Hey ! J'ai fini d'écrire QQC hier soir. Je dois dire que je ne réalise pas trop encore... Mais dans tous les cas, j'ai décidé d'accélérer le rythme de publication, car il est temps pour moi de me consacrer à d'autres projets : vous aurez donc, à partir d'aujourd'hui, un chapitre par jour ! Même comme ça, il me faudra encore update pendant presque trois mois avant d'avoir tout posté - j'en ai vraiment trop fait, n'est-ce pas ? Merci pour votre soutien, j'espère vous retrouver malgré le nouveau rythme encore plus intense !

Le lendemain matin, Hitomi se leva avec le soleil et s'étira longuement en compagnie d'Ensui, Kurenai et Asuma. Tranquille et assurée, elle se vêtit selon les instructions d'Ibiki avant de se diriger vers le bâtiment du département T&I, deux bentô remplis à craquer dans les mains. Plusieurs membres de son clan la saluèrent avec engouement : tous savaient qu'elle avait été promue. Une nouvelle Nara élevée au rang d'élite justifiait toujours une fête dans le clan des prétendus paresseux. Comme Shikaku l'avait établi avant son deuxième examen Chûnin, ils plaçaient beaucoup d'espoirs en elle.

Elle ne les décevrait pas.

Le regard attentif, elle redécouvrit le rythme matinal du village, les boulangers qui s'activaient déjà, les fleuristes qui arrangeaient leur vitrine, les commerçants qui sortaient leurs étals. Elle n'avait jamais oublié – comment l'aurait-elle pu ? – ce qu'elle protégeait en portant son insigne de Konoha, mais une piqûre de rappel ne faisait jamais de mal, surtout quand on avait vécu loin de tout pendant si longtemps. Elle avait mille fois contemplé le vide avec mélancolie, l'esprit tirant et tirant sans cesse en direction de son village, qu'elle aimait malgré la disparition du sentiment de sécurité qu'elle avait jadis éprouvé dans ses rues. Désormais, elle s'y trouvait pour de vrai.

— Tu es en avance, grogna Ibiki d'un air satisfait. Tu continueras d'arriver en avance à partir d'aujourd'hui, mais pas plus tôt que ça. Je viens d'arriver, moi.

— Bonjour à vous aussi, Ibiki-san. Tenez, ma mère a cuisiné pour vous.

Elle lui tendit le bentô que Kurenai lui destinait et il s'en empara, un rictus aux lèvres.

— Un pot-de-vin, déjà ? Tu t'en sortiras très bien par ici, puceron.

Hitomi ouvrit la bouche pour protester – elle savait très bien qu'il l'appelait comme ça pour moquer le surnom affectueux que lui donnaient Kurenai et Ensui – mais la referma. C'était peine perdue. Il valait mieux choisir sagement ses batailles, d'autant plus que ça ne la gênait pas vraiment tant qu'il s'abstenait devant des gens qu'elle devrait intimider. Elle scella son propre bentô dans un petit parchemin qui le garderait au frais et rangea celui-ci entre deux couches de bandage à sa ceinture.

— Bon, qu'est-ce que je dois faire aujourd'hui ?

— Tu vas travailler avec moi la première semaine. Je forme personnellement toutes nos recrues au début. Si je juge que tu n'es pas prête dans sept jours, on prolongera notre collaboration tous les deux, sinon je t'assignerai à quelqu'un d'autre pour toute la durée de ton stage. Je tiens à ce que tu saches qu'Anko Mitarashi t'a demandée personnellement.

Hitomi le regarda sans tenter de cacher sa surprise. Anko, vraiment ? Bien sûr, la Jônin – elle avait été promue pendant qu'Hitomi se trouvait à Suna, d'après Shikamaru – lui était toujours plutôt reconnaissante de son rôle dans la mort d'Orochimaru, mais au point de vouloir la former ?

— Je n'ai pas d'objection. Si elle me veut, ça ne me pose pas de problème. Et donc, le programme pour aujourd'hui ?

