Playlist
« How to save a life » The Fray
« Missed » Ella Henderson
« Liability » Lorde
« Consequences » Camila Cabello
« Supermarket flowers » Ed Sheeran
« Leave me a light on » Tom Walker
Chapitre n°5
Partie 1
Point de vue d'Illium
Les cauchemars ne semblent pas vouloir me laisser tranquille. À croire que je dois comprendre quelque chose. Mes cauchemars se répètent. Je me sens désemparé comme incapable de faire quoique ce soit d'autre que de me réveiller à la même heure. Plus le temps passe plus je me pose des questions sur mon état. Physiquement, on peut dire que je vais bien mais émotionnellement rien ne va ces derniers temps. Je me sens chamboulé. Mon front est perlé de sueur. Je dois m'entrainer avec Dmitri dans quelques heures, je ne vais pas tenir debout. Je commence aussi à regretter de devenir un Archange un jour. Je n'y suis pas encore loin de là mais si dans cinq cents ans mon heure est venu de le devenir, je ne suis pas certain de me faire à cette idée. Non seulement ça m'effraie mais c'est trop tôt et même dans cinq siècles, mes opinions seront différentes.
L'heure indiquée sur mon réveil est la même chaque nuit lorsque je me réveille contre mon gré. Les anges ne dorment pas vraiment. Nous n'avons pas besoin d'une routine sommeil comme les humains. Nous ressentons quand même de la fatigue et chaque fois que j'en ressens le besoin de dormir une heure ou deux, les mêmes images tournent en boucle dans mon esprit. Il va falloir que j'envisage une solution parce que ça fait une semaine que ça dure. Y penser tout le temps est mauvais et j'ai beau essayer de répondre aux questions qui sont dans mon esprit et aux éventualités pour palier aux futurs effets secondaires, s'il y en a par la suite. En tout cas, j'ai fait un premier bilan sur ma situation et sur mes cinq siècles d'existence. Me noyer dans la négativité, dans les noirceurs qu'une puissance peut engendrer ne m'intéresse pas et ça me fait peur. Cela serait une preuve de faiblesse. Se laisser tomber quand on ne se sent plus capable de remonter la pente. C'est dur à dire parce que on peut concevoir les effets négatifs que cela engendre. Tant que l'on n'y ait pas confronté, comprendre est difficile. Je ne demande à personne de le comprendre. J'ai juste envie de continuer à remonter la pente, cette semaine est l'une des plus horrible de ma vie et j'ai hâte de tourner la page, du moins commencer à pouvoir le faire. Tout ce qui m'intéresse est d'avancer, de ne pas plonger dans quelque chose qui ne me ressemble pas. C'est hors de ma portée. Si j'en discute avec ma mère, elle va débarquer chez moi pour s'assurer que son fils est encore là. Je ne veux pas lui infliger ça. Elle va ensuite vouloir discuter avec Raphaël qui lui aussi va avoir des inquiétudes et je n'aime pas me justifier.
M'allonger à nouveau, fermer les yeux et ne pas penser à cette fameuse chute n'est pas une bonne idée. J'y pense tout le temps. En parler à ma mère m'a aidé à mettre des mots dessus, des mots que j'étais incapable de prononcer avant. De plus, les autres Sept soupçonnent quelque chose. Personne ne doit savoir ce qu'il se passe dans ma tête. Alors j'ai trouvé une idée, chaque nuit je note ce que j'ai vu en dormant. J'attrape donc mon carnet dans lequel je note tout. Les pensées les plus tristes comme les plus étranges, les attitudes et d'autres éléments susceptibles de m'aider à y voir un peu plus clair. Mon stylo semble écrire tout seul tellement je ne me rends pas compte de toutes les lignes qui se noircissent sur le papier. J'ai rempli un quart du journal en une semaine. Il y a donc de quoi dire et c'est ce qui m'inquiète mais je note quand même. J'hésite à en parler avec Keir. Il va sûrement se poser des questions et je ne veux pas y répondre, du moins pas tout de suite. Je préfèrerai mettre les choses au clair avec moi-même avant. Écrire me fait du bien, ça me libère l'esprit et je peux penser à d'autres choses moins pesantes sur ma conscience. Un peu comme une sorte de thérapie. Écrire libère pas mal de choses au final, plus que je ne le pensais. Non pas que j'étais sceptique sur le concept mais je ne comprenais pas réellement alors que maintenant oui et je regrette un peu de ne pas avoir pu trouver un carnet plus tôt. J'en aurai rempli une pile je pense. Ironique. Il est vrai que je ne peux pas tout garder dans mon esprit en ce moment. C'est quelque chose que je dois apprendre à délaisser un peu, dans le sens où je dois faire le vide.
