Quand ils furent tous deux reposés et en état de se concentrer, Ensui et Hitomi remontèrent un mètre après l'autre la piste de l'homme qui était mort sous leurs yeux. Qu'il soit parvenu à couvrir plusieurs kilomètres avec une telle blessure, en étant tout ce qu'il y avait de plus civil à en juger par la quantité de chakra qui avait parcouru son corps de son vivant, ne constituait pas un petit exploit. Ils suivirent la piste de terre piétinée, de sang et de branches brisées qu'il avait laissée à travers une forêt inégale puis une longue plaine avant de tomber, enfin, sur un petit village.

Un silence surnaturel régnait sur les maisons aux lumières encore éteintes malgré le crépuscule qui tombait lentement. Ni le maître ni l'apprentie n'eurent de doute sur le spectacle qui les attendait. Ensui joignit les mains en quelques mudras efficaces puis ferma le poing gauche : celui-ci se nimba de flammes qui éclairaient mais ne brûlaient pas. Il avança au-delà de l'entrée bien marquée des lieux, illuminant la voie autant pour le bénéfice de son élève que pour le sien. Malgré tout ce qu'ils avaient vécu et traversé, leurs estomacs se serrèrent.

Hitomi n'eut pas besoin de prendre de la hauteur pour comprendre quel symbole formaient les dizaines de cadavres soigneusement disposés sans souci des rues ou bâtiments du petit village. Elle serra les lèvres et réprima sa nausée, parcourant l'œuvre du prêtre de Jashin d'un regard dégoûté et furieux. La peur en elle s'était désormais en grande partie dissipée, remplacée par une colère froide, paisible, qui s'enroulait autour de ses membres comme la plus douce des couvertures. En réponse à ce sentiment ami, le Murmure s'éveilla et frémit. Pouvait-il sentir la volonté de sa maîtresse de le laisser prendre le dessus sur elle, de le laisser consumer tout ce qu'elle voyait à l'unique exception d'Ensui ?

— Tu as déjà vu un spectacle de ce genre, pas vrai ?

Hitomi acquiesça, la respiration légèrement irrégulière.

— En quelque sorte. C'était avant que Sasuke ne déserte. Kakashi-sensei nous a emmenés en mission. Nous sommes arrivés deux jours après le massacre et la moitié du village touché, environ, avait survécu. Les corps avaient déjà été rassemblés à l'arrière du poste de police mais… Mais j'ai dû en examiner une partie pour découvrir ce qu'on pouvait sur le meurtrier.

— Un prêtre de Jashin.

— Oui, confirma-t-elle-même s'il n'avait pas posé de question. Après la mission, j'ai lu des livres qui m'ont donné plus d'informations ; il n'était sans doute pas très haut placé dans la hiérarchie de leur ordre, parce qu'il n'avait pas de faux, même à une seule lame.

— Et Hidan, le membre de l'Akatsuki, est un prêtre armé d'une faux à trois lames ?

— O-oui. Le seul au monde, je crois. La rumeur le prétend immortel. Je ne sais pas si c'est vrai, mais j'espère que non…

— Même les immortels ont un point faible, la rassura Ensui d'une voix ferme. En tout cas, rassure-toi, ce n'est pas son œuvre ici.

Il désigna d'un geste sec du menton un corps pratiquement coupé en deux et Hitomi comprit ce qui lui permettait d'affirmer une telle chose : elle voyait, elle aussi, les impacts respectifs d'une première et d'une seconde lame courbe. Pas de troisième, nulle part. Elle laissa échapper un petit bruit soulagé presque dérangeant à l'aune de la scène macabre qui s'étendait devant leurs yeux, mais Ensui ne commenta pas. Il comprenait sans peine.

Un bruit attira leur attention dans les fourrés à l'extérieur du village. Aussitôt, d'un même élan, ils se dirigèrent dans cette direction tout en étendant leurs sens. Hitomi passa presque à côté de l'étincelle de chakra qu'elle percevait, tant elle était ténue et déliée. La sensation lui rappelait ce qu'elle ressentait quand Sakura dissimulait son chakra, le compressant jusqu'à ce qu'il ressemble à la signature d'une simple civile pour tromper les senseurs. Ce qu'avait fait l'homme qui à présent s'enfuyait devant eux était plus évolué encore : s'il n'avait pas attiré leur attention autrement, Ensui comme elle l'auraient sans doute confondu avec un animal.

