Note pour le guest qui a laissé une review (merci !) : contrairement à Hitomi et Naruto, Lee ne risque pas la mort en rentrant au Pays du Feu, si bien que Gai l'a ramené quelques fois au village... Surtout pour pouvoir voir Kakashi. Les élans du coeur ne sauraient être réprimés, après tout !

— Mei-sama, annonça un Chûnin qui avait pris la tête de leur groupe, les shinobi de Konohagakure sont arrivés.

Une jeune femme vêtue de bleu, aux interminables cheveux roux sombre et aux yeux verts brillants de malice, se redressa sur sa chaise à haut dossier comme s'il s'agissait d'un trône. Elle siégeait là, sur une petite estrade, malgré l'inconfort et les options limitées qu'un camp militaire imposaient, les gestes pétris d'une attitude régalienne qui n'aurait pas détonné parmi les nobles de la cour du daimyô. Rien qu'en se trouvant dans la même tente qu'elle, Hitomi percevait le feu impétueux de son chakra, les trois affinités étroitement enlacées à l'intérieur de ses Portes, le pouvoir devenu tabou dans son pays. Mei était une Terumi, l'une des dernières représentantes vivantes d'un clan massacré durant les vingt dernières années sous la politique de Yagura. Elle avait des comptes personnels à régler avec le Mizukage en place.

— Parfait, répondit-elle d'une voix tranquille. Tu peux disposer, Shiki-kun.

Le Chûnin s'exécuta avec empressement, disparaissant derrière Hitomi pour vaquer à ses occupations. Qu'admirait-il à ce point chez sa cheffe de guerre ? Elle ne pouvait avoir conquis le cœur de tous ces hommes et de toutes ces femmes simplement parce qu'elle était assez belle pour faire des envieux même chez la noblesse. Certes, les shinobi aimaient et convoitaient la beauté, comme les civils, mais pas au point de mettre leur vie en péril. Il devait y avoir autre chose, quelque chose qui justifierait la dévotion dans le regard de Shiki avant qu'il ne s'en aille.

— Tout d'abord, dit-elle en se levant, je vous remercie toutes et tous d'avoir accepté cette mission. Tsunade-sama vous a laissé le choix, compte tenu du contexte particulier, et je suis honorée de votre service.

Hitomi haussa les sourcils en apprenant cette nouvelle. C'était la première fois qu'elle entendait parler d'une mission qui ne fonctionnait que sur volontariat. Dans son cas, bien entendu, les enjeux étaient différents. Elle devait trouver et sceller Utakata puis s'impliquer dans l'attaque qui verrait Yagura tomber afin de s'assurer qu'Isobu, le Démon à Trois Queues, ne serait pas détruit dans la manœuvre. Mei savait-elle déjà lequel de ses ninjas deviendrait son deuxième réceptacle ?

— Je vais vous laisser prendre vos marques dans le camp. Vos tentes se trouvent près de celles-ci, à cinq cent mètres à l'ouest. Elles sont groupées, mais n'hésitez pas à vous mélanger à mes shinobi. Vous allez travailler ensemble, après tout.

Les Konohajin inclinèrent la tête avec respect. La plupart tournèrent les talons et s'en allèrent ; seuls restèrent Mamoru, Ensui et Hitomi. Le regard de Mei se fit appréciateur quand elle avisa le doyen. Elle avait entendu parler de lui – tout le monde avait entendu parler de lui. Le plus vieux ninja encore en vie et en service à l'exception d'une poignée d'immortels. Il avait obtenu ce drôle de titre après l'attaque que Konoha avait subie durant le dernier examen Chûnin qu'elle avait organisé, quand Hiruzen avait dû se retirer à cause des séquelles de son combat contre Orochimaru.

— Justement les trois shinobi que je voulais voir. Mamoru-san, Tsunade-sama m'a chanté vos louanges. Vous connaissez mieux que quiconque chacun des ninjas qui vous ont suivis jusqu'ici, j'aimerais donc que vous fassiez partie de généraux. Montrez ce sceau à un Chûnin dehors, il vous conduira à la tente du Conseil.

