Les jours se transformèrent en semaines, en mois. D'après les carnets de Minato, le seul moyen de plier le Hiraishin à la volonté de son porteur était la répétition, encore et encore, des téléportations. C'était comme créer un muscle à partir du néant, indiquait-il de son écriture pleine de fioritures dans un livret si usé et patiné que les pages se détachaient toutes seules de la reliure. Jiraiya avait-il essayé de maîtriser cette technique ? D'après le Quatrième Hokage, un esprit jeune, souple et solide avait plus de chances de réussir. Si l'Ermite remplissait bien le dernier de ces trois critères, concernant les deux autres, son mental lui faisait défaut. Hitomi, par chance, remplissait chacune des trois conditions.

Au bout d'un mois, elle avait réussi à réduire le temps nécessaire à sa téléportation à trente seconde. Là, elle se heurtait à un mur de volonté, mais Minato indiquait que c'était normal, qu'il fallait forcer sans réserve mais sans brutalité non plus, laisser à son cerveau le temps de s'adapter et de construire ses nouvelles forces. La téléportation qui avait au début coûté une belle quantité de chakra n'en nécessitait plus désormais que quelques étincelles, un autre signe de ses progrès. Elle recommença à libérer du temps pour s'entraîner avec ses chats, avec Ensui, car le père de Naruto avait écrit qu'à ce stade, il était essentiel de s'aérer régulièrement l'esprit. Elle n'avait laissé au sanctuaire que trois de ses balises : une à l'entrée du temple, une dans la cour intérieure et, bien entendu, sa toute première, dans le petit coin désolé près des murs qui l'avait vue s'entraîner et échouer ces derniers mois.

Le printemps céda sa place à l'été autour d'elle sans qu'elle ne réduise ses efforts. Désormais, elle maîtrisait son affinité secondaire Raiton à un niveau suffisant aux yeux d'Ensui, pourtant il continuait de lui apprendre de nouvelles techniques, de trouver des moyens inédits de combiner ses deux affinités, même si cela signifiait qu'il devait soigner ses propres brûlures et muscles raides à la fin de chaque séance d'entraînement. Il lui montra aussi comment combiner certaines techniques de son répertoire avec celles d'Hoshihi, même si l'affinité Katon du jeune chat ne s'accordait pas très bien à l'eau ou à la foudre. Cela surprendrait malgré tout ses adversaires ; c'était tout ce qui comptait.

Quand elle descendit à trois secondes, après deux mois supplémentaires de travail acharné, Ensui l'autorisa à utiliser le Dieu de la Foudre en combat. Certes, ce n'était qu'à condition de réussir à utiliser des diversions pour réduire sa vulnérabilité pendant le laps de temps nécessaire à la téléportation, mais c'était déjà un progrès, une arme de plus à son arsenal. Elle grava sa balise sur certains de ses kunai et shuriken, même si elle n'était pas encore capable de se projeter sur une cible mouvante. Il lui suffirait de rater son coup.

— Tu as des nouvelles d'Haku ? demanda le maître un matin.

— Oui. Mei-sama rassemble ses troupes, lentement mais sûrement. Elle pense pouvoir donner l'assaut dans deux mois environ. En attendant, elle tente d'affaiblir les défenses de Kirigakure autant de l'intérieur que de l'extérieur.

Ce n'était pas joli, pas du tout : la prochaine Mizukage n'hésitait pas à payer des dignitaires étrangers pour qu'ils demandent des missions au Village Caché qui enverraient ses plus puissants shinobi au loin sans les tuer. Certains, cependant, étaient morts à cause de leur loyauté aveugle à Yagura. Hitomi ne pouvait s'empêcher de se demander si Madara était intervenu pour imposer sa volonté à certains officiers supérieurs. Il en avait les capacités, après tout.

