Playlist

« How can I forget » MKTO

« How long » Charlie Puth

« As long as I have you I'm home » Imaginary Future

« Two ghost » Harry Styles

« Stay » The Vamps

« Stay you will » Hearts & Colors

Chapitre n°7

partie 3

Point de vue d'Illium

On peut dire que la fête de quartier organisée par Elena fut un vrai succès. L'évènement sera reconduit le plus vite possible. Se détendre, célébrer quelque chose pour aucune raison particulière fait du bien. Cela nous rappelle l'importance du moment présent. On ne le prend pas suffisamment en considération. Par exemple, depuis que l'on a affronté les troupes de Lijuan, quelque chose a changé. Pas seulement pour moi mais pour les habitants de New-York, pour nous Sept, pour les anges du Refuge et pour les autres Archanges. On le ressent dans l'atmosphère. Une sorte de gout amer après ce qu'il s'est passé. Les images de cette bataille tournent encore dans tous les esprits. On a pris des risques mais on en a tiré des leçons. De toute façon, cette attaque était imminente depuis un moment. Il a fallut affronter ça. Depuis, nous vivons autrement, un peu au jour le jour. On ne sait pas de quoi demain sera fait et c'est bien le problème. Je n'aime pas cette sensation d'incompréhension des événements. Personne n'a de boule de cristal pour lire l'avenir et quand bien même, serait-ce suffisant ? Changer les choses pour éviter que des drames ne se produisent, changer le cours d'un instant précis pour éviter des erreurs ? On ne voit ça que dans les films. Pas dans la vrai vie, tout simplement parce que ça n'existe pas. Parfois, je le regrette un peu. Je me dis que changer certaines choses du passé peut avoir un impact non négligeable sur le futur. Vivre un peu moins de remords quelques instants avant de s'alléger la conscience. Un drôle de futur puisque l'on apprendrait différemment. La leçon finale ne sera pas la même. Il faut faire des erreurs pour avancer et se remettre en question. Profiter du moment présent est donc ce qu'il y a de mieux. On se préoccupe beaucoup du passé et pas suffisamment du présent. Il doit pourtant promettre de belles choses. Non ? Aucune idée. Je n'ai pas la réponse. Quoi qu'il en soit, Elena a pris cet élément en compte et a aussitôt évoqué son attention d'organiser une première fête de quartier au sein de la Tour. Moi aussi je suis pour cette idée de réunir les gens. Après tout, que l'on soit humain, vampire, ange ou Archange, nous cohabitons dans la même ville. Nous devons apprendre à distinguer les différents graves de ceux qui sont futiles. La fête de quartier fut un vrai succès. Discuter, rire, boire un verre, danser, penser à autre chose fut agréable. J'ai vu du monde. Naasir en a profité pour accorder deux danses à une ange du Refuge, à laquelle il a sourit de toutes ses dents. Il n'a pas cherché à être sérieux. Aodhan a beaucoup rit avec Venin, ces deux là semblent préparer un nouveau pari stupide.

Quant à moi, j'ai un peu noyé mon désespoir intérieur en buvant, en regardant les gens s'amuser sans le faire moi-même. Triste réalité. Parfois, j'ai l'impression de ne pas savoir comment sortir de la bulle dans laquelle je me suis enfermé depuis trois semaines. En fait, je comprends Aodhan Je comprends son besoin de solitude parfois. Je comprends aussi celui de Jason. Il n'a connu que ça avant son arrivée chez les Sept. Elle lui a pesé sur les épaules. Mais d'un autre côté, elle fait aussi partie de son caractère. Quand on prend la peine de s'intéresser à cet ange aux ailes noires, on se rend vite compte que sa carapace en fer forgé peut se désépaissir. C'est un ange à connaitre, il est loyal, gentil, compréhensif, drôle quand on sait comment l'appréhender et il a rit à l'une de mes blagues. Ce n'est pas que l'espion numéro un que l'on connait. Il est bien plus que ça. Et je déteste les jugements hâtifs. Je n'ai jamais compris le principe. On se protège grâce à une carapace et si on veut réellement connaitre la personne, on s'adapte, on fait attention. On analyse avant d'agir. Jason n'a pas été si difficile à apprivoiser pour moi, il a compris que je ne lui voulais aucun mal. J'ai été patient. Et entre Sept, nous avons tous des caractères différents. C'est ce qui fait notre richesse. Notre Archange a su nous confronter à nos personnalités et les résultats sont là. Nous travaillons ensemble main dans la main depuis des siècles. Le temps passe si vite. Il y a encore cinq siècles, je n'étais qu'un jeune ange. Je regardais les autres anges plus âgés voler. Maintenant, je suis dans la garde d'un Archange. C'est surréaliste.

