Playlist

« Who we are » Lifehouse

« For the first time » The Script

« Absolute » The Fray

« Medecine » New hope club

« Salt and the sea » The Lumineers

« Hey Jude » Imaginary Future

Chapitre n°11

Point de vue d'Aodhan

« Ce n'est pas de ma faute si tu n'es pas assez rapide ».

« Jouer avec les ombres, c'est le secret ».

« Tes ailes noires sont plus dissimulables la nuit que les miennes. Et tu es trop rapide pour nous tous » me plaignis-je tout en lançant un regard noir à Jason et à mon meilleur ami.

Nous entrons dans l'atmosphère sombre du bar en question. Il est rare que Jason se joignent à nous. En général, il est en mission dans une partie du monde. Je suis content qu'il n'ai pas refusé de boire un verre avec nous ce soir. Après tout, c'est bien de se retrouver en dehors de la Tour parfois. Ne pas évoquer les sujets délicats traités au sein de la Tour dans un endroit public au risque que des gens les entendent et ce n'est pas le but. Nous surveillons nos paroles en toutes circonstances.

Nous avons eu l'idée de venir ici, à l'Erotique. Non seulement le bar new-yorkais favoris de notre ange bleu préféré mais aussi le plus discret. Donc aucune chance d'être pris à part par un dangereux vampire assoiffé ou un ange complètement fou.

Quoiqu'il en soit, je me sens bien dans cette ville. Les galeries d'art sont mes endroits préférés. Mais je ne peux pas me permettre de me mêler aux autres humains alors je me contente de celles situées non loin de la Tour où il y a peu de monde. Je n'ai pas le contact social facile. Une fois que j'accorde ma confiance à quelqu'un c'est limite pour la vie. Je connais mon meilleur ami depuis l'enfance, autant dire des siècles et il a toute ma confiance. Quant aux autres Sept, je leur donne aussi ma confiance. En cas de problème, j'irai toujours voir mon meilleur ami en premier. Si je perds Illium je ne suis plus le même ange. Il est vrai que nous sommes un duo soudé. L'un sans l'autre, ça n'a pas le même sens. Nous avons passé plus de temps ensemble que n'importe qui parmi les autres Sept. Se connaitre depuis l'enfance a des avantages. Mes parents se sont demandés s'ils ne voulaient pas adopter Illium a un moment donné ou demander une garde alternée en accord avec ses parents. C'est une idée qui a circulé à la maison et qui faisait rire. Je doute que ma sœur ait approuvé l'idée à l'époque. Elle est beaucoup plus âgée que moi. Nous ne sommes pas proches, nos caractères opposés entre autre et les sept cent ans de différence ne facilite pas forcément les liens fraternels. Je ne parle pas beaucoup d'elle. Excepté à Ellie une fois à Lumia. C'est exceptionnel que j'ai évoqué ma sœur. Je ne suis pas l'ange le plus sociable ni le plus extraverti du monde. Je suis très réservé. J'ai l'air de me méfier des gens. On me prête un air hautain. J'ai envie de rire face à cette remarque improbable mais je ne peux pas en vouloir aux gens. Ils ne voient pas ce qu'il se cache derrière ma carapace. On ne voit qu'un ange brillant, idem pour l'ange complètement fou qui a mis la main sur moi pendant deux ans, les deux années les plus longues de ma vie. Mais c'est du passé. Je suis au sein de la garde rapprochée d'un Archange maintenant, je vis grâce à mon art qui est reconnu et c'est une chance inouïe.

« Je t'ai déjà dit que tu ferais un très bon espion Aodhan et de ma part c'est un compliment ».