— Yagura ne sera que le premier obstacle à abattre, ajouta-t-elle d'une voix fatiguée. Après lui, il restera encore tous ceux qui croient en l'idéologie qu'il a répandue sur le pays et qui fait de tous les membres des clans des cibles à abattre. Les troupes de Mei sont majoritairement composées de shinobi avec une affiliation clanique. Elle-même en fait partie. Ceux qui adhèrent à la propagande de Yagura résisteront de toutes leurs forces.

Ensui soupira et passa une main dans ses cheveux noirs, ébouriffés après la vigueur de leur entraînement. Les cernes sous ses yeux apparaissaient plus sombres et plus profonds que d'habitude. Hitomi ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter pour son maître : elle ne savait toujours pas ce qu'il avait découvert à Suna, quel secret l'avait broyé d'horreur et forcé à se refermer sur lui-même. Elle devait admettre sa propre frayeur à l'idée de ce qui pouvait contraindre son shishou à se mettre dans un état pareil, lui qui avait tant vu, tant vécu.

— Envoie un message à Shikaku-sama, finit-il par ordonner, pour qu'il demande à Tsunade-sama de nous faire parvenir un ordre de mission par son intermédiaire. Dis-lui que nous sommes au sanctuaire, il saura lequel.

La jeune fille acquiesça et écrivit le message tandis qu'il allait leur chercher une collation légère. Une fois restaurée, elle posa son carnet et se relança dans l'entraînement aux côtés de son maître, qui avait ordonné à ses chats de l'attaquer régulièrement de manière imprévisible pour pimenter l'entraînement. Ce commandement allait à l'opposé de leur nature profonde, pourtant ils obéirent, impitoyables et brutaux, exactement comme elle s'y attendait. C'était pour son bien, après tout. Ils voulaient tous voir Hitomi se renforcer, grandir, évoluer. Ils voulaient tous la voir survivre aux ennuis devant lesquels elle se dressait encore et encore depuis qu'elle avait reçu son bandeau frontal.

Les mois passaient. L'automne commençait à parer le sanctuaire de glorieuses couleurs. Hitomi avait toujours aimé cette saison, et pas seulement parce qu'elle était née durant sa seconde moitié. Elle aimait le nuancier dépeint tout autour d'elle, le calme qui doucement s'installait sur les bois, la danse paresseuse des feuilles quand elles se détachaient des arbres. Elle admirait avec une douce passion l'odeur caractéristique de la nature qui se préparait à reprendre son souffle, l'humidité omniprésente et le pouvoir qui s'y dissimulait pour elle. Ensui, le fils de l'été qui vivait pour la chaleur du soleil sur son visage, n'avait jamais tout à fait compris.

Un mois supplémentaire les vit s'entraîner comme des forcenés. Désormais, il fallait un peu moins d'une seconde à Hitomi pour se téléporter à l'une de ses balises. Elle maîtrisait sa seconde affinité élémentaire au niveau nécessaire pour prétendre à une promotion au rang de Tokubetsu Jônin, même s'il lui fallait encore un effort conscient pour changer la nature de son chakra, une faiblesse qui, d'après Ensui, ne disparaîtrait qu'avec la pratique. L'anniversaire d'Hitomi fut célébré par quelques lettres chargées d'affection, un festin de roi de la part de ses chats et une photo de Naruto et elle prise à Kumogakure, soigneusement encadrée et laissée sur son oreiller par un maître soucieux de célébrer les seize ans de son apprentie.

Hitomi,

Mei-sama a ordonné la reprise des hostilités dans une quinzaine de jours. As-tu reçu ton ordre de mission ? Seras-tu là en tant que toi-même ou cachée sous ta seconde identité ? Dans tous les cas, je sais que tu es capable de trouver notre campement. Ces dix mois consacrés uniquement à la reconstruction de nos forces nous ont été très salutaires. Nous sommes plus forts que jamais. Bien entendu, nous devons remercier pour cela le soutien inconditionnel de ton clan et, dans une plus faible mesure, de Konohagakure et Sunagakure. Le Conseil des Jônin est soulagé de savoir que nous aurons des alliés une fois le nouveau régime en place. Nous travaillerons ensuite à la paix avec d'autres pays mineurs, comme c'était le cas avant que Yagura ne perde la tête.

