Playlist

« Look after you » The Fray

« New-York state of mine » Billy Joel

« Hight hopes » Kodaline

« Wall » Passagers

« Never seen anything » The Script

« I don't know why » Imagine dragons

Chapitre n°7

partie 2

Point de vue d'Illium

Lorsque j'atterris à la Tour, j'entends déjà la musique se diffuser dans l'atmosphère. Les lieux sont décorés avec des guirlandes lumineuses qui longent la terrasse de la Tour. Des tables et des chaises sont disposées. Le sol habituel de la terrasse est recouvert d'un gazon synthétique. D'autres guirlandes lumineuses sont disposées dans de grands vases en verre. Des bougies ornent les tables, le bar afin de donner une atmosphère au lieu et je dois dire que l'effet est réussi. Des plateaux de nourritures sont disponibles sur un bar. L'atmosphère a changé en quelques heures. Rien avoir avec le revêtement de verre et de métal habituel de la Tour, loin de l'image imposante qu'elle renvoie. Je dépose le carton contenant les six bouteilles sur le bar. Tout semble paisible. Pas vraiment puisque la musique résonne mais les lieux font que la Tour n'a plus sa fonction primaire pendant quelques heures. Habituellement, j'aurai été le premier à proposer mon aide pour la décoration et l'ambiance. J'aurai demandé à Aodhan de m'aider. Sous ses airs d'ange innocent se cache une personnalité incroyable et il n'aurait pas pu refuser de faire la fête. C'est le premier à proposer l'idée mais pour tout organiser, il n'y a plus que moi. Non que j'en ai organisé souvent à la Tour, je préfère me rendre dans des bars ouverts jusqu'au lever du jour, l'Erotique par exemple est mon préféré. Il est discret et il faut être parrainé par un vampire pour y entrer. J'ai donc pu bénéficier sur le parrainage de notre second préféré et sur Venin qui m'accompagne de temps en temps. Résultat, on passe la soirée à rire et à boire quelques verres. Passer une soirée avec un vampire est une expérience. En vérité, je m'entends très bien avec eux. Sauf que je ne me sens pas capable de danser jusqu'au bout de la nuit, pas tout seul en tout cas. Autant broyer du noir, autant le combler ailleurs que chez soi, dans un lieu rempli de monde par exemple.

L'odeur de Dmitri attire mon attention. Le savoir ici me rend un peu nerveux parce que mes propos à son égard n'ont pas été justes et les siens non plus. Il dégage une odeur unique de champagne, elle-même mêlée à d'autres odeurs.

« Je n'aime pas le champagne ».

« Je suis presque vexé Campanule ».

Je ne peux m'empêcher de sourire. Je déteste le champagne et Dmitri sent cette odeur. Sauf que je ne peux pas le détester. S'il est venu me voir, c'est qu'il veut discuter. Et je refuse de rester sur un mal entendu ridicule. Dmitri veut simplement me soutenir à sa manière, veiller à ce que tout le monde se porte bien. Comme je l'ai dit avant, je ne lui en veux pas, je ne peux pas lui en vouloir. De toute façon, les effets secondaires de cette Cascade vont se représenter. Si ce n'est pas dans une semaine, ce sera dans un mois, un an ou plus. Et si ce n'est pas sur moi, ce sera auprès d'un autre ange. Raphaël a eu des effets positifs, sa puissance s'est répandue au fil du temps dans son corps et dernièrement sa vitesse de vol a augmenté, son feu d'ange peut devenir noir. Quant à Titus, il a eu un tatouage surprise sur le torse et personne ne sait ce qu'il signifie vraiment. Quant à moi, j'ai failli exploser aux yeux de tous. Voilà. Et je dois accepter ça ? Non. Je ne peux pas accepter ce sort. Mais je ne veux pas y penser ce soir. Tout est écrit dans mes carnets. Ils contiennent tous mes états d'âmes. Les faire lire à Dmitri et à Keir pourraient peut-être m'aider mais je ne me sens pas prêts. La question est: le serais-je un jour ? Pour l'instant non. Je veux profiter de mes amis. Je veux sourire à nouveau spontanément pour quelques heures.

« Aurais-je inconsciemment vexé le Sombre Suzerain ? ».

« Non » rit-il. « Il m'en faut plus ».

