Playlist

« Fall away » The Fray

« Walk away » The Script

« Be my mistake » The 1975

« Suivre une étoile » Nolwenn Leroy

« Sors de ma tête » Philippine

« Canyon moon » Harry Styles

Chapitre n°14

Point de vue d'Illium

Je ne sais pas si passer la soirée avec un jeune ange âgé d'un siècle et demi quasiment on ne va pas jouer sur les années dans ce cadre précis est une bonne idée. Il est visiblement pris dans les vapeurs d'alcool. Son regard dérive un peu. Le vampire aux cheveux argentés (une couleur assez improbable mais qui lui va comme un gant) regarde la scène en baillant. Vu comme ça, Naasir ne m'aide absolument pas. Il a tenu à voir la ténacité de notre Cupidon préféré dans un bar. Il est du genre naïf et joyeux de nature, ce qui fait qu'on ne peut pas refuser quoique ce soit à cet ange. Résultat, je sens déjà les réprimandes de Sombre Suzerain sur mes épaules.

« Tu es sûr que ça va ? ».

Je pense légèrement la tête sur le côté. Je ne sais pas pourquoi. Sans doute pour m'assurer d'une certaine façon que je suis bien assis en face d'un des anges du Refuge, qui plus est un ange de la future garde d'Ellie. Si elle l'apprend, je suis fichue. Hors de question que ça se sache en dehors des murs de ce bar. Mais c'est bien ça, Izak est euphorique. Honnêtement je n'ai pas envie de voir ça encore une heure. Je vais ramener cet ange dans sa chambre à la Tour et demain ce sera de l'histoire ancienne. Il se réveillera la tête aussi lourde que son corps d'ange et la tête embrumée, sans aucun souvenir de la veille. Jusqu'à ce que sa tête aille mieux et que des flashs lui reviennent. Dans tous les cas, il ne doit pas terminer dans un état pitoyable. Nous sommes dans un bar sélectif d'accord mais il a une image angélique à conserver pour les prochains siècles de sa vie. Je ne suis pas de l'avis qu'il se morfonde dans les vapeurs d'alcool d'un bar. Ce n'est pas le moment de paniquer, je respire doucement pour me calmer un peu. Je laisse mon verre une première fois sur la table sur laquelle nous sommes assis mais mes doigts ont besoin de tenir quelque chose et le verre se retrouve entre mes doigts. Izak me regarde avec le même air joyeux. Il l'est à cause des vapeurs d'alcool dans l'air, non à cause de mon sens de l'humour infaillible. Nuance.

« Génial » répond l'intéressé.

C'est bien le seul mot censé qu'il peut prononcer dans son état. Je ne suis pas certain que ce soit le mot juste mais faire comme si je n'avais pas entendu semble être la pire idée. Dès demain, il va m'en vouloir. Je le sais. Autant finir cette soirée maintenant alors je termine mon verre d'une traite, le pose sur le comptoir et aide à lever Izak du siège. Le regard de Naasir se tourne vers moi. Il n'est pas troublé une seconde par la vision de l'ange blond à nos côtés. Rien ne perturbe ce vampire. À croire que voir un ange saoul ne le perturbe pas. Dans l'histoire, ce serait à moi de l'être et non à Izak. Évidemment qu'il ne se rend pas compte de son état et d'un côté, je pense que ce n'est pas plus mal. Ne pas se souvenir de certaines choses n'est pas forcément négatif, du moins pour ce soir par exemple. Il se torture pour quelque chose que j'ignore encore. Il va falloir que j'obtienne une réponse. Dans l'histoire, c'est à moi de me poser des questions, c'est à moi de m'inquiéter de l'étrange destin qui semble se dessiner à mon sujet et dont je n'ai aucune réponse concrète à apporter. Inutile de parler dans le vide. J'ai été voir Dmitri, Raphaël et ils m'ont rassuré. Je ne dis pas que c'est la fin d'un chapitre, c'est le début d'un autre et il devrait être assez cool, du moins je l'espère fortement et je ne veux plus me poser des questions qui me feront du mal. Mon but est de vivre ma vie comme je le sens et sans avoir peur du lendemain. C'est inutile et de toute manière, avoir peur n'apporte que des angoisses (que j'ai déjà) alors.

