Plus tard ce soir-là, Hitomi ouvrit la porte de sa chambre d'hôtel à une Hinata rougissante. Sans perdre de temps, elle la fit entrer et la regarda s'assoir sur le lit de Sakura, tandis qu'elle-même reprenait place sur ses draps froissés. Son carnet communicant gisait fermé près de son genou droit et ses doigts étaient tachés d'encre. La première partie du tournoi s'était terminée un peu après midi : avec neuf matches, qui ne se passeraient pas simultanément cette fois, la journée du lendemain serait bien plus longue. Elle répondait à ses contacts tant qu'elle en avait encore le temps.
— Je… Je voulais te demander conseil. C'est assez personnel, et gênant…
Hitomi jaugea son amie du regard pendant quelques instants avant de répondre :
— Est-ce que tu te sentirais mieux si je commençais par te raconter un truc gênant qui m'est arrivé ?
Puisqu'Hinata hochait la tête avec un air vaguement soulagé, la jeune fille se lança dans une histoire impliquant sa mère, Asuma, et une fâcheuse habitude d'oublier de prendre des mesures pour protéger leur intimité. Ces dernières années, la jeune fille avait eu le malheur de tomber sur eux en pleine action à plusieurs reprises ; au moins, si elle en avait eu, elle était désormais débarrassée de toutes ses questions sur l'aspect logistique du sexe, et savait parfaitement comment ça se déroulait.
Enfin, les livres de Jiraiya avaient sans doute couvert cet aspect d'abord. Étonnamment détaillés.
— Ah, merci, soupira Hinata en essuyant une larme d'hilarité au coin de ses yeux. J'avais besoin de ça.
Hitomi acquiesça en réponse. Elle pouvait voir en quoi, en effet. Ces derniers temps, Hinata était particulièrement tendue, et le tournoi ne pouvait en être la seule cause. Il y avait autre chose… Mais jusque là, ça n'avait pas été ses affaires et elle avait refusé de creuser. Elle ne serait pas l'ex malsaine qui fouinait dans les histoires de son premier amour, merci bien.
— Je… J'ai des problèmes avec ma famille.
Aussitôt, Hitomi se raidit, les sourcils froncés, une vague d'aura meurtrière sur la peau.
— Neji ?
— N-non ! Mon père… Et mes grands-parents aussi. Je crois qu'ils soupçonnent que je vois quelqu'un…
C'était nouveau pour la jeune Yûhi, mais elle contraignit son visage à rester impassible. Comment avait-elle pu passer à côté ? Elle ne consacrait vraiment plus assez de temps à ses camarades et aux ragots dans le village…
— Laisse-moi deviner, c'est une fille et ils sont désespérés de te caser avec un gentil petit gars qu'ils pourront modeler à loisir.
— Exactement ! Tu la connais, c'est Tenten… On s'est rapprochées après mon match contre Neji, elle était venue me voir plusieurs fois à l'hôpital, puis on a eu deux missions ensemble… Je n'en ai parlé pratiquement à personne pour nous protéger toutes les deux, mais j'ai peur qu'on se fasse bientôt prendre.
La respiration d'Hitomi se bloqua un instant dans sa gorge. Tenten… Oui, elle pouvait voir pourquoi, comment, clair comme de l'eau de roche. Elle ferma un instant les yeux, repoussa sans la moindre pitié la pointe d'envie qu'elle sentait lui vriller le cœur. Elle n'avait pas le droit. Elle n'était même plus amoureuse d'Hinata. Une fois le sentiment importun refoulé, elle parvint à sourire et hocha la tête.
— Et nous savons toutes les deux comment ton clan réagira… Qu'est-ce que tu veux faire, Hinata ? Est-ce que tu te sens prête à les affronter maintenant ?
La jeune fille baissa la tête, si bien que ses cheveux sombres dissimulèrent un instant son visage, mais Hitomi n'avait pas besoin de la voir pour imaginer son expression et les tourments qu'elle traversait. Elle remercia encore une fois le ciel d'avoir une mère qui ne la jugerait jamais, quelle que soit la personne qu'elle aime. La situation aurait-elle été différente si son père avait été encore en vie ? Elle essayait de se répéter que non : se mêler des affaires romantiques et sexuelles des autres pour le simple plaisir de les critiquer représentait un trop gros effort pour tout Nara digne de ce nom.
— Je p-pense que oui. J'aimerais beaucoup, en tout cas.