Je repense aux mots de son affiliée: « Tu n'es pas seul ».

Et à ceux d'Honor: « Dmitri ne t'en veut pas du tout. Il tient à toi Illium. Comme tous les Sept. Tu n'en fait pas partie pour rien Campanule ».

Ces mots me font forcément écho. Il est évident que je laisse transparaitre ma morosité aux yeux des autres. Ce n'est pas pour les décevoir mais en ce moment, je suis incapable de cacher mes sentiments, mes émotions diverses qui se battent en duel dans ma tête et dans mon cœur. Dans ces moments là, je conçois le fait de se laisser submerger et il en est hors de question. S'ils s'en sont aperçus aussi vite, c'est que je cache mal mon jeu.

« Illium ? Tu m'écoutes ? ».

« Pardon, oui ».

Nous sommes dans l'un de mes endroits préférés de la ville. L'Erotique. Avec deux vampires qui me regardent, Venin et Naasir. Rare sont les fois où je me retrouve dans un bar avec eux. D'habitude, un des deux m'accompagne et il s'agit de Venin le plus souvent ou Dmitri ça dépend de sa charge de travail au sein de la Tour. Naasir est à Amanat la majeure partie de l'année. Il revient à New-York dès que possible. Il n'a pas voulu rater la fête de quartier d'Elena. Pour avoir le soutien dont il espère et pour montrer son agacement, Venin donne un coup de coude à son voisin. J'ai le regard dans le vide alors que je suis le premier à participer à une fête. Nous sommes assis à une table après avoir bu quelques verres supplémentaires. Ces deux vampires m'ont suggéré de changer de lieu directement après la fête d'Elena. Je me suis sentie capable de continuer jusqu'au lever du jour. Ne me demandez pas pourquoi je me retrouve ici, la tête en citrouille car l'alcool me monte à la tête. Mes yeux veulent trouver un moyen de se fermer. Signe qui montre que je ne me sens pas bien du tout. Quelle idée j'ai eu de les suivre ici. J'aime venir dans ce bar. C'est ici que j'ai eu des crises de rire avec les deux vampires en face de moi, le lieu où j'aime passer du temps après chaque mission dans une région du monde ou alors après avoir terminé une journée à l'extérieur sur une enquête complexe. Venir ici fait partie de mes habitudes. Sauf que ce soir, je n'aurais pas dû dire oui. Il se trouve que les arguments de ces deux là m'ont faits écho. Ce n'est pas logique de se sentir aussi mal. Je ne me souviens pas du nombre de verres que j'ai avalé. Le taux d'alcool ne m'a pas semblé élevé pour les premiers verres. Je soupçonne mon ventre de me faire ressentir quelque chose, de ne pas remettre les pieds à une fête avant d'avoir digéré tout le liquide ingurgité. J'ai honte. Si ma mère me voyait dans cet état, elle serait choquée. Je n'ai pas la coutume de boire tant que ça. Sauf que je suis cuit. C'est mauvais signe. Oublier ses problèmes ainsi n'est pas la solution et pourtant, je me retrouve dans ce cas là. Ici, les lumières sont tamisées de sorte que les vampires présents agissent de manière discrète quand ils amadouent une victime consentante pour du sang. Je viens ici pour la discrétion d'une part et comme pas mal d'humains s'y rendent, cela me semble plus approprié de les observer ici.

