Sept équipes se rassemblèrent près de l'infirmerie quand la deuxième épreuve fut officiellement terminée : quatre venues de Konohagakure, une de Kusagakure, une de Sunagakure et une d'Amegakure – celle dont l'un des Genin s'était moqué d'Hitomi après la première épreuve. Tous les examinateurs ainsi que leurs sensei se tenaient en groupe devant eux. Au dernier rang se trouvaient Kurenai, Kakashi, Gai et Asuma, droits et fiers des prouesses de leurs élèves. Hitomi et ses coéquipières avaient eu le temps de se reposer tout leur soûl ces derniers jours, mais c'était le cas de leurs amis également, qui s'étaient tous merveilleusement bien débrouillés durant cette épreuve.

— Bien, vous êtes donc vingt-et-un participants à passer au stade suivant, dit l'examinateur en charge de la deuxième épreuve. Lors du dernier examen, à Konohagakure, ce nombre avait été jugé trop élevé et ils avaient dû organiser des préliminaires, mais notre village a décidé de contourner ce problème. Il est bien connu que la première manche du tournoi est souvent la moins intéressante pour nos spectateurs, nous avons donc décidé d'organiser deux combats à la fois, séparés par une barrière fûinjutsu, afin d'offrir un meilleur divertissement et d'offrir à un plus grand nombre d'entre vous la chance de se distinguer.

Secrètement, Hitomi se demanda quelle part de responsabilité avaient les émissaires de Konoha, qui avaient aidé à organiser l'examen, dans cette décision. Tsunade voulait absolument promouvoir un maximum de ninjas au rang de Chûnin : elle avait envoyé tous ceux qui avaient le plus de chances d'atteindre le tournoi dans ce but. Avec cette manœuvre, elle pourrait voir au combat un plus grand nombre de ses Genin, et donc éventuellement en promouvoir un plus grand nombre.

— Je vais à présent annoncer les matches de la première manche. Tirez un papier de la boîte qui passe entre vous, et donnez-nous le numéro qui y est écrit.

Cela ne prit que quelques minutes : Hitomi piocha le numéro trois, qui lui avait toujours porté chance. Sakura reçut le numéro deux, et Karin le sept. Elles attendirent que tout le monde se soit vu attribuer le sien et l'ait annoncé à l'examinateur.

— Très bien, voici donc les matches ! En premier lieu, Yamanaka Ino de Konohagakure contre Aburame Shino de Konohagakure. Le match numéro deux verra s'affronter Haruno Sakura de Konohagakure et Tansyû Kuse d'Amegakure. Le troisième match opposera Yûhi Hitomi de Konohagakure à Fuyuta Kakui d'Amegakure.

Il continua comme ça, annonçant les onze matches de la première manche : Hinata affrontait un ninja de Suna armé de deux sabres courts, Tenten se battrait contre Yarito de Kusagakure, Sai l'un de ses coéquipiers appelé Mizuiro. Karin affronterait la kunoichi de l'équipe de Suna, Ibara, Lee s'était vu assigné le dernier membre de l'équipe d'Amegakure, Chôji devrait se battre contre Eori, la kunoichi de Kusagakure, et puis venait Kiba, qui devrait d'abord affronter Oda, ninja de Sunagakure. Neji affronterait le vainqueur de ce combat.

— Voilà ! Maintenant que vous savez tous et toutes contre qui vous vous battrez dans un mois, vous pouvez aller retrouver vos sensei. Ils décideront si vous partez ce soir ou demain. Merci à vous pour votre participation, et bonne chance pour le mois prochain !

Les examinateurs disparurent dans un nuage de fumée. Aussitôt, Hitomi rejoignit Kakashi et ses pairs, tandis que ses camarades bavardaient d'un air excité et impatient. On évitait en général de faire s'affronter des ninjas du même village, mais avec une sélection dominée à ce point par Konoha, c'était vraiment compliqué de faire autrement. À partir des quarts de finale, ce serait sans doute même devenu impossible de ne pas opposer Konoha et Konoha.

Hitomi examina avec soin le tableau qu'elle venait de se constituer : elle aussi se battrait très vite contre ses camarades, si elle avançait véritablement dans le tournoi. Elle affronterait son ninja d'Amegakure, mais après ça, les matches seraient sans doute majoritairement dominés par Konoha. Elle devrait le voir comme les duels amicaux qu'ils organisaient à l'époque de l'Académie… Elle n'avait pas d'autre choix. Cela signifiait que contre eux, le Murmure n'était pas une option. Heureusement, il y avait d'autres armes sur lesquelles elle pouvait compter.