Hitomi soupira et se cala contre sa tête de lit en réfléchissant. Sous le regard anxieux mais plein d'espoir d'Hinata, elle plongea dans sa Bibliothèque et retrouva la section qui contenait les livres de loi des différents clans de Konoha. Elle avait laissé de l'espace sur ces étagères : elle espérait toujours mettre la main sur ceux des clans étrangers. Elle avança jusqu'à celui des Hyûga et l'ouvrit, fouillant jusqu'à retrouver l'information qu'elle cherchait. Elle rouvrit les yeux, un sourire léger sur les lèvres.
— La loi empêche le clan Hyûga de sceller le Byakugan d'un membre du clan de niveau Chûnin ou supérieur. Si je devais deviner pourquoi, je dirais que c'est parce que l'ANBU recrute à partir de ce niveau et que le Hokage à l'époque a voulu empêcher ton clan de punir les membres de la branche principale qui décideraient de s'engager plutôt que de pondre des petits héritiers.
Officiellement, l'ANBU ne recrutait pas de Genin. Officieusement… Sai faisait partie de la Racine, pas vrai ?
— Donc, si Tsunade-sama me donne la promotion…
— Oh, elle te la donnera, Hinata. Tu t'es énormément améliorée.
Et Tsunade avait désespérément besoin de nouveaux Chûnin pour les missions de rang B qui s'entassaient sur son bureau. Cependant, Hitomi garda cette information pour elle. Elle ne voulait pas miner la confiance de son amie, et cette information était censée être plutôt confidentielle. Oups. Qui pouvait la blâmer si des dossiers traînaient ouverts sur des bureaux importants ? Ou si son oncle ne prenait pas toutes les précautions qu'il avait lui-même mises en place pour la confidentialité de son travail quand elle se trouvait dans son bureau ?
— Il faudra que vous restiez très discrètes jusque-là. Parles-en à Tenten. Même si ça risque d'être dur, il vaudrait mieux que vos rapports soient strictement amicaux jusqu'à ce que Tsunade-sama prenne sa décision et la rende officielle. Ensuite, idéalement, il faudrait que vous trouviez un endroit où vous pouvez vivre en-dehors des terres du clan, pour que tu te trouves vraiment en-dehors de leur influence.
— T-Tenten vit toute seule dans un appartement depuis qu'elle est Genin… On pourrait aller là en attendant de trouver quelque chose de plus grand, tu crois ?
Hitomi serra les dents et maudit la politique du village sur ce point. Les Genin de douze ans, tout juste diplômés, étaient considérés comme des « pré-adultes » ; dans le cas des orphelins comme Tenten, si personne ne les adoptait avant qu'ils obtiennent leur diplôme, ils devaient quitter l'orphelinat et vivre seuls avec l'aide d'une mince allocation allouée par Konoha. Hitomi avait vu les montants : si un Genin dans cette situation était blessé au combat avant d'avoir pu économiser de l'argent et devaient prendre un congé maladie temporaire, son niveau de vie chuterait en-dessous du seuil de pauvreté.
— C'est à vous de décider si ça peut fonctionner ou non, pas moi. Vous vous connaissez en tant que couple, après tout.
Elles discutèrent encore plusieurs dizaines de minutes. Hitomi en apprit un peu plus sur la cour assidue que Tenten avait consacrée à Hinata ces derniers mois, sur la soirée durant laquelle la kunoichi avait décidé d'une approche plus franche et avait carrément déclaré ses sentiments, sur leur premier baiser. Elle fut la première surprise de n'éprouver ni envie ni jalousie. Seule une légère tristesse s'épanouissait à l'intérieur de son esprit avec la douceur d'une caresse, mais ce sentiment était plutôt centré sur le fait que Lee serait bientôt parti loin de Konoha pour plusieurs années que sur son amie.
Quand Hinata s'en alla, Hitomi décida de retourner à sa correspondance. Elle décida d'écrire à Itachi, qui l'avait maintes et maintes fois invitée à se confier si elle en avait besoin. Il était temps qu'elle réponde à cette suggestion. Elle lui parla de Lee, du support émotionnel qu'il lui avait offert et de son départ très prochain, de sa crainte d'être seule quand il s'en irait et de la profonde, mordante peur de l'abandon qui lui déchirait le ventre. Elle fut surprise quand il lui répondit immédiatement.
