Coucou tout le monde ! Hier, j'ai reçu les résultats de mes partiels et, à ma grande surprise, j'avais tout réussi ! Par ailleurs, j'ai aussi atteint le chapitre 150 dans l'écriture, une réussite dont, je dois l'avouer, je ne suis pas peu fière. J'aimerais aussi vous rappeler que si ça vous intéresse, je suis sur Twitter ( nyxisnyx) : j'y parle très souvent d'écriture, qu'il s'agisse de discuter de ma fanfiction ou de donner des conseils à mes camarades auteurs. J'espère que ça vous intéressera ; sans plus attendre, le chapitre du jour !
Quand Hitomi se réveilla, le clone qu'Ensui lui avait promis était là, mais plus seul cette fois : blotti comme il le pouvait contre elle sans tomber dans le vide se trouvait Anosuke, aussi profondément endormi qu'il pouvait l'être. Shikamaru était affalé sur une chaise, le pied droit surélevé et la cheville bandée. En-dehors du clone qui observait en silence, une main sur la garde de son katana, seul Naruto bougeait, errant sans but dans la petite chambre comme si son énergie débordait de tous côtés. Elle ferma un instant les yeux, le cœur serré. Elle n'était pas prête pour une telle confrontation, mais que pouvait-elle faire pour la repousser ? Ce n'aurait pas été juste.
— Naruto, murmura-t-elle d'une voix rauque.
— Ah ! Hitomi, tu es réveillée ! Tu as besoin de quelque chose ? À boire peut-être ?
— À boire, ce serait bien, merci.
Elle se redressa légèrement et accepta la paille qu'il présentait à ses lèvres tout en tenant le gobelet de l'autre. L'eau était à la température parfaite, ni tiède ni trop froide, et elle dut fermer les yeux quand un soulagement brutal, purement physique, l'envahit. Après s'être abreuvée, elle détailla son frère du regard. Des cernes épais se dessinaient sous ses yeux. Depuis combien de temps n'avait-il pas dormi ? Elle lui fit signe d'approcher, prit l'une de ses mains entre les siennes.
— Comment tu vas ?
Sa voix était douce, à peine audible, mais il réagit comme si elle avait hurlé, écarquillant violemment les yeux tandis que tout son corps prenait une posture défensive, avant de réaliser l'intensité de sa réaction et de s'apaiser, se rapprochant d'elle autant que possible.
— Je… Je n'arrive pas à… Qu'est-ce qu'on a fait de mal, Hitomi-nee ? Où est-ce qu'on a échoué ?
Le cœur de la jeune fille se brisa et des larmes amères lui montèrent aux yeux. Elle refusa de les laisser couler : elle avait déjà bien assez pleuré, et elle était censée être la grande sœur, le guide. Elle ne pouvait pas montrer ses faiblesses devant Naruto – devant Shikamaru qui désormais feignait le sommeil, mais dont la main s'était un instant crispée sur son genou.
— J'aimerais avoir des réponses à t'apporter, Naruto. J'aimerais vraiment. Parfois… Parfois, un shinobi qui a vécu des choses particulièrement difficiles perd le juste chemin de vue, et s'égare au-delà de toute lumière. Nous retrouverons Sasuke, un jour. Je te le promets.
Pour la paix de son esprit, elle était prête à prendre le risque de se parjurer. Elle pouvait même y croire, si elle mélangeait ses connaissances canon et ce qu'elle savait de Sasuke après avoir passé des années à ses côtés. Si seulement elle avait pu avouer la vérité à Naruto… Mais le regard du clone d'Ensui ne la lâchait pas, comme un rappel du danger auquel elle exposerait sa famille pour le soulagement égoïste de partager son fardeau. Elle ne pouvait pas.
— Ca aurait dû être moi, finit par ajouter Naruto. C'est toujours avec moi qu'il se dispute, pas toi. J'aurais dû le poursuivre moi.
À cela, elle ne put s'empêcher de grogner faiblement, sa main se crispant douloureusement sur celle de Naruto.
— Ne dis pas ce genre de choses stupides, persifla-t-elle. Si tu avais pris ma place, les choses auraient pu être totalement différentes. La fin aurait été meilleure, ou pire. Jamais je ne prendrais le risque. De toute façon, ce qui est fait est fait. Nous devons avancer, Naruto. Le reste du monde n'attendra pas que nous nous remettions.