Il est vrai que Dmitri n'est pas du genre à prendre mal les choses directement, pas avec moi parce qu'il connait mes attentions. Je suis certain qu'il cache des éléments de son passé vis-à-vis de nous et qu'il en a entendu d'autres. Sauf que je ne veux pas le blesser de quelconque manière que ce soit, pas de façon intentionnelle. Il boit une gorgée d'un verre posé sur la table, contenant sans doute ma fameuse boisson secrète. Je ne révèle pas mes secrets. Ma boisson fait fureur à chaque fois. On m'en réclame des litres. Mais il me faut du temps pour la préparer et la laisser infuser minimum une journée avant la fête. Je repose mon verre sur la table. Dmitri me regarde toujours, sans bouger d'un centimètre et sans me poser de questions particulière sur ce qu'il s'est passé un peu plus tôt. Je regrette qu'il prenne autant les choses à cœur et je ne peux pas le lui reprocher. C'est ainsi, il se préoccupe plus des autres que de lui-même et je suis pareil. S'il arrivait quelque chose à mon Sombre Suzerain préféré, je le harcèlerais de questions pour connaitre la cause de sa peine. Donc je ne peux pas me vexer. Sauf que je en train de le faire. Ma réaction me surprend en premier. Sans doute les effets secondaires de la Cascade mais je ne veux pas me reposer uniquement sur cette raison là. Ce ne serait pas juste. Et ça ne me ressemble pas. Le regard de Dmitri change en une seconde quand il me regarde. Il voit de l'inquiétude chez moi. J'ai l'impression de passer un examen médical à tel point que mon avenir semble en jeu. Il ne l'est plus puisque Raphaël m'a sauvé la vie. Je lui dois ma reconnaissance éternelle.

« Je suis venu m'excuser ».

« De ? ».

Dmitri lève un sourcil sans réellement comprendre le sens de ce que je viens de dire. Je me sens un peu perdu le premier. Ce n'est pas le moment de discuter à une fête mais c'est la seule fois où je prends mon courage à deux mains pour le faire, sans doute les quelques verres avalés aidant. C'est trop facile. Combler un sentiment de peur en buvant trois verres avant. Je peux m'excuser maintenant. Devant les autres invités si nécessaire. Après tout, il n'y a rien à cacher. Je m'excuse pour la gêne occasionnée, pour l'inquiétude, pour l'attente interminable et pour le spectacle plein ciel trois semaines plus tôt. L'anxiété prend possession de mon esprit et ce n'est pas bon. S'il s'en aperçoit, il va vouloir en discuter pendant que je serais assis sur une chaise en train de me torturer l'esprit. Aucune chance que cela n'arrive. Demain. Voilà, demain je lui parle. Je ne veux pas gâcher ce moment. Elena a prévu cette fête de quartier depuis un mois. Elle en parle tous les jours. Ce fut son moyen de rassembler les habitants du quartier, des vampires et des anges qui travaillent à la Tour et au Refuge. Une façon de non pas pour recoller les morceaux, de juste profiter d'une soirée pour que l'on soit solidaire, en communion si on peut utiliser ce terme. La fête bat son plein et voir du monde me fait du bien. Des sourires sur les visages des invités, d'autres qui dansent ensemble, de la spontanéité tout simplement. En ce moment, j'en manque. Et ça me démange de devenir une autre personne, dans le sens où une accumulation de petits changements dont je m'aperçois au fur et à mesure me font comprendre que les choses prennent une autre tournure. Les effets secondaires sont en pause. Ou peut-être que c'est moi qui me fait des films ? Les choses sont ainsi. Ce n'est pas pour autant que je vais les accepter d'ici demain. Qui peut accepter un tel sort ? Personne. Uram en a payé le prix. La Folie a pris le dessus. Et cet exemple est unique. Il arrive qu'un tel événement se produise. Il en est la preuve. Je pense que cet épisode va me hanter.

« S'il vous plait » commence une voix que l'on connait tous. Sa prise de parole me fait sortir de mes pensées négatives. « Merci à tous de votre présence ce soir. Au vu des événements, ce n'est pas qu'une simple fête de quartier. Les humains organisent des fêtes de quartier pour se réunir, discuter autour d'un verre histoire de se côtoyer autrement que par des réunions syndicales au sein d'un immeuble résidentiel. Ce qui est ennuyeux. Cette fête est aussi l'occasion de profiter du moment présent, plus qu'important ces dernières semaines. Je ne suis pas douée pour les longs discours. Donc si Illium veut bien, j'aimerai te dédier en partie cette fête. Oui c'est à toi que je parle. Tu nous manques. Les trois dernières semaines ont été compliquées. Et je comprends ta réticence à en parler mais sache que nous sommes heureux de te voir, tu n'es pas seul. Alors, bienvenue parmi nous Campanule » me dit-elle avec un clin d'œil.