Yûhi-san,
Je ne pense pas que vous soyez condamnée à la solitude, mais je sais comme l'esprit peut être difficile à convaincre de ce genre de choses. Le départ d'un être aimé est toujours un moment difficile, et vous avez tous deux fait preuve de courage en prenant la décision de vous séparer. Vous rencontrerez d'autres personnes, Yûhi-san, qui seront attirées par vous comme des papillons par une flamme. Je me souviens avoir vu ce potentiel en vous lors de notre dernière rencontre et je suis certain que cette lumière s'est épanouie depuis – et s'épanouira encore. Le temps passera, et vous cesserez de voir cet évènement comme la fin d'une époque. Il ne s'agit que d'une étape, certes douloureuse, mais surmontable.
N'hésitez pas à revenir vers moi en cas de besoin. Je m'arrangerai toujours pour avoir du temps à vous consacrer.
Itachi Uchiha.
Si qui que ce soit d'autre qu'Itachi lui avait écrit une telle lettre, elle se serait demandé si cette personne lui faisait la cour, mais avec lui, elle n'avait aucun doute. Il parlait toujours de cette manière douce et presque poétique dans sa correspondance, et lui avait confirmé y trouver une source de joie et de confort. Elle contenta de sourire et de répondre à son tour. Quand ce fut fait, elle se prépara pour la nuit et s'installa confortablement dans son lit pour un peu de lecture. Elle ne voulait pas se fatiguer inutilement alors qu'elle devrait se battre très souvent le lendemain. Kakashi lui aurait sans doute tapoté la tête avec fierté en constatant son comportement responsable.
Le lendemain matin, elle fut la première partie, la première arrivée dans l'arène. Elle s'installa confortablement au balcon et ferma les yeux pour méditer. Elle se languissait de la présence d'Hoshihi à ses côtés, mais elle savait fort bien qu'il serait bientôt l'heure de faire appel à lui, ainsi qu'à ses camarades. Elle profita de l'absence de ses amis pour fermer les yeux et méditer, s'enfonçant loin dans sa Bibliothèque à la recherche de faiblesses, des signes que son esprit vacillait encore. Des craquelures apparaissaient dès qu'elle cessait de regarder, de renforcer le sol, les murs, les étagères avec un peu de chakra. Heureusement, elle en avait à revendre depuis qu'elle stockait chaque jour le surplus dans le sceau enroulé au-dessus de son nombril.
Quand elle rouvrit les yeux, elle était nichée dans les bras de Lee, qui discutait avec Neji d'une voix douce, comme pour ne pas la déranger. Elle avait eu conscience de son arrivée, répondu à ses gestes tendres, mais un regard à son visage, à ses yeux vides, avait fait comprendre au jeune homme qu'elle était là sans l'être. Il avait appris à s'habituer à ses absences volontaires. Il avait vu avec plus d'acuité que quiconque, mis à part Ensui, ce qui se produisait quand elle négligeait l'entretien de son esprit.
La plupart des autres Genin étaient arrivés à présent. Ceux qui avaient perdus leurs matchs la veille se retrouvaient dans les gradins auprès des membres des délégations de leurs pays respectifs. Hitomi repéra Chôji, assis près de Shikaku Nara et d'Ino, et lui fit un petit signe de la main qu'il lui rendit avec un sourire. Ni lui ni sa coéquipière ne semblaient trop amers de leur défaite. Kiba le prenait plutôt bien, lui aussi. Après tout, c'était contre Neji, le meilleur élève de l'année qui l'avait précédé, qu'il avait perdu.
— Bonjour et bienvenue à tous, estimés spectateurs, pour la seconde journée du Tournoi de Promotion des Chûnin ! s'exclama l'examinateur une dizaine de minutes plus tard.
Les gradins étaient à présent pleins à craquer. Beaucoup de gens n'avaient pas daigné venir la veille : ils désiraient assister aux combats les plus intéressants, et les huitièmes de finale produisaient rarement un grand spectacle. L'affrontement le plus intéressant avait opposé Kiba et Neji, et s'était déroulé en tout dernier – pas très vendeur pour le public.
— J'appelle dès à présent, pour le premier match des quarts de finale, Shino Aburame de Konohagakure et Sakura Haruno de Konohagakure !