J'ai hâte de te revoir.

Haku.

Une vague de sombre satisfaction traversa Hitomi tandis qu'elle découvrait le dernier message de son vieil ami. Elle fit passer le carnet à Ensui, qui parcourut la lettre à deux reprises avant de se redresser, secouant la lassitude qui planait sur ses membres après une nouvelle séance d'entraînement un peu trop vigoureuse. Il rengaina son katana, se passa une main dans les cheveux avant d'enrouler un bras autour des épaules de son apprentie.

— Qu'est-ce que tu en dis ? Prête à redevenir Eien et Akito et mettre les voiles jusqu'au Pays de l'Eau ?

Un sourire carnassier naquit sur les lèvres d'Hitomi. Comme s'il avait besoin de poser la question… Le Murmure s'agita à l'intérieur d'elle en réaction à son impatience, mais malheureusement elle ne pourrait pas faire librement appel à cette force terrible et tentatrice durant leur périple à Kirigakure. Elle était d'accord avec Ensui sur un point : si elle faisait quelque chose qui risquait de trahir son identité au grand jour, elle devrait tuer tous les témoins. Elle ne voulait pas se rabattre sur ce genre d'actions, mais elle était un ninja : tuer devait devenir son instinct, son quotidien. C'était déjà le cas dans la plupart des situations de danger qu'elle traversait régulièrement.

— Je suis prête, shishou.

Ils quittèrent le sanctuaire le lendemain. Après des adieux déchirants à ses chats et Hoshihi en particulier, Hitomi les avait renvoyés dans le monde spirituel puis s'était métamorphosée pour la première fois depuis des mois et avait retrouvé les vêtements un poil plus larges d'Eien. Après avoir dit au revoir aux moines et aux initiés, ils s'enfoncèrent sans un regard en arrière à travers la Forêt des Tourbillons. Hitomi se demandait si elle reviendrait un jour, peut-être accompagnée d'une équipe Genin. Elle avait eu le temps de réfléchir, malgré son travail acharné en fûinjutsu et ninjutsu. Elle voulait enseigner un jour. En fait, elle avait même une équipe précise en tête.

Ils embarquèrent à l'aube sur un bateau missionné par Tsunade, rempli de vivres, d'armes et de shinobi qui, comme Akito et Eien, avaient pour ordre de soutenir l'effort de guerre de la révolte menée par Mei et Zabuza, son bras droit. Ils n'étaient qu'une dizaine, des Jônin qu'Hitomi n'avait jusqu'alors jamais rencontrés. Deux d'entre eux, un homme et une femme plus secrets que leurs camarades, portaient sur leur langue le sceau de la Racine, et sur l'épaule celui de l'ANBU. Hitomi sentait la présence de l'encre sur eux quand elle s'approchait. Ce fut Ensui qui les présenta tandis qu'ils montaient sur le pont, autant pour le bénéfice de leurs collègues que des marins qui les conduiraient à bon port.

— Bonjour, salua-t-il en inclinant légèrement le buste. Je m'appelle Akito Senjin et voici ma fille, Eien. Que cette mission soit couronnée de succès et que la Flamme de la Volonté vous protège !

Il souriait si largement que des pattes d'oie marquaient le coin de ses yeux, aux antipodes de son comportement habituel. Hitomi se surprit à désirer voir cette expression sur son vrai visage, ses yeux gris sombre s'illuminer d'une joie innocente et pure, ses joues rebondies par l'effort auquel ses traits se soumettraient pour trahir sa joie. Il n'avait pas l'air d'un ninja quand il souriait comme ça, quand il s'exprimait de cette voix haute, claire et enthousiaste – il avait l'air d'un père. La salutation leur fut retournée avec des degrés de chaleur variable puis le moment passa.