Comme si c'est le bon moment de faire de l'ironie. Mes ailes se verraient à des kilomètres à cause de la réverbération de la lumière. Tu parles de la discrétion. Se faire repérer facilement et être servi sur un plateau d'argent à un ennemi non merci. Je laisse Jason le faire. De toute façon, c'est le meilleur. De sa part, je ne le prends pas directement pour moi. Mes ailes me trahissent toujours. Une fois j'ai eu l'idée de les teindre. Ce fut une mauvaise idée. Je ne relève pas le pique ironique que l'ange aux ailes noires m'envoie. Il m'a dit une fois que je ferais un très bon espion. Il ne le dit jamais. Le « très » est important. Il faut le préciser. Ma discrétion est une qualité indispensable. Sur ce terrain, je suis le numéro un à la Tour. Il est vrai que ce compliment a regonflé mon égo. Je ne suis pas pour autant près à subir la formation intensive de Jason. Je l'apprécie beaucoup, nous sommes tous comme des frères mais sur le terrain il est redoutable. D'un côté, je suis sûr que ma discrétion sera utile à quelque chose. Garder les secrets est ma spécialité mais qui les gardent pour moi ? À part mes proches. Jason a l'habitude de rapporter la moindre information à Raphaël ou Dmitri, tout dépend de la nature de celle-ci. Pourtant je ne me sens pas aussi proche qu'avec Illium. Nous nous connaissons depuis l'enfance et le fait est que nos caractères sont opposés. Lui est confiant, spontané, malicieux, drôle et moi réservé, préférant être seul qu'avec les autres anges de notre classe, préférant mes pinceaux et mes crayons. Alors que nous n'avons pas perdu une seconde depuis cinq siècles. Il m'a aidé à m'ouvrir davantage aux autres et à ne pas rester dans mon coin toute ma vie. J'ai réussi à aller au-delà de ma zone de confort. Grâce à lui et sans sa présence, rien ne sera pareil alors je me dois de l'aider du mieux possible à remonter la pente. Il faut l'admettre, il m'a aidé. Quand j'étais au plus mal, j'ai quand même eu le réflexe de murmurer son nom. J'ai murmuré « Campanule ». Ce simple mot a changé beaucoup de choses, il a redonné de l'espoir à mon meilleur ami qui me voyait perdu, sans repère et manipuler tel un pantin par un soignant. D'un autre côté ce mot a redonné de l'espoir à l'ange bleu.

L'ange bleu est en train de boire une gorgée de son verre commandé plus tôt, la même boisson pour nous trois. Le voir dans un état de détresse, près à exploser comme un feu d'artifice aux yeux de tous fut le moment le plus horrible de ma vie. Je ne peux pas oublier cette triste soirée. Il a été là dans les pires moments de mon existence, quand cet ange fou a décidé de me kidnapper. J'ai bien cru y rester. Raphaël ne m'a pas laissé tomber. J'ai mis deux siècles à remonter la pente, au sens physique comme au sens psychologique du terme parce que franchement mon état était pitoyable. Je suis heureux que mes plumes aient repoussées rapidement. La présence des autres Sept, celle d'Illium m'a été indispensable. Galen est venu me chercher tous les jours chez moi pour que je sorte dans un premier temps et que je me remette à l'entrainement afin de me remuscler et ne pas perdre mes capacités physiques. Il a été d'une patience exemplaire alors que tout en moi n'était que tristesse, désespoir et sans perspective d'avenir. Il lui a fallu du temps et du mérite pour m'aider. Il n'a pas hésité. Je suppose que quelque chose entre nous s'est tissé à partir de ce moment-là. Galen sait que je ne suis pas le plus bavard des Sept. Ma créativité s'est révélée être mon moyen d'expression le plus concret à cette époque et encore aujourd'hui. J'aime y être, sentir l'odeur de la peinture, regarder mes carnets à dessins. Tout mon matériel y est stocké. Même mes prototypes de sculptures non terminés. D'ailleurs, il faut que j'envoie des dessins à Lumia. Si mon ange bleu préféré l'apprend, il m'étripe en une minute. Il ne supporte pas cette ville. Il faut dire que l'ange qui m'a manipulé comme un pantin après que l'on m'est retrouvé vient de cette ville. Ce guérisseur était nocif. Alors cela rappelle forcément des souvenirs douloureux. Mais je ne peux pas refuser une opportunité pareille, Lumia a un musée incroyables rempli d'œuvres rares et faire partie de la collection est une chance. Je le fais juste par amour de l'Art. Je déciderais plus tard si je les envoie ou non. Après tout, j'ai le droit à la réflexion.

