Playlist
« Superhero » Lauv
« Incomplete » James Bay
« One » Ed Sheeran
« Saturn » Sleeping At Last
« It is what it is » Lifehouse
« This town » Niall Horan
Chapitre n°7
partie 1
Point de vue d'Illium
Après avoir discuté avec mon vampire préféré, je me suis envolé. Non que la discussion m'ait vexée, au contraire je comprends la réaction de Dmitri. Je ne peux pas lui reprocher de prendre soin des autres, d'employer des mots un peu difficiles à entendre, d'un point de vue extérieur ou de mon point de vue parce que l'on fait tous les deux partis de la garde de Raphaël. On peut reprocher des choses à Dmitri. Sous son armure en béton armée qu'il s'est forgée se cache une personne incroyable. Loin de l'image stricte et sévère, à juste titre de son rôle de second de l'Archange. Il est d'une loyauté exemplaire. Honnêtement, personne ne peut le nier. L'Archange le considère comme un ami, un frère plus qu'un second. Il a l'œil sur la ville, il est au courant de tout de qu'il se passe. Idem pour Jason le maitre espion numéro un qui a un œil sur le monde. Je ne peux pas lui en vouloir. Certes, entendre de sa bouche que je prends des risques fait un peu mal. Dmitri veut mon bien. Il a eu peur de perdre l'un des Sept mais il faut aussi qu'il sache que je me porte bien. Je ne peux faire de vols sur de longues distances mais j'ai pu jouer au baseball avec mon meilleur ami. Ce fut le meilleur moment que j'ai ressenti depuis longtemps. Je me suis senti vivant mais surtout libre. Je n'ai pas pensé au malaise pendant le match. Je me suis senti bien dans ma peau, comme avant. Maintenant, c'est un peu différent. J'appréhende les choses autrement.
« Les conséquences peuvent être dramatiques ».
Je sais bien qu'il parlait du match de baseball, de la revanche lors du prochain orage pour donner du piquant à la partie. Il ne l'a pas dit à voix haute mais l'a pensé très fort. C'est une allusion à la Cascade, aux effets secondaires qu'elle a eu sur moi. Peut-être que Venin n'y a pas songé directement mais le regard de Dmitri l'indiquait. Je l'ai compris tout de suite et je ne voulais pas renchérir sur le sujet. Je le sais. Il s'inquiète. Toujours. Je ne lui en veux pas du tout. Le vampire n'a pas voulu en rajouter non plus, sous les regards soutenus de Venin et d'Aodhan. Ils ont assisté à cette scène. La première fois que je l'orage a frappé mes ailes, à cause d'un virage un peu trop serré. Je n'ai pas anticipé cet orage là. Quoiqu'il en soit, la partie était géniale. Aodhan a beaucoup rit, je me suis aussi laissé prendre au jeu. Au lieu d'éviter un éclair de justesse, je me le suis pris sur une partie de mon aile droite. La douleur fut foudroyante, sans mauvais jeu de mot. Elle n'a pas duré longtemps. Une éternité pour moi parce qu'elle ne m'a pas loupé, les antidouleurs de Keir ont joué leur rôle et ma cicatrisation s'est faite rapidement. Mais depuis mon malaise, Dmitri ne veut pas que je me fasse frapper par la foudre. Ce qui est logique. Je le conçois. Moi aussi j'aimerai éviter de subir de nouvelles brûlures de cette intensité. La foudre fait vraiment mal. Pour l'avoir expérimentée une première fois, c'est horrible. Mais j'ai promis une revanche à mon meilleur ami, je me dois de tenir cette promesse. Cette fois, je vais faire attention. En même temps, l'adrénaline que procure ce type de partie à haut risque au final, fait que l'on ne pense pas au danger. On pense à l'enjeu de la partie, au piquant que cela donne au sport. Ridicule pour d'autres, je pense que nous passons pour des anges inconscients ou trop jeunes. On s'amuse. On profite du moment présent et il n'y a rien de mal. Nous sommes deux anges qui aimons les défis, risqués je l'avoue.