— On a beaucoup entendu parler de vos prouesses durant cet examen, dit Kurenai avec fierté quand les douze Genin furent rassemblés autour de leurs sensei. Félicitations à vous tous.

Son regard pesa pendant quelques instants sur Hitomi, qui répondit d'un sourire fier. Elle n'avait absolument pas honte d'avoir transmis des informations à ses camarades : après tout, les ninjas ne jouaient jamais à la loyale. Pourquoi aurait-elle fait exception ? Elle avait bien appris ses leçons sous l'égide de Kakashi et d'Ensui.

— Nous avons décidé de nous mettre en route dès ce soir, ajouta Asuma. Je pense que vous avez tous très hâte de rentrer à la maison et de vous entraîner.

Plusieurs adolescents hochèrent la tête. Ils savaient très peu de choses concernant leurs opposants et étaient bien déterminés à donner le meilleur d'eux-mêmes. Hitomi elle-même avait déjà écrit à Ensui pour l'informer de son succès, et il avait répondu comme il se devait, avec un programme d'entraînement qui lui laisserait juste le temps nécessaire pour se reposer. Quand elle reviendrait à Kusagakure, un mois plus tard, elle serait plus forte, plus vicieuse, une meilleure version d'elle-même.

Ils quittèrent le Village Caché dans l'Herbe dès que possible, les vingt-quatre Genin entourés de leurs six sensei. Les deux équipes aînées, celles qui avaient refusé de se mélanger à leurs cadets, avaient été recalées : l'une à la première et l'autre à la deuxième épreuve. Leurs professeurs semblaient un peu déçus, mais pas vraiment surpris. Peut-être leurs élèves n'avaient-ils pas été si prêts que ça. Pour certains, le chemin était plus long que d'autres : l'âge moyen de la promotion au rang de Chûnin était de dix-sept ans à Konoha, si on excluait les Genin promus depuis les Forces Générales bien après cet âge. C'étaient Hitomi et ses pairs qui se montraient précoces dans le domaine. L'équipe restante de Sunagakure était même composée d'adultes, qui avaient tous la bonne vingtaine.

Ils passèrent la frontière avant d'établir un camp : c'était plus prudent pour la nuit tombée. Personne ne leur aurait causé d'ennuis au Pays de l'Herbe mais les sensei ne se sentaient pas l'envie de jouer avec le feu, pas alors qu'un évènement aussi important que le tournoi aurait lieu dans un mois à peine. Comme à l'aller, Hitomi et ses amis restèrent groupés d'un côté. Apparemment, Ino et Chôji s'étaient accoutumés à la présence de Sai et tentaient de l'introduire dans leurs conversations, mais on ne pouvait pas dire qu'ils rencontraient un franc succès. Le jeune homme était juste… Étrange. Son incompréhension totale des interactions et codes sociaux aurait pu le rendre touchant, s'il n'avait pas trouvé le moyen d'insulter quelqu'un dès qu'il ouvrait la bouche.

Hitomi ne pouvait s'empêcher de réfléchir à toute allure au tournoi. Elle avait fait ses calculs et il était très probable qu'elle affronte Hinata en quarts de finale. Elle ne le souhaitait pas, mais elle ne pouvait se permettre d'abandonner cette fois, pas alors que les attentes de Tsunade et Shikaku pesaient si lourd sur ses épaules. Et puis une part d'elle-même devait bien admettre qu'elle désirait sincèrement briller lors de la compétition, devant tous les dignitaires étrangers et ceux de son propre pays. Elle voulait leur montrer que le clan Yûhi renaissait de ses cendres, que le sang des Nara ne coulait pas dans les veines des incapables, que Konoha était tout aussi forte qu'elle l'avait été avant l'invasion.

Elle devait trouver un moyen de neutraliser Hinata sans lui faire de mal. Cela passerait sans doute par la Manipulation des Ombres, le seul avantage d'Hitomi lui permettant de contrer le Poing Souple des Hyûga. Elle n'avait jamais tenté de l'utiliser sur Hinata, mais les deux jeunes filles s'étaient déjà battues bien des fois dans le cadre de duels amicaux. Leur dernière rencontre belliqueuse s'était déroulée plus d'un an auparavant : depuis elles avaient grandi, progressé, s'étaient épanouies tandis que leurs talents s'affûtaient sous les mains habiles de leurs aînés.

