Coucou ! Mes examens sont enfin finis, je suis en vacances et je viens de recevoir mon horaire pour le second semestre. Je vais pouvoir écrire ! J'espère que vous aimerez ce chapitre !
— Pourquoi est-ce que quand une mission dégénère dernièrement, c'est toujours vous quatre ?
Un terrifiant Jônin et trois Genin désabusés se recroquevillèrent sous le regard de Tsunade, cherchant désespérément ce qu'ils pourraient lui dire pour apaiser son élan d'énervement. Finalement, ils n'eurent pas à le faire : elle se servit un généreux verre de saké, l'avala cul sec et se pencha en soupirant sur le rapport d'Hitomi qui, des quatre, avait la meilleure calligraphie.
— Donc… Vous avez déposé tous ces documents au département Cryptage et Décodage, c'est bien… Et ce gamin, Suigetsu ? Vous pensez qu'il sera un problème ?
— Peu probable, répondit Kakashi d'une voix ferme. Avec son attribut génétique, il nous a semblé peu productif de le ramener au village pour le faire interroger, et il semblait très intéressé par ce que Mei Terumi a à lui offrir. S'il est le problème de quelqu'un, désormais, ce sera le sien.
— C'était une bonne décision, ça. Bon, je ne vois vraiment rien de reprochable dans ce rapport… Mission de rang B, deux jours de congé obligatoires, vous connaissez la chanson maintenant. Hitomi-chan, ton oncle aimerait te voir avant que tu rentres chez toi. Il est dans son bureau. Et puisque tu passes par-là, donne-lui ce dossier de ma part.
— Oui, Tsunade-sama.
Hitomi fut la première à quitter le bureau après avoir légèrement incliné la tête en signe de déférence. Elle fit bien attention à ne pas trop regarder le dossier que lui avait remis Tsunade, de peur d'être tentée de l'ouvrir, de voler des informations qu'elle n'était pas censée posséder. En plus, elle était à peu près sûre que des agents de l'ANBU surveillaient chaque centimètre cube du bâtiment… Le jeu n'en valait pas la chandelle.
Elle frappa à la porte du bureau de Shikaku et entra quand il lui en donna la permission, portant autour d'elle un regard tranquille. Elle remarqua le code pénal de Kusagakure sorti de sa bibliothèque, reconnaissable à l'emblème sur sa reliure. Les deux pays n'étaient-ils pas liés par un traité de paix ? Elle salua son oncle d'un signe de la main et déposa le dossier à sa portée tout en continuant d'observer sans trop en avoir l'air. Bien entendu, il n'était pas dupe… Mais il la laissa faire. L'information, le pouvoir…
— Tsunade-sama m'a dit que tu voulais me parler, ojisan ?
— Oui, Hitomi-chan. Je voulais te demander ce que tu comptais faire à propos des prochains examens Chûnin.
— Comment ça ?
— Eh bien, ils approchent, tu vois. Et comme Kakashi a déjà recommandé votre équipe une fois, il n'a pas à le refaire. Konoha n'hébergera pas cet examen, donc tu devrais recevoir toutes les informations concernant les dates et le lieu d'ici un mois environ.
Surprise, Hitomi baissa les yeux sur ses mains. Elle voulait… Elle voulait cette seconde chance, bien entendu. Mais est-ce qu'elle en était vraiment capable ? C'était vrai, elle était forte, et tenait le coup sous la pression, mais après l'examen en lui-même ? Est-ce qu'elle avait les épaules assez solides pour devenir Chûnin ? Ne valait-il pas attendre un an de plus ? Elle fronça les sourcils, rejeta cette idée avec sévérité. Non, elle devait accéder au titre et à la liberté relative qui l'accompagnait aussi tôt que possible.
— Je veux le faire, finit-elle par affirmer d'une voix presque dure.
— Parfait, répondit Shikaku en reculant contre le dossier de son siège. Je comprends pourquoi tu as abandonné la dernière fois, mais cet examen sera différent. Tsunade compte envoyer toutes les équipes de ta génération pour submerger l'examen d'excellentes recrues et intimider les seigneurs des pays voisins. Elle s'attend à ce qu'au moins l'un de vous atteigne la finale du tournoi. Quant à moi, j'espère que cette personne, ce sera toi.
