Coucou ! Voici le chapitre du jour. J'espère qu'il vous plaira ! Si vous écrivez, je vous rappelle que le Jeu de l'Adjectif a commencé : il s'agit d'un challenge d'écriture qui se déroule sur mon twitter, nyxisnyx. Rejoignez-nous si ça vous tente !

La première chose qu'Hitomi fit une fois installée à table, Kakashi et Gai à sa droite, Kurenai et Asuma à sa gauche, fut d'actionner la petite cloche qui attirait un serveur, et de commander une volumineuse portion de sashimi. Elle n'était pas assez stupide pour boire le ventre vide. Après avoir vidé son deuxième shot, toujours avec lenteur et détermination, elle remplit son petit verre d'eau créée à l'aide de son chakra Suiton, aussi discrètement que possible – aucune chance que ça ait échappé à l'attention des Jônin, mais sa mère lui jeta un petit regard approbateur.

— Alors, pourquoi vous buvez ? demanda-t-elle encore.

Ils s'entreregardèrent, leurs longs doigts habiles jouant qui avec le bord d'un verre, qui avec un pan de tissu, qui avec le bâtonnet d'un dango depuis longtemps consommé. Elle comprit qu'elle avait mis les pieds dans le plat, mais elle refusa de battre en retraite : elle finirait par savoir, de toute façon. D'une manière ou d'une autre.

— C'est une tradition, comme tu l'as dit, finit par confirmer Kakashi avec réticence.

Elle attendit, attrapant adroitement un sashimi du bout de ses baguettes pour patienter. Elle sentait une sorte de tension diffuse autour de la table, comme si le chakra des Jônin s'était répandu dans l'air sans qu'ils en aient réellement conscience. Et quand on était doté d'une telle puissance… Ce n'était pas vraiment étonnant. Pour eux, c'était aussi naturel et instinctif que de respirer.

— Je pense que ça a commencé au deuxième examen intervillage, ajouta Kurenai. J'ai entendu des Jônin-sensei plus âgés en parler… Ils savaient que, le surlendemain, des Genin allaient mourir. Peut-être les leurs. Alors ils se sont réunis dans un bar de Sunagakure et ont bu et joué jusqu'à oublier, juste pour une nuit, ce qui attendait leurs protégés.

Les sourcils légèrement froncés, Hitomi hocha la tête. Le nombre de morts qu'il y avait eu lors du dernier examen, ne serait-ce que dans la Forêt… Et les tournois étaient souvent mortels, eux aussi. Les juges interrompaient parfois le combat trop tard, trop tard pour empêcher la nuque brisée, la gorge ouverte, le coup de poignard en plein cœur. D'une main qui tremblait légèrement, la jeune fille massa l'endroit où le kunai de Sasuke l'avait blessée. Elle s'était infligé ça à elle-même, mais pour lui, les conséquences étaient les mêmes… Elle vit encore se former dans son esprit l'image de son Sharingan qui muait en Kaléidoscope et but une longue gorgée de saké dans l'espoir de la faire disparaître.

— Je comprends. J'espère que ça ne vous dérange pas que je me joigne à vous. Je ne compte pas mourir après-demain, mais c'est quand même un grand pas en avant, pas vrai ?

— C'est vrai. Qu'est-ce que tu comptes faire si tu es promue, Hitomi-chan ?

— Partir découvrir le monde avec Ensui-shishou, ce serait bien… Si Shikaku-ojisan accepte de se séparer de son assistant pendant une longue période. Après tout, Naruto est parti, lui.

Elle passa volontairement sous silence l'absence de Sasuke. Aucun de ces Jônin ne savait ce qui se cachait derrière la désertion de son frère, et la mise en garde d'Ensui lui revint à l'esprit. C'était pour leur sécurité, et celle du jeune Uchiha, qu'ils ne pouvaient pas savoir.

— Tu joues au poker, Hitomi-chan ? fit l'un des deux Jônin qu'elle ne connaissait pas. On allait commencer une partie avant que tu arrives.

Le regard scrutateur de la jeune fille passa sur les adultes, les uns après les autres. Elle connaissait les règles du poker, bien entendu, et avait joué son compte de parties avec Ensui, sans mise, juste pour apprendre à bluffer et tricher. Parce que c'était exactement ça, le poker, aux yeux des ninjas : un jeu d'adresse et de triche. Elle sortit de l'une de ses poches une bourse remplie de billets d'un geste lent et délibéré et la posa devant elle. Ce n'était qu'une fraction de sa solde, juste l'argent qu'elle gagnait en vendant ses sceaux de stockage et explosifs aux armureries du village.

