Bien trop vite, il fut temps pour Hitomi de dire adieu à Ibiki, Anko et leur département. Elle eut droit à deux jours de congé qu'elle passa en compagnie d'Ensui, le dérobant sans la moindre pitié à sa charge de travail. Ils se battirent, jouèrent au shôgi, dormirent aussi, entassés au milieu des chats d'Hitomi, ravis qu'elle ait du temps à leur accorder. Cela faisait trois mois qu'elle n'était pas sortie de Konoha. C'était une sensation étrange, de se trouver dans un endroit très fréquenté pendant aussi longtemps ; elle trouvait un certain réconfort dans la paix et la solitude qu'on ne trouvait que dans le Bois aux Cerfs à l'intérieur des murs du village.

— Tu commences dans quel département aujourd'hui ? s'enquit son maître en posant une tasse de thé devant elle.

— Le Département d'Assassinat, marmonna-t-elle autour d'une bouchée de riz. Kakashi-sensei en fait partie, apparemment. Il n'est pas retourné dans l'ANBU quand notre équipe a été… dissoute.

Un même malaise, délicat et léger, enveloppa un instant le père et la fille. Hitomi n'avait toujours aucune nouvelle de Sasuke. Même Itachi ne parvenait pas à l'atteindre, même Jiraiya n'osait pas approcher ses espions des repères de feu son coéquipier. Naruto, bien sûr, se trouvait en sécurité dans le giron de son maître, et rentrerait à Konoha dans un an environ… Mais leur frère était toujours perdu aux yeux du monde. Seules quatre personnes savaient que l'allégeance de Sasuke n'avait jamais quitté son village.

— Ce département a une nouvelle cheffe depuis quelques mois. Une ancienne de l'ANBU, apparemment.

Hitomi haussa les sourcils, prise de court.

— De l'ANBU ou de la Racine ?

Ensui se raidit mais secoua la tête, l'orage et la tension s'éloignant de ses traits.

— Personne ne sait. Elle a été enlevée à la naissance et est réapparue à ses douze ans, amnésique et émotionnellement inepte. Shikaku-sama lui a offert une petite maison isolée dans le Bois aux Cerfs mais l'ANBU lui a mis la main dessus le lendemain du jour où elle est réapparue. Elle a quitté l'organisation il y a quelques mois, s'est fiancée à un shinobi du village et a pris la tête du département. C'est tout ce qu'on sait.

— Une Nara, donc ?

— Sans doute. Elle n'y ressemble pas beaucoup mais Shikaku-sama n'aurait pas un tel geste envers une gamine qui n'est pas reliée par le sang à notre clan.

— Mais elle porte notre nom ?

— Non, son nom complet est Mori no Akina. Shikaku-sama a jugé plus prudent de ne pas la revendiquer de cette façon, mais je ne sais pas pourquoi.

Les sourcils froncés, Hitomi réfléchit à ce mystère tout en terminant son petit-déjeuner. Elle se demandait comment elle avait pu passer à côté de ça, elle qui pourtant connaissait tant de noirs secrets de son village. Une fois la dernière bouchée avalée, elle se redressa, s'étira comme un chat et commença à se préparer. Plutôt que d'encore rajuster son kimono de combat, elle en avait racheté un nouveau, mieux adapté à sa nouvelle silhouette d'adulte. Elle n'était plus seulement mignonne désormais, elle était belle, de ce genre de beauté commune aux sabres de maître et aux armes de légende.

— Les gens qui disent que les ninjas ne devraient pas être vaniteux ont tort, musa Ensui en la regardant mêler des rubans carmin à sa chevelure noire attachée en queue de cheval. L'apparence est une arme de shinobi, autant qu'un katana ou un kunai.

— Les gens sont bêtes, Père, je ne vous apprends rien. La plupart pensent aussi que les shinobi ne devraient éprouver aucune émotion.

Un reniflement amusé échappa au vétéran. Même à l'époque où il n'était qu'un Genin, ses supérieurs tournaient cette exigence en dérision. Les émotions nourrissaient la volonté du ninja. Il fallait pouvoir se défaire de ses sentiments s'ils interféraient avec la mission, oui, mais il était impossible de ne rien ressentir et ceux qui, comme Naruto, vivaient sans réserve dans la tristesse comme dans la joie, se hissaient parmi leurs pairs sans jamais rencontrer d'obstacle assez fort pour les arrêter tout à fait.

