Deuxième chapitre, n'hésitez pas à me donner votre opinion. Je prends certaines libertés avec la série donc si vous avez des questions sur certains de mes choix, n'hésitez pas à me le demander.

Et une petite explication pour commencer : je sais que si les showrunners n'ont pas donné à Talisa une apparence valyrienne, c'était surtout pour des raisons pratiques, pour éviter qu'on la confonde avec une Targaryen. Mais étant donné que son nom de famille est Maegyr, que les Maegyr font partie de la vieille aristocratie volantaine qui se caractérisent par un aspect valyrien, j'ai décidé de "remédier" à cette "incohérence" en faisant de Talisa une métisse.

Et pourquoi avoir fait de sa mère une Rhoynar ? Premièrement, je ne suis pas certaine de l'apparence des habitants des autres cités libres (à part ceux de Lys). Deuxièmement, Talisa, physiquement, a pour moi des traits rhoynars (mais je peux me tromper, je ne suis pas calée sur l'univers non plus). Troisièmemt, les Rhoynars étaient les premiers habitants de la région avant les conquêtes valyriennes ; je sais que les survivants ont fui pour Dorne avec la princesse Nyméria, mais j'ai eu dans l'idée que certains d'entre eux étaient restés et s'étaient vus asservis par les soldats valyriens qui ont ensuite formé la classe aristocratique de Volantis.

Voilà pour ce qui est des explications. Et toujours si vous avez des questions à me poser ou des corrections à me proposer, n'hésitez pas.


Nausicaa

Talisa se rappellerait de ce jour toute sa vie. Le jour où, enfin, elle avait eu une amie. La fin de l'année approchait et avec elle les préparatifs pour les élections annuelles qui duraient dix jours et auxquelles tous les grands propriétaires, hommes et femmes, participaient.

Volantis était gouvernée par un triumvirat. Chacun des triarques appartenaient à l'une des deux factions politiques de la cité : les Tigres et les Éléphants. Les Tigres représentaient la vieille aristocratie et la classe militaire, tandis que les Eléphants représentaient la bourgeoisie, les prêteurs et les marchands. Depuis plus de trois cent ans, le pouvoir des Éléphants avaient supplanté celui des Tigres et au moins deux des triarques appartenaient à cette faction, un fait qui blessait l'ego de la noblesse volontaine.

Sans surprise, son oncle, Malaquo Maegyr, entrait à nouveau en lice cette année. Il avait été élu triarque l'année précédente et l'année encore d'avant. Il comptait alors à son actif quatre réélections et il ne comptait pas s'arrêter en si bonne voie. Pour gagner ses campagne, il mettait toutes les chances de son côté. Et il ne perdait pas de temps. Pour gagner les votes de ses concitoyens, il s'assurait d'abord de gagner leurs cœurs, et quoi de mieux pour cela que de leur offrir bals et réceptions à foison. Au cours des deux derniers mois de l'année, il recevait des gens au moins une fois par semaine et chaque fête se devait d'être plus mémorable que la précédente. Lui d'ordinaire pingre dépensait alors sans compter. Rien n'était trop beau pour ses invités… surtout s'ils lui rapportaient des votes.

Comme chaque année, il les avait conviés à une de ses fêtes. Une fois par an seulement, au lancement de la campagne électorale, Malaquo Maegyr se souciait de son frère et de sa famille. Talisa aurait préféré qu'il s'en abstienne et elle savait que ses parents pensaient la même chose, mais voilà, une fois par an, il fallait avoir l'air d'être une famille soudée. Une fois par an, il fallait se soumettre à cette mascarade. Comme chaque année, elle avait prié pour tomber malade pendant le jour J pour, comme chaque année, ne pas voir ses prières exaucées. Alors, elle y allait en trainant les pieds. Une fois, elle avait essayé d'argumenter : cela ne dérangerait personne qu'elle ne vienne pas, ses parents n'avaient qu'à raconter qu'elle était souffrante. « Tu ne nous feras pas mentir, Talisa. Tu viens avec nous, point final. » avait insisté son père, l'air sévère. Elle n'avait plus jamais tenté de plaider sa cause depuis.

Cette année encore, elle allait devoir supporter les deux teignes qu'étaient ses cousins Vahaquo et Marquelo. Sans surprise, ils s'adonneraient à leur jeu favori : lui rendre la soirée infernale et lui rappelait qu'elle n'était qu'une « fille de Rhoynar ». Il lui susurrait que sa mère était une sorcière qui avait envoûté son père pour le forcer à l'épouser. À chaque fois, elle aurait aimé riposter, leur dire leurs quatre vérités mais, à chaque fois, elle les laissait la blesser sans protester. D'ailleurs que pouvait-elle faire seule contre ses cousins et leurs amis ? Se plaindre à ses parents ? Elle avait arrêté de le faire depuis ses sept ans. Elle était trop grande pour aller se plaindre à ses parents, elle avait neuf ans, tout de même ! Ils se moqueraient encore plus d'elle si elle agissait de la sorte. Alors, elle préférait se taire et éviter les fils de son oncle le plus possible.