Ensui et Hitomi trouvèrent leur place dans la dynamique du navire en quelques heures à peine. Comme les autres shinobi, ils se consacrèrent aux derniers instants de paix qui les attendaient pour se préparer, anticiper, partager quelques derniers bons repas avec l'équipage. Une tension courait à travers leur unité factice et forcée. Ils s'entraînaient par petits groupes ou seuls dans le cas des membres de la Racine. Le père et sa fille ne faisaient pas exception à cette règle.

Ensui avait établi des règles très strictes concernant les capacités qu'Hitomi pouvait utiliser en-dehors d'un cas d'urgence, revues du fait de ses progrès durant l'année écoulée. Le Dieu de la Foudre faisait partie des techniques autorisées mais la jeune femme ne voulait pas gaspiller cet avantage en jetant sa persona sous le regard acéré de Danzô. La possibilité que ces deux agents de l'ANBU aient déserté la Racine ne pouvait être totalement écartée, mais elle refusait de prendre le risque. Elle ne disposait d'aucune mesure lui permettant de discerner les sceaux actifs de ceux qui ne servaient plus qu'à assurer le silence des agents.

Durant la première nuit, ils traversèrent le bras de mer qui séparait le Pays des Champignons, où se trouvait la contrepartie physique du Mont Myôboku, et le Pays de la Montagne. Hitomi contempla les deux îles en silence durant de temps ; elle était de garde pile à cette heure-là, aux côtés d'Ensui et de deux autres Jônin. D'habitude, on ne montait pas spécialement la garde sur un navire puisque la piraterie était très rare, mais vu le chargement que contenait ce bateau en particulier, Tsunade elle-même avait exigé qu'ils s'organisent pour une protection maximale, autant d'eux-mêmes que du matériel.

— Nous n'y remettrons sans doute jamais les pieds, murmura Ensui en posant les yeux sur la côte du Pays de la Montagne.

— Je n'en ai pas vraiment envie. J-je… Et si ce qui est arrivé la dernière fois se reproduisait ? Je ne pourrais pas le supporter.

Il s'approcha d'elle et l'enlaça par derrière d'une main, son menton se logeant sur son crâne avec l'aisance de l'habitude. Ils restèrent immobiles pendant quelques minutes, trouvant dans la présence de l'autre un réconfort familier et tranquille, puis se séparèrent pour reprendre leur place de chaque côté de la proue. Les deux autres Jônin de garde, à la poupe, se trouvaient trop loin pour avoir vu ou entendu leur bref échange.

Ils arrivèrent sur l'une des îles mineures au sud de celle où se dressait Kirigakure le lendemain, trois heures après l'aube. Les shinobi, tendus et silencieux, observaient les alentours sans jamais trop éloigner leurs mains des poches, sceaux et ceintures où se trouvaient leurs armes, même quand ils aidaient les marins à débarquer le matériel. Malgré le brouillard qui ternissait toute lumière et bloquait la vue à plus de dix mètres, ils se sentaient tous exposés, vulnérables. En voyant quel volume de matériel ils devraient transporter, Hitomi se planta devant le Jônin le plus âgé, un officier de plus de soixante ans qui avait par un accord tacite pris la direction des opérations.

— Mamoru-san, est-ce qu'il ne serait pas plus facile de transporter tout ça à l'aide d'un sceau ?

Depuis son impossible hauteur – il était encore plus grand qu'Ensui et Kakashi – il baissa ses yeux jaunes sur elle. Avec des prunelles de cette couleur et ses traits coupés au couteau, il faisait penser à un aigle ou un faucon. Elle n'aimait pas l'appeler par son prénom, mais son nom de famille était celui des orphelins. On ne se servait jamais de celui-ci pour désigner ceux qui le portaient, à moins de vouloir leur manquer de respect. Personne n'aurait osé manquer de respect à Mamoru, avec ses avant-bras comme des troncs d'arbre et son attitude bourrue. Même sa coupe de cheveux, rasés sur les côtés et le reste attachés en queue de cheval au sommet de son crâne, intimidait.