— Eh bien, eh bien, quelle impatience ! Je vais d'abord te faire faire un tour de nos bureaux pour que tu t'y familiarises. Pour l'instant, tu travailleras dans le mien mais, quand tu changeras d'instructeur, tu auras ton petit box dans celui d'Anko, avec un joli paravent et tout le toutim. Si tu travailles bien, je te laisserai même le choisir.

— Woah, quel honneur ! Et ensuite ?

— Ensuite, tu viendras apprendre à remplir de la paperasse dans mon bureau. On remplit beaucoup de paperasse, mine de rien. Quand tu tues un prisonnier parce qu'il n'a plus d'utilité, tu dois l'expliquer.

Elle ne sourcilla pas quand il mentionna l'idée d'un meurtre avec une telle négligence, et l'homme le nota : la satisfaction se fit encore plus visible sur ses traits.

— Si on a encore un peu de temps, je te montrerai aussi les outils qu'on utilise quand on est obligés d'en venir aux mains. Tu n'assisteras pas à ton premier interrogatoire avant demain, je n'en ai aucun de prévu pour aujourd'hui de toute façon. Des questions ?

— Est-ce que vous préférez que j'achète mes propres outils ou que j'utilise ceux que vous avez ici ?

L'homme haussa ses très larges épaules, se frottant légèrement la nuque d'une main gantée.

— Franchement, tant que tu n'es pas sûre de rester, ça ne sert à rien d'investir. Garde ton argent, j'ai entendu dire que le fûinjutsu était un art particulièrement coûteux.

Ce fut le tour d'Hitomi de hausser les épaules. Elle avait gagné tellement d'argent pour les différentes missions de ran accomplies avec Ensui durant leur long voyage qu'elle aurait pu vivre décemment à l'abri du besoin jusqu'à la fin de sa vie sans plus lever le petit doigt si elle l'avait voulu.

— Bon, suis-moi. Je ne te ferai faire le tour du propriétaire qu'une seule fois, alors écoute attentivement. Je sais que tu n'auras pas besoin de prendre des notes, mais ça ne veut pas dire que tu as le droit de bâiller aux corneilles.

Elle émit un petit bruit approbateur et lui emboîta le pas, ses yeux rouges parcourant les alentours avec tranquillité mais précision. Le rez-de-chaussée contenait une cafétéria – Ibiki lui conseilla de ne jamais y mettre les pieds, d'autant que l'équipe commandait en général à un seul endroit – et plusieurs vestiaires où les employés du département pouvaient se laver si leur période de travail se voyait prolongée ou si un interrogatoire devenait salissant. On y trouvait également l'armurerie et une infirmerie, ainsi qu'un petit dortoir.

— C'est à cet étage que tu trouveras les membres de l'équipe qui ne travaillent pas à l'instant T, en somme. Tu auras le droit de venir pendant tes pauses, bien entendu. On suit rarement les horaires classiques de bureau par ici, pour perturber les prisonniers.

Il parlait avec aisance de la nature de son travail, comme s'il ne s'accomplissait pas dans la terreur et la douleur. Hitomi déplaça son poids d'un pied sur l'autre, mais ce fut le seul signe de mal-être qu'elle s'autorisa. Elle serait douée dans ce département, ne serait-ce que parce qu'elle en avait décidé ainsi. Elle ne laisserait pas ses propres faiblesses l'écarter de la mine d'informations que les tortures et interrogatoires représentaient. Elle avait été extatique – et l'avait soigneusement dissimulé – quand Ibiki avait annoncé la vouloir dans les rangs de ses shinobi. Le savoir, c'était le pouvoir.

— Dans les étages, tu trouveras les bureaux qu'on occupe quand on remplit notre paperasse, des salles de réunion, ce genre de choses. Honnêtement, on évite d'y aller quand on peut, mais ce n'est pas toujours possible. Et au sous-sol…

À son ton grave, Hitomi comprit immédiatement ce qu'il allait dire. Au sous-sol se trouvaient les cellules des prisonniers à interroger et les salles qui remplissaient cet office. Elle pouvait même le deviner quand elle étendait ses sens : c'était dans cette direction qu'elle percevait le plus grand nombre de sources de chakra, dont certaines se trouvaient faibles, agitées, désorientées, en opposition très nette avec la force paisible des autres. Elle n'avait pas besoin d'explications pour savoir lesquelles appartenaient à qui.

