Playlist
« Turning page » Sleeping at last
« Writer in the dark » Lorde
« Too much to ask » Niall Horan
« Sweet creature » Harry Styles
« Silhouette » Aquilo
« All I want » Kodaline
Chapitre n°5
Partie 2
Point de vue d'Illium
« Je ne suis peut-être pas la personne que tu souhaites voir ce soir... ».
Je suis surpris parce ce que Jason vient tout juste de dire. Il ne doit pas penser ça, en aucun cas. Il ne devrait même pas le dire à voix haute.
« Ne dis pas ça » dis-je directement.
« Il est évident que tu n'as pas envie de parler. Quelque part, je ne t'en veux pas. C'est difficile et je le conçois. J'ai juste envie de t'aider un peu ».
Ces mots me font écho parce que derrière ma nature joyeuse, qui est ma personnalité. J'en n'ai pas plusieurs que je montre à différentes personnes. On a tous des parties différentes de notre personnalité. C'est le concept. On accepte d'en dévoiler une partie, toutes si l'on s'en sent capable. Mais avons-nous pensé à nous avant tout ? Parfois non. Je ne sais pas mentir. Je ne sais pas comment on fait. Des gens vont trouver ça stupide mais c'est vrai. On ne m'a pas appris à mentir, je n'en ai jamais éprouvé la nécessité de le faire. Si on commence à mentir, le mensonge devient de plus en plus gros. Quand il prend une ampleur trop importante, c'est fichu. On ne peut plus l'arrêter et on ne peut plus rien faire. Ce n'est pas que j'ai envie de mentir à Jason, non. La vérité fait mal. C'est juste ça. Dire les choses concrètement fait mal et dans mon cas, les souvenirs de la chute me reviennent en pleine face et c'est le plus dur. Outre le regard des autres anges, vampires sur moi.
Non pas que je sois effrayé par eux mais plus par moi-même je pense et si les choses prennent davantage d'ampleur, ça n'ira pas. En parler, oui je pense mais à qui, à Keir ? Dmitri ? Raphaël ? J'y ai pensé plusieurs fois. La réponse ne m'est pas parvenue pour autant. Jason est toujours assis sur le siège dans la même position. Il est patient. Il me tire les informations au compte goute. S'il est venu chez moi, ce n'est pas pour se contenter d'aussi peu d'informations. Au quel cas, il a des espions partout dans le monde alors en savoir davantage sur moi lui ai aussi facile que de claquer des doigts. Il est capable d'envoyer un rapport à Raphaël, chose que je veux vraiment éviter. Autant lui parler directement moi-même, c'est la meilleure option. Il va finir par obtenir les réponses lui-même alors.
« J'ai autant envie de te voir que les autres ».
Je prononce cette phrase pour qu'il ne se contente pas d'entendre ce qu'il se dit dans les couloirs. Je suppose que d'autres anges en profitent pour faire circuler des rumeurs totalement infondées et hâtives à mon sujet. C'est ce que je déteste alors je vais donner ma version, ma vision des faits. Il est vrai que je suis davantage complice avec un autre ange blanc aux ailes diamantés mais ce n'est certainement pas pour autant que la présence d'un ange aux ailes noires ne soit pas la bienvenue. Ce n'est pas le cas, Jason est une personne vraiment unique et que beaucoup de gens devraient connaitre dans sa vie. Je le pense. Il a des qualités nobles, des valeurs qu'il se plie à appliquer. Je me sens reconnaissant qu'il ait pris la peine de voler jusqu'à chez moi alors qu'il pourrait être chez lui. Il doit l'entendre. Que ce soit Venin, Dmitri ou Aodhan qui viennent me voir, je suis aussi content de voir Jason chez moi. Nous ne sommes pas aussi proche mais je l'apprécie beaucoup. Je le considère comme un membre de la famille. Il pourra toujours compter sur moi. Ce n'est pas parce que je ne ris pas autant avec lui que nos liens sont moins forts, ce n'est pas vrai. Jason est une personne à connaitre. Sa personnalité est plus renfermée. D'ailleurs, il a sourit avec moi. Je le souligne à nouveau.
« Tu es le bienvenue, d'ailleurs tu veux boire quelque chose ? Je ne t'ai pas proposé. Il me reste une demi bouteille de vin ou alors ma boisson spéciale pour la fête d'Elena ? ».
« Il t'en reste ? ».
