Playlist

« One night » Picture This

« Broken » Lifehouse

« To be free » Passenger

« Satisfaction » Zayn

« Say when » The Fray

« Love like this » Kodaline

Chapitre n°13

Point de vue d'Aupale

Avec Ash, nous courrons dans les rues de New-York, à la poursuite d'un vampire ayant désobéi à son contrat. Elle m'a appelé une heure avant et depuis je participe à la chasse. J'ai toujours été curieuse de voir comment mon amie était sur le terrain, en pratique face à un vampire qui refuse de se laisser attraper. Évidemment, personne n'a envie de terminer entre les mailles d'un filet à papillon. Là, il s'agit d'une métaphore de ma part. Elle est assez poétique donc je ne vais pas ignorer le fait que cela me rends un peu fière. Le vampire en question se débrouille bien pour passer inaperçu. Un des tours que peuvent faire ces êtres immortels. Ce vampire est en train de signer son arrêt de mort, je pense à l'ange qu'il vient de trahir et je ne veux pas me retrouver à sa place. Je perds de vue sa trajectoire une seconde et il réapparaît comme neige au soleil. Persévérer est une bonne chose, il ne va pas aller loin. En principe, je suis assez prêt pour lui mettre la main dessus, Ash m'a donné une arme blanche légère que je peux utiliser à tout moment en cas de nécessité.

Je suis au courant du trafic d'instruments qui se déroule dans le pays en ce moment mais un peu partout dans le monde aussi. L'idée que l'on puisse en voler un me donne des frissons d'angoisse et de dégout. Il faut savoir que ces instruments valent une petite fortune. Les journaux en parlent suffisamment à la une de chacun d'entre eux. Je n'ai pas encore eu le temps de lire celui d'aujourd'hui. En tant que joueuse de violon, la capacité des médias à inventer je ne sais quoi me surprend tous les jours. Et des rumeurs stupides, j'en ai eu un paquet sur le dos.

Le vampire que je poursuis avec Ash vient de réapparaitre d'un trou sombre issu du quartier de Manhattan, près du Washington Square Park. Je passe entre les deux immeubles puis me pose sur le sol face à une arche en face de ceux-ci. Il n'a personne. Le vampire a de nouveau filé. Je ferme les yeux afin d'écouter les bruits aux alentours. Rien ne me vient, excepté le bruit de la fontaine en face. Ce vampire maitrise les sons, ce n'est pas possible autrement ou alors mes oreilles sont défaillantes ce soir. Sauf qu'aucun d'eux me résistent. Il a trouvé une meilleure astuce. C'est frustrant. J'aperçois mon amie Ash, un couteau entre les dents. Elle est déterminée à lui mettre la main dessus. Le vent balaye les goutes de sueur sur mon front. Contrairement à mon amie, je n'ai pas de tâches de sang, de terre sur moi. Elle est prête à agir au moindre mouvement. Allez, ne te laisse pas abattre. Ne laisse pas les émotions prendre le dessus. Ta fille ne dort pas beaucoup ces jours-ci, tes répétitions se succèdent. Tu peux faire abstraction une seconde, le temps de mettre au tapis ce vampire. Ash compte sur moi. Je respire doucement, me concentre. Le vent souffle dans mes cheveux. Même si mon chapeau est bien fixé sur mes cheveux, il tient. Ce vampire ne va pas s'en sortir aussi facilement. Un premier son, celui du vent mais j'en distingue un autre. Ce n'est pas ma respiration, ni celle de mon amie chasseuse de vampires. C'est celui de notre fugitif. Il panique. Il a compris qu'il ne s'en sentirait pas comme prévu.

