— Hitomi !
Elle grogna en s'effondrant sur le pallier du balcon. D'accord, c'était un peu dramatique, mais elle était vraiment incapable du moindre pas de plus, et Lee était tout près d'elle maintenant. Elle serra les dents quand il la souleva de terre – le mouvement avait déplacé sa jambe, et elle avait l'impression de voir des étoiles. Ses yeux roulèrent brièvement derrière ses paupières mi-closes.
— J'ai su tout de suite en voyant ce coup qu'elle aurait des problèmes, pesta la voix de Sakura au-dessus d'elle.
— De quel type de problème parle-t-on ici, Sakura-chan ?
Elle sourit en entendant le ton faussement désinvolte de Kakashi. Il allait s'occuper d'elle. L'emmener jusqu'à Ensui, sans doute. Elle soupira de soulagement dès l'instant où Sakura posa ses mains autour de son genou et que le picotement frais du ninjutsu médical se déversa sous sa peau.
— Hum… Un mois en plâtre et béquilles, puis une remise à l'exercice progressive.
— Génial, marmonna Hitomi avec une moue boudeuse.
— Hey, tu n'as pas exactement le droit de râler, Hitomi-chan. Chaque combat comporte ses risques, pas vrai ?
Elle sourit faiblement, remua pour s'appuyer plus confortablement contre Lee, qui l'avait tirée hors du passage le plus délicatement possible. Elle était vraiment contente d'être remontée avant que les ninjas médecins ne la repèrent. Sakura, Karin et Ensui, aucun problème, même les trois ensemble, mais elle n'avait aucune envie de passer entre les mains d'un shinobi inconnu, d'autant plus quelqu'un venu d'un autre village que le sien.
Même si, à Konoha aussi, des loups rôdaient parmi les hommes.
Elle perdit connaissance quelque part dans les minutes qui suivirent, entourée par des personnes à qui elle faisait confiance concernant sa sécurité, et se réveilla dans sa chambre d'hôtel. Ensui se trouvait à ses côtés, occupé à écrire un message dans son carnet communicant. Elle l'avait relié à celui de Gaara… Elle devait aussi lier Naruto et Gaara si elle en avait l'occasion. Elle battit des paupières, grogna faiblement et tenta de se redresser, mais la main de son maître l'arrêta, la maintenant faiblement contre les coussins. Il referma son carnet et le posa sur ses genoux, puis prit la parole :
— Tu leur as vraiment montré qui tu étais, pas vrai ?
Sa voix était douce, amusée. Elle hocha la tête. Il la vit déglutir et la relâcha pour présenter devant ses lèvres un gobelet muni d'une paille. Sagement, elle obéit à son commandement muet et se mit à boire. Il la regarda faire, la plus légère nuance d'inquiétude au fond des yeux quand ils s'égarèrent du côté de son genoux.
— Un mois de convalescence, hm ? dit-elle une fois sa gorgée d'eau avalée.
— Ca aurait pu être bien pire. Ce genre de blessures peuvent être vraiment problématiques pour des shinobi. Tu as de la chance que ta fracture soit nette et superficielle. Je serai là pour t'aider à te remettre en forme après la convalescence. Si tu fais tout ce qu'il faut correctement, tu ne subiras aucune conséquence sur le long terme.
Elle plissa les lèvres mais ne protesta pas. Elle se sentait stupidement heureuse qu'il lui rappelle sa présence, son soutien. Elle ne doutait pas qu'il tienne parole. Ensui était un shinobi, tricheur, voleur, menteur, mais il ne trahirait pas les êtres chers à ses yeux, et elle savait qu'elle en faisait partie.
— Où sont mes chats ?
— L'examinateur a demandé qu'ils repartent dans le Monde Spirituel tant que tu étais inconsciente. Sans ton contrôle, ils sont considérés comme des armes dangereuses et personne ne voulait prendre le risque qu'ils s'embrouillent avec des ninjas étrangers.