Ses mots me réchauffent le cœur. Il est vrai que je me suis isolé volontairement chez moi pendant une semaine puis j'ai montré le bout de mon nez la semaine suivante à la Tour. En cette troisième semaine, je sors davantage et prends plaisir à voler sur de moyennes distances. J'essaye en tout cas. Keir ne m'a pas autorisé plus et Dmitri y veille. Je remercie Elena d'un signe de la main, de là où je me trouve, n'osant m'approcher davantage. Sous les regards bienveillants des autres Sept et des autres invités présents, je sens mes joues rougir. Je suis intimidé. Aodhan le remarque et vient m'offrir un câlin. La chaleur de son étreinte me fait sourire spontanément. Chose qui m'a vraiment manqué ces trois dernières semaines. La présence de mon meilleur ami aussi. Il me serre fort dans ses bras, comme à un enfant dont on a envie de prendre soin. Il est comme un frère à mes yeux. Je prends soin des gens qui me sont chers alors le contraire me fait drôle. J'ai l'impression d'être une poupée. Si Aodhan m'entendait, il me donnerait un coup de coude pour me dire de me taire. Les autres Sept me sourient. Jason lève son verre en premier suivi de Galen, Aodhan et des autres. Je regarde la scène le sourire collé aux lèvres, je me sens chanceux. Chanceux de les avoir à mes côtés depuis quelques siècles et j'espère d'autres à venir. On ne se le dit pas directement mais si un jour, nos chemins se séparent, ce sera un déchirement et une partie de nous n'existera plus. Pour ma part, ce sera le cas. Les choses vont faire en sorte que nos vies prennent une autre tournure et c'est normal. La logique veut que ce soit ainsi. Mais je ne veux pas y penser ce soir. Je suis touché de la prise de parole d'Elena à mon sujet. Si j'ai pris mes distances, c'est parce que j'en ai ressenti le besoin. Et je suis aussi touché du fait que Jason soit venu chez moi l'autre soir. Il a voulu prendre de mes nouvelles en personne. Mais tout ce que je vois me conforte dans le fait que nous sommes ensemble. Les larmes me montent aux yeux et je ne veux pas pleurer une nouvelle fois. L'Archange m'a consolé tout à l'heure. Je ne veux pas pleurer à nouveau alors je respire profondément en refoulant mes larmes. On peut dire que ma réaction est spontanée et pas prévue.

Aodhan met fin à son câlin et me sourit. Mon dieu, que ferais-sans cet ange diamanté ? Il a été présent dans chacun des moments importants de ma vie. La vie est ainsi faite mais je ne veux pas plomber l'ambiance alors je souris à mon tout à mon meilleur ami, sans qui beaucoup de choses auraient pris une autre tournure. En regardant la table, je constate que trois de mes six bouteilles ont été bues. J'ai l'habitude de prendre des bouteilles en verre de couleurs différentes. La bleue est vide, la verte est vide et la rouge aussi. Reste la jaune, la violette et la orange de non bues. La prochaine fois, je demanderais le nombre d'invités à Elena pour en prévoir un nombre suffisant. Ma boisson est corsée, les anges ont un taux élevé de résistance en ce qui concerne la consommation d'alcool. Je constate que Dmitri est en train de se servir un verre de la bouteille jaune. J'ai envie de discuter avec lui maintenant mais je m'y résous. Autant attendre un peu, le temps où je me sentirai prêts et dans son bureau de préférence.