Il faut que j'aille discuter avec Dmitri, pour lui assurer que je vais bien. Mais ce n'est peut-être pas ce qu'il a envie d'entendre. Mes examens médicaux n'ont rien montré. Je vais attendre un peu avant de toquer à son bureau. Il ne me fermera pas la porte au nez. Mon but n'est absolument pas de le vexer, de lui faire du mal inconsciemment. Parfois, je me demande comment il serait s'il avait des enfants. Quel père serait-il ? Un père poule ? Un père stricte pour éviter de montrer son inquiétude ? Je me mets à penser qu'il serait un père poule, celui qui se soucie plus de ses enfants, des autres que de lui-même. Prendre ce fait en compte me fait penser que ce serait le cas, il ne pourrait pas s'empêcher de vérifier leur faits et gestes pour être sûr de leur bien-être. Mais je n'en ai pas la moindre idée puisque Dmitri ne parle jamais de sa vie d'avant. Avant d'être le second de notre Archange, il a bien dû avoir une vie. Il n'en parle pas. Et je ne me plains pas, si c'est trop difficile pour plusieurs raisons je conçois tout à fait sa réticence à le faire. Maintenant qu'il est marié à Honor, il n'a pas envie de remuer le couteau dans la plaie à cause de son passé. Ça je le comprends. Avancer est la meilleure chose à faire. Et ce ne sont pas mes affaires. Juste que j'aimerai connaitre un indice sur son besoin de se montrer protecteur. Ou alors, je me tais et profite de cette qualité qui fait de Dmitri un vampire doté d'un cœur d'artichaut.
En vérité, je suis en train de rêvasser sur un toit à proximité de la Tour quand l'Archange demande à me voir via le lien mental que nous avons. Au début, je pense à une formalité. Depuis le temps que je suis sous les ordres de l'Archange, il me connait bien. Avec les siècles, un lien s'installe. Je me sens vraiment chanceux d'être au sein de ses Sept. Sans ce lien, je... Je ne serais plus là. Je me relève et m'envole en direction de la Tour. Sur le chemin, je ne me pose pas de savoir la raison. J'atterris sur le toit quelques minutes plus tard. Une fois que mes ailes se ferment, j'ouvre la porte du toit qui mène aux couloirs de la Tour. Je m'avance dans le couloir qui mène à son bureau. En ouvrant la porte, Raphaël est assis à son bureau en train de parler avec un autre Archange, je reconnais la voix de Titus. Il rit toujours très fort. Quand on le voit pour la première fois, on est un peu déstabilisé. Mais au final, il a crée une alliance avec Raphaël depuis le Réveil de Lijuan. J'attends donc qu'il termine sa conversation et regarde l'étagère sur laquelle sont entreposées des objets et le souvenir douloureux de ma plume bleue arrachée contre mon gré m'interpelle. Elles ont repoussé sans problème par la suite. La voir ici m'étonne mais je ne m'en préoccupe pas longtemps quand mon attention se reporte sur Raphaël. Il me regarde de ses yeux bleus azur qui fascinent la plupart des gens. Les yeux d'un ange sont ce qu'il y a de plus beau après les plumes.
« Je me demande pourquoi vous l'avez gardée ».
« Pour le souvenir ».
Un souvenir amer dont j'ai fait le deuil. Une plume parmi tant d'autres. Quand je prononce ces mots, de la rancune se fait sentir alors que j'ai balayé cet épisode. En dévoilant des secrets importants à la femme qui a partagé ma vie, j'en ai payé les conséquences sachant qu'elle n'a pas su tenir sa langue. Mon châtiment était inévitable. Je l'ai pas très bien vécu pendant un moment mais au final, c'était juste. Je n'avais pas pris en compte le fait qu'elle le répète. Je me suis senti trahie en quelque sorte. J'ai craché le morceau parce qu'elle me reprochait de garder le silence sur certains sujets. Notamment sur la transformation des anges. Je connais le processus mais il est si rare de l'appliquer. Transformer un vampire n'est pas tellement un secret. Je sais le faire. Rien ne serre de remuer le couteau dans la plaie. La cicatrice est oubliée depuis des siècles. Pourtant, je sais où se trouve le cimetière qui conserve son âme. J'ai hésité à me poser à proximité et à regarder les gens marcher en posant des fleurs sur les tombes de leur proche. Mais je me suis toujours résolu à la dernière minute. Pourtant, je me demande ce que je ressentirai en imaginant à nouveau son visage. J'y pense quelque fois. Alors que je ne devrais pas. Pour quelqu'un ayant tourné la page, ce n'est pas judicieux.
« Amer ».
