Playlist
« All I want » Kodaline
« It's you » Wrabel et Magical Thinker
« Dream on » Aerosmish
« True colours » Tom Odell
« Already gone » Sleeping At Last
« With or whithout you » U2
Chapitre n°6
Point de vue d'Illium
Il y a quelques heures, un ange aux ailes noires étaient assis dans mon salon en train d'attendre que je lui parle, il a essayé de me poser des questions, sans me brusquer, par peur que je m'emporte mais je ne peux pas le faire, pas devant lui. Sans doute qu'il a eu les échos avec Venin. Me vexer aussi facilement n'était pas approprié. Ce n'est pas dans mes habitudes. Jason a dû être surpris que je ne lui ferme pas la porte aux nez. De toute façon, il a des espions à ses services à travers le monde. Avoir des informations est la chose la plus accessible pour Jason donc il aurait appris ce qu'il voulait savoir. Me concernant, je me suis isolé une semaine chez moi à voir le moins de monde possible. C'était volontaire et nécessaire. Ce fut la plus étrange semaine de ma vie. Je l'ai passée à remplir mes carnets, à dormir un peu quand mes cauchemars voulaient bien me laisser tranquille. J'ai appelé ma mère pour la rassurer et lui parler. Je ne l'appelle pas souvent. Elle a tendance à s'inquiéter facilement, étant son seul enfant c'est compréhensible et je ne prends pas assez cet élément en compte. Déjà que les naissances angéliques sont rares alors s'il arrive quelque chose à son seul bébé, les choses changent. Si j'avais été dans son cas je n'aurais pas supporté, j'aurais fait le voyage jusqu'à la maison de mon enfant pour être certain de son bien-être. Ma mère respecte mon besoin d'intimité et j'imagine que l'Archange lui a parlé, peut-être que Dmitri aussi alors cela a suffit à combler son besoin d'informations. Je les remercie. Je n'aurais pas été capable de retenir mes larmes devant ma mère. Sa présence me manque alors si c'est pour la retrouver dans un état de tristesse et de grande inquiétude, autant éviter de se faire mal mutuellement.
J'appelle ma mère ce matin pour la rassurer, lui dire que tout va bien.
« Je vais bien maman ».
« Tu me l'as déjà dit la semaine dernière ».
Keir m'a quand même prévenu sur la montée de fièvre, si elle revient je dois retourner le voir dès les premiers symptômes. J'ai fait la promesse de faire plus attention à moi si jamais ça n'allait pas. Depuis ce jour, je ne suis pas retourné le voir, ni l'un de ses collègues. Je ne veux pas revoir les murs blancs de l'hôpital avant un moment. Plus tard sera le mieux. En attendant, je profite du temps qui m'est offert après cette fichue Cascade pour vivre ma vie. Je ne veux pas vivre dans la peur, dans l'angoisse permanente de ce qu'il risque de se passer. Je ne veux pas me contenter des « et si... ». Tant que la pause de la Cascade dure, je vais profiter de la vie comme avant. Mais je vais bien.
« Ça n'a pas changé ».
« Tant mieux, je n'ai plus à m'inquiéter autant alors ».
« J'espère » dis-je en la regardant. « Ça m'a inquiété mais Jason est venu me voir ».
« Oh comment il va ? Il sort de sa zone de confort c'est bien ».
« Bien, on a discuté. Je l'ai rassuré et répondu à ses questions. Il est venu directement après sa mission sur le territoire de Lijuan et apparemment la situation reste calme, inchangée ».
« Lijuan est capable de tout. C'est bien le problème. Tout le monde est vigilant. Je ne serais pas surprise de la revoir un jour encore plus en colère mais profitons de cette accalmie ».
« En effet ».
« Maman est là mon chou ».