La musique résonne dans la pièce extérieure. Un peu fort à mon gout mais j'aime bien. Cela donne une autre atmosphère à la Tour, une atmosphère où l'on s'amuse certes mais on profite de la compagnie d'autrui. Tout le monde s'amuse. On oublie les soucis causés par l'Archange de Chine, les effets néfastes de la Cascade me concernant, les enquêtes à résoudre au sein de la ville et les images horribles des scènes de crimes. Tout semble loin. Pour un temps mais nous en apprécions la distance aussi courte soit-elle de ce soir en nous amusant. J'aperçois Naasir danser avec une fille aux ailes de couleur crème, un ange du Refuge je crois. Il lui sourit joyeusement. Notre demi-vampire ne changera jamais mais c'est ce qui fait son charme. Il est sociable et ne se pose aucune question quand il va vers les gens. D'un côté, sa spontanéité fait son effet et dans un sens positif. Il est drôle. On peut compter sur lui dans tous les cas. Mon regard se rive sur les autres invités. Tous profitent de la soirée. Au fond, c'est comme si rien n'avait changé. Comme si ma chute n'avait duré que quelques secondes, lors d'un cauchemar trop réel par exemple et que mon réveil en sursaut ne soit immédiat. Sauf que ce n'est pas un mauvais rêve. J'aimerai oublier tout ça, me rendre compte qu'en fait tout va bien.

« Illium ? ».

Je suis surpris d'entendre une voix qui me fait sortir de mes pensées. À force de rêvasser, cela me perdra. Je ne peux pas m'en empêcher. Le visage doré de Dmitri me fait face. Un sourire se dessine sur son visage. Il claque des doigts pour capter mon attention.

« Tu vas bien ? ».

« Oui merci, je suis seulement un peu ailleurs ».

« On en discutera plus tard » dit-il en s'éloignant.

Honor arrive vers son mari et l'amène danser un peu au milieu des autres invités trop occupés à discuter entre eux ou à boire un verre. C'est une femme super. Depuis que l'on coopère avec la Guilde, l'aide des chasseurs est indispensable à nos enquêtes. Même si nous avons des vampires prêts à nous aider partout dans la ville et dans les environs de celle-ci, cela ajoute une aide supplémentaire non négligeable. Honor est une jeune vampire. Elle a eu recours au procédé et cela fonctionne très bien. Je suis content pour elle, sa vie sera plus douce aux côtés de son amour de vampire. Je crois ce que j'envie chez les humains c'est leur humanité tout simplement. Le fait qu'ils fassent attention à des détails insignifiants à nos yeux alors que non, chaque chose a son importance quand on les accumule. C'est ce qui fait la différence. Alors quand mes yeux se sont posés sur cette femme humaine il y a quelques siècles, j'ai éprouvé une sensation agréable. Et quand elle a divulgué les secrets que je n'ai pas pu gardé pour moi, j'ai été trahis. Je m'en suis voulu. Je m'en veux encore. J'ai beau avoir digéré la pilule, je me mets à penser le contraire de temps en temps et refaire la même erreur me couterait cher. Si je dois aimer à nouveau une personne, je veux être plus vigilant. On me dit toujours que j'étais un jeune ange. Au début, on vit un peu trop vite, on a tendance à se comporter comme si nous étions invincibles. C'est le cas dans un sens. Les conséquences peuvent aussi se payer chères. Là est tout le problème si on n'est pas assez vigilant et mal entouré. Mon entourage a dû supporter ma joie de vivre communicative et mon besoin de voler toute la journée dès mon enfance. J'étais un ange très remuant, joyeux, impatient, soucieux des remarques des autres parce que mes ailes sont bleues et grandes. J'étais encore petit par rapport à elles. Ce dernier détail m'a fallu des remarques désobligeantes de mes camarades de classe. Pour cause, cela ne me donnait pas l'avantage par rapport à d'autres anges aux ailes blanches ou grises ou encore noires ou je ne sais qu'elle autre couleur en volant. On m'a dit que le bleu était trop voyant et étrange chez un ange. Cela m'a complexé pendant un moment.

« Je suis d'accord pour parler à Dmitri » dis-je d'un coup quand Honor est à mes côtés pour récupérer un verre vide.

Sans que je ne m'y attende, cette phrase n'a pas de sens. Enfin si puisque je veux parler au second de notre Archange depuis un moment sans oser le faire. Je le connais depuis des siècles. Lui aussi. Pourquoi avoir d'un seul coup peur de sa réaction ? C'est ridicule. Il n'y a pas de secrets entre nous, enfin si peut-être mais on a quand même l'habitude de communiquer. Quitte à mettre les poings sur la table mais pas à claquer la porte quand ça prend une proportion plus importante. Nous sommes conscients de ça. Mais je n'ai pas l'habitude de le faire, d'aller voir les gens quand ça ne va pas. Je suis celui qui cache tout derrière un sourire. Seulement, la discussion avec l'Archange m'a fait comprendre que communiquer est essentiel et mettre mes émotions sur la table s'est avéré juste puisque j'ai pleuré. Mes larmes l'ont un peu surpris et déstabilisé. Je l'ai aperçue rapidement sans prendre la peine d'analyser la situation.

