Guest : Thanks for your review. It means a lot. I try to do as much research as I can, but sometimes I just make things up. I hope you will enjoy the rest of the story.


L'année de la canicule

Au cours des trois années qui suivirent, ses liens avec Nausicaa se renforcèrent. Elles avaient une relation très fraternelle. Chacune était pour l'autre la sœur qu'elle n'avait pas. Elles se confiaient tous leurs secrets, leurs rêves et leurs soucis. Leurs familles respectives étaient de surcroît de plus en plus proches. Dès que l'occasion se présentait, les Maegyr se rendaient chez les Domophyr à Volon Therys. L'inverse était devenu plus rare ces derniers mois. L'année précédente, en effet, la famille avait accueilli un nouveau membre, le petit Jacaerys. Après plusieurs fausses couches, Jalena avait enfin donné naissance à un fils en parfaite santé. Son arrivée avait réjoui Nausicaa. À chaque fois qu'elle lui rendait visite, elle répétait à Talisa à quel point son petit frère était mignon et gentil. Talisa n'avait pas le même souvenir du sien. Elle se rappelait Léandro au même âge comme d'un bébé braillard dont les pleurs réveillaient toute la maison en pleine nuit.

Si Nausicaa et elle étaient plus amies qu'avant, ses liens avec Ilera, au contraire, s'étaient distendus. Elles avaient grandi toutes les deux et, à douze ans, voyaient désormais les parties de chasses au trésor ou de chat dans les ruelles comme des enfantillages. Or, c'étaient elles qui cimentaient leur relation. À présent qu'elles ne jouaient plus, Ilera et elle n'avaient plus grand-chose à partager. Elles n'avaient été que compagnes de jeux et leur relation n'était jamais allée au-delà. Quand elles se voyaient, elles ne savaient jamais quoi se raconter à part des banalités. Elles avaient, de fait, assez peu de goûts en commun. Et plus le temps passait, plus leurs différences se manifestaient. Si Talisa cultivait la simplicité et la discrétion, Ilera, au contraire, s'évertuait à ce qu'on la remarque. Il lui fallait chaque jour une nouvelle tenue, et si possible plus voyante que celle de la veille. Sûrement dû au métier de son père, elle raffolait de bijoux et de pierreries dont elle se couvrait pour attirer les regards. Talisa, qui n'avait aucun goût pour la joaillerie, la trouvait ridicule avec tous ces colliers pendus à son cou et tous ces bracelets qui cliquetaient à ses poignets. Mais elle se gardait de le lui faire remarquer, elle n'avait pas envie de la froisser. Ilera était effroyablement susceptible.

Le jour où elle osa enfin lui dire qu'elle n'avait pas besoin de toutes ses breloques pour qu'on fasse attention à elle marqua la fin officielle de leur "amitié". La remarque piqua l'adolescente au vif . « Tu ne peux pas comprendre ! lui cracha-t-elle au visage. Tu as la chance d'être différente, toi ! Tout le monde te regarde ! Moi, je me fonds dans la masse. » Vlan ! La gifle partit toute seule. Talisa désapprouvait la violence mais ces propos l'avaient mise hors d'elle. De la chance ? Ilera trouvait qu'elle avait de la chance ? Comment pouvait-elle dire ou penser cela ? Elle aurait tout donné, elle, pour être comme tout le monde. Elle pensait qu'elle aimait qu'on la regarde ? On ne la regardait que pour des mauvaises raisons. Qu'Ilera puisse être capable d'une telle mesquinerie, Talisa ne l'aurait jamais imaginé. À ce moment, elle comprit que le lien qu'il restait entre elles s'était définitivement brisé. Il n'y aurait plus de retour en arrière possible. Elle accepta les excuses d'Ilera, mais le mal avait été fait. Elle ne pouvait pas être amie avec quelqu'un d'aussi vaniteux. Elles n'avaient jamais été amies de toute manière, juste de simples camarades de jeux.