Illium a été là dans les pires instants de ma vie comme je l'ai dit un peu plus tôt et ces temps-ci, j'ai l'amer sensation de me retrouver en situation d'impuissance. À mon tour de me retrouver dans cette position délicate. Moi le regardant souffrir intérieurement sans savoir comment soulager son esprit embrumé. Le laisser dans cette situation me fait mal. Il ne doit pas s'en soucier pour le moment car il a trop de choses à penser et c'est normal je ne lui en veut pas. Les autres ont ce pressentiment aussi. Je partage quelques unes de mes inquiétudes avec eux. En parler me fait du bien. Ce soir, j'espère creuser un peu plus le sujet sachant que Jason a accepté de passer la soirée avec nous. C'est un allié non négligeable.

« Tu me verrais en tant qu'espion ? ».

« Pourquoi pas, ta discrétion fera forcément la différence par rapport à un autre ange ».

« Merci Jason ».

« Il brille trop » intervient l'ange bleu.

« C'est le seul problème ».

« On ne peut pas tout avoir » dis-je pour me défendre.

Oui. Je suis brillant. Sous les illuminations new-yorkaises, c'est plus facile de me fondre dans le décor. Cela m'a une fois valu un enlèvement pendant deux ans. Je m'en souviens encore. Parfois, on a envie de mettre sa vie sur pause. Ne serait-ce qu'une seconde pour respirer. Durant ces deux ans de captivité j'aurais aimé pouvoir le faire. Disons que c'est une histoire horrible qui malheureusement me pèse encore sur la conscience. Vous voyez, c'est pour ça que l'éternité est pesante. Les humains sont baignés dans une sorte d'idéologie à ce sujet. Les vampires sont décrits dans la littérature comme des monstres, dans les films je n'en parle pas ce sont des machines à tuer dans aucune conscience et ils avalent cette vérité. Non l'immortalité n'est pas ainsi. Si des gens le pensent, je n'ose imaginer l'image que cela renvoie pour nous et pour les vampires. En tant qu'anges, nous avons toutes les descriptions possibles et inimaginables, aussi belles soient-elles. Dans cette ville, nous sommes autant craint que pris de fascination. Les vampires que je côtoient tous les jours à la Tour: Venin, Dmitri et Naasir n'ont pas eu le choix. Devenir une dangereuse créature nocturne s'est imposée. Ce sont trois incroyables vampires. Des gens à connaître une fois dans sa vie et j'ai cette chance. D'autres comme Janvier et Ash sont tout aussi attachants. Il est vrai que depuis l'arrivée d'Elena dans la vie de notre Archange, les choses ont changé. Elle a su nous lier plus qu'avant et nous rendre un peu plus vulnérable vis-à-vis des humains par exemple. Nous comprenons un peu plus leur vie, leurs attentes et leur manière de concevoir les choses. Le fait de travailler avec les chasseurs de la Guilde est une chance supplémentaire de mieux les connaitre et d'unir nos savoirs faire. Merci Elena. Sa présence m'intrigue aussi. Non que je n'ai jamais vu un humain de ma vie, loin de là j'ai quand même cinq siècles d'existence. Des femmes comme Elena, il n'y en a pas beaucoup. Qui plus est, une femme capable de tenir tête à Raphaël et surtout une femme qui n'a pas pris peur à peine le pas de la porte de la Tour franchie. C'est un exploit de sa part. Elle m'a suggérer de ne pas me morfondre, comme j'en ai l'habitude et c'est une mauvaise habitude. Elle a raison. J'ai des amis incroyables, une vie hors norme, un Archange que je peux compter comme ami. Alors oui je suis reconnaissants. Je laisse Jason être le maitre espion numéro un. Il est le meilleur pour ça. Je sais qu'il se soucie plus des autres que de lui-même.

Je ne veux pas souffrir. Je ne veux plus souffrir. J'ai aussi envie d'hurler de cesser de parler de Lijiuan. Son nom a suffisamment fait de mal autour de nous. Mais je ne veux pas interrompre la discussion de mes deux amis angéliques. Quand je les regarde, je me dis que l'un deviendra un futur Archange (même s'il n'aime pas l'entendre) et le second est l'espion numéro un tant convoité d'un Archange. On peut dire que mon environnement est atypique. J'en suis conscients et reconnaissants. Seulement je ne veux pas m'arrêter à ça. Je pense que mon ami le pense aussi. Il ne doit pas penser sans arrêt à ce futur qui l'effraie et qui nous effraient tous. Après tout si l'un d'entre nous est amené à vivre un destin d'Archange pourquoi pas un second ? Ce serait impossible, il n'y en a qu'un. Un ange sur je ne sais combien dans le monde. Comme si quelqu'un d'extérieur a misé sur lui, une sorte de prédestinée décidée à l'avance. J'imagine cette personne ayant un sourire en coin sur les commissures des lèvres. Elle sait que l'avenir sera particulier et radieux pour cet ange aux ailes bleues que je connais depuis cinq cent années.

