Playlist
« Little house » The Fray
« Yellow lights » Harry Hudson
« Harmony hall » Vampire weekend
« Setting suns » Passenger
« Fixed » New hope club
« Young love » The Tide
Chapitre n°9
Point de vue d'Illium
Il faut que je me fasse confiance. Plus facile à dire qu'à faire. Avant que cette chute me ruine, oui j'avais confiance en moi. La vie m'a quand même apporté de belles choses, de belles expériences, de belles rencontres. Je n'ai pas peur de l'avenir. Après tout, je suis à présent destiné à devenir un ange puissant. Tu parles. Je n'ai pas de crédibilité à la table des autres Archanges. Ils ont bien plus d'expérience que moi, je n'ai pas d'opinions assez fortes pour leur tenir tête si nécessaire. J'ai mes convictions personnelles mais les partager, les confronter avec eux est une autre histoire. Je ne me sens pas prêts à quitter les Septs. Certainement pas dans ses conditions et de toute manière, j'aspire à autre chose que de diriger une partie du monde avec neuf autres Archanges puissants qui me regarderont de haut en bas en ayant envie d'hurler d'avance ou alors en riant. Je ne veux pas vivre ça.
Ce matin, je me décidé à appeler ma mère pour lui demander comment ça va. Simplement pour discuter avec elle. J'ai besoin d'entendre sa voix, de regarder son doux visage. Elle m'a dit travailler sur une nouvelle œuvre d'art. Je lui ai parlé de la partie de baseball dans les airs avec Aodhan mais pas de l'orage. Je ne peux pas tout lui dire non plus. Il faut lui épargner certaines choses. De toute façon, elle sera tenue au courant si jamais Dmitri le lui a révélé. Parfois je me mets à penser si, lui épargner des informations est une bonne idée. Son rôle de maman sera atteint et elle s'inquiète déjà assez, en rajouter serait une torture à mes yeux. Je lui épargne le plus de choses mais il a fallu la tenir au courant de ma chute dans les airs il y a un mois et demi maintenant. Le lui dire n'a pas été la vérité la plus évidente. J'ai pu compter sur le soutien de Raphaël en amont et en aval. Heureusement car mon cœur n'aurait pas pu supporter de voir le visage décomposé de ma mère à travers un écran. Je le sais.
Mes blessures au bras se résorbent plus rapidement que je ne le pensais. J'ai enlevé mon bandage ce matin. Je n'ai plus rien, plus de traces. Mon corps est impeccable. Je tiens quand même à ne garder aucune trace visible de la foudre sur mon bras et encore plus de mes plumes (j'ai encore le souvenir de mon premier duvet quand on m'a puni). Heureusement, elles n'ont pas été foudroyées. C'était plus impressionnant qu'autre chose. Encore heureux, je n'aurai pas aimé que d'autres personnes aient assisté à ça. Mais pendant cette partie de jeu dans les airs, je me suis sentie vivant dans le sens où plus de pression ne pesait sur mes épaules, plus de pensées étranges, rien du tout. Juste une partie de baseball avec Aodhan, Galen et deux équipes d'anges motivés à jouer avec nous. Aucun regret que d'avoir jouer avec eux. Je me suis tellement investie dans la partie que je n'ai pas prêté aux conséquences de ma blessure due à la foudre. J'ai oublié à quel point la douleur est forte. Un humain aurait été grillé comme un oiseau. Dans mon cas, non les brûlures ne sont pas si profondes. J'ai été pris en charge directement par une jolie infirmière du dispensaire du Refuge alors. Je ne vais pas me plaindre, dommage que je n'ai pas vu son visage très longtemps. Me réveiller dans une pièce blanche n'est pas le meilleur réveil du monde. Ceci-dit, je préfère ça que pas de retour à la réalité du tout. C'est le destin aussi injuste ou étrange soit-il. Tu parles d'un destin. J'ai presque envie de rire de manière ironique alors que je dois l'affronter. C'est vrai, un ange comme moi n'a pas besoin de devenir un Archange.
Ma tasse de café fumante près du clavier de l'ordinateur, j'écoute les paroles de ma chère maman.
