Disclaimer (parce que faut le faire) : Talisa ne m'appartient pas, l'univers non plus, mais Nausicaa, Horasto et Sargon si (eux ce sont mes bébés). Je ne touche rien pour l'utilisation de ces personnages.
Et maintenant, bonne lecture !
Apprentissages
L'accident de Léandro lui valut une bonne grippe. Sous ordre du médecin de leur oncle, il devait garder le lit jusqu'à son complet rétablissement. Talisa s'était transformée en véritable petite infirmière à ses côtés. Elle s'assurait qu'il ait suffisamment ou pas trop chaud, qu'il prenne bien son traitement et qu'il se repose. Il arguait qu'elle en faisait trop mais, à ses yeux, elle ne pourrait jamais en faire assez. Elle avait vu son frère aux portes de la mort et juste un miracle avait permis qu'il vive. Elle le dorloterait jusqu'à la fin de ses jours pour remercier les dieux de le lui avoir rendu. Cet esclave avait été envoyé par la Providence, il ne pouvait pas en être autrement.
Elle se demandait s'il n'avait pas été initié par les prêtres de R'hllor avant de finir sur un bateau. On les disait capable de ressusciter les gens grâce aux pouvoirs conférés par le Dieu Rouge. Pourtant, elle n'avait pas aperçu de flammes sur son visage, juste le poisson. C'était étrange… Enfin, tout ce qui importait était qu'il avait sauvé Léandro. Et dire qu'elle ne connaissait même pas son nom.
Le médecin venait régulièrement prendre des nouvelles de son frère. Talisa profitait de ses venues pour lui parler. Ce vieil homme bougon au dos voûté et arborant une barbiche blanche répondait au nom de Sargon et était une pointure dans son domaine. Après plusieurs refus, il avait, face à son insistance, accepté de lui apprendre les bases de son métier. Il croyait certainement qu'il ne s'agissait que d'une lubie passagère et que dans quelques jours, elle ne s'y intéresserait plus. Après tout, elle était une fille de bonne famille, pas disposée à soigner les malades. Il ne pouvait savoir à quel point il se trompait. Talisa était on ne peut plus déterminée à mettre ses nouvelles connaissances en pratique. Être infirmière était sa vocation, elle le sentait. Dès qu'elle en saurait assez et qu'elle serait assez grande, elle quitterait Volantis, elle irait exercer ses talents à Westeros, résolue à ne plus vivre dans un pays où l'esclavage était légal.
Sargon lui montra les différentes plantes thérapeutiques. Il lui apprit à panser une blessure, soigner une toux et fabriquer une pommade. Elle l'écoutait attentivement, mais elle était aussi terriblement curieuse. Elle posait trop de questions selon lui. Elle avait la fâcheuse tendance à lui couper la parole, ce qu'il n'aimait pas. Mais elle avait tellement envie de tout savoir. « Ne vous éparpillez-pas. » lui conseilla-t-il. Il avait raison, mais elle avait du mal à se concentrer sur un seul sujet en même temps. Il y avait tant de savoirs intéressants à glaner et elle n'avait pas assez de temps.
Leurs parents et leur oncle arrivaient le lendemain matin. Léandro l'avait priée de ne rien dire pour la noyade. « Je ne veux pas que Mère s'angoisse. » avait-il dit. Talisa était d'accord avec lui. Cette histoire appartenait au passé, pas la peine d'effrayer leur mère avec. Oria, Zinira et Maître Irnoris furent tenus de garder le secret. Les deux nourrices ne furent pas longues à accepter, cet incident pourrait leur coûter leurs places. Le garde du corps, pour sa part, fut plus difficile à convaincre. Il se refusait à mentir à Horasto. « Je ne vous demande pas de mentir, seulement de ne rien dire. » avait précisé Talisa. C'était pareil, selon lui. Une omission valait un mensonge. « Si ma mère apprend que Léandro était presque mort, elle… Je ne peux pas imaginer ce que ça va lui faire. » avait-elle sangloté. Il avait grommelé. C'est bon, il jouerait le jeu. Il ne dirait rien à leurs parents. C'était à eux de les en informer. Mais il ne cacherait rien à son maître s'il lui posait la question. Marché conclu ! Oncle Horasto ne dirait rien si elle le lui demandait.
Le lendemain, la fièvre de son frère était descendue. Elle en était infiniment soulagée. Leur parents et leur oncle rentrèrent en fin de matinée. Lyria s'inquiéta de la mine pâlotte de son fils. « Une simple grippe, Mère. Ne t'inquiète pas, la rassura-t-il.
