Coucou ! Voici le chapitre du jour !

— Hitomi-chan, tu es complètement remise. Il est donc temps pour l'Équipe Sept de reprendre de vraies missions.

Kakashi, Hitomi, Naruto et Sasuke se tenaient tous les quatre alignés devant le bureau de Tsunade, le dos très droit, dans leur attirail de combat. Cela faisait un mois, jour pour jour, que la nouvelle Hokage avait été intronisée. Depuis, Konoha avait déjà commencé à changer : l'une des premières mesures de la Sannin avait été de réintroduire progressivement la règle concernant les médics obligatoires dans chaque équipe. Tous les ninjas avaient également dû suivre des cours de premiers secours dont l'Équipe Sept avait profité une semaine plus tôt. Ils se sentaient désormais plus sûrs, moins effrayés par l'idée d'une blessure, et prenaient soin de régulièrement réviser ce qu'ils avaient appris.

— Qu'est-ce que vous avez pour nous, Tsunade-sama ? demanda Kakashi d'un air intéressé.

Le Jônin avait eu le temps de se remettre du train infernal auquel il avait enchaîné les missions : après avoir vu sa tête de déterré durant la réception, Tsunade l'avait collé au repos forcé, et avait assigné au pauvre ANBU Lion la mission de le surveiller. Hitomi soupçonnait que Yamato se cachait derrière le masque et sincèrement, si c'était bien lui, elle le plaignait. Kakashi était un convalescent insupportable, mais devoir se reposer alors qu'il n'était pas blessé ? Il avait dû être un enfer à chaperonner.

— Une mission qui va sans doute vous intéresser… Surtout toi, Naruto.

Les traits de Tsunade se durcirent en une expression grave, tandis que Shizune tendait une feuille couverte de caractères à Kakashi. Il les parcourut en un éclair, ses yeux s'écarquillèrent, puis il la fit passer à Hitomi. Tandis que la médic se lançait dans ses explications, la jeune fille comprit ce qui était si particulier à propos de cette mission : il leur faudrait aller porter secours aux habitants d'un petit village en bordure du Pays du Feu, dont une bonne moitié de la population avait été massacrée. Parmi les victimes se trouvait une famille qui descendait des Uzumaki, mais ne portait plus ce nom. Les chances que ce soit une coïncidence…

— On va les aider, affirma Naruto d'une voix dure après que Tsunade ait tout expliqué.

— Je n'en attends pas moins de vous. Il ne devrait pas y avoir d'ennuis sur place ou en chemin, mais restez sur vos gardes au cas où.

— Et si on met la main sur la personne qui a fait ça ? intervint Hitomi.

— Ramenez-la morte ou vive, à votre convenance. Bien entendu, ce sera mieux si cette personne est vivante et qu'on peut l'interroger… Mais votre sécurité est la priorité. N'hésitez pas à tuer pour la préserver.

— Bien reçu, conclut Kakashi. Les enfants, on part demain à huit heures. Préparez-vous adéquatement.

L'équipe se dispersa, chacun allant vaquer à ses occupations. Naruto et Sasuke devaient aller racheter de l'équipement pour la mission à venir, mais le but d'Hitomi était tout autre : elle devait se rendre à l'hôpital et parler à Anosuke. Elle décida de cheminer par les toits, croisa plusieurs Chûnin qui partaient en mission, salua de la main des enfants qui jouaient au ninja. Quand enfin elle arriva dans l'établissement, elle ne prit pas la peine de demander son chemin : elle savait désormais où se rendre.

Anosuke avait fait des progrès pendant le dernier mois. Il était toujours mutique mais communiquait parfaitement via un usage habile et rapide du morse, auquel ses amis s'étaient mis également. Il faisait un peu moins de cauchemars et s'était pris d'une affection toute particulière pour les chats d'Hitomi, toujours ravis d'avoir un chaton à materner. Souvent, la jeune fille se contentait de l'observer tandis qu'il caressait le dos d'Hai, la plus jeune de la bande, délicatement émue par le son des ronrons épais et la douceur des doigts sur la fourrure.