Je ne peux m'empêcher de la regarder surpris à travers l'écran mais affiche quand même un sourire au visage. Ma mère est très protectrice. Moi aussi. Je sais de qui je tiens ce côté là. Il est vrai que je m'inquiète souvent pour mon entourage. Quand il m'arrive quelque chose, je n'aime pas attirer de l'inquiétude, de la pitié ou je ne sais quoi d'autre. Dans ces cas là, je suis un peu gêné. Très étrange je sais.
« Tu me manques ».
« Toi aussi » dis-je en raccrochant.
Je ne veux pas que les effets secondaires négatifs de cette Cascade prennent le dessus sur ma personnalité. Je ne veux pas changer, devenir un autre ange. On sait tout ce que ça a donné chez un ange déchu assassiné par l'Archange il y a quelques années. Malheureusement, le nom de cet Archange déchu est écrit dans l'Histoire. Personne n'oubliera son cas. Notre Archange a eu du cran de le tuer. Il était obligé d'être tué mais un autre aurait pu s'en charger. Le problème est que seul Raphaël était autorisé puisqu'il se trouvait sur son territoire et non sur un autre. Tout le problème est là. Seulement, Raphaël fait partie du Cadre des dix et de ce fait, les autres Archanges auraient très bien pu se joindre à lui. Ils auraient voté favorablement sans hésiter. Et je ne veux pas devenir un ennemi, pas que pour les autres mais pour moi-même. Cela me déchirai le cœur. Autant me l'arracher directement, le problème sera réglé.
Sauf que plus je pense aux conséquences, plus je me mets à avoir peur. C'est très mauvais. C'est ce que j'ai noté dans mes carnets. Tout y est écrit noir sur blanc. Je pensais que l'écrire allait apaiser mes peurs, mes doutes et ça a été le cas mais je me réserve le droit d'aller voir Dmitri pour lui en parler. Il me donnerait des conseils. Il a le double de mon âge, plus adepte à me conseiller. Il me rassurait sur pas mal de points.
Je passe le reste de la matinée à trier mes photos, à consulter mes carnets de notes. Je ne sais pas comment le prendre. Cette histoire m'échappe un peu. Mon malaise a changé quelque chose chez moi. À aucun moment je n'y ai songé et ce qu'on raconte dans les livres sur le sujet a-t-il un sens à mes yeux ? Aucune idée. Maintenant je suis confus. Dans le sens où les choses changent, dans mon cas en cinq cent ans de vie je n'ai jamais été confronté à ça. Mais je me torture l'esprit pour des questions auxquelles je n'aurais jamais de réponse. Quelque part, ça me tracasse. Je veux avoir des réponses, comprendre la situation, comprendre ce qu'il m'attend à l'avenir. Sauf que je ne peux pas comprendre car c'est flou et personne ne peut lire l'avenir dans une boule de cristal concernant la fameuse Cascade. Les effets se diffusent encore un peu partout dans le monde. C'est effrayant et ça rappelle sans arrêt que la vie est réellement incertaine. Je dois profiter du temps qu'il me reste, je suis un peu fort dans mes propos mais au fond, c'est vrai. Du moins, personne ne peut le nier. Je suis le principal concerné dans ces effets secondaires stupides. C'est moi qui ai failli exploser dans le ciel nocturne new-yorkais.