Calme et concentrée, Hitomi regarda sa coéquipière et son ami descendre côte à côte. Le mur de fûinjutsu avait disparu : il n'était tout simplement plus nécessaire désormais, et il était dans l'intérêt de tous de laisser plus de place aux combattants pour déployer leurs compétences. Les doigts entrelacés à ceux de Lee, elle regarda ses amis effectuer le Sceau de la Discorde, puis entamer le combat au signal de l'examinateur. Elle savait que Shino gagnerait, parce que Sakura ne pouvait pas l'empêcher d'absorber son chakra, mais elle pourrait peut-être trouver un moyen d'améliorer son propre plan pour affronter Shino si elle observait leurs actions avec le plus grand soin.
Au bout de plusieurs minutes de combat intense, Sakura tomba à genoux, visiblement essoufflée. Les insectes de Shino se déployèrent autour d'elle comme un nuage particulièrement menaçant et s'approchèrent suffisamment pour qu'elle ne puisse leur échapper s'ils décidaient d'attaquer. Sakura annonça son abandon et Shino fut déclaré vainqueur. Quand il la laissa se redresser librement, elle s'approcha et leurs doigts se mêlèrent – le Sceau de la Réconciliation, comme ils l'avaient fait des centaines de fois à l'Académie. Tsunade était sans doute ravie de ce geste.
— J'appelle les combattantes pour le deuxième match des quarts de finale : Hitomi Yûhi de Konohagakure et Hinata Hyûga de Konohagakure !
Hitomi échangea avec Hinata un regard à la fois déterminé et doux. Elle voyait sur ses traits le reflet de sa propre nervosité, comme un nœud glacé à l'intérieur de son estomac, mais elle avait depuis longtemps appris comment dissimuler ce genre de sentiment, comment poser sur son visage le mirage d'une assurance qu'elle ne ressentait pas. Elle ne voulait pas combattre. Hinata était sa meilleure amie, l'une des personnes les plus précieuses de son entourage. Elle voulait la protéger, pas l'affronter. Mais elles devaient accomplir leur devoir, l'une comme l'autre. Hitomi ne pouvait pas reculer, ne pouvait pas abandonner. Elle avait promis à Shikaku qu'elle ferait tout ce qui se trouvait en son pouvoir pour briller.
Et au fond, elle voulait aussi cette gloire pour elle-même.
Une fois arrivée dans l'arène, elle exécuta à son tour le Sceau de la Discorde et se mit en position de départ du style de combat que son maître lui avait appris. Elle sentait sa présence auprès de Tsunade, ombre menaçante et approbatrice au milieu de millier d'autres étincelles de chakra. Elle regrettait soudain de ne pas être allée le voir la veille. Peut-être aurait-il eu des mots de réconfort à lui offrir, ou quelques bons conseils, ou simplement une de ces étreintes qui éveillaient en elle un mélange réconfortant de vulnérabilité et de sécurité. Il était trop tard pour spéculer, à présent : l'occasion était passée.
— Commencez !
Aussitôt Hitomi bondit en arrière pour éviter Hinata, qui aurait frappé son épaule de sa paume ouverte si elle n'avait pas réagi. Elle croisa son regard, lut le désarroi, la crainte et les réticences qui s'y cachaient comme autant de serpents venimeux, et sentit son cœur se serrer dans sa poitrine.
— Vas-y, murmura-t-elle trop bas pour que les micros captent le son de sa voix. Tu peux le faire. Montre-leur, Hinata. Pour Tenten, pour toi. Donne ton maximum.
Peut-être les spectateurs pouvaient-ils voir ses lèvres bouger, ses traits adoucis par un mélange de tendresse et d'affection, mais ils étaient moins d'une quinzaine, sur les centaines voire les milliers qui peuplaient le stade, à vraiment savoir ce qui se trouvait derrière cette expression et deviner les mots d'encouragement qu'elle chuchotait à son amie - toute l'histoire, les larmes versées quand personne ne pouvait voir, et le lien que ni l'une ni l'autre ne se résoudrait jamais à briser. Au nom de ce lien, Hitomi laissa son amie frapper encore et encore, esquivant toujours au dernier moment, lui permit de déployer toute sa force et tout son art.
Et puis ce fut suffisant, et puis ce fut son tour.
Son ombre enlaça celle d'Hinata en un instant, la figeant immédiatement sur place. Lentement, luttant pour conserver la dominance, Hitomi lui fit baisser les bras. Sa main gauche s'égara le long de sa cuisse, dégaina un kunai. Hinata était droitière. Sa main vide s'arrêta à un souffle de la gorge de la jeune Yûhi, et elle soupira.