— Personne ici ne sait créer de sceau assez fort pour un tel volume, répondit-il d'un ton préoccupé.

Lui aussi ressentait un certain malaise à voir ses camarades se débattre contre le chargement. Ils seraient terriblement ralentis par tout ce poids, une situation qui ne les rendrait que plus vulnérables aux attaques éventuelles.

— Hum, Mamoru-san, je peux dessiner un sceau assez fort. C'est l'une des raisons pour lesquelles Tsunade-sama m'a envoyée sur cette mission alors que je ne suis qu'une Genin.

Le regard de Mamoru l'évalua avec sévérité et détachement. Elle se tint droite et fière, refusant de faiblir face à son attention scrutatrice.

— Je me demandais bien ce à quoi Hokage-sama jouait en te déployant ici avec ton père. Si tu es un petit prodige du fûinjutsu, ça explique des choses. Vas-y, va donc sceller tout ça qu'on puisse s'éloigner de la côte.

Elle acquiesça et se dirigea vers le chargement. Les autres Jônin, qui semblaient avoir saisi au moins une partie de la conversation, lui cédèrent le passage les uns après les autres. Elle se sentait quelque peu intimidée face à leurs regards intenses, mais cette légère nuance de gêne, visible dans sa gestuelle, collait bien avec la persona d'Eien, plus timide et timorée qu'Hitomi elle-même. Elle s'autorisa même à piaffer nerveusement avant de se mettre au travail, les adultes analysant ses moindres mouvements. Seul Ensui, qui exsudait fierté et confiance de l'endroit où il se trouvait, ne lui donnait pas au moins un peu envie de devenir invisible.

La pression dans l'air s'amenuisa légèrement quand elle activa le parchemin de sceau qu'elle avait posé presque négligemment sur le tas de matériel et que celui-ci disparut à l'intérieur des méandres d'encre et de papier qui créaient un pont en direction d'une autre dimension. Personne ne savait où allaient les objets scellés de cette manière – personne n'était revenu en vie pour le dire. Les sceaux de stase qui rendaient possible le transport de personnes vivantes créaient un tout autre type de faille temporelle.

Ils s'ébranlèrent enfin, longue colonne d'hommes et de femmes visiblement étrangers à ces terres – pour Hitomi, en tout cas, la différence était criante. Elle avait vu comme les insulaires du Pays des Vagues se déplaçaient, avec quel naturel ils naviguaient dans le brouillard. Ce n'était pas le cas de ses camarades de Konohagakure, qui ne devaient qu'à leurs prodigieux réflexes de ne pas trébucher sur la terre inégale et meuble qu'ils foulaient. Elle contemplait ce spectacle, grinçait des dents, mais ne disait rien. Elle n'avait pas envie de miner leur moral déjà vacillant.

— Nous venons soutenir l'effort de guerre de Mei Terumi en tant que shinobi de Konoha, leur rappela Mamoru la veille de leur arrivée au campement. Vous vous mêlerez à ses soldats sans oublier à quel village vous appartenez, et quelle est la mission qui vous a été assignée par Tsunade-sama. Certains d'entre vous ont peut-être des attributions spéciales dues à leurs capacités uniques en leur genre…

Son regard d'aigle passa brièvement sur la forme menue d'Hitomi, à moitié dissimulée derrière son maître. Elle rencontra ses yeux sans hésiter malgré la timidité qu'elle prétendait voiler ses gestes.

— … Tandis que d'autres se mêleront aux opérations générales. Vous êtes ici pour aider à remporter la victoire. Vous ne l'oublierez pas, vous vous montrerez à la hauteur de la foi que votre village vous porte. Que la Flamme de la Volonté vous protège.