Ils ne se concertèrent pas en le prenant en chasse. Quand ils quittèrent l'ombre des arbres, Hitomi sentit un frisson d'excitation et de crainte mêlées la parcourir : sur son dos était accrochée une faux à deux lames. Ils avaient trouvé leur coupable et il s'agissait d'un ninja, à en juger par la manière dont il concentrait son chakra dans ses membres pour accélérer bien au-delà de ce dont son corps aurait été naturellement capable. Il ne se souciait plus de se cacher à présent. Le maître et l'apprentie le suivirent dans un silence tendu jusqu'à ce que l'herbe et la terre se muent à nouveau en roche sous leurs pieds, jusqu'à ce que la pente les contraigne tous les deux à ralentir légèrement. Ce n'était pas assez pour que l'ennemi leur échappe, même si ce délai était des plus contrariants.

Sans la moindre hésitation, ils suivirent son chakra malsain jusqu'à l'entrée d'un réseau de tunnels, capables de se diriger dans le noir comme n'importe quel ninja digne de ce nom et sans doute mieux encore, du fait des capacités qu'ils tiraient de leur maladie commune. Puisqu'Hitomi était plus menue et se mouvait avec plus d'aisance à travers les boyaux de roche, elle prit la tête de leur duo, gagnant centimètre après centimètre de terrain sur le meurtrier. Il finit par s'arrêter une dizaine de mètres devant elle ; elle le sentit se ruer à droite, à gauche, puis s'immobiliser. Avait-il finalement atteint un cul de sac ? Le Murmure chanta d'exaltation à l'intérieur d'elle.

Elle déboula à toute vitesse dans une vaste salle souterraine mais n'eut même pas le temps d'observer son environnement qu'une terrible explosion secouait la montagne. Elle entendit Ensui hurler de fureur quelques mètres derrière elle, sentit le pan de tunnel qu'elle venait de quitter s'écrouler, puis fut jetée au sol par un nouvel impact, plus violent encore. Sa tête heurta le sol avec une force qui transforma sa vision en une explosion de lumières vives et colorées. Avec un petit soupir tourmenté, elle perdit connaissance.

Elle se réveilla après un laps de temps indéterminé, attachée à un large pilier de pierre. Ses bras étaient si étirés de chaque côté que ses épaules protestaient à la moindre inspiration, ses poignets minces piégés dans des menottes qu'elle reconnut pour avoir aidé à en fabriquer une paire à Konoha. À l'aide d'une variante du sceau d'isolement, elles empêchaient la personne détenue d'utiliser son chakra autrement qu'à l'intérieur de son corps, perturbant le cours que l'énergie devait suivre à travers les bras et les mains pour la formation de la moindre technique, quelle qu'elle soit.

— Tu es réveillée, je vois, fit l'homme en entrant dans la lumière d'une torche. Je commençais à me demander si je n'avais pas frappé trop fort.

Derrière l'éboulis qu'était devenu le couloir parcouru par Hitomi avant qu'elle ne s'évanouisse se fit entendre un rugissement furieux et une litanie de jurons. Ensui. Elle ferma les yeux de soulagement à l'idée qu'il soit là, même s'il ne pouvait forcer l'entrée sans aggraver l'éboulement et les tuer tous les deux. Elle n'avait pas besoin d'essayer pour le savoir : même à Konoha, où les ninjas étaient rarement amenés à se déplacer sur un terrain montagneux, on expliquait les strictes consignes de sécurité dans ce genre de cas de figure et les conséquences mortifères pour les personnes piégées si le protocole n'était pas respecté. Ensui aurait dû s'élancer à la recherche d'une autre entrée. Pourquoi était-il encore là ?