Sa mère, pour une telle occasion, tenait à ce qu'elle mette sa plus jolie tenue. Elle embauchait les meilleures couturières de Selhorys pour qu'elles lui confectionnent des robes dignes d'être portées chez son oncle. Ses cheveux aussi se devaient d'être parfaitement coiffés, sa mère insistait sur ce point. Sa servante passait des heures à les peigner et à les torsader. En plus de la couleur, Talisa avait hérité de la chevelure maternelle la raideur. Généralement, elle la portait en une longue natte, mais c'était une coiffure trop simple pour une réception chez un prétendant à la gouvernance de la cité.

Cette fois-ci, elle serait vêtue d'une robe en soie rose et en dentelle de Myr. Ses cheveux, quant à eux, seraient relevés en couronne au-dessus de son crâne. Talisa détestait le rose autant que les dentelles et elle avait eu du mal à masquer son mécontentement en découvrant le vêtement. « Mère, est-ce que je suis vraiment obligée de porter cette robe ? » avait-elle demandé plaintivement. Sa mère avait levé les yeux au ciel et poussé un soupir d'agacement.


Le trajet jusqu'à la villa héréditaire des Maegyr avait paru à Talisa à la fois interminable et bien trop court. Malaquo Maegyr habitait au cœur de Volantis, dans le quartier des notables. Talisa et sa famille vivaient, eux, à Selhorys au nord-est de la cité. Mazaro Maegyr, sur son lit de mort et dans un sursaut de bonté, avait accordé l'une de ses maisons secondaires à son plus jeune fils. Dans la carriole qui les amenait chez son oncle, Talisa avait regardé le paysage défiler avec appréhension, et même effroi. Chaque maison, chaque arbre, chaque brin d'herbe qu'ils dépassaient lui rappelaient qu'ils approchaient de leur destination. Une fois passé la Volaena, son cœur se mit à tambouriner violemment dans sa poitrine. Devant eux se dressaient les murs noirs de la Fille Aînée de Valyria.

Beaucoup seraient restés muets de stupeur devant l'immensité de la cité. Talisa la trouvait juste bruyante et surpeuplée. On aurait dit une fourmilière dont les ouvrières étaient les esclaves qui travaillaient sur le Long Pont. On les reconnaissait facilement à leurs tatouages représentant le travail qu'ils exerçaient : un poisson pour ceux qui travaillaient sur les bateaux de pêche, une mouche pour ceux chargés de ramasser les excréments, deux marteaux croisés pour les maçons, une larme pour les esclaves sexuels, une roue pour les charretiers et tant d'autres. Sa mère les regardait toujours avec compassion, peut-être parce qu'elles se rappelait que ses ancêtres aussi avaient été dans cette situation.

Le Long Pont était sans doute l'endroit le plus populeux et le plus embouteillé de la ville. Dans la cohue, leur carriole avait bien du mal à avancer. « Place ! Place ! » criait leur cocher. Talisa poussa soudain un cri. De la fenêtre du véhicule, elle avait aperçue une main coupée qui pendait dans le vide ; accroché à elle, un écriteau portait l'inscription QRINGAOMIO, malfaiteur en haut-valyrien. Derrière elle, d'autres mains pendaient misérablement. Leur vue lui donnait la nausée. Elle décolla son visage de la fenêtre. Elle savait qu'une telle pratique existait ; à Selhorys aussi on punissait les criminels en leur coupant une ou les deux mains ; mais on ne les exposait pas aussi publiquement. Léandro, curieux, voulut voir ce qui l'avait fait crier, mais leur mère, en comprenant la raison, ordonna à son frère de reculer et marmonna : « Cette pratique est d'une barbarie ! Afficher de telles horreurs à la vue de tout le monde ! À la vue des enfants ! Et les Volantains se prétendent civilisés ! »

Au bout d'un certain temps, ayant enfin réussi à s'extraire de la foule, ils arrivèrent devant le quartier des notables. Son père dut montrer leurs invitations aux gardes pour qu'ils les laissent entrer. Une fois à l'intérieur, la différence avec le reste de la ville sautait immédiatement aux yeux. La propreté des larges rues contrastait avec la crasse du Long Pont. Au lieu d'habitations serrées les unes contre les autres, de grandes villas espacées les unes des autres. Il flottait dans l'air une odeur suave de parfum exotique bien différente de l'odeur rance qui émanait des bas quartiers. La magnificence du quartier n'avait jamais cessé de subjuguer Talisa qui, pourtant, y venait au moins une fois par an.

Après avoir passé quelques riches demeures, ils arrivèrent enfin à la villa Maegyr. Un esclave se tenait à la porte de la propriété. Son père lui présenta leurs invitations et, poliment, il les invita à entrer. Ils traversèrent d'abord le jardin. Talisa, nerveuse, triturait ses manches. « Tiens-toi bien ! » lui glissa sa mère. Lorsqu'ils commencèrent à monter les marches qui menaient à l'entrée de la villa, Talisa retint son souffle. Sur le seuil, d'autres esclaves accueillaient les invités et les mener à l'intérieur. Son oncle en employait une centaine et ils seraient vraisemblablement tous très occupés ce soir.

