Vous êtes vraiment adorables ! J'ai recommencé à écrire un peu cette semaine, avec des sprints de 5 minutes un à la fois, et j'ai fini le chapitre 154 puis fini le 155. Merci pour votre soutien !
Le lendemain matin, Hitomi emmena Anosuke dans le village. Son sceau était toujours activé et n'avait pas bougé de toute la nuit, pour la plus grande satisfaction de la jeune fille. L'enfant s'habituait encore aux nouvelles perceptions que le sceau lui amenait, aussi sa protectrice gardait-elle une main sur son épaule pour le rattraper s'il trébuchait. Kurenai avait été absolument ravie du succès de sa fille, mais ne pouvait pas les accompagner chez la tatoueuse : Tsunade l'avait convoquée pour discuter du tournoi à venir. Ensui en revanche les escortait, sa haute silhouette vaguement menaçante détournant l'attention des ninjas qui croisaient leur passage. La réputation de l'homme dans le village, en-dehors des terres de son clan, s'était un peu arrangée avec l'investiture de Tsunade, mais les gens se méfiaient toujours de lui.
Ce fut Hitomi qui entra la première dans le petit salon de tatouage de Yûgao Uzuki. La jeune femme venait tout juste d'ouvrir sa boutique pour la journée, il était encore tôt. C'était exactement ce que l'héritière Yûhi avait voulu : elle savait que les membres de l'ANBU et les shinobi adultes se déversaient par dizaines dans ce lieu toute la journée juste pour une chance de se faire tatouer un nouveau sceau ou un nouveau symbole.
— Yûhi-san ! accueillit Yûgao avec un sourire rayonnant.
Elle était déjà enceinte quand Hitomi l'avait rencontrée au chevet de son fiancé Hayate… Et cette fois, c'était bien visible. Elle ne devait pas être loin du terme, mais c'était un truc de shinobi de toujours travailler jusqu'au dernier instant. Comme si la tatoueuse entendait la direction prise par ses pensées, elle posa une main protectrice sur son abdomen arrondi, tandis que son expression s'attendrissait.
— Bonjour, Uzuki-san. Comment va Hayate ?
— Pas trop mal. Il a encore beaucoup de kiné à faire, plusieurs fois par semaine, mais il reste motivé. Il veut être sorti de sa chaise roulante avant l'accouchement.
La jeune fille hocha la tête, compréhensive. Elle avait suivi l'affaire de loin, sans trop oser s'y immiscer de peur de mettre Hayate mal à l'aise. L'homme qui l'avait agressé avait été capturé lors de l'invasion, et la famille Yûhi avait entendu dire qu'Ibiki n'y était pas allé de main morte pour venger son camarade.
— Qu'est-ce que je peux faire pour vous, Yûhi-san ?
D'une douce poussée, Hitomi fit passer Anosuke devant elle. Les yeux de Yûgao s'écarquillèrent légèrement quand elle vit le bandeau sur ceux de l'enfant. Tout le monde avait entendu parler du petit Nara enlevé, torturé, mutilé par un criminel encore non-identifié. Tout le monde avait aussi entendu l'outrage, le désir de vengeance et la soif de sang du clan attaqué, et tout le monde savait que le coupable, une fois découvert, subirait au moins l'équivalent de ce par quoi l'enfant était passé – sans doute pire.
— J'aimerais que vous tatouiez un sceau de ma conception sur la nuque d'Anosuke-kun, si c'est possible.
— Bien sûr. Je peux voir le sceau en question ?
Hitomi hocha la tête et Anosuke tourna docilement le dos à la tatoueuse. La jeune fille lui avait déjà remonté les cheveux en chignon, comme la veille, pour que la zone soit facile d'accès. Yûgao se pencha pour regarder. Sa respiration fit un petit bruit chuintant en se bloquant dans sa poitrine.
— C'est… C'est vous qui avez fait ça, Yûhi-san ?
— Hm hm. J'ai eu beaucoup de recherches à faire pour réussir à créer et stabiliser ce sceau, mais il est fonctionnel maintenant.
