Coucou ! J'ai un examen aujourd'hui et ça me stresse énormément, mais je voulais vous remercier pour vos adorables reviews. Vous êtes des lecteurs fabuleux !
Comme Kakashi l'avait prévu, la mission fut réévaluée au rang B une fois leurs premiers rapports remis. Hitomi dut expliquer à Izumo et Kotetsu, qui occupaient un poste à la Tour ce jour-là, comment son équipe et elle avaient fait le choix de poursuivre le Chûnin – car il en était bien un, un nukenin de Kumogakure qui s'était converti à Jashin dix ans auparavant et avait été chassé de son village pour ce crime. Elle expliqua ensuite le déroulement du combat, assura que non, personne n'avait été blessé, parce que l'Équipe Sept pouvait avoir de la chance elle aussi. Parfois.
Quand ils la congédièrent, elle était épuisée et d'assez mauvaise humeur. Elle décida d'aller se détendre aux bains publics. Bien sûr, elle avait des bains à la maison, et même des bains publics sur les terres Nara, mais il y en avait aussi ici, tellement plus près… Elle n'avait pas envie de devoir attendre. En silence, elle se changea dans une petite cabine privée, ferma à clé derrière elle et parcourut pieds nus la distance qui la séparait des bains des femmes.
À sa grande surprise, ils n'étaient pas vides, alors que la majorité des habitants de Konoha étaient à l'école ou au travail en ce moment. Non, Anko, l'examinatrice de l'épreuve de la Forêt de la Mort, se prélassait déjà dans l'eau, un vague sourire aux lèvres. Quand elle vit Hitomi arriver, elle leva la tête et ses yeux s'écarquillèrent au bout d'un instant – elle l'avait reconnue.
— Tiens tiens… La gamine Yûhi vient finalement à moi.
Comme sous le regard d'un prédateur, la jeune fille se figea et crispa la main qui retenait sa serviette autour d'elle. Vraiment, elle aurait préféré attendre d'être Jônin et Maîtresse des Sceaux avant de devoir se frotter à Anko à nouveau. Inspirant profondément pour se donner du courage, elle roula les épaules et se redressa de toute sa – faible – hauteur.
— Anko-san. Je ne pensais pas vous voir ici. Vous n'êtes pas en service ?
— Pfeuh ! Jour de congé obligatoire. N'aie pas peur, gamine, douche-toi et viens dans l'eau, je ne vais pas te manger. Ta mère me botterait le cul beaucoup trop fort si je posais la main sur toi.
Après un instant d'hésitation – la réputation d'Anko la disait plutôt disposée à se faire botter le cul de temps à autres – la jeune fille s'exécuta, se lavant rapidement avant de descendre d'un pas lent mais affirmé dans le onsen. Elle n'avait plus rien pour protéger sa modestie à présent, puisqu'il fallait laisser les serviettes sur le rebord du bain, mais elle avait appris à oublier toute notion de pudeur au fil des missions où l'intimité était minimale – même à l'Académie, on apprenait aux jeunes filles à ne pas se préoccuper d'un si petit détail.
— Ah, l'examen Chûnin… C'était particulier cette année, crois-moi. En général, c'est quand même plus tranquille.
Oui, elle se doutait qu'un village n'en envahissait pas un autre à chaque examen. Avec deux éditions par an, ça aurait laissé un désordre pas possible.
— C'est dommage que tu n'aies pas été promue. J'imagine que tu le méritais, ne serait-ce que pour avoir survécu à Orochimaru.
Le corps d'Hitomi se tendit comme un arc. Elle n'oubliait pas qu'Anko avait été l'apprentie du Sannin. Les circonstances dans lesquelles il l'avait abandonnée… Peut-être que ça ne comptait pas, que ça ne suffisait pas à éveiller en elle la haine de l'individu qui lui permettrait de pardonner à sa meurtrière. Elle ne se détendit que quand Anko posa une main sur son épaule et l'attira à elle, la broyant dans une étreinte à briser les os.