« Tu penses à quoi ? » me demande mon meilleur ami aux ailes bleues.

Nous avons quitté le bar après une bonne soirée à discuter, à rire aux plaisanteries de l'ange bleu. Jason est rentré directement chez lui.

Cela fait une demi heure que nous sommes sur le toit de la Tour. Sans dire un mot, on contemple le paysage nocturne de la ville. Rien ne semble perturber cette soirée. Mon ami ailé ne semble rien percevoir de plus de plus que le calme qui règne sur la ville de verre et d'acier. Tant mieux, il ne se soucie plus des problèmes causés par l'Archange de Chine. Qu'il profite de l'accalmie. Je le regarde sans savoir quoi répondre à sa question. Je pense à beaucoup de choses. Rester dans le silence est ma façon de me protéger. parfois, ça ne convient pas aux autres. Mais avec des personnalités comme Galen, Jason et moi on peut dire que l'on se complète très bien. Nos personnalités sont similaires et c'est aussi ce qui joue en notre faveur. La discrétion est une clé importante, notamment pour notre ange aux ailes noires préféré capable de se faufiler comme une ombre sur n'importe quel territoire de la planète.

« Tu penses à quelque chose de grave, je le sais Strass » ajoute t-il sans réponse de ma part.

Il a deviné. Difficile de cacher ses émotions avec lui. Il devine tout. Le soucis est que je ne souhaite pas gâcher cette soirée. Il est calme. Nous avons passé un bon moment avec Jason. Remuer le couteau dans la plaie ne sert à rien. Le regard d'Illium change pour un air malicieux comme je le connais. Il se lève, part une seconde et revient avec une balle blanche brodée à la main. Il a envie de me remonter le moral en jouant encore au baseball. Pas d'orage ni de pluie à l'horizon, ce sont des conditions météorologiques et LA condition pour jouer en toute tranquillité et en toute sécurité ce soir. Au cas contraire, la réponse aurait été négative tout de suite. Le soir où un éclair lui a brûlé la peau a suffisamment été impressionnant pour recommencer. Je me laisse prendre au jeu. Sa présence suffit pour que le sourire se dessine sur mes lèvres. Il a une aura. J'espère m'ouvrir davantage au fur et à mesure du temps, des siècles qui se présentent à moi. Ce sera un jour important je pense. Surtout celui où Illium deviendra un Archange. Qu'il le veuille ou non, ce sera son destin. Il a de l'ambition. Même si ce n'est pas ce qu'il l'aspire actuellement, je pense qu'il changera d'avis le jour venu.

« Non » tentais-je de dire. « Je suis fatigué ».

L'excuse la plus facile. De plus, il m'a vu travailler avec Galen aujourd'hui alors j'ai une bonne raison de vouloir aller dormir quelques heures. Je suis confronté à son air joyeux alors je ne peux pas lui dire non pour jouer au baseball ce soir. On ne peut pas lui dire non. Il lance la balle joyeusement comme il sait le faire et au bout de deux minutes de jeu, je me prends au jeu moi aussi. Il a l'art de communiquer sa bonne humeur en toute circonstance. Un atout. Alors je ne discute pas et vole aussi vite que possible pour attraper la balle blanche en premier. Sauf qu'une sorte de flash blanc me perturbe et la balle menace de m'échapper des mains. Je reconnais ce petit ange au visage de poupin, digne de Cupidon.

« Passe moi la balle » cri t-il pour se faire entendre.