« Tu étais un jeune ange ».
Il est vrai et ce jour-là, j'aurai aimé me planquer en Alaska. Suffisamment loin pour que personne ne puisse me retrouver. Une erreur qui me reste en travers de la gorge. C'est pour ça que je deviens distant dès qu'une fille me regarde. Pas que je sois gêné mais c'est une sensation étrange et pourtant je ne suis pas le dernier pour sourire poliment. Je traite les gens comme un gentlemen. Ma mère m'a bien élevé. Je lui dois mon éducation tout de même et le jour où je croiserais le regard d'une femme, ce sera unique.
« Ce n'est qu'une plume ».
Je baisse les yeux, comme si je n'assumais pas. Alors qu'il s'agit de ma plume. Et il n'y a pas beaucoup d'anges aux ailes bleues dans cette ville. Les miennes sont uniques. Quand elles ont repoussé, je me sentais un peu nu. Un ange sans ses plumes n'est plus un ange. C'est une créature étrange. Je me souviens de ma tête dans le miroir, à afficher une mine décomposée mais heureusement, elles ont retrouvé leur éclat plus vite que je ne le pensais.
« Pas n'importe laquelle, elle t'appartient ».
Cette plume est à moi. Nombre d'humains se précipitent pour en ramasser une quand ils aperçoivent un ange en vol. Elles peuvent valoir une certaine somme d'argent, sans parler de la poussière d'ange qui elle vaut une fortune. C'est un autre sujet. Les plumes fascinent les gens. Elles forgent l'identité d'un ange. C'est ce que voient les gens quand il lève les yeux aux ciel. Ils aperçoivent les plumes. Chacun de nous a sa signature dans le ciel. Raphaël me regarde avec bienveillance. C'est réellement un bon Archange. Il se soucie des autres plus que de lui-même. Les Sept sont une famille à ses yeux, plus qu'une simple garde. Nous veillons les uns sur les autres. Je vole plus vite que les autres anges réunis. C'est pour cela que l'on m'appelle le « papillon ». Ma vitesse en vol s'est accélérée depuis les effets secondaires de cette fichue Cascade. Je deviens une fusée. Les effets sont étranges. Au début, j'étais un peu déstabilisé pour au final prendre gout à ce nouveau don.
Le silence de l'Archange en dit long et je me sens un peu gêné de le laisser en suspend. Il m'a demandé dans son bureau sans m'en dire la raison. Je présume que c'est pour savoir comment je me porte. Ou alors, il va me dissuader de ma partie de baseball dans les airs au prochain orage. En fait, je ne sais pas du tout. Je reporte mon regard sur lui, cherchant un indice sans en trouver un.
« Vous m'avez demandé ? ».
Je pense que peu de personnes possèdent des yeux bleus aussi captivants et une faculté de compréhension telle que possède Raphaël. Il ne se vexe pas. Pourtant j'ai été sur le fil du rasoir à deux reprises en quelques minutes. Il ne m'en veut pas.
« Je voulais simplement m'assurer que tu allais bien ».
« Je vais bien » répliquais-je aussitôt.
Les yeux bleus de Raphaël ne se détachent pas des miens. Je me demande ce qu'il souhaite savoir. Il me connaît bien, presque par cœur au final puisque quand sa mère à été prise de folie, la mienne s'en est occupée comme son propre enfant. Il m'a alors assuré une place parmi sa garde au moment où il est devenu un Archange. J'ai presque été surpris le premier parce qu'il n'était pas obligé. On se connait depuis des siècles, il m'a vu grandir. J'étais jeune quand il a eu mon âge actuel. Je le regardais voler dans les airs avec Uram. À l'époque où il n'avait pas succombé à la Folie. Il aurait pu être un autre Archange. Un être devenu sanguinaire sans que personne ne s'en rende réellement compte. Les choses ont dérapé. J'ai quand même gardé cette image de ces deux anges volants dans le ciel, en riant, en souriant, en profitant de la vie. Il faisait beau ce jour-là. Je veux garder cette belle image. Même si les choses ont bien changé, même si Uram n'est plus là. Quand Raphaël m'a annoncé vouloir que je fasse partie de sa garde, j'ai hésité un peu parce que je ne voulais pas qu'il m'accepte par défaut. Je ne voulais pas qu'il se sente obligé de le faire. Si j'accorde ma confiance à un ange, je suis honnête, sincère. Et j'ai mérité ma place en faisant mes preuves. Je ne me suis pas reposé sur mes lauriers. Il fallait que je montre à Raphaël que j'ai des compétences, qu'elles méritent d'être reconnues à leur juste valeur. Être aux côtés de Raphaël signifie forcément quelque chose d'autre que de faire partie de sa garde. Je le répète encore mais nous sommes une famille. C'est Venin qui me le répète aussi et j'imagine qu'à cet instant précis, il rirait très fort. Il a une personnalité atypique. C'est pour ça que l'on s'entend bien. J'essaye de m'entendre avec la majorité des gens. Je déteste et fuis les conflits au possible. J'aime rire. J'aime profiter de la vie. C'est devenu un moyen de faire abstraction de mon malaise. En vérité, cette joie de vivre m'apporte autant qu'elle apporte aux autres.