— Merci d'avoir débarrassé le paysage de sa vieille peau, d'ailleurs. Je n'aurais pas cru apprendre sa mort un jour. Ca m'a fait bizarre sur le coup, mais après, j'ai été soulagée. Plus de vieux connard pour m'empêcher de me détendre et de profiter !
— Ah… Hum… De rien ?
La Tokubetsu Jônin semblait particulièrement tactile ce jour-là : elle enroula son bras autour des épaules d'Hitomi et pressa son buste contre ses épaules, refusant de la laisser partir. La jeune fille ne se débattait pas très fort non plus, il fallait l'avouer : tant que ça n'allait pas plus loin qu'un câlin, elle pouvait bien accepter le contact. Elle écouta sagement Anko se plaindre de son travail, de l'ennui maintenant qu'elle n'avait plus d'examen à organiser, de la paperasse, de Genma qui laissait ses maudits senbon traîner partout.
Quand le moment fut venu de sortir du bain, elle devait s'avouer un peu soulagée. Anko l'intimidait, et plus qu'un peu, entre son attitude et ses techniques qui exploitaient le contrat des serpents. D'ailleurs… Elle en était la détentrice principale, désormais. En avait-elle seulement une copie, ou le rouleau était-il conservé dans le Monde Spirituel, comme c'était le cas par exemple pour le contrat des Corbeaux ?
Une fois rhabillée, Hitomi sortit des bains publics d'une démarche tranquille. Puisque sa mission avait été réévaluée au rang B, elle devait à présent observer deux jours de repos avant de retourner à la Tour pour en recevoir une nouvelle, ce qui signifiait qu'elle aurait le temps de s'entraîner et de sociabiliser un peu. Elle savait qu'Anosuke avait quitté l'hôpital quelques jours plus tôt, Ensui lui avait tout raconté dans le détail, et elle avait hâte de voir son petit protégé dans ce nouveau cadre, plus chaleureux et sécuritaire que l'hôpital ne le serait jamais.
Une fois les limites des terres Nara franchies, elle inspira profondément et s'ouvrit aux perceptions de ses méridiens, sondant l'espace autour d'elle dans l'espoir de trouver son maître. Elle sourit quand elle repéra son chakra, dans le bureau du bâtiment d'où Shikaku et lui, et parfois Yoshino, dirigeaient le clan. Elle se dirigea dans cette direction d'un pas décidé, impatiente de retrouver son shishou. Elle ne prit même pas la peine de frapper avant d'entrer dans le bureau – pour lui, elle était ici chez elle. Il avait même décidé d'acheter un petit canapé pour qu'elle puisse s'installer confortablement pendant ses visites – et pas du tout pour faire la sieste, promis. Après l'avoir brièvement serré dans ses bras, elle alla s'asseoir et commença à lui raconter sa mission.
Le fait que leur ennemi soit un Jashiniste avait sans doute été classé secret, mais Hitomi n'avait jamais observé ce genre d'interdictions quand elle parlait avec Ensui, et il la considérait assez pour lui retourner la faveur. Certes, ils respectaient tous deux beaucoup plus Tsunade qu'ils n'avaient respecté Hiruzen, mais le reste de l'administration, du système, n'avait pas changé. Danzô se reposait toujours tranquillement sur sa toile d'araignée qui lentement rongeait le village. Les conseillers étaient toujours corrompus à sa cause.
— Je vois, soupira-t-il quand elle eut terminé. Quand j'ai vu que Tsunade-sama vous avait donné l'autorisation de poursuivre le coupable, je me suis douté que vous voudriez le faire. Comment le prend Naruto ?
— Il est content qu'on ait arrêté le type. Je pensais qu'il serait beaucoup plus mal en constatant qu'une partie des rares Uzumaki encore en vie avait disparu, mais j'ai l'impression que c'est l'idée du massacre qui l'a affecté plus que l'identité des décédés.
