Hitomi se réveilla les muscles noués, le corps prêt au combat. La douleur désincarnée qui courait dans ses muscles la rattrapa aussitôt, mais elle ne laissa pas la vague sensation de brûlure sous sa peau l'arrêter. Elle devait trouver Ensui. Il ne lui fallut pas longtemps pour repérer l'écho de son chakra, mais sa faiblesse et son rythme désordonné effrayèrent la jeune kunoichi. Elle se leva malgré les protestations de son corps, regardant autour d'elle.
Elle se trouvait dans le manoir où vivait Gaara, dans une petite chambre obscure – il s'était souvenu de ses besoins quand ses sens étaient saturés de la sorte. Elle écarta un rideau juste assez pour pouvoir évaluer l'heure. Plus de midi, alors que l'aube était à peine passée quand elle était entrée dans la prison… Elle serra les poings et quitta la pièce qui avait protégé son repos forcé, l'aura meurtrière se formant contre son gré sur sa peau. Elle sentait Gaara, Kankurô et Temari rassemblés autour de la source affaiblie du chakra de son maître, et une autre signature énergétique qu'elle ne reconnaissait pas.
Il était facile pour elle de se laisser guider par cette concentration d'énergie à travers les couloirs inconnus et déserts. À chaque pas décidé, elle retrouva un peu plus la maîtrise d'elle-même ; quand elle arriva devant la porte derrière laquelle son but se trouvait, son aura s'était dissipée. Tant mieux. Elle était à peu près sûre que mobiliser une telle menace en présence du Kazekage en devenir constituerait une offense digne de la faire emprisonner elle aussi ; ses amis ne la trahiraient pas, mais la présence inconnue le ferait peut-être.
Sans prendre la peine de frapper, elle ouvrit la porte et avança à l'intérieur d'une autre chambre, un peu plus large que celle dans laquelle elle s'était trouvée et baignée dans une lumière froide qui lui blessa les yeux. Elle comprit l'utilité d'une telle mesure en voyant la jeune femme en uniforme de médecin qui se tenait à côté du lit. Et entre les draps… Son cœur se serra, même si elle savait parfaitement que son maître ne serait pas miraculeusement remis en quelques heures. Son état semblait même avoir empiré. Des ombres nouvelles se dessinaient sous ses yeux clos, des tressaillements visibles parcouraient ses muscles, et son chakra circulait à grand-peine dans son corps, la quantité d'énergie trop faible pour correctement couvrir les besoins de chacun de ses membres. Elle laissa échapper un petit soupir tourmenté, les lèvres tremblantes et les poings serrés. Aussitôt, Temari apparut à ses côtés, prenant une de ses mains entre les siennes.
— Il se remettra, Eien. Je sais de quoi ça a l'air comme ça, mais Shinji-sensei est formelle, il guérira.
— Je n'avais jamais vu de mes yeux la maladie dont votre père et vous souffrez, admit la doctoresse d'une voix assurée. Mais je me souviens de la circulaire que Lady Tsunade a publiée à ce sujet il y a vingt ans.
— Hokage-sama communiquait ses découvertes avec les médics d'autres villages ?
— C'est elle qui a commencé le système de collaboration médicale du continent. Sans son système qui ignore les conflits, certaines découvertes majeures attendraient toujours de faire leur entrée en médecine.
— J-je vois… Et pour mon père ?
— Je prendrai soin de lui de mon mieux. Il sera sur pieds quand vous reviendrez.
— Quand je… Reviendrai ?
— Je t'expliquerai, répondit Gaara d'un ton ferme. Plus tard.
Elle acquiesça, une légère méfiance clairement lisible sur ses traits, sans tenter de lutter pour obtenir les informations qu'il lui taisait pour l'instant. Elle s'agenouilla au chevet de son maître, repoussa une mèche poisseuse de sueur derrière son oreille, effleura son front brûlant. Il rêvait, elle le comprit aux mouvements secs et brefs de ses yeux derrière ses paupières closes, aux mots qui se formaient sur ses lèvres craquelées sans qu'un son ne les franchisse. Elle passa le pouce sur la ride creusée entre ses sourcils, contempla longtemps son corps brisé, comme pour abreuver la sourde colère qui croissait en elle.