— Ton pauvre maître n'a pas voulu laisser son apprentie toute seule, même s'il est totalement impuissant maintenant, indiqua l'homme d'une voix moqueuse.

Enfin, Hitomi le regarda. Il n'était pas très grand, si bien que ses larges épaules le faisaient paraître trapu, le crâne rasé à l'exception d'une seule longue mèche de cheveux bruns ou noirs piégés dans une tresse serrée et ornée de bijoux rituels qui brillaient légèrement à la lumière des torches. Son torse nu était couturé de cicatrices récentes et anciennes dont certaines, elle pouvait le dire malgré la mauvaise lumière, étaient auto-infligées. Cela ne la surprenait pas : Jashin exigeait de ses disciples les plus importants un châtiment dans le sang quand ils le décevaient.

— Je comprends que vous ne vouliez pas qu'on vous rattrape, dit-elle au bout d'un moment de silence, mais pourquoi me retenir prisonnière ? Que vous m'attachiez ou que vous me tuiez, la réponse de mon maître sera la même quand il comprendra qu'il ne peut pas m'aider.

— Oh, Hitomi-chan, voyons, tu es bien plus précieuse vive que morte, tu le sais.

Elle frémit d'horreur en entendant son nom véritables sortie des lèvres de l'homme, tordues en un rictus de haine pure. Son corps se raidit contre les chaînes qui la clouaient sur place, en vain.

— Allons, gamine, ne fais pas cette tête. Tu crois vraiment qu'un déguisement pareil peut abuser un ninja exceptionnel tel que moi ? J'ai reconnu Ensui Nara dès l'instant où j'ai croisé sa route hier soir. C'était assez simple de déduire l'identité de l'avorton qui le suit à la trace depuis si longtemps. Tu as ta page au Bingo Book, tu te souviens ?

Le regard acéré de la jeune fille vit parfaitement la manière dont le visage du disciple de Jashin se convulsait de haine tandis qu'il prononçait le nom de son maître. Une vague d'adrénaline lui enflamma les veines et elle se mit à réfléchir avec frénésie, à la recherche d'un moyen de s'échapper, de briser ses chaînes avant qu'il décide qu'il avait assez joué et qu'il se sentait prêt à la tuer. Elle n'avait pas encore atteint le stade de ses plans où elle accepterait de mourir sans combattre. Il lui restait des jinchûriki à protéger, deux voire trois organisations secrètes à abattre et un déserteur à sauver. Et puis Ensui voulait qu'elle donne le meilleur d'elle-même, pas vrai ?

— Et qu'est-ce que je viens faire là-dedans, du coup ? demanda-t-elle dans l'espoir de faire parler l'inconnu le plus longtemps possible.

À trois reprises, elle envoya du chakra dans ses bras, seulement pour le sentir brûler ses méridiens quand il fut refoulé par le pouvoir des menottes. Elles ne faisaient pas partie des modèles dont on apprenait à se défaire à l'Académie, parce qu'il fallait un tel niveau de contrôle de chakra pour déjouer leur mécanisme, quand on connaissait comme elle son point faible, que la plupart des shinobi traversaient une vie entière sans atteindre le niveau nécessaire en la matière.

— Ton maître m'a pris quelque chose il y a des années, expliqua l'homme d'une voix désormais plaisante, comme s'il entretenait avec elle la plus charmante des conversations. Aujourd'hui, je vais lui prendre quelque chose à mon tour, comme ça il saura ce que ça fait.

Avec la brutalité d'un animal sauvage, l'homme se jeta sur elle, enroula une lourde mèche de ses cheveux roux dans son poing et s'en servit pour lui projeter la tête contre le pilier de pierre auquel elle était attachée. L'impact fut si violent qu'elle laissa échapper un petit cri de proie blessée, auquel Ensui répondit derrière l'éboulis d'un nouveau rugissement, assez intense pour faire vibrer le plafond de la caverne.

— Laisse-la tranquille et viens régler ton problème avec moi en personne, fils de chienne ! hurla le Jônin d'une voix ulcérée. Elle ne t'a rien fait, elle est innocente, laisse-la tranquille !