Je ne me rends pas compte des éventuelles conséquences, pas pour moi mais pour mon amie. Je sais bien qu'elle connait l'Archange de cette ville mais pas moi. Je ne veux pas qu'elle soit blessée. On ne sait jamais les intentions d'un vampire dangereux. Il ne s'agit pas d'une affaire personnelle dans la chasse à ce vampire. Disons que je n'ai pas beaucoup vu mon amie ces derniers temps. J'ai été amenée à voyager un peu partout dans le monde avec les concerts de l'orchestre et avec un bébé c'est compliqué pour moi de la laisser à une nourrice le temps de quelques heures. De toute façon, Ash a été occupée avec la Guilde alors on peut dire que nous sommes au même point. Maintenant, je ne veux plus perdre de temps, je ne veux plus me mettre sur pause. J'ai besoin de m'occuper de moi, de ma musique, de mon bébé évidemment. J'écris mes textes la nuit. L'inspiration vient plus facilement. Le reste peut attendre quelques heures tant que l'atmosphère particulière de la nuit est là. Parfois, je regarde le lever du soleil. J'ai besoin d'enregistrer ma musique.

Je ne suis pas là pour parler de moi, j'ai une chasse à terminer.

La respiration du vampire s'accélère. Une chance, cela me donne une piste à suivre pour le faire sortir de sa cachette. Le couteau en main, je le serre assez fort de peur de le lâcher au sol et que le vampire en profite pour me poignarder. Je ne veux pas avoir de cicatrice sur le corps, j'en ai déjà eu. L'odeur de pop corn appartient au vampire. Une chance que je puisse le pister sans qu'il ne s'en rende compte. C'est l'un des avantages de l'oreille absolue. J'entends tout. Mon oreille a été déterminante dans ma carrière de musicienne. Et Ash l'adore. Pour que je puisse l'aider lors de partie de chasse corsée par exemple, celle de ce soir. Je suis convaincue que ça portera ses fruits.

« Là » pensais-je. « Planqué dans un coin. Il tremble ».

Je m'approche en priant intérieurement que personne ne surgisse derrière mon dos. Je ne pourrais pas me défendre. Dans ce cas, je suis un ange prêt à être épinglé, plaqué au sol, aussi à la merci d'un vampire sans scrupule. Ash m'aperçoit et s'approche aussi. Je ne veux pas que nous soyons séparées. Je n'ai pas participé à une chasse avec un chasseur depuis longtemps. Les réflexes reviennent rapidement. J'ai essayé d'enseigner un peu à la Guilde, en dehors de mes répétitions mais je n'ai pas tenu longtemps à cause du temps que cela prend. Apparemment mon oreille absolue a apporté quelque chose et grâce à Ash, j'ai pu apporter ma pierre à l'édifice. Je suis certes une musicienne mais je sais me défendre. J'ai appris avec mes frères et Ash.

Nous avançons dans la pénombre, seuls quelques lampadaires du parc fonctionnent et illuminent l'allée. Enfin, un sur deux puisque sur les trois qui surplombent l'allée, celui du milieu est éteint. Je pense que le vampire y est appuyé. À croire que c'est une provocation de sa part. Être visible et dans une zone d'ombre en même temps est contradictoire mais je ne suis pas là pour faire la psychologie d'un vampire. Je n'ai pas à juger sa vie d'immortel au service d'un ange pendant le premier siècle de sa nouvelle vie. La nourrice de ma fille est un vampire. C'est une personne en qui j'ai confiance. Elle a eu un passé compliqué mais je ne cherche pas à la questionner, de peur de l'effrayer et je veux l'aider en lui donnant une autre chance. Elle est courageuse, avec le temps nous sommes devenues proche. Ce n'est pas qu'un vampire que j'emploie, c'est une amie. Elle ne se dévoile pas beaucoup mais je comprends ça. Elle est en famille en ce moment durant les prochains jours pour se reposer un peu.

