée sous la garde de Jiraiya, et le lui avait très publiquement fait savoir. La légende disait que Tsunade avait regardé le spectacle en grignotant du pop-corn et en interdisant à quiconque d'intervenir. Mais elle n'en avait pas voulu à Hitomi elle-même, non. Elle l'avait même assurée de sa fierté et son soutien – la jeune fille se sentait vraiment très reconnaissante de l'avoir à ses côtés. Cependant, sa fibre protectrice s'était enflammée depuis le retour de l'adolescente sous son toit. Hitomi faisait mine de ne pas savoir qu'il y avait de nouveaux mécanismes de pièges sur le terrain de la maison.

— Ah, ma puce ! Ca a été avec Anosuke-kun ?

Comme Hitomi s'y était attendue, la jeune femme s'était prise d'affection pour l'enfant. Depuis le temps, elle considérait faire partie du clan, elle aussi, et les Nara le lui rendaient bien, mais c'était plus qu'une simple loyauté qui la liait à l'enfant. Peut-être était-ce l'amitié des cadets de deux de ses élèves pour lui qui l'avaient poussée à s'intéresser à son cas de prime abord – Shino et Hinata étaient sans doute allés lui demander des conseils sur la question. Toujours était-il que Kurenai était ravie de l'initiative de sa fille de ramener le gamin à la maison quand il pourrait sortir de l'hôpital – lui évitant ainsi l'orphelinat – et transformait déjà l'un des deux bureaux de la maison en chambre pour lui.

— Pas trop mal. Je lui ai appris le morse, il pratique avec Sunaarashi. Il veut toujours être un ninja, et je pense qu'il a ce qu'il faut pour y arriver. Je veux aller voir Inoichi ce week-end pour lui demander les adresses de bons thérapeutes pour enfants, et aller les rencontrer moi-même. Il ne mérite pas moins que le meilleur, mais je ne suis pas sûre de savoir exactement ce dont il a besoin…

— Je t'aiderai, assura la mère avec un doux sourire. Il faudra aussi qu'on regarde pour toi, pas vrai ?

Hitomi se tendit malgré la douleur qui courait dans ses muscles fatigués. Elle ne put s'empêcher de détourner le regard, un nœud dans le ventre, mais finit par se détendre et hocher la tête, les lèvres malgré tout légèrement pincées.

— Oui, il faudra voir pour ça aussi. Je recommence à faire des cauchemars.

Les deux adultes échangèrent un regard lourd de sens. Ils l'entendaient toutes les nuits se réveiller en sursaut – Ensui dormait sur le canapé depuis son retour et Kurenai recommençait à passer ses nuits à la maison maintenant qu'elle n'était plus envoyée aux quatre coins du pays pour toutes les missions urgentes qui arrivaient à la Tour – et s'agiter longtemps avant de s'endormir. Les pires cauchemars étaient toujours ponctués du bruit sourd que faisait un kunai en s'enfonçant dans une porte de bois, et cela concernait pratiquement tous ses rêves désormais.

— Ne pensons pas à ça pour le moment, ma puce. On aura tout le temps de s'en occuper ce week-end. En attendant, j'ai remarqué que tu avais comme un petit problème de vêtements… Ca fait longtemps qu'on n'a plus fait les boutiques ensemble. Il n'est que quatorze heures… Ca te tente ?

La jeune fille hésita légèrement – elle avait toujours des courbatures terribles – mais Ensui l'aida à prendre sa décision. Il se contenta de sourire et de passer une main nimbée de chakra médical sur les muscles de ses jambes, les plus rudement éprouvés par les étirements et la course à laquelle elle s'était soumise. Aussitôt, elle se sentit mieux, même si la douleur ne disparaissait pas vraiment. Elle sourit à sa mère.

— D'accord ! Allons-y doucement, par contre, je ne suis pas vraiment en forme ces jours-ci.

C'était l'euphémisme de l'année, mais personne ne le fit remarquer. Non, Kurenai se contenta d'envoyer sa fille se préparer dans sa chambre et discuta à voix basse avec Ensui jusqu'à ce qu'elle revienne. Dans la rue commerçante où ils avaient tous trois leurs habitudes, Asuma les rejoignit, enlaçant la taille de sa petite-amie avec un sourire immensément satisfait. Ils allèrent déposer l'uniforme de combat d'Hitomi chez la tailleuse pour le faire rajuster, puis se consacrèrent au renouvellement complet de sa garde-robe civile. Dire qu'elle avait besoin de brassières et de soutiens-gorges désormais… Urgh.

— Ah, ma puce, il faut aussi qu'on te trouve une robe pour l'intronisation d'Hokage la Cinquième et le dîner qui va suivre ! Tu voudrais quelque chose en particulier ?

— Pas vraiment. Si on peut me trouver un coup de cœur, ce sera déjà pas mal, j'imagine !

L'évènement était assez sélect, bien plus que les fêtes auxquelles Hitomi avait assisté auparavant. Seuls les représentants des différents organes du villages et la famille principale de chaque clan étaient invités. Hitomi avait déjà eu de la chance de pouvoir inviter Lee en tant que cavalier… Elle savait aussi que certains de ses amis seraient présents. Cela parviendrait peut-être à l'empêcher d'aller étrangler Danzô Shimura, qui ne manquerait pas d'apparaître à une telle réception.

Il fallut près d'une heure pour trouver une robe qui plaise à Hitomi et convienne à sa petite taille et à sa menue stature tout en la mettant en valeur. C'était une jolie chose rouge sombre, au décolleté modeste mais aux épaules découvertes, qui enserrait sa taille avant de s'élargir en jupons légers. Elle se sentait un peu comme une de ces filles de la noblesse qui traversaient parfois la ville en baldaquin, les rideaux ouverts dans l'espoir d'entrapercevoir un ninja qui filait par les toits. Pour ces citadines, qui quittaient la capitale du pays moins d'une fois par an, les shinobi étaient pratiquement une légende.