Il est trois heure trente du matin. Génial. Ma journée s'annonce bien. À quoi bon rester au lit autant que je me lève. Je me dirige vers la salle de bain pour avaler un cachet d'aspirine. Ma tête est comme une citrouille. J'ouvre le robinet d'eau froide pour me mouiller le visage. Non, il y a quelque chose qui ne va pas chez moi et je n'arrive pas à savoir quoi. C'est effrayant quand on ne connait pas les enjeux. Je n'avais pas ce type de pensées négatives, pas ce sentiment de vide ou de manque je ne sais plus ou peut-être les deux mélangés, avant les effets secondaires de cette Cascade. Il faut croire que je les avaient négligés auparavant. Erreur de ma part.
Je me mets à penser encore à cette chute dans les airs, devant les yeux de mon meilleur ami, aux yeux des rares humains présents en dessous qui se demandaient sans doute si j'allais m'écraser sur le sol. Des regards effrayés, horrifiés, inquiets et j'en passe sur leurs visages, je n'ose imaginer. Les choses ne devaient pas se passer comme ça. Les effets de la Cascade n'auraient pas dû être aussi puissants dès le départ. Comment dois-je le prendre ? Un avertissement ? Un message ? Une mise en bouche de ce qui m'attend par la suite ? Un avant goût pour un autre effet secondaire, s'il y en a un ? Je ne comprends plus rien. Je ne sais pas comment appréhender toute cette puissance qui est en train de me ronger de l'intérieur. Mon corps a failli se consumer aux yeux de tous et je ne laisserai pas mon esprit se consumer à son tour à cause d'une multitude de questions qui resteront coincées dans ma mémoire sans avoir de réponses.
Et quitte à être réveillé, je vais mettre une machine à laver en route. Je me sèche rapidement, enfile un pantalon et prend le linge sale dans la corbeille pour le mettre à laver. Ma buanderie est juste en bas.
Une fois mes corvées de tâches domestiques effectuées, je vais prendre l'air sur ma terrasse derrière la maison. Dehors, le vent frais me frappe le visage. Ma soirée d'hier m'a vraiment fait du bien. J'ai ris. J'ai discuté de choses et d'autres. Je ne pense pas noyer mes problèmes dans autre chose. Les surmonter demande de sacrés efforts et je ne pensais pas que ce serait dur. Se noyer dedans serait une erreur et je ne veux pas en commettre. Aodhan s'est noyé dedans et les conséquences sont lourdes, ça a duré deux siècles. Comme quand j'ai perdu l'amour pas de ma vie mais du moment en tout cas, j'ai mis longtemps à m'en remettre. J'ai dépassé les limites et j'en ai payé les frais, ce qui au final est juste. Mais je regrette les conséquences. Je ne veux pas me préoccuper du lendemain, pas du fait d'avoir peur qu'une nouvelle montée de fièvre me prenne par surprise, qu'elle m'étouffe au moment où l'on se s'attend pas. C'est ce qui me fait peur. Sachant que cette puissance là peut me changer et je ne veux pas. Venin m'a fait la promesse de m'aider, de ne pas laisser cette énergie me changer car nous sommes devenu une famille avec les Sept.