Talisa était retournée à la même solitude qu'avant, entrecoupée seulement par les visites irrégulières de Nausicaa et de sa famille et leurs visites occasionnelles à Volon Therys ou à Volantis. Elle ne pouvait même plus s'amuser avec les enfants des domestiques. Maintenant qu'elle était bientôt femme, la bienséance l'en empêchait. Sans compter qu'ils avaient grandi, eux aussi, et travaillaient à présent comme leurs parents ; ils n'avaient plus de temps à lui consacrer. Elles retrouvaient dans ces moments où elle n'avait personne avec qui parler ses amis de toujours : les livres. Elle en prenait chaque jour un dans la bibliothèque et le dévorait la nuit à la lueur d'une chandelle avant de s'endormir. Récemment, elle s'était prise de passion pour l'histoire de Westeros, le continent à l'ouest du Détroit. Le continent des Sept Couronnes. Terre de barbares, disait-on ici. Dorne la fascinait surtout. C'était l'endroit où ses ancêtres Rhoynars qui avaient échappé au joug des Valyriens avaient fui. La princesse Nymeria s'y était rendu avec une flotte de dix mille navires, après avoir voyagé à travers les mers, perdu des hommes en route, et même habité sur Abalu, l'une des Îles d'Été pendant un temps. Le Bief la faisait rêver avec tous ses champs fertiles et ses jardins fleuris. Hautjardin devait vraiment être un très bel endroit qui plairait certainement à Bénéros. Sur les images en tout cas, il était très beau. Le Nord était le lieu où elle avait le moins envie de se rendre, trop froid, trop gris. Et ses habitants étaient décrits comme des rustres. Elle préférait largement les royaumes plus au sud.

Une autre chose qui occupait depuis maintenant deux ans son quotidien, c'étaient ses leçons de harpe. Ses parents avaient engagé une professeure pour lui enseigner l'instrument. Talisa trouvait les leçons assommantes et l'enseignante, Syrina Bahel, trop exigeante. Elle lui faisait recommencer encore et encore les mêmes bouts de morceaux jusqu'à ce qu'ils soient parfaits. La moindre fausse note lui attirait les remontrances de Syrina. La prise en main de l'instrument n'avait pas été facile pour elle. Pendant des semaines, elle était restée sur son premier morceau. Il n'était pas long, mais elle faisait beaucoup d'erreurs en le jouant. Ses mouvements sur les cordes manquaient de fluidité et elle manquait d'attention, selon Madame Bahel. « L'entraînement quotidien, voici la clé de la réussite, Mademoiselle Maegyr, lui répétait cette dernière. Vous ne donnez vraiment pas le meilleur de vous-même. Et arrêtez de soupirer et recommencez. » Personnellement, Talisa avait plus envie d'arrêter tout, mais ses parents insistaient pour qu'elle continue. Ils avaient payé l'enseignante assez cher pour lui donner ces cours et ils tenaient à ce qu'elle soit une bonne musicienne, il était donc hors de question qu'elle abandonne. Au moins cette exigence avait fait qu'en deux ans elle s'était beaucoup améliorée. Elle faisait parfois encore des erreurs et certains morceaux restaient pour elle encore difficiles à bien jouer, mais la harpe lui était devenue bien plus familière qu'avant. Elle ne dirait pas qu'elle prenait désormais beaucoup de plaisir à en jouer, mais elle en prenait un peu plus qu'au début. Syrina semblait même satisfaite de ses progrès même si, avare de compliments comme elle l'était, il était difficile de dire ce qu'elle pensait véritablement.