Je sais qu'elle s'inquiète pour beaucoup de choses et je comprends sa réticence à sortir de chez elle notamment car pas mal de choses la préoccupe. Mais j'ai envie qu'elle aille mieux. J'essaye de rester proche d'elle dès que possible, après tout nous sommes loin. Parfois, elle me manque beaucoup car elle trouve toujours les bons mots pour me rassurer quand je doute, quand je me sens moins bien dans ma peau. J'ai peut-être une réputation de bel ange parmi ce monde, je sais qu'un Archange me trouve « mignon ». Dans sa bouche, le sens est tout autre. Je ne suis pas un jouet. J'ai une âme. Mais les autres trouvent drôle de penser qu'il serait peut-être judicieux de me laisser tenter par autre chose. Non. Les autres Archanges ne sont pas du même avis que moi. J'ai une image à préserver quand même. Depuis que ma copine s'est éloignée de moi, j'ai eu des maitresses mais sans réussir à m'attacher réellement à l'une d'elle. Même si cette histoire date d'il y a quelques siècles. Je veux profiter de ma vie, depuis que la Cascade m'ait tombée dessus je vois la vie de manière différente. Avant, j'étais vraiment insouciant. La jeunesse. C'est ce que l'on dit toujours. Je passais davantage de temps à m'amuser, à parier avec Venin peu de temps après qu'il soit arrivé dans la garde. Dmitri était un peu dépassé. Le pauvre, on lui en a fait un peu voir de toutes les couleurs. Nous avons tous pris de l'âge depuis pour recommencer nos fantaisies de l'époque.
Le visage de ma mère apparait à nouveau à l'écran car elle s'est baissée pour ramasser un crayon tombé au sol. Je me mets à songer à autre chose. Étant son fils unique, je comprends son inquiétude mais à un moment il va falloir me laisser un peu. Je suis un ange qui a tout de même mérité sa place parmi la garde d'un Archange. Il m'a fait confiance. Et je me dois de conserver sa confiance. Le regard de ma mère se reporte sur moi. C'est ma mère bien entendu et je parle peu d'elle aux autres. Non que j'en sois affecté d'une quelconque manière mais une tristesse se remarque dans son regard. Et voir ça me peine. Rien ne peut changer le cours des choses, je veux dire. La Cascade ne va pas cesser du jour au lendemain. Si jamais c'est le cas, prêtez-moi un stylo pour que je signe le document. Autant terminer avec cette prophétie interminable qui dure depuis des siècles. Ce n'est pas possible. Elle ne se terminera jamais, les choses évoluent d'une étrange manière que personne ne peut expliquer et c'est bien là le problème. Les futurs effets ne sont pas prêts de me tomber dessus avant un moment, du moins je le souhaite fortement.
« Je vais devoir te laisser, on sonne à la porte. À bientôt maman je t'aime » dis-je en coupant la conversation.
Lui parler me fait du bien car je lui donne des nouvelles, autrement que par les appels téléphoniques de Raphaël ou Dmitri. Je préfère le faire moi-même quand c'est possible. C'est sûr que pendant mon rétablissement suite à la fameuse chute dans les airs, tenir debout tenait de l'exploit la première heure. Je ne me suis pas rendu compte de beaucoup de choses à l'instant présent, d'un côté il ne fallait mieux pas. J'ouvre la porte de chez moi et découvre un ange aux ailes grises et aux yeux reconnaissables entre mille. Je ne connais qu'un seul ange capable d'en jouer. Galen.
« Désolé de venir à l'improviste ».
« Ma porte est ouverte tu sais. Depuis quand tu t'excuses pour venir chez moi ? ».
Mon petit Galen semble culpabiliser une seconde mais je lui souris pour le détendre un peu. Tout va bien. Je suis en vie, sur mes deux jambes. Il a tendance à s'inquiéter et je devine le pourquoi de sa présence devant ma porte. Je sais qu'il travaille avec les jeunes anges en ce moment alors il est plus souvent dans sa chambre à la Tour. Il ne vient pas souvent dans les environs. Il préfère passer le plus de temps possible chez lui, avec Jess. Je me mets à penser que l'idée qu'il se rende chez moi est son idée. Elle est bienveillante avec tout le monde. Je me souviens de son calme pendant les cours au Refuge, avant les cours de dessins de ma mère.