— C'est… C'est impressionnant. Voyons voir ce qu'on peut faire pour le tatouer…
Elle passa près d'une heure à examiner le sceau sous les regards vigilants d'Ensui et Hitomi, avant de déclarer qu'elle ne voyait pas d'obstacle majeur. Elle ne tatouait pas souvent d'enfant : les gamins de la branche secondaire des Hyûga étaient scellés par un membre de leur propre clan, et Danzô avait sans doute un tatoueur à sa solde pour les petits qu'il enlevait et intégrait à la Racine. Si seulement Hitomi avait pu le prouver… Cette pensée lui fit serrer les poings, mais elle se reprit bien vite. Elle devait choisir ses batailles, et les mener au moment opportun.
— Bien, je vais avoir besoin de sang pour l'encre. Anosuke-kun, toi d'abord. Tu sais comment faire ?
Le gamin hocha la tête et s'empara du kunai qu'Hitomi lui tendait. Pour l'encre gorgée de chakra médical qui servait aux sceaux tatoués, il fallait un peu plus de sang, donc une coupure un peu plus profonde, mais il ne sourcilla pas en s'entaillant. La jeune fille lui frictionna gentiment le dos pour le réconforter, puis Ensui referma la plaie.
— À vous, maintenant, Yûhi-san.
Elle acquiesça et tira son sabre pour s'entailler la paume, mais Ensui intervint d'une voix bourrue :
— Laisse-moi faire.
Il dégaina l'un de ses propres kunai, choisit une zone assez peu sensible sur le côté de son avant-bras et dessina de la pointe de son arme une longue entaille qui se mit à saigner immédiatement. Quand il en eut recueilli assez pour le sceau d'Anosuke, il voulut refermer la plaie, mais elle l'arrêta en posant sa main libre sur son poignet :
— Il m'en faut encore pour le sceau que je vais me faire tatouer. Autant tout prendre d'un coup, non ?
— Tu ne m'as pas parlé de ça.
— Hum… C'est vrai. Mais j'ai fini l'un de mes projets et je vais en avoir besoin pour le Tournoi si on se bat plusieurs fois sur une journée. S'il vous plaît, shishou ?
Il ne répondit pas tout de suite, mais quand il laissa échapper un profond soupir, elle sut qu'elle avait gagné.
— Montre-moi.
De sa main libre, elle descella l'un de ses carnets du morceau de parchemin caché près de son talon droit, l'ouvrit à la bonne page et le lui tendit. Il parcourut ses notes, l'air concentré et peut-être un peu critique, mais finit par hocher la tête, approbateur.
— Tu l'as testé, j'imagine ?
— Hm hm. Sur un sanglier qu'Hoshihi a eu la gentillesse d'attraper pour moi sans le tuer. Bon… Il l'a tué et mangé après quand même, mais c'est le geste qui compte, pas vrai ?
Il marqua son accord d'un petit son bas dans la gorge et pressa légèrement sur les lèvres de la blessure pour recevoir plus de sang, tandis que Yûgao observait le second sceau par-dessus son épaule d'un air intéressé.
— C'est vraiment du très bon travail, Yûhi-san. Je n'en comprends pas la moitié, mais j'aurais adoré pouvoir venir voir vos matchs à Kusagakure. Malheureusement, le bébé est prévu pour dans ces eaux-là, alors…
— C'est gentil, répondit la jeune fille d'une voix douce. Ne vous en faites pas, entre mes camarades et ma famille qui vient me voir, j'aurai plein de gens pour m'encourager là-bas. Konoha a totalement submergé le tournoi de cette année.
— J'ai entendu ça ! Mais c'est compréhensible, beaucoup de ninjas de votre génération auraient été promus après le dernier examen si Orochimaru n'avait pas gâché l'évènement.
Un sourire féroce joua sur les lèvres d'Hitomi. Au moins, elle s'était vengée pour ça, même si elle était morte quelques secondes dans le processus. Yûgao et elle échangèrent un regard complice, puis son aînée se redressa et enfila une paire de gants stériles tandis qu'Ensui refermait la blessure de son apprentie.
— Bien, il est temps de se mettre au travail maintenant ! Anosuke-kun, enlève ton haut et va t'allonger sur le ventre sur la table. Je vais t'endormir à l'aide d'une technique de ninjutsu médical pour que tu ne sentes rien, et tu auras une prescription d'antidouleurs pour la semaine qui vient.