Il changea nerveusement d'appuis sous son regard écarlate et sévère, mais finit par hocher la tête et caresser le dos de sa main du pouce, à nouveau apaisé.
— À ce sujet… Jiraiya-sama veut m'emmener loin du village. Il dit qu'une organisation veut du mal aux… Aux gens comme moi, et qu'il est temps qu'il m'entraîne sérieusement pour que je puisse me défendre.
Lentement, Hitomi laissa sa tête retomber sur son oreiller. Ainsi, cela avait fini par se produire… Elle serra les dents pour refouler l'angoisse qui l'envahissait, enferma la sensation rampante et inconfortable là où elle pouvait l'ignorer.
— Je vois. Profites-en pour apprendre tout ce qu'il voudra t'enseigner. Je sais que tu deviendras fort, je n'en ai pas douté un seul instant. Tu… Tu m'écriras ?
Les traits de Naruto s'éclairèrent, comme s'il avait oublié qu'elle avait inventé un moyen de communiquer de manière sécurisée à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. Il hocha frénétiquement la tête, un sourire rayonnant éclairant son visage comme un petit soleil.
— Bien sûr ! Je te le promets !
— Parfait. Je t'écrirai aussi. Quand est-ce que tu pars ? Et pour combien de temps ?
— Hm… Je… Je pars demain à l'aube. Tsunade-obaachan a dit que tu ne serais pas encore sortie de l'hôpital, alors je voulais te voir au moins une fois avant de m'en aller. Tu vas beaucoup me manquer, Hitomi-nee.
— Tu me manqueras aussi, Naruto. Je ne sais pas comment je pourrais le supporter sans les carnets. Tu me fais un câlin ?
Un petit sourire tremblant sur les lèvres, il s'exécuta. Son étreinte fut douce, délicate pour le bien-être de sa blessure et de son os brisé, mais pas moins réconfortante. Ils restèrent blottis l'un contre l'autre pendant de longues minutes, jusqu'à ce qu'il se détache d'elle et annonce devoir aller se préparer pour le départ. Il semblait réticent à partir, si bien qu'elle finit par l'encourager à quitter la chambre pour qu'elle puisse se rendormir. Un mensonge. Elle n'aurait pas pu dormir si sa vie en dépendait.
Près d'elle, Shikamaru ouvrit lentement les yeux et se redressa sur sa chaise, le regard sombre. Pour lui, l'impact de cette mission avait dû être tout simplement catastrophique. Il était le chef d'unité… Sa toute première mission à ce poste. Elle tendit la main et il la prit, les traits indéchiffrables. Ils discutèrent à voix basse, évitant les sujets qui fâchaient le plus. Il ne s'éloigna que pour lui apporter à boire, mais elle l'entendit, dans la salle de bains, passer un long moment parfaitement immobile, le souffle lourd et précipité. Quand il revint, ses yeux étaient un peu rouges. Ni elle ni lui ne le mentionnèrent.
Quand Hitomi se réveilla à nouveau le lendemain à l'aube, sa mère et Ensui étaient à son chevet, Asuma debout derrière sa petite-amie, les deux mains sur ses épaules comme pour lui apporter un soutien physique et émotionnel. La jeune fille ne dit rien, une boule de sanglots dans la gorge. Elle se contenta de se rouler en boule, tournée vers sa mère, dont les mains lui frictionnèrent longtemps le dos. Elles ne savaient pas quoi dire, parce qu'il n'y avait pas de mots pour couvrir l'absence de Sasuke et Naruto, et les deux vides bien différents qu'ils laissaient derrière eux.
Deux jours plus tard, Hitomi fut autorisée à rentrer chez elle. Elle était escortée de son maître et de Lee, qui avait passé beaucoup de temps à l'hôpital ces derniers jours, entre son chevet et celui de Neji, qui ne s'était toujours pas réveillé. C'était pour bientôt, affirmait Shizune quand le jeune homme demandait. Main dans la main, les deux jeunes gens marchèrent en silence. Souvent, Hitomi avait besoin d'une pause pour reprendre son souffle ou gérer la douleur qui irradiait dans son sternum au moindre geste. Elle essayait de dissimuler sa frustration quand cela se produisait, mais ni l'homme ni l'adolescent qui l'accompagnaient n'étaient dupes.