« Ne te sens pas obligé ».
Il prononce ces mots en étant très calme mais je devine sa tristesse. Il sait que j'allais dire le contraire. Ma journée s'annonce bien. Je déteste m'apitoyer sur mon sort. Il ne veux pas me vexer, il veut s'assurer que je vais bien, il se soucie de mon bien-être. À croire qu'il lit dans les yeux des gens. Il n'essaie pas d'obtenir des informations via notre lien mental pour m'épargner de prononcer des phrases qui me feront mal. Je ne le fais pas non plus. Je continue de fixer ses yeux. Mes bras se croisent. Je me sens un peu mal à l'aise. Je n'ai pas l'habitude d'être considéré. Pas dans le sens stricte, dans le sens où on se soucie réellement de ma santé. Il ne se montre pas froid, distant. Les larmes me montent aux yeux. Me montrer vulnérable aux yeux de Raphaël est la dernière chose dont j'ai envie. Ce ne serait pas juste. J'essuie les premières larmes qui apparaissent aux coins de mes yeux rapidement. J'ai l'air d'un ange en détresse. À qui on a envie de faire un câlin et de lui murmurer que tout va bien. Oui, c'est le cas. On dit que derrière les personnalités joyeuses, se cachent des êtres fragiles et abimés parfois. Je n'ai jamais compris pourquoi. En quoi la joie veut dire que quelque chose de plus sombre se cache derrière ? Ce n'est pas une raison. Mais je suis d'accord qu'afficher un sourire est bien plus facile qu'on ne le pense. J'ai compris cela récemment quand je me suis isolé chez moi après mon malaise. Cette fichue Cascade m'a fait comprendre ça, que cacher la tristesse, un mal-être, derrière un sourire donne une parfaite illusion. Seul de vrais amis, ceux qui se comptent sur le doigt d'une main, vos parents dont vous êtes proches peuvent détecter quelque chose d'anormal. En fait, sourire est comme un masque, une sorte de pansement pour penser une plaie ou un sentiment de tristesse. J'ai été surpris de l'impact que ça donnait aux gens. Un sourire fait penser à autre chose, ne donne pas de signe négatif particulier, on s'attache à ce sourire et on lui fait confiance. Alors, oui je suis heureux, j'aime la vie parce que les siècles m'ont apporté des amis qui se comptent sur le doigt d'une main, j'ai pris du recul, j'ai connu un amour qui n'est plus depuis des siècles mais je l'ai connu quand même. L'image heureuse que je renvois est ma marque de fabrique. Je la conserve précieusement. Elle m'aide.
« Je... ».
Les larmes coulent toutes seules et je ne fais rien pour les arrêter. D'une, je n'en éprouve pas l'envie et que j'en ai marre de me cacher, de me montrer souriant alors que depuis trois semaines maintenant j'aurais pu être réduit en poussière. Alors, je continue d'essuyer mes yeux humides. Mes mains tremblent, je tente de les cacher derrière mon dos, de passer la main dans mes cheveux qui ont bien poussé ces derniers temps. Je me sens vulnérable, sans arguments pour me justifier auprès de l'Archange qui me regarde toujours dans les yeux. Ses yeux bleus rassurants. Il est bien plus que l'image froide, cruelle d'Archange qu'il arborait jusqu'à ce qu'il rencontre Elena. Depuis, son regard s'est attendri. Aujourd'hui, je pleure dans son bureau. S'il a envie de se moquer de moi auprès des autres, il peut le faire, mes larmes sont servies sur un plateau d'argent. Ce serait difficile mais je pourrais encaisser. Je connais Raphaël. Il a une carrure qui effraie les gens, du moins ceux qui ne le connaissent pas comme les humains. Quand ils aperçoivent un ange au-dessus de leur tête, ils sont à la fois effrayés et fascinés.