Comme si Hoshihi était aussi stupide. Bon, d'accord, Haîro et Hokori auraient mal réagi si on leur avait manqué de respect, elle devait l'admettre. Mais Hoshihi les aurait contrôlés sans problème. En tant que familier, il exerçait une autorité instinctive sur ses pairs. C'était un trait tellement prononcé qu'il avait permis à Aotsuki, familière de son grand-père, de devenir cheffe du clan Hikari. Son compagnon au pelage couleur de feu suivrait-il le même chemin ? Elle pouvait l'imaginer dans ce rôle. Et après tout, il avait été l'apprenti d'Aotsuki…
— Lee sera bientôt de retour. Il est parti dévaliser le buffet de l'hôtel en ton nom.
— Excellente initiative, grogna-t-elle en rajustant sa position.
La fin de leur relation planait comme une ombre de plus en plus certaine au-dessus d'elle. Elle ne pouvait plus l'ignorer à présent. Est-ce que ça ferait mal ? Est-ce qu'elle parviendrait à sourire quand il quitterait le village et, lui aussi, la laisserait derrière ? La main qu'Ensui posa sur son avant-bras attira son attention. Elle leva les yeux, rencontrant son regard sérieux, ferme.
— Je ne me sens pas très bien, finit-elle par murmurer.
Elle n'avait pas besoin de préciser qu'elle parlait de sa santé mentale et non physique. Il savait. Il savait que les chemins les plus sombres ne se trouvaient jamais bien loin de ceux où elle décidait de poser les pieds. Il devait particulièrement surveiller ses moments d'euphorie, la chute était tellement dure après avoir effleuré les sommets. Ses doigts caressèrent la cicatrice sur sa joue – le trophée de sa survie face à Orochimaru. Il n'arrivait toujours pas à croire que le serpent soit mort, ni le prix que son apprentie avait payé de ses rencontres avec le déserteur.
— Ca va passer, répondit-il sur le même ton. Je suis là. Tu es en sécurité. Je te protège.
Elle hocha la tête et il la regarda se réenfoncer lentement dans le sommeil, sans nul doute aidée par les antalgiques que Sakura lui avait injectés une heure plus tôt, pour éviter qu'elle souffre trop au réveil. Pendant quelques minutes, il resta juste là à caresser ses cheveux défaits – il avait lui-même ôté l'élastique de sa queue de cheval quand il l'avait vue étendue sur son lit, immobile. Il n'avait pas envie de quitter son chevet… Mais il le fallait. Lentement, il se leva et, après un dernier regard dans sa direction, quitta la chambre, laissant un clone derrière lui.
Kakashi l'attendait, avachi à l'une des tables du restaurant au rez-de-chaussée de l'hôtel. Il faisait de son mieux pour avoir l'air paresseux et inoffensif, mais personne n'était dupe. Le Ninja Copieur contenait mal son ire à l'idée que l'une de ses précieuses élèves ait été blessée. Le mot était passé parmi les autres Jônin de ne pas le laisser seul avec Sai. Même Kurenai avait obtempéré, alors qu'elle était sans doute celle qui avait le plus de raisons de balancer le gamin dans une pièce vide avec son collègue. Aucun d'eux ne voulait affronter la fureur de Tsunade si cela se produisait.
— Comment va-t-elle ? demanda l'homme en voyant Ensui approcher.
Avec un soupir, il s'assit à côté de son confrère, étendant ses longues jambes sous la table. Son regard porta sur le reste de la salle, pour l'instant vide si on omettait les employés civils de l'hôtel. L'un d'eux pouvait toujours être un espion de Kusagakure, aussi maintint-t-il sa voix à un volume suffisamment bas pour que seul Kakashi l'entende.
— Pas si bien que ça. L'euphorie de la victoire est passée. Elle supportera mal la convalescence si on ne lui donne pas de quoi s'occuper. Je sais que ce ne sera bientôt plus ton problème, mais…
Kakashi laissa échapper une exclamation désabusée avant de répondre :
— Quand on m'a attribué mes gamins, je t'aurais sans doute dit de te débrouiller avec ce genre de problèmes. Maintenant… Je veux aider. Bien sûr que je veux aider. Qui aurait cru que les Genin émotionnellement instables étaient ma faiblesse ?