Il lui fallut plusieurs jours pour retrouver un semblant d'équilibre. Elle emmenait Anosuke dans de longues balades à travers le Bois aux Cerfs sous la discrète surveillance d'Ensui, travaillait sur ses sceaux quand elle en avait l'énergie, passait des heures interminables blottie contre Hoshihi – Hana l'avait soigné rapidement et le lui avait renvoyé – à discuter de sujets volontairement légers, peu importants. Ni l'un ni l'autre ne voulait revenir sur les évènements traumatisants qui s'étaient produits ces derniers mois.
Puis Ensui finit par apporter l'aide qu'il avait promise à Hitomi, sous la forme d'un civil du clan Yamanaka, reconnaissable à ses yeux bleus et à ses longs cheveux blonds, tressés dans son dos. Il avait le visage doux, un sourire lumineux – et sur la langue et les poignets, les sceaux qui le contraindraient à garder les secrets d'Hitomi même sous la torture. Il lui fut peut-être encore plus difficile que la première fois de s'ouvrir à cet homme, qui n'était pas Fukuda mais lui ressemblait parfois, dans sa prudence, sa délicatesse, son regard doux empli de compréhension.
— Je ne vous prescrirai pas de médicaments, Yûhi-san. Tsunade-sama recommande des médecines alternatives pour les ninjas qui doivent revenir en service. Les antidépresseurs ont une action très nocive sur les méridiens et perturbent le flux de chakra, deux choses très dangereuses dans votre métier. Mais ce n'est pas pour autant que vous n'allez pas guérir. Il y a d'autres solutions.
Il savait qu'elle aimait écrire, et se servit de ce médium pour travailler avec elle. Il lui apprit à laisser les mots se succéder dans une sauvagerie tranchante parfois, une douce mélancolie à d'autres moments, toujours sincères, toujours difficiles à lire sans étouffer. Elle ne racontait rien de particulier ; une scène à laquelle elle avait assisté le matin-même, des souvenirs qui l'obsédaient, des réflexions sur des sujets qui l'intéressaient. Aux yeux du thérapeute, c'était la forme qui primait sur le fond, qui lui permettait d'observer l'esprit de sa patiente sous un angle nouveau.
— Vous avez un petit garçon à votre charge, n'est-ce pas ?
Elle lui parla d'Anosuke, de l'impression de plus en plus pressante de ne pas être à la hauteur, de ne pas suffire, de ne pas être celle qui lui fallait, et il la rassura. Il lui expliqua pourquoi, dans ses cauchemars, l'enfant avait été capturé à nouveau, pourquoi elle se sentait mieux quand elle s'infiltrait dans sa chambre la nuit juste pour l'entendre respirer. Il lui expliqua ses peurs les plus irrationnelles, la profonde méfiance qui souvent lui empoisonnait le cœur.
Et lentement, elle remonta la pente. Ses cauchemars s'espacèrent. Elle retrouva l'énergie de travailler, d'être efficace. Elle prit plusieurs missions de rang D sur quelques jours à peine, toutes à l'intérieur du village, surtout à l'Académie et à l'hôpital, où elle pouvait passer du temps avec Karin et Sakura quand les deux jeunes filles n'étaient pas en train de travailler sous la supervision de Tsunade, dont elles étaient officiellement devenues les élèves.
Tous les soirs, Ensui la retrouvait dans sa chambre. Ils parlaient de leurs journées respectives, il évaluait discrètement son état émotionnel, ses progrès. Plusieurs nuits, elle refusa qu'il s'en aille, quand elle sentait qu'elle allait fait des cauchemars qui la rendraient malade. Son thérapeute approuvait la relation qui s'était formée entre le maître et l'élève – elle prouvait qu'Hitomi était toujours capable d'offrir sa confiance à quelqu'un.
Elle s'occupait aussi énormément de sa correspondance. Ses lettres à Itachi étaient devenues plus longues, leurs échanges plus soutenus et personnels. C'était bien son corbeau qu'elle avait aperçu dans la Vallée de la Fin. Il était reconnaissant de ce qu'elle avait fait pour Sasuke, même s'il savait sans doute mieux que quiconque sur cette terre à quel point les conséquences étaient difficiles à supporter. Elle écrivait aussi à Haku et Gaara, que son long silence avait inquiétés, et à Naruto, comme elle l'avait promis.
Et six semaines après qu'elle soit sortie de l'hôpital, elle fut appelée dans le bureau de Tsunade. Cela l'inquiétait un peu – elle n'avait pas vu le Hokage depuis que celle-ci l'avait jugée apte à reprendre les missions à son rythme tant qu'elle suivait une thérapie. À sa grande surprise, le bureau était déjà bien rempli quand elle arriva : s'y trouvaient Kakashi, qu'elle avait à peine vu depuis la défection de Sasuke, mais aussi Sakura et Karin.