— Ca ne me surprend pas vraiment. Après tout, c'est vous sa famille, désormais. Toi, Sasuke, ta mère, Karin-chan.
— Et vous, shishou. Vous faites partie de la famille et aussi.
— Et moi, concéda l'homme sans trop d'hésitation. À propos de famille… J'ai peut-être une bonne nouvelle à propos du petit Anosuke.
Aussitôt, Hitomi se redressa, quittant sa pose détendue et alanguie pour s'asseoir le dos droit, son regard retrouvant tout son sérieux.
— J'ai trouvé des documents aux archives… J'ai décodé la plupart des instructions. Tiens, les voici. Tu crois que ça pourrait l'aider ?
Les sourcils légèrement froncés, la jeune fille se leva et vint chercher la liasse de documents qu'il lui tendait. En effet, un code standard de Konoha pendant la Première Grande Guerre… Non, plus complexe que ça, avec un encodage en spirale si compliqué qu'elle avait dû apprendre comment l'utiliser et le décrypter dans un bouquin plutôt qu'à l'Académie. Aussitôt, elle se mit au travail, décodant le texte une phrase après l'autre. Quand elle eut fini, son regard s'éclaira et elle hocha la tête d'un air décidé.
— Je crois que ça peut marcher, shishou. Merci, je tenterai de mettre cette méthode en place avec lui.
Elle resta là encore quelques heures, travaillant sur l'un de ses romans tandis qu'il remplissait et triait de la paperasse. Elle en profita pour lui faire passer le dépôt de brevet sur ses carnets communicants, même si elle ne comptait pas les commercialiser avant d'avoir trouvé le moyen de les relier tous ensemble avec une sorte d'indicatif, un peu comme fonctionnaient les téléphones dans le Monde d'Avant. Mieux valait qu'elle soit prudente : il suffisait que l'un de ses amis perde son carnet et qu'il soit retrouvé par quelqu'un un minimum qualifié en fûinjutsu pour qu'elle perde les revenus que son invention pouvait générer.
— Il est tard, shishou. On rentre à la maison ? Maman est en mission avec son équipe, mais je vais préparer à manger, si Naruto ne s'y est pas déjà mis.
Il fallut encore quelques minutes à Ensui pour ranger son bureau et s'assurer que tout était bien fermé, sécurisé, mais ensuite, il accepta de la suivre, une main sur son épaule comme pour rechercher un peu de la proximité dont leurs emplois respectifs les privaient régulièrement. Le maître n'avait pas été aussi tactile avec son élève auparavant, mais depuis qu'elle avait frôlé la mort… Elle sentait parfois ses longs doigts calleux se poser sur le creux de son poignet, là où son pouls battait, comme s'il voulait s'assurer qu'elle était encore en vie.
Il était facile d'oublier ce par quoi il était passé, jusqu'à ce qu'il agisse de la sorte. Il se montrait inquiet sans parvenir à l'exprimer et tout revenait à la figure d'Hitomi avec la force et la subtilité d'un coup de poing. Son fils, la femme qu'il avait aimée, ses parents… Et tous les autres, tous les sacrifiés aux noms gravés sur les stèles mémorielles du village, son maître, ses camarades, le père d'Hitomi, et tous ceux dont il avait tu l'identité par pudeur ou dans l'espoir d'oublier. Elle ne pouvait lui en vouloir. Elle aussi, son contact la rassurait.
Comme Hitomi l'avait anticipé, Naruto était aux fourneaux quand ils rentrèrent. L'ambiance chaleureuse l'attrapa à la gorge un moment avant de la remplir d'une sensation de tiédeur et de confort qui détendit tous ses muscles plus efficacement qu'un onsen. Elle se défit de ses bottes, de ses armes, revêtit les chaussons usés par le temps qu'elle devrait bientôt remplacer, puis se dirigea vers le salon, où Anosuke et Sasuke étaient assis chacun à une extrémité du canapé. Oh, ce n'était pas un signe d'antipathie, ils s'étaient montrés très cordiaux quand le jeune Uchiha était venu avec sa sœur à l'hôpital pour rencontrer le gamin à qui elle apportait tant d'importance. Ils préféraient tous simplement garder un peu d'espace à eux.