— Je me rends.
— Vainqueur, décréta l'examinateur, Hitomi Yûhi !
Aussitôt, la jeune fille relâcha son amie et elles tombèrent dans les bras l'une de l'autre. Elles ne pleurèrent pas, mais elles n'avaient pas besoin de larmes pour que leur soulagement s'exprime, comme un secret que personne à présent n'ignorait. Elles se séparèrent, effectuèrent le Sceau de la Réconciliation, puis remontèrent les escaliers qui conduisaient jusqu'à leur balcon, accueillies toutes deux par leurs amis.
— C'était un match magnifique, les accueillit Tenten d'une voix douce. Je crois qu'il est temps qu'on descende, Hitomi-san.
La jeune fille soupira mais acquiesça. Elle prit juste le temps de rajuster les bandages autour de ses mains avant de tourner les talons et de suivre son aînée dans les escaliers. Tenten était une opposante redoutable. Elle l'avait vue combattre, et sa maîtrise des armes et du taijutsu l'impressionnait. C'était sans doute la meilleure opportunité pour elle de montrer ses propres compétences dans ces deux domaines, mais cela ne suffirait sans doute pas à la battre. Heureusement, elle pouvait compter sur ses autres talents. Ce plan en particulier avait été difficile à préparer : elle ne s'était jamais entraînée auprès de Tenten, n'avait jamais personnellement mesuré sa force et ses compétences.
Les spectateurs s'étaient faits à présent à l'étrangeté du Sceau de la Discorde, qu'on ne rencontrait de coutume qu'en ouverture des combats amicaux et des entraînements – avec le Sceau de la Réconciliation pour annoncer leur fin. Ce n'était pas exactement du jamais vu dans un tournoi, mais la dernière occurrence remontait à suffisamment longtemps pour que les gens aient été quelque peu perturbés.
— Commencez !
Comme avec Hinata, Hitomi attendit que Tenten agisse, ce que la kunoichi fit sans attendre. Elle esquiva le kunai qui volait en direction de sa tête et profita de son mouvement pour se projeter en avant, dans sa direction, une paire de senbon entre les doigts. Tenten bondit aussitôt hors de portée et déploya un parchemin couvert de sceaux. Quand elle les relâcha, une pluie d'arme de jet fusa en direction d'Hitomi – qui n'était déjà plus là, remplacée par un nuage de paillettes. Les yeux de l'orpheline s'écarquillèrent quand elle réalisa que son aînée maîtrisait le Sunshin, et pas la simple Substitution enseignée à l'Académie. Déjà, la kunoichi réagissait à son assaut par la gauche d'une parade et d'une riposte brutale à laquelle Hitomi n'échappa que de justesse, passant sous le coup qui lui aurait brisé l'épaule avant de reculer de quelques pas.
Elles s'observèrent pendant plusieurs secondes, vaguement conscientes des acclamations qui explosaient dans les gradins. Un rictus satisfait identique dansait sur leurs lèvres. Elles avaient toutes deux un attrait similaire pour le spectacle, le fait de montrer leurs compétences au monde et d'être reconnues à leur juste valeur. Leurs raisons avaient beau être différentes, elles en étaient venues presque instinctivement à une compréhension mutuelle.
Hitomi bondit en arrière et décida qu'il était le moment de réutiliser ses parchemins remplis d'eau. Pour la superficie de l'arène, elle choisit d'en activer quatre, et dut couper la trajectoire des kunais que Tenten avait lancés pour les empêcher de s'ouvrir à l'aide d'une paire de senbon. Une décharge de chakra, et l'eau commença à monter autour des deux jeunes filles, qui modifièrent simplement leur posture en rythme pour rester à la surface de l'eau.
— Tu aimes vraiment ce truc, pas vrai ? demanda Tenten d'une voix amusée.
— Hm hm ! Je ne suis pas Tobirama Senju, après tout. Le Suiton est plus facile à utiliser avec de l'eau à proximité.
Tenten laissa échapper un rire bref puis repartit à l'attaque, déployant deux longs parchemins de stockage qu'Hitomi reconnut comme directement offensifs. Elle courut à travers les mudra nécessaires et l'eau s'éleva autour d'elle, pivotant rapidement de manière à dresser un bouclier devant son corps exposé. La Technique du Bouclier Aqueux arrêta les projectiles qui pleuvaient dans sa direction et elle échangea avec son adversaire un regard carnassier.