Mon amie chasseuse compte sur moi pour l'attraper. Ce vampire fugitif ne va pas rester longtemps dans son coin d'ombre, à l'abri des regards. Il ne va pas s'en sortir indemne. Je sers le couteau prêté par Ash et je sens un liquide chaud. Je ne réfléchis pas, concentrée sur la tâche à accomplir, je lance l'arme blanche en direction du vampire qui surgit des ombres. Je ne le manque pas puisque l'arme en question se plante dans le bras. Pas de quoi freiner un vampire comme lui mais c'est un premier essai de ma part. Je le rattrape aussi vite que possible. Il ne met pas longtemps à jeter le couteau couvert de son sang au sol. D'ailleurs, il menace de se planter dans mes plumes. Hors de question d'en perdre et encore moins d'avoir un trou. Il court vite. Mais je ne le laisse pas s'échapper, je relance le couteau et bonne visée de ma part car il atterrit dans sa nuque. Un cri s'échappe de sa bouche sans grande surprise. Disons que cela peut effrayer les habitants aux alentours qui ne dorment pas encore. Une chasse au vampire à une heure aussi tardive est plutôt la routine ici. J'ai perdu Ash de vue. À vrai dire, je n'ai pas prêté attention à l'environnement. Je me suis concentrée sur la cible en vue. Mais je ne vois pas la créature nocturne censée être en face de moi, je commence à perdre patience. S'il apparait, je peux me retrouver en mauvaise posture à nouveau. J'ai réussi à l'atteindre deux fois, je peux le refaire. Il court encore. J'entends sa respiration. Il est doué pour éviter que quiconque ne puisse le voir. Je l'entends mais ne le distingue pas. Je cours moins vite, je prends le temps de regarder partout mais ce n'est pas suffisant. Il est pourtant dans les parages et je veux l'arrêter. Il est rapide. Pas autant que moi, je suis certaine de réussir même s'il me faut parcourir la moitié de cette ville.

« Là » me dit Ash par la pensée.

Nous avons développé un lien au fur et à mesure du temps, ce qui nous permet de communiquer par télépathie. Une chance, le vampire en fuite ne peut deviner nos pensées respectives. Je lève mon couteau, le lance en sa direction et il atterrit dans son épaule. Une fois de plus, il cri de douleur. Je doute que ce soit la plus grosse douleur qu'un vampire puisse connaitre. Je sais que l'Archange de cette ville a fait pire, il a rendu publique quelque chose dont tout le monde souhaite oublier. Pauvre vampire qui en a payé le prix fort. Il reste dans les mémoires maintenant, l'Archange aussi mais il cultive son image intraitable. C'est effrayant. Mais je suis sur son territoire alors je n'ai pas à contredire quoique ce soit. Ce soir, j'aide une chasseuse à rattraper un vampire en fuite, c'est tout. D'ailleurs, plus je m'approche de lui, plus le sang se répand sur le sol. C'est vraiment déguelasse. Je ne veux pas de traces sur mes plumes. Quand j'arrive à sa hauteur, il crie à nouveau suite à la douleur. Tant mieux, le but est de l'immobiliser. Je ne reconnais pas l'arme de mon amie chasseuse. Soit c'est la sienne soit quelqu'un d'autre est dans les parages. Je n'y ai pas porté attention, trop concentrée par le vampire en fuite. Une autre personne est tapie dans un coin d'ombre, je ne distingue rien. Mon attention est portée au blessé à côté de moi afin d'éviter qu'il prenne à nouveau la fuite pour de bon, qu'il puisse arriver à me planter par surprise avec une arme blanche. À ma surprise, il ne bouge pas beaucoup. Une autre créature que nous est dans les parages.

« Heureuse de te revoir ».

La voix de la chasseuse me fait sortir de mes pensées. Elle s'adresse à quelqu'un que je n'arrive pas à voir pour l'instant. Un homme en costume sort des ombres, appuyé contre un lampadaire éteint. Je croise son regard argenté qui ne laisse pas indifférent. Ses cheveux de la même couleur sont magnifiques, je me demande si c'est sa couleur naturelle. Je ne peux pas contredire ce fait, les miens sont naturels. C'est ma vraie couleur bleue. Là n'est pas la question. C'est un vampire. Sa peau dorée rayonne quand je l'aperçois dans la lumière d'un lampadaire allumé. C'est un être qui a un charisme immédiat, il faut le reconnaitre. Je secoue la tête pour ne pas montrer mon trouble.