Alors, je reprends mon carnet que j'ai amené avec moi en bas et continue de noter ce qui me passe par la tête. À certain moment, mon écriture dérive un peu sur les lignes du carnet mais je continue de noter quand même. Les moindres détails prennent plus d'importance que l'on ne le pense et c'est étonnant comme des événements peuvent changer le cours des choses, de façon inattendue et rapide. J'essaye de garder une trace écrite de tout. Si Aodhan a trouvé refuge dans les dessins, je pense que dans mon cas c'est l'écriture, un peu comme une thérapie, un exutoire. Une façon de s'exprimer en silence sans attendre le moindre jugement. Mes pensées négatives comme positives se trouvent inscrites dans des carnets. Mon carnet de cette semaine est pleins de négativité, ce que je regrette mais je ne pas les nier et encore moins les laisser prendre possession de mon esprit. Je ne suis pas négatif, je suis positif. Voir ce danger prendre de plus en plus de place est effrayant et ce ne doit pas être le cas. Affronter les problèmes fait peur, c'est non sans conséquences mais hors de question de les laisser de côtés pour qu'ils reviennent nous hanter gratuitement. Plus les pages se noircissent plus je me dis que c'est une réelle bonne idée et mes pensées sont inscrites, écrites noir sur blanc. Je ne sais pas si les montrer à quelqu'un est une bonne idée. Non que je n'ai peur des jugements mais des conséquences si un autre ange y est confronté. Je ne suis pas le seul et le serait pas d'ici les prochains siècles. Si des anges n'ont pas survécu aux effets de la Cascade, d'autres oui mais le nombre est si faible. Si je n'avais pas eu le lien que nous avons tous en tant que Sept, avec Raphaël, les choses auraient mal tournées. J'ai envie de pleurer quand j'y pense, comme quoi mes émotions aussi sont chamboulées. Je continue d'écrire, je veux une trace de tout ça. Ces carnets sont gardés dans ma bibliothèque et celui dans lequel j'écris est posé sur ma table de nuit. J'en ai toute une collection. Et cette collection va sans doute finir dans une autre bibliothèque.
Ma soirée d'hier s'est vraiment bien passée. Venin m'a surpris en venant chez moi à l'improviste, à avoir préalablement commandé des plats chinois. Accompagné d'Aodhan, je ne pouvais pas refuser. C'était une idée spontanée. Et ça m'a fait du bien de les voir chez moi, en dehors de la Tour. Ils ont eu raison de venir. Sans regret, je suis content de les avoir accueilli chez moi. De plus, on a rit, on a parlé de tout. Je crois que c'est ce qui m'a manqué cette semaine, parler de tout. On a passé un bon moment. Je ne m'y attendais pas du tout, ce fut une vraie surprise. Je me sens reconnaissant d'avoir des amis aussi fidèles qui ne me laisseront pas tomber dans un tel moment aussi compliqué. Après tout, nous sommes une famille. C'est Venin qui me le répète. Une famille reste unie quoiqu'il arrive et je suis plus que reconnaissant.
Cinq heure du matin.
Je perçois le soleil qui se lève à l'horizon. Les couleurs sont incroyables. Au moins, je peux regarder les couleurs avant de partir à la Tour. Je me suis m'habitué aux nuits blanches. Depuis une semaine je ne connais pas autre chose. J'en profite pour écrire. Ça me libère l'esprit. Je me relève doucement, j'ai l'impression d'être engourdi mais ça ira une fois mes muscles étirés.
Six heures du matin.
Je suis sous la douche. L'eau chaude me fait du bien. C'est le seul moment où mes pensées sont au seuil de la porte de la salle de bain. J'ai l'impression que ma sensation de fièvre contraste avec la chaleur de l'eau qui me coule dessus. Mon front collé à la parois plus froide de la douche me soulage un peu. L'eau chaude commence à provoquer de la buée, trop de buée résultat je ne vois pas à un mètre. Je suis resté trop longtemps. J'éteins l'eau, me sèche le corps et m'habille.
Sept heure du matin.
