Coucou ! C'est le dernier chapitre que je poste dans la furie des examens. Demain, c'est mon dernier partiel et après je suis libre ! J'espère que vous apprécierez ce chapitre. Le prochain sera très intense pour vous je pense. Bonne lecture !

Une bonne partie du voyage jusqu'au rivage se fit en silence. Dès l'instant où Kakashi était arrivé, la gravité et l'importance de cette mission s'étaient rappelées au bon souvenir des Genin, dont les traits fermés et sérieux faisaient presque tache sur les adolescents qu'ils étaient. Un autre sensei aurait peut-être essayé de leur rendre le sourire… Pas Kakashi. Chacun de ses trois petits élèves avaient failli mourir aux mains du Sannin renégat. Lui-même se sentait d'humeur sombre à l'idée de ne pouvoir prendre qu'une vengeance tardive et futile sur lui.

Les coordonnées que les espions avaient fournies à Tsunade menaient à un passage sous-terrain qu'ils faillirent manquer à cause de la brume qui s'abattait si près de la mer. Une masse orageuse passait sur le Pays du Feu, mais n'avait pas encore daigné libérer sa fureur. Quand cela viendrait, toutes les missions en cours, sans exception, se compliqueraient pour une raison ou une autre. Là où se trouvait l'Équipe Sept, on ne verrait pas plus loin qu'un ou deux mètres à la ronde et les grondements du tonnerre seraient idéaux pour dissimuler les avancées ennemies.

— Je vais forcer la porte à trois, dit Kakashi d'une voix calme. Sasuke, tu entres en premier, puis Hitomi, puis moi, et Naruto pour fermer la marche. Soyez prêts à tout.

Les trois Genin hochèrent la tête, les traits sérieux et concentrés. Si ce repère ressemblait à ceux dessinés par Kishimoto pour le manga, Hitomi n'aurait pas la place d'invoquer ses chats au combat. Ce n'était pas grave – elle avait d'autres atouts. Lentement, elle dégaina son sabre et activa sa gaine de chakra sans effort. Kakashi défonça la porte d'acier d'un coup de pied, ménageant si peu sa force qu'il l'envoya s'encastrer dans l'un des murs. Aussitôt, l'odeur de mort les assaillit, étouffante.

Ils se déployèrent en un instant, tentant de ne pas se laisser distraire par le danger que leur hurlaient leurs nez. Le sabre de Sasuke, Shinji to Giri, s'embrasa comme une torche. Lui aussi avait maîtrisé la gaine de chakra, et il parvenait à l'utiliser avec une affinité qui n'était même pas sa primaire – impressionnant, même pour un Uchiha. Grâce à cette technique, les ombres autour d'eux se déployèrent, s'agitèrent. Par réflexe, Hitomi infusa la sienne de chakra, et pendant un instant, il lui sembla que quelque chose allait se produire, comme si elle se trouvait à deux doigts d'un déclic pour apprendre une technique difficile – et puis l'instant passa.

— On va fouiller les salles une par une, tous ensemble. Pas question de se séparer ici. Je ne sens personne qui soit en vie, mais avec cette odeur de cadavre, je pourrais me tromper.

Ils trouvèrent les premiers macchabées derrière leur première porte de bois, deux scientifiques qui s'étaient étouffés sur une mousse jaunâtre. Du poison. Leurs corps étaient rigides, glacés. Ils se seraient sans doute déjà partiellement décomposés sans les sceaux de conservation gravés sur le mur dix centimètres au-dessus du sol, tout autour de la pièce – ce fut Hitomi qui le repéra, au premier regard. Méthodiquement, l'équipe investit les lieux, ouvrant les tiroirs, les classeurs, les livres. Grâce à la future Maîtresse des Sceaux parmi eux, ils ne manquaient pas de rouleaux de stockage et décidèrent d'emporter à l'excès, et de trier plus tard.

Les salles se succédèrent, répétition morne et glacée de cadavres et d'agonie. Il y avait des chambres, des laboratoires, des bibliothèques, un terrain d'exercices, une infirmerie, un réfectoire. Le repère secret semblait s'étendre sous terre sans fin. Parfois, Hitomi devait réprimer des haut-le-cœur devant le spectacle qui se déployait sous ses yeux, à peine capable d'en supporter la vue. Des organes disséqués, des schémas de torture, des rapports d'interrogatoire et d'expériences – c'était parfois répugnant.