L'homme avança et s'empara du petit sceau de cire fondue sur du papier que la Mizukage en devenir lui tendait, des deux mains, avec respect. Il ne semblait pas surpris par un tel honneur, mais ne s'en réjouissait pas non plus. Il incarnait l'image même de la dignité que les nobles, si prompts à engager des shinobi pour régler leurs querelles enfantines, refusaient pourtant de leur associer.

— Mei-sama, je vous servirai au mieux de mes capacités. Cependant, je dois vous avertir : je n'ai aucune idée des compétences de ces deux-là. Ils ont vécu pratiquement toute leur vie hors du village et hors des circuits classiques. Je sais juste que la gamine est douée avec les sceaux.

Mei sourit, composée et tranquille, avant de le rassurer :

— Tsunade-sama m'a fait parvenir une très longue lettre qui m'a fourni toutes les informations nécessaires concernant Akito et Eien Senjin. Vous pouvez disposer, Mamoru-san. Allez vous préparer, je réunirai le Conseil dans une heure pour prévoir les assauts de demain.

Il s'inclina et quitta la tente à son tour, non sans un regard légèrement intrigué en direction de ses camarades. S'il avait été moins droit, moins respectueux, peut-être aurait-il posé les questions qui dansaient sur sa langue. Peut-être, oui... Mais la réponse qui lui aurait été apportée serait fausse et floue dans le meilleur des cas, une idée qu'il sembla saisir sans même avoir à parler.

— Eien-chan, approche. Haku-kun m'a énormément parlé de toi.

Légèrement nerveuse, Hitomi s'exécuta. Elle se sentait petite et presque négligeable au regard du chakra qui noyait l'espace sous la tente, et d'autant plus quand elle ne se trouvait pas sous l'ombre physique de son maître. Toutefois, elle ne pouvait montrer aucun signe d'anxiété ou d'inconfort devant Mei, qui avait engagé des soldats et non des enfants.

— Alors comme ça, tu es ce que nous avons de plus proche d'un Maître des Sceaux depuis le Quatrième Hokage. Haku-kun m'a informée de la menace qui plane sur mon jinchûriki, Utakata. Il m'a aussi dit que tu le marquerais et le protégerais si ces hommes de l'Akatsuki l'attaquaient.

— C'est bien ça, Mei-sama, répondit Hitomi d'une voix ferme. Chaque jinchûriki qui tomberait entre les mains de l'Akatsuki serait une victoire pour eux et un échec pour moi. Je fais de mon mieux pour ne pas échouer, quelles que soient les circonstances.

Mei émit un petit rire. Une étincelle qui ressemblait presque à de l'attendrissement dansa dans ses yeux verts tandis qu'elle quittait son estrade. Elle était grande, presqu'aussi grande qu'Ensui, mince et vibrante d'énergie contenue. À bien des égards, elle ressemblait un peu à la femme que Tsunade avait été des années plus tôt, avant de quitter son village dans l'idée de ne plus revenir, avant de perdre à la guerre les deux hommes qu'elle aimait le plus au monde.

— C'est un objectif extrêmement louable. En plus de ça, ça m'arrange que tu protèges Utakata-kun contre les menaces extérieures. J'ai aussi ouï dire que tu t'intéressais à Isobu ?

— C'est le cas. Quand Yagura sera vaincu et exécuté, son démon sera à nouveau libéré. Il devrait réapparaître au bout de quelques jours dans le lac autour duquel Kirigakure a été reconstruite après la Deuxième Grande Guerre. J'aimerais que vous désigniez l'un de vos shinobi pour devenir son réceptacle. Je le scellerai et le marquerai de la même manière qu'Utakata afin de le protéger de l'Akatsuki.

— Et moi, j'y gagne un deuxième réceptacle sous mes ordres et protégé. Je n'y vois pas d'objection.