— Bon… Il est temps d'aller à mon bureau. La paperasse est vraiment notre bête noire par ici, mais Hokage-sama raserait le bâtiment à mains nues si on ne s'en occupait pas correctement et dans les temps.

Hitomi acquiesça, l'image parfaitement vivace dans son esprit. C'était bien le genre de Tsunade, qui perdait patience en un instant à la plus petite provocation. D'après les données du clan, entre son investiture et le moment où Hitomi et Ensui étaient partis du village, la Sannin avait dû racheter pas moins de quatre bureaux après avoir brisé celui qu'elle utilisait dans un élan de rage.

— Par ici, ordonna Ibiki.

Elle suivit ses grandes enjambées en pressant le pas pour rester à sa hauteur, pratiquement obligée de courir tant la différence était importante entre leurs deux foulées. Elle avait l'habitude maintenant d'être entourée en permanence de gens plus grands et plus imposants qu'elle, mais eux oubliaient toujours sa petite taille, sa silhouette menue. Tant mieux, elle voulait qu'ils oublient : s'ils oubliaient, il devenait possible de les surprendre. L'effet de surprise faisait partie des armes les plus importantes dans l'arsenal d'un shinobi.

— Voilà, c'est là. Installe-toi où tu peux. Quand je te remettrai entre les mains d'Anko, tu auras ton propre espace.

Sans commentaire, Hitomi observa le petit bureau submergé de dossiers. Elle ne parvenait même pas à identifier le bois utilisé, caché sous des piles de papiers précaires à certains endroits. Elle soupira et s'assit en tailleur à même le sol, avant d'invoquer de l'un de ses sceaux de stockage une petite tablette d'appoint qu'elle déploya par-dessus ses jambes croisées.

— Ah, pas bête, vraiment pas bête, commenta le chef de département.

Il alla chercher plusieurs dossiers dans l'un de ses tiroirs, qui grinça affreusement en s'ouvrant, puis revint vers elle et s'agenouilla à ses côtés, plaçant un premier formulaire sur sa tablette. Sans rien dire, elle s'empara d'un stylo dans l'une de ses poches et écouta les explications détaillées dans lequel l'homme s'était emporté. Il lui apprit d'abord à remplir le formulaire d'accueil d'un nouveau prisonnier, puis le rapport d'une session de torture, fructueuse puis infructueuse, avant de focaliser son attention sur les formulaires de déchargement médical et de notification de décès.

— On utilise rarement ces deux-là. La plupart des prisonniers craquent bien avant qu'on doive se résoudre à faire couler le sang mais, si ça doit arriver, on fait en sorte qu'ils n'aient pas besoin d'être soignés par un médic avant de reprendre. Ça contredirait le but de la torture.

Malgré la goutte de sueur glacée qui lui roula le long de la colonne vertébrale, Hitomi regarda son aîné d'un air intéressé. Elle savait, bien entendu, à quel point la manipulation accomplissaient des merveilles dans son art : elle l'avait vu à l'œuvre, subi en quelque sorte durant son premier examen Chûnin, même si elle avait un peu triché en ayant connaissance du but de son épreuve. Elle remplit sans commentaire le formulaire de notification de décès d'un prisonnier fictif. Il avait raison, c'était ennuyeux, mais la nécessité d'un tel procédé résidait dans le pouvoir que posséderait le département s'il commençait à défier les ordres du Hokage.

— Honnêtement, je tuerais chacun de mes hommes de mes propres mains avant qu'on en arrive à une rébellion, mais un Village Caché ne peut survivre sans notre travail, donc cette solution non plus ne nous arrangerait pas.

— Vous les tueriez ? Vraiment ?

— J'ai vu la guerre, puceron. Encore et encore. J'ai été capturé au nom de Konoha, tu l'as sans doute déduit en voyant mes cicatrices. Les shinobi d'Iwagakure ont adoré me torturer, mais je n'ai jamais rien laissé échapper, pas le moindre mot.