Au bout d'un moment, ils arrivèrent à une porte un peu différente, renforcée de trois sceaux imbriqués dans le métal et la roche. Bien entendu, la solution la plus évidente aurait été de les faire sauter, mais rien n'aurait mieux provoqué leur trépas qu'une explosion souterraine. Ce fut Hitomi qui se pencha sur les lignes d'encre, ses doigts effleurant les traits noirs et élégants comme pour mieux saisir leur fonction, leur sens. Au bout d'un moment d'analyse sous la lumière prodiguée par la lame de Sasuke, elle dégaina son pinceau et se mit au travail.

Elle laissa échapper une petite exclamation satisfaite quand, enfin, elle parvint à forcer le sceau de sécurité. Ce n'était pas plus difficile que de forcer un verrou, vraiment, mais la minutie et le long travail pouvait être un peu frustrant et, par occasion, lui porter sur les nerfs. Pas cette fois, elle devait l'avouer. Retrouvant son sérieux, sa lame en main, elle poussa le battant, et eut un léger mouvement de recul quand elle comprit ce qu'elle voyait à l'intérieur.

Au centre de la pièce se dressait un immense tube de verre, qui touchait à la fois le sol et le plafond. À première vue, il était rempli d'eau, mais ce liquide devait avoir quelque chose de spécial : le tube était relié à une douzaine de machines différentes, qui avaient depuis longtemps cessé de fonctionner mais dont on voyait encore les câbles. Elle avança de quelques pas, ses coéquipiers se déployant en éventail derrière elle.

Et dans le tube, au milieu de l'eau, deux yeux s'ouvrirent.

Ce spectacle arracha un cri surpris à Naruto, mais Hitomi, elle, comprit immédiatement à quoi elle avait affaire. Elle posa une main sur le verre, près du visage épuisé et émacié qui s'y formait lentement. Se coupant de ses camarades, qui semblaient comprendre que quelque chose d'important était en court, elle exagéra son articulation pour que les yeux violets qui ne se détachaient pas de son visage puissent lire sur ses lèvres.

— Je vais te sortir de là. Maintenant.

Les yeux s'écarquillèrent puis se fermèrent ; elle n'attendit pas qu'il les rouvre, n'attendit pas de voir l'espoir dans ses yeux pour se mettre au travail. Le tube de verre était parcouru de sceaux complexes, mais Hitomi les comprenait. Ce fut à cet instant qu'elle réalisa la longueur du chemin parcouru dans ce domaine : elle pouvait suivre le travail d'un Sannin, et retrouver la patte d'Orochimaru dans chaque trait, dans chaque verrou posé pour rendre le verre plus résistant. Lentement, elle dégaina son pinceau sous le regard respectueux de ses équipiers, qui attendaient derrière elle, prêts à intervenir en cas de problème, et se mit au travail.

Il lui fallut plus d'une heure pour désactiver la chaîne de sceaux imbriqués les uns dans les autres, une étape à la fois. Ses coéquipiers avaient fini par retourner à leur propre travail, fouillant le reste de la salle pour récupérer les documents qui s'y trouvaient, parfois particulièrement bien cachés. Les yeux derrière le verre ne se détachaient pas de ses mains aux doigts fins, fragiles, maculés d'encre. Parfois, elle fronçait les sourcils, marmonnait, mais son visage finit par s'éclairer d'un sourire victorieux, exalté, et elle se redressa comme poussée par un ressort. Elle dégaina son sabre et, d'une main raffermée par le chakra, abattit la garde sur le verre en détournant la tête.

Des éclats volèrent dans tous les sens, se perdant dans ses cheveux, dans la peau tendre de sa main, et elle feula de douleur tandis que l'eau s'abattait sur elle, l'entraînant dans sa chute. Quand elle rouvrit les yeux en grognant, un Suigetsu à l'air immensément soulagé et très nu était allongé sur elle. Elle rougit jusqu'à la racine des cheveux mais ne tenta pas de se dégager, trop occupée à éloigner les mèches de cheveux gorgées d'eau de son visage sans se mettre du sang dans les yeux.