Elle éparpillerait les cadavres de ceux qui lui avaient fait ça à travers le Désert tout entier.
Après avoir formulé une prière à l'Ermite, le dieu commun de tous les shinobi, elle se releva lentement et se contraignit à sortir de la chambre sans un regard en arrière, peu importait combien elle avait envie, besoin, d'une dernière vision d'Ensui. Un nœud serré dans son ventre lui assurait qu'elle ne le reverrait plus avant des jours, des semaines, qu'elle ne serait pas là pour veiller comme un aigle sur son rétablissement ; ce rôle appartiendrait à d'autres.
Gaara l'attendait seul dans le couloir. Elle pouvait sentir la présence de Shinji-san, près de Temari et Kankurô dans la chambre attenante à celle d'Ensui, comme s'ils avaient tous trois voulu leur offrir un peu d'intimité. Bien entendu, un tel luxe n'existait pas pour les ninjas, mais le geste lui-même restait bienveillant, et apprécié. Hitomi s'approcha de son ami, adossé entre deux fenêtres. Elle comprit immédiatement au sérieux dans ses yeux turquoise et à la raideur de ses épaules qu'elle ne s'adressait pas à l'enfant qui l'appelait « Hitomi-nee » mais au futur Kazekage. Tant mieux. Elle avait besoin que ce soit sérieux, pas seulement pour elle, mais pour lui aussi.
— Tu sais bien qu'à Suna, commença le jeune homme, le devoir d'un parent retombe sur son aîné si ce parent disparaît ou ne peut l'accomplir pour une raison ou une autre.
Elle acquiesça. Oui, elle se souvenait, et se souvenait que les devoirs stricts du shinobi – s'engager, servir son pays – étaient la seule exception, parce qu'on ne pouvait forcer la main à ceux qui voulaient rester des civils pour quelque chose d'aussi important. Cet amendement à la loi n'était apparu qu'à la fin de la dernière guerre. Si Konoha avait été le village le plus touché par les pertes, Suna ne se trouvait pas très loin derrière. Rasa, Kazekage le Quatrième, avait conclu de cette guerre que contraindre des gens sans vocation à se battre pour lui ne formerait pas des soldats efficaces, mais une montagne de cadavres. Les civils avaient d'autres moyens de se rendre utiles.
— Le Conseil s'est servi de ce principe en ce qui concerne Senjin-san et toi. Pour redresser le tort causé au patrimoine du village, il devrait retrouver et rendre l'artefact, mais comme tu le sais, il n'est pas en état de faire l'un ou l'autre. Tu es sa seule héritière. Ils ont décidé de t'accorder un délai d'un mois, sans quoi Senjin-san sera enfermé à nouveau dans nos geôles et y croupira jusqu'à ce qu'un accord avec Konoha l'en sorte. Je suis désolé, Eien, c'est le mieux que j'aie pu obtenir.
Le visage d'Hitomi se ferma et Gaara se surprit à retenir un frisson face à son regard glacé, calculateur. La plupart du temps, il oubliait à quel point sa toute première amie pouvait être dangereuse, et puis ce genre d'expression ou une action violente et détachée lui rappelaient qu'elle n'était ni aussi douce ni aussi gentille que Naruto. Ce n'était pas un désir de paix qui la motivait, pas exactement, mais quelque chose de trouble et complexe sur lequel elle n'avait jamais posé de mots en sa présence. Il évalua son amie du regard, capable de saisir même sur ce visage inconnu l'inquiétude qu'elle éprouvait.
— Je veillerai personnellement sur lui, Eien. Tu sais que tu peux me faire confiance, pas vrai ? Occupe-toi de retrouver cette pierre de chakra et de faire payer les voleurs. Suna tiendra sa promesse de vous rendre votre liberté de mouvement, le Conseil n'aura pas d'autre choix.