« Bien joué » dit-il de sa voix suave.

Je ne sais pas à qui il s'adresse et Ash me fait signe que c'est à moi. Un peu intimidée, je souris brièvement.

« J'imagine que ce n'est pas ta première chasse ? » ajoute t-il.

« Tu saignes ».

Le regard de mon amie se pose sur ma main. À force de serrer le couteau, je me suis entaillée la main. Une longue ligne rouge se dessine sur ma peau. Je ne murmure qu'un « Ce n'est rien. Ma peau cicatrise déjà ».

C'est le cas, les anges cicatrisent tout de suite après une blessure superficielle comme une coupure par exemple. Pour d'autres, cela se compte en jours ou en semaines. D'autres nécessites des mois de cicatrisations mais c'est une autre histoire. Notre organisme sait comment le faire. Je ne possède pas de facultés incroyables en terme de cicatrisation, dans tous les sens du terme mais je m'en contente. Après tout, j'ai de la résilience en moi. On me le dit souvent. Je recule d'un pas et effectivement, la coupure a disparue de ma peau. Le vampire approche de moi et jette un œil à ma main, elle est intacte. Il me sourit et je devine une part sauvage en lui, comme un gros chat ou un tigre j'hésite encore. Je ne le connais pas assez pour l'affirmer. Ash semble à l'aise en sa compagnie alors je me détends un peu plus. Je ne veux pas paraitre impolie. Je suppose qu'il fait partie de la garde de l'Archange de la ville. Et dans ce cas, je me dois de rester polie. Son Archange est suffisamment dangereux pour me mettre au placard le restant de mes jours. C'est sa réputation, je ne l'ai jamais rencontré de ma vie. On entend beaucoup de choses dans les médias et le problème est que l'on se forge une idée, souvent fausse. Je le sais. Pour en avoir payé les frais quelques fois. L'Archange de cette ville fait quand même parti du Cadre des dix, autrement dit un cercle d'Archanges très fermés. En côtoyer un doit être vraiment impressionnant. Mais je ne suis pas là pour avoir peur d'un autre ange, je suis ici pour prendre du temps pour moi.

« Je suis Naasir » se présente t-il.

« Aupale » dis-je simplement.

« C'est lui le fugitif ? » demande t-il à l'attention de la chasseuse.

« Oui, Aupe a été d'une efficacité folle. Elle l'a touché trois fois. Mais grâce à toi, il ne bouge plus ».

« Ravi d'avoir été utile Ash et au plaisir, Aupale ».

Le vampire à la peau dorée s'éloigne vers les équipes de la Tour leur expliquer que le fugitif est sous contrôle. Mon amie vient à côté de moi examiner ma main et tout va bien. Je n'ai pas de mérite, c'est Ash qui fait ça tous les jours. Je ne fais que lui apporter une aide, secondaire, quand elle en a besoin et je suis de passage pour un moment à New-York.

« Tu as été parfaite, merci » me dit Ash en me serrant dans ses bras.

« Si je peux t'aider ».

Une fois que l'équipe de la Tour est partie avec Naasir, Ash m'annonce qu'elle doit rentrer. À ces mots, je m'envole jusqu'à chez moi. Récemment, j'ai acquis un appartement dont le toit a été aménagé en terrasse fleurit. Cela me permet de me cacher du vis-à-vis. C'est comme ça que je peux sortir avec ma fille dans les bras. Elle est trop jeune pour supporter la notoriété. Mon appartement est situé non loin de Central Park, j'ai même une vue sur la Tour. Et je recherche une maison dans le quartier de l'Enclave pour être plus tranquille. Les prix sont élevés, c'est bien le problème. J'attends de mieux connaitre New-York avant de faire une quelconque proposition d'achat sur une annonce immobilière. En attendant des futurs projets d'installations plus concrets, je suis bien dans cet appartement. Il est aménagé à mon goût et ce dont je suis la plus fière, c'est ma terrasse fleurit. Dès que l'inspiration n'est plus là, je tente de la retrouver en jardinant un peu. Il se trouve que mes frères et moi avons une notoriété qui grandit au fur et à mesure, on a aussi été pris dans un orchestre classique nord américain d'où notre présence à New-York. Ma fille doit vivre sa vie d'enfant avant tout. Pour l'instant, c'est le cas. Je la préserve du mieux possible. Comme tous les enfants du monde, elle a le droit de vivre son enfance en paix.