« Je ne suis pas là pour te le demander. Dmitri ne t'en veux pas du tout. Il tient à toi Illium » me dit-elle en tendant sa main pour que je la tienne. « Comme tous les Sept. Tu n'en fait pas partie pour rien Campanule ».

Ses paroles me rassurent. J'ai encore l'impression de me perdre. Ce que je veux à tout prix éviter. Cette chute, cette Cascade ne doit en aucun cas diriger ma vie. Depuis, tout s'enchaîne et j'ai la chance immense d'être encore en vie et soutenu. Le tourbillon qui menace de m'absorber ne doit pas prendre le dessus sur le reste. Voilà le Illium vulnérable et perdu que je ne souhaite pas voir en face. Faire partie des Sept me conforte dans le fait que je ne suis pas tout seul et que cette famille est unie jusqu'au bout. Mais je ne veux pas ennuyer Honor avec mes histoires. C'est une femme vraiment bien. Elle est compréhensive. La vampire chasseuse me raconte sa dernière mission. Elle a dû enquêter sur un mystérieux fournisseur de drogue qui venait de s'installer dans le coin. Son réseau s'est étendu et plus personne ne le poursuit pour la simple et bonne raison qu'il a été assassiné. Elle rit quand elle me raconte la façon dont elle a découvert le corps dans l'appartement à la décoration contradictoire pour un vendeur de substances illicites. À l'entendre, cela est drôle. Cette histoire me fait penser à celle sur la fameuse drogue appelée « Terre d'ombre ». Le trafic a cessé assez vite mais a causé des dommages chez les rares victimes qui en ont consommé. On s'en souvient encore.

Honor remet une mèche de ses cheveux bouclés en place et bois une gorgée de son verre. Je reconnais l'odeur de ma boisson secrète, dont la recette devrait se vendre à prix d'or. Pour ne pas faire de mauvais jeu de mot. Mais comme je l'ai dit, je ne partage pas ce secret là. Elle se met à remplir à nouveau son verre et à remplir le mien. Son regard est bienveillant. Je suis heureux qu'elle soit parmi nous. Dmitri a de la chance.

« Ces derniers temps ont été difficile pour toi, amuse toi ce soir ».

« J'y compte bien » dis-je en portant mon verre à mes lèvres.

Habituellement, je ne suis pas le dernier à participer quand il s'agit d'aller dans un bar ou à une fête. Profiter de la vie fait toujours partie de mes ambitions. J'aime la vie. Rien de plus simple. En ces temps, je me mets à songer, à envisager des possibilités d'avenir, au cas où la Cascade refait surface. Elle va refaire surface à un moment où à un autre. Naasir est toujours sur la piste de danse. Il s'incline auprès de l'ange qui lui a accordé une danse avant de partir. Il passe une main sur son visage, prend un verre vide sur une des tables qu'il rempli avec la bouteille violette. Il n'en reste donc que deux. Il boit une gorgée de son verre et détaille la salle des yeux. Quand son regard dérive vers le mien, il me sourit. Je le vois avancer vers moi et Honor, sans que je ne parle le premier, il pose son verre à côté du mien.

« C'est bon de te revoir Campanule » me dit-il avec ses yeux argentés.

« Toi aussi Naasir ».