Je me mets à penser qu'il est temps de sortir un peu plus de chez moi, je veux dire aller ailleurs qu'à la Tour en vol. J'ai pris ce temps pour moi et il a été bénéfique. Mes amis sont venus chez moi. Ça me fait sourire parce que c'est rare. Je me mets à penser aux mots du Sept aux ailes noires. Il était prêt à faire demi tour lors de sa mission de Chine parce que je préoccupais ses pensées. À son retour, apprendre mon malaise l'a chamboulé. Je me souviens de ses mots sur le sujet. On a discuté une partie de la nuit, j'ai essayé de le rassurer un peu, de me justifier, je lui ai même montré mon carnet dans lequel je note tout depuis des semaines et Jason n'a pas cherché à l'ouvrir pour le lire. Le carnet était quand même sous son nez. Il n'avait qu'à tendre le bras et feuilleter les pages noircies par mon écriture. Il ne l'a pas fait. Préférant sans doute préserver mon intimité, il n'était peut-être pas prêt à le lire, à y trouver des réponses, à y lire mes pensées les plus profondes sur le sujet. Cela a dû lui faire peur. Écouter mes quelques explications ajoutées au carnet, c'est trop d'un coup pour une seule personne. Jason m'a fait promettre de venir lui parler si j'en éprouve le besoin, qu'il serait là et j'ai dit oui. Je lui ai promis de me confier à condition que ce soit réciproque. Même si je suis dans une phase difficile, je lui ai demandé de venir me voir au moindre problème, s'il en a envie bien sûr. Ce n'est pas obligatoire. Nous sommes les Sept, une famille. Jason est venu chez moi. Il a voulu des réponses aux questions qui étaient coincées dans son esprit. J'ai tenté d'y répondre. L'ange aux ailes noires m'a écouté. Il a compris au moins mon besoin de rester chez moi et il m'accorde sa confiance. Je le savais déjà. J'ai essayé de lui faire comprendre qu'il était le bienvenu chez moi. Quand il m'a dit penser le contraire, cela m'a surpris. Il ne doit pas le penser. Le lui avoir dit à voix haute a je pense, un peu changé la donne entre nous deux. Ce n'est pas plus mal, il est plus distant mais ce n'est pas ça qui fait une différence. Je tiens à lui comme aux autres Sept. Il le sait maintenant.
Je recommence à prendre de la vitesse en vol, comme avant. « Tu voles comme un papillon ». Plus je m'élève dans le ciel plus je me sens bien. Cette sensation m'a vraiment manqué. Pour un être habitué à voler toute la journée, ne plus le faire pendant une semaine était difficile mais pour mon bien-être, une pause était nécessaire. Il me fallait du temps pour récupérer et faire des examens complémentaires demandés par Dmitri. D'ailleurs, les résultats n'ont rien montré de grave. Juste que mon état est à surveiller. Même si ma montée en puissance s'est transformée en scène publique dans les airs, il a voulu être sûre que mes organes internes ne brûlent pas à petit feu. Je me souviens de la sensation de chaleur qui a pris possession de mon corps, de mes yeux qui voulaient se fermer mais je luttais pour rester éveillé, de la chute qui arrivait. Je menaçais de me transformer en feu d'artifice. Et un feu artifice vivant en plein ciel non merci. Je me souviens des lueurs autour de moi. J'ai ensuite fermé les yeux quelques secondes avant de les rouvrir. Je voyais des images autour de moi, des mouvements mais je n'entendais rien. Raphaël essayait de me parler. Je ne sentais que ses bras autour de moi. J'ai ensuite repris connaissance dans le bureau de Dmitri. J'entendais des voix dont celle de l'Archange. Il me rassurait. Ses paroles m'ont aidé. J'entendais ses paroles sans réellement les comprendre, je me laissais faire comme une marionnette. Je me devais de ne pas fermer les yeux, de rester éveillé à côté de lui. Mon corps ne se contrôlait plus puisque apparemment, du sang s'échappait de ma bouche. Mon corps était dépendant. Livré à lui-même sans que j'en ai conscience. De toute façon, il valait mieux pour moi que je ne sois pas conscient de tout ça, du moins pas totalement. Mon cœur aurait très bien pu sortir de ma poitrine. Je le pressentais. J'avais envie de m'enlever cette douleur qui me consumait. Sauf que je ne pouvais pas agir. J'ai eu envie de hurler pour que l'on m'entende. Rien. Incapable de faire quoique ce soit de concret. Mais j'ai repris peu à peu conscience et j'ai pu formuler quelques mots. C'était une soirée horrible.
Quoi de mieux que de jouer au sport national américain pour débuter une nouvelle semaine ? Le temps est idéal, pas de vent, le soleil est de sortie, pas de nuages non plus et deux équipes d'anges qui se regardent pour savoir à qui la balle ira. Nous sommes tous sur la même longueur d'onde.