« Merci Ayrian » dis-je en le voyant sur la terrasse, un livre à la main. « Tu m'as sauvé la soirée, sans ton aide je n'aurais pas pu rendre service à Ash ».

« C'est un drôle de service, courir après un vampire. J'espère qu'il s'est laissé faire et tu n'as pas aidé Ash depuis longtemps à une chasse ».

« Courir est un grand mot, j'ai dû lancer un couteau trois fois pour qu'il tombe au sol et encore ça n'a pas suffit puisqu'un vampire de la Tour est intervenu ».

« Vraiment ? ».

« C'était rapide, il a saisit le couteau et l'a immobilisé comme s'il ne pesait rien ».

« Nous sommes sur le territoire d'un Archange, sa garde est aux aguets quand une nouvelle personne entre ».

« Pas à chaque fois, si ? Je veux dire, c'est une grande ville et il est impossible d'avoir un œil partout et il dirige le reste du pays. Il a autre chose à faire que de surveiller des musiciens ».

« Tout arrive mais ne t'inquiète pas Aupe, personne ne va te faire de mal ».

« Je sais que tout ne peut qu'aller mieux. Harm a été sage ? ».

« Harm apprécie le violon alors j'ai joué pour l'endormir, ça me fait passer du temps avec mon adorable nièce ».

« Un concert privé, un luxe pour cet enfant ».

« Qu'elle s'y habitue, elle baigne déjà dans la musique ».

« Tu sais, je suis heureuse qu'elle soit là ».

« Nous aussi. Arsène en est baba ».

Mes frères sont deux tontons fiers. J'ai adopté Harmony il y a un an. Je fais du bénévolat de temps en temps dans les hôpitaux, pas que pour les enfants ni les adolescents, les adultes aussi. Je joue notamment aux fêtes de Noël. Mon emploi du temps est chargé alors je ne peux pas me permettre de venir aussi souvent que je le souhaite. C'est une démarche importante. Pour eux comme pour moi, j'apporte de la musique dans un lien où il n'y en a pas. Voir des sourires sur leur visage n'a pas de prix. Ils apprécient. Parfois, il arrive que mes frères viennent. On nous appelle « les trois A ». Mes frères sont indispensables à ma vie, j'ai besoin d'eux. Ils m'aident tous les jours. Sans eux, je me demande comment j'aurai échappé à ma relation toxique et sans eux, je n'aurai pas eu le courage de faire les démarches pour adopter Harmony, ce bébé innocent laissé pour compte, sans perspective d'avenir à l'hôpital. J'ai eu un coup de cœur pour elle, une sorte de connexion mutuelle aussi de sa part. Cette sensation est unique. J'ai mis du temps à la retranscrire sur le papier, j'en ai publié un livre. Les fonds ont été reversés à l'hôpital. À cette époque, mon cœur était en miettes, mon âme était en miettes. Plus rien ne suffisait à me faire remonter à la surface. Ma relation toxique m'a laissé des traces. Les mots. On ne les oublient pas. Alors, faire de nouveau confiance à une autre personne est compliqué pour moi. Ma confiance en moi est réduite et maintenant je me méfie des gens. Rencontrer quelqu'un n'est pas envisageable. Je préfère me concentrer sur ma musique. Je ne suis pas qu'une joueuse de violon, je compose des mélodies et les textes sont ajoutés à part dans un livret inséré dans l'album. C'est un concept que j'apprécie de faire de plus en plus. Je m'exprime autant qu'en reprenant des œuvres de grands musiciens connus de tous. Ma musique a sauvé une partie de mon âme. L'autre partie sauvée, je la doit à mes deux frères incroyables et à ma fille dont il faut s'occuper même quand le moral est à zéro.