On peut toujours compter sur cette créature un peu étrange et atypique mais attachante qu'est Naasir. Il a une humanité à lui. On lui prête des manières maladroites mais ce sont elles qui font ce qu'il est. Naasir se tient à côté de moi. Son silence en dit long. Je devine qu'il souhaite me poser des questions. L'ange avec qui il a dansé une première fois lui demande une nouvelle danse, ce qu'il approuve en s'excusant de ne pouvoir rester avec moi. Je me suis assis sur la rambarde de la terrasse, les jambes pendant dans le vide. Les lumières des buildings, des panneaux publicitaires brillent plus que jamais. Le soir où Aodhan m'a amené voler dans les airs. Voilà ce que ce paysage de lumières multicolores artificielles me fait penser. J'aime vivre ici. Mes amis sont ici, ils sont devenus ma famille, mes repères sont ici et je ne peux pas me résoudre à partir. Sous la contrainte, je n'aurais pas mon mot à dire. Je me mets à prendre conscience de ma chance. Pas que d'être ici mais d'être tout simplement en vie. Il y a trois semaines, cela aurait pu changer. Je regrette que cet événement me fasse prendre conscience de ça. Dans le sens où cela me frappe en plein visage. Je vis depuis cinq siècles. Je n'ai pas pris la peine de me rendre compte de ma chance déjà acquise depuis le début. Être immortel est une chance et je n'ai pas pris la peine de me sentir privilégié. Même si cela peut-être une contrainte quand elle est forcée, je pense à Dmitri par exemple qui n'a rien choisi du tout. J'ai bien envie de me rendre directement dans le bureau de ce dernier afin de mettre les choses au clair. Ce soir n'est sans doute pas le bon moment. Je ne sais pas comment aborder le sujet. Cela me frustre un peu. Mais je ne vais pas m'empêcher de profiter de la soirée. Alors, je reprends mon verre et je bois en une seule fois. Après tout, si le destin semble être sombre à mon sujet, autant profiter du peu de temps qu'il me reste. Ce soir, je n'ai pas envie de broyer du noir, encore moins d'être raisonnable.

« Te revoilà » dit Naasir en pointant le bout de son nez dehors.

Il rit et me dit de l'attendre. Il revient une minute plus tard avec deux petites bouteilles vertes. Je devine l'alcool en question et en regardant l'étiquette, le taux est faible. C'est raisonnable sachant que je dois rentrer chez moi ensuite.

« Comme si nous n'avions pas assez bu ce soir ».

« Oh, une de plus » dit-il en haussant les épaules.

« Merci » dis-je en prenant la bouteille.

Inutile de préciser que nous sommes deux sur la terrasse. Mais il parle en règle général. Je ne quitte pas ma place pour autant. Regarder les étoiles est l'une de ses passions. À force de les observer, il les distingue facilement dans le ciel noir d'encre. D'ailleurs, il m'en montre une du doigt. Une bourrasque de vent arrive. Le vent fait voler mes mèches de cheveux devenues un peu longues. J'ai l'habitude d'avoir les cheveux cours alors quand ils me tombent un peu sur les yeux, c'est autre chose. Si je coupe des mèches, des humains vont se bousculer pour en récupérer une. Ce n'est pas le but. Personne ne touche à mes cheveux. Je soupçonne les effets secondaires de la Cascade mais si ce n'était que ça, tout le monde serait déjà au courant. J'en replace une.

« Ne touche pas à tes cheveux, ils sont très bien » dit-il en s'installant à mes côtés.

« Tu veux discuter coiffure ? ».

« Couleur naturelle Monsieur » rit-il.

Je lui montre mes mains en signe de défaite pour répliquer quoique ce soit. Ces derniers temps, j'ai changé. J'ai eu l'impression de me perdre. Avoir cette sensation est horrible. Et je ne veux causer aucune inquiétude auprès des autres. Ce qui est un échec. Je tente de paraitre indifférent alors que ça me comprime le cœur. Non que ce soit difficile à dire mais oui ça l'est. Autant être honnête, je ne peux pas tout garder pour moi et j'ai la chance immense que les Sept me soutiennent. Entre Venin, Aodhan et Jason qui sont venus me rendre visite et les échanges avec Raphaël dans son bureau, honnêtement je ne peux pas me plaindre. J'ai pleuré dans le bureau de l'Archange. Je veux ne pas pleurer à nouveau ce soir. Le vampire qui se tient près de moi est du genre à ne pas cacher ses sentiments, ses émotions et je trouve que c'est une bonne chose. Pas besoin de déchiffrer ses pensées ou ses intentions comme avec Jason. Le pauvre. Ce que je dis n'est pas méchant. Jason est une personne mystérieuse mais je l'adore. Tout le monde l'adore. J'ai intérêt à me taire, je le vois demain à l'entrainement. Je ne vais pas rentrer tard ce soir. Je reporte mon regard sur Naasir. Il est fasciné par les anges depuis son enfance. Ne me demandez pas pour qu'elle raison, je n'en ai aucune idée. Je me demande pourquoi je ne lui ai pas posé la question. Sans doute parce que comme les humains sont fascinés, aucun de nous n'a cherché plus loin le concernant. Je suppose que ce sont à cause des ailes. C'est l'une des parties du corps la plus appréciée chez les anges. Les plumes sont comme la carte d'identité d'un ange. On le reconnait à grâce à elles. Je peux sentir les doigts du vampire à côté de moi les effleurer délicatement. Je le laisse faire. Il est vrai que toucher les ailes d'un ange ne se fait pas car c'est un acte intime. On ne les touche pas, excepté si on est blessé. Ce n'est pas le cas.