Je la lance à Aodhan qui la rattrape plus vite que les anges à proximité. Nous sommes deux équipes qui se disputent une balle. Les regards des autres vont d'une main à une autre pour ne pas la perdre de vue. Nous avons un point d'avance sur l'autre équipe. Strass connait mes astuces comme sa poche, cela m'oblige à renouveler ma tactique de jeu. Il connait mes faits et gestes quand il est question de jouer au baseball dans les airs. En bas, les humains commencent à se rassembler pour nous regarder jouer. Des groupes se forment afin de mieux définir leur pronostic selon les deux anges qui se trouvent être moi et mon meilleur ami. Hé oui, gagner fait parti de mes objectifs. Mon meilleur ami est fort dans ce jeu alors je me méfie. Ses anges sont attentifs aussi mais je remarque qu'ils commencent à être fatigués. J'ai envie de rire en leur disant que ce sont des petits joueurs mais je m'abstiens de tout commentaires sarcastiques sur le sujet. L'ange diamanté serait capable de lire dans mes pensées et j'ai envie d'éviter une crise de fou rire en plein ciel. Les gens ne comprendraient rien de la situation et nous sommes ici pour jouer au baseball tout de même. Aucun autre ange ne peut rivaliser avec nos équipes. La mienne est déterminée. La balle continue de voler dans toutes les directions. Un ange de mon équipe menace de tomber sur un toit pour récupérer la balle de justesse quand un autre tombe sur un drap blanc en train de sécher à une fenêtre. Je n'ose imaginer la réaction du propriétaire du linge en question qui sèche sur le balcon.
La balle blanche vole à nouveau en ma direction, je l'attrape sous les yeux d'un ange blanc aux ailes diamantées près à me la prendre des mains. Il me regarde, un mince sourire au coin des lèvres pour marquer un nouveau point. Rare sont les fois où l'on joue au-dessus du fleuve Hudson en plein jour. On aime bien jouer lorsqu'il y a des orages. On les contourne en évitant de se faire foudroyer une partie des ailes. Les brûlures font très mal. Testé et approuvé une fois, les douleurs ne sont pas pareilles qu'une autre, c'est incomparable mais on doit assumer les conséquences. Heureusement, on guérit vite. Un des avantages de l'immortalité.
Un nouveau point au compteur d'Aodhan. Nous sommes à égalité et hors de question de terminer la partie de sitôt. D'habitude, je ne dit rien de ma stratégie mais je pense qu'il n'y a rien de pire que de perdre du temps. On me regarde comme si j'avais la réponse à une éventuelle victoire mais non alors je lance la balle à un autre ange de mon équipe qui est juste derrière Strass. Je vais devoir changer de stratégie. Un échange de regard avec l'ange du refuge et il vole jusqu'à ma droite en évitant de laisser tomber la balle sur un des toits qui nous entoure. On continue de regarder tout autour de nous et de surveiller la balle de baseball. La moindre occasion est à saisir pour marquer un point.
Les autres anges finissent par capituler et la partie se termine entre moi et Strass. La balle blanche vole dans toutes les directions. Un jeu d'enfant pour nous. Les anges de nos deux équipes respectives ont capitulé un peu trop vite à mon goût mais les pauvres, il sont encore jeunes. Me sentir bien dans ma peau m'a manqué. Je ne me souviens pas avoir eu de moments aussi bons.
« La partie va se jouer entre toi et moi ».
« Je sais ».