En me levant pour me diriger dans la cuisine, j'acquiesce de la tête et je mets en place ce que je voulais éviter jusqu'à présent: fuir. C'est ridicule. Le laisser quelques minutes dans mon salon, dans le noir comme une âme en peine alors que c'est moi l'âme en peine, me fait mal au cœur. Jason doit être rassuré. Ce n'est plus à moi de rester dans mon coin et si j'inquiète les autres, je me dois de les rassurer. J'ai bien compris que les Sept sont une famille et que si un membre est affecté par quelque chose, les autres membres le sont aussi. C'est un lien unique entre nous sept. Je ne veux pas le voir s'effriter avec le temps. Non. Je ne pensais pas que ce serait aussi prenant, dévoiler quelque chose. Pour certaines personne, parler d'eux est facile. Se confier est quelque chose de naturel alors que pour moi non. J'ai beau sourire, rire, ce n'est pas pour autant que j'accorde ma confiance facilement. Le contraire serait plus juste. Les gens pensent me faire confiance facilement, c'est souvent le cas. Je donne confiance aux gens. Ils se sentent bien, comme s'il pouvait comprendre par je ne sais quoi que je peux garder un secret ou des informations. Ce qui est vrai dans un sens. Mais je ne donne pas ma confiance aussi facilement. Aodhan est pareil sur ce point mais lui prend du recul sur les choses et avise selon son intuition, qui au passage est infaillible. Je ressens les choses et j'avoue que l'intuition d'un ange est infaillible dans la majorité des situations et des divers moments de la vie.
Je sens que Jason ne va pas quitter ma maison avant d'obtenir les réponses souhaitées. Je ferais pareil si nos situations étaient inversées. Donc, je ne peux pas me montrer indifférent, lui qui est en retrait par rapport à d'autres personnalités angéliques. Il est le seul à avoir accepté de sourire spontanément avec moi car avant il se refusait à exprimer des émotions. C'était il y a quelque siècles mais important de le rappeler quand même. Exprimer mes émotions est ce que je fais tous les jours. C'est aussi un de mes principes. Ne pas dire les choses, que ce soit spontanément ou non est une erreur. Deviner sans cesse ce que l'on pense est délicat. Je ne veux pas causer des dommages ou encore reproduire la « dispute » avec Venin. C'était ridicule. Il est venu chez moi le soir pour s'excuser, pas seul il a amené Aodhan pour être sûr de sortir de chez moi en un seul morceau. Je ne pensais pas faire peur à ce point. Quand j'y repense, c'est drôle. Mais l'idée a quand même traversé l'esprit de ce vampire, il est encore jeune alors je mets ça sur le compte de sa jeunesse. Derrière son apparence de mannequin se cache un vampire sensible, il y a un cœur qui bat. Hé oui. S'il m'entendait il rirait très fort.
Quelques minutes plus tard, je reviens au salon avec deux verres de ma boisson spéciale, celle qui rend accro.
« Je ne sais pas ce que tu y mets mais c'est à tomber » dit-il en portant le verre à ses lèvres.
« C'est le secret ».
Je ne révèle pas ma recette mais elle plait beaucoup et on m'en réclame à chaque fête. Je la laisse fermenter au moins une journée avant histoire que tous les parfums se développent la nuit au frais. C'est une partie du secret. Je ne le dévoile pas sinon on va copier la recette et je vais devoir mettre une clause de droit d'auteur.
Je vais aussi chercher le carnet noir qui contient toutes mes notes, mes gribouillages et autres informations parfois inutiles mais les détails ont leur importance. Des détails peuvent changer la donne. Jason mérite que l'on soit honnête. Lui qui a souffert non seulement de solitude mais il ne s'attache à très peu de personne de peur d'être mis de côté. Comme je l'ai pensé auparavant, c'est une belle personne. Il est énigmatique. Difficile de pouvoir déceler ses pensées mais justement, il faut passer cette barrière. Ma bonne humeur communicative et contagieuse y a joué. Sans me vanter, j'ai réussi à faire sourire l'ange aux ailes noires, le maitre espion numéro un. Notre maitre espion préféré.
« Tout ce qui me hantent l'esprit se trouve dans ce carnet » commençais-je par dire en mettant le carnet noir entre nous deux. « Tout y est répertorié depuis le début, tout ce que j'ai ressenti après la chute ».
