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Ensui la réveilla à l'aube et la retrouva dans le jardin pour le salut au soleil. Quand ils étaient comme ça, rien que tous les deux, Hitomi pouvait presque s'imaginer des années en arrière, dans la caravane, quand elle pouvait encore se persuader que son plus gros problème était de comprendre ce que son maître lui expliquait. Ils avaient changé, tous les deux. Certes, l'évolution était plus nette du côté d'Hitomi, mais si on savait regarder, le Jônin s'était transformé lui aussi. Il était plus posé, plus affirmé, et son élève pouvait voir comme il avait réappris à aimer Konoha. Le fait que l'ombre d'un des hommes qu'il méprisait le plus au monde ait cessé de tomber sur le village aidait sans doute énormément. Quant au deuxième… Celui-là, Hitomi y travaillait toujours.
— Idéalement, commença Ensui quand ils furent tous les deux assis en seiza sur la terrasse, il faudrait que tu puisses défaire chacun de tes adversaires avec une compétence différente, mais dans le meilleur des cas, tu te battras cinq fois, contre des adversaires de plus en plus forts et très différents. Je préfère que tu choisisses la manière de combattre la plus adaptée à la personne en face de toi plutôt que de t'obstiner à montrer toute l'étendue de tes compétences à Hokage-sama.
Hitomi hocha la tête – elle y avait pensé aussi. À partir des quarts de finale, il lui était impossible de déterminer qui sortirait vainqueur de quel combat, et après… Après, c'était le bordel, autant le dire clairement. Sous l'injonction de son maître attentif, elle commença à énumérer ses forces. Bien entendu, la première qui venait à l'esprit était le fûinjutsu, assez compliqué à utiliser en duel car on dépendait de ce qu'on avait préparé – jusqu'à ce qu'on ait atteint un certain niveau de maîtrise en tout cas. Ensuite venait le kenjutsu, qui restait sa méthode de combat rapproché privilégiée. Elle était étonnamment bonne dans ce domaine quand on tenait compte de sa taille et de sa stature ridicules.
Il y avait aussi le Suiton, son affinité élémentaire primaire. Ensui indiqua vouloir lui faire apprendre une ou deux techniques Raiton – son affinité secondaire – via Kakashi pour rendre sa maîtrise de l'eau encore plus dangereuse. Le fait que l'accès à une affinité secondaire soit une compétence de Chûnin confirmé, voire de Jônin, ne semblait effleurer ni son maître ni son sensei. Au pire, si elle n'y arrivait pas en un mois, elle serait au moins lancée. Après le Suiton, il y avait ses chats, bien entendu, chacun spécialisé dans son propre domaine : Hoshihi et le Katon, Kurokumo en Fûton, Haîro en Doton, et même Hai, qui maîtrisait le genjutsu. Hokori et Sunaarashi, surtout spécialisés en communication, n'avaient pas exactement leur place dans un duel.
Enfin, elle avait pour elle ses compétences en chimie de combat et en modification de terrain, qui dépendaient de ses préparations, et les jutsu du clan Nara. Elle refusait de prendre en compte le Murmure. Si elle l'utilisait contre un de ses amis, elle risquait de le blesser gravement, voire pire, et c'était absolument hors de question. Le Murmure resterait un atout consacré uniquement à jeter ses ennemis à bas.
— C'est un bon résumé de tes capacités. Je pourrai surtout t'aider avec le fûinjutsu, le kenjutsu et nos techniques de clan. Kakashi-san s'occupera de tes techniques élémentaires et du travail avec tes invocations. Pour la chimie de combat, je suis convaincu que tu as déjà tout ce qu'il te faut – tu devras juste te préparer de manière appropriée, mais je te fais confiance sur ce point.
Sur ces mots, ils se mirent au travail. Désormais, Ensui n'utilisait plus de clones pour simuler un combat contre Hitomi : elle était prête à accélérer la cadence. Bien entendu, il était toujours tellement plus fort, tellement plus rapide, qu'elle n'avait aucune chance ne serait-ce que de l'effleurer, mais le fait qu'il reconnaisse ses progrès de cette façon envoyait sa motivation crever le plafond.