La balle vole au-dessus de ma tête. Je la frôle des doigts sans l'attraper. Elle se dirige vers le port. Ce n'est pas bon signe si elle tombe sur le toit de la voiture d'un automobiliste qui sera surpris. Le but n'est pas de créer la panique. Je vole aussi vite que possible. J'arrive quand même au niveau de la balle et la lance en direction de mon meilleur ami. Une fois en main, je me retourne. Le soleil me gêne un peu, il est dans mon angle de vision sachant aussi que les reflets lumineux des ailes de mon meilleur ami ne jouent pas en ma faveur. Il sait bien que cela change la donne lors de nos parties de jeux dans les airs. Il en profite. Un sourire se dessine sur mes lèvres. La balle part en ligne droite et il est obligé de faire un plongeon parce qu'elle retombe aussitôt. Ce serait dommage qu'il se prenne la tête dans l'eau du fleuve. Mais ce serait drôle et je ne pourrais pas m'empêcher de rire. J'aurais droit à son regard noir parce qu'il sera mouillé et ses ailes ne sécheraient pas en une minute. Il éblouira tout le monde. Je pense aussi qu'il serait temps de conclure la partie, non ? En tout cas, le sourire sur le visage de mon meilleur ami signifie que non; la partie n'est pas encore terminée. Il a rattrapé l'objet.
Sentir à nouveau le vent frapper mon visage, sentir mes ailes se faufiler parmi les courants d'air, sentir le soleil réchauffer mon visage. Me sentir libre, sans contraintes, sans pensées négatives, se sentir vivant. C'est un sentiment unique et voler m'a vraiment manqué. Sans ça, je ne suis plus un ange. Je ne suis plus rien. Voler est ma raison de vivre, l'une d'elle en tout cas. Me sentir libre, dehors et non enfermé entre les murs de ma maison et ceux du Médicat est la meilleure chose qui puisse m'arriver ces dernières semaines. Dans les airs, je me sens moi. Un ange comme d'autres certes mais un ange avant tout, dont la seule manière de se sentir libre est de voler. Je ne suis pas un ange que l'on peut enfermer dans une cage et qu'on prive ainsi de liberté. Je ne serais pas un papillon que l'on regarde à travers une cage. Ni épinglé au mur privé de Lijuan. Toutes ces paires d'ailes épinglées à un mur pour le reste de l'éternité me révulse. Je suis né avec une paire d'ailes, c'est bien pour me sentir en liberté. Le soleil qui réchauffe ma peau a grandement amélioré mon moral.
« Tu attrapes la balle ou tu déclares forfait ? » rit mon meilleur ami.
Je regarde mon meilleur ami surpris. Il veut jouer. Il est de bonne humeur. Sans moi, que devient-il ? Il est perdu si je ne suis pas dans les parages. Il se sent seul. Comme je suis d'humeur, je me prête au jeu. Là, il s'agit de sport et dans ce domaine il excelle. Il veut jouer, d'accord. Je lance la balle à Adohan qui la rattrape. À qui aura le point gagnant de la partie ? Très bonne question. Sur un toit d'un immeuble ancien, les anges qui ont composé nos deux équipes regardent la suite de la partie. Ils ont un peu vite laissé tomber la partie je trouve mais je ne leur en veux pas. Strass me relance la balle. Elle vole à nouveau en ma direction et ainsi de suite. Nous sommes des enfants. Certains humains s'arrêtent pour regarder la scène d'en bas, je peux les voir d'où je suis. Cela me fait sourire. Ils ont une vue imprenable. Ce n'est pas pour déplaire à Strass. Ses ailes attirent l'attention de tous. Elle scintillent, il a toujours la faveur des plus jeunes. Les enfants l'admirent. Évidemment, il sera trop fier pour ne pas le dire.
« Jamais » souriais-je.
La partie ne se terminera pas ainsi. Pas sur une égalité, il faut un point dans mon camp ou dans le sien. La balle vole à nouveau vers lui. Si ça continue dans cette stratégie, la partie ne se terminera jamais. Il faut une fin. Quoique j'ai la journée. Les yeux des autres anges de nos équipes respectives sont toujours rivés sur la balle qui continue sa trajectoire. Elle vole un peu partout. Nous continuons à lancer la balle sans prendre en compte les regards des humains en bas. En trois semaines, je ne me suis jamais senti aussi bien. Mon meilleur ami s'apprête à marquer un nouveau point mais je rattrape la balle à temps. La partie va se finir sur une égalité parfaite. Intérieurement, il ne veut pas lâcher l'affaire. Nous continuons ainsi notre ballet aérien pendant au moins une demi heure. Il ne veut pas déclarer forfait alors je lui doit une revanche.
