Takigakure était un village très intéressant pour les jeunes une fois la nuit tombée. Rien qu'en parcourant la rue qui donnait hors du bâtiment administratif, Hitomi put compter trois karaokés, deux restaurants et une rue marchande ouverte de jour comme de nuit. Elle trouva aussi, un peu plus loin, un établissement de plaisirs savamment dissimulé, mais elle doutait qu'Ensui approuve s'il apprenait qu'elle y était allée dépenser son argent. Elle était toujours à peu près mineure, après tout, même si le statut social des ninjas, et en particulier des Chûnin et supérieurs, était difficile à déterminer. D'un point de vue strictement administratif, ils étaient majeurs, mais n'avaient pas le droit de se marier ou d'occuper un poste important dans la hiérarchie d'un clan ou d'un village. Le monde des shinobi était gouverné par ce genre de paradoxes.
Elle finit par se décider à entrer dans un karaoké. Elle avait faim mais aussi, c'était vrai, envie de s'amuser. Elle avait entendu qu'on pouvait se nourrir en plus de boire dans ce genre d'établissement. Peut-être qu'elle se laisserait aller à un ou deux verres d'alcool ? Elle y réfléchissait toujours quand elle entra pratiquement en collision avec un groupe qui avait eu la même idée qu'elle. La fille en face d'elle éclata de rire et la retint par les épaules quand elle vacilla vers l'arrière. Hitomi retint son souffle en avisant ses cheveux turquoise, sa peau brunie par le soleil et ses yeux orange vif.
Fû.
Elle avait trouvé Fû.
— Oh, hey, ça va ? Je suis désolée, je peux être étourdie parfois. Tu vas bien ?
Elle battit des paupières, incrédule, puis opina du chef. Elle avait à peine été bousculée, rien de grave. Franchement, elle aurait dû faire attention elle aussi. Elle colla un sourire aimable sur ses lèvres et répondit d'une voix volontairement plus douce que la normale :
— Oui, ça va. Désolée, je ne faisais pas attention non plus. C'est la première fois que je viens à Takigakure, je suis un peu perdue.
Les yeux de Fû s'écarquillèrent légèrement puis elle regarda son groupe d'amis, deux filles et un garçon à peu près de son âge et de celui d'Hitomi. Un sursaut d'énergie visible la parcourut puis elle attrapa les deux mains d'Hitomi entre les siennes.
— Une voyageuse, uh ? C'est génial ! Tu verras, Taki est un endroit génial. D'où tu viens ?
— D-de Konoha. Je m'appelle Eien Senjin. Et vous ?
— Taki no Fû, mais tout le monde m'appelle Fû ! Voici Kirua et Maruko, les jumelles, et leur frère Satôshi.
Hitomi comprit ce que signifiait le nom de famille de Fû : elle était orpheline elle aussi ou ses parents avaient refusé de lui donner leur nom, comme c'était le cas de Gaara et sa fratrie. Rasa n'avait jamais voulu leur offrir son nom et la protection qui allaient avec, mais les murmures de vieux Jônin un peu trop alcoolisés racontaient que l'homme n'avait conçu des enfants que pour renforcer son propre village. Il avait voulu des armes sans sentiment, nom ou visage. Aujourd'hui il était mort et son fils cadet se dressait parmi ses pairs comme son successeur. Comme il avait échoué !
— Enchantée de vous rencontrer, dit Hitomi avec politesse tout en s'inclinant légèrement.
— Enchantée de te rencontrer ! répondit Fû avec enthousiasme. Tu allais entrer dans le karaoké, pas vrai ? Joins-toi à nous, c'est mieux que d'être toute seule !
Après quelques secondes d'hésitation, Hitomi accepta. Au cours de la soirée, elle en apprit plus sur les quatre shinobi en sa compagnie : Satôshi était le coéquipier encore en vie de Fû, ils avaient tous les deux deux ans de plus qu'elle tandis que les jumelles étaient encore plus âgées d'un an, tous Chûnin depuis presque dix-huit mois. Ils profitaient d'une semaine de congé après une mission qui les avait impliqués tous les quatre et avait viré au rang A à cause de mauvais renseignements. Ainsi, Konoha n'était pas le seul village à souffrir de ce genre de problème. Mais jusqu'à quel stade étaient-ils intentionnellement créés, par qui et comment ?