Ses yeux sont fixés sur le carnet et il me regarde. Il effleure des doigts la couverture. Je ne sais pas si l'idée de le consulter lui vient en tête. Je suppose qu'il y trouverait les réponses aux questions qu'il se pose. Je ne préfère pas partager mes écrits avec une autre personne pour le moment, il se peut que je change d'avis.
« Tu t'y retrouves ? Je veux dire, c'est un exutoire ? ».
« Oui. Toutes les informations coincées dans ma mémoire y sont écrites depuis le début. Je suppose que tu es venu ici pour savoir, non ? Et tu as des espions pour obtenir des réponses ».
« Ce n'est pas la question Illium, je m'inquiète pour toi. Tous les Sept le sont ».
« Demande moi ce que tu veux » dis-je curieux de l'entendre.
Jason hésite. Je me demande ce qui le rend si mal à l'aise. Moi qui pensait qu'entre Sept, nous n'avions pas de sujet tabou. On ne se cache pas grand chose. Même si chacun de nous a son jardin secret, Jason et Aodhan les premiers. Nous avons pris l'habitude de communiquer quand ça ne va pas. Au lieu de tout garder dans nos cœurs, il vaut mieux en parler. De plus, en discuter apaise les tensions, les doutes et je pense que nous comprenons beaucoup de choses, les siècles d'existence aident je l'avoue. Je me surprends à le penser alors que je cache mes faiblesses derrière un sourire, qu'en ce moment c'est le cas je me réfugie chez moi autant que possible et je vais à la Tour. Chose qu'Aodhan ne faisait pas, il restait isolé le plus possible au Refuge. Les circonstances sont différentes, très différentes et si j'étais dans sa situation j'aurai sûrement agit de la même manière. Qui voudrait voir un ange dans un état lamentable que ce soit physiquement, psychologiquement ou dans les deux cas ? Peu de gens. Et j'ai fait partie de cette poignée de personnes qui acceptait de voir l'ange aux ailes diamantés dans cet état car c'est mon meilleur ami depuis l'enfance, comme les deux doigts de la main et que l'on travaille ensemble auprès d'un Archange. Le laisser tomber serait une trahison. Elle aurait été impossible à réparer.
Jason comme les autres Sept peuvent me poser n'importe qu'elle question. Je n'ai pas de sujet tabou. Parfois, certains sujets sont plus compliqués à aborder parce qu'ils évoquent des vieux souvenirs, douloureux parfois et les prononcer à nouveau peut faire mal. Mais les Sept sont bienveillants et ne trahissent pas les secrets confiés. Nous avons confiance. C'est pour cette raison que je peux parler sans crainte. Avec eux, ça reste entre les murs de la Tour. Avec moi aussi, je ne veux pas que ce soit sans un sens. Ils ont confiance en moi. Je ne peux pas imaginer faire la même chose. Jason est venu jusqu'à chez moi. Jason a pris cette peine. Je me rentre cette idée à nouveau dans le crâne. L'ange aux ailes noirs n'insiste jamais pour connaitre une vérité. Soit il attend la réponse, peu importe le temps ou alors il se débrouille autrement et je ne veux pas avoir à faire à ses espions, même pour mon bien. Je le connais suffisamment qu'il agirait de cette façon que pour mon bien et dans un cas désespéré. On discute depuis un moment, il est venu chez moi pour ça. Alors je ne veux pas renier son attention.
« Qu'est-ce que ça fait, de se sentir pris par une telle montée de fièvre ? La sensation de brûler en plein ciel ».
« L'inconscient prend vite le dessus. La montée de fièvre nous prend par surprise, on a chaud, on somnole, les yeux se ferment tout seul et le corps tombe comme une pierre. Des étincelles. Je me souviens d'étincelles. Je ne peux pas te dire les couleurs. Et des bras, les bras froids de Raphaël autour de moi ».
Il a laissé le carnet noir entre nous. Il n'ose pas le toucher. Je vais sûrement noter encore des choses après son départ. Il n'a pas l'air d'être prêt à partir. Sans faire attention au reste, le regard de Jason se pose sur moi visiblement intrigué. Depuis la Cascade, il m'arrive de briller. Tel une luciole. Ce qui est un peu gênant et troublant parfois car j'ai l'impression d'être une luciole, un objet radioactif, un ange radioactif. C'est étrange. Et ce n'est qu'un effet secondaire qui m'importe peu en ce moment. Tout qui m'intéresse est de redevenir l'ange que j'étais avant tout ça. C'est la seule chose qui compte.