« Tu me dois une revanche » jure t-il à mon attention quand il atterrit sur le toit de la Tour.
En atterrissant, je le regard en souriant. De toute façon, je n'y aurais pas échappé il m'aurait répéter ça jusqu'à ce que je dise oui. On ne peut pas refuser grand chose à Aodhan J'acquiesce positivement, je capitule à sa demande. La prochaine partie de baseball en plein air, aux yeux des habitants new-yorkais à proximité du fleuve Hudson seront au première loge, se déroulera quand il y aura de l'orage histoire d'ajouter de la difficulté. J'espère qu'il est prêt à admettre que la partie ne sera pas facile, je parlerais à mes anges pour une nouvelle tactique de jeu.
« Promis » répondis-je à mon tour.
La partie reprendra de plus belle la prochaine fois. La plupart du temps, les gens s'arrêtent pour regarder mais par temps d'orage, j'en doute. Aodhan me fait rire. Il pousse la porte qui mène directement à la salle d'entrainement où Venin se trouvé déjà. Concentré, il vise une cible avec les yeux bandés d'un tissu soir. Il n'a aucune chance de louper sa cible. Venin est le meilleur dans le domaine. Je donne un coup de coude à mon meilleur ami pour qu'il cesse de rire. Nous reprenons notre sérieux rapidement. Le vampire, aussi le plus jeune des Sept vise sa première cible du premier coup. Il enlève brièvement son bandeau sur les yeux pour regarder le couteau dans la zone jaune de la cible. Satisfait, il le remet sur les yeux, prend un nouveau couteau et recommence. Il respire doucement et lance le second couteau qui atteint sa cible. Comme pour la première, l'arme se plante dans la zone jaune de la cible. Il a senti notre présence. Ce n'est pas pour autant qu'il cesse ce qu'il fait. Il est concentré. Il attrape le dernier couteau du lot, respire doucement, lance l'arme sur la cible et elle se plante dans la zone rouge. Bien joué. Aodhan soupire. Il veut applaudir mais le vampire prend la parole.
« Strass et Campanule » dit-il le sourire aux lèvres.
« En personne » répond mon meilleur ami.
Je n'ai pas le temps de répliquer. Pour une fois, cette fois-ci je reste silencieux.
« Que fais-tu ? ».
« Je prépare le prochain entrainement d'Elena, celui que les bébés anges apprennent quand ils sont en âge de manipuler une arme blanche ».
« Elle va mal le prendre » rit Aodhan.
« Il y a un début à tout. Si elle se trouve dans une situation délicate, plus que d'habitude, je veux qu'elle sache lancer un couteau les yeux plongés dans le noir. Elle devra se fier aux sons environnants plus qu'aux odeurs, s'il ne s'agit pas d'un vampire ».
« Effectivement ».
« D'ailleurs en parlant d'elle, j'espère que l'on te verra à sa fête de quartier Campanule. Tu lui manques. Ça me fait mal de l'admettre » ajoute t-il en riant.
« Oui ».