— Tu te bats trop à la loyale, grommela-t-il en la repoussant du plat de la main. Je sais que tu peux faire mieux que ça. Sois vicieuse, imprévisible. Tu en es capable.
Elle se redressa, essoufflée, de la sueur lui dégoulinant lentement dans le dos, et réalisa qu'il avait raison. Elle n'avait utilisé aucun de ses trucs contre lui. Avait-elle peur qu'il la voie autrement ? Cela devait s'arrêter maintenant. S'il ne voyait pas ses capacités dans toute leur étendue, il ne pourrait pas l'aider au mieux. Dans un battement de paupières, elle disparut et réapparut dans son dos, mais déjà il était là, son sabre d'entraînement arrêtant le sien. Il leva le bras pour riposter mais elle avait déjà agi - et disparu. Le combat augmenta en rythme et en rigueur, le maître s'adaptant lentement au niveau de son élève tandis qu'elle faisait tout pour s'améliorer.
— Ca suffit, ordonna-t-il une heure plus tard, tandis qu'elle tentait de se relever de l'endroit où il l'avait fait tomber. Je suis fier de toi, Hitomi.
Elle cessa ses efforts pour se remettre sur ses pieds et grogna son assentiment, les muscles parcourus de spasmes douloureux. Un sourire extatique s'était peint sur son visage – Ensui ne manqua rien de ce spectacle. Quand il la voyait comme ça, épuisée d'une bonne fatigue, exaltée, il parvenait presque à oublier le mal qui menaçait de la ronger de l'intérieur. Il s'agenouilla près d'elle dans l'herbe, illumina sa main de chakra médical et commença à soigner ses hématomes. Pour ses muscles, malheureusement, il ne pouvait rien faire.
— Tes bras ?
— Je ne peux pas bouger, grommela-t-elle.
Sa voix n'était qu'un soupir épuisé, son cœur battait toujours si vite qu'il lui faisait presque mal, mais pour rien au monde elle n'aurait repoussé les signaux de détresse que son corps lui envoyait : ils venaient avec un tel sentiment d'apaisement et de plénitude qu'elle avait l'impression de pouvoir s'endormir, là, dehors, en plein milieu de la journée. Elle regarda entre ses cils les traits concentrés mais tranquille de son maître penché sur elle, ses longs cheveux attachés en queue de cheval lui caressant l'épaule gauche. Un battement de paupières, un autre… Et elle s'endormit.
— Hitomi, réveille-toi. Tu dois manger.
Elle reprit connaissance sur le canapé. Elle ne se souvenait pas d'y être arrivée, mais si elle en jugeait par la couverture qui la recouvrait des pieds aux épaules, Ensui l'avait portée jusque-là. Elle rougit légèrement, embarrassée de s'être laissée aller au sommeil, puis se souvint de ce qu'il lui avait dit la veille : trouver l'équilibre entre le travail et le repos, même si ça signifiait s'endormir à des heures imprévisibles.
Il lui mit un bol de soupe miso délicieusement chaude entre les mains, puis apporta le reste du repas sur la table basse. Ils n'étaient que deux : occuper l'autre table, autour de laquelle se rassemblait toute la famille, aurait été bizarre au mieux, inconfortable au pire. Ils mangèrent dans un silence complice, elle toujours sur le canapé, lui assis par terre devant elle. D'habitude, ces positions étaient inversées, parce que contrairement à lui, Hitomi était assez menue pour passer les jambes sous la table basse de manière confortable, mais il ne semblait pas en être dérangé le moins du monde.
— Quand j'ai su que tu revenais, j'ai envoyé un message à Maître Jiraiya. Il ne peut pas revenir, il doit veiller sur Naruto, mais il m'a donné la localisation d'une cache contenant des secrets de fûinjutsu au cœur du village.
— Une… Attendez, quoi ?