— Bon, je dois y aller. Je veux arriver en avance.

— Bonne idée. Je ne connais pas Akina mais les chefs de département sont plutôt stricts en général. Fais-toi bien voir, ma puce.

Elle répondit d'un large sourire et s'en alla, profitant du calme dans les rues pour filer d'un toit à l'autre sans retenir la vitesse qui courait dans ses muscles. Elle ferma un instant les yeux, savourant le fouet du vent sur son visage, dans ses vêtements. Un soleil clément lui réchauffait la peau, lui rappelant une multitude de petits détails qu'elle aimait plus que tout à Konoha. Elle répondit d'un signe de la main et d'un clin d'œil aux appels enthousiastes d'enfants de l'Académie. Elle aurait pu se téléporter à proximité du bâtiment du département, ordinaire et pratiquement invisible au milieu d'une rue marchande, mais où aurait été le plaisir ?

Elle arriva devant les portes du Département avec une demi-heure d'avance, adressant un petit rictus amusé à l'ANBU de garde. Il ne réagit pas, bien entendu ; même si ç'avait été le cas, elle ne l'aurait pas vu derrière son masque qui représentait un papillon. Elle poussa l'un des battants sans montrer la moindre hésitation, toute sa posture exprimant une assurance et une fierté qu'elle ressentait au moins en partie. La température chutait de plusieurs degrés à l'intérieur du hall d'entrée. Était-ce une simple bizarrerie architecturale ou une nécessité ? Hitomi refusa de s'attarder sur ce détail. D'autres sujets requéraient son attention.

— Vous êtes en avance, remarqua Mori no Akina en la voyant franchir les portes. Parfait, on a des choses à faire.

Bien que de stature menue, la dirigeante du Département d'Assassinat dégageait une aura intimidante. Si Hitomi n'avait pas passé trois mois sous l'égide d'Ibiki, et tout une vie à proximité de gens comme Kurenai, Shikaku, Ensui et Kakashi, elle se serait sentie intimidée, effrayée même peut-être. Au lieu de ça, elle se contenta de sourire et de s'incliner légèrement.

— Merci de m'accueillir en stage, Akina-san. J'espère que mon travail vous satisfera.

— Je n'en doute pas, Yûhi-san. J'ai vu votre dossier, comme mes pairs. Je ne vous aurais pas demandée si je n'avais pas été sûre de vos compétences.

Une fois ces formalités réglées, Hitomi s'attarda véritablement sur ce qui la perturbait : Mori no Akina ressemblait tant à Eien, la persona qui lui avait permis de fuir les convoitises durant ces dernières années, qu'elles auraient pu être sœurs. Elles avaient les mêmes cheveux roux, les mêmes traits vaguement Nara, les mêmes taches de son. Seuls leurs yeux différaient réellement : là où Eien était dotée de prunelles bleu pâle, celles d'Akina étaient du gris sombre caractéristique du clan.

Et comme si cela ne suffisait pas, elle portait le sceau de la Racine… Son bourdonnement sur la langue d'Akina était faible, bien plus assourdi que celui de Sai par exemple, mais cela suffisait à Hitomi pour avoir une raison de se méfier. Suivant des yeux le balancement de la tresse de sa nouvelle supérieure hiérarchique au rythme de ses pas, elle se retrouva sans même le réaliser dans une autre salle, qui servait sans doute aux réunions avec sa grande table rectangulaire encerclée de chaises.

— Vous viendrez ici tous les jours où vous n'êtes pas en mission hors du village, au début de la journée. Je m'occuperai personnellement de votre formation, mais les autres membres du département pourraient vous réquisitionner un jour ou l'autre et c'est ici qu'on vous l'annoncera.

Hitomi acquiesça, observant avec calme et détachement le décor spartiate de la pièce. Était-ce Akina ou son prédécesseur qui avait décidé de dénuder les murs ? La cheffe de département prit place sur la chaise à l'une des extrémités de la table, le dos très droit, et lui fit signe de s'asseoir à sa gauche. Hitomi s'exécuta, poussée par un étrange instinct à souligner ses origines Nara en adoptant une posture plus relâchée et détendue que de coutume. Cette femme ne trahissait physiquement aucun lien à leur ascendance commune ; une étrange fierté au fond d'Hitomi s'en offensait.