La respiration de la jeune fille se coinça dans sa poitrine et elle se tendit un instant avant de reprendre le contrôle de ses muscles, les dénouant un par un. Le tournoi… C'était vrai, cette étape de l'examen revenait à chaque édition, et cette fois, elle aurait une véritable chance de participer. Traditionnellement, on n'affrontait pas un membre de sa propre équipe, même lors des présélections éventuelles. Qui restait-il, parmi ses pairs Genin, qui puisse constituer une menace ? L'équipe de Gai, peut-être, mais les adeptes du taijutsu étaient sérieusement désavantagés face à sa Manipulation des Ombres. Elle fronça les sourcils et acquiesça, sa résolution se peignant partout sur ses traits.
— Avec un peu de chance et de créativité, j'en suis capable, ojisan.
— C'est parfait. Peu de Nara ont comme toi l'ambition de briller au combat. Nous allons nous servir de ça. Même si ton nom reste Yûhi, j'attends de toi que tu fasses très vite comprendre à tes adversaires quel est le second clan auquel tu appartiens. Ensui a reçu pour mission de te préparer psychologiquement et physiquement, mais la manière dont tu décideras de jouer tout cet examen dépend de toi. Tu as fait preuve d'assez de sang-froid dans tes missions passées pour que je te laisse improviser.
— Merci, ojisan. Ce sera tout ?
— Oui, ce sera tout. Oh, attends ! Tu pourrais dire à Yoshino que je risque d'arriver en retard au dîner ? Je n'ai pas vraiment le temps de lui envoyer un message…
— Je m'en occupe, ojisan.
Elle s'inclina légèrement et fit volte-face d'un pas résolu, les méninges tournant déjà à pleine vitesse. Toutefois, arrivée à la porte du bureau, elle se figea et tourna à nouveau la tête vers Shikaku :
— Est-ce que tu penses que je ferai une bonne Chûnin, ojisan ?
Il sembla surpris par la question et y réfléchit quelques instants, la détaillant soigneusement du regard. Finalement, il répondit, d'une voix dénuée du moindre doute :
— Oui, tu as ce qu'il faut. Contrairement à ton cousin ou ton frère Sasuke, tu as l'éloquence suffisante pour motiver la plupart des hommes et des femmes qui seraient placés sous ton commandement. Tu gardes les idées claires même sous la pression d'un ennemi plus nombreux ou plus dangereux, c'est aussi une bonne qualité. Et tu cultives aussi avec soin tes compétences individuelles, ce qui veut dire qu'on peut t'envoyer seule sur des petites missions si nécessaires. Surtout, tu es capable de travailler en équipe. C'est une qualité que tous tes pairs partagent, une situation très rare pour nous, mais tu n'imagines pas à quel point c'est précieux : ça veut dire qu'on peut te placer dans n'importe quelle configuration sans s'attendre à des difficultés de fonctionnement. Il ne te manque plus que le titre, Hitomi-chan.
La confiance de son oncle rassura un peu la jeune fille, qui s'autorisa un petit sourire avant de prendre congé. Elle fit le crochet par la maison voisine comme Shikaku l'avait demandé, avertit Yoshino du retard potentiel de son époux, puis rentra à la maison, enfin. L'entrevue qu'elle avait eue avec le Jônin en Chef n'avait pas vraiment duré longtemps, mais la teneur intense de la discussion l'avait fatiguée. Elle changea de chaussures, monta dans sa chambre se changer, puis redescendit aux côtés de ses frères et de son petit protégé, qui s'affairaient tous les trois en cuisine. Même s'il ne voyait pas, Anosuke se débrouillait bien : Ensui lui avait manifestement donné des exercices pour développer son ouïe et son odorat, une initiative qu'Hitomi approuvait sans réserve.
— Ah, nee-san ! s'exclama Naruto. Qu'est-ce que tu veux dans tes ramen ?
Avec un petit sourire, Hitomi détailla son choix et décida de les aider, lavant les plats à mesure qu'ils les salissaient. La cuisine était petite pour eux tous, mais c'était comme ça que la jeune fille aimait sa maison, plein de gens aimés, de vie, dynamique, un peu bruyante, pleine de surprises. Ils se taquinèrent gentiment jusqu'à ce qu'il soit temps de passer à table, et qu'une conversation normale reprenne.
— Qu'est-ce qu'il te voulait, Shikaku-san ?