— Je n'en doute pas, Ibiki-san. Avec les informations que vous possédez…

— Exactement. Des troupes dispersées seraient un danger, une faiblesse dans notre département, et d'autant plus importante que tous ses membres, même toi quand tu commenceras à descendre avec nous au sous-sol, possèdent de très précieuses informations. Nous devons à Hokage-sama une fidélité encore plus totale que les shinobi de l'ANBU. Si nous venions à la trahir, le village se trouverait dans une position bien trop vulnérable.

La jeune fille acquiesça. C'était un raisonnement très sensé, quel que soit l'angle auquel elle essayait d'y penser. Elle savait, pour avoir entendu des Jônin en parler quand ils pensaient que personne ne prêtait attention à leurs commérages dans un salon de thé, que ce département n'était pas le seul sous de sévères restrictions. Les membres de l'unité Cryptage et Décodage, par exemple, n'avaient le droit de quitter le village que s'ils étaient escortés par un ANBU ou un Jônin très qualifié, lequel aurait prêté serment sur la Flamme de la Volonté de tuer sa charge si celle-ci venait à tomber entre des mains ennemies. Les codes enfermés dans l'esprit des membres de cette unité avaient plus de valeur que leur propre vie.

— Bon, il est temps d'aller manger. Allons voir ce que les autres ont décidé de commander.

Hitomi se redressa avec moins de grâce qu'elle ne l'aurait voulu, les membres raidis par sa station assise prolongée. Elle s'étira, les gestes soigneux et méticuleux ramenant de la mobilité et de la chaleur dans ses muscles, tandis qu'Ibiki récupérait les formulaires qu'elle avait remplis pour les inspecter une dernière fois. Puisqu'il ne trouvait rien à y redire, il les rangea dans un autre tiroir grinçant – Hitomi mourait d'envie de s'infiltrer dans son bureau pour huiler tous les joints nécessaires – puis lui fit signe de sortir.

Elle descendit les escaliers, l'homme quelques pas derrière elle, guidée par les discussions animées qu'elle entendait au rez-de-chaussée. Elle se figea quand elle vit les membres du département entassés dans le lobby. Elle reconnut immédiatement Anko, occupée à harceler un Jônin dont les yeux étaient recouverts d'une épaisse couche de bandages. En tendant l'oreille, la jeune fille comprit que l'ancienne examinatrice essayait de le convaincre d'aller chercher la nourriture à sa place. Elle semblait en bon chemin d'y parvenir.

— Vous nous avez attendus, c'est bien, grommela Ibiki. Alors, qu'est-ce qu'on mange ?

— Des brochettes, fit une femme aux longs cheveux blonds attachés en queue de cheval. C'était le tour de Suika de choisir. Ibiki, qui est la gamine avec toi ?

Les regards des officiers supérieurs se concentrèrent tous sur Hitomi, qui se força à dissimuler sa gêne soudaine. Anko éclata de rire en la reconnaissant.

— Ha, j'étais sûre qu'Ibiki arriverait à te mettre la main dessus, gamine ! Namako, tu me dois cent mille ryôs !

— Hey, j'étais d'accord avec toi ! C'est Suika qui pariait que Tsume menacerait tous les chefs de département intéressés de les éventrer si elle n'obtenait pas la gamine d'abord.

— Elle a menacé de m'éventrer, signala Ibiki avec une pointe d'humour dans la voix. J'ai juste décidé de ne pas l'écouter, et croyez-moi, elle l'a très mal pris. Tout le monde, voici Hitomi Yûhi. Si vous lui faites assez peur pour qu'elle s'enfuie en courant, je présenterai votre tête à des parties de votre anatomie qu'elle n'a aucune envie de rencontrer.

Tous les Jônin rirent à cette menace – Hitomi ne fit pas vraiment exception à la règle, avec le petit sourire qui apparut sur ses lèvres avant qu'elle parvienne à l'en empêcher. Ils étaient tous plus grands, plus forts, plus adultes qu'elle, avec dans les yeux une dureté qu'elle ne connaissait pas encore elle-même, mais aucun ne semblait protester contre sa présence. Elle se raidit légèrement quand Anko fondit sur elle et jeta un bras autour de ses épaules, usant de sa plus grande taille pour l'empêcher de s'échapper.