— Innocente, vraiment ? Est-ce qu'elle est innocente quand un meurtrier lui apprend à marcher dans ses traces ? Innocente, quand sa seule existence rend heureux un homme qui ne mérite même pas de vivre après tous les crimes dont il s'est rendu coupable ?

Elle gémit de douleur tandis qu'elle le relâchait. Une part de son esprit, heureusement, conservait son calme. Elle compressa le chakra de l'une de ses portes comme Sakura le lui avait appris pour que l'homme, sans doute senseur puisqu'il avait reconnu le chakra d'Ensui, ne le perçoive pas, et commença à décoder un élan après l'autre le cryptage qui, à l'aide du sceau, maintenait les menottes fermées autour de ses poignets.

— Tu vas souffrir comme ton maître m'a fait souffrir moi en tuant ma famille. Il n'était pas censé laisser de survivant, pas vrai ? L'ordre était de tous nous tuer pour qu'on ne puisse pas aller aider Iwagakure dans vos guerres stupides de Villages Cachés. Les hommes, les femmes et les enfants qu'il a massacrés n'avaient aucune chance et tu n'en as aucune non plus, crois-moi.

— Et qu'est-ce qui vous dit qu'il ne va pas aller chercher un autre accès à cette caverne et vous botter le cul, hein ?

— Il ne trouvera jamais l'autre accès, répondit l'homme d'une voix tranchante.

Les yeux d'Hitomi se fermèrent et elle prit bien soin de feindre l'abandon tandis que son chakra travaillait toujours sur ses menottes. Elle avait les bras en feu mais ne relâchait pas ses efforts ; elle savait qu'elle n'était pas si loin de réussir. Et si Ensui avait entendu cette information… Elle grogna tandis que le prêtre de Jashin revenait sur elle, plaçait ses mains sur la peau nue juste au-dessus de ses coudes et pressait, pressait.

— Tu vas hurler, gamine, et il en entendra chaque seconde. Jashin-sama appréciera mon offrande de sa souffrance et de la tienne.

Elle hurla, oui, elle dut l'admettre, quand les mains de l'adepte se réchauffèrent sur sa peau jusqu'à brûler au-delà de ce qu'elle pouvait supporter. Elle percevait le circuit frénétique du chakra à l'intérieur d'Ensui de l'autre côté de l'éboulis derrière l'écran de l'énergie Katon du disciple, qui la consumait lentement. Il la relâcha, uniquement pour s'emparer à nouveau de sa tête et la frapper à deux reprises contre le pilier. Elle ne parvint qu'à gémir de douleur, prise d'un tournis si fort qu'elle ne réprima sa nausée que de justesse.

— Hitomi, je t'en supplie, gémit Ensui d'un ton désespéré. Tiens bon, juste encore un peu. Je viens te chercher.

La souffrance qui émanait de son crâne malmené fit rouler ses yeux dans ses orbites, mais pas avant qu'elle puisse voir la folie désespérée dans le regard de son tortionnaire. Un double clic retentit et elle s'effondra juste à temps pour échapper au coup qui lui aurait tranché la gorge net, les mains enfin libres. Avec un feulement bestial, elle se redressa de sa position agenouillée, griffant jusqu'au sang le torse du disciple. Le Murmure s'éveilla avec un grondement féroce, si intense et pur qu'elle hurla quand sa main trouva la blessure qu'elle avait infligée et commença à aspirer le chakra du bourreau devenu victime. Avant qu'il puisse s'éloigner, trouver une parade, se défendre, elle réinjecta son énergie à l'intérieur de ses veines et le regarda s'effondrer, le sang ébouillanté.

Avec un sanglot épuisé, elle chuta à son tour, les genoux écorchés sur le sol inégal, puis se plia en deux et vomit le contenu de son estomac, prise d'un violent tournis. Son champ de vision se dilua dans une pluie d'étoiles et d'éclats de lumière tandis qu'elle se forçait à se redresser juste assez pour s'éloigner du cadavre et des souillures qu'elle avait laissées juste à côté. Elle retrouva le pilier de pierre contre son dos, s'y appuya et porta une main tremblante à l'arrière de son crâne, laquelle revint ensanglantée. Son esprit s'alourdit, elle regarda devant elle sans rien voir derrière les symptômes de l'évanouissement à venir qui se déployaient en elle.