— J'ai dit à Hatake-san que s'il arrivait en retard, j'ordonnerais à Maito-san de cacher ces bouquins qu'il aime tant, ajouta Akina avec un petit sourire en coin. C'est un jour spécial, après tout. L'une de ses élèves est parmi nous.

Hitomi s'étrangla sur sa propre salive et se pencha pour récupérer son souffle perdu. Ses yeux s'humidifièrent tandis qu'elle essayait de ravaler le rire qui essayait de se frayer un chemin jusqu'à sa bouche. Akina haussa un sourcil, ses yeux gris posés sur elle avec ce qui ressemblait à de la satisfaction. Alors que la jeune Yûhi se maîtrisait à nouveau, deux Jônin qu'elle ne connaissait pas entrèrent côte à côte. L'un d'eux portait le sceau de l'ANBU, Hitomi le sentait, mais il semblait éteint, affaibli – exactement comme les sceaux de la Racine qu'elle avait sentis sur certains de ses proches et Akina.

Hitomi se redressa légèrement sur sa chaise quand elle sentit un chakra bien connu approcher de l'entrée. Mori no Sai. Elle croisa son regard sombre, répondit d'un petit rictus à son sourire, les deux expressions aussi fausses l'une que l'autre. Dans quel but Danzô l'avait-il envoyé ici ? Certes, ses compétences pouvaient correspondre au domaine de l'assassinat, mais il était avant tout un… un espion. Sa présence dans le même département qu'Hitomi ne pouvait être une coïncidence. C'était impossible.

— Yûhi-san, un problème ?

Hitomi répondit par la négative à la question d'Akina, qui regardait elle aussi le nouveau venu avec attention. Ses sens lui permettaient-ils de percevoir le sceau sur sa langue, jumeau du sien en tout sinon que celui de Sai était encore actif ? Pour Hitomi, ce bourdonnement était un signe limpide. Elle jaugea son camarade du regard ; son passage dans le département servirait-il son propre dessein ? Parviendrait-elle à pousser le Conseiller jusqu'à la disgrâce, et pourquoi pas à le supprimer dans la manœuvre ? Tout ce qu'elle savait, c'était que par un stupide, futile attachement au personnage que Sai avait été à ses yeux de moribonde du Monde d'Avant, elle désirait le gagner à sa cause avant de porter le coup final.

— Je ne suis pas en retard, Akina-san ! s'exclama Kakashi en franchissant la porte au pas de course.

— Encore vingt secondes et ç'aurait été le cas, Hatake-san. Dommage, j'aurais aimé avoir une discussion avec votre fiancé… Enfin, j'imagine que ce sera pour une prochaine fois.

Hitomi éclata d'un rire pas tout à fait sincère ; comme elle l'avait voulu, la tension qui s'élevait lentement entre Sai et elle se dissipa. Kakashi tourna sa prunelle unique, noir d'encre, dans sa direction et se précipita vers elle, enlaçant ses épaules par derrière avant de poser son menton sur le sommet de son crâne.

— Hitomi-chan, ne te moque pas de ton pauvre sensei ! Moi qui étais si heureux de travailler avec toi…

— Pfeuh, vous dites ça, mais c'est Akina-san qui va m'apprendre ce que je dois savoir. Si je vous aimais ne serait-ce qu'un tout petit peu moins, j'arrêterais de vous appeler sensei, Kakashi-sensei.

Le professeur laissa échapper un petit halètement choqué et s'écarta pour qu'elle puisse voir la peine factice qui régnait dans son œil.

— Hitomi-chan, tu me brises le cœur. Ton pauvre sensei attendait son adorable petite élève avec impatience et voilà qu'elle est toute froide et distante ! C'est méchant, tu sais.

Elle tenta de l'écarter d'un coup de pied joueur mais il se contenta d'attraper sa cheville et de presser un point sensible qui raidissait l'articulation, un sourcil haussé en signe de défi amusé.

— Je suis méchante. Cruelle. Vous n'arrêtiez pas de le dire quand on s'entraînait ensemble, à l'époque.

— Est-ce que vous êtes en train d'effectuer un rituel nuptial ? intervint Sai d'une voix très intéressée.