— À peu près tout le village depuis que tu les as sous ton aile.
— Tch.
Un silence paisible s'étendit entre eux pendant quelques secondes. Ils regardèrent le personnel s'animer en préparation du coup de feu à venir, quand on viendrait gentiment leur demander ce qu'ils voulaient manger et s'ils préféraient dîner ici ou dans leurs chambres. Lee passa en coup de vent près de leur table, mais Ensui l'attrapa par le poignet pour l'arrêter.
— Elle s'est rendormie. Tu lui apporteras à manger plus tard.
— O-oui monsieur !
Il rit en voyant le jeune homme lui faire un salut presque militaire avant de rebrousser chemin et de disparaître hors de sa vue. Kakashi et lui échangèrent un regard presque complice, quelque chose que les commères du village auraient cru impossible ne serait-ce qu'un an plus tôt.
— Gai va te manquer quand il partira du village avec ce gamin, pas vrai ?
Kakashi n'hésita que quelques secondes avant de répondre :
— Je pense, oui. J'ai décidé de demander à Hitomi-chan si elle peut nous faire une paire de cahiers communicants, comme ceux qu'elle a donnés à ses amis et Naruto. Ca fait plusieurs semaines qu'elle a découvert comment relier plusieurs carnets entre eux, plutôt qu'uniquement au sien. Elle n'arrête pas de parler de retourner à Sunagakure et de mettre la main sur Naruto.
— Elle acceptera sans doute, d'autant plus que je compte aussi l'emmener hors du village quand elle sera remise. Je demanderai à Shikaku-sama de nous donner une mission, ou que sais-je. Elle a encore plein de choses à apprendre.
— C'est bien vrai ça. D'ailleurs, ça pourrait l'occuper pendant sa convalescence, non ?
Ensui songea au butin récupéré dans la cache sous l'ancienne boulangerie des terres Uchiha. Elle avait de quoi s'occuper là-dedans, mais ça ne suffirait pas. Il ne pouvait pas la laisser se consacrer à une seule tâche, elle gérerait trop mal l'aspect répétitif qui venait avec ce genre d'occupation. Non, il devait trouver d'autres choses qui garderaient sa titanesque Bibliothèque tourner à plein régime. Néanmoins, c'était une piste, et une bonne, il devait l'admettre.
— Elle survivra, finit par dire Kakashi. Elle est plus solide que ce qu'elle laisse paraître. Sa moue innocente m'a trompé jusqu'à ce qu'elle décide de mettre le feu au terrain d'entraînement où je faisais passer le test des clochettes à son équipe.
— Elle survivra, oui, concéda Ensui. Mais à quel prix ? Je veux quelque chose de mieux qu'une simple survie pour elle. Elle mérite mieux.
— J'espère aussi qu'elle obtiendra mieux, bien entendu, mais on n'a pas toujours ce qu'on mérite. Il suffit de nous voir tous les deux pour comprendre ça.
Ensui acquiesça et fit signe à un serveur qui passait non loin. Quand le jeune homme approcha, il commanda le repas pour lui-même et son apprentie, à envoyer dans la chambre où elle dormait encore. Il était temps qu'il retourne à son chevet. Même avec un clone à ses côtés, il ne se sentait pas à l'aise à l'idée de la laisser trop longtemps hors de sa vue. Et il ne voulait pas qu'elle se réveille avant qu'il retourne près d'elle. Elle ne percevrait pas la différence entre une copie et l'original, mais lui, il saurait.
Hitomi avait remué, il le remarqua tout de suite quand il entra dans la chambre. D'une main douce, il s'empara de son bras droit, qui pendait dans le vide, et ajusta sa position le long de son flanc. Elle soupira, tourna la tête vers lui, mais ne se réveilla pas. Un sourire attendri effleura ses lèvres. Il caressa du bout des doigts une mèche de cheveux noirs et bouclés, plongé dans ses souvenirs. Elle avait tellement grandi. Se trouver dans l'ombre d'une kunoichi pareille le remplissait de fierté ; il ne se serait avancé dans la lumière pour rien au monde.