Ces réserves disparurent quand Hitomi contourna le canapé et posa une main légère sur l'épaule du petit garçon, qui en réaction lui sauta dans les bras. Elle le rattrapa en riant, puis prêta attention au babillage excité qu'il lui tapotait sur la nuque du bout des doigts tout en le serrant fort contre elle. Docile, le gardant toujours perché dans son étreinte, elle marcha jusqu'à la chambre que Kurenai lui avait installée en sacrifiant un des bureaux du rez-de-chaussée. Ainsi, il n'avait pas besoin de monter l'escalier et ne dépendait de personne pour se rendre dans son espace privé.
— Tu vas bien ? demanda-t-elle d'une voix douce. Tu t'acclimates bien ici ?
« Aucun problème. Ta maman est très gentille, ton maître aussi, tes frères aussi. »
— Oui, n'est-ce pas ? J'ai de la chance d'être aussi bien entourée. Tu l'es aussi, maintenant. On ne te laissera pas seul, Anosuke-kun, sauf si c'est ce que tu veux.
Il hocha la tête d'un air sérieux tandis qu'elle ouvrait la porte de la chambre et regardait autour d'elle. Sa mère avait fait du bon travail, vraiment. Elle avait choisi un lit d'enfant de bois pâle, qui pourrait être remplacé quand Anosuke grandirait, et des draps vert sombre, ceux qu'on trouvait le plus souvent dans les magasins Nara, d'une incroyable douceur contre une peau sensible. Les autres meubles étaient du même bois : il avait un bureau, une bibliothèque pour l'instant encore vide, une table de nuit et une penderie. Ce n'était pas énorme, mais dans son cas, il valait mieux éviter de surcharger l'endroit, au moins jusqu'à ce qu'il ait d'excellents repères… Ou qu'il puisse appliquer les solutions qu'elle avait trouvées.
— Anosuke-kun, Ensui-shishou et moi faisons des recherches pour toi depuis qu'on sait que je vais m'occuper de toi. J'ai peut-être trouvé un moyen de faire ressortir les kanjis en relief sur les livres avec un sceau, pour que tu puisses lire, mais je dois encore travailler là-dessus. On a surtout trouvé une manière d'employer nos jutsu du clan d'une manière qui pourrait contrebalancer la perte de tes yeux.
« Vraiment ? »
— Oui, vraiment. Je vais d'abord devoir l'apprendre en autodidacte avant de pouvoir te l'enseigner, mais de toute façon, pour l'instant, tes réserves de chakra sont encore trop petites pour que tu puisses utiliser cette technique. Quand tu auras assez grandi, je te tatouerai un sceau quelque part où il sera en sécurité, intouchable, pour qu'elle soit activée dès que tu es éveillé, jusqu'à ce que tu t'endormes, sans que tu aies besoin d'un effort conscient. Si c'est ce que tu veux, bien entendu.
« Bien sûr que c'est ce que je veux ! C'est un grand avantage pour un ninja, pas vrai ? Les gens penseront que je suis aveugle, et ils auront raison, mais en fait j'aurai d'autres moyens de les repérer ! »
— Exactement. En plus de ça, tu apprendras aussi à appréhender ton environnement grâce aux odeurs et aux bruits. Je demanderai conseil à mes chats, à Kakashi-sensei et aux Inuzuka pour ça. D'ici à ce que tu sois diplômé, tu seras prêt, je te le promets.
Elle avait fait les calculs, et connaissait déjà grâce à Jiraiya le sceau qu'elle devrait utiliser. Certes, elle n'avait pas encore les compétences nécessaires pour l'appliquer et encore moins le tatouer, mais il faudrait au moins trois ans pour qu'Anosuke ait des réserves de chakra lui permettant de le supporter. Certes, pour un Nara, il était doté de bonnes réserves, mais elles n'étaient pas exceptionnelles non plus, et Hitomi ne voulait pas utiliser la technique d'Ensui pour forcer son corps à les dilater.