— Je serai seule, pas vrai ?
— Malheureusement, oui. Ils estiment qu'ils n'ont pas à mobiliser un bon ninja pour t'assister dans ta tâche, dans le redressement de vos torts. Tu seras surveillée par des membres de nos forces spéciales, mais tu ne les apercevras jamais, et si tu te trouves en danger, ils ont interdiction formelle de t'aider. Je suis désolé, Eien, c'est la loi.
— Ne t'excuse pas, Gaara. Sans toi, il serait encore enfermé dans cette prison avec sa jambe infectée et les chakra alentours pour le torturer. J'ai une dette envers toi.
— Tu m'as appris qu'il n'y avait jamais de dette entre amis. N'essaye même pas d'en créer une entre nous.
Un mince sourire apparut sur ses lèvres et elle lui accorda ce point d'un petit hochement de tête.
— J'ai besoin de récupérer mes armes et de me préparer.
— Viens, je vais te les rendre. Je t'ai déjà préparé des provisions pour un voyage d'un mois dans le Désert, mais tu pourras y ajouter ce que tu veux. Tout ce qui m'appartient est à toi.
— Très bien, marmonna-t-elle. Merci.
Elle ne voulait pas paraître sèche, mais elle avait une conscience aiguë du temps qui s'écoulait, du délai qui lui avait été accordé. Elle devait retrouver les voleurs de la pierre, les massacrer et la récupérer, puis la ramener à Suna. Elle n'avait pas de temps à perdre. Elle suivit Gaara jusqu'à ce qui ne pouvait être que sa chambre – les draps intouchés du lit, le sable plus sombre que celui du Désert incrusté partout où se portait le regard. Elle plissa les lèvres, les yeux rivés sur la silhouette tendue de son ami.
— J'étais censée m'occuper de ton sceau aujourd'hui.
— Je peux attendre. Le problème de Senjin-san est plus urgent. Tiens, ton sabre.
Elle passa à sa ceinture le fourreau vert sapin qui protégeait le dernier cadeau que lui avait offert son maître. Elle pouvait déjà anticiper le sombre plaisir que ce serait de l'utiliser pour le venger. Son sang chantait, attisé par le Murmure et ses pulsions de violence si bien refoulées – jusqu'à ce que le vernis craque et que la violence devienne sa ligne de conduite plutôt qu'un indice subtil en arrière-plan. Chacun de ses gestes tandis qu'elle replaçait ses armes dans leurs divers rangements les unes après les autres se chargeait de menace contenue.
Quelques minutes plus tard, Gaara lui désigna l'endroit où le casse avait eu lieu, où Ensui avait été trouvé inconscient et blessé. Elle fendit les rues de Suna avec détermination et efficacité, usant parfois du voyage par les toits que Konoha affectionnait tant. Les Sunajin semblaient parfois alarmés quand elle bondissait d'un côté à l'autre d'une rue, peu habitués qu'ils étaient à ce type de parcours, mais personne ne vint l'interrompre.
Tant mieux.
Elle arriva sur les lieux où le délit s'était produit une heure après son départ. Aussitôt, elle repéra l'endroit où Ensui était tombé à la trace de sang sur le mur de pierre brune qui portait son odeur. Elle ouvrit la porte aux sensations de ses méridiens, laissant ce sens prendre le dessus sur les autres. Les hommes et femmes qui avaient affronté son maître – elle en comptait quatre – avaient utilisé des jutsu durant le combat. La traque n'en serait que plus aisée. Une bouffée d'aura meurtrière s'empara d'elle mais elle la refoula : elle ne voulait pas risquer d'attirer sur elle les foudres des membres des Forces Spéciales.