— Je joue. Vous allez sans doute m'écraser, mais je joue.

Elle avait cessé de compter ses verres, à présent, mais elle était un peu déçue : où était l'ivresse qu'on lui avait promise ? Elle ne sentait qu'une confortable sensation de chaleur au creux du ventre, qui ressemblait un peu à ce qu'elle ressentait quand Lee lui embrassait le cou ou lui caressait les hanches, et sa peau était peut-être un peu plus sensible… Mais c'était tout. Elle pouvait toujours bouger avec autant d'acuité et son système de chakra semblait totalement inchangé. Elle pouvait dire que ce n'était pas le cas des autres, autour de la table : les joues d'Asuma étaient légèrement rouges, et Gai-sensei parlait plus fort que d'habitude, un exploit en soi.

Les gestes rapides et habiles, Kurenai distribua les cartes autour de la table sous le regard acéré de sa fille. Pas de triche à ce stade… Pas encore. Mais quand ils prirent leur main, chacun à leur tour, les Jônin semblèrent s'organiser en équipes tacites : Asuma et Kurenai, Gai et Kakashi, les deux autres, qui s'appelaient Hisakata et Fumiho, ensemble. Et elle, seule au milieu d'eux. Elle resta imperturbable en regardant sa main. La chance lui souriait, pour une fois, mais elle devait s'assurer de ne pas perdre pied.

Elle envoya du chakra dans ses oreilles, et entendit le rythme discret et feutré des doigts de sa mère sur la cuisse d'Asuma. Elle détaillait son jeu… Hitomi prit note sans rien laisser paraître. Du côté de Gai et Kakashi, la communication semblait plutôt se faire par des regards, et les deux autres, elle ne les connaissait pas assez pour savoir. L'une de ses mains passa sous la table, le pouce s'accrochant volontairement au rebord aiguisé d'un kunai. Une goutte de sang, une décharge de chakra, et ce fut son tour de s'exprimer en morse. À l'abri des regards, Hai se pressa contre sa jambe en signe de confirmation et se mit au travail.

Les parties se succédèrent, les unes après les autres. Hitomi en perdit certaines, surtout au début, mais ses officiers supérieurs étaient de plus en plus affectés par l'alcool, tandis qu'elle restait à peu près insensible. Entre ça et les actions délicates d'Hai sous la table, elle commença à amasser un joli petit paquet d'argent. Kurenai était devenue de plus en plus tactile au fur et à mesure qu'elle buvait : elle se trouvait à présent assise sur les genoux d'Asuma, tandis que sa fille essayait un maximum d'éviter de les regarder. Le problème se trouvait dans ses autres options : Gai-sensei était torse nu, à moitié effondré sur Kakashi qui lisait un de ses livres d'un œil, et les deux autres Jônin avaient bien vite arrêté de jouer pour dormir sur la table.

Et elle, au milieu de tout ce chaos, souriait comme si rien n'était plus normal.

Vers deux heures du matin, elle quitta la table, sa petite compagne perchée sur sa tête. Un bras autour des épaules de Gai, Kakashi-sensei ouvrit un œil paresseux et, d'un geste étonnamment ferme pour quelqu'un d'aussi ivre, lui indiqua qu'il était temps pour elle d'aller se coucher. Cette fois, elle était d'accord avec lui. Emportant tout l'argent qu'elle avait gagné avec elle, elle parcourut la distance entre le rez-de-chaussée et sa chambre d'un pas léger. Avant d'y arriver, elle s'arrêta devant celle de Lee. Si elle avait été juste un peu plus ivre, ou un peu plus téméraire, peut-être aurait-elle fait fi de la respiration de ses compagnons, qu'elle pouvait entendre de l'autre côté du mur, et lui aurait-elle rendu une visite nocturne. Avec un petit soupir, elle regagna sa propre chambre et prit garde à ne pas réveiller ses coéquipières en se mettant au lit.