Izak a dû apercevoir la balle voler depuis la fenêtre de sa chambre. Cet ange est surprenant. Il se prête toujours au jeu. Illium lui lance la balle. L'ange blond l'attrape en affichant un sourire joyeux sur le visage. On ne l'a pas vu sourire beaucoup pendant l'année où nous avons été pris par la Folie de Lijuan. Il est trop jeune pour être dans une sorte de sommeil réparateur (dans tous les sens du terme, l'Anchara) alors il a souffert pendant des mois en attendant que ses os ne repoussent. Il nous a vraiment inquiété durant tout le processus de reconstruction mais on ne voit pas suffisamment en lui l'ange fort qu'il deviendra au fur et à mesure du temps. Izak n'en ai qu'a son premier siècle de vie et si Galen voit en lui un puissant potentiel ce n'est pas pour rien. Notre ange préféré manie les armes comme personne mais Izak peut se révéler assez redoutable. Je pense que dans les prochaines années, les autres anges du Refuge peuvent le craindre un peu plus.

Le petit ange blond me regarde et lance la balle en ma direction. Nous continuons ainsi durant vingt minutes. Ce laps de temps fut nécéssaire pour me changer les idées et chasser un moment les inquiétudes que j'ai envers mon meilleur ami. Cette inquiétude ne m'a pas quitté depuis sa fameuse chute dans les airs. Ce soir-là, j'ai vraiment eu la peur de ma vie. C'est probablement étrange de dire ça au sujet de son ami d'enfance. Illium est comme un frère. Nous avons un lien fraternel indéniable. Personne ne peut le contester. Je pense que c'est surprenant quand on voit nos deux personnalités contradictoires. Elles ne le sont pas totalement, c'est juste que je ne me dévoile pas tout de suite. Je dois accorder ma confiance avant et être certain de ne pas être manipulé ou utilisé comme un jouet par exemple. J'aperçois Izak qui tente de rattraper Campanule et la scène me fait vraiment rire. L'ange est centenaire, il n'a pas encore vécu beaucoup de choses mais sa bonne humeur fait chavirer le cœur de tout le monde ici. Izak est attachant. Je pensais qu'il se reposait après la journée d'entrainement passée avec Galen et visiblement, il est encore plein d'énergie. Cet ange est surprenant. La partie de jeu reprend de plus bel. L'ange blond a abandonné l'idée de suivre l'ange bleu qui est bien trop rapide pour lui (pour nous tous, on ne peut pas le suivre du regard à une telle vitesse mais je sais bien qu'il en joue. On dirait une étoile filante). On ne peut que le regarder. Planté là sans savoir quoi faire et rire face à la situation.

« Izak attention ! » criais-je pour qu'il se ne prenne pas un mur.

L'ange en question menace de se prendre la tête dans une vitre. Il est incorrigible. La balle ne lui échappe pas des mains pour autant. Il est aussi déterminé que moi à marquer un point. Deux contre un seul ange n'est pas très juste mais l'échange de regard avec Izak me fait comprendre sa stratégie. Nous nous mettons en place selon les règles du jeu et Illium rit face à notre intention première. Je ne peux pas lui en vouloir. Nous avons un avantage minime face à un ange aussi rapide que lui mais nous tentons notre chance quand même. Mon cher ami blond annonce la couleur en lançant la balle un peu trop fort. Elle atterrit quelque part et on ne sait pas où. Je fronce les sourcils face à la situation. Illium finit par éclater de rire. Izak rougit tellement il est gêné. Le pauvre ne sait plus ou se mettre. La balle a dû atterrir sur un toit d'un immeuble ou alors dans une baie vitrée, ce qui serait problématique. J'imagine la réaction de la personne qui reçoit une balle de baseball chez elle et la situation est assez atypique pour que je rejoigne Illium dans son fou rire. Moi qui n'ai pas prévu ça. J'ai pitié d'Izak maintenant. Le pauvre a voulu s'amuser. La partie prend fin. Tant pis, la prochaine fois on fera plus attention au petit ange blond qui se révèle être un cupidon plein de ressources.

« Alors je ne m'attendais pas à ça » intervient Illium.

« Moi non plus » ajoute l'intéressé.