Ensuite, Kurenai insista pour trouver des chaussures assorties à la robe, et sans talons – même si Hitomi n'était pas exactement trop jeune pour en porter, aucune kunoichi n'aurait fait ce choix sans être certaine de pouvoir se battre avec, et durant sa convalescence, elle n'en était pas capable du tout. Ensui et Asuma, curieusement, ne s'étaient pas contentés d'une posture passive durant tout le processus : ils intervenaient, donnaient leur avis quand on le leur demandait, proposait certaines tenues qui plairaient à la jeune fille, et plus rarement à sa mère. C'était rafraîchissant.

Leurs courses terminées et empilées à leurs pieds, tous les quatre finirent par aller dîner dans un petit restaurant dans l'un des quartiers presque huppés de la ville. C'était une rare occurrence : ils préféraient tous, à part peut-être Asuma, faire tourner les commerces Akimichi, mais il était difficile d'obtenir une table dans leurs restaurants même les moins populaires si on ne réservait pas. Épuisée, Hitomi s'appuya sur son shishou pendant qu'ils attendaient leurs entrées et ferma à moitié les yeux.

— Donc… On continue l'entraînement demain ?

— Bien sûr. On fera à peu près comme aujourd'hui, mais en ajoutant du chakra pour que tu ne sois pas complètement épuisée à la fin. Si tu t'endors sur l'un des dignitaires du Pays du Feu, tu auras une réputation pour toute ta vie, et tu ne veux pas de ça, crois-moi !

— Ugh, heureusement que j'ai demandé à Lee de m'accompagner. Il me tiendra éveillée.

— Ca semble devenir plutôt sérieux entre vous, intervint Kurenai d'un air complice.

Un tout autre moment, Hitomi se serait réjouie, surexcitée, mais sa mère n'avait fait que lui rappeler une mauvaise nouvelle dont elle n'avait pas encore parlé, parce qu'elle l'avait refoulée tout au fond de son esprit pour ne pas devoir en parler.

— Pas vraiment… Enfin, si, mais ce sera de courte durée. S'il est promu Chûnin au prochain examen, dans quelques mois à peine, il partira avec Gai-sensei dans un voyage à travers les Nations Élémentaires pour apprendre autant de styles de taijutsu différents qu'ils peuvent… On a décidé qu'on romprait à ce moment-là. Une relation à distance nous ferait trop souffrir.

Un lourd silence s'abattit sur la table comme un couperet. Tout au long de son explication, Hitomi avait fixé ses mains légèrement tremblantes du regard, la gorge serrée et les larmes aux yeux. Elle ne savait pas si elle avait été amoureuse, vraiment amoureuse d'Hinata et Haku, avec qui ses relations avaient été si brèves, mais Lee… Lee, elle l'aimait, elle en était certaine. Cela lui ferait mal de devoir abandonner ces sentiments, même si elle savait que c'était pour leur bien à tous les deux. Elle sursauta légèrement quand l'une des mains d'Ensui couvrit les siennes, absorbant ses tremblements comme pour les effacer.

— Ce doit être très dur comme nouvelle, surtout en ce moment. Est-ce que tout va bien ?

Elle força un sourire sur ses lèvres, releva la tête et lui assura que oui, elle allait bien. Les trois adultes pouvaient voir le mensonge aussi clairement que s'il avait été écrit sur son front, mais ils respectèrent sa pudeur. Si Lee s'était mal comporté avec Hitomi, Ensui et Asuma auraient sans doute embarqué Kakashi pour prendre le thé avec ce qui resterait de lui après qu'elle se soit vengée, mais là, il n'y avait ni rancœur ni malaise entre eux, seulement l'acceptation que leur histoire se finirait, et que c'était pour le meilleur. Peut-être, s'ils étaient tous les deux célibataires en se retrouvant, se remettraient-ils ensemble… Mais tant de choses changeraient pendant les deux ans et demi que prendrait son voyage. Ils en étaient tous les deux conscients.

— Oublions ça, d'accord ? s'exclama-t-elle avec un engouement qui sonnait faux et creux. On a passé une bonne journée, pas vrai ? C'est le plus important. Et puis on est toujours ensemble pour l'instant. Je compte bien en profiter, et lui aussi.

Leurs plats arrivèrent pile à ce moment, retirant aux adultes la possibilité d'intervenir. Qu'auraient-ils dit de toute façon ? Les adolescents de cet âge n'étaient pas supposés faire preuve d'une telle maturité, mais Hitomi avait toujours été différente. Seule Kurenai posa sur sa fille un regard légèrement soupçonneux avant de se mettre à manger, regard que la jeune kunoichi manqua totalement, occupée qu'elle était à se concentrer sur son propre plat pour détourner ses pensées du sujet qui fâchait.

Hitomi était tellement fatiguée après le restaurant qu'Ensui la porta jusqu'à la maison. Asuma et Kurenai marchaient quelques pas devant eux en se tenant la main – le maître avait voulu leur laisser un peu d'intimité, ce que l'apprentie comprenait et approuvait totalement. Ensemble, ils regardèrent l'héritier des Sarutobi pencher la tête vers Kurenai et lui murmurer quelque chose qui la fit glousser – Hitomi n'avait jamais entendu sa mère émettre un tel son. C'était pour ce genre de moments que les ninjas se battaient, pour l'insouciance et la douceur qui attendaient au cœur de leurs foyers.