Sa mère et elle, comme d'habitude, essuyait les regards dédaigneux des autres femmes de la haute noblesse. Si cela affectait sa mère, elle ne le montrait pas. Elle s'adressait à elles avec courtoisie. Comme une vraie noble, pensait Talisa qui, pour sa part, aurait préféré ne pas avoir à les saluer.

Échappant à la vigilance maternelle, elle se rendit dans la cour intérieure. En son centre se trouvait un bassin dans lequel nageaient des carpes. Chaque fois qu'elle venait ici, Talisa partait les regarder. Le spectacle de leur danse l'apaisait. Parfois, elle leur donnait des miettes de gâteau mais, cette fois-ci, elle était venue les mains vides. Elle trempa ses doigts dans l'eau et l'un des poissons vint coller sa bouche contre eux. Cela la fit rire.

Trop absorbée par les carpes, elle ne remarqua pas les personnes s'approcher d'elles. Soudain, deux mains la poussèrent violemment et elle tomba... en plein dans le bassin. Retrouvant ses esprits, elle releva péniblement la tête. En face d'elle se tenaient ses cousins et leur bande d'amis. Ils riaient aux éclats en la pointant du doigt. « Il paraît que les Rhoynar, ça aime l'eau ! Un bassin, ça vaut bien une rivière, n'est-ce pas, cousine ?» lança Marquelo, goguenard. « À l'eau, la Rhoynar ! À l'eau ! » scandèrent en chœur les autres garçons. Trempée et honteuse, Talisa sentit les larmes lui piquer les yeux. Elle serra les poings et se força à ne pas pleurer. Quand elle essaya de se mettre debout, elle se retrouva à la merci de bouts de pains que ses cousins et leurs amis lançaient sur elle. « C'est un gros poisson. Il faut bien le nourrir. » se moqua Vahaquo. C'en était trop ! Les larmes, à présent, coulaient librement le long de ses joues.

« Arrêtez ! Vous n'avez pas honte ? » retentit soudain une voix. Une fille venait d'arriver. Son regard brillait de colère. Elle s'avança vers le groupe de garçons. « Est-ce ainsi que les fils des nobles volantains traitent les gens ? En les humiliant ? Honte sur vous ! ». Elle tendit la main à Talisa qui, après une brève hésitation, la prit. Une fois qu'elle fut sortie du bassin, la fille lui dit : « Viens avec moi, je vais te prêter une robe. » Une fois qu'elles furent sorties de la cour, cette dernière reprit : « Et pardonne à mes cousins, ce sont des idiots.

- Tes cousins ? bredouilla-t-elle. Vahaquo et Marquelo ? Ce sont les miens aussi.

- Ah bon ? Je ne l'aurais pas deviné. Je veux dire... tu ne...

- Je ne ressemble pas à une vraie Volontaine ? lâcha Talisa, prête à éclater en sanglots.

- Non, ne te méprends pas, ce n'est pas ce que je voulais dire. Mais la façon dont ils te traitent... ce n'est pas une attitude qu'on est censé avoir envers un cousin.

- C'est l'attitude qu'ils ont toujours eux avec moi, lui confia Talisa. C'est parce que je ne vous ressemble pas. Ils disent que je suis une Rhoynar.

- Tu en es une ?

- Ma mère en est une, oui. Mais mon père, lui, est le frère de Malaquo Maegyr.

- Ah ! Tu es la métisse dont tout le monde parle. » Talisa ne répondit rien. L'autre fille prit son silence pour une confirmation. Elles continuèrent à avancer en silence jusqu'à la porte d'une chambre.

« Tu sais, ça n'a pas d'importance pour moi que ta mère ne soit pas d'ascendance valyrienne, lui assura la fille alors qu'elles entraient dans sa chambre. Les gens sont bêtes. Les grands aristocrates se vantent de descendre des seigneurs valyriens, alors qu'en réalité nous descendons des soldats de basse naissance. Mais cela, ils ne veulent surtout pas le reconnaître.

- Et toi, tu le reconnais ?

- Bien sûr. Mon père dit toujours que seule la vérité compte. Il dit que ce mythe a été instauré pour nous donner une légitimité lorsque nous avons voulu conquérir les autres Cités Libres. Mais assez parlé de ça. Voyons voir quelle robe, je pourrais te passer... »

Elle lui choisit une très jolie robe bleue avec un liseré jaune et sans dentelles. Talisa la remercia chaleureusement. La fille lui proposa ensuite de refaire sa coiffure. « En fait, tu ne m'a pas dit ton nom, lui dit-elle alors qu'elle la coiffait.

- Tu ne m'a pas dit le tien non plus.

- Nausicaa. Nausicaa Domophyr.

- Talisa. Talisa Maegyr. » Et ce fut ainsi que leur amitié débuta.