Hitomi réagit plus vite que l'éclair, sans même réfléchir. Tandis que Kakashi lâchait sa jambe, choqué, elle retourna la table en direction de Sai d'un coup de pied dont Tsunade aurait été très fière puis se leva d'un bond, sa chaise déjà prête à voler vers la tête du shinobi.

— C'est dégueulasse, dit-elle d'une voix volontairement inexpressive. Kakashi est mon sensei et a l'âge d'être mon père. Et il est gay, et fiancé.

— Et alors ? Rien de tout ça n'a jamais gêné les ninjas, pas vrai ?

Kakashi s'étouffa derrière Hitomi tandis qu'Akina regardait le spectacle, l'air absolument captivée. Elle ne semblait pas du genre à autoriser ce genre de comportement de la part de ses ninjas, mais puisqu'elle ne protestait pas, sa nouvelle stagiaire entendait bien en profiter. Elle lança la chaise à Kakashi, qui l'attrapa au vol, puis avança vers Sai d'un pas décidé. L'option la plus évidente consistait à l'attaquer, mais il s'y attendait sans doute. Elle devait le prendre au dépourvu, le… Un petit sourire cruel joua sur ses lèvres. Elle avait l'idée parfaite.

Puisqu'il ne reculait pas, elle se pressa contre lui, accrochant ses bras à son cou comme s'il avait été son amant. Derrière elle, Kakashi s'étouffa à nouveau, d'outrage cette fois. Elle appuya sur le centre nerveux entre l'épaule et la nuque de Sai, le forçant à se courber juste assez pour que leurs lèvres s'effleurent presque. Ses yeux rouges étaient plongés dans les siens, si noirs qu'il était impossible de distinguer la pupille de la prunelle. Oh, le corps du jeune homme réagissait ; elle entendait les battements de son cœur, qui avaient très légèrement accéléré depuis qu'elle avait commencé à le toucher.

Elle sourit et effleura sa carotide battante d'une caresse enjôleuse, pressant volontiers ses seins contre son torse. Les pulsations de son cœur accélérèrent encore. Ainsi donc, Danzô n'avait su effacer toutes ses émotions. Le désir et la peur étaient les sentiments les plus extrêmes et intenses pour le corps humain. Il fallait une maîtrise incroyable pour en effacer tous les signes quand on y était sujet, une sensibilité que le Conseiller n'avait manifestement pas tout à fait réussi à détruire chez son jeune espion. Hitomi se hissa sur la pointe des pieds, laissant son souffle tiède effleurer l'oreille de sa pauvre, pauvre victime.

— De tous les shinobi qui se trouvent ici, Sai-kun, tu es le seul que j'aie à la fois envie de déshabiller et d'égorger, ronronna-t-elle à son oreille. Tu devrais faire en sorte que je penche d'un côté plutôt que de l'autre, pour l'intérêt de tous.

Il frémit contre elle, sans doute incapable de se contrôler ou dénué du savoir qui le lui aurait permis. À l'instant où il ouvrit la bouche pour répondre, elle le relâcha, tourna les talons et retourna auprès de Kakashi comme si rien ne s'était passé. Un silence pesant s'abattit sur l'assemblée ; même les deux shinobi qu'elle ne connaissait pas n'osèrent pas ouvrir la bouche, observant d'un air vaguement impressionné tandis qu'elle récupérait sa chaise et se rasseyait, digne et maîtrisée.

— Sai-san, ordonna finalement Akina, redresse la table, et les autres, asseyez-vous.

Le jeune shinobi ouvrit la bouche pour protester mais se ravisa dès qu'il croisa le regard de sa supérieure hiérarchique. Kakashi prit place à la droite d'Akina, cette position exprimant son importance dans le département, et les autres s'assirent à leur tour, l'homme à côté d'Hitomi, la femme à la droite de Kakashi, et Sai pour finir une place plus loin. Il n'était pas seulement en marge de ce département physiquement, mais socialement aussi. Son langage corporel ne trahissait aucun esprit d'unité qui l'aurait poussé vers ses collègues. Hitomi était-elle capable de changer cela ? Il faudrait voir.

— Bien, avant toute chose, comme vous pouvez le voir, nous avons temporairement une nouvelle recrue. Hitomi Yûhi-san, je vous présence Shômei Tanaka et Ai Sarutobi. Vous connaissez déjà Mori no Sai et Kakashi Hatake.