À commencer par reprendre confiance en moi par exemple sera une première étape.
Mes mots semblent l'horrifier. Pourtant, nous voyons des choses horribles tous les jours. Nous faisons équipe quelques fois avec les chasseurs de la Guilde. Elena est une ancienne chasseuse, elle est devenue un ange et essaye d'allier les deux. Les enquêtes dont on s'occupe sont particulières. Plusieurs fois, nous avons des sensations d'écœurements mais avec l'habitude de voir des scènes de crimes, j'y suis mon sensible. Quelque part, notre part d'humanité aussi infime soit-elle chez les anges s'envole. C'est triste. On ne devrait pas être insensible à ça. La plupart du temps il s'agit de vampires qui sont exécutés avec la plus grande froideur.
Mais vivre une expérience telle que la Cascade peut avoir de graves conséquences. Je ne prends pas mon cas pour unique car je ne suis pas et je suis loin d'être le seul à y avoir été confronté contre mon gré. Seulement, le lien avec Raphaël m'a sauvé la vie. Sans lui... Raconter les faits à Jason est étrange car ça me rappelle les événements de la semaine dernière. Il doit être au courant, je lui ai raconté plus tôt dans la soirée. De toute façon, Dmitri l'a tenu au courant. Vivre soi-même les effets de la Cascade n'a rien avoir avec ce que l'on raconte dans les livres. La sensation de brûlure interne est la pire douleur au monde. On est pris par surprise de cette montée de puissance qui ressemble à une sorte de fièvre. Une fièvre meurtrière pour un ange n'ayant pas de lien de sang avec son Archange. On brûle comme une allumette en un claquement de doigt. L'idée de me consumer sous les yeux des autres anges à proximité et sous les yeux de Raphaël me révulse. D'un côté, il vaut mieux éviter certains détails dans les descriptions pour les âmes sensibles susceptibles de lire ces livres. Mais sans eux, on n'a pas toute l'histoire. C'est l'une des raison pour laquelle j'ai pris l'initiative de tout écrire dans un carnet. Pour garder une trace écrite personnelle et pour les autres anges qui y seront confrontés au fil des siècles. En attendant, je conserve les notes pour moi, dans ma bibliothèque.
« Alors » reprend-il. « Tant que la prochaine Cascade n'est pas annoncée, tu iras bien ? Si les restes de celle-ci continuent, tu continueras à briller comme une luciole ? ».
« Une luciole ? » dis-je en ayant envie de rire.
« C'est le seul mot qui me vient à l'esprit parce que tu brilles, tu es phosphorescent ».
« Ça ne dure qu'une ou deux minutes, c'est un effet secondaire minime » dis-je. « Tant que ça reste ainsi, je ne m'arrêterai pas de vivre ».
« Ça me rassure de l'entendre ».
Je me demande s'il a été au courant de la situation et je me mets à penser que non puisqu'il a dû être en mission dans une région du monde, sûrement au sein du territoire de l'Archange de Chine. C'est évident que revenir à New-York et apprendre qu'un ange a failli exploser est étrange et déroutant. D'un coup, je conçois la venue de l'espion numéro un chez moi. Il s'inquiète. En vérité, on s'inquiète toujours les uns des autres. Jason a besoin de savoir et c'est normal. Je suppose que savoir les effets ressenti quand on brûle de l'intérieur intrigue. Et il y a de quoi. J'ai essayé de lui expliquer sans m'étendre sur le sujet. Je ne suis pas prêt à le faire. Alors je ne sais pas si je dois attendre ou lui faire lire mes notes sur le sujet. Peut-être qu'il accepterait. Possible. Non que cela me dérange de le lui faire lire parce que c'est un des Sept et comme nous sommes une famille, je ne suis pas gêné. Même si encore une fois, chacun de nous a son jardin secret. Si je fais partager mes écrits avec lui, peut-être que Dmitri serait intéressé mais il ne faut pas qu'ils pensent que je me sente obligé. Si je le partage, c'est pour qu'ils sachent concrètement et non plus théoriquement. Il y a une différence entre la théorie et la pratique. Je le confirme.