Elle repéra une trace plus forte que les autres, une personne qui avait utilisé un jutsu au moins de rang A et de longue durée avec ça – peut-être la Technique de Camouflage utilisée par certains Jônin, qui réfractait la lumière sur leur corps et les rendait particulièrement difficiles à suivre visuellement. Si Ensui n'avait pas été blessé et à court de chakra, cela ne l'aurait pas empêché de suivre ce shinobi à la trace grâce à la maladie qui, cette fois-ci, avait contribué à son terrible état. Elle leva la main, plongea les doigts directement dans la légère trace d'énergie qu'elle percevait encore comme pour s'en imprégner physiquement, puis se mit en route.
Elle sortit de Suna par une porte dérobée qui n'avait manifestement pas été verrouillée depuis des années. Les deux agents des Forces Spéciales qui la suivaient se tendirent en réaction à cette découverte, elle put le sentir à leur chakra qui s'éleva brutalement puis revint à des niveaux normaux quand ils reprirent le contrôle d'eux-mêmes. Elle pesta, agacée par la distraction qu'ils venaient tous deux de créer, mais retrouva tout de même la piste. Elle arriva en début de soirée devant une oasis.
Et le premier cadavre.
Il était offert au soleil et aux corbeaux, une blessure béante lui barrant l'abdomen. Hitomi fronça les sourcils, se pencha sur le corps qui commençait déjà à se décomposer du fait de la chaleur sans même plisser le nez et fit à nouveau appel à son sixième sens. Là, elle pouvait sentir la plus discrète nuance du chakra de son maître. Sans doute le dernier jutsu qu'il avait exécuté avant de s'écrouler, à en juger par la faiblesse de la technique. Elle avait été suffisante néanmoins pour ouvrir le ventre de sa victime, une blessure qui avait fini par causer son trépas.
Il s'agissait d'un homme d'une trentaine d'années, barbu, la peau rougie par le soleil. Ses yeux grands ouverts étaient d'un brun terne. Il portait autour de la taille, par-dessus des vêtements adaptés au Désert, un bandeau dont le symbole de Suna était barré non pas une, mais deux fois. Une source de rancœur ? Elle lui examina les mains, les ongles, les vêtements, grava chaque détail du cadavre dans son esprit. Autour de son cou, elle trouva un pendentif représentant les kanjis pour le mot « crépuscule ». Elle le détacha de sous sa nuque sans la moindre hésitation et le rangea dans un petit sceau de stockage qu'elle coinça entre les bandages de son poignet droit.
Elle décida de passer la nuit dans l'oasis, assez loin pour ne sentir l'odeur du cadavre que quand le vent tournait. Elle cala son dos contre un rocher qui sortait de terre comme une épine grossière et mâchonna l'une des rations de survie qu'elle emportait toujours avec elle. Elle savait chasser dans le Désert, Ensui y avait veillé, mais cela demandait une énergie qu'elle préférait investir dans la traque. En plus de ça, les rations des Akimichi, les seules qu'elle achetait à Konoha, étaient étudiées pour fournir tous les nutriments dont elle avait besoin pour une quantité d'énergie et de chakra optimale.
Après s'être restaurée, elle se pencha sur son carnet communicant et résuma la situation à Shikaku. Elle envoya un message similaire à Itachi, au cas où il serait dans la région et pourrait lui prêter assistance sans éveiller les soupçons des membres des Services Spéciaux qui la suivaient – elle le précisa, bien entendu – puis à Haku et Naruto parce qu'elle avait besoin de se confier. Ses quatre lettres s'évaporèrent dans le néant du sceau l'une après l'autre, ne laissant derrière elles qu'une page blanche qui semblait presque la narguer.