Je m'envole avec lui en direction de la Tour sans lui poser plus de questions. Il me suit d'assez près et je devine à son air qu'il a quelque chose derrière la tête.
Quand on atterrit sur le toit de la Tour, je reconnais le sourire en coin de mon ami ailés. Il aperçoit Venin dans la salle d'entrainement, habillé en vêtements de sport. Chose rare. Venin n'est pas du genre à laisser tomber ses beaux costumes qui valent une vraie fortune. Il y tient comme la prunelle de ses yeux, après son foyer mais ça c'est universel. Monsieur GQ. Je lui ai donné ce surnom.
Il évite les attaques directes de Dmitri comme la vipère qu'il est. Ses mouvements sont souples, gracieux. Il ne se laisse pas faire pour autant, notre Second préféré a de la ressource. Je dirais que c'est serré entre les deux. La demi seconde d'avance de Venin lui ai profitable jusqu'à ce que le vampire le plus imprévisible au monde montre encore une fois l'un de ses tours. Venin termine allongé sur le dos, impuissant. Venin capitule. Dmitri l'aide quand même à se relever et le félicite de ce combat disputé. Galen sourit. Notre maitre d'armes préféré est satisfait.
« Campanule » me salut-il.
« Campanule n'est pas seul » ajoute Dmitri en regardant Galen.
« Je ne peux pas laisser Papillon tout seul ».
Pour une fois, je ne relève pas la remarque sarcastique de l'ange. Je me surprends moi-même alors je lui jette un regard noir en guise de réponse et il se met à rire. Personne ne peut me contredire sur ce point, ils veulent me protéger mais comme dirait Aodhan « je ne suis pas une poupée fragile ». Maintenant, je comprends cette expression. Elle prend tout son sens. Je ne me sens pas comme tel. Ce qui est je pense un bon point. Dans un sens. Je ne peux pas accepter un regard de pitié. Je suis un ange comme d'autres et là Aodhan me donnerait un coup de coude dans les côtes. Tout ça pour dire, je ne suis pas aussi vulnérable qu'on le pense, Aodhan est d'accord. Lui le premier parce qu'il a vécu une période compliquée, comme nous tous à être mort d'inquiétude pour lui et à attendre qu'il se reconstruise. Petit à petit, la lumière qui s'est éteinte se rallume. On sait tous à quel point il nous manque et que cela demande un travail mais on ne se repose pas sur nos lauriers à ce sujet. Il doit revenir à lui. Nous avons grandi sans lui dans un sens. Vivre toutes ses années sans lui a été un déchirement pour nous. Galen est venu chez lui afin de l'aider à remonter la pente. Et voir Galen devant chez moi m'a fait penser à la même chose, un peu comme un effet miroir. Venin, Aodhan sont venus manger un soir, Elena m'a apporté un panier de muffins, Jason est venu discuté une partie de la nuit avec moi, j'ai pleuré dans le bureau de Raphaël, j'ai pleuré dans le bureau de Dmitri. La liste commence à être longue. Alors je me dois de poursuivre la bonne voie et de ne pas me perdre non plus sur un chemin inapproprié et dangereux. Je ne veux pas que quelque chose me change. Pas dans ces conditions. Cela doit se faire avec le temps, en temps voulu surtout. Précipiter les choses m'amèneraient à l'auto-destruction. Vu le résultat avec Uram non merci. Je ne me vois pas tomber dans une spirale où il me sera impossible de me relever. Pas tout seul, pas tel un déchet devenu inutile. Ça me rend malade d'avance.