Après quelques instants d'immobilité et d'indécision, il contourna le lit et se dirigea vers la fenêtre. Il ouvrit les rideaux lentement, un centimètre après l'autre, baignant la petite chambre de la lumière du soleil couchant. Dans quelques jours, elle deviendrait officiellement une Chûnin de Konoha. Elle ne serait plus l'élève de Kakashi. Seulement son apprentie, son apprentie à lui. Les yeux perdus dans le vide, il imagina ce que ce serait, de se trouver à nouveau sur les routes avec elle, de redevenir l'unique bénéficiaire du petit sourire féroce et avide qu'elle arborait à chaque fois qu'elle se trouvait face à une connaissance nouvelle. Il ne devait qu'à sa volonté de ne pas harceler Tsunade pour qu'Hitomi soit promue immédiatement.
Il pouvait attendre.
Il entendit un petit grognement dans son dos et se tourna vers le lit. Il avait passé assez de fois les heures avant l'aurore à monter la garde pour savoir qu'il s'agissait du signal que son apprentie se réveillait. Il avait du mal à décider de quelque côté il se trouvait, entre ombre et lumière, souvenirs et temps présent, à cet instant. Mais il ne pouvait mettre cette impression sur le compte d'une quelconque indécision. L'indécision était la faiblesse du shinobi. Il ne se sentait pas faible. Simplement nostalgique et farouchement protecteur.
— Shishou ? fit la voix rauque d'Hitomi.
— Je suis là.
Sa voix n'était qu'un murmure, mais elle sourit, tout son visage se teintant d'une expression réconfortée. Comme si le simple fait qu'il se tienne à portée de voix la baignait d'un sentiment de sécurité. Il espérait posséder ce pouvoir, pas parce qu'il s'en sentait gratifié ou meilleur, mais parce qu'il avait envie d'améliorer jusqu'aux plus discrets aspects de la vie de sa protégée. Il se demandait parfois si c'était ce que ça faisait, d'être le père d'un enfant qu'on voyait grandir, qu'on apprenait à connaître mieux qu'il ne se connaissait lui-même.
L'estomac d'Hitomi gronda et elle tourna la tête en entendant son shishou rire doucement. Il envoya son clone hors de la pièce – pour aller chercher Lee ? – puis revint s'asseoir à son chevet. Ils ne remplirent pas le silence de mots inutiles, satisfaits avec la simple présence de l'autre. Quelques minutes plus tard, Lee entra dans la chambre aux côtés d'un homme vêtu de la livrée de l'hôtel, et qui poussait un chariot croulant sous les victuailles. Elle sourit, reconnaissant la patte d'Ensui derrière ce geste.
— Hitomi, tu vas bien ?
Elle leva les yeux vers Lee. Ignorer la pointe de douleur qui lui vrillait le cœur à chaque fois qu'elle le regardait devenait difficile, mais elle était un shinobi, celle qui endurait, comme disait Jiraiya dans son premier roman. Un jour, les mots seraient repris par Naruto et sauveraient Konoha de la dévastation, si elle ne parvenait pas à arrêter cette chaîne d'évènements en particulier. Elle n'était pas sûre d'y arriver, en toute sincérité. L'adversaire était tellement, tellement plus fort qu'elle, et avait eu toute une vie pour acquérir une telle puissance. Elle, elle ne disposait que de quelques années supplémentaires.
— Ça va. Je commence à avoir un peu mal au genou et j'ai faim, mais rien de grave.
— Tu iras mieux une fois que tu auras mangé. Tu dois reprendre des forces !
Elle hocha la tête avec un sourire incertain et le laissa pousser le chariot jusqu'au côté de son lit, là où elle n'aurait qu'à tendre la main pour attirer la nourriture jusqu'à elle. Ensui attrapa une assiette pour lui-même et se mit à manger sans plus de cérémonie, surveillant les deux adolescents d'un œil. Il savait très bien ce qui se jouait devant lui. Parfois, sa propre impuissance lui donnait envie de hurler, mais hurler n'aurait pas effacé le vide dans les yeux de son apprentie, soigneusement dissimulé derrière une apparence paisible. Elle était douée pour prétendre. Pas assez douée.