Les deux vampires ont un air vraiment surpris quand je me lève de ma chaise et que je m'éloigne d'eux jusqu'à atteindre la porte du bar qui mène à la sortie. Sur le chemin, je ne fais pas attention au salut de la directrice des lieux. Je passe trop vite pour l'entendre. Mes pas sont rapides. Dehors, le vent frais me fait du bien. Je commençais à étouffer un peu à l'intérieur. J'ai l'impression de ne pas contrôler mon corps, il me fait savoir que j'ai besoin de calme. Je respire doucement. Mon cœur semble battre plus fort que d'habitude et je ne comprends pas pourquoi. Le lieu est tamisé, la musique un peu forte certes mais pas assez pour me rendre malade. Non, j'ai eu une sensation de chaleur et de froid en même temps, un état fébrile. J'espère ne pas revoir Keir pour d'autres examens, je hais les hôpitaux. Depuis que j'ai recommencé à sortir de chez moi, ça allait plutôt bien et il a fallu tout gâcher ce soir. Sourire à nouveau est ce que j'ai rétabli aujourd'hui. Juste quand je commençais à être satisfait. Plus rien ne va. Mon front commence à être perlé de sueur, ce qui n'est pas bon signe non plus. La montée de fièvre revient et je suis seul, pas d'anges susceptibles de me venir en aide. Cela me rend nerveux et je commence à paniquer. De nouvelles questions tournent en boucle dans mon esprit. Autour de moi, les gens me lancent des regards intrigués mais personne ne semble dénier m'aider. Il faut que je rentre chez moi.
Je ne cherche pas à prévenir les deux vampires qui m'ont accompagné. De plus, je constate que je brille. Les effets secondaires reprennent le dessus alors que je me portais mieux. Dire que cette soirée devait justement m'aider. Demain, je vais me réveiller avec un mal de tête.
Je ne sens pas les bras frais ni l'odeur marine mêlée de sel de Raphaël. Il n'est pas dans les environs. Cela m'inquiète mais je n'ai pas le temps de parler qu'une odeur de champagne et d'autres nuances addictives me fait face.

« Illium ? ».

J'ai envie de lui répondre. Le vampire ne cherche pas à me faire passer un savon. Ce soir, j'ai profité de la fête de quartier pour oublier mes problèmes actuels. Discuter avec Venin et Naasir, Jason est loin d'être suffisant. Je me demande comment il a su où je suis. La question n'est pas la première que je me pose. Il prend de nouveau la parole sans attendre de réponse de ma part. Je ne peux pas lui en donner une alors.

« Je vais te ramener chez toi. Où sont passés Naasir et Venin ? ».

Sans répondre, je pointe la porte du bar. À l'intérieur. Mon corps est dépendant du vampire à côté de moi. Je me laisse faire tel une marionnette. Un comble. Je ne veux pas paraitre faible face aux autres. Je n'ai d'autre choix que de me laisser faire. De toute façon, je ne vois plus ce qu'il se passe autour de moi, mes yeux se ferment tout seul. Le néant. À présent, je ne me rends plus compte de rien.

Je suppose que Dmitri a demandé l'aide d'un ange dans les parages.