— Ah, Naruto, ça va te plaire. Il voulait m'avertir de l'imminence des prochains examens Chûnin. Ca serait chouette d'être tous promus cette fois, pas vrai ?
Ses frères échangèrent un regard puis hochèrent résolution la tête, des sourires jumeaux sur les lèvres.
— Tu penses qu'on en est tous les trois capables, Hitomi ?
— Franchement, Sasuke, tu ne devrais même pas poser la question. Les deux premières épreuves ne sont qu'une formalité au vu de nos forces respectives et de nos dernières missions. La troisième sera un peu plus complexe, mais les adversaires qui m'inquiétaient le plus, Gaara et Shikamaru, sont déjà promus. Bien sûr, il reste la team Gai à ne pas sous-estimer, mais à part ça… On va dominer ce tournoi.
La discussion s'orienta sur ce sujet pendant toute la soirée. Hitomi ne voyait pas de raison de faire de la rétention d'information : avec un peu de chance, ses coéquipiers seraient à ses côtés durant cette nouvelle aventure. N'avait-elle pas écrasé le canon, encore et encore ? Peut-être serait-ce suffisant pour détourner le cours des évènements, juste un peu… Elle ne pouvait s'empêcher de l'espérer – elle voulait garder ses frères à ses côtés.
Ensui et Karin rentrèrent à la maison côte à côte pendant que la fratrie et Anosuke débarrassaient la table. Aussitôt, Hitomi fit son rapport à son shishou tandis qu'il se déchaussait, puis derrière la porte de la salle de bains pendant qu'il se changeait. Il ne sembla pas en prendre ombrage, au contraire : quand il sortit, vêtu d'une tenue plus appropriée à l'intérieur de la maison, il souriait et son regard brillait d'un éclat fier. Au grand soulagement d'Hitomi, il sembla décider de ne pas avoir la fameuse discussion avec elle ce soir-là, peut-être pour lui laisser un peu de répit, le temps de retrouver son équilibre.
Il aurait dû.
Le lendemain matin, Sasuke n'était plus là et Shikamaru frappait frénétiquement à sa porte. Le cœur parcouru de battements désordonnés, Hitomi se dépêcha de se préparer tandis qu'il expliquait la situation d'une voix pressante, Naruto à ses côtés, et sortit de la maison. Anosuke devrait rester sous la supervision d'un de ses clones aqueux… Dans cette situation, c'était mieux que rien : Ensui était parti pendant la nuit en mission pour Shikaku, et Kurenai se trouvait à l'étranger avec Shino et Hinata. À l'intérieur d'elle-même, la jeune fille tremblait et le Murmure hurlait de fureur, mais elle n'avait pas le droit de faiblir, pas cette fois.
Son frère et son cousin à ses côtés, elle fendit l'air du village à toute vitesse jusqu'à arriver aux portes principales, où Neji, Lee et Chôji attendaient déjà. Ils semblaient fébriles, tous les trois, mais sur leurs traits pâles se lisait une résolution sans borne. La Flamme de la Volonté brillait en eux haut et clair. Quand ils furent tous rassemblés, Shikamaru leur expliqua la situation : les Jônin et Chûnin pratiquement tous en mission, et ceux qui restaient forcés de rester au village au cas où cet évènement ne serait qu'une diversion, laissant les Genin seuls capables d'intervenir sous la supervision du plus inexpérimenté des Chûnin… Et Sasuke, parti aux côtés des trois membres survivants de l'escorte d'Orochimaru, désormais appelés la Triade du Son.
— C'est impossible ! s'exclama Naruto. Il a été enlevé ou trompé, c'est la seule solution !
Les traits de Shikamaru se durcirent, mais il ne rétorqua pas, même s'il semblait en mourir d'envie. Il inspira profondément, se redressa, émanant pour la première fois l'aura du chef d'unité qu'il était devenu.
— Peut-être que tu as raison, fit-il d'une voix dure. Dans ce cas, le problème est encore plus pressant, tu ne penses pas ? On se met en route immédiatement. Kiba et Hitomi, en première ligne avec vos sens déployés au maximum. Ensuite Naruto pour le flanc droit, et moi pour le flanc gauche. Pour fermer la marche, Chôji, Lee et Neji – ton rôle sera de surveiller nos arrières. En route !
— À vos ordres, taichô ! s'exclamèrent les Genin à l'unisson.