— Merci de m'avoir fait gagner de l'argent, Hitomi-chan ! L'armurerie a sorti de tous nouveaux sceaux explosifs que j'ai vraiment envie de tester, et grâce à toi, ça devient possible !

Hitomi en avait entendu parler : les nouveaux sceaux venaient avec une barrière supplémentaire qui contenait l'explosion dans un petit espace localisé, augmentant sa puissance tout en réduisant les risques de voir l'arme se retourner contre son utilisateur. La jeune fille était capable d'en dessiner pour elle-même, s'était constitué une petite réserve, mais n'avait pas encore trouvé comment l'adapter à un sceau de contact. Depuis qu'Ensui et elle avaient pris la route en direction de Kirigakure, elle n'avait pas tellement eu le temps d'étudier ou de faire des recherches, il fallait l'admettre.

— De rien, Anko-senpai. Alors comme ça, je serai sous votre tutelle après celle d'Ibiki-san ?

— Pas la peine d'être aussi formelle ici, Hitomi-chan. Certains départements sont constitués de petits coincés qui n'ont pas vu un vrai combat depuis l'Ère des Fondateurs, mais ce n'est pas le cas ici. On s'entraîne tous régulièrement. Dans la Forêt de la Mort. Tu as hâte, pas vrai ?

Un léger frisson parcourut la nuque d'Hitomi mais elle ne laissa pas le moindre signe de malaise apparaître sur son visage, forçant ses lèvres à arborer un sourire enthousiaste tandis qu'elle hochait la tête. La vérité était qu'elle n'avait aucune envie de retourner dans la Forêt de la Mort, qui avait été le théâtre privilégié de son affrontement contre Orochimaru – de son premier véritable échec, quand le déserteur avait marqué Sasuke comme sien. Cela, bien entendu, elle ne pouvait l'exprimer à voix haute, pas ici au milieu de gens qu'elle ne connaissait pas à, à qui elle ne faisait absolument pas confiance au-delà de la vague camaraderie que leurs bandeaux frontaux imposaient.

— Anko, disputa la blonde qui avait parlé plus tôt, arrête d'essayer de terrifier la petite. Si elle s'enfuit, Ibiki te présentera à tes entrailles avant de te pendre avec. Il la veut vraiment.

— Pff, t'es pas drôle, Saeko. T'es jalouse parce que c'est à moi qu'Ibiki a donné la nouvelle.

— Ibiki te l'a donnée parce qu'il voulait voir si elle pouvait encaisser ce que le département a de pire à lui opposer. Et le pire, c'est toi.

— Ooooh, fais attention, je vais finir par croire que tu es amoureuse de moi !

Profitant que le ton montait entre les deux femmes, Hitomi s'esquiva et retrouva le chef du département, occupé à lister sa commande au pauvre Jônin à qui Anko avait refilé le devoir de livraison. Quand l'homme eut fini, il se tourna vers elle et lui indiqua que c'était son tour. Elle jeta un rapide coup d'œil au menu qu'il lui tendait, fit son choix et grimaça en réalisant qu'Anko et Saeko avaient fini de se disputer. Elle ne pourrait pas leur échapper encore bien longtemps.

— Va les retrouver avant qu'elles décident de partir à ta recherche, puceron. Crois-moi, c'est mieux pour toi si tu n'attends pas jusque-là.

Avec un acquiescement absent, la jeune fille se dirigea presque en traînant des pieds vers les deux femmes, qui semblaient comparer des plans d'entraînement. Sans en avoir l'air, elle effleura un muret en passant à côté et y déposa l'une de ses balises, pas plus grande qu'une empreinte digitale et à peine visible. Elle en avait laissé un nombre important partout où elle allait, même depuis son retour à Konoha. Sa carte mentale brillait à présent de petits points lumineux, surtout à l'intérieur des terres Nara. On ne savait jamais, elle pourrait en avoir besoin un jour.

— Ah, te voilà ! Alors, qu'est-ce qu'Ibiki te fait faire aujourd'hui ?