Il faut croire que ces trois lettres suffisent à satisfaire Venin. Il me sourit de toutes ses dents, signe qu'il est de bonne humeur. Je me demande ce qu'il a en tête. Depuis qu'il est venu chez moi la semaine dernière, il a changé. Mais je préfère le voir comme ça que de mauvaise humeur. Croyez-moi, un vampire de mauvaise humeur est détestable. Et un ange aussi mais c'est une autre histoire. Je ne suis pas non plus surpris de constater qu'il n'a pas dénié ne pas me rappeler la fête de quartier organisée par Elena. Elle s'est promise d'en organiser une tous les mois. Je pense que c'est pour permettre la cohésion entre tous les habitants du quartier. Entre les vampires et les humains qui ont plus d'opportunités de se côtoyer dans la vie quotidienne, c'est moins le cas pour les anges. Nous sommes plus dans les aires que sur la terre. Parfois, il est bon de rappeler à tout le monde que nous vivons sur la même planète. Nos mondes sont peut-être différents mais sans eux, il manquerait une pièce du puzzle. C'est niais mais vrai. Sans nos coopérations pendant la bataille avec Lijuan, les conséquences auraient été davantage désastreuses. Elles l'ont été mais minimisées par rapport à ce que l'on aurait pu s'attendre. Le vampire récupère les trois couteaux plantés dans la cible pour les ranger. Sa démonstration est terminée. Aodhan le suit du regard mais reste silencieux. Ses ailes brillent sous les rayons du soleil qui traversent les baies vitrées dans la pièce. Un diamant vivant. Mais si on lui fait remarquer, il va s'habituer.
« Votre partie de jeu dans les airs est en seconde partie de tous les médias. Ça contraste avec les bouillonnements inexpliqués du fleuve ».
« On a fait diversion ».
« Ce n'est pas un reproche Strass » intervient Dmitri sans que nous nous sommes rendus compte de sa présence dans la salle. « Les gens ont moins peur, en soit ce n'est pas une mauvaise chose. Les divers événements sont liés à la Cascade. Le problème est que cela signifiera quelque chose dans la durée et ce quelque chose a un lien avec Lijuan ».
« Merci de plomber l'ambiance » intervient Venin.
Dmitri commence à rire face à la remarque de l'autre vampire. Deux vampires et deux anges dans la même pièce. Adohan aussi, ce qui n'arrange pas les choses. Il devine le moment de solitude que subit notre second préféré de l'Archange. Nous sommes tous méfiants des futures attentions de l'Archange de Chine. Sa présence sous forme fantomatique est étrange. Elle a choisit le Sommeil. Le problème est que peu de personnes peuvent être témoin de son état. Xi est son second. Il prend en charge le territoire. Jason est revenu de Chine sans informations supplémentaires susceptibles d'avoir une répercussion auprès des territoires voisins. Nous sommes vigilants.
« Surtout que Campanule me doit une revanche » répond Aodhan.
« Tu plaisantes ? » ajoute Dmitri. « Quand ? ».
« Au prochaine orage ».
À l'évocation de la réponse de Strass, Dmitri semble voir rouge. Il est très vigilant à mon sujet. Pourtant, il m'a autorisé à entreprendre des vols sur des distances moyennes. Je me rends compte que cela l'inquiète. Je vais devoir m'y habituer. Mon état est stable. Dmitri m'a obligé à passer des examens médicaux supplémentaires afin de s'assurer que mes organes internes n'étaient pas touchés. Et c'est négatif. Je vais bien. J'ai l'impression d'être un enfant qui se fait engueuler par son père. Je ne veux pas être méchant mais nous ne sommes pas de la même famille. Dmitri a toujours été bienveillant avec moi. Il a toujours eu un comportement paternel avec moi, Naasir et parfois Aodhan Ils nous a connu dès l'enfance. Je conçois qu'il ait des inquiétudes. Dmitri me regarde avec un air désespéré.
« Si tu subies une brûlure, crois moi c'est moi qui vais arracher tes plumes. Tu as tout juste le droit de voler sur des moyennes distances ».
« Faudrait que tu me rattrapes ».
« Campanule sait ce qu'il fait » ajoute Venin.
« Tu es le plus jeune » lui répond Dmitri. « Les conséquences peuvent être dramatiques » ajoute t-il en me donnant un regard noir.