— Je sais, j'ai fait la même tête que toi en lisant la lettre. Il explique que ce sont le Deuxième puis le Quatrième Hokage qui ont créé et scellé cette cache, et que seul un Maître ou une Maîtresse peuvent se voir transmettre la clé. Il m'a aussi expliqué la procédure, puisqu'il est évident que tu atteindras ce niveau un jour et qu'il ne reste que deux Maîtres en vie dans le monde entier. Il dit qu'il est trop tard pour lui pour apprendre tout ce qui se cache à l'intérieur, tous les secrets et domaines inexplorés de l'art des sceaux, mais que toi, qui es encore jeune et adaptable, tu en es peut-être capable.
— Comment une telle cache a-t-elle pu rester cachée ? C'est ici, à Konoha ?
— Oui. Étonnamment, la cache est dissimulée au cœur des terres Uchiha. Tobirama ne leur faisait absolument pas confiance, il ne leur a pas dit qu'il se servait de leurs terres comme d'une réserve, mais d'un autre côté, c'était aussi l'endroit où un voleur aurait le moins de chances d'aller fouiller. Si tu devais dérober quelque chose au Deuxième, quelque chose de bien caché, où irais-tu chercher d'abord ?
— Dans son bureau, répondit Hitomi en haussant les épaules. Ou sur les terres du clan Senju.
— Exactement, et moi aussi. Tout le monde. Tobirama a caché ses secrets dans un endroit que personne n'irait jamais volontairement lui associer.
— Et le Quatrième ?
— Jiraiya lui a aussi transmis le secret. Il a ajouté ses contributions avant de devenir Hokage, quand il pouvait encore se mouvoir librement dans le village – apparemment avec la complicité de Kushina Uzumaki et de Mikoto Uchiha. Jiraiya ajoute qu'il n'y a qu'une condition pour que tu puisses accéder à la cache : que toi aussi, un jour, tu y ajoutes tes propres secrets concernant l'art des sceaux.
Hitomi hocha aussitôt la tête, les yeux brillant d'une soif de connaissance telle qu'Ensui se sentit soudain propulsé des années en arrière, au début de son apprentissage, quand elle avait compris qu'il n'entretiendrait jamais de secrets ou de réserves à son encontre. Il inspira profondément, carra les épaules et posa une main ferme sur l'avant-bras de son apprentie, attirant à nouveau son attention :
— Je ne sais pas ce qui se trouve dans cette cache, Hitomi. Jiraiya-sama n'a pas voulu me l'expliquer, pas exactement – il a dit que c'était bien au-delà de mon niveau d'expertise. Mais je suis sûr que tu sauras quoi faire avec ce que tu y découvriras.
La confiance de son maître lui serra un instant la gorge mais elle acquiesça, des picotements avides lui parcourant les mains et les doigts. Son corps réagissait toujours à l'attrait du savoir, et du fûinjutsu en particulier. Le regard lourd de sens d'Ensui lui fit comprendre qu'il le savait bien et que, dans une certaine mesure, il comprenait. Quand ils eurent fini de remettre de l'ordre et de faire la vaisselle, il l'envoya se changer et se doucher – ugh, elle avait dormi dans ses vêtements d'entraînement – et attendit sagement qu'elle soit prête.
— Est-ce qu'on peut vraiment entrer comme ça chez les Uchiha ?
— Non. En désertant, Sasuke a perdu les droits d'exclusivité sur les terres de son clan, mais il a demandé à Tsunade-sama qu'elle les reprenne et les observe scrupuleusement. Tu fais partie de la liste des gens qui peuvent entrer, mais tu dois quand même aller demander l'autorisation, pour toi et pour ton vieux shishou.
— Vous n'êtes pas vieux !