« Je trouve que ça lui va plutôt bien, il est joyeux ».

« Moi je ne suis pas sûr de te suivre Naasir ».

Izak n'a jamais été triste. Au contraire, c'est l'ange le plus optimiste que je connaisse jusqu'à présent. Ça ne m'arrache pas la bouche de le dire puisque c'est vrai. Le vampire de six cent ans n'est pas de mon avis non plus alors je vais devoir me débrouiller pour ramener l'ange blond dans sa chambre. Quitte à laisser le vampire en plan ici. Celui-ci me regarde d'un air un peu surpris. Je ne vais quand même pas le laisser planté là, sans assistance. L'établissement est loin d'être vide, il y aura des gens pour l'aider mais ça ne va pas plaire aux autres (je pense à Dmitri par exemple, pour ne pas le citer, ou encore Venin tient ou pire Elena). Je ne veux attirer les foudres de personne.

En ouvrant la porte de la chambre de Cupidon, je sens une odeur de propre, comme quand on vient de terminer le ménage. Une odeur de lavande. Je n'ai pas vu Cupidon de la journée alors il a dû nettoyer chez lui mais ça m'étonne, il n'est pas du genre à nettoyer autant. Au premier abord, je ne m'en fais pas. Dans un second temps, ça m'intrigue mais je ne vais pas râler maintenant sur le sujet; il en parlera de lui-même ou je lui poserais la question quand il sera apte à répondre. En attendant des explications éventuelles plus claires sur cette odeur de lavande, je l'allonge sur le lit en faisant attention de ne pas le réveiller. Il a des allures de bambins mais il a du gout en matière de décoration. Sa chambre n'est pas la plus grande mais elle est bien décorée. Monsieur Cupidon dort dans des draps en lin couleur gris perle. Monsieur ne se refuse pas un tableau de Cupidon (le vrai avec les ailes et l'arc dans la main en train de tirer une flèche). Vous voyez l'image ? Il a de l'humour pour ça. Ce n'est pas moi qui lui ai offert !

Il ne s'est pas réveillé ni pendant le trajet, ni pendant la montée de l'ascenseur à l'étages des chambres et encore moins quand je l'ai déposé sur le lit moelleux. Il dort profondément mais ce n'est pas le genre de l'ange à être dans un état second comme celui-ci. D'ailleurs, je vais lui laisser un mot quand il va se réveiller demain matin. Je réussi à trouver un post-it jaune sur lequel j'écris une note. Histoire qu'il ne soit pas déboussolé en ne voyant personne autour de lui. Remarque il aurait pu finir au lit avec une fille la veille.

Je sors de la chambre de notre ange blond et me dirige vers le toit de la Tour. Je n'ai pas envie de rentrer chez moi ce soir, bizarrement. Je me réfugie ici de temps en temps, histoire de prendre l'air quand mes cauchemars me hantent la nuit. Ils ne me laissent plus tranquilles. Les mêmes images reviennent la nuit et c'est un problème que je tente de refouler. Je ne pense pas que ce soit bien de le faire. Un jour où l'autre, ils me reviendront en pleine face. Chose que je veux éviter.