Les anges et vampires présents à côté de moi me montrent tous les jours que la vie vaut la peine d'être vécue. Ce ne sont pas que des collègues. On a vécu tellement d'épreuves. Des épreuves individuelles comme collectives. Avec Uram pour prendre un exemple concret et le plus récent avec le réveil de Lijuan qui ne semble pas prête à mettre un point final à son plan. Elle veut mettre le monde entier à ses pieds, au sens propre comme au figuré quitte même à le réduire en cendres pour tout reconstruire. Elle est capable de tout. On le sait mais se préparer sera bientôt urgent. La rapidité à laquelle Dmitri a répondu face à l'attaque de Venin a surpris tous ceux qui sont présents dans la salle. Au début, ils n'appréciaient pas être regardés pendant un entrainements mais au fil du temps, l'un s'est dit que ce serait un moyen d'apprentissage pour les Sept au complet. Être comme les deux doigts de la main n'est pas u'une expression ayant sa définition chez les humains. Elle est valable dans notre monde angélique.
Je me mets à penser au dessin qui est toujours dans ma poche. Je ne l'ai pas retiré de ma veste. Mes mains sont en train de le toucher du bout des doigts. Je le sors discrètement mais bien entendu je ne peux pas être discret puisqu'un courant d'air s'engouffre dans la salle d'entrainement. Quelle idée judicieuse de se placer non loin de la porte. Le papier s'échappe de mes doigts et virevolte sous mes yeux impuissants pour le rattraper. Une main bien plus rapide s'en saisie. La peau dorée par ses origines indiennes me donne l'identité du vampire en question. Venin est aussi rapide que n'importe qui. Évidemment il est aussi souple qu'un serpent et aussi agile qu'une bête à huit pattes. J'aurai dû m'en douter. Cela est trop facile de penser le contraire et je me suis fait avoir comme un débutant. La nouvelle va circuler et je comptais parler de ce dessin plus que réaliste et intriguant mais cela sera fait malgré moi. Ma maladresse me perdra. Ma naïveté me perdra aussi.
« Campanule a un admirateur secret » constate Venin en regardant le dessin, un sourire au coin des lèvres.
Mes joues deviennent rouges. C'est gênant. Non que je me sois déjà retrouvé dans des situations atypiques mais là, il s'agit d'un dessin me représentant en train de voler dans les airs de la ville un matin de très bonne heure. Peu de gens lèvent le nez vers le ciel à une heure aussi matinale.
« Je le trouve très réussi » dit Galen en regardant le dessin par dessus l'épaule du vampire. « Les détails sont beaux, c'est un travail d'artiste ».
Parmi nous, l'artiste réputé dans le monde angélique c'est bien mon meilleur ami. Il a sa réputation et c'est entièrement mérité. Il passe beaucoup de temps à dessiner, à peindre et à sculpter. Je me moque ouvertement concernant sa passion pour, je cite « les vieilles reliques moisies » dans les musées. Je suis sarcastique sur ce point. Ma mère est une artiste reconnue aussi alors je me permets la remarque. Ses travaux sont exposés à la Tour, au Refuge et quand on a la chance de faire partie de son entourage proche, on peut voir s'offrir un tableau en guise de cadeau. Il m'a offert un tableau sublime, encadré dans le couloir à l'étage de chez moi. Il trône dans un beau cadre. Il a offert à Venin un beau miroir sculpté de serpents. Un détail qui a fait l'unanimité aux yeux de notre cher Venin. Celui-ci me rend le dessin après l'avoir examiné encore une minute supplémentaire. Le comble est que je dessine aussi. Avec une mère artiste, j'ai été élevé aux Arts. Mes parents y sont attachés et j'apprécie une œuvre à sa juste valeur. Aodhan apprécie celles qui datent d'une autre civilisation.