Je me prépare ensuite un café. Une habitude humaine qui persiste et qui permet de montrer aux humains qu'on a quand même une part d'humanité sous nos ailes qui fascinent les gens. Ces mêmes ailes qui nous font sentir libre comme l'air quand on vole. Une sensation qui n'existe pas ailleurs. Les humains sont focalisés sur cette partie du corps et quand on perd des plumes, des enfants les récupèrent ravis de leur trouvaille. Je ne parle pas de la poudre d'ange qui procure un effet plus apaisant et euphorisant à ceux qui en trouvent. Elle vaut son prix. Mes ailes vont bien.
Huit heure du matin.
Le soleil est au rendez vous aujourd'hui, j'attéris sur le toit de la Tour. Personne aux alentours. Tout l'étage donne sur une vue panoramique de la Grosse Pomme. Les immeubles à proximité brillent moins que la Tour. Elle regroupe non seulement nos appartements privés mais aussi de quoi s'entrainer. C'est un peu plus qu'une Tour pour nous, c'est devenu un refuge au fil du temps. Du toit, la vue est imprenable. J'entre dans la pièce jointe au toit, un bâtiment de haut plafond pour que les anges puissent voler sans se sentir oppressé. Je vois Dmitri au milieu de celle-ci en train de choisir un des couteaux alignés parmi ceux présentés sous ses yeux. Il doit entrainer Elena aujourd'hui je crois et Galen se chargera d'enseigner aux autres anges. Le vampire se retourne en premier car j'ai laissé la porte claquer derrière moi. Il est surpris de me voir aussi tôt, on devait se voir dans une heure. Il est vêtu d'un pantalon et d'un t-shirt noir. Moi de même.
« Tu es matinal Campanule ».
« Mes cauchemars se répètent toutes les nuits ».
« Tu te réveilles à la même heure ? ».
« Oui ».
« Je sais que ça te préoccupe ».
« Mes examens n'ont rien montrés d'anormal ».
« Non » dit-il en me regardant. « J'ai demandé à Keir de surveiller ton état. S'il y a un quelconque changement, j'en serais le premier averti et n'hésite pas à m'en parler ».
J'acquiesce sans répondre car je ne sais pas quoi dire. Cette situation me fait peur. Je n'ai pas spécialement envie de m'étendre sur le sujet, pas aujourd'hui. C'est assez intimidant comme ça. Dmitri me regarde sérieusement. Il s'inquiète. Je me demande ce qu'il pense de la situation. Lui qui m'a quand même connu petit, ça fait drôle. Il ne m'a jamais rappelé cet épisode. Moi qui pensais être le roi du monde ce jour-là.
« On va y aller doucement aujourd'hui. Tu es autorisé à faire des vols cours. Je ne veux pas qu'il t'arrive quoique ce soit Campanule ».
« Je... Je ne sais comment te remercier ».
« Vous êtes déjà là ? » demande une nouvelle voix.
Jason entre dans la salle sans que nous l'ayons entendu. Il connait l'art d'entrer sur les territoires en toute discrétion. Une ombre qui observe tout à travers le monde. Il est infaillible dans son domaine et on peut lui faire confiance. Sous ses airs sérieux et impassible se cache un ange vraiment cool. En tout cas, si des gens sont trop intrigués pour lui parler je ne me gêne pas et on s'entend très bien. Je sais que si j'ai besoin de parler, il est là. Je lui ai répondu que c'était réciproque. Il ne sourit pas beaucoup mais quand vous le lui en arrachez un, il est sincère. L'ange aux ailes noires se rapproche de nous. Rare sont les fois où il vient ici, d'habitude il est en mission à travers le monde.
« Campanule est insomniaque » lance Dmitri.
Jason s'avance vers nous en affichant toujours son air sérieux.
« Je doute qu'il trouve ça drôle, ses insomnies ne se régleront pas avec de la camomille ».