Tandis que le garçon s'exécutait, Hitomi s'autorisa une pointe de soulagement. Elle n'avait aucune envie de voir son petit protégé souffrir, même pour la bonne cause. Une fois qu'il fut endormi, elle sentit distinctement l'afflux de chakra se couper dans le sceau grâce à ses méridiens sensibles. Tandis qu'elle s'asseyait à ses côtés, Yûgao se mit au travail. La tatoueuse commença par tracer les contours du sceau à l'encre bleu pâle, puis s'empara de sa machine et s'appliqua à remplir l'espace d'encre et de sang dans un faible bourdonnement monotone. Tout au long du procédé, Hitomi ne quitta pas ses mains habiles des yeux, et Ensui se tint derrière elle, une main sur son épaule frêle.
Cela prit plus d'une heure, mais c'était vraiment un court laps de temps par rapport à ce qu'on attendrait d'un tatoueur civil. La haute teneur en chakra de l'encre ainsi que la vitesse de travail des ninjas rendaient ce genre de travaux plus faciles et plus rapides à appliquer. Quand ce fut fini, Hitomi se redressa sur sa chaise. Son rôle à elle n'était pas terminé. Quand Yûgao eut essuyé toute trace d'encre bleue, la jeune fille fit danser ses doigts à travers une longue chaîne de mudra et appliqua fermement sa paume gauche au centre du tatouage.
— Ninpô Fûin : Contraction !
Sous la peau du jeune garçon, l'encre rougeâtre se rétracta lentement jusqu'à ne plus former qu'un petit motif autour de l'os à la base de sa nuque. Hitomi savait, pour l'avoir vu sur Sasuke, que cette partie d'un sceau était particulièrement douloureuse – elle était contente qu'Anosuke soit endormi et n'ait pas à la subir, à s'en souvenir. Elle vacilla légèrement quand le sceau eut enfin pris son apparence finale : la contraction ne demandait pas énormément de chakra, mais un tel contrôle de son esprit en était soudain épuisé. Dire qu'elle devrait bientôt recommencer…
— Yûhi-san, vous préférez que je réveille le petit d'abord, ou que je m'occupe de vous tout de suite ?
Le regard rouge d'Hitomi se posa sur la forme endormie d'Anosuke. Si paisible, si tranquille… Elle fit signe à Yûgao de le laisser dormir tranquillement et se dirigea sous ses indications vers une seconde table. Là, elle ôta son kimono de combat et sa chemise de mailles d'acier. Elle avait prévu des vêtements plus faciles à enfiler pour le retour, heureusement. Ensui détourna les yeux, l'air un peu gêné, mais ils avaient passé un an et demi sur les routes ensemble. Elle n'avait jamais eu honte de se trouver dans ce genre de tenue devant lui. Il ne la regarderait jamais comme ça, de toute façon, il préférerait se brûler les yeux.
Elle s'allongea sur le cuir froid mais confortable de la table tandis que Yûgao s'approchait. Elle avait préparé un deuxième pot d'encre qui ne contenait que le sang d'Hitomi, sans celui de son petit protégé, et le posa à proximité, là où elle pourrait facilement recharger son pistolet en liquide. D'une main sûre, la jeune femme traça les contours du sceau qu'Hitomi voulait sur la peau de son ventre – pour le concevoir, elle avait tenu compte de la cicatrice que Zabuza lui avait infligée lors de leur combat au Pays des Vagues. Ensuite, le pistolet se mit à bourdonner et la jeune kunoichi laissa son esprit dériver. Elle savait qu'elle était entre de bonnes mains.
Elle percevait bien entendu la douleur, comme une discrète nuisance en bordure de ses sens, mais elle avait des choses plus importantes à faire que de perdre son temps à se concentrer dessus. Elle ferma les yeux, s'enfonça dans sa Bibliothèque et se pencha sur ses plans concernant le Tournoi. Avec ce sceau, elle développait l'un de ses atouts jusqu'à un stade ridicule, ce qui n'était pas pour lui déplaire, mais elle ne pouvait pas compter uniquement dessus.