— J'ai quelque chose à proposer, dit Tenten d'une voix pensive tandis qu'ils terminaient de dîner.

Cela attira immédiatement l'attention de tous les Genin, qui posèrent sur elle des regards intéressés. Hitomi n'avait manifestement pas été la seule à penser à ce qui l'attendait durant le tournoi – elle n'était pas la seule que ces perspectives préoccupaient.

— On va devoir se battre entre nous à un moment ou un autre. On se connaît, on sait qu'on est sans doute plus forts que tout ce qu'ils pourront nous opposer. Je propose un autre pacte, similaire à celui qui nous a unis durant les deux premières épreuves.

Elle laissa passer quelques secondes de silence, comme pour appuyer ses propos, puis reprit :

— Si on doit se battre contre l'un d'entre nous, transformons ce combat en spectacle, exactement comme le veulent les examinateurs. Laissons notre adversaire déployer ses capacités, surtout s'il n'en a pas eu l'occasion lors des précédents combats, avant de nous battre sérieusement. Et surtout, pas de blessure mortelle.

— Je suis d'accord, répondit immédiatement Hitomi. Je m'engage à ne pas utiliser le Murmure contre vous. Par contre, le gars d'Ame que j'affronte pendant les huitièmes… Lui, il va prendre, ne serait-ce que pour m'avoir traité de gamine.

— Je ne comprends pas, intervint Sai. Pourquoi passer ce genre de marché ? Le but de ce tournoi n'est-il pas d'écraser nos adversaires ?

Ce fut Sakura qui lui répondit d'une voix remplie de patience :

— Pas exactement. Il y a de ça, bien entendu, mais les seigneurs qui donneront leurs avis au Hokage pour les promotions veulent en prendre plein la vue. En plus, leurs avis ne sont que ça, des avis : à la fin, c'est Tsunade-shishou qui décide qui réussit, et qui échoue. Pour elle, ce sera plus important qu'on soit restés courtois, fidèles à nos camarades et qu'on ait malgré tout brillé, plutôt que de nous voir nous blesser entre nous.

Un silence songeur s'abattit sur le groupe, mais tous finirent par accepter, même Sai. Encore une fois, Hitomi se demanda pourquoi il était là : quelle était la mission que Danzô lui avait confiée ? Devait-il seulement passer Chûnin, ou observer la génération la plus prometteuse de Konoha ? Quelles informations lui transmettrait-il ? Elle ne doutait pas qu'il soit à sa solde, en tout cas. Elle pouvait sentir la force constante et bourdonnante du sceau sur sa langue. Elle se souvenait de son apparence, montrée dans le manga, mais ça ne suffirait pas cette fois. Il lui faudrait observer ce sceau de très près, d'une manière ou d'une autre si elle voulait le neutraliser.

Où est-ce qu'elle allait trouver une langue de ninja de la Racine à examiner ? Elle ne pouvait pas demander à Kakashi et Asuma, qui en avaient tous les deux été membres par le passé : ils tenteraient de la dissuader de s'en prendre à Danzô, parce qu'il avait trop de pouvoir, était trop dangereux. Quant à Yamato – se faisait-il déjà appeler Yamato ? – elle l'avait croisé derrière son masque ANBU de lion, mais elle ne pouvait pas l'aborder de but en blanc non plus. Il restait Itachi, mais elle ne savait pas s'il était marqué. Elle n'y avait pas prêté attention lors de leur rencontre. Elle avait eu des problèmes plus pressants à ce moment-là, comme le fait de ne pas mourir.

Elle regrettait, aujourd'hui. Elle ne pouvait pas lui écrire comme ça en mentionnant qu'elle savait qu'il avait fait partie de la Racine sans savoir qu'il s'agissait d'une organisation illégale. Elle n'était même pas censée savoir que la Racine existait encore ! Non, elle devait attendre d'avoir des preuves de son existence à l'heure actuelle, d'avoir accès aux secrets les plus noirs de son village. Cela impliquerait peut-être d'entrer dans l'ANBU, un jour. Elle n'en avait pas vraiment envie, parce que cela la placerait trop près de l'influence de Danzô, mais si c'était pour la bonne cause… Elle savait qu'elle accepterait.

Le sommeil fut lent à venir et ne la reposa pas vraiment. Elle ne cessait de se retrouver dans sa Bibliothèque, ce qui n'empêchait pas son corps de se restaurer mais n'aidait en rien pour son esprit. Au moins, elle ne rêva pas. À ce stade, elle devait sans doute s'en estimer satisfaite. Puisqu'elle semblait incapable de s'envoler en direction du pays des songes, elle décida de travailler, mentalement en tout cas, sur les sceaux qu'il devenait urgent de créer.