Hitomi inclina légèrement la tête, aussi nerveuse que reconnaissante. Son sceau pour créer un réceptacle était prêt depuis des années ; contrairement à celui qui marquait le ventre de Naruto, il ne nécessitait aucun sacrifice mortel. Ce qui était offert pour renforcer le sceau était une douleur au-delà des mots, mais temporaire. Elle avait depuis traversé bien assez de souffrances pour savoir ce qu'une telle sensation provoquerait à l'intérieur de son corps, comment son organisme lutterait pour garder le contrôle… Et elle avait toujours l'espoir de trouver autre chose, quelque chose qui ne l'effrayerait pas autant. Si elle échouait, cela dit, elle était prête à payer ce prix. Elle était prête à payer bien plus cher, même, pour assurer que les deux derniers jinchûriki à parcourir ce monde sans sa marque obtiennent cette protection.

— Bon, puisque c'est décidé, parfait. Akito-san, vous rejoindrez Mamoru-san dans la tente des généraux pour le Conseil. Vous êtes le mieux placé pour savoir ce dont votre fille et capable et comment utiliser ses talents avec les meilleurs profits, vous nous serez donc utile.

— Oui, Mei-sama, accepta Ensui en s'inclinant légèrement.

— Vous avez chacun votre tente auprès de vos camarades. Allez vous installer et vous délasser. Eien-chan, je crois qu'Haku-kun a terminé sa séance d'entraînement. Il serait ravi de te revoir.

Le cœur d'Hitomi bondit dans sa poitrine, son sang se réchauffa brusquement à l'intérieur de ses veines. Elle ne parvint pas à empêcher ses joues de rougir légèrement, ce qui fit sourire la Mizukage.

— Aaah, qu'est-ce que ça me manque d'être jeune. Profite tant que ça dure, Eien-chan. Vous pouvez y aller, tous les deux.

Hitomi ne réussit pas à garder une démarche tout à fait égale tandis qu'elle sortait de la tente, parcourue de hâte et d'une telle énergie qu'elle avait l'impression d'être prête à courir un marathon. Elle échangea un regard avec Ensui, qui lui donna d'un signe de tête l'autorisation de s'éloigner seule. Elle trouverait leur tente sans peine, entre les indications de Mei et ses sens si pratiques. Plus tard. Bien plus tard. Elle devait d'abord trouver son ami.

— Aaah, Eien-chan !

La voix l'arrêta net tandis qu'elle s'élançait vers l'endroit où elle avait vu Haku une petite demi-heure plus tôt. Elle fit volte-face et sourit sans pouvoir s'en empêcher quand elle vit Suigetsu, qui la dépassait désormais d'une bonne tête, s'approcher d'elle à grands pas.

— J'étais sûr que je t'avais vue ! Haku ne me croyait pas, il disait que tu n'étais censée arriver que demain. Ça fait une semaine qu'il guette ton arrivée, le pauvre.

— Ah, oui, on a cru qu'on serait retardés par l'orage qui était censé tomber hier, mais finalement il n'a jamais éclaté et s'est dissout tout seul.

— Viens, il est allé nous chercher des casse-croûtes en attendant que Zabuza-sensei ait terminé avec les autres généraux. Il va halluciner quand il te verra.

Hitomi renifla, clairement amusée, mais lui emboîta le pas. L'adolescence allait merveilleusement bien à Suigetsu : ses longs cheveux blanc d'os étaient noués en une queue de cheval basse et fournie dans son dos, dont la chute flattait ses épaules larges et puissantes. Il semblait avoir pris l'habitude de souligner ses yeux violets d'eye-liner, une initiative qu'Hitomi appréciait beaucoup. Ses traits n'avaient plus rien d'enfantin ou de doux, mais la jeune fille comprenait sans peine ce qui avait attiré Haku et ce qui l'attirait encore.

— Tout se passe bien entre vous ? demanda-t-elle d'un ton tranquille.

Elle avait suivi les péripéties de cette romance du côté d'Haku, qui s'était épanché longuement durant l'année écoulée sur ses élans du cœur et la timidité qui l'empêchait de déclarer sa flamme à Suigetsu. Finalement, c'était ce dernier qui avait pris les choses en main et l'avait embrassé. Ils sortaient ensemble depuis près de quatre mois, à présent.