— Eh, espèce de pervers ! Dégage d'Hitomi-chan maintenant !

Hitomi soupira et grogna encore, fusillant Naruto du regard.

— Naruto, on ne crie pas sur le prisonnier tout juste libéré. Quant à toi, ajouta-t-elle en plantant un doigt entre les côtes de Suigetsu, qui n'avait toujours pas bougé, lève-toi, tu m'écrases.

— A-aah, pardon !

Il se releva d'un bond, fit un geste pour l'aider à revenir sur ses pieds mais se figea quand il vit la main qui avait tenu son tantô, en sang. Elle suivit son regard, grimaça et roula sur le flanc droit pour se redresser en position assise à l'aide de sa main intacte.

— Kakashi-sensei ? Vous pourriez nettoyer ma main, s'il vous plaît, pour que je puisse essayer de la soigner ?

— Je ne connais pas beaucoup de ninjutsu médical, mais je peux m'en occuper, Hitomi-chan. Naruto-kun, Sasuke-kun, trouvez quelque chose pour habiller ce garçon, ce n'est pas une vue décente pour votre sœur.

Les deux garçons se mirent aussitôt à fouiller leurs paquetages tandis que Kakashi s'agenouillait devant Hitomi. Il semblait détendu, mais elle ne s'y trompait pas : il ne laissait jamais l'inconnu sortir de son champ de vision et elle sentait son chakra se concentrer autour de son Sharingan – il était prêt à s'en servir, à faire des ravages si nécessaire, si c'était ce qu'il fallait pour protéger et détruire. Il se courba sur la main blessée d'Hitomi et commença à retirer le verre qui s'était fiché dans sa peau, s'aidant parfois d'un senbon en grommelant des excuses bourrues quand il la voyait grimacer.

— Comment tu t'appelles ? demanda-t-elle en relevant la tête au garçon enfin habillé des vêtements de rechange de Sasuke.

Elle connaissait déjà son nom, mais comment aurait-elle pu l'expliquer ? Elle se contenta de le détailler du regard, gravant les yeux violets, les longs cheveux blancs et le corps émacié dans sa mémoire. Il était semblable à l'homme qu'on découvrait dans le canon, mais si maigre… Depuis combien de temps était-il enfermé dans ce tube de verre ?

— S-Suigetsu, répondit-il d'une voix rauque. Suigetsu Hôzuki. Qu'est-ce que vous faites ici ?

— Orochimaru est mort, dit Hitomi d'une voix douce. Les gens qui travaillaient ici se sont tous suicidés en l'apprenant. Personne ne t'a libéré… C'est vraiment cruel.

— Je… Je pensais que j'allais mourir ici, bredouilla-t-il.

Lentement, Hitomi se leva et s'approcha de lui. Elle se souvenait de son apparition dans le canon, de son tempérament rude et brutal d'alors, mais le Suigetsu qu'elle avait devant elle semblait juste débordé de soulagement et d'une frayeur glacée dont le fantôme lui mordait encore le ventre. Il était un adolescent plein de rêves qui avait frôlé la mort, si faible que sans la main de Naruto sur son épaule il se serait écroulé. Avec toute la délicatesse dont elle était capable, Hitomi l'enveloppa dans une étreinte réconfortante, parcourant ses longs cheveux emmêlés du bout des doigts. Il aurait besoin d'une bonne coupe de cheveux… Mais il y avait plus urgent.

— Tout va bien se passer maintenant, Suigetsu-san. Nous avons une mission en cours ici, mais on ne va pas te laisser là.

Il hocha la tête, le menton tremblant, et elle le relâcha. Après avoir reculé d'un pas, elle s'entailla le bout du pouce et composa les mudras pour appeler Hoshihi, qui apparut dans un nuage de fumée. Il avait repris du poil de la bête depuis le bref passage vers la mort d'Hitomi, et sa maigreur d'alors n'était plus qu'un mauvais souvenir.