Il rit doucement, mais entre eux s'étendit un silence chargé de non-dits. Si, Ensui était vieux, si on se basait sur les standards shinobi. En tant que Jônin, à quarante-cinq ans, c'était un miracle qu'il soit encore en vie. Bien entendu, maintenant qu'il avait quitté le service actif, il avait beaucoup moins de chances de mourir en mission, mais même comme ça… Les seuls ninjas de Konoha à être plus âgés que lui étaient Tsunade et Jiraiya d'une part – il était puissant mais n'avait rien d'un Sannin – et Shinku d'autre part, qui se consacrait surtout à des missions diplomatiques et avait toujours des chats géants pour le protéger. Aucun d'eux ne partait plus en mission, mais Ensui, si, au service de Shikaku et de Tsunade elle-même, plus rarement.
Hitomi était terrifiée à l'idée de perdre son maître. Pourtant… Pourtant elle n'envisageait pas un seul instant la traque des jinchûriki sans lui. Ils se sentirait vraiment mal si elle agissait de la sorte et qu'il l'apprenait, mais ce n'était pas tout… Elle avait besoin de lui. Elle avait besoin de lui pour les moments difficiles et ceux de bonheur pur, elle avait besoin de son sourire, de ses conseils et de sa voix rauque mais douce. Elle avait besoin de lui dans tous les moments importants de sa vie – si elle se mariait un jour, elle voulait que ce soit lui qui la conduise jusqu'à l'autel en lieu et place de son père décédé.
— Hitomi-chan, qu'est-ce que je peux faire pour toi ? demanda Tsunade quand ils entrèrent tous deux dans son bureau et la saluèrent avec respect.
Le bureau était bien plus ordonné que la dernière fois qu'Hitomi y avait mis les pieds, mais elle devinait tout de même que la Hokage avait eu un récent coup de colère : le bureau devant elle, un de ceux bourrés de caches secrètes qu'Ensui avait fait breveter des années plus tôt, était neuf, à peine plus d'un ou deux jours d'usage. Qui avait été la dernière victime d'un de ses légendaires coups de colère ?
— Tsunade-sama, je viens respectueusement vous demander l'accès aux terres Uchiha.
La femme et l'adolescente échangèrent un regard lourd de sens. Tsunade savait qu'Hitomi savait, mais avec l'ANBU qui servait à la fois de garde rapprochée et d'espions – on ne savait jamais lequel des deux rôles ils endossaient – tout autour d'eux, il était impossible d'en dire plus. Que la Hokage active un sceau d'isolement pour qu'elles parlent sans être écoutées aurait été suspect : Hitomi n'était qu'une Genin, talentueuse, certes, mais sans plus. Elle frémit en percevant la signature de deux sceaux de la Racine, l'un près du plafond et l'autre derrière une tapisserie, dans une alcôve secrète occupée en permanence au cas où une attaque se produirait.
— Je peux te demander pourquoi ?
À cela, Hitomi répondit d'un sourire un brin machiavélique.
— Je préférerais que non, Tsunade-sama. Après tout, vous assisterez au Tournoi dans un mois. Je dois vous laisser la surprise !
— Je vois… Eh bien, si c'est pour une si bonne cause, laisse-moi te remplir une autorisation que tu montreras à l'ANBU de garde à l'entrée de leur territoire. Nara, il t'en faut une aussi ?
— Oui, Hokage-sama, on ne sait jamais.
La médic haussa les épaules et se mit au travail. Au bout de quelques minutes, Hitomi et Ensui se voyaient remettre une autorisation chacun et sortaient de la Tour après avoir chaleureusement remercié leur supérieure. Dehors, les civils et ninjas vaquaient à leurs propres occupations, bruyants et animés comme seuls les gens d'un grand village comme Konoha pouvaient l'être. C'était le marché sur la Place des Chênes – Hitomi en profita pour acheter de quoi cuisiner le repas du soir.
— Des ramen ? demanda Ensui en analysant la liste de légumes qu'elle achetait à un maraîcher.
— Hm hm. Depuis que Naruto est parti, je pense à lui à chaque fois que j'en mange. En plus, c'est un plat riche en à peu près tout, ce qui en fait une très bonne option pour me nourrir en phase d'entraînement, pas vrai ?
— Exactement. Je suis ravi de voir que tu prends ça au sérieux.
— Eh. Qui sait, peut-être que je finirai même par grandir un peu.