Le lendemain, Tsunade vint apporter une paire de béquilles à Hitomi, en la menaçant copieusement de la faire passer par une fenêtre si elle ne les utilisait pas systématiquement. La jeune fille se contenta d'un sourire innocent. On ne contrariait pas la Hokage quand elle était de cette humeur, pas si on tenait à la vie. Elle s'entraîna dans la petite chambre jusqu'à ce qu'elle soit capable de faire plus de dix pas sans s'emmêler les pinceaux. Si seulement elle pouvait plutôt faire ses déplacements à dos d'Hoshihi… Mais Tsunade l'avait fusillée du regard quand elle l'avait suggéré. Apparemment, invoquer un chat cracheur de feu qui mesurait deux mètres au garrot en territoire étranger était une provocation. Allez comprendre.
La Hokage et ses conseillers furent rarement aperçus les jours qui suivirent. La cérémonie de promotion était prévue pour exactement une semaine après la fin du tournoi, mais le bruit courait que certains dignitaires étrangers essayaient de freiner les promotions des villages rivaux. Hitomi ne pouvait s'empêcher de sourire quand elle imaginait tout ce qu'il fallait à Tsunade afin de s'empêcher d'en attraper un pour taper sur l'autre. À sa place, elle aurait eu du mal en tout cas. Rien que d'y penser, elle avait des envies de violence. Heureusement qu'elle ne se projetait pas dans une position politique une fois qu'elle serait adulte.
Elle n'aimait pas se reposer comme ça, mais Ensui veillait au grain. Il lui avait donné des exercices de contrôle de chakra, si exigeants et complexes qu'il était certain de l'occuper pendant un long moment. Il avait demandé conseil à Shizune et elle lui avait fourni une liste d'instructions qu'elle avait suivies durant son propre apprentissage sous la tutelle de Tsunade. Hitomi ne deviendrait jamais un ninja médecin. Elle n'était pas assez altruiste pour ça, et elle aimait trop se battre. Mais pour maîtriser les pans du fûinjutsu vers lesquels elle se dirigeait, elle aurait besoin d'un contrôle plus pointu qu'il ne pouvait imaginer.
Il avait choisi cette occupation parce qu'elle ne pouvait pas se blesser en utilisant trop de chakra avec ces exercices, qui demandaient à peine plus d'une étincelle à la fois. Si elle avait besoin d'une plus grande quantité d'énergie, cela signifiait simplement qu'elle devait encore affiner son contrôle. À la fin de la semaine, elle avait atteint l'objectif qu'il lui avait fixé, et était capable de coudre deux morceaux de tissu ensemble en utilisant uniquement son chakra pour manipuler le fil et l'aiguille. Il lui offrit son sourire le plus fier et ouvrait la bouche pour la féliciter quand un ninja de Kusagakure apparut devant eux, dans le petit parc où ils s'étaient installés pour travailler.
— Nara-san, Yûhi-san, la cérémonie de promotion commencera dans une heure dans l'arène où le tournoi a eu lieu. Votre Hokage m'a envoyé vous chercher.
Maître et apprentie échangèrent un regard lourd de sens. Elle aurait pu clopiner dans ses béquilles jusque-là, mais ce serait une stupide perte de temps. Il se leva et s'agenouilla devant elle de manière à ce qu'elle puisse s'accrocher à son dos. En se relevant, il attrapa ses béquilles et suivit le messager sans un mot, assurant la position d'Hitomi en posant une main sur le bras qu'elle avait passé autour de ses épaules. Un discret sourire aux lèvres, elle appuya sa tête contre le côté de la sienne et décida de ne pas protester. Oui, elle pouvait marcher, non, ce n'était pas le moment.