Tout ce que je veux, c'est le bonheur d'Harmony. Pour moi, c'est ce qui compte le plus. Elle fait désormais partie de la famille. Elle ne me ressemble pas physiquement, c'est la seule différence et je souhaite lui offrir un foyer agréable et chaleureux. Son bien-être est ma priorité. Je peux faire une croix sur beaucoup de choses mais pas sur elle.

Alors je me suis installée à New-York dans l'espoir de prendre du temps pour moi afin de composer un nouvel album. J'aime l'exercice. Écrire est une thérapie au final. Mettre des mots sur une mélodie à part est un peu particulier mais intéressant. Le public suit mes aventures en tout cas. C'est gratifiant. Je les partagent sans problème avec les gens. Ils les interprètent à leur manière, chacun d'eux a une histoire propre et la plus belle chose que l'on puisse me dire est que la mélodie leur parle, qu'elle les a aidé à une période de leur vie pour une raison spéciale, qu'elle soit bonne ou négative. La musique adoucit les mœurs comme on dit. Si elle a sauvé mon cœur, elle peut le faire pour les autres. Partager est mon moteur dans ces cas là. Et quand je joue devant des enfants, il y a une sorte de fierté dans leur regard. Ils s'évadent.

« Il est temps de rentrer » dis-je.

La nuit est tombée depuis longtemps. Mon frère ferme la fenêtre de la terrasse en dernier.

« Je me suis un peu étalé » dit-il un peu embarrassé.

Des partitions, des stylos sont disposés sur le sol et sur la table de la cuisine. Je le laisse faire comme chez lui. Qu'il prenne de la place dans le salon s'il le souhaite pour travailler ou étaler des jouets d'enfants, qu'il rit fort avec ma fille, qu'il écoute de la musique avec ou sans elle, qu'il joue du violon avec ou sans elle. Ayrian a suffisamment eu de soucis avec moi comme ça. Alors qu'il étale ses affaires s'il le souhaite. De toute façon, je ne suis pas au courant de ses créations. Il ne veut pas m'en parler. Je pars dans la cuisine préparer du thé et revient avec deux tasses.

« Tu fais comme chez toi, j'aime te voir souriant ».

En disant cela, je me souviens du visage d'Ayrian quand il est venu me chercher pour une répétition. L'homme avec lequel je suis sortie m'a donné une gifle. Ce n'était pas la première. À ce moment là, j'étais déjà en train de créer un lien avec ce bébé angélique à l'hôpital où je jouais auprès des enfants malades. Ma seule bouffée d'oxygène. Mon frère a claqué la porte de colère, tout ça pour découvrir une trace rouge sur ma joue. En l'espace d'un instant, j'ai vu une partie de ma vie défiler. Une horrible sensation. Sans la présence de mon frère, les choses n'auraient pas été ce qu'elles sont. Je suis entourée de mes deux frères ainés. Rien ne peut lutter contre un lien fraternel aussi fort que le notre. Ma famille est ma priorité. Eux n'ont pas encore d'enfant mais ce seront des papas formidables. J'en suis convaincue. Je veux qu'Harm connaissent leur futur enfant respectif. Nous formerons une belle équipe. Nous en formons une formidable actuellement hein que l'on s'entende sur ce point.

Je ne peux m'empêcher de jeter un œil au lit de ma fille qui dort profondément. Elle est apaisée. Rien ne peut la déranger. En sortant, mon frère est assis dans le salon, sur le canapé. Il essaie de trouver un programme télé convenable pour passer la soirée. Il est d'humeur pensive j'ai l'impression. D'un coup, il lève la tête et se lève du canapé. Je n'ai rien dit. Il se dirige vers le four et la porte ouverte de celui-ci dégage une odeur de cookies. Il a cuisiné des cookies.

« Des cookies ? ».

« Ce sont tes préférés » sourit-il.