Ils n'avaient jamais vraiment parlé de ce point un peu fâcheux de l'entraînement à travers lequel il l'avait guidée, mais elle savait qu'il était au courant désormais : parfois, quand il la regardait, ses yeux s'attardaient sur ses clavicules, ses épaules. Il évaluait sa minceur. C'était d'autant plus vrai depuis qu'elle était revenue de la mission pour trouver Tsunade ; elle n'avait toujours pas fini de reprendre le poids qu'elle avait perdu alors. Elle aurait voulu le débarrasser de cette culpabilité. Sans son chakra, elle n'aurait pas survécu à ses derniers adversaires. Déjà qu'Orochimaru était un coup de chance…
Quand elle revint au salon, Anosuke pendu à son bras, Naruto servait les assiettes autour de la table basse. C'était rare qu'ils s'y attablent, parce que c'était un peu plus embêtant pour débarrasser, mais ils avaient tous besoin de cette proximité, des genoux qui se frôlaient, des coudes qui se gênaient et de la chaleur humaine. Un sourire immensément satisfait aux lèvres, Hitomi regarda son petit protégé qui mangeait avec tout l'enthousiasme d'un enfant, inconsciente de l'étincelle de fierté dans les yeux que son propre maître posait sur elle. La nouvelle génération déployait ses ailes.
Deux jours plus tard, Hitomi et ses frères retrouvèrent Kakashi devant la Tour. Il était temps de reprendre une mission. Tsunade avait été particulièrement satisfaite avec les résultats de la dernière et n'avaient pas tardé à leur donner le bonus auquel ils avaient droit pour le reclassement de sa difficulté. Le Jashiniste qu'ils avaient capturé était désormais entre les mains tendres et affectueuses d'Ibiki. Toutefois, en entrant dans le bureau – parfois, elle aimait remettre certaines missions en personne – Hitomi comprit que celle-ci était différente.
— Les données que nous avons reçues nous informent de la présence de l'un des repères d'Orochimaru, près du détroit qui mène au Pays des Vagues. Équipe Sept, vous aurez pour mission de piller ce repère et de le détruire. Nos informateurs affirment qu'il a été abandonné dans la précipitation, mais soyez prudents.
— Tsunade-sama ?
— Oui, Hitomi-chan ?
— Est-ce que cette mission ne devrait pas être confiée à des Chûnin, plutôt ?
La Hokage soupira profondément et, sans tenter de se cacher, se servit un généreux verre de saké. Elle savait que ni Kakashi ni ses élèves n'en seraient offensés, et ils n'iraient pas non plus la dénoncer à Shizune.
— Ce n'est pas si simple… Bien sûr, dans l'idéal, tu as raison, on déploierait une unité de quatre Chûnin compétents. Mais les séquelles de l'invasion sont encore très présentes, tu le sais. Nos Chûnin sont tous envoyés là où on a besoin d'eux en priorité : sur des missions qui rapportent plus d'argent, ou en poste à l'intérieur du village et aux frontières du pays. C'est la même chose pour les Jônin qui n'ont pas d'équipe sous leur charge… Et les Genin doivent suivre. Les Forces Générales peuvent prendre en charge les missions de rang D à l'intérieur du village, et celles de rang C ne sont pas prioritaires quand on a besoin de gens pour celles de rang B. Tu comprends ?
La jeune fille hocha la tête, les sourcils froncés. Elle savait pour la situation du village, bien entendu, tout comme elle savait que la manière de fonctionner que Tsunade avait choisie était la plus équilibrée : elle déployait ses ninjas là où ils avaient les meilleures chances de réussir, puis les forçait au repos pendant quelques jours pour qu'ils ne s'épuisent pas, plutôt que de remplir absolument toutes les missions qui arrivaient au village. C'était une manière d'agir sage et efficace.