— Shishou, murmura-t-elle d'une voix rauque.

Elle gémit de douleur quand ses sens s'ouvrirent par réflexe à la recherche du chakra de son maître, éveillant dans le processus les douleurs oubliées de ses brûlures. Elle ferma un instant les yeux, battit des paupières et commença à réciter les préceptes du shinobi d'un ton à peine audible pour lutter contre le tentant sommeil dans lequel elle menaçait de glisser à tout instant. Elle entendit un bruit de pas loin devant elle puis le frottement de la pierre contre la pierre, presque couverts par ses marmonnements épuisés.

— Hitomi !

Elle refusa de s'interrompre, les yeux fixant le vide, même quand il contourna le cadavre et s'agenouilla près d'elle, même quand il prit son visage en coupe et l'examina à la faible lumière de l'unique torche, même quand il baigna ses plaies de chakra médical. Elle avait tué encore et encore. Qu'est-ce que cette fois avait de spécial ? Était-ce la blessure qui pulsait à l'arrière de son crâne ou la sensation fantôme des menottes sur ses poignets meurtris ? Était-ce les brûlures en forme de mains sur ses coudes ou le fait qu'elle n'aurait jamais été prise pour cible si son shishou n'avait pas obéi aux ordres trente ans plus tôt ?

— Tu as une commotion, grommela Ensui après avoir soigneusement examiné ses pupilles.

Un rire sec et épuisé se forma sur les lèvres d'Hitomi. Le premier coup du disciple de Jashin avait sans doute suffi à causer une telle blessure, que les deux autres n'avaient fait qu'aggraver.

— Père…

— Je sais, je sais. Ne bouge pas, laisse-moi faire, je m'occupe de tout.

Elle perdit sans doute connaissance pendant un long laps de temps car, quand elle rouvrit les yeux, elle ne voyait plus le plafond de la grotte mais le ciel, vaguement marqué par l'aube à l'est, les étoiles encore visibles au-dessus d'elle. La nausée, le tournis et une bonne partie de la douleur avaient disparu. Elle n'essaya pas de se redresser, bien consciente qu'elle n'était pas en état de remuer plus que ses mains, qui vinrent tâter le bandage lui ceignant le crâne. Elle s'aperçut que ses mains tremblaient – était-ce la conséquence du fait de forcer les menottes ou de la sauvagerie avec laquelle le Murmure s'était libéré quand sa vie avait été réellement menacée ?

— Tu es réveillée, constata Ensui en s'agenouillant à ses côtés.

Elle tourna légèrement la tête en sa direction, observa les cernes sombres sous les yeux de son maître, ses traits creusés et le sentiment de culpabilité brut et pur à l'intérieur de ses yeux. Elle fronça les sourcils, même si le très simple geste lui élançait l'intérieur du crâne.

— Non, grogna-t-elle d'une voix pâteuse. Ce n'est pas votre faute. Rappelez-vous ce que vous m'avez dit à Kumogakure. Vous n'avez pas demandé à cet homme de nous agresser.

Il laissa échapper un petit rire mouillé, dissimulant ses traits derrière le rideau de ses longs cheveux roux pendant un instant. Hitomi sentit une larme qui ne lui appartenait pas tomber sur sa joue mais ne commenta pas, désireuse de respecter la pudeur de son maître.

— Je ne peux pas décemment te donner tort. Je suis désolée quand même, ma puce. Si j'avais gardé mon calme, j'aurais sans doute trouvé ce deuxième accès bien plus tôt. Tu aurais moins souffert.

— Je ne vous en veux pas, Père. J'aurais paniqué aussi si les rôles avaient été inversés.

En silence, il lui caressa les cheveux, prudent d'éviter la zone encore sensible où il avait trouvé son crâne abîmé quelques heures plus tôt. Ils avaient à nouveau bien des plaies, physiques et émotionnelles, à soigner avant de se remettre en route.