— Je trouve que oui, répondit le jeune homme en enlaçant les épaules d'Hitomi d'un bras avec familiarité. On a décidé d'essayer d'être un couple libre, vu qu'aucun de nous deux n'est jaloux et que Chôjûrô-chan fait les yeux doux à Haku. Pour l'instant, je ne suis pas allé voir ailleurs, lui non plus, mais bon, voilà, c'est une nouvelle dynamique à laquelle on doit s'adapter.

Hitomi haussa les sourcils, légèrement surprise. Les couples libres étaient très courants parmi les shinobi, même au sein des clans une fois que le premier héritier d'un couple était né, mais voir une telle dynamique dans un couple d'adolescents restait une rareté. Toutefois, elle n'avait aucune raison de critiquer ce choix, tant qu'il convenait aux deux jeunes hommes. Suigetsu semblait parfaitement serein, tandis qu'Haku n'était pas du genre à accepter quelque chose qui le dérangeait, plus depuis que sa relation avec Zabuza s'était solidifiée.

— Hé, Eien-chan, il est vraiment heureux de savoir que tu seras là pendant nos batailles décisives, tu sais ? Tu lui manques énormément.

— Il me manque aussi, admit-elle sans la moindre honte. J'étais vraiment triste quand j'ai appris que l'assaut était retardé et que vous vous cachiez pour vous renforcer à nouveau. Au final, j'ai bien utilisé ce délai, mais quand même…

— Oui, c'était pareil pour lui – et moi aussi, bien entendu ! Je n'oublie pas que c'est grâce à toi et à ton équipe que je suis ici.

Elle haussa les épaules, songeant pour la première fois depuis une éternité à la dernière mission qui avait réuni l'Équipe Sept. Une sensation de vide lui serra le ventre. Comment allait Naruto ? Il s'entraînait toujours aux côtés de Bee à Kumogakure, d'après ses lettres, mais Jiraiya songeait à quitter le Village Caché dans les semaines qui suivraient, estimant que son protégé avait appris tout ce qu'il pouvait de ses aînés. Et Sasuke… Elle n'avait pas envie de penser à Sasuke maintenant. Elle força un sourire sur son visage, se pressant un peu plus contre le flanc de Suigetsu, qui avait toujours un bras sur ses épaules.

— C'était normal, tu le sais. Est-ce que tu voudrais qu'on s'entraîne ensemble à l'occasion ? J'ai vu que tu avais obtenu l'un des Sabres de Brume, félicitations !

— Oui, pourquoi pas ! Et je ne suis pas le seul dans ce cas, Haku et Chôjûrô-chan aussi. Mei-sama a organisé un raid sur l'armurerie qui conservait nos trois sabres il y a un an environ. Elle essaye de reformer la Brigade des Épéistes de la Brume, même si Samehada est définitivement hors de notre portée.

Samehada se trouvait bien entendu entre les mains de Kisame, le binôme d'Itachi dans l'Akatsuki. Pendant une fraction de seconde, Hitomi se demanda ce que l'homme deviendrait, quand elle serait parvenue à réhabiliter le Uchiha. Est-ce qu'il déserterait l'organisation lui aussi ? Et pour devenir quoi ? Il ne pourrait décemment pas suivre son partenaire à Konoha, ce serait un affront fait à Mei, alors que la paix entre la Mizukage en devenir et Tsunade était encore si jeune et si fragile.

— Même si vous n'êtes que six et non sept, vous resterez une force formidable. Je n'arrive pas à croire que je vis dans un monde qui verra la Brigade des Épéistes renaître. Il y a dix ans, tous croyaient que c'était impossible.

— Et il y a dix ans, ils n'avaient pas exactement tort. La plupart des épées demandent des talents particuliers qu'on ne trouve qu'au sein des clans. Chôjûrô-chan et Zabuza-sensei sont des exceptions à cette règle, bien entendu, mais leurs épées ne demandent pas autant de chakra pour être portées. Seul un Hoshigaki pourrait porter Samehada, par exemple… Et le clan a été détruit. Il ne reste que l'un d'entre eux.

— Kisame, oui. Je le connais.