Peut-être parce qu'ils étaient des adolescents sans surveillance ou des ninjas encore peu habitués à la liberté que leur rang leur amenait, l'alcool commença à couler à flots entre deux chansons. Sans trop savoir comment, Hitomi se retrouva blottie dans les bras de Fû, qui la nourrissait de petites bouchées fourrées à la viande et aux légumes qu'un serveur leur avait apportées quelques minutes plus tôt. Puisqu'elle était bien installée, la jeune fille décida de se laisser faire, regardant la fratrie face à elle perdre lentement toute tenue dans l'alcool.
— Tu sais quoi, Eien-chan ? demanda Fû tout en présentant devant ses lèvres une bouchée à la tomate.
— Hm ?
— Je pense qu'on devrait rentrer avant que les jumelles soient incapables de marcher droit. Mais je vais te ramener à ton hôtel et on se retrouve demain, d'accord ?
— Uh, mon shishou m'attend demain. On est ici pour mon entraînement, après tout.
— Ah, c'est vrai que c'est important ! Quel terrain d'entraînement on vous a assigné ?
— Le dix-sept. Connaissant mon maître, on s'y rendra dès que le couvre-feu sera levé et, comme ça fait longtemps, on travaillera au moins jusqu'à midi avant de reprendre des cours théoriques l'après-midi.
— Parfait ! Je te retrouverai là-bas à ce moment-là pour te montrer où on mange vraiment bien dans le coin.
Un sourire paisible effleura les lèvres d'Hitomi tandis qu'elle avalait une gorgée de saké. Comme toujours, l'alcool ne lui apportait rien d'autre qu'une confortable sensation de chaleur dans le ventre, mais c'était sans doute mieux que rien. Elle quitta les bras de Fû, s'étira puis se leva, non sans remarquer le regard de la Takijin sur elle. Si Hitomi ne s'était pas trouvé à Takigakure pour une mission et une mission seulement, elle aurait peut-être donné suite à ce regard : après tout, Fû était vraiment belle, assurée, solaire, il était impossible de ne pas la regarder. La jeune Yûhi devait juste apprendre à en rester là.
Fû l'accompagna comme promis devant son hôtel, déposant un baiser juste un peu trop près de sa bouche pour être un véritable accident. Elle avait compris, mais ne voulait pas la blesser – cela risquerait de compromettre la mission. Elle se contenterait de faire comme si elle n'avait pas compris. Elle lui souhaita une bonne nuit puis s'enfonça dans le bâtiment sans la moindre hésitation, le pas léger. Elle avait passé une excellente soirée, exactement comme son shishou le lui avait demandé.
— Je t'attendais encore un peu plus tard que ça, sourit-il depuis le canapé où il s'était affalé, un des carnets d'Hitomi sur les genoux.
Ils avaient décidé de louer une suite cette fois encore, accoutumés qu'ils étaient aux luxes goûtés à Suna avant tous les problèmes qui les avaient amenés à partir dès que possible.
— J'ai rencontré des jeunes de mon âge en allant au karaoké. On a fini par partir avant que les jumelles ne soient complètement ivres. L'autre fille viendra sans doute me rejoindre sur le terrain d'entraînement à midi. Je crois qu'elle m'apprécie.
— Tu vas laisser des cœurs brisés partout où on ira, pas vrai ? demanda-t-il d'un ton amusé.
— Je n'ai pas brisé le cœur de Temari. On n'a jamais vraiment été ensemble, c'était juste une sexf…
— Stop ! D'accord, tu gagnes, je n'ai pas besoin d'entendre la fin de cette phrase.