— Qu'Elle vous protège, murmura Hitomi en retour.

Sa réponse fut reprise à travers les rangs, puis chacun alla se coucher à l'exception des quatre personnes de garde, dont elle ne faisait pas partie pour cette fois. Elle se roula en boule dans son sac de couchage, luttant contre le froid à l'aide de son chakra, tout en prêtant une attention discrète à ses environs. Elle ne reconnaissait pas les bruits de la vie nocturne sur cette île mais elle avait appris à s'y faire les deux nuits précédentes. Malgré tout, il ne lui coûtait rien d'entretenir sa vigilance. Impatiente de voir le lendemain arriver, elle peina à s'endormir malgré le contact doux des mains d'Ensui sur ses tempes.

Le lendemain, Hitomi s'imposa dans l'équipe de tête, tout comme Ensui, aux côtés de Mamoru et de la jeune femme qui faisait partie de l'ANBU et de la Racine. Leur doyen devait avoir reçu des instructions claires concernant le rôle de la cadette du groupe durant cette mission puisqu'il ne protesta pas, l'encourageant même à prendre les devants. Ses mains tremblaient légèrement, seul signe visible de l'anticipation qui lui donnait envie de se jeter en avant sans réserve ni égards pour ceux qui la suivaient – comme si elle courait assez vite pour les laisser derrière.

Enfin, elle les sentit, une masse incroyable de shinobi et de chakra au milieu d'une lande désolée plongée dans un brouillard surnaturel. Si elle n'avait su où chercher, guidée par l'exceptionnelle sensibilité de ses méridiens, Hitomi aurait pu passer mille fois à côté du sceau qui dissimulait le camp sous une solide illusion. Elle frémit d'angoisse, tandis que son esprit ramenait à la surface le souvenir du dernier sceau illusoire qu'elle avait rencontré et de la vision macabre qui s'était imposée à elle. Elle inspira profondément pour calmer sa propre frénésie et injecta son chakra dans une partie du sceau juste assez grande pour que ses camarades le franchissent sans mal avant de se glisser elle-même par l'ouverture. Quand elle relâcha son emprise, l'air s'agita derrière elle. Le mirage se dressait à nouveau au cœur de la lande.

Devant Hitomi, le camp soudain révélé fourmillait d'activité. Des dizaines et des dizaines de shinobi de toutes origines et de tous niveaux se préparaient aux différentes missions que leur cheffe leur avait allouées. Elle identifia deux membres du clan Yuki, dont Haku faisait partie, qui guidaient un homme à l'air sonné et perdu en direction d'une tente. Sa gorge se serra à l'idée qu'elle allait revoir son vieil ami. Cela devenait réel, et si proche. Elle savait qu'il la reconnaîtrait, elle avait décrit sa nouvelle apparence en détail dans les lettres qu'ils avaient échangées depuis celle qui les avait poussés à quitter le sanctuaire.

Elle avança aux côtés de ses camarades à travers le camp sans se soucier des Kirijin qui les regardaient d'un air méfiant et ne se détendaient qu'à moitié quand ils apercevaient l'insigne de Konoha sur leur front ou ailleurs. Elle se figea soudain, les yeux irrésistiblement attirés en direction d'un petit poste d'entraînement dressé comme à la hâte entre deux tentes. Ensui la percuta presque avec un petit juron, puis se calma quand il suivit son regard et comprit qui étaient les deux jeunes hommes qu'elle contemplait avec une telle mélancolie.

— Bientôt, murmura-t-il comme une promesse en posant une main ferme sur son épaule. Viens, Mei-sama nous attend.

Le sang échauffé par un mélange de trépidation et de nervosité, elle obéit et lui emboîta le pas en direction d'une tente juste un peu plus grande et plus ornementée que les autres.