Elle rêva dès qu'elle s'endormit, incapable de l'empêcher. Perdue dans un nuage de poison et de vapeur mêlés, incapable de voir plus loin que quelques centimètres devant elle, elle devait à tout prix retrouver son chemin, retrouver une personne importante, sans quoi quelque chose de terrible allait se produire. Mais chaque pas était plus difficile que le précédent et elle finit par tomber à genoux, puis sur le flanc. Ses yeux lourds, irrités, se fermèrent contre sa volonté. Elle se réveilla à deux doigts d'éclater en sanglots paniqués.

Karin et Sakura dormaient encore. Veillant à étouffer le bruit de ses pas avec du chakra, elle se dirigea vers la salle de bain en attrapant au passage des vêtements propres. Karin avait évoqué l'idée de leur faire visiter quelques points d'intérêt de la ville tant qu'elles en auraient l'occasion. Cela semblait être une bonne idée à présent. Dans la douche, elle dut fermer les yeux et s'appuyer contre le mur recouvert d'une mosaïque bleu et blanc représentant des hippocampes pour refouler le rêve dans un rayon de sa Bibliothèque soigneusement éloigné du centre.

— Hitomi ? fit la voix douce et inquiète de Sakura derrière le battant. Tout va bien ? Je sens ton chakra jusqu'ici…

— Ca va, répondit-elle d'une voix rauque. Ne t'en fais pas, j'ai bientôt fini.

Elle se dépêcha de se laver et de se sécher, s'habilla en quatrième vitesse et sortit de la salle de bains sous le regard légèrement inquiet de son amie. Elle avait retrouvé le contrôle conscient de son chakra, à présent. Elle ne comprenait pas pourquoi les rêves l'affectaient autant… Elle aurait aimé pouvoir faire barrage, dormir des nuits complètes et paisibles qui la reposeraient vraiment, totalement, plutôt que ce simulacre maladroit. D'une main douce, elle réveilla Karin.

— Je vais prendre mon petit-déjeuner. On se rejoint en bas ?

— Uh… D'accord…

En bas, les Jônin avaient tous une tête de déterré, si on pouvait lire les signes. Asuma écarquilla les yeux en l'apercevant, d'autant plus quand il nota qu'elle semblait ne présenter aucun symptôme d'une gueule de bois – et il aurait eu raison de supposer ça, elle se sentait tout à fait normal. Il marmonna un mot qui ressemblait à « démon » et se plongea dans sa tasse de thé vert. Il semblait être le plus affecté des six, même si Gai se trouvait indubitablement à la deuxième place de ce classement.

— Ah, Hitomi-chan. Bien dormi ?

— Pas vraiment, mais je me suis bien amusée hier soir, au moins. Merci de m'avoir laissée vous rejoindre, Maman, Kakashi-sensei.

Kurenai haussa légèrement les épaules, un sourire détendu aux lèvres.

— Je te l'ai dit, je te préfère que tu essayes ce genre de choses dans un environnement contrôlé, devant moi, plutôt que dans mon dos.

La jeune fille hocha la tête et alla se servit un petit-déjeuner digne de ce nom au buffet à volonté installé pour l'occasion au milieu du restaurant. Ça ne valait pas un bon repas préparé à la maison, mais l'odeur qui se dégageait des plats était tout de même alléchante. Elle retrouva Hinata et Tenten dans la file d'attente pour se servir.

— Ca a été cette nuit, les filles ?

— Neji ronfle, l'informa Tenten. J'ai dû attendre qu'il arrête de faire du bruit pour m'endormir.

— On était un peu serrés dans notre chambre, avec les garçons et Akamaru… Il grandit tellement, ça devient compliqué de le faire dormir sur le même lit que Kiba.

— Hm hm, il est bien parti pour faire la même taille que Kuromaru, le chien de sa mère. Qu'est-ce que vous allez faire, aujourd'hui ?

— Shino veut aller voir les jardins botaniques, on va sans doute y passer plusieurs heures. Ensuite, je ne sais pas trop. Des trucs de touriste ?

— On a le même genre de programme de notre côté. On n'aura sans doute pas d'occasion de se détendre dans un village étranger avant longtemps, alors on veut en profiter un peu, d'autant plus qu'on sera séparés si on est tous promus. Et toi, Hitomi, un programme en particulier ?

— Sakura et moi, on a décidé de laisser ce soin à Karin. Elle connaît ce village, elle. J'espère goûter des plats typiques de la région, si c'est possible, et peut-être trouver une librairie avec des livres qu'on ne trouve pas à Konoha.