L'un d'eux lui permettrait de se téléporter jusqu'à l'endroit où le sceau était tracé. C'était en quelque sorte un dérivé de la technique du Dieu de la Foudre – et la raison pour laquelle elle ne s'était jamais penchée dessus plus tôt. Si elle inventait un nouvel Hiraishin et que quelqu'un l'apprenait, elle ne serait pas seulement inscrite au Bingo Book, elle serait morte. Mais avec l'Akatsuki qui commençait à s'intéresser aux jinchûriki, elle ne voyait pas d'autre solution. Son plan, depuis qu'Ensui avait commencé à lui enseigner le fûinjutsu, avait toujours été de trouver les réceptacles et de les marquer, pour pouvoir leur porter secours s'ils étaient agressés. Ses plans pour combattre les différents membres de l'Akatsuki n'étaient pas tous au point, mais cela y ressemblait de plus en plus, à présent.

Elle se réveilla d'un coup à l'aube. Les autres Genin étaient encore tous endormis, blottis bien au chaud sous leurs couvertures, mais puisque le véritable sommeil la fuyait, elle ne voyait pas de raison de rester allongée à ne rien faire. Elle se leva et se dégourdit les jambes autour du camp, attirant l'attention d'Asuma qui montait la garde. Il lui sourit puis, après une hésitation manifeste, lui fit signe de venir près de lui. Après quelques secondes à le regarder sans remuer d'un cil, elle s'exécuta.

— Salut, Hitomi-chan. Je…Hrm. Je voulais te parler de quelque chose.

— Hm hm ?

— Ta mère et moi… Ca commence à devenir sérieux, tu vois ? Je voulais… Je voulais te demander si ça te poserait problème que je la demande en mariage.

Hitomi le regarda fixement pendant quelques secondes, comme s'il lui était poussé une deuxième tête. Comme il affichait un air tout à fait sincère et sérieux, elle finit par hausser les épaules :

— Je ne vois pas en quoi ça me poserait problème ? Si c'était le cas, je vous l'aurais fait sentir depuis longtemps. Et vous n'êtes pas à l'abri d'une de mes punitions maison si vous faites du mal à Maman, mais vous me semblez assez sensé pour ne pas faire ça – ne serait-ce que parce qu'elle vous détruirait avant même que je puisse lever le petit doigt.

L'homme frissonna et rentra la tête dans les épaules involontairement, avant de se souvenir qu'il était quand même l'un des anciens Douze Gardiens du Daimyô, le fils d'Hokage le Troisième et l'un des meilleurs Jônin du village. Il ne pouvait pas se permettre de montrer qu'il avait peur d'une gamine. Mais elle avait indubitablement hérité des gènes de sa mère de ce côté-là : elle était terrifiante, d'une manière douce, discrète, implicite, jusqu'à ce qu'on ait le malheur d'éveiller son ire. Il le savait très bien quand il était tombé amoureux de Kurenai. C'était même sans doute l'une des raisons, le fait qu'elle puisse lui botter le cul jusqu'à Suna avec à peine plus qu'un petit effort.

— Très bien. Dans ce cas, je la demanderai en mariage bientôt. Tu pourrais peut-être m'aider à planifier ça ? Je veux le faire en privé, au cas où elle refuserait, mais je ne suis pas exactement romantique.

Hitomi battit lentement des paupières. Peut-être qu'elle le regardait comme s'il était stupide. Peut-être.

— Asuma-san. On se connaît, vous et moi, pas vrai ? Vous savez très bien que mes seuls contacts récents avec le romantisme c'est à travers Lee. Vous devriez lui demander à lui. Il a sans doute des dizaines d'idées de demandes en mariage plus romantiques les unes que les autres.

— Oui, je sais bien ça, mais tu connais ta mère, tu sais ce qu'elle aime. Je veux que ça soit romantique à ses yeux, pas en général.

Elle soupira et se gratta la nuque, un peu gênée, mais finit par hausser les épaules.

— Très bien, je vous aiderai. Vous voulez faire ça quand ?

— Avant qu'on doive repartir pour le tournoi. Après l'examen, rien n'est certain, on pourrait devoir retourner aux missions de Jônin actifs, donc si je la demande en mariage, je veux le faire quand on est encore sûrs de passer un maximum de temps ensemble.