— Donc tu vois sans doute pourquoi il est le seul à pouvoir porter son sabre. Ce n'est pas la seule lame dans ce genre de situation. Du coup, comme Mei-sama fait tout pour réhabiliter les clans, elle a de bonnes chances de réussir à recréer la Brigade.

Ils continuèrent à discuter d'un ton léger tout en traversant le camp. Les regards des shinobi qui vaquaient à leurs propres occupations passaient brièvement sur Hitomi avec curiosité jusqu'à ce que les curieux comprennent avec qui elle se trouvait : même sans le voir interagir avec ses camarades, la jeune fille voyait sans peine qu'il s'était merveilleusement intégré dans les rangs de la rébellion. Elle n'en avait pas tant espéré quand elle lui avait recommandé de rejoindre Mei.

— Voilà, Haku est à l'intérieur, dit-il en désignant du menton une large tente gris perle. Je vais vous laisser un peu d'intimité et prévenir Zabuza-sensei de ton arrivée, s'il n'est pas déjà au courant. À tout à l'heure !

Hitomi salua Suigetsu avec un large sourire, le cœur battant la chamade, puis repoussa l'ouverture de la tente d'une main tremblante. Elle comprit immédiatement qu'il s'agissait de l'infirmerie à la succession de futons, la plupart vides, qui s'alignaient devant elle. Un sceau d'isolement marquait les lits occupés, offrant un peu d'intimité aux malades en les masquant aux regards extérieurs. Ses mains commencèrent à trembler tandis qu'elle avançait entre deux rangées de futons ; son chakra avait trouvé celui d'Haku, frais, doux et tranquille, que ses sens n'avaient jamais tout à fait oublié.

— Ha-Haku, articula-t-elle d'une petite voix en le voyant qui lui tournait le dos, penché sur un livre à l'air ancien.

Quelque chose – un sandwich, vit-elle juste après – tomba avec un bruit mat à côté de son livre. Il se leva et se retourna d'un seul mouvement fluide, ses grands yeux bruns écarquillés. Elle eut à peine le temps de voir le sourire incrédule sur ses lèvres qu'il la serrait dans ses bras, envahissant ses sens de son odeur de plantes médicinales et de ce chakra qui n'appartenait qu'à lui. Elle pouvait à peine respirer dans son étreinte un peu trop solide mais ne se serait pas écartée pour tout l'or du monde, trop occupée à lui rendre cet élan d'affection avec toute la férocité et la tendresse qu'elle n'avait pu lui offrir qu'à travers des lettres depuis trop longtemps.

— Tu es là, murmura-t-il dans ses cheveux. Tu es vraiment là.

Elle entendit un petit sanglot qui ne lui appartenait pas, puis se sentit légèrement repoussée. Haku, un sourire humide sur le visage, prit ses joues en coupe et la dévisagea quelques secondes, comme s'il ne parvenait pas réellement à y croire. Quand elle concentra un peu de chakra dans ses oreilles, elle réalisa que lui aussi avait le cœur emballé. Elle tendit la main, attrapa une mèche de ses longs cheveux noirs et l'entortilla entre ses doigts tandis qu'il la regardait sous cette apparence étrangère pour la première fois. Il savait à quoi elle ressemblerait. Il l'avait reconnue immédiatement, peut-être à sa voix, à son chakra, ou aux heures passées à essayer d'imaginer ce moment.

— Je suis là, répondit-elle enfin d'une voix douce.

Il leur fallut quelques minutes pour dépasser leur stupéfaction mutuelle. Tous deux avaient tant anticipé et espéré ces retrouvailles que le fait accompli leur donnait l'impression de laisser une part d'eux de côté. Quand ils furent capables de se détendre, de s'asseoir côte à côte sur l'un des futons inusités, un début de conversation put enfin s'engager.

— Alors comme ça, tu as réussi à mettre la main sur Nuibari ?

Le jeune homme tapota gentiment la garde de son sabre en forme de longue aiguille, à peine plus long qu'un tantô pour l'instant. Quand il s'en était servi sur le terrain d'entraînement, Hitomi avait vu l'épée bien plus longue et terrible. Comme tous les shinobi qui vivaient hors de Kirigakure, elle ne connaissait que la légende derrière cette lame capable de coudre à travers n'importe quoi – les hommes, les âmes, le chakra. Même ses connaissances canon ne l'aidaient pas énormément à savoir ce que c'était de détenir une telle relique.