Un sourire victorieux se dessina sur ses lèvres tandis qu'elle se dirigeait vers sa chambre. Elle avait réussi à le faire rougir. Ça n'arrivait pas tous les jours. Et ça n'arriverait sans doute plus avant au moins des mois, mais ce n'était pas grave. La rareté de l'évènement le rendrait particulièrement précieux. Elle s'installa sur son lit aux draps couleur crème encore tirés, contempla le chaos qu'était sa chambre. Elle n'était qu'à moitié installée, n'était même pas sûre qu'Ensui voudrait rester à Takigakure plus longtemps que nécessaire pour l'accomplissement de leur mission. Ils avaient de la chance d'avoir échappé aux radars de l'Akatsuki jusque-là ; ça ne durerait pas.
Il revint la voir à peu près une heure plus tard, quand elle fut douchée et vêtue pour la nuit, afin d'offrir à son esprit le chakra médical nécessaire à un sommeil sans rêve. Il avait repris cette habitude avec elle depuis qu'elle était revenue de sa mission à travers le Pays du Vent. Même si elle apprenait cette technique, lui avait-il expliqué, elle ne pourrait pas l'appliquer sur elle-même. Le ninjutsu médical qui touchait au cerveau était extrêmement complexe, elle risquait d'abîmer définitivement ses cellules. Même Tsunade, quand elle avait besoin d'une technique appliquée sur son cerveau, demandait l'aide de Shizune.
Le lendemain, Hitomi et Ensui se dirigèrent dès l'aube en direction du terrain d'entraînement, leurs corps parcourus de la même anticipation. La première chose qu'ils firent une fois arrivés, avant même d'explorer la plaine douce, le tronçon de rivière et les petits bosquets, fut de saluer le soleil, leurs longs mouvements souples vibrant d'énergie contenue, leurs souffles parfaitement synchrones. Sans même se consulter, ils se lancèrent dans la série la plus longue de mouvements tandis que la chaleur matinale baignait leurs corps exposés, leurs visages détendus baignés de lumière.
Ensui, toujours préoccupé par le bien-être de son apprentie, la poussa d'abord à s'étirer pour tester sa souplesse. Comme il s'y était attendu, elle avait à nouveau un peu perdu, mais c'était son cas à lui aussi. Il la guida à travers une série d'exercices plus éprouvants que le simple salut au soleil puis l'aida à se relever, une main ferme sur son épaule.
— Tu vas m'affronter à l'aide de ton Shunshin, ton taijutsu et ton sabre. Ton but n'est pas de me défaire, seulement de ne pas te faire clouer au sol. D'accord ?
Elle acquiesça. Dès que le signal fut donné, elle exécuta sa technique à la vitesse de l'éclair : désormais, pour la simple version sans paillettes, elle n'avait plus besoin que d'une seule mudra et travaillait même à supprimer celle-là. Elle n'était plus jamais désorientée ou nauséeuse en apparaissant là où elle avait choisi d'atterrir. Sans trop y penser, elle commençait à construire à l'intérieur d'elle toutes les résistances et habitudes nécessaires à l'apprentissage puis l'utilisation au combat du Hiraishin.
Ensui savait parfaitement comment elle se battait : avant même qu'elle réapparaisse près de la rivière, il tournait déjà son corps dans cette direction, s'appuyant plutôt sur la traque de son chakra que ses autres sens pour la suivre. Leurs deux lames s'entrechoquèrent, un heurt si violent que le bras d'Hitomi vibra en réponse. Ils échangèrent un sourire carnassier puis elle disparut à nouveau. Si elle voulait empêcher son maître de l'immobiliser, le seul moyen était de prendre l'offensive – et même comme ça, elle savait qu'elle finirait par se faire prendre.
Le Jônin ne pouvait pas utiliser son ombre mais employa sans réserve tous les autres outils à sa disposition, usant pour une fois de ses deux affinités élémentaires, Doton et Katon, contre son apprentie. Elle répondait avec son Suiton ou pas du tout, se contentant la plupart du temps de disparaître du chemin de ses attaques. Ils ne se rencontrèrent au corps à corps qu'une ou deux fois en dix minutes de combat acharné, jusqu'à ce que la main d'Ensui se referme sur le poignet d'Hitomi.