M'installer sur le toit, seul, dans le silence de la nuit est un moment presque agréable. C'est une image un peu triste vu de l'extérieur mais en réalité pas tant que ça. Ces derniers mois, font que je ne suis plus le même ange. Je pense que c'est mon évolution personnelle qui joue. La chute fait de moi un ange plus puissant. Tout mon corps change. C'est ce qui est le plus flippant au final. Me voir changer, devenir distant et moins joyeux. Ce n'est pas quelque chose qui m'a traversé l'esprit quand je suis arrivé dans cette ville. Faire partie de la garde d'un Archange n'a pas non plus éveillé ces soupçons là, si on peut les appeler comme ça. J'ai un Ancien dans ma famille mais ça ne donne pas forcément une chance supplémentaire, si ? Selon la Cascade si. Le problème est que je ne suis pas capable d'assumer autant sur mes épaules et on ne peut pas arranger ça. Le destin décide. La Cascade décide. Elle n'a pas de limite. Je me demande maintenant quel était son message de vouloir me faire exploser en pleine nuit tel un feu d'artifice vivant ? Un jeu ? Une façon de montrer un exploit ? Honnêtement, je souhaite éviter ça à tout le monde. Si ça me touche autant c'est parce que ça met mon entourage dans l'embarras dont ma maman. Jamais, je ne veux la faire souffrir. Si ça arrive un jour, je ne vais pas pouvoir le supporter. Rien que d'y penser, les larmes me montent aux yeux. Sans elle, je n'existe plus. C'est plus que ma maman, elle est une partie de moi. Donc s'il doit m'arriver quelque chose, il est évident que je vais le regretter. L'Archange aussi va s'en vouloir. Si j'ai fait mes preuves pour intégrer sa garde, c'est aussi un déchirement de son côté car après tout, nous pourrions être deux frères. Nous avons pris soin l'un de l'autre pendant longtemps, maintenant je pense que c'est à moi de continuer de le faire et de ne pas me laisser démoraliser par une prophétie. Mon cœur est plein. Je veux que la douleur s'en aille et ce n'est pas ainsi elle va me quitter. Il est temps.

J'ai suffisamment pleuré. Ma douleur doit me quitter le plus vite possible. Un jour, ce sera une autre histoire et je veux vivre la mienne tant que c'est encore envisageable.

Installé sur ce toit depuis une demi heure déjà, les larmes coulent toutes seules le long de mes joues. J'ai l'impression que l'on me broie le cerveau. Si je suis autant touché par une situation, c'est bien parce que la Cascade modifie mes humeurs. Je deviens un ange plus puissant et donc je paye des conséquences de ces changements. La logique. Sauf que dans tout ça, je dois rester patient ? Attendre la sentence ? Franchement, cela me rend malade. Les larmes qui coulent sur les joues me les brûlent. Ce sont celles qui vous rendent la gorge sèche, vous noue l'estomac parce qu'elles sont douloureuses. Je réalise que tout ce que j'ai accumulé est en train de sortir de mon corps. Il y a le fait de me voir en train de changer, les autres qui s'inquiètent, le monde qui continue de tourner autour de moi mais je pense que le plus difficile à vivre c'est la perte de mon self-control, ma chute. Perdre pieds, tomber la tête la première, les plumes engluées et ne pas se relever. Lutter. Encore et encore sans que personne ne puisse m'aider concrètement. On n'arrête pas le temps.

Je devrais rentrer chez moi mais je dois travailler avec Izak demain matin. Il ne tiendra pas sur ses pieds à mon avis, je vais devoir improviser.

Je décide de quitter ce toit pour aller voler dans le ciel nocturne. Dans mon élément au final et non entre les murs d'une prison de verre dans laquelle j'ai l'impression de me sentir. La Tour n'est pas une prison au sens stricte du terme. Nous sommes dans un endroit où nous travaillons, où beaucoup de gens travaillent. C'est devenu une seconde maison. On y dort comme on y travaille avec les anges du Refuge, les bébés aussi. Rentrer chez moi semble être la meilleure option. Mais ce serait la même sensation, me retrouver seul dans le noir empreint à mes cauchemars qui ne veulent qu'une chose, atteindre mon esprit une nouvelle fois. S'enfermer dans un écrin de verre et d'acier n'a rien de bon. Je ne suis pas une poupée de chiffon fragile. Je ne suis pas un oiseau enfermé dans une cage. Je refuse de le devenir.

Je fais demi tour, direction le Refuge. Quand j'atterris personne ne semble actif. Les bébés sont plongés dans un profond sommeil. Qu'ils rêvent à des choses agréables.