— Hoshihi, j'aimerais que tu sortes d'ici et que tu ailles chasser. Essaye de nous trouver quelques lapins pour nourrir ce pauvre garçon, veux-tu ?

— Ca marche ! Je vous attends à l'entrée ?

— Yep ! On te rejoint dès qu'on a fini ici.

Avec un peu de chance, ça ne prendrait pas longtemps. Essuyant son pouce sur un mouchoir, la jeune fille extirpa un petit sceau de stockage qu'elle avait intercalé dans les bandages protecteurs enroulés autour de son poignet droit et l'activa. Une ration de survie apparut dans sa main tendue. Elle l'offrit à Suigetsu, qui ouvrit l'emballage avec les dents et commença immédiatement à manger.

— Hé ! s'éclama Naruto. Qu'est-ce que tu fais ici, alors ? Comment ça se fait que t'es pas mort comme les autres ?

— Tant que je suis dans de l'eau, je ne peux pas mourir de faim… Ca fait partie des choses que ce bâtard d'Orochimaru a testées sur moi. Et vous, qu'est-ce que vous faites ici ? S'il est mort, vous n'avez plus d'intérêt pour ses affaires, non ?

— On est en mission pour notre village, répondit Sasuke. Et détrompe-toi, on a toujours de l'intérêt pour ses affaires. Il est mort, mais son assistant, Kabuto, est toujours en vie.

— Lui ? Ce connard s'occupait de toutes les expériences…

— Oui, lui. On ne sait pas où il se trouve, mais on espère avoir des indices sur ses prochaines décisions en fouillant d'anciens repères.

— Pas bête… Je serai bien content quand il sera crevé, lui aussi. Pour répondre à la première question… J'ai été capturé par Orochimaru il y a plusieurs années. Il voulait faire des expériences sur mon Kekkei Genkai.

— Ton corps peut se changer en eau à volonté, c'est ça ? demanda Hitomi d'une voix douce. Un de mes amis, Haku Yuki, est originaire du Pays de l'Eau. Tu connais peut-être son maître, Zabuza Momochi…

— Le dernier des Épéistes de la Brume ? Je connais, oui. Les scientifiques discutaient pendant qu'ils faisaient leurs petites expériences, et parfois, ils parlaient de mon pays, mais j'aimerais en savoir plus…

Hitomi chercha Kakashi du regard et il hocha la tête en réponse, l'autorisant à raconter à Suigetsu tout ce qui s'était produit au Pays de l'Eau ces dernières années. Elle lui raconta les clans massacrés et la rébellion qui couvait, l'ascension d'une nouvelle candidate au poste de Mizukage, Mei Terumî, dont l'une des ambitions était de retrouver les lames de pouvoir et de reformer l'escouade des Épéistes de la Brume. Il semblait vraiment intéressé par ce sujet en particulier : il lui posa des questions sur Zabuza et Haku, et sur le dernier membre en vie de l'escouade, Kisame Hoshigaki, sur qui elle ne pouvait pratiquement rien lui dire, puisqu'elle n'était pas censée avoir croisé sa route. Tout en parlant, elle continuait sa fouille du laboratoire, tandis que son équipe était passée à la salle voisine.

— Je vois, dit Suigetsu quand elle eut terminé. Tu crois que cette Mei m'accepterait dans sa rébellion ? Je pensais passer l'éternité ici, mais maintenant…

— Maintenant, tu as d'autres opportunités. Je peux dire à Haku de demander à Mei, si tu veux. J'ai des moyens de le contacter rapidement et sans être interceptée.

Quand le garçon hocha la tête, elle sourit et s'adossa à un tableau de commande, son carnet communicant en main. Il ne lui fallut que deux petites minutes pour composer son message et l'envoyer, une étincelle de chakra plus tard. L'air satisfaite, elle se redressa et rangea son carnet dans son obi, là où elle pouvait toujours sentir les éventuels changements de température de la couverture si Haku répondait.

— Voilà ! À cette heure-ci, en général, il est soit sur une mission soit à l'entraînement. Tu n'as qu'à rester avec nous jusqu'à ce qu'il réponde mais, honnêtement, je ne les vois pas refuser de t'intégrer. Apparemment, ils n'en sont pas encore à la phase des combats, parce qu'ils manquent d'armement et de vivres… Tu es au bout du rouleau, mais quand tu reprendras des forces, avec ton Kekkei Genkai, tu seras un atout précieux.