Puisque je suis matinal, le vampire accepte de faire l'entrainement plus tôt et il est comme qui dirait doux, selon les termes du second de notre Archange. Dmitri me connait bien et savoir qu'il se soucie de ma santé me touche parce qu'il agit comme un père avec son enfant. Il laisse très peu de gens apercevoir ce côté de sa personnalité. Et je ne peux que me montrer reconnaissant envers lui. Il m'accepte. Je n'entraine pas les autres jeunes anges du refuge aujourd'hui, c'est Galen qui se charge des bébés comme on les appellent. Ce surnom leur conviennent parfaitement.
D'ici demain, je pourrais voler quasiment comme avant. Cela me réjouis car les courses aériennes dans le ciel new-yorkais avec mon meilleur ami me manque. En vérité, ce qui me trouble le plus c'est mon esprit. Mes carnets sont remplis de notes et je ne sais pas si les montrer à Keir est une bonne idée, j'ai envie d'avoir l'avis de Dmitri avant. Je ne pense pas être encore prêt à les lui montrer.
Dmitri me regarde visiblement satisfait de la séance du jour. Lui transpirant, moi de même. Il décide de prendre la parole.
« Tu as retrouvé tes capacités physiques ».
La nouvelle me rassure. Comme quoi je ne suis pas finis. C'est dur à dire mais c'est ce que je pense depuis une semaine. Je le note afin de ne pas l'avoir encore sur la conscience. Dmitri range les couteaux utilisés lors de la séance du jour. En ce moment, il me fait travailler sur l'agilité au sol. Non que dans les airs, j'ai perdu la main mais au sol c'est plus rude je trouve, du moins pour moi mais je m'améliore et je pense retrouver mes capacités bientôt. J'ai hâte. Le vampire en face de moi est confiant. Il est en train de m'expliquer que si j'ai besoin de lui pour parler ou autre, je peux compter sur lui et sur le reste des Sept. Evidemment que je le sais. Eux c'est pareil. On est une famille.
Une autre personne entre dans la salle et je dois la quitter. Une douche s'impose. J'entre directement dans les vestiaires en apercevant rapidement ses ailes bleues indigo et autres nuances de couleur un peu longue à énumérer. Elle souhaite sans doute me parler mais je n'ai pas spécialement envie de m'étendre. Je me sens fatigué. Quand je ressors quelques minutes plus tard, Dmitri est encore dans la salle.
« Tu es seul ? ».
« Non, tu es là ».
Nous sommes que deux. Pour une fois, je ne trouve rien à répondre. Il doit trouver ça étrange. Moi qui ait une bonne répartie. Il me demande de lui parler en cas de besoin. Aucun doute. Mais sa remarque me fait sourire parce qu'il n'a pas tord. Je ne pensais pas qu'il le dirait à voix haute.
Le soir est tombé et je suis chez moi depuis quelques heures. J'apprécie de rentrer chez moi maintenant, avant je restais davantage dans ma chambre à la Tour. Un comble sachant que j'ai une maison à l'Enclave. Un cocon dans lequel je me sens en sécurité. L'idée de rester enfermé n'est pas non plus dans mes habitudes. J'aime voler quasiment toute la journée, rêvasser au soleil et faire d'autre chose mais la liste est longue à énumérer. Je me mets quand même à penser que les effets secondaires n'arrivent pas par hasard et c'est le problème que je n'arrive pas à résoudre. Si c'est possible d'obtenir une réponse. Je me pose encore trop de questions. Résultat, je dérive dans mon élan d'écriture de ce soir. Les pages se remplissent sans m'en rendre compte et tout ce qui m'importe est de clarifier sur papier mes états d'âmes. En pensant ça, je me dis que j'ai des désordres ou des blocages émotionnels liés à la chute. Je doute que ce soit bon signe, en espérant que ce soit passager pour avancer par la suite.