Je ne préfère pas être confronté à la personne ayant reçu cette balle mais personne ne viendra se manifester. Surtout s'il s'agit d'un humain; il devinera tout seul que des anges aiment jouer au baseball dans les airs. Les gens apprécient la vue d'en bas et en jetant un coup d'œil, un petit groupe de personnes s'est formé depuis un moment sans doute et n'ont pas perdu une miette du lancé de balle d'Izak. Une fillette tient une feuille de papier. Cela m'intrigue un peu parce que le dessin représente un ange. Mon voisin blond descend vers la petite fille. En général, on ne se pose pas sur le sol terrestre. Notre nature fait que l'on ne peut pas se mêler à la population humaine. Seule exception est que les vampires nous côtoient sans problème et nous sommes entourés de vampires à la Tour. Je surveille l'ange blond au cas où il est nécéssaire d'intervenir. Non que je ne fasse pas confiance à une enfant, j'ai l'habitude et le réflexe de rester sur mes gardes. La petite fille regarde Izak les yeux écarquillés. Quant à moi j'ai l'impression de ne pas être là. Il est évident que face à un Cupidon, on ne peut rester indifférent. Les gens ne s'amassent pas sur nous non plus et je dois dire que c'est agréable de ne pas se sentir épié. Les gens ont besoin de nous connaître un peu plus. Protéger la ville n'est pas que se battre contre un ennemi. Ce n'est pas non plus faire preuve de fermeté sous la couverture d'un Archange. L'âme d'un ange non corrompu ou torturé est pure. Partager des instants avec des gens n'est pas une mauvaise chose. Je pense que nous devrions songer à en faire davantage à l'avenir. Depuis que Lijuan a tenté de détruire la ville, les pertes nous ont tous affecté. Peut-être à des degrés différents mais dans le fond, nous sommes dans le même bateau. La manière dont Izak prend délicatement le dessin des mains de la petite fille, la manière dont elle le regarde me fait penser qu'il y a encore de l'innocence dans l'air. Elle est simplement fascinée par un ange. Qui ne le serait pas ? Qui ne l'est pas ? Nous avons des légendes qui captivent des gens. Nous sommes des êtres ailés qui donnent une impression de confiance, du moins dans les yeux d'un enfant.

« Je t'ai dessiné ».

« Oh » sourit Izak en regardant le dessin plus en détail. « J'ai l'air d'avoir de plus grandes ailes, ton dessin est très beau merci ».

« Inès ».

« Izak » se présente t-il.

« Son égo va se multiplier » intervient Campanule.

« Pas plus que le tient » riais-je.

« Hé ».

Il ne le prend pas au premier degré. Encore heureux mais son égo a fortement diminué. Quand il est arrivé à New-York, son égo fut assez élevé. Au final on se rend compte qu'il s'agit d'une carapace le concernant. Cet ange est bien plus que ça quand même. De même pour moi, je suis plus qu'une personnalité soit disant « froide », « distante » et « asociale ». Il faut aller au-delà des apparences et creuser un peu avant de juger. Une leçon à rappeler pour tout le monde. Je ne veux pas déranger Izak, la petite fille le regarde avec des grands yeux et c'est la chose la plus adorable du monde. Rare sont les fois où l'on rencontre des enfants sans provoquer une émeute. On peut se permettre de profiter de ce moment calme encore une minute. Izak remercie Inès du dessin. Il est visiblement touché de l'attention qu'on lui porte. Il est rare qu'un enfant reconnaisse un ange tout de suite mais les traits de notre Cupidon sont très bien réalisés.

« Je suis désolé mais il est temps pour nous de partir ».

Je ne veux pas briser ce joli moment mais Dmitri va se poser des questions sur notre absence prolongée, surtout en compagnie d'humains. Nous ne pouvons rester plus longtemps. La petite fille ne semble pas aussi triste que je le pensais. Au contraire, elle le prend bien. Elle lève les yeux vers moi et sans comprendre pourquoi je me retrouve avec un dessin dans les mains, cette fois-ci à mon effigie. Je ne m'y attendais absolument pas. Les détails sont bien réalisés, un peu trop de paillettes à mon goût.

« Je n'ai pas oublié les paillettes, tu es plus brillant en vrai ».

« Merci beaucoup » dis-je touché par l'attention de cet enfant.