Recevoir ce type d'attention n'est pas pour me déplaire. Après tout, la personne y a passé beaucoup de temps. Les traits sont fins, la couleur est claire. Il n'y a pas de signature. C'est la seule chose que je regrette. Retrouver l'auteur aurait été un peu plus facile. Le jeter ne serait pas correcte vis-à-vis de son travail. Il est très bien fait et je n'ose imaginer le temps que cela a dû prendre. Je n'aime pas jeter les choses que l'on m'envoie. Je respecte le travail des autres. Je ne sais pas non plus si ce dessin m'était destiné directement ou il s'est envolé dans les mains de l'artiste sous ses yeux tristes de ne pouvoir le rattraper à temps. Le dessin se serait envolé, comme par hasard jusqu'à chez moi par le vent qui s'est levé hier soir ? Hypothèse possible. En tout cas, cette histoire ne m'a pas empêché de trouver le sommeil hier soir. Pour une fois que mes cauchemars sont restés dehors, j'en ai profité pour rattraper les quelques heures de sommeil manquantes à mon organisme dans les bras de Morphée. Ces derniers temps, j'en fais moins ce qui est une bonne chose.
« Pas étonnant, il a toujours eu du succès » ajoute Dmitri.
« Les médias parlent de toi comme d'un objet sexuel ».
« Ce n'est pas la même chose » lance t-il à la remarque de Venin.
« À peu près ».
« Non, Illium est le chouchou parmi les anges. Rien d'étonnant à ce qu'il reçoive des lettres d'admirateurs secrets ».
« Ce n'est plus tout à fait un secret, notre bel ange a sa réputation ».
« Ne cherche pas la petite bête ou on règle ça sur le tapis ».
« Je te distance d'une demi-seconde ».
« Ne te vante pas trop vite Vipère ».
Ces deux-là sont uniques en leur genre. Mais c'est aussi pour ça qu'on s'y attache. Ce sont des personnages atypiques. Une fois leur carapace respective fendue, ce sont des êtres vampiriques à connaitre. Il faut juste passer cette barrière.
« Je suis là » dis-je quand même.
« Oui » dit Dmitri en se grattant l'arrière de la tête. « C'est bien que tu sois venu aujourd'hui ».
« Il a quand même fallu que je vienne le chercher mais on va tout faire pour que notre Illium préféré aille mieux. À l'avenir, on sera plus vigilant durant nos parties de baseball ».
« D'ailleurs, tes cicatrices sont-elles guéries ? ».
« Oui cher Sombre Suzerain. Merci de t'en inquiéter ».
Malgré les apparences, Dmitri est sans doute le plus inquiet de nous tous. Je remarque une petite lueur dans ses yeux. Je veux le rassurer sur ce point, ma santé est de mieux en mieux. Plus les jours passent plus je me sens alerte. Je sors davantage et le soutien des autres Sept est sans faille donc je n'ai pas de quoi me plaindre. Cela me ramène les pieds sur terre.
« Où est Aodhan ? ».
« Dans son atelier, il dessine beaucoup ces jours-ci ».
Alors c'est là qu'il se retire. Je ne l'ai pas revu depuis la partie de baseball. L'inspiration a dû lui donner de quoi faire et c'est tant mieux, il n'a pas crée depuis longtemps. Autant qu'il profite de son inspiration. Je ne sais pas s'il va montrer ses œuvres. D'habitude, il en offre en cadeau lors d'occasion, il les personnalise. On a de la chance qu'il soit parmi nous. Sous ses airs énigmatiques, il est sensible. Quasiment tous les Sept le sont au final. Dmitri le premier qui fait peur à tout le monde alors que quand on le connait, on est surpris par sa part d'humanité, qu'il pense avoir perdu au fil des siècles mais non il la concerne toujours. Il faut juste chercher un peu, creuser. Venin aussi et Jason, lui est le plus mystérieux au monde. Il est venu chez moi un soir car il s'est inquiété. Honnêtement, c'est adorable. Mais je ne lui ai pas dit de vive voix. Il a sa réputation tout de même. Je pense rendre une visite à l'atelier de mon meilleur ami aux ailes de diamants. J'ai eu une idée intéressante, reste à trouver le bon créneau pour lui faire une surprise.
« L'entrainement des bébés anges ne va pas se faire tout seul » annonce Galen impatient.
« Impatient le Barbare ? ».
« Veux-tu me donner un peu de ton temps cher Papillon ? ».