Ils disparurent dans une explosion de mouvement et de chakra. Derrière eux ne restèrent que les deux témoins de leur départ, Izumo et Kotetsu, le regard terne et grave. Ils se fixèrent l'un l'autre pendant un long moment, puis le premier prit la parole d'une voix qui portait déjà l'ombre d'un deuil pour les Genin si prometteurs.
— Que la Flamme de la Volonté les protège…
— Qu'Elle les protège.
Plus loin, les adolescents n'entendirent pas leurs aînés échanger cette formule qui mêlait espoir de bonne fortune et endurcissement moral face à une situation désespérée, mais eusse été le cas, ils ne s'en seraient pas souciés. L'un des leurs était en danger. Ils ne laisseraient rien les arrêter. Devant eux, les animaux sauvages s'éparpillaient comme de la poussière dispersée par le vent, terrifiés à l'idée de se trouver sur le passage d'une telle concentration de chakra, dont certaines émanations, intentions meurtrières et volonté pure, forçaientt les retardataires à s'étouffer et parfois s'écrouler, leurs cœurs minuscules trop fragiles pour endurer le choc.
Hitomi, derrière Kiba, atteignit un point au fond d'elle-même habité par les pans les plus vicieux du Murmure, une dimension paisible et glaciale remplie de promesses d'agonie et d'exaltation. Ses battements de cœur se calmèrent malgré le rythme exigeant qu'elle s'imposait. Elle ne pouvait pas échouer, pas maintenant. Elle devait se faire confiance, croire en ses capacités, comme son oncle, comme son sensei, comme son shishou et tous les autres qui l'avaient ne serait-ce qu'une fois regardée avec admiration ou respect. Autour d'elle, l'aura meurtrière était pratiquement irrespirable. Seuls ses camarades étaient épargnés.
Ils tombèrent sur les premiers pièges six kilomètres après le village et surent immédiatement qu'ils avaient été repérés. Heureusement, entre Kiba, Shikamaru, Hitomi et Naruto lui-même, non seulement ils voyaient venir les installations destinées à les piéger, mais en plus ils parvenaient à les contourner bien assez tôt pour qu'elles ne représentent aucun danger. Leurs adversaires avaient perdu un temps précieux pour tenter de les freiner, en vain. À l'intérieur d'elle, le Murmure chanta, de longues notes filées, d'une pureté à peine envisageable, et son sang se réchauffa et se refroidit tout à la fois.
Il restait encore une longue distance avant le Pays des Rizières, dans lequel ils avaient la plus formelle interdiction de pénétrer, mais il leur fallait à présent coincer leurs cibles rapidement. À vitesse de shinobi, dans quelques heures, il serait trop tard. Avec un feulement excédé, Hitomi rassembla plus de chakra dans ses jambes et pressa l'allure, faisant signe aux autres d'accélérer. Kiba, en entendant le changement dans le rythme de ses pas, s'adapta aussitôt. Ils fendaient les vastes forêts dans lesquelles ils avaient grandi comme une flèche fend l'air, tandis que les agents de Kabuto étaient ralentis par leur faible maîtrise du terrain.
Et cette fois, ils mourraient tous les trois, de la main d'Hitomi si nécessaire. Ses pensées s'égarèrent en direction de Sasuke. S'il les avait suivis volontairement, comme Sakura semblait l'affirmer d'après Shikamaru… Alors Hitomi avait échoué au-delà de l'imaginable. Elle ne pourrait jamais se le pardonner. Tout ce temps passé à adoucir la peine de Sasuke, à l'entourer d'amour et d'un soutien discret, si ç'avait été perdu… Non. Elle ne pouvait pas perdre espoir.
Au bout d'un moment, Kiba les avertit de la présence d'une odeur de sang et Hitomi se souvint que des Jônin avaient affronté le Quartet du Son dans le canon, et se trouvaient dans un état critique. Shikamaru décida de ne pas prendre le risque d'aller enquêter, pas alors qu'ils se rapprochaient enfin, lentement mais sûrement, de leur cible. Ils approchaient, Hitomi pouvait le sentir au chatouillement malsain sur ses méridiens. Elle savait qu'elle n'avait aucun moyen d'éviter les toiles posées par Kidômaru, mais elle parvenait à les repérer grâce à leur teneur en chakra et avertit le groupe qu'ils étaient sans doute déjà repérés.