Hitomi salua l'infirmière qui sortait de la chambre d'un hochement de tête et d'un sourire. Au début, le personnel de l'hôpital n'avait pas été très heureux de la voir si souvent dans la chambre du petit garçon, mais Karin et Sakura s'étaient portées garantes d'elle, et la parole des deux nouvelles apprenties du Hokage en titre pesait un certain poids à l'intérieur de l'hôpital… Et en-dehors. Elle frappa à la porte même si elle était ouverte – c'était la chose polie à faire, surtout du fait de la cécité du garçon – et s'annonça quand il l'autorisa à entrer.

— Anosuke-kun, je pars demain en mission à la frontière. Je serai sans doute absente pendant deux semaines au moins, je ne pourrai donc pas venir te voir avant mon retour. Est-ce que ça va aller, sans moi ?

Elle posa le regard sur les mains du jeune garçon, qui s'étaient mises à tapoter sur le drap de son lit. Il sortirait bientôt de l'hôpital, et ça se voyait qu'il n'en pouvait plus d'attendre. Hitomi ne serait pas là pour le voir emménager chez elle, mais Ensui avait promis de tout lui raconter. « Ca ira. Merci d'être venue me prévenir. Tu feras attention pendant ta mission ? »

— Bien sûr. Je serai avec Kakashi-sensei et les garçons. Tu connais la réputation de sensei, pas vrai ? Il ramène toujours son équipe à la maison.

Le garçon hocha la tête, l'air sérieux. Il ne portait plus ses bandages désormais, mais ses paupières étaient constamment closes. Son visage était marqué de petits cicatrices, mais personne n'avait pu dire à Hitomi de quel genre d'arme ou d'outil elles venaient. Lentement, la jeune fille s'approcha, enveloppa l'enfant dans une étreinte qu'elle voulait réconfortante, et resta comme ça pendant quelques minutes, les yeux clos, comme pour savourer l'instant.

— Je reviendrai, Anosuke-kun. Je tiendrai ma promesse envers toi. Tu deviendras un grand ninja, et je serai là pour te guider et te féliciter tout au long du chemin, si c'est aussi ce que tu veux.

« J'ai hâte », répondit-il du bout des doigts sur son avant-bras. Après l'avoir étreint tout son soûl, elle lui embrassa le front et se leva, décidant qu'il était temps de prendre congé. Dans le couloir, elle croisa Sugi et Hanabi, à qui elle expliqua brièvement qu'elle ne serait pas là pendant environ deux semaines, plus si la mission tournait à l'imprévu – très probable, vu l'aimant à problèmes qu'était Naruto – et qu'ils pouvaient passer par Ensui pour la contacter en cas de problème. Une fois ce devoir effectué, elle rentra s'atteler aux autres, aussi sérieuse et ordonnée qu'elle pouvait l'être.

Kakashi n'avait qu'une petite heure de retard, le lendemain matin. C'était une agréable surprise pour les trois Genin, qui étaient impatients de se remettre au travail. La route était calme, la plupart du temps déserte, mais ils préférèrent passer par les arbres, comme des shinobi de Konoha dignes de ce nom. C'était étrange et réconfortant à la fois de se trouver à nouveau sur les chemins en équipe, au complet, sans ajout, juste ses frères et son sensei. Elle savait que ça ne durerait pas et comptait bien en profiter.

À la vitesse de ninjas, il ne fallait qu'une journée pour traverser la distance séparant Konoha de la frontière. Depuis plusieurs lieues déjà, quand le vent s'y prêtait, Hitomi parvenait à sentir l'odeur de fumée et de mort qui se dégageait du petit village, pourtant elle se figea quand elle le vit enfin. Elle avait rarement vu de telles scènes de dévastation – après l'attaque de Kyûbi et à la fin de l'invasion, c'était tout. La petite taille du village rendait même la scène encore plus cruelle. De l'arbre sur lequel ses frères et elle avaient décidé de se percher, elle observa les survivants, qui erraient entre les ruines d'un pas titubant. Elle pouvait presque imaginer le détachement glacé dans leur regard, mêlé à une incompréhension profonde.

Finalement, Kakashi donna le signal qu'ils attendaient pour se mettre en mouvement. Ils bondirent tous trois de leurs perchoirs et retombèrent souplement sur leurs appuis. Il fallut quelques minutes aux villageois pour les repérer alors qu'ils avançaient dans la rue principale, le dos droit et la démarche déterminée. Leurs regards s'allumèrent d'une lueur fervente quand ils virent le symbole sur leur bandeau frontal. Pour eux, qui vivaient si loin de Konoha, les ninjas étaient pratiquement une légende quand aucune guerre ne transformait leurs terres en champ de bataille.