— Je ne compterais pas là-dessus si j'étais toi. Et puis, tu es tellement adorable comme ça, toute petite, toute innocente, jusqu'à ce que tu dégaines ton sabre et décides de gâcher la vie de pauvres ninjas de Kusagakure.
Ils éclatèrent tous deux d'un rire léger tandis qu'Hitomi scellait les marchandises dans un sceau dessiné de manière à les conserver en stase indéfiniment.
— Pauvres, pauvres, ils l'avaient bien cherché. Karin aurait eu un bleu à la joue si Sakura ne l'avait pas soignée. Ca ne pouvait pas rester sans représailles, pas vrai ?
— Non, c'est sûr, tu as raison. Et puis, je n'ai pas dit que tu étais en tort. Justement, moi, ça me soulage de te voir aussi retorse et cruelle quand tu as besoin de l'être. Ca veut dire que tu sais te défendre, rendre les coups. Pour un maître, il n'y a pas grand-chose de plus gratifiant.
— À propos de ça, shishou, vous avez dit que vous alliez m'aider avec la Manipulation des Ombres…
— Ah, oui. On commencera ça demain. Shikaku dit que tu es prête pour la technique suivante.
La technique suivante de l'arbre des techniques Nara était l'Étreinte Mortelle de l'Ombre, que Shikamaru utilisait dans le canon dans son combat contre Tayuya. Mais dans cet univers, Hitomi avait tué la servante d'Orochimaru durant l'invasion – elle se souvenait de son regard surpris et terrifié, du petit gargouillement quand elle lui avait tranché la gorge, du sang sur ses mains. Pourtant, la jeune fille ne doutait pas que son cousin maîtrisait la technique : il était bien plus avancé qu'elle dans ce domaine. En tant qu'héritier, son affinité avec les ombres était presque aussi naturelle que de respirer. C'étaient traditionnellement les Nara issus de la branche principale, de la famille principale, qui créaient les nouveaux jutsu utilisés ensuite par le reste des ninas du clan.
— Pour utiliser cette technique, tu as besoin de comprendre comment projeter ton ombre en trois dimensions, lui donner du volume, la rendre solide. Il n'y a malheureusement pas de méthode précise pour y parvenir : tout se joue sur la manière dont tu visualises le processus et lui donnes corps. Tu n'as toujours pas besoin d'une autre mudra que celle du Rat. Je te conseille d'y réfléchir dès maintenant, ça te fera gagner du temps.
Tout en se dirigeant aux côtés de son maître en direction des terres Uchiha, en périphérie du village, elle s'exécuta. Une part de son esprit se réfugia dans sa Bibliothèque et examina ses options : elle voyait trois méthodes pour l'instant, mais d'autres pourraient lui venir. La première consistait à gonfler son ombre comme les ballons dont les amuseurs de foire se servaient pour sculpter des chiens ou des petits personnages dont les enfants raffolaient. La deuxième lui demanderait de remplir de chakra l'espace entre la surface où se trouvait son ombre et la position qu'elle voulait lui faire adopter. La troisième, et celle qui la tentait le plus, n'exigerait d'elle aucun chakra supplémentaire, juste de la visualisation pure. Elle devrait imaginer son ombre se décoller du sol et agir comme une entité en trois dimensions, avec des propriétés cohérentes.
Le maître et l'élève montrèrent leurs papiers à l'ANBU de garde puis franchirent le mur qui entourait l'enceinte des terres Uchiha. Tout ce qu'Hitomi voyait s'était encore un peu étiolé depuis la dernière fois qu'elle était venue. Elle se demanda, un futile instant, comment Sasuke et Itachi auraient réagi en voyant les bâtiments qui avaient abrité leurs camarades de clans céder lentement à l'emprise du temps et de l'abandon. Elle imagina la douleur sur leurs traits et chassa bien vite cette image en serrant les dents, déterminée à avancer.