Elle passa la nuit à méditer en silence sous la Lune, plongée dans sa Bibliothèque mais toujours prête à retourner à sa conscience en cas de problème, puis repartit deux heures avant que le soleil ne se lève. Elle serait forcée de s'arrêter pendant les deux heures les plus chaudes mais refusait de perdre du temps. Elle n'avait aucune idée du temps que cette traque prendrait. Après s'être désaltérée, elle reprit la trace de chakra dans l'air là où elle la trouva et fendit le Désert vers le nord, résolue. Si elle continuait tout droit pendant plusieurs jours, elle atteindrait le Pays des Clés et sa capitale, Jômae. Ses ninjas étaient des experts en espionnage, mais très peu nombreux, si bien que malgré ses montagnes riches en minerais précieux, on n'entendait pratiquement jamais parler de ce pays à l'internationale.
N'était-ce pas un parfait endroit où fuir pour des nukenin de Sunagakure ? Les chasseurs de déserteurs du village ne songeraient même pas à aller chercher chez leur insignifiant voisin. C'était un raisonnement typique des membres des Villages Cachés, elle incluse : ils étaient si concentrés sur leurs voisins les plus puissants qu'ils en oubliaient à quel points les petits pays pouvaient les surpasser dans certains domaines ou constituer une menace. Il suffisait de contempler la situation à Amegakure pour le comprendre. La menace se trouvait là, si près, pourtant personne ne le soupçonnait encore. La fermeture des frontières était juste vue comme une originalité, et pas comme la menace qui enflait dans l'ombre.
Les jours se succédèrent et se mêlèrent en elle. Finalement, ses proies ne s'étaient pas dirigées vers le Pays des Clés, elles se déplaçaient plutôt sans cesse d'un abri à l'autre, comme si elles se savaient poursuivies. Dans ce cas, leur instinct n'était pas si mauvais : Hitomi ne comptait pas renoncer, même après la fin du délai si elle en venait là, poussée par le désir de vengeance, la soif de violence et le devoir d'élève qui la poussait à prouver l'innocence de son maître. C'était pour lui qu'elle avançait chaque jour sous un soleil de plomb, les lèvres sèches et la peau brûlée par un soleil cruel, guérissant chaque soir ce dont son faible ninjutsu médical pouvait se charger et ignorant le reste.
L'aube teintait le ciel du dixième jour quand le corbeau se posa sur son épaule dans un murmure de plumes et d'air. Ses trois pattes armées de serres cruelles se crispèrent sur la peau protégée par un tissu épais, juste assez fort pour faire couler le sang. Les sourcils froncés, Hitomi écarta la douleur, se concentrant sur l'œil que l'oiseau tournait en sa direction. Comme elle le soupçonnait, il vira brièvement au rouge percé de trois tomoe noirs puis reprit sa couleur naturelle pour un animal de cette espèce.
Dans une poche le long de sa cuisse gauche, son carnet refroidit pendant quelques secondes puis reprit sa température normale. Elle n'avait pas besoin de vérifier qui avait envoyé ce message, mais en regarder le contenu maintenant aurait éveillé les suspicions des deux membres des Services Spéciaux qui la suivaient à la trace. Elle avait systématiquement écrit dans son carnet le soir depuis son départ ; ils pensaient sans doute qu'elle tenait un journal intime ou quelque chose du genre à moins d'être des senseurs suffisamment habiles pour percevoir de si faibles étincelles de chakra depuis la distance respectueuse qu'ils entretenaient avec elle depuis le début.
Hitomi-san, écrivait-il, je ne suis malheureusement pas à proximité du Pays du Vent en ce moment, mais je ne voulais pas vous laisser sans allié durant une épreuve aussi difficile. Yatagarasu est mon compagnon le plus fidèle depuis la mort de Shisui – je crois que vous le qualifieriez de « familier ». Il vous protégera en mon nom si vous en avez besoin, ou vous assistera si sa force ne suffit pas à écarter le danger. Il ne parle pas la langue des hommes, mais connaît les signes de Konoha. Que la Flamme de la Volonté vous protège.