« Pépite de chocolat et caramel » murmurais-je satisfaite.

Mon frère sait me prendre par les sentiments. Je ne peux pas résister à sa cuisine en règle générale. Il cuisine mieux que quiconque. Ses cookies sont merveilleux. Heureusement qu'il a déménagé à New-York aussi. Sans lui, je me demande comment affronter la vie dans cette ville. Je dois jouer bientôt à l'opéra, on a un concert avec l'orchestre. Mes frères seront à Boston pendant ce temps pour un concert aussi. On essaye de se trouver dans le même orchestre lors des concerts pour être le plus possible ensemble. Ils savent que j'ai besoin de leur présence et c'est une chance que notre agent en commun le comprenne. Trois musiciens pour une seule personne, c'est du travail. En attendant, je n'ai pas consulté mon agenda pour la suite des projets. Je dois faire une répétition avant la semaine prochaine. Le concert sera au profit d'une association caritative. J'espère que les dons seront conséquents. Pour les enfants, la musique est une évasion. Une bulle hors des traitements et je comprends leur envie de penser à autre chose. Quand je joue pour eux, je pense automatiquement à Harm. S'il lui arrivait quelque chose, je ne m'en remettrais pas. Les parents que je rencontre parfois ont beaucoup de courage et les enfants sont incroyables.

« Rien de tel pour se réconforter après une chasse ».

Les cookies sont fondants, idéaux pour se réconforter après la chasse avec Ash. Elle m'a dit que tout suivra son cours. Le vampire fugitif sera à la merci de l'ange chez qui il travaille. D'un côté, je le pleins. Être au service d'un ange qui n'a pas de bonnes attentions est quelque chose qui est effrayant. J'emploie une baby sitter pour ma fille, une vampire récemment transformée. Cela ne fait que trois ans qu'elle goûte à l'éternité. C'est une baby sitter sur laquelle je peux compter. Je sais que son passé lui pèse sur les épaules, elle veut avancer et je respecte ça. Lui donner sa chance est la meilleure chose à faire. Tout le monde a le droit à une deuxième chance. Je dois la rappeler pour lui donner les soirées où je ne suis pas à la maison. Harm est comme insomniaque en ce moment, elle a des difficultés à s'endormir ou alors elle ne dort pas. La pauvre aura de quoi faire pendant une partie de la nuit, elle connait Harm depuis le temps.

« Merci ».

« Tu es ma sœur, logique que je prenne soin de toi ».

« Sans vous deux, je ne sais pas ce que je ferais ».

« Trois. Harm est là. L'adopter a été la meilleure décision ».

« Connaissant son passé, je me devais de le faire et qui c'est si j'aurai des enfants un jour. L'un de vous deux sera le premier de la fratrie à en avoir un naturellement ».

« Harm t'as apporté une stabilité ».

Une stabilité. En un an, ma vie a changé. Avant, j'étais au sein d'une relation malsaine. Depuis, je me suis reconstruite comme je pouvais. J'ai une vie plus stable avec Harm et mes frères ont emménagé à New-York aussi. Les cicatrices de cette ancienne relation seront toujours là. Les effacer seraient impossible et de toute façon, ça fait partie de ma vie, pas la meilleure partie mais j'avance. Je ne veux plus fermer les yeux, je ne veux pas que mes frères se sentent obligés de s'occuper de moi, ils doivent avoir leur vie aussi mais je les connais suffisamment pour savoir qu'ils prennent soin de moi pour me faire comprendre que la famille passe avant tout. Sur ce point, je suis d'accord. Ayrian est un ange adorable, il a beaucoup de qualités et je suis heureuse de passer plus de temps avec lui. Il en profite aussi pour passer des moments avec Harm. C'est important pour elle de connaitre ça. J'ai entendu dire qu'il y a un hôpital au Refuge. Je me demande combien d'anges sont en soin. J'espère que j'aurai l'occasion d'aller jouer auprès d'eux, je serais curieuse de connaitre les locaux et surtout le refuge au sein d'un territoire d'un Archange. Je crois que c'est ce qui m'intrigue le plus. Je n'ai jamais rencontré un Archange de ma ville. Mes quatre siècles d'existence sont un battement d'ailes pour eux. Je ne représente pas grand chose. J'ai besoin de voir du monde et je pense être dans le bon lieu pour ça. Si un an auparavant, j'étais différente maintenant je suis plus sereine sur l'avenir sachant que ma fille va bien, que mes frères sont là, que mes projets musicaux évoluent et que l'on se trouve dans une nouvelle ville.