Pour son premier combat, elle utiliserait très certainement un coup spectaculaire. Elle n'avait pas aimé la façon dont le garçon d'Amegakure lui avait parlé après la première épreuve, et une humiliation en règle lui semblait à l'ordre du jour. Mais ensuite… Ensuite, elle affronterait sans doute Hinata, et ça, ce serait difficile. Elle ne pouvait rien choisir de trop violent, de trop dangereux, de trop mortel, mais en même temps, elle ne pouvait pas y aller de main morte, sans quoi ni l'une ni l'autre ne trouverait l'occasion de briller devant les dignitaires étrangers venus assister à l'examen.
Elle n'était même pas sûre de pouvoir battre Hinata si elle n'utilisait que son sabre, ses ombres et son Shunshin. Elle l'avait vue affronter leurs pairs récemment, s'était entraînée avec elle à l'occasion. Quelque chose s'était durci à l'intérieur d'Hinata depuis le premier examen Chûnin six mois plus tôt, et brutalement épanoui durant l'invasion. Elle était redoutable désormais, encore plus qu'elle ne l'avait été alors.
Mais elle devait partir du principe qu'elle vaincrait, et planifier ses combats pour les potentiels adversaires suivants. Un par un, elle contempla l'éventualité d'affronter ses amis, ne doutant pas un instant qu'ils battraient leurs adversaires étrangers. Elle était vraiment, vraiment inquiète de tomber sur Lee. S'il affrontait Kiba, il était pratiquement certain de gagner – dans un combat de taijutsu brut, le plus fort ou le plus rapide l'emportait et il était les deux à la fois. Mais si c'était Neji… Elle n'était même pas sûre de pouvoir prédire l'issue d'un tel combat. Heureusement, il était de l'autre côté de l'arbre de répartition des combattants. Autrement dit, si elle l'affrontait, il ne serait pas son problème jusqu'à la finale.
Un frisson d'anticipation courut dans toute sa Bibliothèque alors qu'elle s'imaginait en finale – et peut-être, peut-être gagnante du tournoi. Comme cela ruissellerait sur son clan tout entier ! Shikaku serait fier d'elle quoi qu'elle fasse, mais… Mais c'était tout autre chose, un tout autre niveau, et elle le voulait. Pas au point de sacrifier ses amis, de les écraser comme elle écrasait ses ennemis, mais pas loin… Pas aussi loin qu'elle l'aurait voulu, elle devait l'admettre.
Elle avait toujours eu soif de gloire.
Heureusement, elle se savait capable de se canaliser. La gloire l'attendrait quoi qu'elle fasse, quel que soit le chemin qu'elle choisirait. Son talent en Fûinjutsu lui assurait au moins cela. Elle n'était encore qu'une Genin, elle avait le temps de se faire un nom. Sur cette pensée gorgée de satisfaction, elle rouvrit les yeux. Le bourdonnement de la machine s'était arrêté et Yûgao ôtait ses gants, satisfaite. Pendant qu'Hitomi méditait, Anosuke s'était réveillé et explorait ses nouveaux sens, tournant la tête en direction des mouvements qu'il parvenait à percevoir.
Lentement, Hitomi se redressa. Son ventre brûlait, une douleur douce et discrète, comme une caresse sur ses sens. Ensui l'aida à se stabiliser en position assise, le dos bien droit pour présenter une surface de peau lisse et ne pas perturber la rétraction du sceau. Avant d'effectuer la technique, elle observa l'excellent travail de la tatoueuse sur sa peau. Chaque détail du sceau qu'elle avait composé s'y retrouvait, chacun empreint d'une beauté froide et paisible. Satisfaite, Hitomi malaxa son chakra et se prépara à lancer la technique.
— Ninpô Fûin : Contraction des Cinq Élément !
Cette technique était une variante de celle qu'elle avait utilisée sur Anosuke, et sans doute une pièce maîtresse de son travail autour du fûinjutsu à ce jour. Elle serra les dents pour ne pas gémir tandis que les longs traits d'encre s'enroulaient au-dessus de son nombril, contractés jusqu'à former un anneau central et cinq autour de lui, connectés à celui-là et à ses deux voisins. Quand la douleur se fut estompée – la peau était toujours rouge et sensible là où le pistolet avait fait rentrer l'encre à l'intérieur de son corps – elle respira quelques fois profondément pour éclaircir ses pensées puis commença à malaxer du chakra neutre et le dirigea vers l'anneau central. Aussitôt, les deux kanjis pour « universel » apparurent dans le cercle noir, et Ensui retint son souffle en le remarquant.