Des mèches de cheveux noirs attirent mon attention depuis la baie vitrée de chez moi. Je repose le carnet dans lequel je notais ce que j'ai fait aujourd'hui. Je me demande comment il fait, il est le maitre espion le plus convoité et sa réputation est largement à la hauteur. Sa capacité à espionner toutes les régions du monde est impressionnante. Je réussi à percevoir quelques bribes de son corps, en l'occurrence ses cheveux car quand il veut se glisser dans l'ombre, il le fait très bien. Si quelqu'un de cardiaque passe à côté de lui, il peut surgir à tout moment. Quand il ne veut pas faire de bruit, il est le meilleur. L'ange aux ailes noires ne fait pas dans la demi mesure. Je suis surpris qu'il vienne chez moi. Ce soir en l'occurence mais je ne me pose pas de question, s'il est venu à l'Enclave c'est pour une raison. Je lui ouvre la porte de chez moi en sachant très bien qu'il va sortir de l'ombre qui lui sert de cachette.
« Jason ? Tu n'as pas besoin de te cacher dans l'ombre pour venir chez moi » dis-je en le découvrant. Il me regarde un peu surpris.
« C'est dans ma nature » me dit-il comme une évidence.
« Tu ne devrais pas rentrer chez toi ? » dis-je en regrettant le ton employé.
Jason est en mission aux quatre coins du monde. Même s'il a des complices et des sources de renseignements sur tous les continents pour savoir tout ce qu'il faut savoir sur les situations géopolitiques, il ne peut pas rester sans rien faire. Je sais qu'il a toujours hâte de rentrer dans son foyer. Il a beau prétendre ne pas en avoir de fixe mais ce n'est pas exact. Il en a un sur une île du Pacifique, à l'abri des regards où justement il peut se sentir en sécurité et lui-même. La sécurité est quelque chose que l'ange aux ailes noires chérit plus que tout. Je dois dire qu'il a raison. Jason me regarde toujours sérieusement mais ne prend pas mal ma remarque, par chance. Peu de personne accepterait ça. Mais il me connait bien. Il est au courant de tout. Même de ma situation du moment avec la Cascade. Celle-ci alors que je la déteste. Si on m'en reparle, je vais hurler. D'ailleurs, je ne suis pas pressé aux effets de la prochaine.
« Rentrer chez moi sans avoir pris la peine de m'assurer que tu ailles bien ? J'ai beau être dans une région du monde la plupart du temps, j'ai des yeux partout. Ce soir, mes yeux en question se posent sur toi ».
Je ne sais vraiment pas quoi répondre. Je ne m'y attendais pas. Jason me surprendra toujours. Il a les yeux partout. Bonne réponse. Je le regarde toujours à l'entrée de chez moi. Il ne bouge pas, le vent souffle sans que nous parlions, pas même par le lien mental qui nous lie tous les Sept. Les traits de son visage se détendent un peu plus et je peux y lire de l'inquiétude.
« Tu t'inquiètes ? ».
« Ne laisse pas le vent me souffler les réponses Illium ».
Là, il marque un nouveau point. Ne pas lui dire serait mal interprété sachant que Jason a quand même pris la peine de venir jusqu'à ma maison. Je ne veux pas paraitre impoli, mal élevé. Il s'inquiète. Je ne sais pas comment l'expliquer mais ça me réchauffe le cœur. Ça me fait sourire aussi. De toute façon, tourner autour du pot ne sert à rien.
« D'accord, entre ».
« Merci ».
Jason entre chez moi. Ses ailes noires se fondent parfaitement dans l'ambiance tamisée des luminaires. Le soir, j'allume le moins possible. Je préfère profiter de la lumière naturelle en plein jour et la nuit, les lumières sont éteintes la plupart du temps. Il n'ose s'approcher davantage des sièges mis à sa disposition mais finit par s'y asseoir. Jason scrute ma décoration brièvement. Je sais que ce n'est pas son style. Il faut voir sa maison, elle vaut le coup d'œil. J'y suis allé une fois. Elle est très ouverte sur l'extérieur. Je me demande si ce n'est pas similaire pour tous les anges, avoir l'impression de ne pas se sentir oppressé au sein de son foyer, sentir la chaleur du soleil sur la peau à travers les baies vitrées, ne pas être obligé de fermer les rideaux dans l'espoir de ne pas être vu par d'autres personnes. C'est aussi la raison pour laquelle, les anges viennent à l'Enclave. Ici, tous tiennent à leur intimité et être un peu en dehors de l'excentricité de New-York est appréciable. J'aime cette idée. C'est pour ça que j'ai mis des baies vitrées chez moi. Sur tout un mur. Je le reconnais. Mais des rideaux préservent cette intimité. Et j'ai quand même des volets pour fermer le tout si nécessaire.