Ils arrivèrent devant le poste de police, qui semblait n'avoir subi aucun dommage. Kakashi leur fit signe d'attendre là tandis qu'il allait chercher des informations. Tout en patientant, les trois adolescents observèrent les environs avec soin. Ils tentaient de comprendre, de déterminer ce qui avait pu pousser qui que ce soit à attaquer, détruire. L'enjeu était fort surtout pour Sasuke et Naruto, mais leurs raisons n'auraient pu être plus différentes : le premier cherchait les similitudes avec ce qui lui était arrivé, le second voulait saisir pourquoi ce qui restait de sa famille, de son clan, avait été pris pour cible.

— Bon, les enfants, on va se séparer. Hitomi, tu viens avec moi inspecter les corps. Sasuke et Naruto, vous allez essayer de trouver des indices sur ce qui s'est produit dans les ruines. Soyez prudents et revenez ici dans deux heures. Demain, on aidera ces gens à reconstruire, à se nourrir, et à guérir.

Tout en cherchant la personne qui a fait ça n'était pas clairement énoncé, mais se mêlait délicatement aux paroles du sensei, au sous-ton dur qu'avait pris sa voix. Il avait toujours eu en lui une étincelle protectrice, féroce, qui ne tolérait pas une telle attaque sur son peuple. Il devait moins de loyauté à ces gens qu'à son village… Mais ils étaient tellement, tellement vulnérables, comme des enfants qui n'auraient jamais eu l'occasion d'apprendre à se défendre.

Une main fermement posée sur l'épaule d'Hitomi, l'homme la guida derrière le poste de police. C'était là que l'odeur de mort était la plus forte – la tragédie avait eu lieu deux nuits plus tôt. Au dos du bâtiment s'étalaient des dizaines de bâches, et dessous se devinait la forme des corps. Lentement, Hitomi s'agenouilla devant le premier et leva le carré de tissu bleu pâle, révélant le visage terrifié d'une jeune femme. Son cœur rata un battement, ses pensées s'égarèrent vers Itachi. Ce n'était pas lui, ce n'était pas son œuvre, et pourtant… Elle dut fermer un instant les yeux pour se reprendre.

Un corps après l'autre, elle s'immergea dans son travail. Elle nota la terre dans les cheveux d'un enfant, signe qu'il avait été traîné au sol tandis qu'il se débattait encore, les doigts brisés d'un homme qui avait tenté de se défendre, les bleus ante mortem autour de la gorge gracile d'une adolescente. Elle n'avait pas besoin d'écrire ou de prendre des notes. Son esprit n'oublierait jamais. Plongée dans les récits qu'elle décodait les uns après les autres sur des cadavres qu'elle avait, effrayée, cessé de compter, elle sursauta quand Kakashi posa une main sur son épaule.

— Il est l'heure de retourner devant. Sasuke et Naruto nous y attendent déjà.

Elle hocha la tête et se releva lentement, essuyant ses mains sur le mouchoir qu'il lui tendit. Sa gorge était serrée et une sueur froide lui coulait dans la nuque. C'était discret sur le dernier cadavre, mais elle l'avait vu, elle n'aurait pas pu le manquer si elle l'avait souhaité… Le symbole de Jashin, gravé de la pointe d'un kunai. Elle était terrifiée à l'idée que ce soit Hidan, déjà, parce que le plan qu'elle avait mis au point pour s'occuper de lui n'était pas encore prêt. Mais avec un peu de chance… Elle s'était renseignée, avait fait ses recherches. Le Dieu de la Souffrance avait plus d'un partisan, et aucun autre n'était immortel.

Quand elle les retrouva devant le poste de police, Hitomi ne put s'empêcher de remarquer la pâleur de ses frères, leurs postures raides. Ils étaient à peine plus que des enfants, mais le monde des shinobi n'attendrait pas qu'ils grandissent pour les abreuver d'horreurs en tous genres. D'une voix sans timbre, Sasuke raconta ce qu'il avait déduit à propos du trajet suivi par le tueur – il était sûr qu'il n'y en avait qu'un – de la manière dont il s'y était pris pour certaines victimes. Le tableau dépeint par ces informations et celles qu'Hitomi et Kakashi avaient à apporter lui collait des frissons le long du dos.