— C'est donc bien un sceau de stockage de chakra…
— O-oui. Il me sera utile pendant le tournoi, pour ne pas m'épuiser inutilement. Je compte utiliser énormément de Shunshin, la Manipulation des Ombres, donner du chakra à mes chats pour leurs propres techniques… Je ne peux pas me permettre de tomber à court en plein milieu d'un combat, ou même de me reposer sur les pilules, qui troublent le contrôle.
— Et donc, chaque cercle pour une affinité ?
— Hm hm. Mais je ne peux pas encore les remplir tous, seulement celui de l'eau et le neutre. Pour celui de la foudre, j'en serai sans doute capable quand j'aurai maîtrisé l'affinité, et pour les autres… C'est plutôt au cas où.
Après un instant d'hésitation, Ensui laissa jouer sur ses lèvres un de ses rares sourires et caressa les cheveux de son apprentie. Il eut du mal à cacher sa fierté tandis qu'il la regardait se rhabiller d'un œil discret. Qu'est-ce que ce serait quand elle aurait examiné les trésors qu'ils avaient récupérés dans la cache de Tobirama… Il l'aida à se redresser puis la relâcha. Elle n'avait pas besoin de son aide, même si elle évitait de toucher son ventre, maintenant caché par le t-shirt le plus large et le plus lâche de sa garde-robe… Un de ceux qu'Ensui avait fini par lui laisser à force de se le faire voler la nuit, des années plus tôt. Dire qu'elle était toujours minuscule à l'intérieur de ses vêtements…
— Anosuke-kun ? Il est temps qu'on y aille. J'ai envoyé un message à Shino et Hinata ce matin, Sugi-kun et Hanabi-chan t'attendent pour un entraînement.
Tandis que le jeune garçon trépignait d'impatience à ses côtés, la jeune fille se dirigea vers Yûgao qui s'était assise derrière le comptoir, une main caressant son large ventre. Un univers tout entier d'affection et de tendresse dansait dans ses yeux. Hitomi lui souhaitait sincèrement tout le bonheur que le monde avait à offrir à une mère en devenir.
— Uzuki-san ? Combien je vous dois pour les deux tatouages ?
La jeune femme se redressa un peu et balaya l'idée d'une main négligente, un sourire rayonnant aux lèvres.
— Absolument rien ! Je n'oublie pas que vous avez sauvé Hayate. Sans vous, je devrais élever notre fille toute seule. Considérez que tous les tatouages que vous voudrez vous seront offerts, jusqu'au dernier.
Éberluée, Hitomi posa sur son interlocutrice un regard perçant. Non… Elle ne mentait pas. Elle avait sincèrement décidé de lui offrir tous les tatouages d'une vie. Eh bien… Hitomi n'allait pas refuser. Elle s'inclina pour remercier l'artiste, puis se dirigea vers la sortie, tenant Anosuke par la main. Il aurait voulu grimper dans ses bras, mais avec la vague douleur dans son ventre, elle avait préféré éviter. Les antalgiques, censés fatiguer l'enfant, semblaient au contraire lui avoir donné encore plus d'énergie : il tirait sans cesse sur le bras de sa protectrice, comme pour la convaincre d'avancer plus vite. En vain… Elle était toujours une Nara, après tout.
Elle laissa Anosuke en compagnie de ses deux amis et de leurs frères et sœurs aînés, bien consciente qu'ils seraient surveillés de près. Hinata et Shino s'entraînaient ensemble pour le tournoi, elle le savait. Hitomi aurait sans doute fait de même avec Naruto et Sasuke, s'ils avaient été là. Quant à Sakura et Karin, c'était Tsunade qui s'occupaient d'elles, comme de juste. Une fois l'enfant entre de bonnes mains, elle se dirigea vers Ichiraku Ramen, Ensui marchant toujours dans ses pas comme un limier particulièrement menaçant. Ils mangèrent rapidement, puis se dirigèrent vers le terrain d'entraînement numéro trois.