J'avance dans le noir, ouvre la porte et je me trouve dans une atmosphère plus calme. Mon rythme cardiaque devient plus calme. Je me sens bien, comme protéger alors que au sens stricte du terme non. C'est une bulle. Ils sont protégés du monde extérieur qui se révèle complexe et violent. Ici, les anges sont en sécurité. Je marche un peu jusqu'à l'accueil qui n'est éclairée que par une lumière tamisée. Personne dans les couloirs, j'imagine que tout se passe bien. Les bébés anges n'ont pas de soucis à ce faire pour cette nuit.

« Pourquoi tu pleures Illium ? ».

L'ange aux boucles noires ne dort pas encore. Il a surgit de nulle part, comme s'il était au courant qu'un ange de la Tour allait venir ici ce soir. Ses yeux sont endormis, il se frotte le visage. Ses plumes se fondent dans la pénombre de la pièce. Je suis étonné qu'il ne dorme pas.

« Je ne pleure pas Sam ».

« Tu trembles un peu et ce n'est pas grave de pleurer ».

Je ne suis pas surpris par ce qu'il vient de me dire. Il a l'œil partout et sait comment s'adresser aux gens. On ne peut pas le lui reprocher. Il est spontané et je peux comprendre qu'il ait besoin de savoir. Comme il le dit lui-même « je ne suis plus un bébé ». Il a décidé de jouer les grands garçons sans perdre son innocence de petit ange. Il s'approche de moi et me tend quelque chose.

« On a eu des cookies aujourd'hui, tient. Mange le ».

Je prends le biscuit saveur chocolat d'après l'odeur agréable qu'il dégage. Je ne veux pas le vexer alors je croque un morceau. Ils sont faits maison.

« Qui les a fait ? ».

« Je ne sais pas. On a écouté de la musique classique aujourd'hui. On les a eu à ce moment-là ».

« Je ne savais pas que tu aimais la musique classique ».

« On s'y habitue ».

Sur ces mots, Sam laisse échapper un rire. Son innocence. Je ne suis pas spécialement fan de musique classique en règle générale mais mon meilleur ami oui. Il en écoutait souvent quand on était enfant. Je venais chez lui et il était surpris quand je riais sans gêne fasse à son embarrât. C'était mignon.

« Tu ne dors pas ? ».

« Non, je t'ai entendu ».

« Désolé de t'avoir réveillé ».

« Ce n'est pas grave, je ne suis plus seul maintenant puisque tu es là ».

« Il est temps pour toi d'aller dormir ».

« Tu peux rester encore cinq minutes ? ».

Je m'installe sur un des bancs vides de l'accueil du Refuge. Je me demande encore pour quelle raison venir ici m'a traversé l'esprit. Je n'ai rien à faire là. En fait, je me suis dit que jeter un coup d'œil ne peut pas faire de mal, histoire de vérifier si tout va bien. Sam ne veut pas dormir et je ne suis pas là pour le gronder à ce sujet sachant que je ne dors pas non plus. On dit que les adultes doivent montrer l'exemple mais parfois, on n'a pas envie de respecter certaines règles comme le fait de ne pas dormir. Le petit ange à côté de moi doit avoir des difficultés à trouver le sommeil. En passant un peu de temps avec lui pour comprendre devrait arranger les choses. Je ne cherche pas à discuter davantage avec lui, il doit avoir simplement envie d'un peu de présence.

« D'accord » finis-je par dire. « Ne viens pas te plaindre si tu tombes de sommeil demain ».

« Ne t'inquiète pas pour ça ».

Il prononce cette phrase comme si tout allait bien se passer alors qu'il va se réveiller avec la marque de l'oreiller sur le visage. Ne jamais douter de ce petit ange.

« Qu'est-ce que tu fais debout ? ».

« Je n'arrive pas à dormir ».

« Tu as fait un cauchemar ? ».

« Oui » prononce t-il doucement les larmes aux yeux.