C'est donc bien plus tard que j'ouvre les yeux, chez moi. Au moins, je reconnais mon environnement. Je suis sur une surface moelleuse. Un lit. Mon lit. Chose rassurante. Je ne me souviens absolument pas de ce qu'il s'est passé hier soir. Des flash me reviendront dans la journée. J'ai fermé les yeux quand j'ai senti les bras de Dmitri autour de moi. S'il n'avait pas été dans les parages, je serai livré à moi-même. Hier soir, j'ai abusé de l'alcool servit. Une erreur. Tout ça me semble irréel. Pourtant, je suis bien dans ma chambre mais dans un triste état de santé. Ma chute ne m'a pas suffisamment effrayé. Je suis en train de faire l'expérience de ce qu'on nomme une cuite. Je me lève avec difficulté de mon lit, assis dans un premier temps sur le bord. L'esprit embrumé par les vapeurs d'alcool qui me sont montées à la tête. Je me trouve ridicule. Comment dois-je le prendre ? Comment suis-je tombé dans cet état ? J'ai besoin de réponses. J'ai besoin d'y voir plus clair. En attendant, je me dirige vers ma salle de bain, un cachet d'aspirine avalé et j'allume l'eau de la douche. J'en ai besoin d'une. Une sorte de pellicule me gêne sur le corps, elle est invisible et ce n'est pas en frottant très fort que je vais m'en débarrasser. Elle n'existe pas. Je perds des plumes pour rien. Si je continue de m'énerver, d'autres vont s'arracher. Je me dépêche donc de finir de me laver et de sortir de la douche. Les nerfs sont en train de lâcher. J'ai envie de tout jeter au sol. Rien ne va en ce moment. Résultat, je vais rester chez moi encore une semaine alors que je commençais à aller mieux, à sortir un peu de chez moi, des efforts désormais réduits à néants, comme si rien n'avait changé. Alors que si, plein de choses ont changé. Je flippe vraiment. Les larmes me montent aux yeux et je réalise que je suis quasiment dans le même état que dans le bureau de l'Archange. J'aurai pu trouver un prétexte pour le voir plus tard mais cela n'aurait pas été crédible et encore moins accepté.
C'est lamentable. J'ai envie de tout jeter par terre. Je me retiens parce qu'il faut tout ramasser ensuite et je n'ai pas envie de passer une partie de la nuit à ranger mes affaires. Je me dirige vers ma bibliothèque, il doit bien avoir un livre au sujet des effets secondaires de cette fichue Cascade qui est en train de me gâcher la vie. Je ne supporte plus cette situation. Les larmes qui coulent le long de mes joues me font mal. Elles sont douloureuses. Elles m'arrachent le cœur. Je suis incapable de faire semblant. À croire que je suis vraiment dans un état second, un état de détresse sans avoir la capacité d'agir sur moi-même. Un état indescriptible. Il faut que je trouve une solution et peu importe le temps qu'elle mettra à m'aider, ça doit valoir le coup.

Je n'ai pas idée de l'heure qu'il est. Je n'y prête pas attention. De toute façon, je n'attends personne. Je suppose que les deux vampires qui m'ont regardé partir du bar doivent se poser des questions. Je n'ai donné de nouvelles à personne. Je me sens bien ainsi. Je préfère être tranquille un moment chez moi, prendre une douche, changer de vêtements, boire un café avant de me représenter à la Tour. En attendant, je suis découragé de pleins de choses. Honnêtement, c'est contradictoire avec ce que je suis. Je suis une personne optimiste, rieuse, joyeuse, souriante parce que j'aime sourire et que j'ai besoin de le faire. J'écoute les autres, je suis attentif à mon entourage. Sauf que je me sens différent, éteint et sans perspectives pour avancer alors que mon meilleur ami doit s'en mordre les doigts, un vampire qui n'attend qu'une chose est que je l'appelle et un Archange prêt à casser ma porte si jamais je me sentais à nouveau pris d'une montée de fièvre fulgurante. Voilà mon entourage incroyable qui respecte mon besoin d'isolement. Et je repense aux deux horribles siècles vécus par Aodhan qui a eu tellement honte de sortir de chez lui après sa longue hospitalisation et convalescence. Il a eu besoin de rester chez lui, de penser à lui, de se sentir à nouveau à l'aise avec son propre corps. Son était physique était pitoyable. Un diamant abîmé. Avec le temps, il a retrouvé ses belles plumes. Grâce à Galen, il a aussi retrouvé sa condition physique et la mobilité avec ses ailes. Bouger lui a fait mal les premiers temps mais ce fut nécessaire pour son rétablissement. Toutes ces choses, je les comprends maintenant. À l'époque, je me suis mordue les doigts plus d'une fois rongé par l'inquiétude, par la culpabilité de le voir dans cet état de détresse et j'ai pourtant vécu ma vie. Il lui fallait du temps. Maintenant, je le comprends concrètement. À mon tour, je vis dans une incertitude qui me pourrie la vie.