Elle soupira, un faible sourire sur les lèvres, et s'attela à l'écriture d'une réponse. Qu'il ait pensé à elle, qu'il lui ait envoyé son familier parmi tous les corbeaux qui répondaient à ses appels, lui réchauffait le cœur d'une étrange façon. Elle envoya son message d'une étincelle de chakra, traquant avec précision la présence des deux shinobi qui gardaient en permanence un œil sur elle. Ils se relayaient pour monter la garde et se reposer quand elle s'arrêtait, elle le sentait à travers le voile éthéré qui séparait sa Bibliothèque du monde physique.
Le lendemain, peu après les heures les plus chaudes, Hitomi trouva un nukenin encore en vie sur sa route. Elle reconnut tout de suite la signature bien particulière de son chakra : il faisait partie des agresseurs d'Ensui. Elle le regarda se traîner jusqu'au bord de la petite source de l'oasis où il avait été laissé – elle percevait la suite de la piste derrière lui. Quand elle se décala sur la gauche, elle comprit pourquoi ses compagnons l'avaient abandonné. Au-dessous du genou, sa jambe disparaissait, et quand elle inspira profondément, elle perçut l'odeur caractéristique d'une infection. Son maître était-il sorti de la sienne ? Son cœur se serra, l'élan de miséricorde qu'elle aurait pu éprouver pour le soldat ennemi étouffé par une bouffée de haine pure.
Elle franchit la limite entre Désert et oasis d'un pas déterminé, sans prendre la peine de contrôler l'aura meurtrière qui fleurissait sur sa peau. Le blessé s'étrangla sur sa propre salive, pris de court, et se retourna sur le dos comme il le pouvait. Le Murmure tiraillait sous sa peau comme un damné, désespéré de faire souffrir cet homme comme Ensui avait souffert. Elle lui tint sévèrement les rênes ; elle ne voulait pas avoir à se battre contre les membres des Forces Spéciales. Elle n'était pas sûre de pouvoir les tuer d'une part, et d'autre part elle n'avait pas envie de blesser deux Sunajin qui n'avaient pas levé la main contre son maître. Gaara en serait tiraillé, et elle ne pouvait se contraindre à lui faire du mal.
— N-non, tenta le ninja qui délirait de fièvre.
— Si, répondit-elle d'un ton ferme. Si tu m'apprends quelque chose d'utile, tu auras droit à une mort propre et rapide. Sinon… Je n'ai pas besoin de t'expliquer ce que je ferai. Tu as assez d'expérience dans ce monde pour le savoir.
Il laissa échapper une sorte de sanglot étranglé tandis qu'elle s'asseyait sur son torse, le clouant sur place. Elle dégaina le tantô qu'Ensui lui avait offert et posa le tranchant de la lame contre la carotide palpitante du shinobi. Il rua contre son poids, en vain. S'il avait encore possédé deux jambes en état de fonctionnement, il aurait pu la jeter à bas, mais il n'était qu'un soldat malade, blessé, brisé. Elle entendit un petit craquement dans sa bouche, puis il commença à se convulser sous elle, une mousse jaune et pestilentielle dégoulinant du coin de ses lèvres. Avec une série de jurons évanouis dans le silence assourdissant du Désert, elle l'attrapa par les cheveux et coinça sa tête dans une prise cruelle, le forçant à la regarder dans les yeux.
— Où est l'artefact ? Qu'en avez-vous fait ?
Elle vit l'étincelle de vie s'éteindre dans son regard et le relâcha en pestant, une grimace de dégoût sur les traits. Avant de s'occuper du corps, elle essuya ses mains souillées de bave et d'écume, puis fit un petit signe de la main à Yatagarasu, qui sauta du perchoir sur son épaule sur le visage de l'homme. En quelques secondes, ses yeux avaient disparu. Ils ne lui auraient de toute façon rien appris d'utile. Elle commença à examiner le corps, ignorant l'odeur qui s'en dégageait. Autour de son cou, elle trouva un autre pendentif représentant les mêmes kanji que sur le premier cadavre. Sans doute pas une coïncidence… Elle l'ajouta au premier dans son sceau de stockage, déjà à la recherche d'autres indices. Elle trouva dans le sac encroûté de sang qu'il portait encore sur le dos quelques maigres provisions et un autre bandeau de Suna au symbole barré.