- Mais comment l'as-tu attrapée ? lui demanda-t-elle.
- J'ai passé trop de temps dans la rivière, lui avoua-t-il ce qui n'était pas un mensonge en soi.
- Tu étais à la rivière ?
- Oui avec Talisa, Zinira et Oria. Et Maître Syresso. Il faisait tellement chaud que nous sommes partis nous baigner.
- C'est vrai qu'il faisait une chaleur étouffante, commenta Lyria. Moi aussi, si j'avais pu, je serais allée me baigner. Mais tu devrais faire plus attention, mon trésor. Ce n'est pas sage de rester trop longtemps dans l'eau. Zinira ne t'a pas demandé de sortir ?
- Je jouais. Je ne l'ai pas entendue. Dis, tu n'es pas fâchée contre elle, Mère ? » Elle lui fit signe que non. Puis, elle le serra contre elle, caressant tendrement ses cheveux blond argenté.
« S'il y a quelqu'un que l'on doit gronder pour avoir rendu Léandro malade, c'est moi. » intervint Talisa. Après tout, c'était elle qui avait eu l'idée de partir au bord de la Rhoyne ; elle qui avait convaincu Oria. Heureusement que leurs parents ne savaient pas le pire. Elle ne pouvait s'imaginer ce qu'ils ressentiraient en l'apprenant, la réaction de leur mère. Il valait mieux pour leurs bien qu'ils ne sachent pas. Et, personnellement, elle ne tenait pas à ce que l'un des deux se mette en colère contre elle. Ni à causer des ennuis à Oria et Zinira ; elles n'y étaient pour rien, les pauvres.
« Nous ne sommes pas fâchés contre toi, Talisa, la rassura leur père. Ton petit frère aussi a sa part de responsabilité. Mais tu aurais pu mieux veiller sur lui, c'est toi l'aînée, ne l'oublie pas. Il a dû rester vraiment longtemps dans l'eau pour attraper mal.
- Comme il l'a dit, il jouait avec d'autres garçons, lui expliqua-t-elle. Je ne pensais pas que... Je n'avais pas vu...
- Pas vu le temps passé ? » suggéra-t-il. Talisa lui sourit timidement. Elle acquiesça. Ce n'était pas faux. L'après-midi avait passé à une vitesse folle avant l'accident. « Je discutais avec Nausicaa. Je suis désolée, Père, Mère. » bredouilla -t-elle. Son père haussa les épaules, l'air de dire : n'en parlons plus. S'il l'avait su, il aurait bien moins vite tourné la page. Elle se sentait mal de lui cacher la vérité, mais, premièrement, elle avait fait une promesse à Léandro et c'était à lui d'en parler, pas à elle ; deuxièmement, elle n'avait aucune idée de la façon dont leur avouer le drame passé.
Pour changer de sujet, Talisa leur parla de Sargon et de tout ce qu'il lui avait appris la veille. « Un jour, je serai un grand médecin comme lui.» assura-t-elle. Son père en fut amusé : une femme médecin, ce n'était pas commun ; une noble, encore moins. Talisa, trop prise par son propre enthousiasme n'avait pas remarqué que ses parents ne voyaient sa nouvelle passion que comme une passade. Bientôt, elle s'intéresserait à autre chose, se disaient-ils. Sur ce point, l'avenir montrera, qu'ils avaient tort.
Au moment du départ, elle ne pouvait se résoudre à rentrer. Pas maintenant alors qu'elle avait tout juste commencé son apprentissage auprès de Sargon. « Père, Mère, j'aimerais rester. S'il vous plaît ! » les supplia-t-elle. Elle essuya en premier lieu un refus. Elle devait rentrer à la maison, point final. Elle supplia jusqu'à ce que, enfin, oncle Horasto accepte de l'héberger chez lui pour encore quelques jours. « Jusqu'à la fin du mois. Qu'en dis-tu, Talisa ? » Elle fut à deux doigts de lui sauter au cou pour le remercier. La fin du mois n'était même pas dans deux semaines, mais ça lui donnerait plus de temps pour apprendre du vieux médecin. Ses parents, après concertation, obtempérèrent. En revanche, ils refusèrent catégoriquement de laisser Léandro avec elle. Il eut beau protester et hurler à l'injustice, ils ne fléchirent pas. Il était tombé malade et l'air trop moite de Volantis n'était pas bon pour lui.