— Je vois… Une fois la population ramenée à un état stable, nous traquerons ce tueur, si nous en avons encore la possibilité.

— D'accord, Kakashi-sensei.

— Suivez-moi tous les trois, il y a une petite auberge qui fonctionne encore au bas de la rue, on va loger là jusqu'à la fin de la mission.

En silence, les Genin s'exécutèrent, se déployant en ligne derrière leur sensei. Parfois, ils croisaient un civil au regard hanté. C'était presque pire que ce qu'ils avaient vu à Konoha après l'invasion, quand, lentement, les habitants avaient réinvesti les rues dévastées, leurs maisons parfois réduites à l'état de ruines, parce que les habitants d'un Village Caché savaient à quoi s'attendre. Ils apprenaient les procédures d'évacuation et de sécurité, connaissaient les codes d'urgence, savaient même parfois se défendre contre tout ce qui n'était pas un ninja. Ici… Ici, si loin de tout déploiement militaire, les choses étaient différentes. Ces gens étaient des agneaux que le premier loup venu pouvait cueillir, seul, en quelques heures à peine.

Le silence se fit brutalement dans l'auberge quand ils entrèrent. Le patron se précipita aux côtés de Kakashi en s'inclinant bien bas, lui donnant du « sama » et le remerciant d'avoir répondu à la supplication de son village. Il avait raison d'être reconnaissant : c'était par coup de chance que Konoha avait justement eu une équipe à peu près qualifiée à envoyer aussi rapidement sur les lieux. Pourtant, Hitomi détourna les yeux, profondément mal à l'aise devant la gratitude qu'il exposait. Son devoir ne la liait pas seulement à son village. Elle ne lui faisait pas de faveur, et son équipe non plus.

Ce soir-là, ils mangèrent comme des rois, tous les quatre. Kakashi avait tenté de dissuader le gérant de leur servir les meilleurs morceaux et les plats les plus luxueux, en vain. Les Genin et leur professeur finirent par admettre leur défaite et se mirent à manger, discutant à voix basse de la marche à suivre. Il fut finalement décidé qu'Hitomi irait aider à l'hôpital, puisqu'elle était la seule à connaître un peu de ninjutsu médical. Kakashi, lui, était nécessaire aux reconstructions, car il maîtrisait suffisamment bien le Doton pour faire sortir de terre des structures basiques. Sasuke et Naruto, quant à eux, chasseraient pour ceux qui ne pouvaient subvenir à leurs besoins, avec l'aide des chats d'Hitomi.

Cette nuit-là, la jeune fille dormit mal. Elle rêva de Sharingan et d'une nuée de corbeaux qui prenait la forme d'un fer de lance, puis d'une eau qui virait lentement au rouge, comme si quelqu'un se vidait de son sang. Elle se réveilla sur les nerfs, dissimulant comme elle le pouvait sa tension sous un masque détaché. Avant de se préparer – il était encore si tôt que le soleil n'était qu'un rai de lumière à l'horizon – elle écrivit à Itachi, décrivant la mission dans laquelle il s'était lancée. Elle ne prit pas la peine d'attendre une réponse : il devait dormir, à cette heure-ci.

Kakashi était déjà attablé devant un petit-déjeuner quand elle descendit finalement, après s'être assurée que ses frères dormaient toujours. Il la salua de la main qui tenait ses baguettes, évitant par miracle de renverser le riz qu'elles tenaient, tandis qu'il lisait son livre de l'autre. En silence, elle s'assit, remercia d'un signe de tête le gérant venu lui apporter sa part, et commença à manger, le cœur au bord des lèvres.

— Ce sera difficile pour Sasuke, cette mission, finit par dire Kakashi.

— Et pour Naruto aussi.

— Et pour Naruto aussi, oui. Et pour toi, Hitomi-chan ?

— Moi… Je me sens mal aussi, mais pour eux, surtout. Et pour l'horreur pure de la situation.

— Oui… Certaines missions font cet effet-là, n'est-ce pas ?

— Comment peut-on passer outre, Kakashi-sensei ? La mission ne va pas s'accomplir toute seule en attendant que je dépasse mes états d'âme. J'ai besoin d'une manière de gérer, et les garçons aussi.