Je me sens comme un enfant à qui on souhaite trouver les mots justes pour le réconforter. Plusieurs souvenirs d'enfance me reviennent en tête et je tente de les refouler pour ne pas tomber au sol pour pleurer toutes les larmes de mon corps. Je n'ai pas versé de larmes depuis ma chute et tout s'accumule alors à un moment, tout déborde. Mes larmes se fraient un chemin jusqu'à mes joues sans aucun soucis. Je suis vulnérable. Moi qui croyais que mes carnets remplis de mes notes, de mes états-d'âmes allaient arrangé les choses, du moins en surface mais il y a beaucoup plus de choses sous la surface.
Alors, sans m'en rendre compte tout de suite, je sens la peau fraiche de l'Archange contre ma joue. Il m'enveloppe le plus délicatement possible dans ses bras. Ma fine carrure contre sa peau. Je me laisse faire comme une marionnette ou une poupée de chiffons au choix. Là, j'oublie totalement le regard des autres. Il me rassure. Il me murmure que tout ira bien. Qu'il veut juste savoir comment je me porte parce que la sécurité de ses Sept lui importe. Ce n'est pas qu'une garde à ses yeux et à nos yeux aussi, nous le savons tous depuis le début. Il m'explique qu'il a lu le rapport de Keir à mon sujet et que tout va bien. Le point qui l'inquiète c'est mon mental. Les effets de la Cascade sur moi ont fait peur à tout le monde. Je le sais. Dmitri et Venin m'en ont parlé. Jason aussi. Adohan aussi. Maintenant Raphaël est au courant et je ne veux pas que d'autres personnes le soient, juste les Sept et celui qui me serre fort dans ses bras. Je ne me retire pas pour autant, les larmes coulent encore le long de mes joues. Il faut qu'elles sortent. Même si ça fait mal, même si mon ventre se tord, si des frissons parcourent mon corps.
« Ne t'excuse en aucun cas Illium, tu es l'un de mes Sept et je prends soin d'eux ».
Ses mots me réchauffent le cœur. Il a compris ce qui se trame dans mon esprit sans que je ne m'étende sur le sujet. Je n'ai pas envie de parler. Le fait qu'un ange aux ailes noires ait franchi la porte de chez moi hier soir, je m'étonne que Raphaël ne me raconte pas le rapport qu'il a dû rendre. Non que je ne fasse pas confiance à Jason, je suppose qu'il a dû répondre aux interrogations de l'Archange. Si jamais il lui en a demandé mais je ne le sais pas.
« Si tu veux savoir, Jason ne m'a rien dit. Il m'a juste dit qu'il est venu chez toi hier soir. Je ne suis au courant de rien d'autre » ajoute l'Archange voyant que je ne dis toujours rien.
Je le regarde un peu étonné parce que Jason n'est pas du genre à dire ce type de fait. Non que je le prenne mal mais il est si discret et encore plus quand il s'agit de la vie privée. Il est muet. Et je respecte ça. Jason peut garder beaucoup de choses pour lui et il a dû mal à exprimer ses émotions. Quand je l'ai vu devant ma porte, cela m'a surpris et touché en même temps car il est sortie de sa zone de confort. Il s'est inquiété. Il est resté chez moi une partie de la soirée. Et j'ai apprécié, différent de celle passée avec Venin et Aodhan Jason accorde sa confiance à peu de personnes. Certes il a des espions partout mais ce n'est pas la même confiance, il s'agit là d'une confiance basée sur la sécurité internationale au fond. La confiance qu'il donne aux Sept, à notre Archange est telle que nous sommes comme des frères. C'est un lien mutuel, unique qui ne disparaitra jamais. Et je suis touché qu'il me l'accorde, notamment en venant chez moi au lieu de rentrer chez lui suite à la mission accomplie sur le territoire de Lijuan.