Un air de détermination s'était inscrit sur les traits du jeune homme. Il hocha la tête et la remercia avant de venir l'aider ; elle passait une dernière fois le long des murs et recoins pour s'assurer de n'avoir rien oublié. Quand elle en fut certaine, elle le guida jusqu'à la salle suivante, où Kakashi, Naruto et Sasuke étaient tous les trois posés sur ce qui ressemblait à un épais carnet, murmurant entre eux d'une voix soucieuse.

— Qu'est-ce qui se passe, sensei ?

— Je suis en train de décrypter… Mais on dirait un journal de bord, de la main de ton cher ami Kabuto. J'ai réussi à déchiffrer un passage qui parle d'expériences. Ca ressemble à un document personnel, il était caché. Je doute qu'il ait prévu de le laisser derrière lui.

L'homme finit par lui tendre le cahier, pointant du doigt un passage en particulier.

— Tiens, tu as montré du talent en cryptage et décodage. Tu as besoin d'entraîner ces compétences. Décrypte l'entrée pour ce jour-là.

Acquiesçant avec sérieux, la jeune fille prit le livre des deux mains et se pencha sur ses pages, les sourcils légèrement froncés. La protection était assez faible… Il fallait s'aider de la date et d'un caractère hiragana souligné d'un point pour déterminer le nombre de kanas d'écart entre celui qu'on écrivait et celui qu'on voulait obtenir. Grâce à sa mémoire, Hitomi n'avait pas besoin de prendre des notes pour s'aider. Elle parcourut le message tout en le déchiffrant puis le lut à voix haute. Il racontait une journée-type de Kabuto, et une séance d'entraînement avec Orochimaru.

— On n'en a pas fini avec ce type, pas vrai ? demanda Sasuke, un rictus cruel sur les lèvres.

— J'ai bien peur que non, soupira Kakashi. D'autres documents, ainsi que le début de ce journal, me poussent à croire que Kabuto est l'héritier d'Orochimaru à tous les niveaux, y compris ses techniques et ses ambitions.

… Ce qui faisait de Sasuke une cible. Après tout, il avait été marqué, le Sannin renégat avait eu de grands plans le concernant. Mais le jeune Uchiha, dans cette version de l'univers, avait laissé son désir de vengeance s'adoucir. Il ne serait pas un petit animal docile entre les mains d'un maître déterminé à en faire l'arme la plus terrible possible avant de disposer de son corps comme lui plaisait. En tout cas, c'était ce qu'Hitomi espérait de toutes ses forces.

— On embarque ce journal aussi. Hitomi-chan, combien de rouleaux te reste-t-il ?

Elle effectua un rapide compte, palpant parfois ses poches pour s'assurer qu'elle ne se trompait pas.

— Douze. S'il reste encore beaucoup de salles à explorer, ça ne suffira pas, mais je peux en refaire.

— Ce ne sera pas nécessaire. J'ai envoyé un clone en éclaireur, il nous reste une infirmerie et une chambre à fouiller.

Ce fut une affaire rapidement conclue : quand l'équipe et leur invité imprévu ressortirent du repère, le soleil se couchait à l'horizon et l'orage, comme la brume, avaient commencé à s'éloigner. Suigetsu posa un regard gourmand sur les trois lapins et deux grives empilés en tas entre les pattes d'Hoshihi, qui posa un regard fier sur son Invocatrice. Elle le remercia en lui gratouillant gentiment l'arrière d'une oreille.

— Bon, les enfants, ça ne sert à rien de se mettre en route aussi tard, surtout avec un compagnon affaibli. Naruto, Sasuke, allez chercher du bois flotté pour un feu. Hitomi, tu t'occupes d'installer le couchage. C'est parti !