Les trois jeunes filles poursuivirent la discussion autour de leur repas, prenant garde à éviter les sujets qui pourraient intéresser quiconque les écouterait. Elles ne faisaient pas vraiment confiance aux deux équipes aînées que Konoha avait envoyées en plus des leurs. Les six Genin en question n'avaient après tout rien fait pour tenter de réduire la distance implicite les séparant de leurs cadets. Oh, Hitomi leur souhaitait tout le succès du monde à l'examen… Mais elle ne se dépasserait pas pour les aider à réussir. Ce privilège, elle le réservait à ses amis.

Au bout d'une heure, quand tout le monde se fut restauré, elle rejoignit ses coéquipières devant l'hôtel. Toutes les trois avaient fait le choix de vêtements civils, mais quelques armes se dissimulaient sous les plis de tissu – Hitomi portait même son sabre à la ceinture. Elles n'étaient pas assez stupides pour se balader sans arme dans un village étranger. Si Kakashi les avait surprises à agir avec une telle imprudence, il les aurait renvoyées à Konoha à coups de pieds aux fesses, à juste titre.

Elles passèrent une très plaisante matinée, guidées par la voix et les connaissances de Karin, qui leur montrait les meilleures vues du village, des monuments dont elle leur racontait l'histoire, tout en les abreuvant de petits détails concernant la vie à Kusagakure. Au fil des discussions, Hitomi avait compris que l'enfance de son amie dans ces rues n'avait pas été malheureuse, mais très solitaire. Le village était très attaché aux racines, et Karin, avec ses cheveux d'un rouge flamboyant et son nom étranger, ne s'intégrait pas parfaitement.

Elles déjeunèrent dans un restaurant à volonté qui proposait des dizaines et des dizaines de variétés de brochettes à cuire soi-même dans un bain de friture privatif, incrusté à même la table. D'après Karin, ce genre d'installations étaient typiques de la région. Elle les conseilla sur le temps de cuisson et la sauce à associer avec chacune des variétés que ses coéquipières sélectionnèrent. Hitomi dut admettre qu'elle se régalait. Autour d'elles, les autres clients posaient parfois un regard méfiant sur leurs bandeaux à l'insigne de Konoha, mais aucun n'osa leur faire la moindre remarque. Comme quoi, certains comprenaient ce qu'était la diplomatie.

Après une petite expédition à travers les différentes librairies du village, les adolescentes décidèrent qu'il était temps de rentrer à l'hôtel. Elles furent les premières arrivées et décidèrent en conséquence de profiter des bains ouverts installés à l'arrière du bâtiment. La tension des épreuves à venir se lisait partout où elles posaient le regard, mais elles faisaient de leur mieux pour l'ignorer, pour paraître dignes et imperturbables.

— Tu es prête pour demain ? demanda Karin à Hitomi quand elles furent rentrées dans leur chambre.

— Je ne pourrais pas mieux me préparer, je pense. Si je suis nerveuse, ce n'est pas pour moi, mais pour les autres. Ils sont forts… Mais, et s'il leur arrivait quelque chose ? Quelque chose de grave, hors de portée de notre aide ?

— Je comprends, fit la jeune Uzumaki d'une voix douce.

Elle s'assit à côté de sa cousine sur son lit et enroula un bras ferme – parcouru de traces de morsures qu'elle évita de détailler du regard par respect – autour de ses épaules. Les yeux d'Hitomi fixaient un point inintéressant devant elle. Elle était déjà au bord de sa Bibliothèque, comme si la réponse à son angoisse latente se cachait derrière l'un des rayonnages.

— Tu l'as dit toi-même, ils sont forts. Je sais que ton dernier examen s'est terriblement mal passé, mais d'un point de vue statistique, il y a très peu de risques que ça se reproduise, pas vrai ?

— Hm hm…

— Tu vois ? Tu as raison de t'inquiéter, bien sûr, mais fais-le de manière raisonnable, sans que ça te ronge. Tu ne seras pas toute seule, après tout. On couvrira tes arrières, avec Sakura, et tu couvriras les nôtres.