Dans les bras de Raphaël, je me sens comme un enfant. Un enfant qui a besoin d'être rassuré, qu'on lui enlève ses doutes, ses angoisses et c'est une drôle de sensation. J'aime le fait qu'il ne me harcèle pas de questions, qu'il prenne le temps de patienter. Les mots doivent sortir de ma bouche. Aussi, il faut que j'aille voir Dmitri. Lui aussi a besoin de savoir que je me porte bien. Je sais parfaitement que les Sept sont là pour moi, que l'Archange est là pour moi et que ma mère l'est aussi. Cela me réchauffe le cœur. Cela m'enlève le poids que je tente de porter comme un grand depuis deux semaines; dont une à me poser cent cinquante questions et j'en ai davantage maintenant. Raphaël met fin à son étreinte et je lui souris faiblement, le remerciant d'avoir pris le temps de me laisser sécher mes larmes. Je me remets aussi à reprendre une respiration normale, et non rapide quand les larmes ont commencé à couler le long de mes joues.
« Je ne suis pas prêt à ne plus faire partie de vos Sept ».
Voilà, les mots sont dits. Ceux que j'ai sur le cœur depuis longtemps. Même si Venin et Jason sont au courant, je tenais à les prononcer face à Raphaël. Encore une fois. Je me souviens les avoir dit quand j'ai repris connaissance dans le bureau. Ce sont les paroles qui me sont venues directement à l'esprit. Ce n'était pas tellement mon état mais mon avenir dans la garde de l'Archange. Je les prononce à nouveau en sachant leur impact éventuel. Il me regarde avec de la peine sur le visage et un sentiment d'impuissance face à mon mal-être. Il se ressaisi et me réconforte à nouveau par de douces paroles. Il est rare d'entendre une personne prononcer ça. Surtout en la présence d'un Archange, je ne pensais pas que ce jour serait venu. Je ne suis plus en danger mais cette épée de Damocles au-dessus de la tête me hante l'esprit. C'est préoccupant et perturbant.
« Je ne suis pas prêt à te laisser partir non plus. Je ne peux pas prévoir l'avenir mais sache que nous sommes liés, je te sauverai autant de fois que nécéssaire ».
Je le sais mais maintenant c'est clair. Il ne me laissera pas tomber. Il ne me laissera pas exploser à nouveau en plein ciel. Ses mots me heurtent le cœur, de façon positif évidemment. L'entendre de vive voix a une importance à mes yeux. Mes larmes ont cessé de couler et un mince sourire prend place sur mon visage. J'ai le droit à une nouvelle étreinte, plus courte que la précédente. Il comprends que je n'ai pas besoin de parler pour le moment. Il respecte mon choix. Il m'explique que sa porte est toujours ouverte. Ensuite, il me sourit et me dit d'aller m'amuser. Mon regard indique que je n'ai aucune idée de l'heure qu'il est.
« Merci ».
C'est dans un murmure que je prononce ce simple mot et pourtant plein de sens. Il veut dire beaucoup de choses et c'est le parfait résumé. Je reprends une respiration normale. Le regard bienveillant de l'Archange se pose sur moi.
« Il est dix-neuf heure. Elena veut nous voir tous dans une demi-heure ».
« Il faut que je passe chez moi ».
Avant que je ne franchisse la porte de son bureau, il m'interpelle en me disant que Dmitri ne m'en veut pas. C'est bien ce qui me préoccupe. Je ne veux en aucun cas causer la moindre gêne ou autre entre nous. J'ai réagis sur le vif. Rien de plus. Venin était là, Aodhan aussi. Je sors du bureau, soulagé parce que je n'ai pas eu à me justifier autant que je le pensais auprès de Raphaël. Non que j'appréhendais sa réaction. Je n'ai juste pas l'habitude de parler de ma vie privée. Pour être totalement honnête, je déteste ça. Ma vie privée est secrète. Alors en divulguer une partie me rend mal à l'aise. Je parle pour les personnes inconnues. Sauf qu'avec les Sept, j'arrive à en parler. Nous sommes une famille. Eux ne jugent personne. Il écoutent et donnent de bons conseils. Je sais que quoiqu'il arrive, nous sommes unis. Un peu comme les deux doigts de la main comme on dit. Et ça me soulage. En marchant dans les couloirs, je réalise que j'ai un poids en moins et ça me libère l'esprit. J'ai le cœur plus léger, la conscience plus apaisée. Raphaël a pris le temps de me demander comment je vais, sans me poser des questions auxquelles je ne souhaitais pas me justifier. Il a bien compris. Pleurer m'a fait du bien. Je ne l'ai pas fait depuis longtemps et comme j'ai la fâcheuse tendance à tout garder pour moi quand rien ne va, montrer mes émotions n'est pas habituel. Il n'a pas chercher à en savoir davantage. Me montrer aussi vulnérable est rare. Maintenant, je me sens mieux.