Talisa embrassa ses parents et Zinira, mais pas Oria qui resterait pour la chaperonner, ni Léandro qui boudait. Lorsqu'il alla s'installer dans la carriole, elle lui fit un signe de la main auquel il répondit en tirant la langue. Sale caractère ! Sa moue mécontente était malgré tout assez drôle. Elle regarda s'éloigner le véhicule et une fols qu'il fut trop loin pour qu'elle puisse le voir, elle rentra.
Les deux semaines suivantes passèrent bien trop vite. Sargon lui apprit des remèdes simples à réaliser pour soigner grippes, migraines et coliques. Elle en profita aussi pour parfaire ses points de suture et ses garrots. Elle était pressée de soigner des maux plus graves, mais, à chaque fois qu'elle lui demandait quand elle serait prête, le vieux médecin lui répondait qu'il ne fallait pas brûler les étapes. Bien connaître les bases était très important et il ne fallait surtout pas bâcler son apprentissage en voulant se précipiter. D'un certain côté, elle lui donnait raison ; de l'autre, elle était trop impatiente pour se contenter de simples désagréments ou de plaies superficielles.
Le jardinet de Sargon était devenu son lieu préféré dans la villa de son oncle. Le médecin y faisait pousser différentes herbes aromatiques et thérapeutiques. C'était à elle que revenait les missions de cueillir celles dont il avait besoin pour ses potions, et elle n'en était pas peu fière. Lui incombait ensuite la tâche de les hacher en petits morceaux. À chaque fois, Sargon lui posait des questions sur celles qu'elle venait de ramasser et il y répondait, se trompant de moins en moins à chaque essai. Elle se rappelait l'utilité de chaque plante : une était bonne pour les maux de ventre ; une autre favorisait le sommeil ; une dernière éloignait les parasites, etc. Chaque bonne réponse lui valait un regard approbatif de la part de Sargon. Il ne lui faisait jamais de compliments, mais un simple relâchement de ses traits lui indiquait qu'il était content d'elle.
Son rapprochement avec le vieux médecin amusait son oncle. « Une femme médecin dans la famille, ce serait une nouveauté ! » disait-il, l'air moqueur. Bien sûr, lui aussi voyait cela comme une lubie. Cela la vexait plus qu'elle ne l'aurait voulu. Elle s'était attendue à ce qu'il voit que sa détermination était réelle, qu'il la soutienne. Mais son scepticisme eut tout de même le bienfait de la pousser à aller au bout de sa résolution.
Oria partageait l'avis de son oncle et lui avait fait souvent la remarque qu'elle gênait le pauvre médecin. Talisa lui assurait que non, elle n'embêtait personne. Et lorsqu'elle lui rappelait que les jeunes filles de bonne famille ne devenaient pas infirmières, que personne ne la prendrait au sérieux, elle lui disait : « À Westeros, personne ne saura que je suis une Maegyr. » Cette phrase angoissait la pauvre nourrice plus qu'elle ne la rassurait. Au fil des jours, cependant, elle avait fini par voir que son opinion faisait peu de poids et que peu importe ce qu'elle disait à ce sujet et qu'elle essaie de lui mettre un peu de bon sens dans la tête, Talisa ne l'écoutait pas. Quand elle avait une idée fermement à l'esprit, on ne pouvait pas la lui décrocher !
Contrairement à Horasto et Oria, Nausicaa l'encourageait dans ses choix. Talisa ne pouvait espérer meilleur soutien et elle était ravie de pouvoir passer du temps avec elle et lui parler de ses projets. Et elle profitait de leurs moments ensemble pour apprendre du vocabulaire de Commun, la langue de Westeros, que son amie maitrisait bien. C'était une langue très différente du valyrien ou du rhoynar. Les sons n'en étaient pas désagréables mais singuliers. Nausicaa promit de lui donner des cours quand elles se reverraient après ces deux semaines. Talisa avait hâte.
Les Domophyr resteraient à Volantis plus longtemps que prévu. Pameryon au cours du mariage avait fait la connaissance d'une famille dont le fils aîné, en âge de se marier, lui avait paru un bon parti pour sa fille. La prolongation de leur séjour avait pour raison la rencontre Nausicaa et son potentiel fiancé. L'appréciait-elle ? Pas vraiment. Elle le trouvait quelconque. La villa de sa famille, qu'elle décrivait comme un labyrinthe, lui avait paru mille fois plus intéressante que lui. Elle n'avait aucune envie de se marier avec lui, mais son père était tellement enthousiaste à l'idée qu'elle se fiance qu'elle ne se voyait pas lui dire qu'elle ne voulait pas. Sa mère aussi en était très heureuse, disait-elle, elle regrettait juste de ne pouvoir admirer sa robe de mariée. Mais au moins, se disait la jeune fille, elle ne la verrait pas faire semblant d'être contente.