J'acquiesce. Au moins, je vais pouvoir voir le travail de ces bébés anges. Ils progressent vite. Vu l'entrainement que Galen prépare à chaque fois, ils ont intérêt à être endurants. Celui-ci n'est pas l'ange le plus tendre avec eux et pendant un entrainement en règle générale. Je sais qu'avec Elena, il ne rigole pas. La pauvre chasseuse de la Guilde termine épuisée à chaque fin de séance. Si Galen la traite ainsi c'est qu'il sent un potentiel intéressant pour un jeune ange Transformé. Il ne voudra jamais l'admettre. Au final, je pense qu'il attend le jour venu pour lui dire à quel point c'était mal parti mais les efforts payent au bout d'un moment. Parfois j'assiste à un entrainement. Il me demande soit mon avis ou alors ma participation quand il manipule des armes blanches. Dans ce cas, j'en profite pour montrer mes nouveaux tours. Et aujourd'hui, je ne projette pas de plonger le nez dans mes carnets. Si Galen est venu me chercher directement chez moi c'est bien pour que je fasse quelque chose à la Tour. Il se trouve que sur le planning, c'est à son tour d'entrainer les nouvelles recrues angéliques. Dmitri se charge des vampires, notamment Ash et Janvier qui ont un cours particulier. Quel privilège.
« Je ne peux rien te refuser » osais-je dire.
Galen se met à rire. Un rire franc et spontané. Je l'entends peu ces temps-ci. c'est un peu de ma faute et je veux me rattraper. Histoire de montrer que je remonte la pente, que je ne les abandonne pas non plus.
Les anges entrent dans la pièce et la séance de torture commence.
L'entrainement s'est tellement bien passé que je suis resté avec Galen pour un second.
Les anges progressent vite. Certains sont surpris par la rapidité de leur adversaire. Je devine même un sourire en coin très discret de notre ami ailé. Il joue de la situation.
Je suis actuellement dans un bain. Oui un bain. Moi qui n'ai pas la patience d'en prendre un, je me suis dit pourquoi pas ce soir. Personne ne m'attend. Je peux profiter de la tranquillité de ma maison à l'Enclave. Une bombe de bain termine de se dissoudre. Je dois être honnête, on m'en a fait cadeau. Je dois avouer que ce n'est pas forcément pour les plus jeunes, c'est un drôle d'objet. Les couleurs se dissolvent dans l'eau du bain au fur et à mesure jusqu'à disparaitre complètement. Je me mets à rêvasser dans un bain. Je me surprends moi-même. Les courbatures ont besoin d'être prises en charge et la meilleure chose à faire pour se détendre est celle-ci.
Une tasse de café fumante, un bouquin.
Une heure plus tard, je quitte le bain, enfile des vêtements confortables et me rends à ma cuisine.
Bizarrement, mon téléphone s'illumine. Je ne l'ai pas eu avec moi aujourd'hui et ça ne m'a pas manqué.
Un message de Venin. Rare sont les fois où il me contacte à une heure tardive. D'habitude, il m'appelle. Mais je ne pose pas de question et lis son message. Il est tard. Que fait-il à cette heure-ci ? Il m'écrit qu'un vampire s'est échappé du lieu où son contrat a été établi. Ce n'est pas une situation nouvelle, ça arrive plus souvent qu'on ne le pense. C'est pour ça que les chasseurs de l'académie de la Guilde sont appelés. Ils doivent résoudre les problèmes. Après la Tour intervient en cas de nécessité. Sauf que je viens de prendre un bon bain. Donc je ne suis pas d'humeur à voler derrière un vampire qui a tenté de s'échapper. C'est une histoire entre lui et l'ange chez qui il est en contrat. En principe, ça se règle à l'amiable en présence du chasseur présent sur les lieux. Je n'ai pas à m'y mêler. Je réponds à Venin que je ne suis pas disponible. De plus, il est dans le quartier où Trace réside. Je préviens le vampire que Venin a besoin d'un coup de main. Celui-ci me répond rapidement et se rend déjà sur les lieux. Je vais donc avoir ma soirée tranquille. Merci quand même à Venin de me proposer de passer mes nerfs sur un vampire en fuite mais les deux séances d'entrainements avec Galen m'ont lessivé. Je ne suis pas capable de voler en quête d'un vampire et surtout pas de lui régler son compte. Venin peut se débrouiller avec l'aide de Trace. Lui est apte à le faire.