— Vous vouliez me voir, Hokage-sama ?
— Oui, Hitomi. Ton oncle m'a dit que tu comptais toujours participer aux examens Chûnin. Au vu des circonstances, il te fallait une nouvelle équipe, alors voilà : tu participeras auprès de mes deux apprenties, sous la direction de Kakashi-sensei. Des objections ?
Confuse, la jeune fille regarda ses camarades l'une après l'autre. Bizarrement, elle s'était attendue à prendre la place de Shikamaru dans l'Équipe Dix, mais peut-être Tsunade avait-elle trouvé quelqu'un qui leur correspondait mieux ? Au moins, elle s'entendait bien avec Karin et Sakura, et elle savait qu'elles pouvaient travailler ensemble.
— Non, Hokage-sama, aucune objection.
La cheffe de guerre ne demanda pas leurs avis aux deux autres jeunes filles – sans doute était-ce déjà fait – ni au sensei, qui semblait pourtant un peu perdu. Nerveuse, Hitomi se mordilla l'intérieur de la joue et attendit pour plus de précisions.
— Très bien. Vous aurez deux semaines pour vous entraîner et développer une dynamique d'équipe. Vous connaissez toutes les trois mes attentes concernant cet examen, et je sais que vous ne me décevrez pas.
Les deux jeunes apprenties se redressèrent légèrement, comme pour mieux porter le fardeau volontaire qu'était la confiance de leur mentor. Hitomi comprenait, mieux qu'elle n'aurait su le dire avec de simples mots. Elle avait fait exactement la même chose avec Ensui, le faisait encore. Derrière elle, comme résigné à l'idée de devoir tout recommencer avec une nouvelle équipe, Kakashi soupira.
— Bon, puisque c'est décidé, je vous retrouve demain matin au terrain d'entraînement numéro trois pour un premier test. Hitomi, tu le connais, pas vrai ?
— Ah, le test des clochettes ? Que de bons souvenirs…
— Si tu le dis. Bon, à d…
— Sensei ?
— Oui, Hitomi-chan ?
— Si vous arrivez avec plus d'une heure de retard, je dirai à ma mère que c'est vous qui avez placé les romans de Jiraiya dans ma bibliothèque.
Oh, elle avait envoyé la voix la plus douce, l'accent le plus délicieusement candide de son répertoire, mais l'homme sursauta comme si elle l'avait électrifié et s'en alla en assurant qu'il serait à l'heure – elle n'en crut pas un mot. Quand il referma la porte, Tsunade s'écroula sur son bureau en éclatant d'un rire presque hystérique.
— Oh, par l'Ermite, Kusagakure n'est vraiment pas prêt. Bon, allez-y, les filles, je crois que vous devez vous préparer pour un test demain ?
Les trois kunoichi s'exécutèrent, laissant s'étendre entre elles un silence confortable jusqu'à ce qu'elles se retrouvent toutes les trois hors de la Tour. Les civils envahissaient les rues, pour la plupart pressés de rentrer chez eux après une journée de travail. Hitomi proposa d'aller s'installer dans la crêperie où Lee l'emmenait d'habitude, et ses deux compagnes acceptèrent.
— Alors, ce test ? demanda Sakura quand elles furent toutes les trois assises devant leurs goûters.
— On arrive à l'aube, on prie pour que Kakashi-sensei ne soit pas trop en retard, et on essaye de lui prendre les deux clochettes à sa ceinture avant midi. La dernière fois, il avait adapté son niveau à celui d'un Genin très expérimenté, mais ce sera plus difficile, cette fois.
— Et tu as une stratégie ? intervint Karin.
— Plusieurs, en fait, dépendant de ce que vous savez faire. Tout reposera sur le travail d'équipe, la compétence qu'il veut étudier en priorité. Sakura ?
La jeune fille comprit la question implicite et commença à faire la liste de ses compétences. Son plus gros atout était bien entendu le ninjutsu médical, mais Tsunade l'avait entraînée sans merci ces derniers temps, et elle n'était pas mauvaise à l'offensive. Elle était aussi très douée pour l'esquive et l'évasion. C'était également le cas de Karin, qui pouvait en plus compter sur quelques jutsus du répertoire Doton. Ensuite, ce fut le tour d'Hitomi de faire le tour de ses compétences. Cela prit plus longtemps : elle s'était toujours entraînée jusqu'à l'oubli et avait tendance à se diversifier, mais certaines de ses compétences n'étaient absolument pas utilisables dans cette situation, son Kekkei Genkai inclus.