Il a fait un cauchemar, voilà donc l'explication. Je ne peux pas le blâmer pour ça, j'en fais aussi. Les miens ont repris. Je sais à quel point cela peut gâcher la vie, ce n'est qu'un enfant qui n'a rien demandé. Il se blotti contre moi. Auparavant, il me taquinait sur ma présence ici alors qu'il cachait ça, un cauchemar qui a dû suffisamment l'effrayer pour me demander de rester encore cinq minutes. Je suppose que c'est pour le calmer. Je comprends maintenant. Je frotte doucement son dos afin qu'il sèche ses larmes. Sam n'a pas à cacher ses émotions, avec nous il peut se montrer vulnérable sans aucun problème. Nous sommes là pour l'aider dans n'importe quelle situation. Je n'ai pas prévu de jouer les baby sitter ce soir mais si je peux me rendre utile. Il se calme doucement, je lui murmure que ce n'est pas grave, que je vais rester jusqu'à ce que ses yeux se ferment. Nous sommes seuls assis sur ce banc, personne à l'horizon dans le couloir et de toute manière je prends la responsabilité auprès de Sam pour ce soir. Il recherche juste un peu de réconfort alors je me dis que passer la porte du refuge ne fut pas une si mauvaise idée que ça, je peux aider un petit ange triste. C'est au bout de quelques minutes que Sam plonge dans un sommeil profond et tant mieux, il a besoin de repos. Le pauvre n'a pas lutté longtemps, il m'a demande de rester un peu et j'ai tenu ma promesse. Je le porte tel une plume et le place au chaud dans son lit.

Cette fois, je dois partir. Je m'envole directement après avoir franchi la porte de sortie. Je rentre à la Tour, dans ma chambre. Le vent froid sur le visage, le sentiment de liberté lié aux ailes d'un ange, l'euphorie du moment, toutes ces choses sont indescriptibles même si les siècles s'écoulent tels des heures pour nous, la notion du temps est différente pour les humains. Eux profitent du moment présent et ils ont raison. Moi je reste bloqué dans le passé par moment. On l'est tous étant donné que l'on s'y réfère beaucoup.

Le sommeil digne à frapper à la porte et je me laisse emporter dans une bulle agréable.

Les rayons sur soleil m'ont fait sortir du sommeil.

Je me trouve donc en train d'entrainer l'ange de la veille qui a réussi à sortir du lit, je ne sais pas comment mais il se tient debout dans la salle d'entrainement. Il ne daigne pas à exécuter les exercices demandés un peu plus tôt.

Son regard croise le mien et je devine qu'une pause est nécessaire. Le pauvre, j'ai l'impression qu'il va tomber dans les pommes d'ici peu.

« Une pause s'avère nécessaire je crois. Mon pauvre Izak, tu vas tomber dans les pommes ».

« Je ne suis pas un bébé ».

« Izak » insistais-je.

Il s'arrête enfin, pose les couteaux sur la première marche du gradin et s'y assoit aussi.

« Qu'as-tu fais hier soir ? » me demande t-il.

« Je t'ai ramené dans ta chambre ».

« Merci Campanule » rougit-il.

« J'ai fait ce qui doit être fait en circonstance ».

« Tu as pris soin de moi. Tu ne m'as pas laissé tout seul. Tu m'as ramené ici et je te dois une fière chandelle de l'avoir fait. De toute façon, personne d'autre ne l'aurait fait ».

« Izak » commençais-je. « Pas besoin de me dire merci pour ça, c'est normal. Tu as passé la soirée à boire alors j'ai envie de te demander pourquoi, c'est inhabituel chez toi ».

Cupidon m'explique pendant quelques minutes que son cœur est brisé. Il a rencontré une personne depuis peu de temps et il vient de s'apercevoir que ses espoirs s'envolent. Il a eu espoir d'un quelque chose, que cette histoire puisse durer un peu plus qu'un mois en tout cas et le pauvre en souffre. Il n'a pas encore dévoilé l'identité de la personne en question mais peu importe, il n'a pas à avoir autant d'amertume envers lui-même. Izak est un ange adorable, respectueux et drôle. Il ne mérite en aucun cas d'être manipulé comme un pantin par quelqu'un qui joue avec lui. Il mérite de l'attention. Il mérite que l'on s'intéresse à lui pour ce qu'il est, un ange attentionné et gentil et non pas à son statut d'ange travaillant à la Tour (beaucoup de gens fantasment sur ce point, je ne comprends pas pourquoi mais c'est une autre histoire que je n'ai pas le temps de développer).