Pour Talisa, le mariage, avant d'écouter l'expérience de son amie, était une affaire romantique. Elle avait pour exemple celui de ses parents fondé sur l'amour. Elle voulait la même chose, épouser quelqu'un qu'elle aimait. Ces parents lui laisseraient sûrement ce privilège ; elle ne les imaginait pas la réservait à un homme qu'elle ne connaissait pas. Et s'ils l'envisageaient, ce serait une raison supplémentaire de partir.
Les parents de Nausicaa, eux, ne s'étaient jamais rencontrés avant leurs fiançailles qui avaient précédé leur mariage de six mois. Leurs parents avaient arrangé l'affaire. Ceux de Jalena avaient offert une très grosse dote pour compenser son handicap. Les parents de Pameryon en avait été tellement alléchés qu'ils avaient acceptés de prendre la jeune fille malgré son regard éteint. Et quand la grand-mère paternelle de Nausicaa s'était inquiété que son fils ne plaise pas à Jalena, son autre grand-mère aurait dit : « Elle ne peut pas voir ; il ne peut pas lui déplaire. » La phrase était cruelle, mais elle avait eu raison. Après des débuts hésitants, le couple avait forgé un lien solide. Leur mariage était fondé sur l'affection plus que sur la passion mais il tenait. Si jamais elle se mariait, c'était ce que Talisa voulait, un mariage fait de tendresse, mais elle le voulait avec quelqu'un qu'elle choisirait toute seule. Autrement, elle n'avait aucune vocation pour le mariage.
Concernant ce sujet, elle était assez contente de son apparence "rhoynar". Peu de familles "valyriennes" la voudraient pour bru de peur qu'elle fasse entrer du sang "étranger" dans leur lignée. Dans ce cas de figure, son métissage l'arrangeait beaucoup. Avec un peu de chance, ses parents ne recevraient jamais aucune proposition de mariage et on la laisserait libre. Libre d'étudier la médecine et d'aller où elle le souhaitait. Ils seraient certainement déçus si elle restait vieille fille, mais ils finiraient par se faire une raison... Elle l'espérait en tout cas. Comment son père ne pourrait-il pas s'en faire une alors qu'il avait suivi son cœur malgré l'avis paternel ? Il avait beaucoup voyagé au cours de sa jeunesse, allant de Cité Libre en Cité Libre, peut-être accepterait-il son choix de partir ? Et il n'avait jamais beaucoup tenu compte des conventions, raison de plus pour qu'il accepte sa décision. Dès qu'elle serait prête, elle la lui apprendrait. Il verrait qu'il ne s'agissait pas d'un simple désir passager et il comprendrait que c'était tout ce qui la rendrait heureuse. Elle n'était en revanche pas sûre de le dire à sa mère. Elle tenterait de la retenir et Talisa ne voulait pas la voir pleurer.
Mais avant d'aborder le sujet de son départ pour Westeros, elle avait encore tellement de choses à apprendre. Elle était pour l'instant loin d'avoir vu le bout de son apprentissage. Une fois de retour à Selhorys, elle se précipiterait dans la bibliothèque à la recherche de livres sur la médecine. Elle savait qu'il y en avait. En lisant les tranches des ouvrages, elle était parfois tombée sur un titre d'ordre médical. Elle les avaient jusqu'alors laissés de côté au profit des récits d'aventures, mais elle remédierait à cela dès qu'elle serait à la maison. Pour lors, son séjour touchait à sa fin. Elle repartirait à Selhorys le lendemain ; son oncle avait payé deux places sur un bateau remontant la Rhoyne pour Oria et elle et un garde pour la protéger au cours de la traversée. Elle aurait aimé qu'il dure plus longtemps, elle avait un sentiment d'inachevé. Quelques jours de plus et elle aurait pu apprendre tellement plus de Sargon. Elle en avait parfois assez qu'il lui fasse refaire plusieurs fois les mêmes exercices et il n'était pas très aimable, mais sans lui elle ne saurait pas la moitié de ce qu'elle savait en ce moment.
J'espère que ce chapitre vous a plu, une review me ferait très plaisir si vous avez le temps. Bonne journée / Bonne soirée !