— Voilà ce qu'on va faire, dit Shikamaru. Hitomi, Lee, Neji et Kiba, vous avez la force de frappe la plus importante, vous ferez croire que vous êtes la seule équipe à la poursuite de Sasuke. Naruto, Chôji et moi attendrons une occasion pour nous déployer en seconde vague.
— Bien reçu, murmura Hitomi.
Elle échangea des regards lourds de sens avec ses camarades puis leur fit signe de se mettre en marche. Ils arrivèrent du côté le moins surveillé de la clairière où se reposait la Triade du Son, la jeune Yûhi en tête, son sabre déjà au clair. Sans laisser le temps à qui que ce soit de réagir, elle fondit sur Jirôbô, qui serait le premier obstacle dans leur poursuite. Un mur se dressa entre sa cible et elle, la faisant grogner de dépit.
— Suiton : L'Appel de la Meute !
Cinq loups constitués d'eau jaillirent des doigts de sa main gauche et contournèrent le mur en un éclair tandis qu'elle se retournait pour porter assistance à Kiba, seul face à Sakon et Ukon. Son sabre traça une ligne de feu et de sang sur une jambe vulnérable, mais cela ne suffit pas à arrêter l'ennemi, qui se contenta de serrer les dents. Sur sa droite, Neji et Lee travaillaient ensemble pour tenter d'abattre Kidômaru.
— Toi, grogna Jirôbô. Kabuto nous a parlé de toi. Tu es la salope qui a tué Tayuya.
Hitomi redressa le menton, une expression féroce gravée sur le visage. À l'intérieur d'elle, le Murmure s'épanouit comme une fleur cruelle, dessinant le délicat motif de ses méridiens à travers sa peau.
— Et c'était facile, tellement facile… Je ne vous imagine pas tellement plus forts qu'elle.
— Tu vas voir ça !
Profitant qu'il s'étranglait de rage, Hitomi fit signe à Shikamaru de s'ajouter à leurs forces. Il s'exécuta, Chôji et Naruto à ses côtés. Et pendant un instant, il sembla qu'ils avaient une chance… Kiba blessa Sakon à l'épaule, Neji heurta Kidômaru avec son Poing Souple, Hitomi blessa Jirôbô à l'avant-bras… Et puis ils se retrouvèrent tous, l'équipe de secours comprise, piégés au milieu de leurs adversaires, et une prison de pierre se referma sur eux. Aussitôt, Hitomi sentit son chakra être aspiré, avec une lenteur et une constance qui feraient du mal sur le long terme. Elle devait agir.
— Rassemblez-vous au centre, je vais nous sortir de là !
Aussi vite que possible, elle dessina le long du mur circulaire une série de sceaux explosif, puis un second sceau, de barrière celui-ci, pour protéger ses alliés. Elle les activa simultanément, secouant la terre et la roche dans un bruit de fin du monde, et ils furent libres. Kidômaru et Sakon disparaissaient déjà derrière la ligne des arbres, le baquet dans les mains du premier tandis que le second couvrait ses arrières.
— Pfeuh ! Pour des paniers-repas, vous remuez beaucoup trop ! Je vais vite m'assurer que ça change.
Aussitôt, Hitomi composa les mudras pour une invocation, le pouce déjà ensanglanté. Hoshihi, Haîro et Kurokumo apparurent dans un rugissement de défi autour d'elle, mais ne s'élancèrent pas vers la menace, formés à attendre ses ordres. Shikamaru, en retrait, analysait les compétences de leur adversaire. Ses traits se durcirent, il se décida à prendre une décision difficile, puis se redressa.
— Chôji, tu en es capable ?
Les deux amis d'enfance échangèrent un regard lourd de sens, puis l'Akimichi hocha la tête, le regard durci par la détermination.
— Bien. Hitomi, laisse Haîro avec lui, son style de combat est le plus compatible. Chôji, tu finis ici, puis tu nous rejoins. On fera en sorte que tu puisses nous trouver.
Le cœur d'Hitomi battait la chamade. Est-ce que la présence de l'un de ses chats serait suffisante pour empêcher son ami de souffrir de blessures pratiquement mortelles ? Elle ne pouvait que prier. Chôji avança à hauteur de son meilleur ami et lui tendit une petite bourse pleine.