Je ne trouve pas le bon ouvrage, je laisse tomber. Je jette au sol mes carnets remplis. Je n'ai pas cessé d'écrire pour autant. Mon mal de tête reprend de plus bel, rien ne va se calmer tout seul. Je reprends ma respiration en main pour arrêter de paniquer. Je vais mal finir et il est hors de question que je finisse dans le service de Keir. Pitié non. Je ne veux pas me laisser faire par des infirmiers qui vont chercher un problème introuvable. Ce qui ne va pas, c'est cette histoire de Cascade. C'est elle le problème. Et tant qu'à faire, je jette tous les livres de la même rangées. Après tout, je ne risque plus rien. De toute façon, ces livres ne me sont pas utiles. Mon meilleur ami serait choqué de constater le sort de ces pauvres livres. Ce sont les choses que je protège le plus. J'aime la lecture. Ce ne sont pas de simple objets pour moi, c'est bien plus que ça. Un échappatoire, un moyen d'expression, un moyen d'évasion, un monde imaginaire que l'on garde secret et que personne ne doit découvrir. C'est pour ça que j'ai consacré une partie de mon mur d'entrée à la bibliothèque. Elle est remplie d'ouvrages, certains plus anciens que d'autres et de mes carnets plus ou moins remplis selon mes envies d'écriture et mon inspiration. Des livres d'arts s'y mêlent, des livres de photographies aussi. J'aime la photo. Toutes ces choses sont inspirantes pour moi. La photo m'aide à m'évader, la lecture m'aide à imaginer et je suis en train de gâcher le bonheur qu'elles me procurent en jetant tout à terre. Le sol de ma maison ne ressemble plus à un salon.

Je tente de me calmer. Il faut que je me calme. Respire Illium. Ne sombre pas dans quelque chose de flippant, quelque chose qui ne te ressemble pas. Il me faut une heure pour me remettre de mes émotions. Une heure durant laquelle j'ai tenté des exercices de respiration pour me sentir mieux et pour m'aider à passer cette crise d'anxiété qui a menacé de me ronger. Hors de question d'y sombrer. Ce n'est pas dans ma nature mais cette Cascade m'a changé et c'est la chose qui m'effraie le plus. Mes larmes ont aussi cessé de couler le long de mes joues pendant quelques minutes avant qu'elles ne recommencent à couler. Je suppose que mes yeux sont encore rouges. C'est dans ses moments là où je me déteste. Incapable d'avancer seul, dans quel état je me mets. Pitoyable. Incapable. Détestable. Je ne me reconnais plus beaucoup. Un coup d'œil autour de moi et je me relève doucement. Rien ne sert de rester assis sur le sol de ce salon. J'attrape mes lunettes noires sur une petite table, elles me servent quand je me sens fatigué, quand je lis. Les autres ne le savent pas. Je les porte peu. Alors je m'installe sur le canapé, ouvre mon ordinateur et regarde mes photos de New-York au lever du soleil. Les regarder m'apaise un peu. Du coin de l'œil, mon carnet noir est au sol, fermé et l'autre est ouvert côté pages sur le sol du salon. Pas la peine de le nier, il contient tout ce que je pense et ressens depuis le début et le montrer à quelqu'un est une épreuve. J'en attrape un et commence à écrire. Les pages se noircissent toutes seules. Les lignes se remplissent, des mots sont raturés pour être remplacés par d'autres plus appropriés. Lire ça fera mal plus tard. Les mots sont crus. Et écrire m'apaise un peu plus. Au moins, je n'ai pas à détruire ma maison pour calmer mes nerfs. Cela me rassure quand même. Je n'aurais pas supporté de détruire ce que je possède de plus précieux que ma maison. Concentré, je ne fais pas attention à la personne qui toque à ma porte. Je n'ai pas dû fermer le portail. Mes volets sont ouverts, pas de signe apparent de ma présence chez moi car j'ai choisi un vitrage filtrant la réflexion. On peut voir de l'intérieur vers l'extérieur mais pas l'inverse. Et je ne vois pas mon meilleur ami comme cela aurait pu l'être mais une femme, il s'agit d'un ange trop jeune dans notre monde, aux ailes teintées des couleurs de l'aube et des cheveux blancs. Je n'ai pas envie de me lever tout de suite. Avec un peu de chance, elle va partir. Seulement, elle toque à nouveau. Et je suppose qu'elle sait que je suis chez moi. Alors, je me lève et fait lui ouvrir la porte.