Les trois Genin s'activèrent sous le regard songeur de Suigetsu, tandis que Kakashi installait des pièges sur le pourtour du coin de terre qu'ils utiliseraient comme campement. Ils avaient beau ne pas sortir souvent du village, les trois enfants ne laissaient pas la machine bien huilée qu'était leur équipe s'enrayer, quitte à s'entraîner « dans le vent » une fois par semaine dans le jardin. Kurenai assistait parfois à leurs exercices d'un air vaguement admiratif, et Hitomi avait entendu dire qu'Asuma et elle enjoignaient leurs propres équipes à agir de la même façon. Au bout de dix minutes à peine, le camp était dressé et fonctionnel : Sasuke venait d'apporter la touche finale en allumant le feu d'une technique Katon. Les flammes se teintaient vaguement de vert et de bleu à cause des minéraux que la mer avait rejeté sur le bois. Un spectacle étrangement délicat.

— Bon, Suigetsu, on fait cuire le premier lapin pour toi. Kakashi-sensei et moi on s'en partage un, et Sasuke et Naruto un autre. Et puis les grives pour se caler ! Hoshihi, tu as déjà mangé en route, ou tu veux retourner te chasser un petit sanglier ?

Le chat haussa ses massives épaules et s'installa près du feu, enroulant sa queue mince autour de celles de son invocatrice avec affection.

— Je suis tombé sur un daim avant de trouver vos proies, alors comme je savais que tu allais me demander ça, je me suis fait plaisir d'abord.

— Tu as bien fait. Bon ! Voyons voir ces lapins…

Préparer les proies à la consommation fut l'affaire d'à peine quelques minutes. Les trois Genin avaient appris à l'Académie comment préparer n'importe quelle viande de manière à pouvoir la consommer. Pour eux, c'était devenu trivial, même si Naruto avait toujours du mal avec les lapins s'il les regardait de trop près. Son bon cœur serait toujours sa plus grande faiblesse – et sa plus grande force. Tandis qu'elle retirait le premier lapin du feu et le tendait à un Suigetsu si reconnaissant qu'il aurait pu pleurer, elle sentit son carnet refroidir.

— Ah ! J'ai une réponse d'Haku. Voyons voir… Hm, il a parlé à Mei et elle a dit que tous les ninjas près à lui prêter allégeance, même les déserteurs, étaient les bienvenus dans ses rangs. Le seul test d'entrée pour montrer ses capacités et compétences est de réussir à trouver son campement. Eh bien… On dirait que tu as ta réponse, Suigetsu-san. Qu'est-ce que tu en dis ?

— Je me mets en route demain, puisque c'est comme ça ! Ma mère m'a appris qu'il ne fallait pas faire attendre une femme trop longtemps… Surtout si elle était dangereuse.

Hitomi éclata d'un rire léger, songeant à toutes les femmes dangereuses qu'elle connaissait. Si quelqu'un avait l'outrecuidance de faire attendre Tsunade ou Anko… Oh, être une petite souris pour assister à une scène pareille !

— Hé, ne donne pas de drôles d'idées à Hitomi ! se plaignit Naruto. Elle est déjà assez tordue comme ça !

— Mais enfin, Naruto, tu m'aimes comme ça, pas vrai ?

L'adolescent s'étrangla sur le morceau de viande qu'il était en train d'avaler quand il croisa son regard triste et suppliant. Il acquiesça frénétiquement tout en tentant de se racler la gorge, les yeux humides. C'était toujours tellement, tellement facile.

— Bon, fit Kakashi quand ils furent tous rassasiés. Hitomi, tu prends le premier tour de garde et me réveilles dans une heure et demi. Après moi, ce sera Sasuke, et Naruto pour conclure. À part elle, que tout le monde aille se coucher ! J'aimerais être rentré demain.

Souriante et détendue, Hitomi s'assit sur une pierre, son sabre à portée de main, et surveilla l'horizon à la lumière du feu mourant. Aussi loin que couraient les perceptions de ses méridiens, ils étaient en sécurité. C'était un sentiment presque réconfortant, même si la maison et certains des êtres qu'elle aimait le plus au monde se trouvaient loin. Avec la chaleur des braises pour lui caresser le dos, elle pouvait presque imaginer qu'ils se trouvaient tout près, juste en-dehors de son champ de vision, et l'idée l'emplissait d'une mélancolie douce-amère.