En dehors de la musique et de la lecture, elle passait ses journées, lorsque Nausicaa n'était pas là, à s'essayer au tissage et à la broderie aux côtés de sa mère ou à jouer avec Léandro lorsqu'il n'était pas occupé avec ses amis. Parfois, elle écrivait sur son carnet, cadeau de son père pour ses dix ans. Elle y copiait ses poèmes préférés et en inventait même certains. Parfois, elle se rendait aux cuisines pour bavarder avec Maya ou à la roseraie pour voir Bénéros. Elle avait aussi ses leçons avec Tiago. Elle profitait de ces moments pour lui poser des questions sur Westeros que le précepteur connaissait bien. Il lui avait appris que le roi actuel était Robert Baratheon qui avait mené une rébellion contre la famille Targaryen qui avait régné sur les Sept Couronnes depuis presque trois cent ans. Il lui avait parlé des conquêtes d'Aegon Targaryen et de ses deux sœurs aidés de leurs trois dragons, de la Danse des Dragons, cette guerre de succession entre la princesse Rhaenyra et son demi-frère Aegon II, de la Rébellion Feunoyr, et d'Aerys le Fol, dernier roi de la lignée, un homme cruel et dangereux, obsédé par le feu. Il lui avait raconté la fuite de ses derniers enfants, Viserys et Daenerys, vers les Cités Libres. Ils avaient apparemment vécu à Braavos les premières années de leur exil, puis auraient séjourné à Myr, à Tyrosh et à Qohor. Il avaient même résidé quelques mois à Volantis. Il ne savait pas où ils vivaient désormais, peut-être encore à Volantis mais ils n'étaient jamais restés très longtemps au même endroit passant de la demeure d'un archonte ou d'un prince à celle d'un autre. Talisa ressentait beaucoup de peine pour eux. Elle ne pouvait s'imaginer survivre dans une pareille situation.


L'année de ses treize ans fut l'année la plus chaude qu'elle n'ait jamais connue. Le soleil brûlait la peau et l'air, d'habitude humide de Selhorys, s'était considérablement asséché. Le moindre moment libre était l'occasion d'aller se baigner dans la Rhoyne. À Selhorys, enfants de marchands et enfants de notables s'y éclaboussaient en riant. Les jeunes femmes se reposaient à l'ombre des arbres bordant les berges. Talisa et Léandro s'y rendaient dès qu'ils le pouvaient, accompagnés de serviteurs et parfois de leurs parents. Là, ils passaient des heures à profiter de la fraîcheur de l'eau. Ils sortaient ensuite avec leurs vêtements trempés mais ceux-ci séchaient rapidement. Quand les Domophyr leur rendaient visite ou qu'ils venaient chez eux, Nausicaa et elle n'aimaient rien tant que de bavarder, les pieds dans l'eau ou de jouer au cyvasse sur les berges. Quelquefois, elles rejoignaient les autres adolescents qui nageaient, mais elles préféraient généralement rester toutes les deux.

Cette année, ses parents et ceux de Nausicaa furent conviés à un mariage. Le nouveau Triarque de la faction des Tigres, grand ami de son oncle Malaquo, se mariait. Son père avait été invité parce qu'il était le frère de Malaquo et Pameryon parce qu'il était son beau-frère. Tous les membres des Tigres et leur famille y étaient conviés. En revanche, les enfants ne l'étaient pas. Léandro et elle resteraient à Volantis chez leur oncle Horasto qui était lui aussi invité. Nausicaa et le petit Jacaerys, eux, séjourneraient chez oncle Malaquo. Talisa s'en réjouissait. Elle aurait toutes les occasions pour passer du temps avec son amie. La veille du départ, elle prépara sa bagages avec hâte aidée de sa nourrice. Ils resteraient quatre jours là-bas. Leurs parents les déposeraient d'abord chez oncle Horasto puis repartiraient avec lui au mariage.

À leur arrivée chez lui, son oncle les serra dans ses bras, son frère et elle. Il froissa leurs habits et manqua de les étouffer, mais Talisa s'en moqua. Malgré ses bientôt treize ans, elle aimait que son oncle la serre dans ses bras comme il l'avait toujours fait. Horasto Maegyr, toujours célibataire, habitait une demeure presque aussi grande que celle de son frère aîné. Talisa n'y était pas venue depuis qu'elle était petite. Après un rapide tour du propriétaire, il les emmena jusqu'à leurs chambres. Celle qu'elle occuperait était jolie, fraîche et spacieuse. Il y avait un large lit dans lequel au moins trois personnes pouvaient tenir et une magnifique fresque sur les murs représentant la campagne de Volantis. Il y avait aussi une grande armoire et une petite cheminée qui, en raison de la chaleur, était éteinte. La fraîcheur de la chambre était la bienvenue tellement l'air était étouffant à l'extérieur. Contrairement à Selhroys où il faisait plus sec que d'accoutumée, ici l'humidité ambiante semblait plus pesante que jamais. D'aussi loin que remontaient ses souvenirs, il avait toujours fait lourd à Volantis, mais jamais l'air n'avait été aussi étouffant.