« Ellie ? ».

« Salut Campanule ».

« Je ne m'attendais pas à te voir ici » dis-je en refermant un peu la porte derrière moi. Je ne veux pas qu'elle voit mes affaires sur le sol.

« Yeux rougis.

Mine fatiguée.

Cheveux un peu en bataille.

Peau plus où moins hâlée par le soleil.

Odeur de bougie ?

Odeur de shampooing à la menthe ? ».

C'est probablement la description qu'elle doit imaginer à l'heure actuelle. Si oui, elle a raison.

Peu de personnes savent où je vis exactement. Les Sept sont au courant que je possède une maison à l'Enclave. Ce n'est un secret pour personne et plusieurs en possède une ici aussi. Disons que comme beaucoup d'anges, nous tenons à notre intimité, notre besoin de calme en tout cas, loin des tourments du centre ville. Outre les moyens financiers de chacun des habitants de ce quartier résidentiel très prisé et isolé du reste de la ville, des familles s'y installent pour l'environnement idéal qu'il procure. Les maisons ici coûtent vraiment chères. Et je n'aime pas me vanter de cet aspect là. Ma chambre à la Tour me convient très bien mais avoir un foyer à soi est important. Très important. C'est plus qu'un bien immobilier. Je ne me doutais pas que l'un d'eux ou même Raphaël allait lui donner mon adresse. Étant donné qu'il s'agit d'Ellie, je ne dis rien. De plus, je reçois peu de personnes chez moi. Alors, la voir ici est un peu étrange. Je ne veux pas la faire sentir comme étrangère ici. Non pas du tout, juste que sa visite surprise me surprend un peu.

« Tu as une très belle maison Campanule ».

« Merci ».

Le genre de chose que l'on aime toujours entendre. Ma maison est l'une des choses dont je prends le plus de soin. Hormis mes plumes mais c'est une autre histoire. De grandes baies vitrées, un jardin, de beaux volumes, une décoration digne d'un magasine, des détails un peu partout. Voilà mon environnement. Ici, je suis au calme. Pas trop parce que je hais le silence. Il m'angoisse. J'aime entendre les gens parler depuis leur jardin, entendre les éclats de rire des familles, entendre la pluie tomber depuis ma petite véranda, entendre le vent souffler en cas de tempêtes. Ellie me regarde avec bienveillance. C'est une amie. Il est vrai qu'au début, j'ai été agréablement surpris par son humanité qui m'a attiré. J'aime la nature humaine pour sa fragilité, sa spontanéité, son insouciance parfois. Elena ne se laisse pas marcher sur les pieds. Mais elle est l'affiliée de notre Archange. Autant m'arracher les plumes que de me réveiller à la même heure à ses côtés. Ce n'est pas possible. Elle est compréhensive.

« Je suis venue t'apporter un panier de muffins ».

« Oh, tu cuisines ? ».

Je ne veux pas paraitre impoli ou la véxer mais Elena n'est pas adepte de la cuisine. C'est elle qui le dit. De toute façon, Montgomery s'occupe de tout et je dois avouer que ses talents sont pour le moment inégalables. J'attrape la anse du panier en osier recouvert d'un torchon propre et en le soulevant un peu, les muffins dégagent une délicieuse odeur de chocolat et de vanille, mes parfums favoris et d'autres sont à la banane. Cette attention m'arrache un sourire sincère.

« Montgomery » m'avoue t-elle.

« Merci, ça me fait plaisir ».

« Et je suis aussi venue voir comment tu allais ? ».

« Hier soir a été un peu arrosé, j'ai mal à la tête ».