« Ce n'est pas parce que je suis dans une région du monde que je ne pense pas aux Sept. Au contraire, j'y pense. En rentrant, Dmitri m'a averti de ton accident en plein ciel. S'il me l'avait dit plus tôt, je serais revenu aussitôt de Chine ».
« Je sais. Tous les Sept le savent ».
Le rassurer est tout ce que je peux lui apporter. Et des réponses. Je le regarde sans réellement comprendre pourquoi il se tient recroquevillé alors que d'habitude, il se tient droit. Ses ailes se sont un peu déployées alors que les miennes sont collées à mon dos. J'ai l'impression qu'il a envie de partir. Il reporte la tasse de café à sa bouche. Il me regarde à nouveau un peu surpris. C'est un euphémisme peut-être dans son point de vue. Exploser en plein ciel ne se répète pas tous les jours. C'est grâce au lien sanguin que nous avons avec notre Archange que j'ai survécu. Uniquement grâce à ça. Au quel cas, j'aurais été étalé de tout mon être sur le sol new-yorkais et à la vue de tous. Cette vision me fait peur. Mais ce n'est pas le moment d'y penser. Je vois bien le visage fatigué de Jason. Pas uniquement par ce que je viens de lui dévoiler depuis qu'il est dans mon salon mais par son voyage.
« J'ai envoyé un rapport à Raphaël sur Lijuan ».
Il a envoyé un rapport à Raphaël sur l'état des lieux sur le territoire de Lijuan. Les choses sont calmes. La question que tout le monde se pose est jusqu'à quand ? Lijuan peut nous surprendre au moment où personne ne s'y attend. Le problème est là. Penser au moment présent est une étape indispensable, nous ne pouvons pas envisager le futur. Tant qu'il me promet des siècles heureux, je l'accepte. Je suis étonné que Jason me parle de ça maintenant. Je suppose qu'il veut changer de sujet. Je ne discute pas.
« Rassure toi rien à signaler pour le moment. Son second, Xi est toujours actif sur le territoire » ajoute t-il. « Nous devons surveiller de loin ce qu'il se passe ».
« Lijuan est sous forme fantomatique ? ».
« On dirait oui. Son réveil a provoqué des dégâts étranges que personne n'explique ».
« L'important est qu'elle reste dans son pseudo sommeil en attendant de trouver une solution pour l'éliminer ».
« Il faudra s'y résoudre un moment où a un autre ».
Jason boit une nouvelle gorgée de ma boisson spéciale et repose le verre sur la table basse. Le mien est à moitié bu. Je laisse mon verre sur la table basse du salon. Le regard de Jason se reporte sur moi. Il doit se sentir un peu plus rassuré. J'espère. Si je reste silencieux, ce n'est pas pour inquiéter les autres mais pour moi, me centrer sur moi, prendre du recul sur les derniers événements de cette semaine riche. Je me surprends moi-même et ce fut l'une des pires semaine de ma vie. Et je ne peux pas me permettre de me renfermer sur moi-même, pas le peu de temps que m'accorde cette fichue Cascade. Tout se qui se passe autour de moi est contre ma volonté. Justement, là est le problème. On m'accorde du temps pour moi, de l'aide, notamment la présence de Jason ce soir alors qu'il pourrait rentrer chez lui. Le connaissant, il prendrait mal ma réflexion. Je ne veux en aucun cas le vexer. Déjà, il culpabilise pour ne pas avoir été sur les lieux la semaine dernière. Je ne veux pas lui faire plus de mal. Le plus triste est que toutes menaces n'est plus vraiment au-dessus de nos têtes mais près de la ville. Elles n'attendent qu'un signal pour y accéder et mettre tous sans dessus dessous. Les conséquences risquent d'être plus importantes et forcément nos sens seront davantage aux aguets mais ce n'est pas ce que je veux retenir pour l'instant. J'ai quand même un invité chez moi et au fur et à mesure de la conversation, j'ai l'impression de le déprimer. N'ai pas peur Jason. Je ne vais pas te mordre. Je ne suis pas un vampire.
« Un deuxième verre ? ».
« Oui, s'il te plait ».