— Suiton : L'Embuscade des Eaux Mouvantes !
L'eau s'épaissit et s'éleva sous les pieds de Tenten, la clouant sur place. Hitomi profita de son immobilité pour lancer une pluie d'aiguilles dans sa direction, qu'elle esquiva dans une prouesse de souplesse que seul un sensei comme Gai pouvait éveiller chez un ninja. La jeune Yûhi ne se démonta pas et profita de la diversion pour se ruer sur son adversaire, un poing prêt à voler vers sa tempe. Tenten para et se libéra en même temps d'une secousse brutale. Elles échangèrent quelques coups violents mais parés de justesse. Tenten était plus forte, mais Hitomi avait la vitesse pour elle, une très, très légère avance qui pourrait changer la donne.
Elle détourna un coup de poing qui volait sur sa gorge et dut serrer les dents pour ne pas glapir quand le pied de Tenten heurta brutalement son genou. Seul l'afflux de chakra dans le membre l'empêcha de céder sous elle. Elle utilisa le Shunshin pour s'éloigner de son adversaire, suffisamment loin pour avoir le temps de refouler la douleur là où elle ne la gênerait pas. Elle enchaîna les téléportations un peu partout dans l'arène, si rapide que Tenten parvenait à peine à la suivre et parer les aiguilles qu'elle envoyait encore et encore dans sa direction. Enfin, elle se retrouva devant l'autre kunoichi, et cette fois ses senbon parvinrent à la blesser à la joue et à l'épaule gauche.
Tenten écarquilla les yeux, mais déjà Hitomi agissait, alimentant en chakra la dizaine de parchemins explosifs qu'elle avait laissés derrière elle tout au long de ses téléportations. L'eau explosa autour d'elles, sauvage et aveuglante. Le chakra de la jeune Yûhi s'empara d'une partie du liquide, et quand ce qu'elle n'avait pas touché retomba, l'orpheline était piégée dans les Chaînes Limpides qu'elle avait créées de sa main droite. Elle ne lésina pas sur le chakra qu'elle injectait dans la technique, utilisant assez de pouvoir pour clouer son adversaire sur place. Légèrement essoufflée, elle s'approcha un pas après l'autre tandis que Tenten se débattait, et pressa la lame d'un kunai contre sa gorge.
— Je me rends, finit-elle par grogner.
— Vainqueur : Hitomi Yûhi !
L'arène explosa en acclamations tandis qu'elle relâchait Tenten et réabsorbait dans des rouleaux une bonne partie de l'eau qu'elle avait utilisée. Le reste serait nettoyé par les ninjas d'entretien avant le prochain match. L'arbitre annonça une pause d'une heure avant le match qui opposerait Sai et Karin tandis que les deux jeunes filles remontaient les escaliers, se soutenant mutuellement. Le genou d'Hitomi pulsait désagréablement à chacun de ses pas, mais elle parvenait à l'ignorer. C'était tout ce qui comptait.
Elle s'assit en grognant le long du mur contre lequel le balcon était adossé, regardant Lee s'inquiéter des blessures de Tenten. Elle était sa coéquipière, après tout, sa partenaire depuis dix-huit mois d'épreuves et d'amitié. Cela ne la gênait pas de passer après. Un sourire fatigué prit place sur ses lèvres quand elle vit que Sakura était de retour. Son niveau de chakra était revenu à la normale, mais les sens d'Hitomi l'informèrent que son énergie était particulièrement agitée. Une pilule militaire, peut-être ?
— Est-ce que je vais devoir me battre contre toi pour soigner tes blessures ?
— Hm… Ca dépend. Est-ce que tu peux utiliser du ninjutsu médical sous pilule de chakra ?
— Pfff… Je ne vais même pas te demander comment tu sais ce que j'ai pris. Oui, je peux. Normalement, on doit éviter, mais Tsunade-shishou nous a appris à le faire, Karin et moi. Sur un champ de bataille, on n'a pas forcément le luxe de dormir et manger pour rétablir notre énergie, pas vrai ?
Hitomi acquiesça et laissa Sakura passer la main sur son front pour une technique de diagnostic.
— À part ce genou amoché, tu n'as que quelques égratignures. Je m'occupe de tout !