Je ne reçois pas autant d'attention que les autres anges mais ça me fait plaisir. De plus, je suis heureux de rencontrer l'auteur d'un dessin, une autrice adorable. L'attention est la plus adorable du monde. Rare sont les fois où l'on prend le temps de me dessiner et je me demande par quel moyen, Inès a réussi à le faire. Mais je préfère me laisser le bénéfice du doute, des images dans la presse ont dû suffire. Autant lui laisser l'imagination. Je suis heureux d'avoir fait office de modèle sans le savoir. Au moins, Campanule n'est pas le seul. Moi jaloux ? Non. Juste que c'est gentil d'être apprécié par les gens. En tout cas, être dessiné par une enfant est gratifiant. Je dois mettre fin à la sympathique conversation avec Inès et ses parents qui l'accompagnent.

Aussitôt arrivé à la Tour, je me rends à l'étage où se situent toutes les chambres des Sept. La mienne est à droite, non loin du hall qui donne sur une vue imprenable de la ville. Quand je ne peux pas dormir, je viens m'asseoir sur un siège et je regarde la ville endormie quelques heures avant qu'elle ne s'éveille pour une nouvelle journée. Cette fois-ci, je me réfugie sous l'eau chaude de la douche. Je me souviens m'être arraché quelques plumes quand j'ai ramené Campanule dans ses appartements. Ce triste souvenir me hante encore. Je ne veux pas le revivre. Après la douche, je me rhabille avant de me blottir d'une couverture pour me réchauffer. Me sentir à nouveau en sécurité est ce qui me manque le plus je pense. On dit toujours que le passé est derrière nous. Que les mauvaises choses doivent laisser place à quelque chose de positif. Mon épisode chaotique remonte à longtemps et je redeviens moi-même au fur et à mesure du temps mais les blessures restent. Je ne veux pas rendre triste mon entourage plus que je ne le suis, que je l'ai été à l'époque en tout cas. C'est quelque chose qui est inquiétant.

« Strass ».

« Je t'ai déjà dit de cesser de m'appeler comme ça ».

« As-tu vu Campanule ? ».

« Il doit être dans sa chambre ou chez lui à l'Enclave, pourquoi ? ».

« J'ai reçu les analyses du dessin ».

Les mots de Dmitri me font lever du lit en deux secondes pour aller dans son bureau. Enfin, on va avoir une réponse. Je sais que ce dessin intrigue quasiment toute la Tour, qu'Illium y pense tout le temps. Quelqu'un a pris la peine de le dessiner et je dois avouer que les détails sont très bien faits, non que je ne puisse faire mieux mais riez, il se trouve que j'ai perdu un pari il y a un siècle et j'ai pu dessiner mon meilleur ami. Résultat, je lui ai donné l'original histoire qu'il ai un souvenir mais j'ai gardé le brouillon dans mon atelier. Je garde toujours un second exemplaire de mes travaux. Dans cette histoire, je suis surpris qu'un vampire ait trouvé ce dessin sans savoir comment.

« Depuis quand ? » entendis-je depuis le couloir.

Je devine que Dmitri n'est pas seul. Je reconnais la voix de Campanule qui semble énervé. Les résultats d'analyse n'ont pas tardé. Je présume que Dmitri a dû insister et peut être que Vivek a mené son enquête. De plus, Izak et moi avons aussi reçu un dessin à notre effigie de la part d'une enfant, une remise en main propre. Ce n'est pas dans le même contexte que notre ami aux ailes bleues. Le dessin a été trouvé dans la poche d'un vampire en fuite. Résultat, on y pense tous. D'un côté ce n'est qu'un dessin rien de révélateur, si ?

« Depuis une heure ».

« Tu le savais ? » m'accuse t-il d'un regard noir.

« Non, je l'apprends en même temps » dis-je en fermant la porte du bureau derrière moi.

« N'en veut pas à Aodhan Campanule ».

Je ne veux pas les déranger dans leur échange alors je baisse les yeux vers le sol car je commence à culpabiliser. Frapper avant d'entrer aurait été de meilleur usage mais la porte était légèrement entrouverte alors… Maintenant mon meilleur ami m'en veut. Je veux connaitre la suite de cette histoire autant que lui.

« Ce n'est pas à lui que j'en veux. Mais à l'auteur de ce dessin. Et à ce vampire en fuite. Que faisait-il avec dans la poche ? ».