— Shikamaru, distribue ces pilules aux autres. Ils en auront sans doute besoin.
— Ne me dis pas que…
— Eh si ! Je les ai ramenées.
— Mais enfin…
— Shikamaru ! Pars avec les autres !
Le jeune homme ferma un instant les yeux, les traits crispés par un mélange d'inquiétude et de douleur, mais accepta la bourse que son ami lui tendait.
— Tu délires, Chôji ! intervint Naruto. Tu es fort, d'accord, mais ces types sont capables de battre des Jônin au combat ! Tu n'as aucune chance !
— Naruto… Tu te souviens du but de notre mission ? Si on perd la trace de Sasuke… On aura fait tout ça en vain. Mangez les pilules. C'est mon cadeau d'adieu.
Shikamaru serra les dents, croisa le regard d'Hitomi, força ses muscles à se détendre. Ils n'avaient pas le choix. C'était ce qu'elle se répétait, elle aussi. Ils n'avaient pas le choix. Elle s'avança, prit sa part de pilules militaires et les avala d'un coup, sentant aussitôt son chakra bondir à l'intérieur d'elle, ses réserves se remplir à craquer. Les autres firent de même à ses côtés.
— Chôji, Hairô, rejoignez-nous quand vous avez fini ici, ajouta Shikamaru d'une voix ferme. C'est un ordre.
— Hm…
— Allons-y !
Six ninjas et deux chats géants s'envolèrent, leurs visages marqués par une dureté similaire, profitant de l'ouverture que leur camarade leur offrait. Aucun d'eux ne voulait douter, mais aucun d'eux ne voulait non plus y croire. Derrière eux, ils entendirent Jirôbô affirmer qu'il terminerait ce combat rapidement pour venir les achever… Et puis Chôji l'attrapa dans une prise paralysante et leur ordonna de filer. Tous s'exécutèrent d'un même élan, tentant d'ignorer le sentiment d'échec et d'abandon qui leur broyait la gorge.
— Shikamaru-san, finit par demander Neji, quelle est la botte secrète que Chôji a emportée ? J'ai cru comprendre…
— Des pilules secrètes élaborées par son clan. Elles lui confèrent une puissance explosive à mesure qu'il les prend.
— Ha ! Voilà pourquoi il jouait le héros. Il n'est pas comme ça, d'habitude.
— Mais est-ce que ça va suffire ? demanda Kiba. Akamaru et moi, on a pu évaluer la force de ce type à l'odeur, et c'est un véritable titan.
— Cette mission n'est pas une partie de plaisir, soupira Shikamaru. Nos vies sont en jeu. Le pire des scénarios possibles serait qu'on finisse séparés les uns des autres, toute ma stratégie visait à éviter ce cas de figure, mais maintenant… Maintenant il est capital que nous nous éparpillions en petits groupes. Sans cette résolution, on ne récupérera pas Sasuke.
Il y eut un instant de silence, puis l'héritier des Nara reprit, d'une voix ferme.
— Chôji est téméraire, mais il manque cruellement de confiance en lui. Il est persuadé d'être le plus faible d'entre nous.
— Oui, c'est l'impression qu'il m'a donnée, intervint Lee. Je suis certain qu'il se trompe.
— C'est sans doute ce qui l'a poussé à rester derrière, ajouta Kiba. Il veut se rendre utile.
— Je le soupçonne aussi, dit Shikamaru avec un sourire presque attendri. Hitomi, laisse une marque sur cet arbre.
— À tes ordres !
Elle s'arrêta un instant et grava le signe de Konoha sur un tronc d'arbre, la pointe dirigée vers la direction qu'ils prenaient, avant de reprendre sa position dans le groupe, qui avait continué d'avancer.
— Chôji a ses faiblesses, conclut Shikamaru. Mais il a en lui une résilience qui en fait l'un des plus puissants ninjas de notre génération. Pas vrai, Hitomi ?
— Tu as raison. Il y arrivera. Il nous l'a promis, non ? Il tient toujours ses promesses.
— Ouais. Il va battre ce type et nous rattraper, vous verrez.
Ils continuèrent d'avancer pendant un moment en silence, grignotant lentement mais sûrement l'avance prise par leurs adversaires. Ses deux chats restants encadraient Hitomi comme deux gardes du corps souples et dangereux, tout aussi déterminés que leur invocatrice. Elle avait bien fait de ne pas appeler les autres : Hokori et Sunaarashi n'étaient pas exactement des combattants, et Hai… La petite Hai n'avait pas sa place dans ce genre de combat.