D'un revers négligeant du bras, il l'envoya voler par-dessus le tronçon de rivière. Si elle n'avait pas instinctivement renforcé ses articulations avec du chakra, il lui en aurait sans doute démis une, mais il savait fort bien à quel genre de niveau s'attendre de la part de son apprentie et n'en exigerait pas moins. De toute façon, elle se sentirait profondément offensée s'il commençait à la ménager, s'il ne lui donnait pas exactement ce dont elle avait besoin pour se remettre en forme puis progresser à nouveau.
Il fondit sur elle si rapidement qu'elle put à peine le voir mais déjà son corps réagit, le chakra s'élevant dans ses portes pour un nouveau Shunshin. Elle ne parvenait à lui échapper que grâce à un usage répété de cette technique – et bientôt, elle le sentait, ça ne suffirait plus. Ses niveaux de chakra commençaient à baisser. Elle devrait se laisser attraper avant de ne plus en avoir si elle voulait reconstruire la réserve tatouée au-dessus de son nombril. Arrivée à cette conclusion, elle trébucha sous le poids de son maître quand il bondit sur son dos deux minutes plus tard et s'étala de tout son long dans l'herbe tendre, clouée au sol par la force de ses jambes et de ses bras qui, immédiatement, immobilisèrent les siens en croix pour l'empêcher de former des mudras.
— Tu as progressé, admit-il d'un ton débordant de fierté. J'aurais aimé que ce soit à mes côtés et pas seule dans le Désert, mais c'est mieux que pas de progrès du tout, pas vrai ?
Elle émit un son approbateur tandis qu'il la relâchait et s'asseyait à côté d'elle. Elle se redressa à son tour sur son séant avant de lui tendre ses bras pour qu'il soigne ses quelques écorchures. Il en fit de même avec ses genoux et un méchant bleu sur sa hanche, là où il l'avait atteinte d'un coup de pied au début de l'affrontement. Une fois cela fait, il sortit de l'un de ses sceaux de stockage une gourde d'eau et quelques noix caramélisées qu'ils partagèrent avant de se relever et de se remettre au travail.
Midi vit Hitomi allongée de tout son long dans l'herbe, les muscles parcourus de spasmes épuisés. Un sourire amusé et satisfait étirait les lèvres d'Ensui, assis adossé contre une pierre un petit mètre plus loin. Lui aussi devait admettre la fatigue qui lui envahissait les membres. Il ne combattait toujours pas son apprentie en usant de toute sa force, parce qu'il ne voulait pas risquer de la tuer et qu'elle ne pouvait pas encore se défendre sur le long terme contre le genre d'adversaire qu'il incarnait, mais même en se limitant, après une si longue période de convalescence, son endurance souffrait.
Fû les trouva dans ces positions quelques minutes plus tard. Hitomi se redressa à grand-peine sous ses yeux orange, prenant le temps de s'étirer avec soin tout au long du processus. L'une de ses épaules, particulièrement malmenée lors du combat, craqua en signe de protestation. Aussitôt, Ensui se rapprocha et pressa sa main nimbée de chakra sur l'articulation, si bien que son apprentie soupira d'aise et de soulagement. Il n'accorda à la jinchûriki qu'un bref regard avant de presser un peu plus fermement l'épaule d'Hitomi. « Sérieusement ? » exprimaient ses yeux gris sombre. Elle sourit en réponse, haussant légèrement un sourcil. Oui, de tous les adolescents de son âge qui vivaient à Takigakure, c'était leur cible sur qui elle était tombée la nuit dernière. Elle non plus n'arrivait pas à y croire.
— Wow, l'équipe Genin qui va devoir remettre ce terrain en état va vous détester, lança Fû en avisant un arbre totalement déraciné par l'une des techniques d'Ensui et l'eau projetée bien au-delà du lit de la rivière sous l'impulsion d'Hitomi.
— On les payera assez cher pour éviter l'incident diplomatique entre Takigakure et Konoha, répondit Hitomi.
Sa voix amusée et légère tira un sourire à la jeune jinchûriki, qui l'aida à se lever. Elle avait beaucoup de force, Hitomi pouvait le sentir. Si seulement cette force avait pu lui donner une chance contre l'Akatsuki quand ses membres viendraient la cueillir… La jeune Yûhi avait décidé de ne pas compter un seul instant sur une chance aussi insolente. De toute façon, elle avait des plans pour les membres de l'organisation qu'elle serait sans doute amenée à combattre. Elle avait exclu Itachi du compte, ainsi que plus ou moins Kisame par association. D'après ce que le jeune Uchiha racontait dans ses lettres, l'épéiste serait de son côté quand il déserterait à nouveau, s'ils survivaient tous deux jusque-là. L'après… L'après n'avait pas encore été décidé.