— Mei-sama et Zabuza-shishou ont décidé que c'était celle qui me convenait le mieux de toutes les épées que nous avons récupérées. Je ne m'en sers pas seulement pour tuer, mais aussi pour soigner les blessés qui pourraient avoir besoin d'être raccommodés.

— Je savais que tu t'entraînais au ninjutsu médical, mais je ne m'attendais pas à te trouver dans l'infirmerie. Tu travailles souvent ici ?

— On a perdu l'un de nos ninjas médecins il y a quelques jours, expliqua le jeune homme d'une voix où perçait la plus légère trace de tristesse. J'essaye d'apprendre tout ce que je peux le plus vite possible pour le remplacer quand on en aura besoin.

Il n'avait pas besoin d'expliquer ce qu'il entendait par là. Hitomi aussi craignait les combats, si elle devait faire preuve d'une totale honnêteté. Pas pour elle, non, pas alors qu'elle possédait désormais le Dieu de la Foudre et pouvait s'éloigner des lignes de front dès qu'elle serait blessée si nécessaire, mais pour tous ceux qui n'avaient pas ce choix. Haku, Zabuza, Suigetsu, Ensui, Mamoru et tous ceux qui étaient venus de Konoha renforcer les troupes alliées… Il y aurait des morts. C'était inévitable.

— Je suis sûre que tu t'en tireras à merveille, Haku. Déjà au Pays des Vagues, tu étais doué avec le ninjutsu médical.

Elle lui en avait appris des notions abstraites alors, des théories apprises à la va-vite à travers la lecture de l'un des livres d'Ensui. Elle regrettait encore d'avoir tardé à passer à la pratique. Est-ce que certaines choses auraient changé si elle avait été plus rapidement capable de soigner en plus de se battre ?

— Je viendrai sans doute donner des coups de main ici avec mon père quand ce sera nécessaire. Il est bien meilleur que moi, évidemment.

— En même temps, qui ne le serait pas sous la tutelle de Shizune-sama ? Elle a appris ce qu'elle sait directement de Tsunade-sama, son enseignement doit être exceptionnel.

Un petit sourire ironique dansa sur les lèvres d'Hitomi – il n'y avait pas que l'enseignement de Shizune qui était exceptionnel si son maître était assez amouraché pour murmurer le nom de la médic dans son sommeil. D'accord, ça n'était arrivé qu'une fois, mais quand même.

— Suigetsu a proposé que je m'entraîne avec lui à l'occasion, est-ce que tu aimerais nous rejoindre ? J'aimerais voir de mes yeux à quel point tu as progressé.

— Bien sûr ! J'ai hâte de t'affronter aussi. Tu es devenue redoutable, pas vrai ?

Une telle tendresse se mêlait aux mots d'Haku dans sa dernière phrase qu'Hitomi ne put s'empêcher de rougir légèrement et de fuir son regard, un sourire forçant son chemin sur ses lèvres.

— Je pense bien, oui. Ensui-shishou dit que je suis une peste à combattre.

— Oh, dans ce cas on te laissera d'abord affronter Chôjûrô-kun. Il a l'air timide comme ça, mais quand il se lance dans un combat, c'est une vraie peste aussi.

Ils continuèrent de discuter pendant un long moment, assis épaule contre épaule sur un petit futon comme s'ils se trouvaient seuls au monde. Ni l'un ni l'autre ne croyait à cette illusion, pas alors que leurs sens affirmaient le contraire encore et encore, mais c'était plaisant, pour Haku comme pour Hitomi, de se laisser bercer un temps. Après tout, qui savait ce qui les attendrait le lendemain ? Peut-être l'un d'eux serait-il envoyé en mission au nom de Mei, peut-être devraient-ils se battre pour renforcer sa position dans le pays et préparer l'assaut final.

Personne ne pouvait en être sûr – et surtout pas eux-mêmes.