Ses mots sont mesurés mais je sais qu'il n'en pense pas moins. Il n'ose pas me parler via le lien mental qui nous unit tous les Sept. Je devine qu'il est énervé. Ce n'est pas le but, je ne veux pas qu'il m'en veuille. Les choses sont fragiles, mon état va mieux. Je ne veux pas devenir plus vigilant dans le sens où surveiller mes moindres faits et gestes n'est pas une bonne solution. Il se comporte comme une figure paternelle et je ne peux absolument pas le blâmer. Au contraire, c'est gratifiant. Il se soucie de moi. Il est vrai que ces derniers jours n'ont pas été faciles mais je ne peux pas nier aussi que je ne vais pas m'arrêter de vivre pour autant. Si une épée de Damocles se trouve au-dessus de ma tête, je veux profiter du temps restant. Ne pas m'oublier. Les choses vont probablement prendre une autre ampleur à la prochaine Cascade, si elle se produit dans un siècle, dans deux siècles, trois ou un millénaire, je ne serais pas tranquille. Penser constamment au lendemain en me demandant quel effet secondaire va se propager dans mon corps n'est pas sain. Dmitri le comprend. Je le sais mais il ne peut s'empêcher de s'inquiéter de l'un de nous. Je le sais. Nous sommes une famille et quand un membre est touché, les autres le sont aussi. Les conséquences ne sont pas non plus à prendre à la légère et c'est là le problème. Déjà que ma mère s'inquiète, je le suis aussi pour elle alors si en plus, les autres Sept le sont aussi on aura jamais terminé. Je n'ai pas envie de m'enfermer dans ce cercle pour les prochains siècles à venir si jamais cette Cascade recommence. Plus je profite de la vie, pour ne pas dire du temps qu'il me reste car j'ai l'impression d'être condamné, ce que je ne suis pas. Je tiens à envisager l'avenir sous un jour positif. Je ne suis pas un ange qui tient à être enfermé dans une cage. Cette Cascade m'a fait prendre conscience de la fragilité de la vie. Même étant immortel, la vie reste fragile. Un comble. C'est contradictoire mais un ange n'est nuisible que par un autre ange ou alors un vampire vraiment déterminé à nous mettre la main dessus, ce qui est plus rare. Il ne faut pas les sous-estimer. Les vampires peuvent se révéler de redoutables adversaires.
Entre Dmitri et moi, le silence devient pesant et Venin le ressent. Il me regarde comme pour s'excuser à la place du vampire âgé de mille ans à ses côtés, soit six siècles et demi de plus que Venin. Il ne doit pas le faire car je ne prends pas mal la réaction de ce dernier. Il a raison. Si nos situations étaient échangées, comment je réagirais ? Dans de telles circonstances, l'inquiétude, les doutes, la peur, l'angoisse, la colère me mangeraient sans hésiter. Une chose est sûre est que je m'assurai de son bien-être mental et physique dans le sens où les effets secondaires peuvent causer de nombreux dommages. On ne connait pas toutes les conséquences, elles varient selon l'ange. Un autre ange qui n'a pas le lien que j'ai avec Raphaël n'aurait pas tenu. Et je mesure ma chance de l'avoir eu, comme tous les Sept. Je me mets à penser si ce n'est pas une mesure de protection plus qu'un moyen d'avoir la certitude de la loyauté d'un ange. Plus qu'une formalité mais comme une confiance réelle mutuelle basée aussi sur la loyauté sincère et honnête. C'est bien plus qu'un lien de sang pour moi. Et les autres Sept pensent sûrement la même chose. Donc je ne m'inquiète pas de l'attitude de Dmitri à mon égard. Le plus jeune vampire conçoit je pense l'avis de l'aîné mais aussi le mien, il doit être partagé. Quand il est venu chez moi avec Aodhan il m'a expliqué que sa réaction n'était pas méchante volontairement, c'était maladroit. Je lui ai répondu que c'était ma réaction qui n'était pas appropriée. Réagir ainsi n'était pas correcte. Disons que je me sentais dépassé. Être Archange dans les siècles à venir ou au prochain millénaire n'a jamais figuré dans ma liste d'objectifs à atteindre, loin de là. Je ne suis pas à ce stade de réflexion. Au moment venu, j'y penserais. Mais ça m'effraie.