— Bon ! Puisque c'est entendu, vous partez demain matin. Préparez-vous adéquatement, et bon travail.
— Merci, Tsunade-sama, conclut Kakashi d'une voix humble en guidant ses Genin vers la sortie.
Pendant un moment, ils marchèrent tous les quatre en silence dans les rues de Konoha. Hitomi et Naruto étaient tendus, surtout. Ils étaient les derniers à avoir vu Orochimaru vivant, après tout. Les derniers à l'avoir combattu. Même s'ils avaient vengé la marque odieuse apposée sur leur frère, les conséquences de ce geste étaient toujours bien visibles, trois petits magatamas noirs qui s'agençaient en un petit cercle sur sa nuque. Le Sceau qui Endigue le Mal tenait toujours l'influence du Serpent en respect, mais son chakra était toujours là, et Tsunade n'avait pas trouvé le moyen de le retirer sans tuer Sasuke dans la manœuvre.
— Vous aussi, vous vous demandez ce qu'on va trouver ? finit par demander l'adolescent.
— Des restes d'expériences, sans doute. Il était célèbre pour ça, ici, je doute qu'il ait arrêté une fois en exil.
— Avec un peu de chance, des notes sur ses travaux, aussi, intervint Sasuke. Si le repère a été vidé en urgence, je doute que ses sbires aient pu tout emporter.
— Ils n'auront peut-être rien emporté du tout, dit Hitomi d'une voix songeuse. S'ils ont fui le pays précipitamment, ils ne sont sans doute pas retournés là-bas. C'est le point le plus éloigné possible d'une frontière sûre pour eux.
— Hm… C'est possible, oui. Déjà la simple position de ce repère était un pari risqué, il y a beaucoup de patrouilles dans les environs.
— Ah, mais Orochimaru était arrogant. Il se pensait intouchable, invincible et immortel.
— Et quel bien ça lui a fait !
La conversation entre les trois adolescents mourut après la conclusion sarcastique de Sasuke. Kakashi les raccompagna jusqu'à la frontière des terres Nara avant de repartir vers chez lui. Le moral n'était pas au beau fixe dans la fratrie. Tous trois étaient anxieux concernant leur mission du lendemain, et avaient chacun leurs raisons légitimes. Toutefois, ils s'animèrent à nouveau en rentrant à la maison, où ils trouvèrent Ensui qui essayait d'expliquer à Anosuke comment se concentrer plus efficacement sur ses sens. La scène dessina un sourire attendri sur les lèvres d'Hitomi. Elle décida de ne pas les interrompre, préférant se réfugier directement dans sa chambre.
Elle avait beaucoup de travail, après tout.
Itachi-san,
L'Équipe Sept se dirigera demain vers le détroit qui donne sur le Pays des Vagues. Je vous serais reconnaissante de bien vouloir rester à distance, si vous le pouvez. Ce sera déjà une mission délicate pour nous tous… Sasuke n'a pas besoin de piqûre de rappel concernant la haine qu'il est censé vous porter. Je fais des progrès avec lui : j'ai évoqué une ou deux fois, sans trop m'arrêter sur le sujet, les étranges circonstances entourant le massacre. N'ayez crainte, je l'ai toujours fait à l'intérieur des terres Nara, là où personne ne penserait à nous écouter. Un jour, quand j'aurai des preuves matérielles suffisantes, j'aborderai franchement le sujet avec lui. Je trouverai le moyen de vous ramener à la maison. Comment vont vos yeux, aujourd'hui ?
Bien à vous,
Hitomi.
En attendant sa réponse, elle s'attela à une lettre pour Gaara, lui décrivant sans trop entrer dans les détails les deux derniers jours. Depuis qu'il avait été promu, il avait moins de temps pour écrire, mais ses lettres étaient plus longues, ce contre quoi Hitomi ne pouvait décemment protester. Apparemment, les missions assignées à son équipe étaient dangereuses aussi, mais rarement concentrées ailleurs que dans leur pays. Suna cherchait un moyen de rétablir la paix, ce à quoi Tsunade était tout à fait ouverte, mais le village n'avait plus de Kazekage, et le Conseil, selon leurs lois, n'avait pas un droit très étendu.