— Le département est si petit que ça ? demanda Hitomi en jaugeant les deux inconnus, l'homme et la femme assis l'un en face de l'autres, sur lesquels elle pouvait désormais poser un nom.

— Tsunade-sama a décidé qu'il était plus prudent de réduire les forces du Département d'Assassinat pour qu'il fonctionne mieux. Je ne le dirige pas depuis longtemps mais, pour l'instant, je suis d'accord avec elle. Nous n'obtenons pas tant de missions que ça et très peu d'entre elles exigent plus d'un shinobi, donc nous n'avons aucun problème à gérer les demandes qu'on nous envoie.

Hitomi acquiesça. C'était intéressant : le Département d'Assassinat ne risquait pas de recevoir ou collecter tant d'informations sensibles que ça, comparé à certains autres – Torture et Interrogatoire, Cryptage et Décodage, Infiltration et Espionnage pour ne citer qu'eux – et pourtant c'était sans doute le moins fourni en hommes de toute la hiérarchie de Konoha.

— Yûhi-san, pouvez-vous rappeler à l'assemblée vos qualifications en matière d'assassinat ? Je veux que tout le monde ici réfléchisse pour demain à trois formations en tandem impliquant les compétences que vous allez lister. J'ai réservé le terrain d'entraînement numéro deux pour toute la journée, autant que ça nous soit utile.

Hitomi se raidit légèrement. Elle avait dû passer par là aussi au Département Torture et Interrogatoire, mais c'était autre chose sous les yeux de Sai, qui allait s'empresser de tout répéter à Danzô. Enfin, de toute façon, le Conseiller savait sans doute déjà. Si elle se taisait maintenant, d'autant plus devant Akina qui connaissait déjà ses compétences grâce à Tsunade, elle aurait l'air suspecte.

— Les jutsu Nara peuvent être utilisés pour tuer, mais ils demandent un certain temps qui n'est pas toujours disponible durant ce genre de missions, j'imagine. Pour tuer, j'utilise principalement mon sabre, le Kekkei Genkai du clan Yûhi et éventuellement le Dieu de la Foudre.

Ai Sarutobi, une belle femme plantureuse qui ressemblait assez à Asuma pour prétendre être sa sœur, étouffa non sans mal une exclamation surprise, tandis que Kakashi se redressait sur sa chaise et qu'une lueur d'intérêt apparaissait brièvement dans les yeux de Sai. Hitomi carra les épaules, les défiant tous à la fois d'oser l'interrompre, puis poursuivit :

— Je maîtrise aussi le Suiton et le Raiton, une combinaison réputée mortelle. Au besoin, mes chats peuvent m'aider, mais je ne les ai jamais utilisés pour un assassinat, seulement dans des combats classiques. Je maîtrise aussi assez bien le Shunshin pour m'en servir dans ce genre de situations. Je peux aussi créer des sceaux, au besoin, mais je n'ai jamais assassiné quelqu'un avec.

— Bien. Réfléchissez-y pour demain. Voici votre programme de la journée, ajouta la cheffe en distribuant des petits rouleaux de parchemin.

Après avoir vu les autres dérouler et lire le leur puis le brûler d'une étincelle de chakra, Hitomi en fit de même. Sur le sien étaient listées diverses tâches administratives qu'elle avait déjà accomplies aux côtés d'Ibiki mais devrait affronter à nouveau à chaque département qui l'accueillerait jusqu'à ce qu'elle prenne sa décision. Akina se leva, déclara la réunion terminée et fit suivre à sa nouvelle recrue de la suivre. Docile, Hitomi s'enfonça sur ses traces dans un couloir aux murs nus mais fraîchement repeints, jusqu'à une porte d'ébène lourdement verrouillée.

— Voici mon bureau. En général, personne n'y vient de son plein gré mais tant que votre affectation ici n'est que temporaire, vous vous y installerez aussi.

L'aînée déverrouilla la porte en plaçant sa main sur un sceau presque invisible contre la sombre couleur du bois et en y injectant une faible dose de son chakra. Hitomi n'avait jamais vu cette variante et se serait sans doute agenouillée pour l'examiner de plus près si elle en avait eu le temps. Déjà Akina lui désignait un petit bureau installé à la va-vite et la chaise qui allait avec avant de s'installer dans son propre siège, qui montrait déjà des signes d'usage.

— Je vous ai mis à disposition toute la paperasse que vous devez remplir et déposer à la Tour au plus vite. Si vous avez des questions, posez-les.