— Ils sont tous proches ! s'exclama soudain Kiba.
— Et pourtant, pas de piège. Comment tu expliques ça, Shikamaru ?
— Ils ne donnaient sans doute pas cher de nos peaux. Ils s'imaginent que leur camarade est la seule personne à leurs trousses, et ne vont pas risquer de le piéger lui.
— Tch ! Ils nous prennent vraiment pour des manches !
— C'est à notre avantage, Naruto, répondit Neji d'un ton presque doux. C'est insultant, mais ça veut dire qu'ils ne sont pas sur leurs gardes.
— Exactement. Voici ce qu'on va faire…
Quelques instants plus tard, Shikamaru rattrapait les deux ninjas restants de la Triade du Son, se faisant passer pour leur membre manquant. Malheureusement, la ruse ne dura pas : le cousin d'Hitomi ne réagit pas aux insultes de Sakon, qui semblait être le digne héritier de Tayuya en la matière, et Kidômaru le piégea dans sa toile. Naruto intervint aussitôt en assaillant l'adversaire de ses clones, mais eux aussi furent attrapés par les émanations collantes. Kiba profita de l'opportunité pour lancer une attaque double dans le dos de l'homme-araignée, laissé vulnérable et sans surveillance, mais fut stoppé dans son élan, les pieds piégés dans la substance adhésive. Neji prit sa suite, le Byakugan activé, du chakra prêt à frapper au creux de sa paume, mais fut à son tour enfermé, dans un cocon complet cette fois.
— Voyons, chantonna Kidômaru en sécrétant des petites lames dorées qui durcissaient à vue d'œil, tout un tas de petits clones. Devinons lequel est le vrai…
Pendant ce temps, Lee et Hitomi restèrent cachés, les deux chats géants à leurs côtés. Ils tentaient d'évaluer la situation, de trouver une ouverture. Son compagnon voulut intervenir, mais la jeune fille le contraignit à l'immobilité : elle savait que Naruto ne se trouvait pas vraiment dans cette toile.
— Attends et observe, murmura-t-elle contre son oreille.
Les dents serrées, Lee s'exécuta. Naruto, l'original, profita de la distraction de Kidômaru pour le frapper dans le dos, mais fut attrapé au poignet par l'un de ses fils dans la manœuvre. Neji le sauva de justesse après s'être libéré de son cocon puis s'occupa des autres en quelques instants à peine, tandis qu'aux côtés d'Hitomi, Lee se détendait. Son coéquipier avait beau se comporter comme une belle raclure parfois, on pouvait compter sur lui, sur sa ténacité. Même la jeune fille réticente lui admettait au moins cela.
— Toi ! gronda leur adversaire. Comment tu as réussi à te libérer ?
— Les matières à base de chakra perdent toute leur efficacité face au Jûken, l'école du Poing Souple de Konoha. Elles explosent de l'intérieur dès que j'y déverse mon chakra.
Neji se tourna à moitié vers ceux de ses camarades qui avaient participé à l'embuscade, mais Lee, Hitomi et les deux chats entendirent tout aussi bien :
— Allez-y. Je me charge de lui. Shikamaru, tu as bien dit qu'on devrait s'éparpiller pour tuer nos adversaires. Je me chargerai de celui-ci. Ne laissez pas Sasuke vous échapper parce que vous craignez pour moi.
Hitomi endurcit son cœur pour cela, serrant les dents. Elle n'appréciait pas Neji, lui en voudrait éternellement pour avoir tenté d'assassiner Hinata. Mais il était l'un de ses camarades, lui aussi. Son devoir était de lutter à ses côtés. Elle pesa longtemps ses options… Mais dut finalement décider de ne pas lui laisser un de ses chats pour l'assister. Ni l'un ni l'autre ne possédait un pouvoir permettant de contrecarrer la toile de Kidômaru. Neji devrait affronter seul cet adversaire. Elle ferma un instant les yeux, le temps d'adresser une prière à l'Ermite Rikudô, et continua sa route, Lee sur les talons, pour rejoindre ses camarades qui avaient atteint la même conclusion qu'elle.
Seuls restaient Sakon et Ukon, désormais.