As-tu pensé à prendre cette place ? demanda-t-elle dans sa lettre. Tu en rêves aussi, et tu es sans doute prêt, pas vrai ? Qui le fera si toi tu ne t'en occupes pas ? Si tu es prêt, voici quelques conseils : acquiers l'appui de certains Jônin très bien considérés dans ton village, comme Baki-san, mais aussi celui des civils. Fais des donations à l'hôpital, aux orphelinats. Je te conseille aussi fortement de contacter Tsunade-sama. Elle te soutiendra sans doute, vu ton rôle durant l'invasion. La paix pourrait revenir, enfin.
Elle n'avait pas l'impression de forcer le destin, pas vraiment : cet évènement était destiné à se produire depuis que l'ambition était née dans le cœur de Gaara. Quant à son âge… Le premier Kazekage n'avait pas été beaucoup plus vieux, dans ses souvenirs. Il possédait la puissance nécessaire pour prétendre au titre… En fait, il était sans doute le seul membre de son village pour qui c'était le cas. Hitomi ne parvenait pas à imaginer un concurrent sérieux. Même Baki serait broyé par son sable en quelques instants s'ils devaient s'affronter à la mort.
Après avoir posé le point final de sa lettre à Gaara, la jeune fille se pencha sur sa correspondance pour Haku, Hinata, sa mère, et même Shikamaru, parti en mission la veille. Elle s'y consacra pendant plus d'une heure avant de décider qu'il était temps de s'atteler à des problèmes plus sérieux et plus pressants. D'une étincelle de chakra, elle activa le sceau de sécurité qui verrouillait sa porte à distance, et ouvrit l'un des tiroirs secrets de son bureau. Le meuble avait été construit par Ensui, et son succès auprès des ninjas était phénoménal. Il contenait pas moins de vingt caches secrètes, différentes d'un modèle à l'autre. Rien que pour la Tour, Tsunade en avait commandé une vingtaine.
Dans le tiroir se trouvaient ses recherches sur la création de sa propre version du langage écrit du fûinjutsu. Elle avançait bien : elle avait réussi quelques jours plus tôt à apporter le point final à un sceau de stockage basique. À présent, elle cherchait les améliorations qu'elle pouvait lui fournir à l'aide du matériel linguistique si vaste à sa disposition, s'appuyant quand c'était possible sur des signes inconnus de ce monde. Qu'ils essayent donc de comprendre ce qui signifiait la rune Jera, ceux qui voudraient percer ses secrets, elle les regardait.
Juste avant d'être appelée pour le dîner, elle était occupée sur le sceau que Jiraiya lui apprenait et qui permettait de stocker du chakra. C'était la version basique du sceau, qui ne conservait que l'énergie pure, sans ses affinités, mais il pouvait déjà être très utile, soit en étant converti une fois absorbé à son organisme soit en servant directement pour du ninjutsu médical. Avec un soupir, la jeune fille rangea son matériel et descendit, les doigts maculés d'encre.
Ensui était là, plongé dans un échange avec Anosuke, qui se servait de son propre genou comme d'une surface de communication. L'enfant avait déjà repris des couleurs et un peu de chair sur les os, maintenant qu'il n'était nourri à autre chose que ce simulacre d'aliments sains qu'on trouvait à l'hôpital. Il était plus joyeux aussi, plus ouvert, même si les bruits soudains le faisaient toujours sursauter et qu'il se plongeait encore dans de longues périodes d'immobilité. C'était sans doute ce qui inquiétait le plus Hitomi, qu'il se coupe parfois totalement du monde. Pour un shinobi, ce comportement était dangereux.