L'endroit avait bien changé depuis qu'Hitomi avait été nommée Genin. Oh, bien sûr, un fleuve courait toujours dans la partie ouest du terrain, couverte d'une forêt dense, et trois poteaux marquaient toujours le centre de la clairière où se dressait le Monument des Héros, mais on voyait que des gens s'étaient entraînés là sans se ménager. La terre était marquée de plusieurs cercles d'herbe brûlée, là où les pièges d'Hitomi se déclenchaient au moins une fois par exercice de survie. Des cratères ponctuaient également un sol qui avait jadis été plus ou moins lisse, aux endroits où elle avait utilisé des explosifs. Et ce n'était là qu'une partie des cicatrices qu'elle avait infligées à leur cher terrain d'entraînement…
— Yo ! salua Kakashi d'une voix traînante. Prête à botter des culs ?
Hitomi eut un temps d'arrêt en le voyant quitter sa position avachie contre un tronc d'arbre et se redresser, tout en membres longs et fausse paresse. Personne n'aurait été assez stupide pour penser qu'un Jônin était apathique et inoffensif – en fait, Kakashi semblait même encore plus menaçant comme ça. Il s'approcha, son œil s'attardant sur le ventre d'Hitomi. Il sentait toujours l'odeur du sang et de l'encre, voire même la construction de chakra qui à présent se lovait autour de ses méridiens.
— Le premier d'une longue collection, hm ? Bref, viens par ici, Hitomi-chan, on va travailler sur ton ninjutsu aujourd'hui.
Une étincelle d'excitation remontant le long de sa colonne vertébrale, Hitomi s'exécuta. Elle se plaça en posture de garde, les yeux rivés sur Kakashi. Un rictus se forma sous le masque que le Jônin portait en permanence tandis qu'il l'imitait lentement sous le regard amusé d'Ensui.
— Aujourd'hui, je vais t'apprendre une nouvelle technique Suiton qui fonctionnera bien en combinaison avec du Raiton quand tu seras prête pour ton affinité secondaire.
Il fit la démonstration de la séquence de mudra nécessaire à la formation de la technique, puis elle sentit son chakra déferler dans l'air. Elle se força à rester immobile : pour les techniques qui ne causaient pas de blessures directes, Kakashi croyait à l'apprentissage par l'expérience. Au vu de ses compétences générales en termes de pédagogie, qu'il se soit choisi une méthode d'enseignement attestait déjà de sa bonne volonté.
— Suiton : Les Chaînes Limpides !
Il tendit les bras vers elle et cinq longues chaînes jaillirent de chacune de ses manches. Elles s'enroulèrent autour du corps tendu d'Hitomi et serrèrent jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus bouger. Kakashi maintint la technique encore quelques secondes puis la libéra, le rictus de retour sur ses lèvres.
— Est-ce que je dois vraiment t'expliquer ce qui se passerait si tu créais des chaînes d'une main et une technique Raiton d'une autre main ?
Il dut refréner un mouvement de recul quand elle leva sur lui un regard brillant et féroce assorti d'un sourire vicieux. Il avait créé un monstre… Mais son petit monstre. Et celui d'Ensui. Et de Kurenai bien entendu. Et de Shikaku et Asuma, en quelque sorte… Uh, la gamine était vraiment submergée d'adultes, bien plus que n'importe lequel de ses pairs. Un sourire amusé et affectueux sur les lèvres, il s'avachit dans l'herbe et lui fit signe de s'asseoir en face de lui. Ensui, lui, alla s'installer sur la branche la plus basse d'un arbre en bordure de la clairière et dégaina un livre. Les rôles avaient été inversés, mais Kakashi ne put que s'en amuser.
— Écoute attentivement, dit-il de sa voix la plus docte. Le chakra doit suivre un chemin très précis dans tes méridiens, surtout si tu veux utiliser la technique d'une seule main…
Tandis qu'Hitomi levait sur lui un regard avide de savoir, Kakashi comprit ce qu'Ensui avait essayé de lui expliquer plus d'une fois, sur le bien-être profond qu'on ressentait en transmettant ses connaissances à une enthousiaste nouvelle génération. Minato-sensei aurait appelé cela « le chemin de la Flamme de la Volonté ». Peu importait le nom qu'ils donnaient à ce phénomène, vraiment. Kakashi voyait ce qui pouvait motiver certains esprits à vivre pour ces instants.
Il avait envie de ressentir cela, lui aussi.