Elle soupira au contact de la Paume Mystique sur son genou qui commençait déjà à enfler. Fière de sa propre performance, elle s'autorisa un peu de repos et ferma les yeux. Les trois prochains matchs ne la concerneraient pas, elle n'aurait qu'à regarder, évaluer ceux qui pourraient fort bien la rencontrer en finale si elle parvenait à battre Shino. Elle avait un plan – se le répéter la rassurait un peu. Elle accueillit Lee d'un baiser quand il s'agenouilla près d'elle, saluant Sakura, toujours occupée avec sa jambe, d'un bref hochement de tête.
— Tiens, dit-il d'une voix douce en lui tendant un plateau d'onigiri, tu dois reprendre des forces.
— Oh, Lee, tu es un dieu.
Elle s'empara aussitôt de l'une des boules de riz, savourant le goût du thon qui le garnissait. Il lui en avait pris six au total, dont deux grillés qui la faisaient presque saliver d'anticipation, sans doute à l'un des stands qui proposaient de la nourriture aux visiteurs. Elle se déplaça légèrement pour appuyer son dos contre son torse et le laisser l'entourer de ses bras et poser le plateau sur les cuisses de ses jambes étendues.
— Pas trop stressé ? demanda-t-elle à son petit-ami après avoir avalé une quantité décente de nourriture.
— Pour la fille de Kusagakure, non… Je sais que je peux la battre, surtout grâce à ce que tu m'as dit de son style de combat. Neji… C'est une autre histoire.
En silence, Hitomi acquiesça et s'empara de l'une des mains de Lee, serrant doucement les doigts entre les siens. Elle comprenait ce qu'il ne disait pas, le mélange d'impatience et de réserve qui tourbillonnait à l'intérieur de lui. Neji était son rival, après tout, et l'avait longtemps méprisé. Le Hyûga ne considérait la valeur de son coéquipier que depuis quelques mois, après avoir été adouci à coups de Naruto – le cœur de la jeune fille se serra quand elle pensa à son frère parti au loin.
— Je t'encouragerai d'ici. Tu ne m'entendras sans doute pas parce que le public hurlera de joie pour toi, mais je serai là.
Il déposa un baiser sur son front et la serra plus fermement contre lui tandis qu'elle continuait de dévorer le repas qu'il lui avait apporté. Une fois la nourriture disparue, elle put sentir son chakra regagner en dynamisme à l'intérieur de ses méridiens, mais contre Shino puis l'opposant mystère, ça ne suffirait sans doute pas. Elle ferma les yeux, se concentra et ouvrit les vannes de la partie du sceau qui renfermait de l'énergie neutre. La sensation était très agréable, comme une vague tiède qui lui caressait les membres de l'intérieur. Elle soupira et se détendit dans les bras de Lee, savourant le retour du chakra en elle.
— Bon, je ne peux rien faire de plus, dit Sakura. Tu es soignée, mais c'est temporaire. Évite de te reprendre un coup au genou si tu ne veux pas rentrer à Konoha sur le dos de ton maître.
Le regard d'Hitomi s'égara dans la direction où elle sentait Ensui, près de Tsunade et Shikaku. Elle ne les voyait pas, mais déduisait de ce qu'elle percevait de leurs positions qu'ils étaient en train de discuter – peut-être des matches qu'ils venaient de voir, ou de ceux à venir ? – tandis que quelqu'un qu'elle ne reconnaissait pas leur apportait des rafraîchissements. Concentrée sur ce qui se passait de l'autre côté des gradins, elle sursauta légèrement en sentant un contact frais contre sa main et rouvrit les yeux pour trouver Shino, accroupi devant elle, pressant une canette toute droit sortie d'un distributeur contre ses doigts.
— Je me suis dit que tu aurais soif après tous ces matches. Je tiens à t'affronter au meilleur de ta forme. Notre combat et son résultat n'en seront que plus légitimes.
Elle sourit et accepta la boisson. Il avait raison, sa gorge était toute sèche. Autour d'elle, ses camarades se lancèrent dans une conversation concernant les matches qu'ils venaient de voir, ou auxquels ils avaient eux-mêmes participés. Et elle, elle se contenta d'écouter, rassemblant ses forces pour ceux à venir. Le match le plus difficile émotionnellement était passé pour elle, et avait été plus facile qu'elle ne le craignait. À présent, elle n'avait besoin que de trouver l'équilibre entre la force brute et la retenue.
Elle pouvait le faire.