C'est le cas de le dire sachant que j'ai un trou de mémoire depuis. Je me souviens avoir prolongé la soirée avec deux vampires et ça s'est arrêté là. Au moins, je ne suis pas allé suivre une fille jusque dans les toilettes. On ne sait jamais. De toute façon, je n'en ai pas le moindre souvenir. Et je n'écoutais pas la conversation des deux vampires tellement j'étais ailleurs. Je n'aurai pas du noyer mon désespoir dans l'alcool. Une erreur. Un classique. Quand j'ai quitté la table pour aller respirer dehors, j'ai senti non seulement des frissons me parcourir le corps, une sensation de chaleur en même temps. Puis une odeur m'a interpellé et c'était celle de Dmitri. Je suis révulsé d'avoir eu à le rencontrer dans cet état. Résultat, je n'ai pas pu prononcer un seul mot. J'étais une marionnette à sa merci. Il a pris soin de moi. Il m'a ramené jusqu'à chez moi. J'espère qu'un ange était dans les parages pour l'aider car nous ne pouvons pas monter à l'arrière d'une voiture à cause de nos ailes. Exceptées si elles sont bien repliées mais dans la voiture chérie de notre second préféré, j'en foute fortement. Il a bien dû trouver une solution, je me suis réveillé chez moi. Une boite d'aspirine posée sur ma table de nuit accompagnée d'un verre d'eau et d'un mot « Repose toi avant. On discutera plus tard Campanule » que j'ai gardé dans ma poche.

« Tu as des aspirines ? ».

« Oui » dis-je un mince sourire espiègle aux lèvres. « Dix boites je pense ».

« Je ne veux pas te voir disparaitre au fil du temps » dit-elle hésitante.

Sa remarquable me fait mal: « disparaître au fil du temps ». Il est vrai que je me suis renfermé. Personne ne peut dire le contraire. C'est la première fois que je l'entends me dire ça. Être immortel est une chance et un cadeau empoisonné en même temps. On est sujet à la mélancolie qui peut devenir plus grave par la suite. Et je me retrouve face à Ellie, devant chez moi. Un peu étrange comme situation mais je ne la blâme absolument pas. Elle a simplement voulue prendre de mes nouvelles. C'est une dure réalité qu'elle me jette au visage. Sur le moment, je n'apprécie pas. C'est une réalité oui mais je ne veux pas l'entendre de sa bouche. Pas tout de suite. Même Raphaël ne me l'a pas dit. Le coup de massue. Elle me regarde avec incompréhension et je le regrette. Personne ne peut m'aider. C'est à moi de me sortir de cette mauvaise passe. Je ne veux pas être méchant mais elle ne connait pas la vie angélique depuis longtemps, elle n'a pas idées des conséquences non plus de cette Cascade. Elle connait un aperçu grâce à l'Archange qui lui explique certaines choses mais les vivre est complètement différent. Et cette fois, cela me concerne. Je ne pensais pas le vivre maintenant. Pour moi, ça ne devait pas arriver. Je ne suis pas né Archange. Mon destin ne devrait pas se tracer ainsi, ce n'est pas ce à quoi je m'attends. Après tout, qui aurait pu présager une seconde que ça tombe sur moi ? Personne. Les chances sont infimes.

« J'ai cinq siècles Ellie, il m'en faut plus pour disparaitre. C'est une mauvaise période qui passera ».