Alors, je ne peut pas l'aider à changer les choses mais je peux l'aider en l'écoutant et je pense qu'il a besoin d'une oreille attentive. Son petit cœur d'ange a été martyrisé. Ça me fait mal de l'entendre me raconter toutes ces choses douloureuses. Évidemment, il est jeune et il va connaitre d'autres histoires, d'autres douleurs.

« Dans ce cas, cette fille ne te mérite absolument pas » dis-je en le regardant. « Tu es un ange issu de la Tour, tu seras dans la futures garde d'Ellie. Tu mérites bien mieux qu'une fille qui ne voit pas qui tu es, qui ne t'estimes pas ».

Un moment de silence s'installe entre nous et je ne veux pas qu'il prenne mal le fait d'en discuter avec moi. Je ne suis vraiment pas le meilleur exemple pour ce sujet-là. Je n'ai pas eu beaucoup de relations (contrairement à ce qu'écrit la presse) et celles que j'ai eu n'ont jamais duré, jusqu'à ce que je la rencontre. Cette humaine qui a tout changé dans ma vie pendant un temps trop court à mon goût. Une belle histoire que je suis incapable d'oublier malgré les siècles passés. En y pensant je me sens un peu pathétique. Je dois faire le chemin du deuil parce que s'en ai un. J'ai vraiment vécu cette histoire avec cette humaine jusqu'au bout. En la perdant, j'ai eu un sentiment de vide. Encore aujourd'hui, quand je vois que la plupart d'entre nous est dans une relation stable, réciproque et de longue durée. Je ne me l'avoue pas directement mais mon cœur se serre à chaque fois. Je pense à elle forcément. Nos cœurs étaient connectés. Au final, je me mets à penser si ce fut le cas ? Si je ne me suis pas bercé d'illusions tout seul ? Je sais ce que j'ai ressenti. À mes yeux d'anges, ce fut de l'amour. Alors je ne sais pas si c'est le vrai comme le prône la littérature et les films mais c'était un début, un échantillon. J'ai aimé cet échantillon.

Quand je croise le regard de Cupidon, j'imagine que ses sentiments envers cette personne ont été sincères. Il a au moins connu ça. Ensuite, la douleur de la séparation prend le dessus et je ne veux pas qu'il pense que ça se passe ainsi à chaque fois. Izak est encore jeune pour connaitre la douleur d'une rupture. C'est sans doute mon côté protecteur qui parle, personne ne souhaite voir souffrir notre Cupidon préféré.

« Merci Illium, j'ai eu besoin d'oublier un peu hier soir mais je pense que ça va ».

« J'espère que tu ne dis pas ça pour me faire plaisir ».

Mon ton n'est pas celui du reproche, je ne peux pas le faire. D'une part parce que cela ne me regarde pas et aussi parce que c'est un sujet sur lequel je ne suis pas tout à fait à l'aise voire légitime. Comme dit précédemment, je n'ai pas eu beaucoup d'histoire dans ma vie. J'en ai eu une seule pour être transparent à ce sujet et les histoires d'un soir ne sont pas valables, je n'aime pas ça. Ce n'est pas mon habitude. Si des gens sont à l'aise avec ça, grand bien leur fassent mais pas moi. Je suis un peu trop sentimental peut-être mais je ne me sens pas capable d'assumer d'autres histoires d'un soir. Mon âge joue sans doute. Suis-je devenu mature ? Derrière cette espièglerie, ce sourire collé au visage se cache quelqu'un de sérieux ? La réponse est oui. Aussi étrange que cela puisse paraitre. Chacun a une phase plus ou moins cachée, il faut creuser pour en apprendre plus sur la personne. Izak cache des choses au fond de lui. Je comprends qu'en parler soit difficile. Je n'insiste pas et lui rend le couteau qu'il m'a donné un peu plus tôt.