C'était une bonne décision, sensée. Comme quoi, il en était capable, rien n'était perdu ! Hitomi acquiesça puis s'assit à côté de lui en soupirant. Loin devant eux, le soleil se levait à un rythme paresseux. Il serait bientôt temps de le saluer. Le rythme paisible des étirements courait déjà comme une caresse fantôme dans ses muscles. Bientôt.

— En parlant de romance et tout ça, ajouta Asuma au bout d'un moment, comment ça se passe avec Lee ?

— On fait exactement ce qu'on avait prévu : on savoure le temps qu'il nous reste en essayant de ne pas penser à l'après. Il… Il m'a avoué qu'il m'aimait. Je lui ai dit que c'était réciproque. Peut-être qu'on n'aurait pas dû ? Maintenant, j'ai l'impression que c'est encore plus difficile, et j'ai… J'ai envie de faire en sorte qu'il ne puisse pas oublier.

Elle resserra ses bras autour de son corps, une posture qui trahissait son inconfort. Ce fut le geste, plus que ses paroles très pudiques, qui firent comprendre à Asuma ce qu'elle entendait par là.

— Ce serait certainement une très mauvaise raison pour… Arriver à ce stade. Quand Lee te regarde, crois-moi, on sait qu'il ne t'oubliera jamais. Bien sûr, il finira par passer à autre chose, et toi aussi. Mais tu resteras son premier véritable amour. Tu n'as pas besoin de faire des choses auxquelles tu n'es pas prête pour ça.

— M-mais dans les livres, ils disent toujours que c'est magique, la plus belle chose qui soit, que ça marque l'esprit mieux que toute autre chose, et je… Je ne peux pas m'empêcher de penser…

— Tu es une adolescente, Hitomi-chan. Une adolescente extrêmement mature sur le plan psychologique, bien plus qu'une fille de ton âge ne devrait l'être, mais ton esprit ne peut influencer ton corps que jusqu'à un certain point. Je suis certain que tu sais même mieux que moi ce que les hormones font subir au cerveau pendant cette période.

Ils rougirent tous les deux presque au même moment. Des ninjas comme eux essayaient de cacher leur inconfort face à un tel sujet, mais ils ne pouvaient pas dissimuler ce sentiment éternellement.

— Est-ce que l'influence est vraiment si forte que ça ?

Asuma laissa échapper un lourd soupir.

— A ton âge, j'avais envie de sauter sur tout ce qui bougeait. Je me suis calmé ensuite, quand j'ai grandi et que je suis sorti de cette période. Bien entendu, c'était différent à l'époque, avec les tensions, les combats incessants – tu sais que ce genre d'environnement accentue les comportements impulsifs, pas vrai ?

— Hm hm. Et donc ça va passer ?

— Sans doute. Et si ça ne passe pas, ça ne sera pas grave, parce que tu auras assez mûri pour savoir comment explorer ce terrain de manière responsable, prudente et sécurisée. Et tu sauras aussi te défendre si on veut te faire faire quelque chose dont tu n'as pas envie.

— Je sais déjà me défendre !

— Je n'en doute pas, petit démon. Mais c'est différent dans ce contexte. On se sent vulnérable, et on perd facilement ses repères, sa répartie, son côté combatif. N'importe qui dans ma génération te le dira. On a tous fait des choses qu'on regrette parce qu'on ne savait pas qu'on ne les voulait pas. Tu ne devrais jamais avoir à faire quelque chose qui ne te fait pas envie pour faire plaisir à quelqu'un, surtout ce genre de choses. Fais-les parce qu'elles te tentent, te donnent des papillons dans le ventre, parce que tu es prête. Jamais parce que tu veux faire passer l'autre avant toi.

Il avait pris des accents intenses et passionnés sur la fin de sa tirade, et soudain Hitomi comprit, aussi clairement qu'elle comprenait les bourdonnements discrets du sceau sur la langue d'Asuma. Il était passé par ce genre d'expérience lui aussi, ou il n'en parlerait pas de cette manière, avec des mots aussi catégoriques, ne la regarderait pas soudain droit dans les yeux pour souligner l'importance de ses propos alors que le sujet la mettait mal à l'aise.

— D'accord, Asuma-san. Je ferai attention. De toute façon, je ne pense pas qu'on soit prêts, Lee et moi. On a encore le temps. Peut-être pas ensemble, mais… Ce n'est pas grave, ça.

— Exactement. Par contre, est-ce qu'on peut revenir sur cette histoire de romans d'amour ? Tu ne lis pas les bouquins de Kakashi, par hasard, n'est-ce pas ? Je sais très bien ce qu'on trouve dedans.