Qui passera ? Du moins, je le souhaite vraiment parce que je ne veux en aucun cas subir une nouvelle fois les effets négatifs de cette Cascade. Il a fallut que ça tombe sur moi. Je me demande bien pourquoi. D'ailleurs, faut-il à tout prix savoir pourquoi ? Un peu quand même. C'est illogique. Je ne suis pas un Archange, ce n'est pas dans ma destinée. La probabilité pour qu'un ange le devienne est tout aussi improbable. Les enfants d'Archanges le deviennent obligatoirement, c'est ainsi alors Raphaël s'est moins posé de questions. Je me mets à penser qu'il a dû avoir une sorte de prémonition, d'intuition aussi futile soit-elle quand ma mère s'en est occupée plus jeune. Il était un jeune ange, à peu près mon âge. Quand j'ai vu voler Raphaël avec Uram, je devais avoir pas loin de cent ans, eux environ cinq cent. Raphaël est devenu Archange à mille ans. Et Uram a perdu le contrôle de lui-même quasiment cinq siècles plus tard. C'est là que tout a commencé. Cette réflexion me fait mal au cœur mais elle est bien réelle. Je me demande comment il a fait pour tenir. Il a eu le cerveau embrouillé. Il n'était plus que l'ombre de lui-même à la fin. Mais ce n'est pas la faute de la Cascade. Arrivé à un certain âge, la physiologie d'un ange évolue et dans son cas, ça a été mortel. En y pensant, j'ai envie de pleurer. Certainement pas sur le sort d'Uram. Il était un Archange. Il aurait pu demander de l'aide, trouver une solution juste. Au lieu de ça, il a trahi tout le monde. Mais c'est une histoire qui ne me concerne pas. Il faut que je cesse d'y penser. Je ne suis pas comme lui. Je suis un ange différent. Apparemment, je suis destiné à devenir un Archange. C'est juste ça qui me donne envie de m'asseoir à même le sol et de pleurer. Pas devant Elena. Je ne veux pas qu'elle me voit ainsi. Vulnérable. Triste. Abattue. En colère. Alors je chasse ces pensées négatives de mon esprit et me concentre sur les mots d'Elena. Elle veut simplement bien faire, prendre de mes nouvelles en venant jusque chez moi. C'est gentil de sa part.

« Je ne veux pas que tu t'éloignes ».

Elena prononce ces mots avec difficulté. Ils ne sont pas anodins.

« Ne dis pas ça Ellie ».

Par chance, la sonnerie de son téléphone se fait entendre, elle me regarde désolée avant de décrocher. Je ne doute pas du tout de la bienveillance d'Ellie. Il est vrai que je me fais discrets ces derniers temps et pour être honnête ce n'est pas plus mal. Un signe de tête de ma part pour lui faire comprendre que tout va bien, elle acquiesce. Un sourire pour la remercier et elle me répond d'un signe de la main avant de quitter mon jardin, toujours le téléphone collé à l'oreille. Je ne la regarde pas s'éloigner jusqu'au bout de la rue que je referme déjà la porte de chez moi. Je souffle, le dos appuyé contre ma porte d'entrée, le panier rempli de muffins dans les bras. Je le pose sur la table de la cuisine. L'odeur me parvient aux narines. J'ai presque envie de croquer dans un muffin à la banane. Le panier est joli en plus. Je remercierais Montgomery plus tard pour l'attention. C'est la première fois que l'on me livre des muffins à domicile. C'est aussi cool que des fleurs. Laisser un beau panier de muffins seul serait dommage alors j'en attrape un et mord dedans. Les talents culinaires de ce vampire m'étonneront toujours, les muffins sont les meilleurs que j'ai mangé depuis des lustres. En plus, j'ai faim. Ceci-dit manger des muffins toute la journée ne constitue pas un repas mais tant pis, j'ai besoin de réconfort. J'en profite aussi pour préparer du thé histoire de faire passer les autres gâteaux qui vont finir dans mon estomac. Qui aurait cru tout ça ? Mais je vais quand même passer voir Dmitri très bientôt, je le répète depuis un mois.


Hey !

La troisième partie de ce chapitre est enfin postée. Je ne pensais pas prendre autant de temps à l'écrire mais écrire plusieurs chapitres en même temps est assez long. L'inspiration est là, je continue le rythme et je ne vais pas me plaindre ! Écrire cette histoire se révèle bien plus cool que je ne le pensais, je m'amuse vraiment, déjà en sortant de ma zone de confort et à mettre en scène un ange absolument adorable qu'est Illium, un vrai chaton ! J'ai hâte de lire la suite de la saga (prévue pour juin en principe) et je prie vraiment pour un livre entièrement consacré à cet ange aux ailes bleues, hâte de le lire et je suis loin d'être la seule à l'attendre d'après Internet haha.

Bref. J'espère que ce chapitre vous plaira autant que j'ai aimé l'écrire.

Bonne lecture ! ;)