C'est sur cette réponse que l'entrainement se poursuit. Il ne rechigne à rien et vu la cuite de la veille, c'est étonnant. Il a le droit d'oublier cette personne à sa manière. Si en parler un peu lui allège un peu le moral alors tant mieux. Nous reprenons les mouvements montrés au début de la séance. L'ange les réussi très bien. Avec l'âge, il deviendra un bon membre d'une garde. Il n'a pas à s'en vouloir car pour une séance que je pensais difficile, il s'en sort bien et sans se plaindre.

Une odeur de champagne entre dans la pièce, je n'aime pas cette odeur mais je ne dis rien sur son propriétaire. Le vampire millénaire approche du terrain sans prononcer un mot. Je me doute que ce n'est pas une simple visite de courtoisie quand je rencontre son regard dur. Je ne sais pas ce dont il veut parler. D'habitude, il envoie un message. Ou alors il débarque dans la salle d'entrainement si besoin, comme aujourd'hui. Alors je pose les couteaux sur la première marche des gradins et pars rejoindre notre Second préféré. Son visage s'attarde une seconde sur celui d'Izak. Je pense que les traces de fatigue de la journée, ajoutées à celles de la veille font que cela se voit vraiment. L'ange continue l'exercice que l'on a commencé avec les couteaux.

« Il est malade ? ».

« Fatigué » répondis-je en le regardant.

Heureusement, il ne me pose pas davantage de questions à son sujet. Je n'ai pas envie d'y répondre; chacun respecte la vie privée des autres ici. Sauf quand cela risque d'affecter la Tour. Mais avant ça, il y a de la marge.

« On a eu des appels inquiétants, trois écoles de musiques ont été cambriolées hier soir ».

« Des traces d'effractions ? ».

« Non, c'est le problème. Les instruments volés sont des violons, des violoncelles et un piano. Tous d'une grande valeur. J'ai contacté Ash pour mener l'enquête sur le terrain ».

« Pourquoi tu sembles inquiets, des cambriolages il y en a tous les jours ».

« Pour quelqu'un qui aime l'Art, je suis surpris de ta réaction » dit-il en croisant les mains derrière son dos.

« Il y a des assurances spéciales pour les vols de ce type ».

« Elles vont payer une fortune » conclue t-il.

« Tu as besoin de mon aide ? ».

« Bientôt. Je voulais t'avertir ».

Je reste silencieux, sans doute attend t-il une réponse de ma part mais je n'en ai aucune à lui donner. Les instruments de musique ne sont pas ma première passion dans la vie. Alors oui, j'aime l'Art, j'y suis sensible (merci maman pour ça) mais je ne sais pas comment prendre la remarque du Second de notre Archange. Elle semblait s'adresser à moi. Je n'ai supposé que le rôle des assurances pour ce type de biens font correctement leur travail, rien de plus. Et c'est vrai, elles règlent les problèmes alors je ne vois pas pourquoi Ash et Janvier doivent mener une enquête sur eux ou alors ils appartiennent à quelqu'un de célèbre. La reine d'Angleterre ? Je vais avaler ma fierté et penser une seconde à mon meilleur ami qui chérit absolument tout ce qui concerne l'Art et je suppose qu'un violon en fait partie. Je souffle et reporte mon regard sur l'ange blond que j'entraine depuis plusieurs heures. Le pauvre est fatigué, il est temps de clore cet entrainement.

« Izak, on a terminé pour aujourd'hui. Tu peux partir te reposer dans ta chambre ».

« Tu es sûr qu'il n'est « que » fatigué ? ».

La voix du Sombre Suzerain me ramène à la réalité. Non Izak a eu une peine de cœur et il est triste. De plus, il a voulu faire passer son chagrin dans un bar hier soir. Je me doute que le dire à Dmitri ne suffise à résoudre la situation.

« Oui, il m'a dit ne pas être en forme depuis ce matin ».