Une fois que son frère et elle furent bien installés et confiés à la garde de leurs nourrices et des domestiques de la maison, leur oncle et leurs parents partirent après leur avoir dit au revoir. « Soyer sages en autre absence. » leur recommanda leur père. Ils acquiescèrent à l'unisson. Il les embrassa. Leur mère les enlaça. « À bientôt, mes amours. » leur dit-elle. Leur oncle les prit à nouveau dans ses bras. « Pas de bêtises, vous deux. » plaisanta-t-il. Il savait parfaitement qu'ils n'étaient pas du genre à en faire, mais ça l'amusait de leur dire ça pour les entendre ensuite protester qu'ils n'en faisaient jamais.

Son oncle avait chargé un des gardes de la maisonnée, un ancien mercenaire originaire de Braavos, de veiller sur elle et sur son frère. Syresso Irnoris était un homme à l'air bourru, aux cheveux auburn et aux yeux sombres. Mince et de taille moyenne, il avait la mâchoire carrée et le visage rasé de frais. Oncle Horasto l'avait décrit aussi fatal avec une épée qu'un cobra avec son venin.

Le reste de la journée, Léandro et elle le passèrent à explorer la maison de leur oncle. Haute de deux étages, elle avait été construite, comme celle de leur oncle Malaquo autour d'une cour. Dans celle-ci pas de bassin, cependant, juste une fontaine en forme de femme portant une cruche. Des bancs de pierre installés le long des murs de la maison permettaient de profiter du soleil ou de la fraîcheur, selon le jour. Dans des vasques, des fleurs devaient habituellement égayer l'endroit, mais elles avaient pour la plupart mauvaise mine en ce moment. Le rez-de-chaussée de la maison abritait les dortoirs des domestiques, un salon et une salle à manger de taille modeste, les cuisines, une infirmerie, une herboristerie, ainsi que les appartements du médecin familial. Les invités dormaient au premier étage où se trouvaient aussi un salon et une salle à manger aux dimensions impressionnantes, et la bibliothèque. Le dernier étage était là où Horasto avait sa chambre et son étude, et où il logeait sa famille.

Le lendemain fut le jour le plus chaud de cette année. La chambre, pourtant fraîche, était presque suffocante en plein après-midi. Talisa avait beau s'éventer, elle avait toujours aussi chaud. En fin d'après-midi, par chance, la chaleur devint plus supportable. Elle se pencha à sa fenêtre pour voir la Rhoyne couler plus loin en contrebas. Elle eut soudain franchement envie d'aller se baigner. Elle alla réveiller sa nourrice qui somnolait dans la chambrette adjacente. Celle-ci ouvrit les yeux : « Qu'y a-t-il, Talisa ?

- Je pars me baigner, Oria.

- Toute seule ?

- Non, je compte y aller avec Léandro.

- Sans surveillance ? Il n'en est pas question !

- Tu peux venir avec nous, et Zinira aussi. S'il te plaît, Oria ! S'il te plaît ! Il fait si chaud.

- Non, Talisa, n'insiste pas. Ici, ce n'est pas comme à Selhorys, il y aura beaucoup plus de monde. Que se passerait-il si tu te perdais dans la foule ? Ou ton frère ? Imagine que l'on ne vous retrouve plus, Zinira et moi serions en tort pour n'avoir pas su veiller sur vous.

- Si on emmenait Maître Irnoris...

- Talisa, ne...

- Allez, s'il te plaît !