— Hm… Je dirais, et c'est un peu bateau, que tu dois te concentrer sur le fait d'aider ces gens. C'est important pour toi, pas vrai ? Et pas seulement parce que c'est une mission ?

— O-oui.

— Alors concentre-toi là-dessus. Ca assourdira un peu le dégoût que tu ressens.

Il ne parla pas de la peur, de la sensation d'être minuscule, vulnérable, perdue. Il n'en parla pas, par pudeur peut-être, ou sans doute parce que les shinobi ignoraient ce genre de sentiments. Il était plus facile de fermer les yeux que de les accepter, de devoir les affronter. Il lui sourit derrière son masque et son livre, ne laissant voir que son œil non-couvert.

— Tu y arriveras, Hitomi-chan. Ton esprit est fort, et tu as affronté pire que ça, nous le savons tous les deux.

— Je l'espère… Merci, Kakashi-sensei.

— Pas de problème. Tu peux toujours t'adresser à moi quand ça ne va pas, tu le sais. Ensui est sans doute un meilleur choix à tes yeux, mais… Quand c'est plus pratique pour toi, je suis là. Et ça vaut pour tes frères aussi, si seulement ils le comprenaient.

— Aah, c'est Naruto et Sasuke, ça, sensei. L'un porte ses émotions écrites sur son front, l'autre les intériorise jusqu'à ce qu'elles le dévorent. Ils sont comme les deux extrêmes sur une échelle, pas vrai ?

— C'est assez pertinent, comme description, je dois l'admettre.

Un silence confortable retomba sur leur table, jusqu'à ce que les frères d'Hitomi les rejoignent et commencent à se chamailler gratuitement, juste parce que ça les amusait. Tout en finissant son petit-déjeuner, Hitomi écrivit une réponse à Gaara, qui lui demandait si elle était vraiment remise, si elle avait besoin d'aide. D'après Temari, il avait très mal réagi en apprenant la gravité de ses blessures et sa brève, très brève rencontre avec la mort. Elle le rassurait comme elle pouvait, en décrivant ses dernières performances à l'entraînement et sa forme physique dans les moindres détails. Cela semblait lui suffire, heureusement.

Quand toute l'équipe fut prête à attaquer la journée, Hitomi invoqua tous les chats à sa disposition. Elle envoya Hoshihi, Haîro et Kurokumo chasser pour le village avec Hokori pour servir d'agent de liaison – sa sœur Sunaarashi irait avec Kakashi. Hai, quant à elle, se percha sur les épaules de son Invocatrice et n'en bougea pas tout au long du chemin vers l'hôpital. Des trois Genin, elle était celle qui avait le moins de chances de se fourrer dans des ennuis, la répartition qu'elle avait choisie était donc logique… Mais c'était la première fois qu'elle envoyait son familier sous la supervision de quelqu'un d'autre. Elle faisait confiance à Naruto et Sasuke. Ils veilleraient à ce qu'il ne lui arrive rien, et si nécessaire, ils appelleraient Kakashi à la rescousse avec l'aide d'Hokori.

La plupart des gens qui avaient été blessés pendant l'attaque ne l'avaient été qu'à cause des maisons écroulées, ou en allant chercher des gens dans les décombres. Si un Jashiniste leur avait infligé des blessures, à moins d'être dotés d'une chance insolente, ils seraient morts. Le culte du Dieu de la Souffrance exigeait de ses fidèles qu'ils finissent ce qu'ils avaient commencé, après tout. Hitomi ne pouvait rien faire pour les os brisés, mais elle aida à refermer son lot de plaies ouvertes, ne prenant qu'une brève pause à midi pour manger et aider ses réserves de chakra à se reformer. La précision qu'exigeait le ninjutsu médicale provoquait à haute dose une importante fatigue mentale, mais elle pouvait l'encaisser, elle le savait.

Et elle avait raison. Jour après jour, elle devint plus forte. Elle ne s'écroulait plus comme une masse sur son lit en rentrant à l'auberge. Kakashi n'avait plus à menacer, marchander, insister encore et encore pour qu'elle mange avant de s'endormir. Elle s'endurcit et ses compagnons aussi. Quand elle fut en état de les entendre, Hoshihi prit l'habitude de lui faire des rapports concernant sa journée une fois blotti avec elle dans son lit, lui racontant comment Naruto et Sasuke s'étaient comportés, quels progrès ils avaient faits.