Je pars dans la cuisine refaire la même opération qu'il y a une demi ou trois quart d'heure je ne sais plus. En regardant l'heure sur la pendule, il est minuit. Qu'est-ce que cet ange aux ailes noires est venu faire chez moi aussi tard ? Il doit être exténué par son voyage et sa mission en Chine mais il a tout de même pris du temps pour venir chez moi. C'est fou. Honnêtement, quelle personne, quel ami le ferait ? Ils se comptent sur les doigts d'une main. Sauf sur la mienne, sans me compter ils sont six. C'est une chance. Je retrouve au salon où Jason est toujours assis sur le même siège avec deux verres dans les mains. Il prend le verre qu'il porte directement à ses lèvres. Je me demande s'il va rester dormir à la maison. Non que sa présence me gêne, il peut rester chez moi toute la nuit s'il le souhaite. On va continuer à discuter. Toute la nuit et je ne veux pas que l'alcool lui monte à la tête.
Sans savoir pourquoi mais j'ai une envie de rire. La situation, tous les deux assis à discuter de sujet sérieux en ayant un verre à la main. C'est un rire nerveux qui menace de sortir de ma bouche mais je ne veux paraitre ridicule alors je me contiens. Hé puis non, je commence à rire tout seul. Jason me regarde un peu exaspéré en se demandant surement que l'alcool me monte à la tête alors que c'est le deuxième verre.
« C'est le deuxième verre qui te faire rire ? » me dit-il.
Je ne peux même pas articuler un mot sans que je ne cesse de rire. Au contraire, ça accentue le besoin d'extérioriser tout ce qui se passe en ce moment dans ma vie. Au lieu de pleurer, pour se vider de toutes les larmes que contient mon corps non, je ris. Je ris à en avoir les larmes aux yeux, pour quelque chose de simple. Je ne pense pas à quelque chose de précis. C'est ridicule.
« C'est n'importe quoi » réussis-je à articuler.
« Je confirme ».
Et je continue à rire sans aucun motif valable mais j'avoue que la sensation est agréable. Je ne sais pas si le rire répare concrètement quelque chose, quoi que oui je pense mais au moins, ça libère l'esprit et je me sens mieux. Rire pour oublier, penser à quelque chose de positif. Rire seul certes, sous le regard un peu désespéré de Jason mais ce n'est pas grave. Je sens qu'il a envie de rire aussi alors je me permets de lui donner un coup de coude. Il réagit en souriant légèrement. J'ai l'habitude des fous rires solitaires mais pas cette fois, j'ai envie de l'entrainer aussi. Il arrive à sourire quand même mais je ne veux pas le forcer, je veux le voir sourire spontanément. J'ai réussi une fois avant qu'il ne rencontre son âme sœur. J'ai eu le bénéfice de le voir rire, pas tout à fait de toutes ses dents mais il a sourit. Il a un beau sourire. Il devrait le montrer plus souvent. Il mérite d'être heureux. Il doit l'être. Avec les Sept, nous sommes tous unanimes sur le sujet alors il n'a pas à avoir de doutes sur quoique ce soit. Il est entre de bonnes mains, avec nous et avec son âme sœur aussi.
« N'oublie pas ta fameuse boisson à la soirée d'Elena ».
« Merci du rappel Venin ».
Je l'avais presque oubliée. Je parle de la soirée d'Elena. Pas de Venin, lui impossible de l'oublier. Pas Monsieur GQ. D'ailleurs, le surnom est venu aux oreilles de Galen qui a rit. Il n'a pas cru mais en jetant un coup d'œil de confirmation au vampire, celui-ci a acquiescé sans justification supplémentaire. Une chance parce qu'il va devoir assumé ce surnom. Tout comme Dmitri, Aodhan Galen et moi. Nous sommes désormais cinq. La question est qui sera le prochain ? J'ai plusieurs idées pour Jason mais j'attends la bonne idée avant de lui en faire part. Je préfère rester silencieux. En attendant que je me calme de mon fou rire solitaire (merci Jason de ne pas m'y avoir rejoint) et que j'articule une phrase correcte, le regard de mon ami ailé se pose sur moi. Il boit ensuite une gorgée de son verre. Il garde encore son air sérieux. Ce n'est pas ce soir que je vais entendre le rire de Jason. Exception. Le calme est revenu dans la maison. En tout cas, ça m'a fait du bien de rire. C'est une sensation que j'ai oublié cette semaine. Je me relève du canapé pour allumer une autre lampe à proximité de celui-ci. Ma vision s'est habituée à la pénombre, un peu trop que j'ai besoin d'y voir plus clair. Je viens me rasseoir en évitant un contact ailé avec celles de Jason, il n'aime pas beaucoup les contacts. La lampe donne une autre atmosphère à la pièce. Je ferme un premier volet qui donne sur le jardin et laisse les autres non fermés, je tire simplement les rideaux.