La jeune Yûhi hocha la tête, laissant les mots chargés de raison de Karin se frayer un chemin parmi ses pensées les plus noires. Elle savait, après ses longues discussions avec son thérapeute, que la plupart de ces pensées ne venaient pas vraiment d'elle, ne reflétaient pas vraiment ses opinions, que son esprit la forçait à voir chaque désagrément comme une explosion et chaque joie comme un effleurement. Elle travaillait là-dessus, aussi durement que possible, mais la route serait longue jusqu'à la guérison, plus longue sans doute qu'avec n'importe quelle blessure physique.

Le reste de la journée se déroula sans évènement. Au soir, la gueule de bois des Jônin avait disparu, pour le plus grand soulagement de leurs élèves. Leurs professeurs ne seraient pas autorisés à les aider tout au long des épreuves, mais ils voulaient briller sous leurs regards attentifs, porter et protéger les aspirations de leur village comme l'étendard de leur fierté. Ils voulaient cette promotion, ils voulaient la mériter, et ils voulaient que leurs sensei reconnaissent leurs mérites.

— Hitomi, murmura la voix de Kurenai contre son oreille au milieu de la nuit.

Déjà son corps agissait, muscles tendus et brûlants de chakra contenu, mais sa mère se contenta de la maintenir fermement contre le matelas.

— Shhh, calme-toi ma puce, c'est moi. Tu me rejoins sur le toit ?

— D-d'accord…

Une fois Kurenai disparue dans un tourbillon de feuilles – urgh, elle devait apprendre à faire ça, elle avait six kilos de paillettes dans un parchemin de stockage et ne pouvait attendre de s'en servir — la jeune fille se leva et s'habilla rapidement dans le noir, concentrant du chakra dans ses yeux pour améliorer sa vision nocturne. Elle préféra sortir par la baie vitrée et grimper à l'horizontale le long du bâtiment plutôt que de se téléporter à l'aveugle jusqu'à son sommet, mais sa mère ne sembla pas agacée du temps qu'elle prenait. Les gestes doux, attentifs, la jeune femme attira son enfant contre elle et la serra dans ses bras.

— Je suis sûre que tu y arriveras, ma puce. Je t'ai vue progresser, ces derniers mois. Tu écraseras quiconque se trouvera sur ton chemin, cette fois.

— Maman… Est-ce que c'est mal d'avoir envie de vaincre, et de gloire ? Je sais qu'on veut tous atteindre le tournoi, briller, être reconnus, mais… Est-ce qu'il ne vaudrait mieux pas que je sois cachée dans l'ombre, pour être un meilleur ninja ?

— La réponse du manuel est que oui, tu dois préférer rester anonyme. Tu l'as appris à l'Académie, pas vrai ?

Les longs doigts fins de la Jônin jouèrent dans les cheveux de l'adolescente, isolèrent quelques mèches, se mirent à les tresser lentement.

— Mais il y a une autre réponse. Ton maître est l'Ombre Étrangleuse de Konoha, ton sensei le Ninja Copieur, et moi… Moi, j'ai aussi ma réputation, pas vrai ? Et ton grand-père a si bien semé la terreur pendant la Deuxième Grande Guerre que les ninjas d'Iwagakure frissonnent toujours en entendant l'expression « jouet-qui-couine ». Un grand nom porte parfois plus de force que des actions secrètes.

Un silence confortable s'étala autour d'elles comme pour appuyer le propos de la Jônin.

— C'est la réputation de nos meilleurs ninjas qui empêche Konoha de s'écrouler après les guerres, Kyûbi, l'invasion. Je n'ai aucun doute que tu rejoindras nos rangs, ma puce, et sans doute avant d'être prête pour ce qui vient avec.

En silence, la jeune fille réfléchit aux paroles de sa mère. Un vent doux agitait l'air autour d'elle, amenant avec lui les parfums de la vie nocturne qui se déroulait dans les rues voisines. Elles purent observer une bande de fêtards qui traversaient la rue en contrebas, les échos lointains d'une chanson paillarde, une volée d'oiseaux messagers.

— Bon, ma puce, il est temps que tu retournes au lit. Tu auras besoin de toutes tes forces pour l'examen de demain. Tu es prête ?

Hitomi ne répondit pas immédiatement, prenant soin de sonder profondément la paix nouvelle que sa mère avait répandue en elle comme une traînée de poudre. Quand elle releva la tête et plongea son regard écarlate dans celui de Kurenai, l'ombre d'un sourire dansait sur ses lèvres.

— Je suis prête.