Les autres Genin étaient déjà présents, regroupés en rangs serrés par village. Ensui la déposa entre Sakura et Karin, lui tendit ses béquilles, puis alla rejoindre les autres dignitaires de Konoha regroupés derrière Tsunade. Lee se tenait devant elle : elle lui effleura l'omoplate pour attirer son attention. Il se retourna, sourit tendrement, puis reporta son attention sur le discours du chef de guerre de Kusagakure. Hitomi l'écoutait elle aussi d'une oreille, mais aucun sens caché ne s'enroulait dans les mots qu'il prononçait.
— À présent, je vais laisser la parole à mes pairs, qui nommeront les Genin reconnus comme dignes d'une promotion.
Une étincelle de tension courut à travers l'assemblée de Genin. La vague d'aura autour d'eux n'était pas exactement meurtrière, mais concentrée, intense, emplie de fermeté et de volonté. Ils ne faibliraient pas. Hitomi effleura la garde de son tantô du bout des doigts. Elle devrait lâcher ses béquilles si elle était amenée à le dégainer et se battre. Tsunade la tuerait.
— Puisque Konohagakure promeut aujourd'hui le plus grand nombre de Genin, Hokage-sama va ouvrir la cérémonie en annonçant lesquels de ses soldats recevront aujourd'hui le titre de Chûnin. Estimée Tsunade-sama, je vous laisse la parole.
L'air impériale, la cheffe de guerre de Konohagakure prit place à l'avant de l'estrade qui avait été construite pour l'occasion. Elle portait son haori vert sombre : il accentuait la force soigneusement dissimulée dans sa silhouette longue et mince, le ton pâle de sa peau et l'intensité presque effrayante de ses yeux couleur miel. Tsunade était un paradoxe. La meilleure chirurgienne et médic au monde, l'un des shinobi les plus dangereux que cette terre ait jamais porté.
— Avant de commencer, je tiens à remercier mes shinobi pour le spectacle qu'ils ont offert à mes pairs et moi durant le tournoi. Vous m'avez rendue fière. Vous êtes la fierté de Konoha.
Les Genin de Konoha applaudirent avec enthousiasme. Différents degrés de sourires jouaient sur la plupart de leurs visages, exposant juste un éclat de l'impatience et de la satisfaction qu'ils ressentaient. Tsunade acquiesça légèrement, sa fierté claire comme le jour sur ses traits, puis reprit la parole :
— Nous allons commencer avec nos aînés. Gai-sensei, avancez et remettez leurs insignes à Mori no Tenten, Neji Hyûga et Rock Lee.
Le sensei descendit de l'estrade, trois vestes Chûnin entre ses mains. Il aida d'abord Tenten à l'enfiler par-dessus sa tenue, puis Neji, et enfin Lee. Pour son apprenti, son prodige de l'effort, il eut les larmes aux yeux. À cet instant, Hitomi ne put s'empêcher de se demander comment les coéquipiers de son petit-ami réagissaient à la préférence si visible de leur professeur par l'un d'entre eux. L'instant passa, et les trois Chûnin nouvellement promus se décalèrent pour se trouver à l'arrière du groupe. Désormais, Hitomi, Karin et Sakura se trouvaient au premier rang, Hinata, Shino et Kiba derrière elles.
— Kakashi-sensei, continua Tsunade, avancez et remettez leurs insignes à Sakura Haruno, Karin Uzumaki et Hitomi Yûhi.
Frémissante d'énergie contenue, Hitomi regarda son professeur descendre de l'estrade avec le pas souple et dangereux d'un prédateur. Il s'arrêta devant Sakura d'abord, l'aida à enfiler la veste vert sombre par-dessus la tenue de médic qu'elle portait quand elle ne devait pas se battre. Il lui sourit, puis passa à Karin, vêtue d'un uniforme similaire, et répéta les gestes. Enfin, il s'arrêta devant sa troisième élève. D'une main ferme, il rassembla ses longs cheveux noirs dans une main et la soutint de l'autre, pour qu'elle n'ait pas besoin de ses béquilles et puisse enfiler la veste elle-même. Par-dessus l'épaule de Kakashi, elle percevait les regards d'Ensui et Kurenai, fierté et satisfaction mêlées.
Elle l'avait fait.
Elle était une Chûnin de Konoha.