Deux jours plus tard, la piste se rapprocha du Pays des Oiseaux, où les deux shinobis qui lui restaient furent rejoints par un groupe plus large. Hitomi s'arrêta net à ce point précis, triant les différentes sources de chakra pour tenter de peindre une image nette de la situation. Huit… Non, neuf shinobi supplémentaires. Elle jura. À moins qu'ils continuent de tomber comme des mouches, elle aurait du mal à les vaincre ou mourrait en essayant. Elle comptait plusieurs signatures du niveau Chûnin, mais quatre d'entre elles correspondaient à des Tokubetsu Jônin, voire des Jônin tout court. Ceux-là seraient les plus dangereux. Elle devrait s'occuper d'eux en dernier, après que tous leurs alliés et possibles boucliers soient tombés.
Le Murmure était devenu une constante, et plus seulement une présence sporadique. Il tiraillait sous sa peau en permanence, affamé de vengeance et de cruauté. La mort du shinobi qu'elle avait voulu interroger, malgré sa brutalité, n'avait fait qu'attiser le feu grondant de sa colère. Elle voulait dégrader, détruire, dévaster. Le corbeau, présence silencieuse et constante à ses côtés, ne faisait rien pour l'aider à maîtriser ses pulsions rageuses. Il se contentait de l'observer de ses yeux brillants qui prenaient parfois l'éclat écarlate du Sharingan, comme s'il n'attendait que de retourner auprès d'Itachi pour tout lui raconter.
Elle commença à remarquer les effets du rythme qu'elle s'imposait le seizième jour, quand sa vision se troubla sans raison apparente. Elle s'arrêta et prit le temps de se sonder à l'aide d'un peu de chakra médical. Déshydratation. Elle n'avait pas bu assez. Elle ne put retenir le juron qui lui monta aux lèvres tandis qu'elle tirait une outre d'un sceau dans les plis de sa ceinture et avalait quelques gorgées prudentes. Elle devait s'arrêter le temps de se réhydrater convenablement puis trouver un moyen de se souvenir qu'elle n'était pas en mission dans une simple forêt du Pays du Feu. Le Désert tuait les imprudents de mille manières, Ensui le lui avait appris, elle ne devait pas s'autoriser à l'oublier.
— Tu dois bien te moquer, Yatagarasu, dit-elle ce soir-là alors que l'isolement faisait courir le long de sa colonne vertébrale des étincelles de nervosité.
Il croassa – approbation, désaccord ? – tandis qu'elle s'asseyait à l'entrée de la grotte encastrée dans le flanc du Désert qu'elle s'était trouvé pour la nuit. Elle ne se trouvait qu'à deux heures de marche de l'océan, derrière lequel se cachaient des terres inconnues. Des nukenin avaient-ils tenté d'échapper à leur destin d'animal traqué en s'échappant par-là, dans l'espoir de trouver des terres vierges de tout ninja ? À leur place, c'était ce qu'elle aurait essayé de faire. Elle soupira, effleura du bout des doigts les plumes noires du corbeau et avala une gorgée d'eau à nouveau.
— Nos amis de Suna ne m'ont pas fait remarquer que je me mettais en danger, bien sûr. Tu peux les sentir aussi ? Si nous entrons au combat, ils n'interviendront pas.
Il croassa à nouveau, poussant cette fois sa jambe de son bec puissant. Au bout d'un moment, il pressa sa tête contre son genou. Avait-il aussi effectué ces gestes pour réconforter Itachi après la mort de Shisui ? Jamais Hoshihi ne lui avait tant manqué. Si seulement elle était libre de rentrer à Konoha sans se cacher sous une identité factice, parcourir les interminables forêts aux côtés de son familier… Elle se promit de consacrer à ses compagnons félins des jours entiers quand ce serait à nouveau possible. Ils le méritaient. Et elle aussi, elle le méritait.