« Il ne veut toujours rien dire. Pour le dessin il appartient à quelqu'un puisque les empreintes ont donné une identité. Le vampire en question est impliqué dans un trafic d'instruments de musique ».

Alors ce trafic prend de l'ampleur en ville et cela ne présage rien de bon. Cela signifie qu'il y aura une enquête, que probablement les vampires de la Tour vont collecter des indices mais aussi que notre réseau d'informateurs va se mettre en place.

« Campanule sera t-il mis à contribution ? ».

C'est sorti tout seul et je remarque déjà le regard intrigué du principal l'intéressé.

« Non ».

« Je n'ai rien à dire sur le sujet ».

« Tu penses que ce serait une menace par exemple ? » complétais-je.

« Probable » répond Dmitri.

« Je ne vois personne capable d'agir ainsi » répond Campanule en fronçant les sourcils. « Je n'ai rien de spécial. Depuis la chute on dirait que je prends de la valeur alors que non, ce serait ironique de penser que l'Archange Folle aurait un quelconque lien alors qu'on en a absolument aucune idée ».

« Tu en prends » confirme Dmitri.

« Je ne suis pas un vase ou encore un tableau » s'énerve t-il.

Évidemment que ce n'est pas un vase ou un tableau mais Illium est un ange de plus en plus convoité, par le Cadre des dix par exemple. Difficile à croire à cause de son jeune âge. S'il devient un Archange à l'âge de Raphaël il ne sera jamais pris au sérieux face aux autres bien plus âgés que n'importe qui d'entre nous à la Tour. Il faudra se résoudre un jour à voir Illium s'envoler pour un territoire qui lui appartiendra le jour venu. Alors même si y penser me fait mal au cœur, il faut y songer sans avoir peur parce que ça fera partie de sa vie. Je ne peux pas comprendre sa colère. Il est confronté à quelque chose d'inattendu. C'est vrai, qui a déjà vu un ange qui n'a aucun lien avec un Archange (au sens biologique du terme je parle) devenir un Archange ? Personne. Les cas sont tellement rares. Même la mère de Raphaël a été confrontée à deux cas mais l'un des deux anges est mort parce qu'il n'a pas eu de lien de sang avec son Archange et l'autre on a aucune idée de ce qu'il est devenu depuis tous ces siècles voire millénaires depuis le temps. Il faut avoir un lien biologique, l'un des parents ou les deux Archange(s). Les cas autres sont rares. Si c'est réellement le destin de Campanule alors on se doit de le respecter.

Le regard du vampire millénaire se pose sur moi et me fait sortir de mes pensées. Imaginons deux secondes que ce vampire ait un lien direct avec ces instruments de musiques, on en a pas la moindre idée pour le moment, ce ne sont que des suppositions. Imaginons ça, quelqu'un dont on ne connait pas l'identité a dessiné Illium (jusque là rien de surprenant vu sa popularité) et un vampire s'empare du dessin en question. On découvre le passif de celui-ci et comme par hasard notre ange aux ailes bleus se retrouve impliqué à son insu. On découvre que finalement quelqu'un s'apprête à faire passer un message ? Lijuan rêve de voir Campanule épinglé sur son mur. Je ne sais pas d'où lui vient ce fantasme morbide, personne ne veut le savoir. Là où je veux en venir est que ces faits ont un lien. Reste juste à savoir lequel.


Hey !

Oh une revenante ! Il est vrai que je pensais publier bien plus tôt mais il se trouve que j'ai changé la fin de ce chapitre et qu'écrire la seconde partie de celui-ci m'a pris plus de temps que prévu. Je m'excuse ^^' Toutefois, j'espère que ce chapitre va vous plaire. Alors, l'histoire du fameux dessin réapparait en fin de chapitre (c'était un peu mis de côté). Je me consacre à l'écriture autant que je peux. L'imagination est là mais quand elle bloque elle bloque, c'est pour ça que mes chapitres me prennent du temps (attention, j'écris pour le plaisir !). Mes playlist sont toujours disponibles sur Spotify, mise à jour à chaque fois. J'avoue que les mêmes artistes réapparaissent très souvent alors je suppose que c'est un signe (j'écris tout le temps en musique alors j'espère que vous serez transportés aussi).

Bonne lecture ! ;)