— Alors c'est décidé ? conclut Karin au bout d'une heure à cogiter. Vous êtes d'accord avec le plan ?
— Aucun problème.
— Moi non plus. J'ai hâte de lui rendre la monnaie de sa pièce.
Le lendemain matin, la jeune fille fut la première arrivée, ses six chats déployés derrière elle en éventail, vêtue pour le combat. Même Hai avait été invoquée : elle travaillerait en étroite collaboration avec Sakura et Hokori, puisque tous les deux avaient du talent pour le Genjutsu. Karin aurait Haîro et Sunaarashi, un chat d'assaut brutal et un autre de communication, pour qu'elle ne soit jamais totalement coupée de Sakura. Après tout, les deux jeunes filles avaient l'habitude de travailler ensemble. Hitomi, bien entendu, travaillerait avec Hoshihi et Kurokumo, son familier et celui de ses autres chats avec lequel elle avait le plus d'affinités.
Kakashi avait pris la menace d'Hitomi au sérieux. Il arriva au terrain d'entraînement avec cinquante-six minutes de retard, elle décida donc de laisser passer. Il les inspecta toutes les trois du regard, son œil gris traversé par une étincelle d'approbation quand il vit que les chats d'Hitomi ne travailleraient pas seulement avec elle. Oh, s'il savait… Elle dut réprimer un sourire carnassier pour ne pas risquer de vendre la mèche tandis qu'il récitait les consignes de l'exercice.
— Prêtes ? C'est parti !
Le chakra d'Hitomi s'emballa d'un coup et une immense explosion secoua les arbres derrière le professeur et les trois poteaux d'entraînement. Les trois jeunes filles s'éparpillèrent comme une volée d'oiseaux, profitant de la surprise du sensei pour se dissimuler dans les arbres alentours. Enfin, la jeune Yûhi pouvait faire justice à ce que son maître lui avait appris : elle avait créé ces sceaux avec son propre langage, qui lui permettait de reproduire des réactions chimiques pour peu que les matériaux soient stockés à l'intérieur du sceau.
Elle exécuta quelques mudras et des clones aqueux prirent forme autour d'elle, se métamorphosant en Sakura et deux de ses chats. Après leur interlude sucré, la nouvelle équipe avait décidé d'aller s'entraîner, afin de pouvoir admirer le style de combat des autres. Elle pouvait en faire une bonne imitation. Tandis que ses clones allaient agresser Kakashi, Hitomi alla retrouver la vraie Sakura, qui se dissimulait quelques dizaines de mètres derrière elle.
— Tu ne m'avais pas dit que l'explosion serait aussi forte ! siffla la Haruno d'un air secoué. J'ai cru qu'on allait attirer l'ANBU avec nos bêtises !
— Sakura-chan, je m'entraîne sur ce terrain depuis des mois. L'ANBU a depuis longtemps appris à ignorer les explosions qui viennent d'ici. Est-ce que tu es prête ?
— Oui, j'ai fait tout ce qu'il fallait ! Il ne manque plus que Karin.
— D'accord, allons la chercher. Elle est dans cette direction, à deux cents mètres.
Les sens d'Hitomi étaient décidément bien utiles dans cette situation : où qu'elles se trouvent, elle pouvait repérer ses coéquipières et même, parfois, identifier ce qu'elles préparaient en examinant la manière dont leur chakra se comportait. Les trois jeunes filles et les six chats se retrouvèrent, assez loin de Kakashi, toujours en train de se battre contre les clones qu'Hitomi envoyait à intervalles réguliers, pour qu'il ne puisse les repérer à l'odeur. Au cas où, l'héritière des Yûhi avait répandu du poivre et du piment en poudre sur les arbres, pour brouiller la piste.
— Hai, à toi.
— Ca marche !