Je me résous à disparaitre dans la cuisine prétextant avoir besoin d'aller faire chauffer de l'eau pour un thé. L'excuse est stupide. Si le maitre espion numéro un de Raphaël est assis dans mon salon, c'est pour une raison bien précise. Il ne se déplace jamais par hasard. Je me demande ce que Dmitri a pu lui dire tout à l'heure. Ou même avant, sans que je n'en sois au courant. Je me rends à la Tour tous les jours, comme nous tous quand on n'a pas de mission précise. Même Jason s'y rend quand il n'est pas dans une région du monde. Il me regarde toujours, avec bienveillance. Je ne veux inquiéter personne. Il est vrai que je ne suis pas dans mon état émotionnel normal. J'ai dû mal à rire de nouveau, à sourire de nouveau et c'est quelque chose qui m'effraie. D'abord à moi-même, à ma mère, à mes amis mais je veux me centrer sur moi-même. Je ne veux pas que les autres viennent me voir parce qu'ils ont peur pour moi. Ce n'est pas ce qu'ils doivent penser, de la pitié, je déteste ça. Je suis dans une phase étrange liée à cette fichu chute dans les airs, ça m'a perturbé sur le moment et ça me perturbe encore. Pour y palier, je rempli des carnets de notes et d'informations en tout genre pour alléger ma conscience. C'est déjà une première étape de thérapie personnelle, non ? Aussi, je vois du monde à la Tour. Je discute. Je ne suis pas chez moi à déprimer, me laisser tomber petit à petit dans la négativité. Sur ce point là, ce n'est pas totalement faux. Mais pour le reste, c'est un pas en avant.
Ses ailes noires sont repliées dans son dos. Même étant un ange, personne ne peut dire le contraire on ne peut s'empêcher de les regarder. Les ailes sont quelque chose de fascinant. Elles intriguent les humains c'est incroyable, les vampires les envient parfois mais leur odeur sont irrésistibles, ce qui donne une sorte d'égalité. Nous regardons tous quelque chose chez une autre personne, peut-être pour y déceler une différence, une force, un point commun ? Un petite quelque chose qui nous rend unique en notre genre. C'est ce qui est important. Chez Jason, il a cette aura qui le différencie des autres. Une âme qui lui ai propre et l'une des plus fidèles que j'ai rencontré dans ma vie angélique. Une chance. De toute façon, tous les Sept sont uniques et d'une loyauté incroyable.
Mes ailes se sont un peu étalées sur le canapé mais je les replient aussitôt. Je reporte mon regard sur Jason. Il a cette façon de prendre soin de quelqu'un en faisant de petites attentions, sans le dire concrètement. S'il vous apprécies ou s'il vous aimes, ses petites attentions feront la différence parmi d'autres qui ne le seront pas à vos yeux. Lui sait comment le faire. Le fait qu'il vienne chez moi par exemple est l'une de ces choses inhabituelles et qui prouve plus de chose que l'on ne peut le penser ou encore le supposer. Je suis content de croiser la route de cet ange énigmatique aux ailes noires et au cœur d'artichaut, ce point là il ne voudra pas l'admettre facilement.
« Je ne suis peut-être pas la personne que tu souhaites voir ce soir... ».
Je suis surpris parce que ce Jason dit. Il ne doit pas penser ça, en aucun cas. Il ne devrait même pas le dire à voix haute.
« Ne dis pas ça » dis-je directement.
« Il est évident que tu n'as pas envie de parler. Quelque part, je ne t'en veux pas. C'est difficile et je le conçois. J'ai juste envie de t'aider un peu ».