Ce n'était pas une mission dangereuse ou particulièrement exigeante physiquement. Le plus terrible à supporter était l'attitude désespérée des villageois, persuadés qu'ils allaient disparaître, qu'ils allaient devoir quitter leurs terres et abandonner l'histoire immémoriale de leurs familles pour vivre chez des cousins et des amis du village voisin. C'était souvent ce qui se produisait après un tel massacre, quand la force de travail était si réduite que plus personne ne pouvait aider à cultiver les champs. Au bout d'un moment, Naruto abandonna l'idée de chasser, et alla plutôt donner un coup de main là-bas. Dans ce village, personne ne savait qu'il abritait un démon en lui : il était juste un adolescent bruyant, agité, avec un cœur assez grand pour enrober les Nations Élémentaires tout entières. Ils l'adoraient.

Hitomi, quant à elle, se fit lentement mais sûrement un nom à l'hôpital. Bien entendu, elle était la seule à pouvoir utiliser du chakra pour soigner, et mêmes ses minuscules prouesses poussaient les médecins plus classiques à la regarder d'un air éberlué. Cela la gênait un peu. Elle n'avait rien d'une médic, ne connaissait que quelques techniques trousse-de-secours, comme les appelait Yoshino. Bientôt, il n'y eut plus de blessés à soigner, seulement des malades pour qui elle ne pouvait rien.

Elle décida alors de s'occuper des enfants, pour que ceux qui les supervisaient puissent se remettre au travail normalement. Elle leur apprenait des « tours de ninjas », des séquences d'étirements et les manières dont on pouvait dissimuler sa présence en cas de danger. Dans le lot, elle en repéra deux dont le potentiel était intéressant, encore trop jeunes pour l'Académie. Elle l'inclurait dans son rapport à Tsunade, quand elle rentrerait à la maison. Konoha avait besoin de sang neuf, et les parents seraient sans doute heureux que leurs enfants envoient de l'argent à la maison, s'ils entraient dans les rangs après l'Académie.

Bientôt, le village eut retrouvé sa stabilité. Cela faisait plus de quinze jours qu'ils étaient là, et en écoutant les rapports des policiers qui étaient arrivés trop tard sur les lieux, Kakashi avait réussi à trouver une piste. Le coupable, d'après lui, était encore tout près : les Jashinistes jouissaient de la souffrance d'autrui. Observer les conséquences de leurs actes cruels, y compris la détresse sur le visage des proches de leurs victimes, était pour eux délectable. Il ne serait pas heureux que les gens de Konoha aient gâché son spectacle, et attaquerait à la première occasion.

Cette occasion, l'Équipe Sept la lui donna en quittant le village. Hitomi marchait en tête, ses chats en éventail derrière elle. Elle avait volontairement l'air vulnérable, jouant l'appât parfait avec ses sourires doux et ses boucles noires qui coulaient sur ses épaules comme un ciel liquide. Elle s'était même maquillée pour l'occasion. Sasuke et Naruto s'étaient opposés à ce plan, puis avaient accepté quand elle leur avait prouvé qu'elle pouvait toujours les contraindre au silence.

Elle adorait ce genre de piège, après tout.

Derrière son dos, elle fit un petit signe de la main à ses chats et coéquipiers quand ses méridiens captèrent un chakra malsain, plus loin sur la route. Il se dressait là, torse nu dans toute sa gloire, ses yeux noirs la méprisant ouvertement. Et ce n'était pas Hidan. Elle en avait été à peu près sûre en acceptant ce plan, après avoir écouté les descriptions données par les quelques témoins oculaires. Maintenant, elle en était certaine, et manquait de mots pour exprimer son soulagement. Seul Hidan, parmi les fidèles, s'était vu offrir l'immortalité. Les autres Jashinistes qui avaient croisé le chemin de Konoha par le passé mouraient quand on les perçait d'assez de trous, comme n'importe quel autre ninja.

—Vous, les sous-merdes de Konoha ! De quel droit osez-vous intervenir dans l'œuvre de Jashin-sama ?

C'était un aveu et Kakashi n'avait pas besoin de plus. D'un petit claquement de langue, il donna le signal que son équipe attendait pour agir. Hitomi, qui malaxait déjà du chakra en prévision de ce moment, effectua les six mudras pour le Fouet Aqueux et le fit claquer dans l'air tout en dégainant son tantô. Les traits de l'homme se crispèrent en une expression méprisante et il s'empara de sa propre arme, un trident à l'air aussi ridicule que meurtrier. Elle voulait voir le sang séché sous les trois lames, là où il n'avait pas nettoyé avec assez de soin.