Pourtant, en avançant dans les rues, elle pouvait presque les voir, les fantômes des membres du clan Uchiha tels qu'ils avaient été de leur vivant, les enfants, les parents aimants et attentionnés, les civils empressés et les ninjas qui passaient toujours le portail avec sur les traits l'écho d'une expression si particulière – ils s'étaient bien battus, et désormais ils rentraient à la maison. Hitomi savait, parce que son visage faisait exactement la même chose quand elle franchissait le portail qui marquait l'entrée des terres Nara, à chaque fois, que ce soit après une mission particulièrement éprouvante ou une simple séance d'entraînement. Elle pouvait presque les voir, et le délicat mélange entre ce qui était et ce qui aurait pu être lui faisait mal.
— C'est par ici, enjoignit Ensui avec douceur.
Il semblait percevoir ce que son apprentie ressentait. Peut-être se souvenait-il des lettres qu'elle lui avait envoyées avant le massacre, de tous les détails qu'elle lui avait écrits concernant le temps qu'elle passait alors avec Sasuke dans l'un des terrains d'entraînement privés de son clan à s'entraîner au kenjutsu avec lui. Mikoto avait eu l'air particulièrement charmée quand elle regardait les enfants travailler ensemble pour s'améliorer. Ses yeux ne verraient plus jamais.
Le cœur d'Hitomi s'emballa, elle serra les poings et utilisa une violente décharge de chakra pour refouler les souvenirs et l'impression d'angoisse latente jusqu'au fond de sa Bibliothèque. Devant elle, Ensui se figea et se retourna lentement. Ses yeux gris sombre percèrent à travers le masque de neutralité qu'elle avait appliqué sur son expression – elle était un ninja, mais il connaissait tous ses trucs, il les lui avait enseignés. Il avança d'un pas dans sa direction, puis un deuxième, posément, un monde de prudence enfermé dans chacun de ses mouvements, comme si elle était l'une des biches de la Forêt aux Cerfs, prête à fuir au moindre geste brusque. Et peut-être, peut-être qu'elle se sentait un peu comme ça.
— Hitomi ? Qu'est-ce qui se passe ?
Sa voix était douce, ferme, comme une caresse et un commandement. Il effleura la cicatrice sur sa joue du bout des doigts. La sensation était toujours étrange pour Hitomi, là sans vraiment l'être, mais elle avait compris que toucher la marque de sa survie face à Orochimaru le réconfortait en quelque sorte. Elle passa la pointe de sa langue sur sa lèvre inférieure. Face à lui, elle s'autorisait les tics nerveux – elle ne pouvait de toute façon pas les lui cacher. Elle passa son poids d'un pied sur l'autre, et prit une décision.
— Je suis en contact avec Itachi Uchiha, déballa-t-elle d'une traite. Le massacre des Uchiha est un coup monté par quelqu'un de très haut placé qui l'a obligé à le faire en menaçant de tuer tout le clan, y compris Sasuke, et maintenant il est dans l'Akatsuki, et il me transmet des informations, et être ici me rappelle tellement lui, …
— Hitomi.
— … et comment il était avant, comment c'était avant ici, et les ninjas qui venaient et partaient autour des civils et le regard de Mikoto Uchiha et…
— Hitomi !
Ses mains s'étaient posées sur ses épaules et serraient, sans doute plus fort qu'il n'était nécessaire, mais il savait ce qu'il faisait : son exclamation dure et la légère sensation d'inconfort la ramenèrent avec la brutalité d'un élastique qui claque. Elle vacilla mais il la maintint en place, sourcils froncés et expression inquisitrice sur les traits.
— Je veux que tu me répètes ça lentement.
Pâle et fébrile, elle s'exécuta d'une voix tremblante. Elle ne pouvait pas exactement expliquer à Ensui comment elle avait su qu'Itachi visiterait Konoha à cette période, mais elle couvrit cette zone d'ombre en affirmant avoir reconnu sa signature de chakra et deviné qu'il venait pour Sasuke. À voix basse, comme un secret, elle confia à son maître qu'elle soupçonnait une personne puissante, du Conseil ou le Hokage lui-même, d'avoir ordonné l'exécution du clan tout entier et d'en avoir chargé Itachi.