Un sourire doux et innocent se peignit aussitôt sur les lèvres d'Hitomi. Elle mobilisa toutes ses compétences de joueuse de poker pour mentir au Jônin avec aplomb :

— Bien sûr que non. J'emprunte juste les romans d'Ino.

Il se cacha le visage dans les mains avec un grognement de fin du monde et elle comprit qu'il n'avait pas mordu. Pestant intérieurement, elle passa au plan B et débita sa phrase le plus vite possible :

— Je vous rappelle que ma mère a vraiment tendance à taper sur le messager et qu'elle n'ira pas plus gentiment parce que c'est vous alors vous devriez garder le secret !

Cette fois-ci, ce fut son tour de la regarder comme si elle était stupide.

— Tu sais que je tiens à la vie ? Bien entendu que je n'en parlerai pas à ta mère. Je ne lui dirai rien de cette conversation d'ailleurs. Tu peux me faire confiance, Hitomi-chan. Même les petits démons comme toi peuvent venir me parler s'ils ont quelque chose sur le cœur. Je sais que tu préfères parler à Ensui-san ou Kakashi, mais si tu as besoin de moi…

— Vous serez là. Je le sais. Merci, Asuma-san.

— Avec plaisir.

Ils restèrent assis en silence pendant quelques minutes puis, comme poussés par une force externe et mystérieuse, se levèrent d'un même mouvement pour entamer leur salut au soleil. Un à un, les autres membres du camp les rejoignirent. C'était un rituel très répandu à Konoha : même les ninjas descendants de familles civiles finissaient le plus souvent par l'adopter tant il était pratique et permettait de développer la souplesse et la tonicité de leurs corps.

Ils se remirent en route après un petit-déjeuner rapide. Aucun d'eux ne voulait s'attarder si près de la frontière : leur foyer les appelait, une lente mélopée chargée d'espoir et de mélancolie qui refusait de quitter tout à fait leurs esprits. Chacun d'eux brûlait de retrouver les siens. L'idée rendait Hitomi frénétique, même si elle avait eu la chance d'emmener sa cousine et sa mère avec elle – et que ses frères ne seraient de toute façon pas là pour l'accueillir.

Ils arrivèrent à Konoha un peu après la tombée de la nuit, accueillis avec enthousiasme par Izumo et Kotetsu, sans doute les deux pires commères du village. Pour les Jônin, ce n'était pas encore tout à fait la fin du voyage, mais les Genin, eux, avaient le droit de rentrer chez eux – enfin. Hitomi aurait pu pleurer de soulagement quand elle vit qu'Ensui l'attendait à l'entrée des terres Nara. Elle se jeta dans ses bras et il la souleva comme si elle ne pesait pas plus lourd qu'une bouteille d'eau – pour lui, c'était sans doute le cas. Leur étreinte lui donna, plus que la couleur des feuilles et l'odeur des fleurs, plus que le bruit des passants qui se préparaient à la vie nocturne et celui des ninjas qui sautaient de toit en toit, l'impression d'être enfin, enfin rentrée à la maison.

La maison, c'est là où se trouvent tous ceux qu'on aime.

Elle commença à raconter la première épreuve à Ensui sur le chemin du retour, la dernière ligne droite. Tandis qu'elle enlevait ses chaussures et rangeait ses affaires dans sa chambre, elle ne s'interrompit pas, ni non plus quand elle se changea – il écoutait assis à côté de la porte entrouverte, de l'autre côté du mur. Elle parlait toujours tandis qu'il préparait à dîner, et quand il posa deux bols de riz fumant devant chacune de leurs places, enfin, elle termina son récit.

— Je vois. Tu voudras bien dessiner la distribution du tournoi pour moi quand on aura fini ici, s'il te plaît ? On ne pourra sans doute pas développer une stratégie pour chacun de tes adversaires potentiels, mais on va se trouver quelques cibles-clé sur lesquelles travailler.

— D'accord, shishou.

— Kakashi-san et Shikaku-sama vont m'aider à t'entraîner durant tout le mois. J'attends de toi que tu travailles très dur, mais que tu prennes aussi le temps de te reposer et de ménager tes forces — les deux, Hitomi. Les deux sont aussi importants l'un que l'autre.

Elle hocha la tête, une expression sérieuse sur les traits, mais dans le même temps quelque chose se dénoua dans sa poitrine. Aucun doute : elle était rentrée à la maison.