La jeune chatte, perchée sur les épaules de Sakura, bondit au sol et se mit à courir à toute vitesse entre les arbres, si légère que la poussière du sol remuait à peine sur son passage. Hitomi monta sur le dos de son familier et, sans même se concerter avec ses alliées, s'élança vers la rivière. C'était l'endroit où son ninjutsu aqueux serait le plus fort, après tout. Sans hésitation, Hoshihi bondit et s'arrêta quand ses pattes touchèrent la surface de l'eau, s'aidant de chakra pour ne pas s'enfoncer dans le liquide. Sakura et Karin derrière elle, Hitomi créa deux clones d'ombre et attendit, tendue comme un arc.
Kakashi apparut entre les arbres, l'air affolé – il avait des raisons de l'être, Hai lui avait fait croire qu'Hitomi était attaquée par Orochimaru. Il n'eut que le temps d'entrouvrir la bouche, une vague glacée détournée du cours de la rivière s'abattait déjà sur lui. Sakura bondit, concentra autant de chakra que possible dans son poing et frappa le sol en direction de Karin, qui utilisa le sol morcelé sous ses pieds pour exécuter la Technique de la Prison de Pierre – trop tard, Kakashi avait profité de la violence de l'impact pour bondir et esquiver aux piliers qui voulaient l'enfermer.
Mais Hitomi s'y attendait. D'une secousse sur les flancs d'Hoshihi, elle le poussa à sauter aussi haut que possible et, au dernier moment, tandis qu'il apparaissait juste en face du sensei à l'air monstrueusement surpris, elle se téléporta dans son dos, le prenant en tenaille, tandis que ses autres chats s'élançaient à sa suite pour encercler l'homme. Elle le frappa au bassin, mais elle n'était pas Sakura : le coup fut juste assez fort pour qu'il grogne, sans plus. Elle avança la main pour l'enrouler autour de sa taille, effleura les clochettes…
Il avait disparu.
Elle jura, concentra du chakra dans ses jambes pour retomber sans se faire mal et effectua immédiatement trois techniques de Rupture successives, au cas où il en aurait profité pour les enfermer dans un genjutsu à plusieurs niveaux. Non, ce n'était pas ça. Elle effleura la cage à l'intérieur de sa Bibliothèque et trouva le fantôme de son chakra – il était doué pour le dissimuler, bien plus qu'elle ne le serait jamais – qui s'éloignait déjà.
— Alors ? demanda Karin quand elle se redressa.
— Je les ai effleurées. Il n'a pas riposté, j'imagine que ça veut dire qu'il est satisfait de notre travail d'équipe. J'ai entendu dire qu'il était rancunier envers ceux qui le décevaient.
— Tch… Tu ne peux pas le figer avec la Manipulation des Ombres ?
— Pas un Jônin de cette envergure, non. Je lui ai fait le coup la dernière fois, il m'a vidé de tout mon chakra en un instant à peine. Je le supporterais mieux maintenant, mais pas assez pour être remise d'ici à l'examen.
Les heures passèrent. Elles avaient établi plusieurs stratégies tournées spécifiquement vers la combinaison de leurs capacités – à une occasion mémorable, Hitomi utilisa même sa Manipulation des Ombres pour diriger les mouvements de Sakura à distance – mais rien ne fonctionna contre Kakashi. Quand l'alarme qu'il avait configurée sonna, le terrain d'entraînement était totalement dévasté. La nuit qu'Hitomi avait passé à piéger chaque mètre carré de sceaux et de créations chimiques n'avait manifestement pas été suffisante pour prendre un Jônin de court.
— Bien, fit-il après avoir coupé l'alarme, pour des Genin rassemblés la veille seulement, vous avez une bonne dynamique de groupe. Je peux travailler avec ça.
Hitomi redressa la tête en grognant, étalée de tout son long contre les racines d'un arbre par le dernier coup de pied de Kakashi. Il l'avait atteinte à la hanche, avec juste assez de force pour la repousser efficacement, mais ce serait suffisant pour lui coller un bel hématome. Du chakra médical sur la main, Sakura s'agenouilla à ses côtés et commença à chasser la douleur.
— Vous ne prendrez pas de mission pendant les deux semaines qui viennent, tout votre temps de travail sera concentré sur l'entraînement. Vous êtes la seule équipe entièrement composée de kunoichis qui se présentera à cet examen, cela veut dire que vous serez une cible privilégiée. Je vous préparerai en conséquence. En attendant, qui veut aller manger un bout ?
Les trois jeunes filles se regardèrent et levèrent la main en même temps. Après une nuit et une matinée de travail, elles étaient toutes les trois affamées… Et après tout, il leur fallait rassembler leurs forces pour l'examen à venir, pas vrai ?