Le repas se déroula dans la joie et la bonne humeur. Naruto et Sasuke ne semblaient plus aussi perturbés par la mission à venir, si on en croyait leurs expressions détendues et les sourires sur leurs lèvres. Après avoir mangé, Hitomi s'appuya contre le dossier de sa chaise, silencieuse, et observa autour d'elle avec un mélange de fascination et de contentement. À chaque fois qu'elle réalisait quelle chance elle avait de vivre dans cette famille, son cœur se contractait presque douloureusement dans sa poitrine.
— Ensui-shishou ? Est-ce que vous pourriez venir voir mes recherches, s'il vous plaît ? J'ai quelque chose à vous demander.
Les traits empreints d'une expression grave, l'homme se leva de table, déployant sa silhouette longue et mince avec l'élégance nonchalante caractéristique des Nara. Ses cheveux étaient en désordre, plusieurs mèches se frayant un chemin hors de l'élastique rouge censé les maintenir en place ; c'était le signe qu'il avait passé de longues heures à chipoter avec les mèches tout en soupirant au-dessus d'un tas de paperasse.
— Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-il une fois dans sa chambre.
Sans répondre encore, la jeune fille activa son sceau de sécurité et récupéra ses derniers travaux, sur le sceau de stockage de chakra. Elle les passa à Ensui, regardant la fierté qui se peignait lentement sur son visage. Elle venait de maîtriser un sceau difficile, après tout. Dans ce domaine au moins, elle dépassait le maître.
— J'aimerais me le faire tatouer quelque part, pour pouvoir y accéder à volonté. Est-ce que vous pensez que je peux le faire moi-même ?
— Hm… Pas si tu l'as à peine maîtrisé, non. Mais attends voir, tu as de bonnes relations avec Yûgao Uzuki, pas vrai ?
— J'ai sauvé son fiancé, donc j'imagine que oui. Pourquoi ?
— Elle a une fonction connue au village : c'est la tatoueuse officielle de l'ANBU. Je pense que si tu dessines le motif du sceau là où tu veux qu'il soit, elle sera capable de le rendre permanent. Mais… Tu es sûre ? On ne revient pas en arrière avec ce genre de décision, et tu n'as pas vraiment besoin de chakra supplémentaire…
— On a toujours besoin de chakra supplémentaire. Face à Orochimaru, si je n'avais pas volé celui de Jiraiya-sama, je n'aurais jamais pu maintenir la Manipulation des Ombres. Et ça a failli le tuer que je lui prenne son énergie alors qu'il était déjà grièvement blessé… Je ne veux plus courir ce risque. Mon Kekkei Genkai ne peut pas être ma seule carte dans ce domaine, je dois avoir des alternatives.
— Tu devrais au moins attendre de maîtriser le sceau supérieur, Hitomi. Stocker plusieurs types de chakra tout en conservant leurs propriétés élémentaires, voilà qui te serait encore plus utile, tu ne trouves pas ? Te connaissant, ce sera l'affaire d'un mois à peine, et ça ne servirait à rien, pour le coup, que tu aies deux sceaux qui font pratiquement la même chose gravés sur le corps, tu ne trouves pas ?
Les traits de la jeune fille se pincèrent mais, de mauvaise grâce, elle finit par hocher la tête. Elle voyait la logique derrière son raisonnement et, si elle était honnête, si elle repoussait sa paranoïa là où elle pouvait à peine l'entendre, elle admettait qu'il avait raison. Avec un soupir, elle récupéra ses papiers et les rangea à nouveau avec soin, dissimulant les tremblants de ses mains comme elle le pouvait. Ensui était un Jônin. Elle ne le dupa pas.
— Hitomi, quand tu reviendras de cette mission, on aura une discussion sérieuse, tous les deux, d'accord ? On n'a jamais parlé de comment tu te sens après l'invasion, après avoir tué Orochimaru. Il est temps.
Hitomi se figea, son souffle se coinçant dans sa gorge. Cela aussi, elle finit par y acquiescer, évitant soigneusement de croiser le regard soucieux de son maître. Elle ne voulait pas… Mais il avait raison. Il était temps.