« Elles sont douces ».

« Merci » dis-je en riant. « Ce n'est pas la première fois que l'on me le dit ».

« Hé, ne t'habitude pas trop Campanule mais je suis sincère ».

« Tu sais qu'avec nous tu peux te permettre ».

« Oui » dit-il en hochant la tête.

Nous restons assis un moment dans le silence. Son regard est rivé vers la vue qui s'offre à nous. Je fais de même tout en tournant la tête vers lui et en buvant une gorgée de ma boisson. C'est une drôle de sensation. Non pas que je sois gêné. On n'échange pas beaucoup et cela nous suffit. Pas besoin de grands discours pour se comprendre. Il parcours le reste de la vue des yeux avant de reporter son attention sur moi. Je me demande pourquoi. Avec lui, je ne cherche pas toujours à comprendre les raisons pour lesquelles il se montre attentif, bienveillant envers les autres. Je crois qu'il ne faut pas. Il est ainsi. Nous sommes chanceux de le compter parmi nos Sept.

« Je me suis inquiété pour toi Illium. Ne pense pas que ce soit niais ou fleur bleu mais c'est vrai. Je vous aimes. Vous êtes ma famille. Te savoir dans un état de détresse, ton malaise a fait peur à tout le monde. Je n'ose pas imaginer pour toi. J'ai voulu te rendre visite à l'hôpital mais Aodhan et Dmitri ont été plus rapides que moi et... J'ai pensé que voir trop de personnes à ton réveil allait te rendre mal à l'aise, je ne voulais pas te faire paniquer ».

Parler est un peu plus difficile que je ne le pensais. Nous sommes assis en parlant de temps en temps depuis une heure. Non que je me sente mal à l'aise. C'est étrange. En vérité, j'ai juste envie de profiter un peu de sa présence. C'est un état dans lequel je déteste me trouver, je n'ai pas à avoir honte de quoique ce soit. Jason est venu chez moi afin d'avoir des réponses à ses questions, de savoir comment je me portais suite à cette chute. Nous avons passé la soirée à discuter. Auparavant, Venin et Aodhan sont venus parce que j'ai mal pris les propos du vampire sans raison apparente et c'était injuste envers lui. Raphaël a tenu aussi à savoir comment je me portais et j'ai terminé en larmes dans son bureau avant qu'il ne prenne la décision de me prendre dans ses bras en attendant que je sèche mes larmes. Cette situation m'a un peu déstabilisé sur le moment.

Je n'ose pas non plus lui dire de ne pas s'inquiéter, c'est contradictoire. Ce ne serait pas justifié. Et je suis touché qu'il se soit inquiéter à ce point en ne venant pas me rendre visite pour ne pas me faire peur. Il ne devrait pas le penser. Sa présence m'aurait fait plaisir. Adohan a tenu à rester avec moi dans la chambre, Dmitri l'a rejoint rapidement.

« Merci » réussis-je à dire. « De t'inquiéter mais ne te culpabilise pas. Je me sens mieux. Te voir ce soir me fait plaisir ».

« Sache que si tu as besoin de quoique ce soit, de venir chez moi, de discuter, de regarder les étoiles avec quelqu'un, de boire un verre, ma porte t'est toujours ouverte. N'hésite pas Campanule ».

Je hoche la tête pour approuver sa réponse. L'entendre me fait du bien.


Hey !

Pardon du retard de publication, trouver une playlist pour ce chapitre était très dur. Je n'ai pas voulu le publier avant et j'étais déjà en train d'écrire la troisième partie. Je n'ai jamais écris autant pour un chapitre. Je me surprends à écrire peu de dialogue au final. Mais je m'éclate dans cette histoire, je sors de ma zone de confort donc c'est une bonne nouvelle !

Bonne lecture ! ;)