Quelques secondes plus tard, les deux jeunes femmes furent plongées dans leur travail respectif. Akina s'attelait à ses propres tâches avec une concentration qui frôlait l'obsession, remuant à peine sur son siège, ne relevant jamais la tête. Au bout d'un moment, ce fut Hitomi qui se leva et s'étira. Le mouvement attira l'attention de sa supérieure hiérarchique, qui la regarda d'un air interrogateur.

— Je dois aller aux toilettes, expliqua la jeune fille sans attendre de véritable question. Est-ce que vous voulez que j'aille chercher quelque chose à manger ou à boire en attendant ?

Comme prise de court par ses propos, Akina baissa les yeux sur ses doigts tachés d'encre puis croisa à nouveau son regard et acquiesça.

— Mettez la main sur Sai-san et dites-lui de nous apporter du thé et de passer la commande du département pour midi.

— Il n'a pas d'autre travail à faire ? Je peux m'en occuper, je vous assure, ça ne me gêne pas.

— Je m'en doute, mais c'est son tour de s'occuper de l'intendance. Après-demain, ce sera vous, Yûhi-san. On essaye de faire tourner les tâches autant que possible par ici, pour éviter que quelqu'un se sente mis de côté.

C'était un système surprenant de sens et d'efficacité, très humain. Hitomi ne s'était pas attendue à voir un tel raisonnement de la part de quelqu'un qui portait sur son corps les marques de l'ANBU et de la Racine. Elle s'inclina légèrement et prit congé. Retrouver la trace de Sai ne lui prit qu'un instant, mais il fallut qu'elle retourne en direction du hall du bâtiment pour le rejoindre. Avant de se trouver dans son champ de vision, elle apposa sa balise sur un mur. On ne savait jamais, cela pouvait servir. Elle se répétait ce mantra encore et encore depuis qu'elle maîtrisait le Dieu de la Foudre. Konoha, la vraie, lumineuse Konoha, celles que les civils connaissaient par cœur et aimaient, était désormais parsemée de ses sceaux.

— Hitomi-chan, salua Sai en la voyant approcher. C'est bien « chan » que je dois utiliser, pas vrai ? Comme tu as utilisé « kun » pour moi plus tôt.

— Oui, c'est bien ça. Enfin, je me fiche que tu utilises un suffixe avec mon prénom, mais les règles de politesse ont l'air importantes pour toi.

— C'est important de les appliquer pour trouver sa place dans la société, répondit le jeune homme avec l'un de ses faux sourires.

— En vérité, c'est bien plus compliqué que ça. Tu ne trouveras jamais tout ce que tu veux si désespérément savoir dans les livres. Seule l'expérience peut t'apporter ce genre de compétence.

— Tu n'es pas la première à me dire ça. Ino-san a aussi insisté sur ce point et Chôji-san est d'accord avec elle.

— Tu devrais les écouter. Ils sont tous les deux très intelligents et très bien intégrés dans la société de Konoha.

— Tout comme toi ?

— Tout comme moi. Bon, Akina-san m'envoie te demander de nous préparer du thé et de passer la commande pour le repas de midi.

— Tiens, elle a du retard par rapport à d'habitude. Est-ce que tu la perturbes, Hitomi-chan ?

— Si tu le dis. Tant que j'y suis, tu peux me dire où sont les toilettes ?

— Au fond du couloir d'où tu viens. C'est une proposition ?

Elle éclata de rire en rejetant la tête en arrière, bien consciente du regard involontaire que Sai posa sur sa gorge révélée. Qu'avait-elle donc éveillé ?

— Oh, Sai-kun, si je voulais te proposer ce genre de choses, on ferait ça dans un endroit un minimum confortable.

— Le dortoir du département est confortable.

— Et aussi privé que la Place du Marché. Sois patient, Sai-kun. Si je décide que je n'ai pas envie de t'égorger finalement, tu seras le premier informé.

Elle salua le jeune homme perplexe d'un baiser soufflé dans l'air et tourna les talons, accentuant volontairement le doux balancement de ses hanches. Ino avait manifestement déjà bien entamé le travail colossal que nécessitaient les émotions de Sai, mais cela ne la dérangeait absolument pas de contribuer à son tour.

Surtout si ça impliquait de le faire tourner en bourrique comme ça.