« Les anges sont uniques. Quoiqu'il en soit, pense à ce que t'ai dit et si Ash te contacte, aide là dans l'enquête. On doit en savoir plus avant que d'autres cambriolages ne se perpétuent ».

Je ne pense pas que d'autres vampires ou anges cambrioleurs puissent continuer à voler des instruments de valeur sachant toute la sécurité renforcée dans certaines boutiques très connues. Mais je suis un peu loin de toute cette enquête pour le moment. Le vampire millénaire me tient informé mais je n'ai pas appelé Ash pour en apprendre davantage. C'est la partie des chasseurs de vampires. La mienne est autre. Pour l'instant, le cas de notre Cupidon me reste en tête et le cauchemar de Sam. Eux sont plus vulnérables.

En rentrant chez moi, à l'Enclave je me surprends à saisir mon ordinateur pour y faire des recherches sur un outil magique dont on ne peut plus se passer et sur lequel on passe des heures: Internet. Cette encyclopédie infinie où l'on trouve absolument tout. Quand j'ai proposé à Dmitri de s'y mettre, autant dire que j'ai vu dans ses yeux la peur et un mélange d'inconnu. Vivek a été de mon côté et a approuvé qu'utiliser la technologie moderne humaine. Pour information, ce n'est pas autorisée seulement aux humains, nous aussi pouvons l'apprivoiser. Heureusement je tente de contaminer les autres au fur et à mesure à cet outil moderne, indispensable de nos jours. En tout cas, je ne m'en passe plus. Après tout, il faut vivre avec son temps.

Il faut une seconde à ce merveilleux outil pour m'apporter toutes les informations nécessaires liées à ces cambriolages surprises récurrents depuis la nuit dernière. En parcourant rapidement les liens des médias qui se sont saisis de l'affaire le temps d'un article publié en ligne, je lis des informations plus ou moins contradictoires (la magie de cet outil). Je clique sur un premier lien qui est la page d'un journal indépendant de la ville, l'article expose les faits: une première école de musique a été cambriolée la nuit dernière sans que les voleurs ne laissent de traces (ce qui est quand même étrange) et que des pièces d'une grande valeurs ont disparu. Là est le problème, où sont-elles ? Aucun prix n'a été indiqué dans l'article. Secret professionnel tu parles, les dégâts n'ont pas encore été évalués par les assurances.

Le second lien annonce plus de précisons, l'heure du cambriolage d'une seconde école puis une troisième école et la nature historique des instruments, ceux-ci datent d'une période de l'Histoire mais on ne sait pas encore laquelle. Avec aussi peu d'informations, on ne va jamais avancer. Merci les médias. J'espère que l'affaire est déjà à la une. J'allume la télévision pour vérifier et en effet, l'affaire est en circulation sur toutes les ondes. Les gens vont spéculer sur l'histoire. Rien ne va permettre d'avoir les idées claires pour le bon déroulement de l'enquête.

Je parcours encore un peu le monde d'internet pour en apprendre un peu plus mais visiblement il faut aller à la pêche aux détails. Et ce soir, je n'ai pas le temps pour ça. J'ai encore des heures de sommeil à rattraper. Pour être vraiment honnête, je pense que c'est le moment de la journée que je préfère. Ne plus penser au quotidien, pouvoir dormir des heures sans être perturbé par quelque chose d'effrayant. Avoir la tête dans les rêves, dans un monde parallèle sans que rien ne puisse y accéder sans permission. S'y perdre. La tête dans les étoiles. On les a tous les soirs au-dessus de nos têtes sans y prêter attention. Nous vivons dans une grande ville, on est plus habités aux grattes-ciels de verre et d'acier que des étoiles que l'on peut regarder sans la lumière artificielle qu'ils reflètent.


Hey !

Chapitre du point de vue de notre Campanule préféré ! Vous aurez remarqué qu'en ce moment, je suis motivée à publier (j'en profite aussi tant que l'inspiration est là, c'est important et j'ai des idées pleins la tête. Après le plus complique, c'est d'écrire tout ça).

J'espère que ce chapitre va vous plaire. En vous souhaitant une bonne lecture ! ;)