Je suis étonné que Venin intervienne à cette heure-ci. Sans doute ne trouve t-il pas le sommeil sur ses pierres chauffantes et il a décidé de sortir. Je ne sais pas comment il fait pour les trouver ne serait-ce que confortables ou agréables d'ailleurs, c'est un sol dur et inconfortable. Rien d'intéressant. Je préfère de loin mon lit où d'innombrables oreillers moelleux trônent. Je m'y allonge et allume la télévision deux minutes sur une chaine où les informations sont diffusées en boucle. Encore une fois, les faits divers habituels à New-York. Rien d'intéressants alors j'éteins la télé et attrape mon carnet de notes. Je me remets à en relire quelques unes et je me mets à penser que les choses prennent une autre tournèrent en peu de temps. Après la chute, j'ai été comme « assommé » par les événements, comme impuissant en fait face aux changements qui prennent possession de mon corps sans m'en rendre réellement compte. La Cascade me tombe dessus. Quand elle est tombée sur Raphaël, on a tous été étonné. Pas du fait de son âge, après tout rare sont ceux qui sont concernés au premier millénaire de leur vie mais du fait de la puissance qu'il va devoir gérer. Cela représente pleins de responsabilités, il a une place au sein du Cadre des dix. Je suis bien loin de cette place bien entendu et encore heureux mais je me mets à penser aux conséquences. Il y en a toujours. Ma voix sera t-elle entendue, comprise ou prise au sérieux ? C'est quelque chose qui me préoccupe. On parle de l'âge mais pour être honnête c'est un facteur important. On dit que l'âge ne fait pas la maturité de la personne. Ce n'est pas faux. De toute manière, je serai toujours trop jeune face aux autres Archanges âgés de plusieurs millénaires alors je doute que cela prenne une importance plus qu'elle ne l'est déjà. On verra bien. C'est une manière de se rassurer on s'entend. Se dire ça est uniquement pour se rassurer de ce qui nous attend dehors. Je suis bien entouré, ma famille et mes amis sont présents pour moi et c'est le plus important à mes yeux.
Le dessin trône sur une étagère. Drôle d'endroit où l'exposer. J'ai l'impression que ça fait un peu égocentrique. Les anges ne sont pas toujours à terre. On vit davantage en hauteur, ce qui fait notre nature. On vit soit en haut d'un immeuble soit dans une maison loin de l'agitation de la ville un peu en hauteur justement. On ne se mélange pas aux humains et aux vampires qui ont une vie dans la ville alors que l'on vit dans le même environnement urbain. C'est un peu étrange. Je connais aussi ma popularité auprès des humains et vampires. Je ne renie pas ça, au contraire c'est une reconnaissance appréciable. Et je n'ai pas l'habitude de recevoir des dessins, contrairement à ce que beaucoup de personnes pensent ou encore imaginent. Mais je dois dire que ce dessin requiert mon attention et ma curiosité.
Je me concentre sur mes notes. Sauf que je n'en ai pas vraiment envie. J'ai la sensation que ce dessin n'est que le début de mes soucis et je ne veux pas y penser, j'ai assez donné.
L'écran de mon téléphone s'illumine encore une fois et je parie que c'est Venin. Gagné. Mais je fais moins le fier en lisant son message. Ni une ni deux, je dois sortir de chez moi ce soir. Le vampire attrapé semble être de mauvaise fois et ne veut absolument pas coopérer. Ce qui est rare en la présence de Venin et Trace est avec lui alors je ne comprends pas l'objet de ma venue mais je ne discute pas. Mes ailes me portent jusqu'au lieu du crime.
Je repère les trois vampires d'en haut. En cinq minutes, me voilà. Je me pose devant eux.
« J'espère que tu as une bonne raison de me demander de venir aussi tard ».
« Crois-moi ce n'est pas pour rien ».