— Est-ce qu'il y a des choses que tu n'aimes vraiment pas manger ? demanda Fû tandis qu'elles se dirigeaient hors du terrain d'entraînement avec la bénédiction d'Ensui.
— Je n'aime pas trop les légumes aigres, mais à part ça je ne suis pas difficile, et j'adore découvrir les spécialités culinaires d'un pays quand je m'y trouve.
— Tu as beaucoup voyagé, hm ?
— Oui, on peut dire ça. Mon père – elle avait toujours des papillons dans le ventre en l'appelant comme ça – n'aime pas se trouver au même endroit très longtemps, et ça inclut notre village. On a visité Sunagakure à deux reprises, et bien sûr le Pays des Rivières pour nous y rendre en contournant le Pays de la Pluie. Pendant une mission, je suis aussi allée au Pays des Vagues et l'examen Chûnin pour lequel j'ai été promue avait lieu à Kusagakure.
— Ah, je vois ! Ici, on ne voyage pas autant avant d'être au moins un Jônin. La plupart de nos missions viennent de nos propres nobles, les autres pays ne viennent rien nous demander à moins d'avoir un problème que seuls nous pouvons régler. Je suis quand même déjà allée au Pays du Feu et au Pays du Vent, mais pas dans leurs Villages Cachés.
— Eh, peut-être que tu en auras l'occasion ! Tu as encore tout le temps de devenir une Jônin et de voyager, toi aussi.
— Hum, tu as raison. Même si… Même si ma carrière est un peu en pause pour l'instant.
Leur discussion les avait menées jusqu'à un restaurant d'okonomiyaki, où elles avaient continué de discuter tout en s'installant à une petite table à côté d'une large fenêtre. Hitomi scruta du regard le visage soudain mélancolique de Fû.
— J'ai entendu pour ton coéquipier, fit-elle d'une voix douce. Je suis vraiment désolée.
— C-c'est difficile parfois. J'ai l'impression que si je progresse sans lui ou pire, avec quelqu'un d'autre, je commets une trahison. Je ne veux pas le trahir.
Sans hésitation, Hitomi tendit la main par-dessus la table et toucha celle de sa vis-à-vis, un sourire triste sur les traits.
— Je comprends, crois-moi. Mes deux coéquipiers ont été emmenés par leurs maîtres respectifs avant que mon père décide de partir. J'ai beau savoir qu'ils sont protégés et progressent au même rythme que moi… Ce n'est pas pareil.
À quel point ce qu'elle était en train de dire constituait un mensonge ? Sasuke apprenait sans doute beaucoup de choses sous la tutelle de Kabuto, qui possédait la puissance pour prétendre au titre de Sannin que son maître avait abandonné dans la mort. Même s'il ne l'obtiendrait sans doute jamais parce que les Sannin étaient Jiraiya, Orochimaru et Tsunade, leurs noms gravés dans le feu et le sang qui constituaient leur légende, le médic devenu traître à son village pouvait ou pourrait un jour rivaliser avec les anciens coéquipiers de son shishou. Il avait des montagnes de savoir à transmettre ; s'il était malin, et Hitomi n'avait aucun doute concernant ce fait, Sasuke prendrait tout ce qu'il pourrait et l'ajouterait à ses propres compétences.
— Ça doit être dur, dit Fû après un moment de silence. Tu ne sais pas s'ils vont bien. Tout pourrait arriver.
Sans lever les yeux de son assiette, qui venait d'être déposée devant elle, Hitomi prit le temps de soigneusement calculer l'information qu'elle allait relâcher ensuite. Il lui fallait quelque chose pour faire comprendre à la jinchûriki qu'un danger courait. Elle ouvrit la bouche, la referma puis la rouvrit à nouveau, sa décision prise.