- Bon d'accord, acquiesça mollement Oria. Va prévenir ton frère pendant que je me prépare. » Talisa ne se le fit pas dire deux fois et sortit presque en courant de sa chambre pour aller frapper à la porte de Léandro. « Qu'est-ce qui se passe ? lui demanda-t-il en lui ouvrant.

- Nous partons nous baigner. Oria est d'accord pour nous accompagner.

- Nous baigner ? Formidable ! Attends, je vais prévenir Zinira.

- Très bien, je vais aller chercher Maître Syresso. À tout de suite !

- À tout de suite ! »

Quelques minutes plus tard, Léandro, leurs nourrices, le garde et elle étaient en route pour la Rhoyne. Oria avait demandé aux cuisines qu'on leur prépare une collation et ils étaient ensuite partis. Le fleuve se trouvait à quelques centaines de mètres en bas du chemin. En se rapprochant, on entendait les rires des enfants et les voix des gens. Ils s'installèrent à une place relativement calme, à l'ombre d'un arbre. Ils pique-niquèrent, puis, après avoir promis aux nourrices de veiller sur Léandro, elle partit avec lui rejoindre les autres enfants et jeunes gens qui s'amusaient dans l'eau. Celle-ci était plus chaude qu'à Selhorys ; plus salée aussi étant donnée la proximité de la Mer d'Été. Au milieu du fleuves, des esclaves pêcheurs remontaient leurs filets. Tandis que Léandro avait trouvé des garçons de son âge pour jouer, Talisa, quant à elle, observait les alentours dans l'espoir de voir Nausicaa. Elle aurait dû passer chez Oncle Malaquo pour être sûre qu'elle serait là !

Finalement, ce fut celle qu'elle cherchait qui la trouva. Les deux filles se jetèrent dans les bras l'une de l'autre, heureuses de se revoir. « Tout va bien chez Oncle Malaquo ? lui demanda Talisa. Vahaquo et Marquelo ne t'embêtent pas trop ?

- Un peu, penses-tu ! Ils n'ont pas encore digéré la fois où je les ai remis à leur place devant leurs amis. Enfin, j'ai de la chance aujourd'hui, ils sont tombés malades tous les deux, du coup ils doivent garder le lit et me laissent tranquille.

- Malades ?

- Indigestion. Ils sont allés voler une tarte à la crème aux cuisines, hier. Ils l'ont mangée en entier à eux deux.

- Ils ont toujours été très gourmands, observa Talisa.

- Ça c'est vrai, je me souviens qu'ils pouvaient dévorer des montagnes de gâteaux lorsqu'ils étaient plus petits. Apparemment, ça n'a pas changé. » Talisa s'esclaffa tellement elle trouvait l'image de ses cousins engloutir une montagne de gâteaux cocasse.

Nausicaa et elle s'assirent sur la berge pour continuer de discuter, balançant leurs pieds dans l'eau et s'aspergeant l'une l'autre de temps en temps. Talisa jetait régulièrement un coup d'œil au groupe de garçons parmi qui se trouvait Léandro pour voir s'il allait bien. Elle raconta à son amie ses leçons de harpe et de son désir de découvrir un jour Westeros. Nausicaa, qui prenait des cours de Commun, la langue de là-bas, depuis ses six ans, lui proposa de la lui apprendre "au cas où". C'était, selon elle, une langue bien différente du haut-valyrien, mais pas très dure. Puis, elle se mit à lui raconter ses cours de maintien et fit une imitation de son professeur qui fit rire Talisa aux larmes. « Plus droite, Mademoiselle ! Soyez plus aérienne ! La tête haute ! » grondait-elle d'une voix haut perchée et avec un air pincé.