« Merci ».
Il a besoin d'entendre ce mot. Jason n'était pas obligé et pourtant il l'a fait. Je le remercie une fois revenu à ma place sur le canapé. Ce n'est pas simplement une formule de politesse, c'est plus que ça. Il est présent pour nous n'importe quand, à n'importe quel moment, n'importe où en cas de nécessite et ce soir, il est chez moi. Il a passé la soirée chez moi. Sans aprioris ni autre chose, il est venu parce qu'il s'inquiète. Et je suis satisfait de l'avoir reçu, comme ça sans invitation spéciale. Juste pour le plaisir de recevoir une personne que l'on apprécie chez soi, que l'on aime, un ami au-delà d'être un frère. Quoique si, un frère.
« Ce n'est rien » me répond t-il simplement.
Non Jason, ce n'est pas banal. Mais je ne vais pas chercher à argumenter. Je continue de boire mon verre. Après quelques secondes de silence, je repose mon verre sur la table. Je me mets à regarder la bouteille que j'ai ramené de la cuisine. Je ne vais pas remplir à nouveau mon verre, ce ne serait pas raisonnable. Je n'ai pas touché à un verre depuis un certain temps. Ce n'est que lors de rares occasions. En ce moment, on n'a pas eu l'occasion de trinquer pour quelque chose de positif. Avec Lijuan, les effets de cette fichue Cascade, les enquêtes menées par la Guilde et nous. Il y a eu beaucoup de travail. Dmitri a été envahi par l'administratif, Venin est parti sur le terrain pour aider Elena à suivre une piste potentielle et ainsi de suite. Penser pour une fois à quelque chose de positif est important et avec ma chute dans les airs qui m'a bien failli être fatale, je me rends compte du positif que l'on peut en tirer après en avoir bavé. Après ma chute, beaucoup de choses se sont mélangées dans mon esprit. J'ai été secoué dans tous les sens du terme. Ce soir, j'ai pensé à autre chose. Merci à mon ami aux ailes noires d'avoir pris la peine de passer la soirée chez moi. D'ailleurs, je le vois poser son verre vide sur la table et commencer à se lever. Je le regarde se mettre debout, toujours assis sur le canapé.
« Je vais rentrer ».
Il a raison. Il est temps de clore cette soirée qui m'a fait réaliser ma chance d'avoir une famille comme les Sept. Avec Jason, nous n'avons pas besoin d'argumenter beaucoup. Quelques mots suffisent et on se comprend sans problème. Je ne veux pas qu'il s'imagine que je l'apprécie moins, les premiers mots qu'il a prononcé en arrivant à l'intérieur de la maison m'ont surpris pour ne pas dire un peu choqué dans le sens où non, je l'apprécie vraiment. Disons que Jason est moins démonstratif. Au premier abord, on est surpris par son tatouage, sublime en passant, qui recouvre la moitié du visage mais on l'oublie vite. Il a un caractère solitaire et il faut seulement s'y habituer, apprendre à le connaitre car quand il vous accorde sa confiance, c'est une personne sensible, attentionnée et loyale. Autrement dit, un ange génial.
« Ne pense jamais que tu n'es pas le bienvenue chez moi » dis-je quand il est au pallier de ma porte d'entrée. « Nous sommes les Sept tout de même ».
Pour la première fois depuis des lustres, Jason ose enfin à sourire. Je l'attendais celui-là. Un sourire sincère qui me touche vraiment. Il a besoin d'entendre qu'il nous ait indispensable parmi les Sept. Il est déjà au courant mais une piqure de rappel ne fait pas de mal. C'est important de le faire de temps en temps, pour le principe. Je veille à l'appliquer. L'ange aux ailes noires s'envole aussi rapidement qu'il est arrivé devant la porte de chez moi. La nuit étant couleur noire d'encre, impossible de le distinguer parmi elle. Ses ailes se fondent dans le décor nocturne, en même temps il est doué pour ça.
Hey !
Je pense n'avoir jamais écris un chapitre aussi long. J'ai été obligé de le couper en deux parties. J'ai adoré l'écrire. C'est un exercice un peu différent, je sors de ma zone de confort avec cette histoire. C'est vraiment cool.
Bonne lecture ! ;)