— Comme si le fait de se trouver loin du village ne suffisait pas, dit-elle d'un ton prudent, un danger supplémentaire parcourt les Nations Élémentaires en ce moment.
— Un danger supplémentaire ? Comment ça ?
Hitomi avala la bouchée qu'elle était de manger, son visage un parfait masque de neutralité. Derrière ce masque, elle se sentait fébrile, bien consciente de jouer gros sur cette discussion.
— Tu as peut-être entendu parler de l'Akatsuki ?
Comme Fû secouait la tête, elle lui expliqua :
— C'est un groupe connu ces dernières années pour son mercenariat, mais d'après les informations que j'ai récoltées, leur but est tout autre : pourchasser et abattre les jinchûriki en leur volant le démon enfermé à l'intérieur d'eux. L'un de mes amis, qui est hors du village en ce moment, est un jinchûriki.
Tout en parlant, elle sonda les alentours à l'aide de son sixième sens, à la recherche d'un shinobi qui les écouterait. Rien. Parfait. Devant elle, les mains de Fû étaient si crispées que les jointures avaient blanchi.
— Une menace contre les jinchûriki, uh ?
— Oui. Je suis en contact avec la sœur adoptive de Naruto Uzumaki. Elle m'a chargée de trouver ceux que je pourrais dénicher durant mes voyages. Elle prévoit de les marquer à l'aide d'un sceau qui leur permettrait de ne pas être sans défense au cas où ils seraient attaqués par l'Akatsuki.
— Quel genre de sceau ?
D'une voix assurée, Hitomi expliqua les spécificités de son sceau. Ensui et elle avait décidé qu'il serait plus prudent de ne pas dire la vérité à Fû. Elle était jeune, parfaitement intégrée à son village et, d'après les dires qui couraient dans les sphères internationales où son maître nageait comme un poisson dans l'eau, elle avait quelques difficultés à garder un secret. Elle vit les traits de la jeune femme se métamorphoser, se durcir sous ses yeux. Avant que la jeune Yûhi puisse réagir, elle se leva d'un bond et quitta le restaurant. Avec un soupir, elle régla la note, laissant le pourboire obligatoire et même un peu plus, puis sortit à son tour.
Fû ne se trouvait nulle part à portée de vue mais, en se concentrant sur ses méridiens, Hitomi trouva immédiatement sa trace. Par rapport à sa traque interminable dans le Désert, cet exercice serait extrêmement facile. Un sourire vaguement cruel se dessina sur ses lèvres quand elle comprit où la jinchûriki se trouvait. Puisque c'était comme ça qu'elle voulait jouer… Oh, son maître serait absolument furieux qu'elle se soit battue après l'entraînement, mais il ne lui en voudrait que quelques minutes avant de s'inquiéter de ses inévitables blessures. Et après ça, tout serait pardonné.
Elle rejoignit Fû sur le terrain d'entraînement dix-sept quelques minutes plus tard, après s'être assurée d'avoir ouvert le sceau sur son ventre pour remplir ses réserves de chakra. Elle en aurait besoin si elle ne voulait pas mourir dès le premier coup. Elle doutait que la réceptacle y aille de main morte, mais peut-être était-ce exactement ce dont elle avait besoin. Elle regarda sa silhouette tendue, ses poings serrés, se plaçant en réaction en position de combat, la rivière dans son dos.
— Fû ? demanda-t-elle d'une voix douce.
— Tu m'as manipulée. Tu n'es pas tombée sur moi par hasard, hier, pas vrai ? Tu me traquais juste à cause de Chômei.
— Cette partie est fausse, Fû. Je comptais entrer en contact avec toi via des moyens officiels. Je t'ai reconnue tout de suite, parce que je peux sentir le chakra du démon en toi, mais je ne t'ai pas cherchée.
— J-je ne te crois pas. Tu m'as trompée. M-moi, je voulais… Et toi…
Quelque chose se durcit dans ses yeux orange. Elle se plaça à son tour en position de combat ; Hitomi pouvait sentir son chakra se concentrer à l'intérieur d'elle. Le Murmure chantonna d'anticipation sous sa peau. Elle était prête à se battre.