Hitomi se concentra sur Saeko, dont les yeux bruns la dévisageaient avec attention. Que cherchait-elle sur ses traits ? Un malaise ? De la frayeur ? Elle n'en trouverait pas : la jeune Yûhi était devenue trop douée pour dissimuler ses émotions ou en faire apparaître qu'elle ne ressentait pas l'air de rien. Cette capacité lui avait semblé essentielle tandis qu'elle se cachait sous les traits d'Eien… Et elle devait admettre qu'elle en ressentait encore le besoin depuis qu'elle se promenait dans le village sans plus craindre une attaque.

— On a fait le tour de la paperasse, je crois, répondit-elle en ignorant les deux grimaces dégoûtées que les deux jeunes femmes arborèrent en réaction. Il a parlé de me montrer les outils que vous utilisiez dans votre travail.

— Pfeuh, toujours pas d'interrogatoire le premier jour ? se moqua Anko. Pourtant, à l'en croire, t'es une vraie gemme, je pensais qu'il ferait exception pour toi.

La jeune fille haussa les épaules, prenant soin d'avoir l'air négligente et tranquille.

— Est-ce que vous savez pourquoi il a une aussi haute opinion de moi ? Je sais que j'ai réussi son épreuve pendant mon premier examen Chûnin, mais je n'étais pas la seule, alors…

— Ah, tu aurais dû le voir dans la salle de réunion des examinateurs après coup ! rit Anko. Non seulement aucune de ses techniques d'intimidation ne fonctionnait sur toi, mais en plus il avait l'air tellement stupidement fier que tu utilises l'une de tes invocations pour éliminer tes concurrents. Apparemment, tu es la seule à avoir eu l'idée de tricher comme ça en plus d'aider tes coéquipiers.

Hitomi rougit légèrement, puis un sourire rayonnant s'imposa sur ses lèvres. Elle se souvenait, oui, de ce grand moment exalté dans la salle d'examen, du doux murmure des pattes d'Hai contre le sol tandis qu'elle piégeait un Genin après l'autre. Elle s'était sentie tellement puissante.

— Non, non, intervint Saeko, il a parlé d'elle bien avant ça. Tu te souviens, quand Yûhi-san a réussi à l'obliger faire du babysitting. Tu avais quoi à l'époque ? Six ans ?

— Sept, en fait. Je venais de commencer l'Académie.

— Oui, voilà ! Sept ans. Et Ibiki, quand il est revenu de cette soirée, était complètement extatique. Apparemment, tu as passé la soirée à lui grogner dessus dès qu'il osait regarder ton ami Naruto d'un peu trop près.

Les sourcils froncés, Hitomi se remémora ces souvenirs de jours meilleurs. Oui, elle voyait clairement pourquoi le chef du département avait pensé ça. À l'époque, la jeune fille s'était comportée d'une manière jalousement protectrice envers ses amis, et Naruto en particulier.

— J'ai joué au shôgi contre lui. Il m'a écrasée.

Un petit rire grave retentit dans son dos.

— Oui, aussi étonnant que ça puisse paraître, j'ai roulé sur la stratégie d'un puceron de sept ans qui n'avait jamais vu un champ de bataille de sa vie.

Elle se tordit le cou pour regarder derrière elle jusqu'à réussir à croiser son regard du sien. Est-ce qu'il était obligé de se balader du haut de ses presque deux mètres de haut quand elle allait rester toute sa vie aussi ridiculement petite ?

— Le repas est arrivé, puceron. Viens chercher tes brochettes et ne laisse pas ces deux-là te faire des nœuds au cerveau. Je te veux dans mon département parce que j'ai repéré des prédispositions chez toi et que je suis assez égoïste pour convoiter de tels atouts pour moi-même. Cela dit, ça reste ton choix, tu es la seule capable de décider où tu t'épanouiras le mieux et tout le monde respectera ta décision. Tu veux de la sauce soja salée ou sucrée ?

Il plaça une main sur son épaule et elle se laissa entraîner en direction du reste du groupe, qui se sépara naturellement pour l'intégrer en son sein. Un doux, doux sentiment d'appartenance s'empara de la jeune femme tandis qu'elle recevait une assiette en carton chargée de brochettes et d'une généreuse portion de riz parfumé. Elle laissa cette chaleur s'emparer d'elle, accepta le confort qu'elle lui apportait et se mêla aux conversations. Elle aurait tout le temps de s'inquiéter du reste plus tard.