« Je sais. Vous aussi tu sais ».

« Trop de sentiments d'un coup » rit-il.

Ses affaires sont toujours à leur place et je me demande si je serais capable de faire la même chose que lui, ne pas me soucier du passé trop longtemps et profiter du moment présent. J'ai l'impression que c'est quand tout va mal que l'on profite des moments où tout va bien et inversement, un peu comme si on prend conscience que d'un coup, la vie vaut la peine d'être vécue même si elle est déguelasse parfois. On ne peut pas dire qu'elle soit parfaite. Elle ne l'est pas. Je me demande si c'est pour cette raison que l'on veut vivre beaucoup de choses, éviter de souffrir pour ne pas en perdre une miette. C'est un peu étrange, non ?

« Oh j'ai oublié de prévenir Inès. Sa leçon de ce soir ».

Inès est ma voisine de palier. C'est une enfant adorable qui commence le piano et comme j'ai des notions (grâce à mon second frère et j'en ai joué longtemps même si je joue essentiellement du violon). Je me dis que pour l'aider, je peux lui consacrer du temps. Les cours de musiques ne sont pas donnés ici alors je pense faire une bonne action. Il m'est arrivée de demander à sa mère de garder ma fille pendant une heure ou deux en cas d'indisponibilité de la baby sitter. Heureusement, elle accepte. Sans elle, je ne sais pas comment faire dans ces cas là. Ma voisine travaille dur et je prends ça en considération en étant avec sa fille une heure par semaine. Il lui arrive de venir toquer à ma porte quand elle le souhaite et je ne peux pas le lui refuser, elle est si mignonne.

« Je m'en suis chargé ».

« Tu es le meilleur » dis-je. « J'espère qu'elle ne m'en veut pas ».

« Ne t'inquiète pas, elle a bien compris. J'ai eu le droit à un update de ses dessins ».

Inès adore dessiner. Elle est fascinée par les anges. Évidemment dès qu'elle en voit un voler dans le ciel, elle ne peut s'empêcher de l'admirer. Ce que je peux comprendre. Si j'étais humaine comme elle, c'est évident que je serais admirative des créatures aussi belles que les anges. Ces créatures ont une grâce, un charisme que d'autres n'ont pas. Pas dans le sens où un humain n'a pas de charisme mais pour un ange c'est différent, les regards sont automatiquement braqués sur eux, l'allure, les ailes. Les ailes sont ce qu'il y a de plus beau. Pour eux, c'est facile d'attirer l'attention. Étant un ange, je ne peux pas reprocher ça aux humains et encore moins à une enfant comme Inès. On peut tout lui pardonner. Elle aime dessiner aussi souvent que possible. Outre les images trouvables sur Internet, voir un ange voler en direct est ce qu'il y a de mieux pour elle. Les détails lui sautent aux yeux. À ce sujet, je pense qu'elle a des choses à me raconter.


Hey !

Vous avez bien lu ! Un nouveau personnage fait son apparition, enfin quatre en tout (oui j'aime les histoires avec pas mal de personnages). Cette fois-ci, il s'agit d'Aupale. Une joueuse de violon. La question que vous vous posez, qui est t-elle ? Hé bien c'est une surprise mais vous avez des éléments de réponses concernant son identité dans le chapitre. Chapitre écrit rapidement (exploit ces derniers temps mais qui montre quand même une motivation inspirante pour écrire et ça c'est cool !).

Bonne lecture ! ;)