Venin. Trace. Un vampire ligoté comme un saucisson. Mon regard interrogateur se pose sur les deux autres vampires. Ils m'ont appelé alors que le vampire en fuite dont Venin m'a parlé par message est actuellement hors d'état de nuire. Trace s'avance vers moi et me donne un papier plié en quatre. Sans comprendre la raison de ce papier entre les mains du vampire, je le déplie quand même et découvre le même trait que celui que j'ai trouvé devant chez moi. Cette fois-ci je suis vraiment intrigué. Personne ne parle. Le vampire ligoté est en train de s'agiter. Il mord dans le morceaux de tissu entre ses crocs.
« L'un de vous peut m'expliquer ? ».
Venin regarde Trace qui lui aussi n'a pas de réponse. Je pense qu'il est temps de rentrer à la Tour. Je n'ai pas envie de discuter de ce sujet dans la rue. Elle est éclairée et même s'il n'y a que nous, une autre personne pourrait être témoin. Venin appelle les services de la Tour qui arrivent sur place dix minutes plus tard. Venin leur explique la situation. Je me tiens un peu loin de la scène. Ce dessin ne s'est pas retrouvé dans la poche de ce vampire en fuite pour une raison évidente pour le moment. Si l'auteur y a laissé des empreintes, elles seront visibles après les analyses. J'espère y apprendre un peu plus d'informations même minimes. Ces dessins ont un sens. Ils me représentent en train de voler. Donc quelqu'un dessine en haut d'un immeuble mais je ne connais qu'Aodhan capable de réaliser un tel dessin. Ce n'est pas son genre de garder ses travaux secrets bien longtemps quand il est pleine période de création il aime les apporter directement en main propre. Dans ce cas précis, le dessin m'était destiné. D'une manière ou d'une autre, il aurait pu m'être envoyé directement dans ma boite aux lettres.
« On en saura davantage une fois que les analyses seront faits » annonce Venin. « Merci d'être venu Trace ».
Nous ne sommes que deux. Je n'ai toujours pas d'explications. Venin me dit de le rejoindre à la Tour pour en discuter. Je suppose que je vais passer la nuit dans ma chambre. Il monte dans sa voiture et je m'envole aussitôt après qu'il ait fait rugir le moteur.
Je l'attends devant la porte de la Tour, le dos appuyé contre elle les bras croisés et la voiture italienne du vampire se gare deux secondes plus tard. Il est vrai que je me pose beaucoup de questions au sujet du vampire ligoté et qu'un dessin me représentant dans les airs soit dans sa poche. Ce n'est pas quelque chose de courant alors je me demande s'il avait réellement l'attention de l'apporter jusqu'à chez moi et je me mets à penser que non. Très peu de personnes savent où ma maison à l'Enclave se situe exactement, ce dessin devait être livré à la Tour. Mais je ne sais pas ce qu'il peut signifier. Pour moi il s'agit juste d'une personne qui m'apprécie et qui prend le temps de me dessiner donc d'un côté c'est flatteur mais je ne veux pas me sentir attaquer non plus. Je veux continuer à être moi-même surtout. C'est quelque chose d'important. Le vampire arrive vers moi et m'ouvre la porte du bâtiment, je le suis dans les couloirs, dans l'ascenseur et on monte à l'étage des chambres des autres Sept. Sachant que ma chambre est non loin de la sienne, il ouvre la porte de la sienne. Je reconnais le grand espace. Il apprécie son confort. Il ne garde pas toujours son air sérieux.
« Rassure toi, il ne s'agit pas d'un psychopathe » commence t-il par m'expliquer « Ce dessin dans sa poche n'a pas de signature, d'après ce que j'ai pu voir. Les analyses d'empreintes devraient être plus explicatifs. En attendant, nous surveillons ce vampire de près ».
« C'est censé me rassurer ? ».
« Le vampire est suspecté d'un trafic d'instruments de musique dont nous avons peu d'éléments pour affirmer quoique ce soit ».
Ces quelques arguments me rassurent un peu. Savoir qu'il est mis sous surveillance mais le lien avec le dessin retrouvé dans sa poche est encore un mystère. Et il va falloir le résoudre.