Soudain, leur moment à deux fut interrompu par des cris. Affolée, Talisa se releva. Elle se rendit compte qu'elle ne voyait plus son frère. Le groupe de garçons n'était plus là. Mais elle aperçut Zinira, Oria et d'autres personnes accourir jusqu'au fleuve. Nausicaa et elle se précipitèrent vers eux et, écartant la foule qui s'attroupait, découvrirent ce qui avait causé cette agitation. La jeune fille poussa un cri. Léandro gisait dans l'eau, tête en bas. Elle s'élança vers lui pour le tirer hors du fleuve, mais il était lourd et elle n'avait pas assez de forces. Ne sois pas mort ! Ne sois pas mort ! Les larmes lui piquaient les yeux. Nausicaa vint l'aider à sortir Léandro de l'eau, ou quelqu'un d'autre. Elle était trop bouleversée pour faire attention à quoi que ce soit. Une fois que Léandro fut sorti de l'eau, Talisa approcha son oreille de sa bouche. Elle espérait l'entendre respirer, mais rien. Pas un souffle ! Non, non, non ! Ce ne pouvait pas être vrai ! Pas son petit frère ! Elle avait promis de veiller sur lui. C'était de sa faute ! Si au moins elle n'avait pas insisté pour aller se baigner. Elle se jeta contre lui, en larmes. Elle sentit les mains de Nausicaa sur ses épaules, l'invitant à se relever, mais elle les ignora. Elle entendit les voix brisées de leurs nourrices et celles préoccupées des personnes autour d'elle, mais elle les ignora.

Tout d'un coup, deux mains la poussèrent sur le côté. Elle poussa un petit cri. Un homme venait de la bousculer. Elle aperçut le tatouage en forme de poisson qui ornait son visage : l'un des esclaves pêcheurs. Il s'agenouilla auprès de son petit frère et commença à lui faire un massage cardiaque. Syresso s'était approché, prêt à appréhender cet esclave qui avait osé toucher à la nièce de son maître, mais Talisa le retint. Si cet homme pouvait sauver Léandro, alors peu importe qu'il l'ait poussée.

Soudain, Léandro se mit à tousser et à recracher toute l'eau qu'il avait avalée. Sauvé, il était sauvé ! Elle n'en croyait pas ses yeux. Elle l'enlaça aussi fort qu'elle le pouvait. Elle se tourna vers l'esclave qui lui avait sauvé la vie. « Merci ! Merci mille fois d'avoir sauvé mon frère !

- Oui, tu as de la chance, esclave, de lui avoir sauvé la vie ! intervint Syresso. Sinon, je n'aurais pas hésité à te trancher la gorge pour avoir posé les mains sur la nièce de mon maître. » L'esclave, réalisant le crime qu'il venait de commettre et visiblement honteux, s'inclina devant elle et bredouilla des excuses. Puis il s'éloigna avant que Talisa n'aît eu le temps de lui demander son nom. Zinira vint recouvrir les épaules de Léandro de son étole et se mit à le frictionner. « Rentrons ! ordonna Oria. Nous avons eu assez d'émotions pour une même journée. » Talisa était bien d'accord avec elle. Elle se sentait encore complétement bouleversée. « Je suis désolée, dit-elle à Léandro. Si j'avais fait plus attention...

- Ce n'était pas de ta faute, lui assura-t-il d'une voix entrecoupée de quintes de toux. J'ai perdu connaissance.

- Mais si je n'avais pas...

- Ce n'est pas de ta faute ! » répéta-t-il avec conviction.

Ils rentrèrent accompagnés de Nausicaa qui, avant de retourner chez leur oncle, voulait s'assurer que Léandro et elle aillent bien. À leur arrivée, Zinira avait immédiatement ôté les vêtements trempés de son petit frère, l'avait séché et rhabillé. Ce soir-là, Talisa se jura de prendre exemple sur l'esclave. Elle aussi sauverait des vies plus tard. Elle apprendrait à soigner. Demain, elle irait voir le médecin d'oncle Horasto. Elle lui demanderait de lui enseigner son savoir, les bases au moins. Et elle se jura aussi que, dès qu'elle serait assez âgée, elle quitterait Volantis. Elle ne pouvait désormais plus vivre dans un endroit où l'on pratiquait l'esclavage. Son désir de partir visiter Westeros se transforma en désir d'y vivre.


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