Dans les couloirs, je ne croise personne. J'emprunte un autre couloir qui mène directement à l'extérieur et je m'envole jusqu'à chez moi. Personne aux alentours, la rue est calme. Si l'Archange ne m'avait pas rappelé la fête de quartier, je serais resté chez moi. S'il a demandé à ce que je vienne, ce ne serait pas bien pris que je ne vienne pas. D'un côté, ça me changera les idées de voir un peu de monde, de m'amuser et de ne pas afficher un sourire forcé. Non. Pas ce soir. La soirée va bien se passer et il n'y aura que des gens bienveillants à mon égard. Tous les Sept seront là.
J'ouvre la porte de ma maison, repère le carton contenant les six bouteilles en verre sur la table de la cuisine. Avant de repartir, je prends une douche histoire de me détendre un peu plus. La journée a été suffisamment riche en émotions. Je n'en reviens pas d'avoir pleurer toutes les larmes de mon corps devant l'Archange. J'en ai eu besoin. Il fallait que j'extériorise à un moment où à un autre. Donc autant que ce soit fait. Raphaël n'a pas parlé des examens médicaux demandé par Dmitri, il m'a juste dit avoir lu le rapport de Keir mais sans me donner de détails. J'ai reçu une copie mais je ne l'ai pas lu dans son intégralité. Juste la ligne stipulant que je suis en bonne santé me suffit. De toute manière les résultats n'ont rien donné qui serait susceptible de changer quelque chose chez moi. Chose que j'aurai du mal à avaler, changer une partie de moi me rendrais malade. Il n'y a pas de quoi s'inquiéter. En tout cas, ce soir je pense à autre chose. Je redeviens au moins le Illium souriant et riant spontanément avant ce fichu malaise. Cette partie de moi me manque. Mais je vais la retrouver. Il me faut juste un peu de temps.
En sortant de la douche, une serviette autour du corps, je remarque que mon reflet dans le miroir me montre concrètement les changements physiques liés à la fameuse Cascade. Pas ma carrure assez fine comparée à d'autres anges, mes yeux sont identiques, mes cheveux ont poussé, le bleu de mes ailes n'a pas changé. Disons que je ressens une puissance en permanence. C'est une énergie qui parcours le long de mon corps, une sensation étrange pour être honnête. Quand je vole, ma vitesse prend de l'ampleur. Mon surnom de papillon prend tout son sens. Je me mets à penser que tout s'est bien terminé au final, je suis en vie. C'est le plus important. De toute façon, cette Cascade fera de nouveau son apparition et si ce n'est pas sur moi ce sera sur un autre ange.
Ce soir sera un moment hors du temps, hors de ce fichu malaise. Tous les Sept seront présents. Même l'Archange viendra. D'autres invités se joindront à nous un peu plus tard. Elena prépare cette fête de quartier depuis un mois. Après les évènements provoqués par le réveil de Lijuan, les choses ont changé et les new-yorkais profitent davantage de la vie. Cela nous a aussi conforté dans le fait de se mêlé davantage aux humains. Nous vivons dans la même ville sans se connaitre pour autant. Elena souhaite apaiser les tensions, mettre tout le monde à la même échelle. Elle a raison. À force de vivre ici, on a dû mal à se rendre compte de ce qu'il se passe à l'extérieur. Une piqure de rappel s'impose et dans ce cas précis, oui.
Hey !
Je m'excuse du retard, ce chapitre m'a donné du fil à retordre et après de multiples corrections, le voilà publié. J'ai pris l'habitude d'écrire les chapitres quasi en même temps tant que l'inspiration est là. Honnêtement, cette histoire m'amuse beaucoup ! J'en suis contente. Je sors de ma zone de confort en détaillant davantage et avec les personnages qui prennent leurs place dans l'histoire. Et aussi trouver une playlist qui aura été plus difficile que prévu haha.
Bonne lecture ! ;)