— Pourquoi ? grogna Naruto tandis qu'il dégainait sa propre lame. Pourquoi massacrer ces gens ?

— Pfeuh ! Tu ne comprendrais pas, gamin. Mon dieu me l'a demandé, et j'ai été payé pour cibler ces gens, c'est tout. C'était tellement facile… Mais à Konoha, on ne vous élève pas comme ça, pas vrai ?

— Si la faiblesse, c'est d'être incapable de massacrer des gens gratuitement, alors je préfère mille fois être faible que de devenir un homme comme toi !

Hitomi profita de la discussion entre le jinchûriki et leur adversaire pour se ruer en avant, Hoshihi feulant et grognant sur ses talons. Le Jashiniste passa habilement sous son sabre mais ne fut pas assez rapide pour esquiver le fouet qui s'enroula autour de sa gorge et tira brutalement vers le bas, arrachant un peu de peau au passage. Une expression d'extase se peignit brièvement sur les traits de l'homme, faisant frémir Hitomi de dégoût.

— Tu tapes bien, petite, mais qu'est-ce que tu fais quand c'est moi qui passe à l'attaque ?

Elle laissa échapper un petit rire moqueur en s'effaçant devant le trident qui tentait de l'embrocher. Comparé à ses précédents adversaires – Orochimaru, Kabuto, les trois du son, Zabuza… – c'était presque facile, cette fois. En se redressant, elle le frappa au torse du plat de sa botte de sa botte et recula pour laisser à Hoshihi l'espace qu'il lui fallait afin de bondir sur sa proie. Il ne manqua que de justesse, ses longues griffes acérées laissant des sillons de feu sur le bras qu'il aurait voulu emporter.

Sasuke s'en mêla, lui aussi, Naruto à ses côtés. Elle n'était pas inquiète pour eux : ils avaient affronté bien pire qu'un Jashiniste à peu près du même niveau qu'un Chûnin. À trois, aidés des félins d'Hitomi, ils sapèrent lentement les forces de l'homme, jusqu'à ce qu'un coup particulièrement vicieux de la jeune fille le touche à l'arrière de la nuque et qu'il s'évanouisse, saignant d'une dizaine de blessures différentes. Et elle… Elle n'était même pas essoufflée. Elle leva les yeux vers Kakashi, qui avait décidé de rester en arrière et d'observer – il posait désormais sur eux un regard fier.

— Bien ! Cet homme devra répondre de ses crimes devant la justice de Konoha. Viens, Hitomi, je vais te montrer un sceau de stase pour le transport des prisonniers.

Sous le regard attentif de la jeune fille, il déploya un grand rouleau de parchemin, couvert du sceau le plus complexe qu'elle ait jamais vu. Elle l'estimait à sa portée… Mais tout juste.

— Vous pourrez me l'apprendre ?

— Non, pas moi. C'est le travail de Jiraiya… Il est le seul capable d'en faire, au village.

Ce qui signifiait qu'elle pouvait se faire beaucoup d'argent si elle en devenait capable elle aussi et se mettait à les vendre. Est-ce que l'ANBU Renard, qu'elle voyait souvent traîner avec Ibiki, serait intéressé ? Ou peut-être les Tokubetsu Jônin spécialisés en traque et capture ? Elle devait y songer. Toujours attentive, elle regarda Kakashi poser le parchemin déployé sur l'homme de sorte qu'il le couvre totalement, et activer le sceau d'une décharge de chakra avant de rendre au parchemin sa forme de rouleau.

— Voilà, on peut rentrer à Konoha dès aujourd'hui, les enfants. Vu qu'on a affronté quelqu'un qui s'apparente à un ninja, le niveau de la mission va sans doute être rehaussé jusqu'à B… Après tout, ce type n'était pas un Jônin non plus, n'exagérons rien. Mais ça veut dire de la paperasse ! J'espère que vous êtes aussi ravis que moi !

Les trois enfants roulèrent des yeux et grognèrent de concert, fusillant leur sensei du regard. Quelque part dans l'ordre cosmique des choses, c'était certainement sa faute.