— Pourquoi penses-tu ça ? demanda-t-il sur le même ton.
— Cent-quarante-neuf victimes, shishou. Cent-quarante-neuf personnes, dont cinquante-trois shinobi en service actif. Quelles étaient les chances qu'ils soient tous ici, au village, sur les terres du clan, cette nuit-là ?
Elle ne poursuivit pas tout de suite, le laissant prendre la mesure de la vérité qu'elle avait ainsi dénudée. Bien entendu, elle avait su tout ça bien avant de rencontrer son premier Uchiha, mais pour se protéger, elle s'était assurée d'avoir une histoire et des justifications logiques pour appuyer son savoir. Lentement, les traits d'Ensui se muèrent en une grimace révulsée. Il comprenait. Oh, il comprenait tellement, tellement bien à quelles extrémités le pouvoir de ce village poussait ses ninjas. La plupart d'entre eux, même les Jônin, même l'ANBU, n'auraient jamais soupçonné l'existence d'un tel complot : ils étaient conditionnés dès l'enfance à vénérer le Hokage et son Conseil. D'ici à ce qu'ils atteignent l'âge adulte, cela devenait un réflexe. Ensui faisait partie des rares à avoir regardé les secrets de son village en face, et cela l'avait presque brisé.
— Tu en as parlé à Sasuke ?
— Non. Même sans preuve, il aurait voulu agir. Il se serait fait tuer, ou pire…
— Tu as bien fait. Donc, tu es en contact avec Itachi Uchiha…
— Ou-oui. Il espionne pour le compte de Konoha à l'intérieur de l'Akatsuki – vous en avez peut-être entendu parler ?
— Vaguement.
— Et donc… Et donc il me transmet aussi ces informations. En échange, je lui parlais de Sasuke, jusqu'à… Jusqu'à…
— Jusqu'à ce que Sasuke déserte. Comment il a pris cette nouvelle ?
— Il m'a dit que j'avais fait de mon mieux, qu'il ne m'en voulait pas, que je l'avais protégé jusqu'au bout…
Par réflexe, elle massa la cicatrice au niveau de son sternum. Tsunade n'avait pas réussi à effacer toute trace de la blessure, d'autant moins avec tous les cas graves qu'avaient présenté les autres Genin rapatriés en même temps qu'elle. Ensui intercepta ce geste du regard puis laissa échapper un profond soupir et modifia sa prise sur ses épaules pour l'attirer près de lui – contre lui.
— C'était… C'était une décision incroyablement dangereuse, Hitomi. Il aurait pu décider de te tuer pour que son secret retourne dans la tombe – tu as de la chance d'avoir eu des informations intéressantes à lui offrir. Est-ce que… Est-ce que tu pourrais essayer de mesurer très soigneusement ce genre de risques à l'avenir ?
Toujours tremblante, elle hocha faiblement la tête. Elle savourait la sensation d'être blottie contre lui, vulnérable mais en sécurité – si seulement cela avait suffi à l'apaiser réellement.
— Je vais essayer, murmura-t-elle d'une voix étranglée.
— Bien. C'est tout ce que je te demande. Je sais que ce n'est pas toujours aussi simple que ça.
Elle hocha la tête contre la veste Jônin qu'il avait décidé de porter aujourd'hui par précaution. Il lui ébouriffa gentiment les cheveux puis les caressa jusqu'à la sentir se calmer contre lui.
— Ce qui est fait est fait. Quelque chose de bon ressortira peut-être de cette décision. On examinera la situation à la maison, quand on pourra se concentrer dessus, d'accord ?
— D-d'accord, shishou.
Il lui pressa gentiment l'épaule puis la guida vers l'endroit que Jiraiya lui avait indiqué dans sa lettre. Il ne pouvait pas totalement enfermer et isoler sa peine là où elle ne pourrait pas subir leur présence, il pouvait au moins offrir à son esprit la distraction dont il avait besoin pour reprendre le contrôle.
C'était son devoir en tant que mentor, après tout.
