Comme d'habitude, rien n'est de moi sauf les OC... Le blabla habituel, quoi.
Leçons de langue
Le Commun (ou westerosi, comme les Volantains l'appelaient aussi) était, d'après certains érudits, un croisement entre la langue des Andals et celle des Premiers Hommes. Ce fait, Talisa n'était pas en mesure de le vérifier. Tout ce qu'elle pouvait affirmer, c'était que cette langue était bien différente du valyrien et du rhoynar dans sa grammaire, son vocabulaire et son intonation. Elle passait des heures à réviser les phrases que Nausicaa lui avait apprises au cours de leur séjour à Volantis, faisant passer à la trappe ses autres activités. Madame Bahel était très mécontente qu'elle ne pratique pas sa harpe. « Vous stagnez. » lui reprochait-elle. Talisa lui donnait raison, mais la musique lui était bien secondaire aux côtés de l'apprentissage des soins et du Commun.
N'arrivant plus à apprendre en autodidacte, elle avait fini par insister auprès de son père pour qu'il lui paie un professeur de Commun. Comprenant qu'elle ne renoncerait pas, il avait accepté (après tout, ça pourrait lui être utile) et lui avait trouvé le meilleur enseignant de cette langue qui soit : un natif de Westeros. C'était un de ces bâtards westerosi qui portent des noms d'élément naturel comme neige, sable, fleurs, rivières, etc. Lui s'appelait Olyvar Sand et était originaire de Dorne. Il avait une petite quarantaine d'années. De sa mère d'ascendance Andal, il avait hérité une tignasse blonde et des yeux bleus. De son père, d'origine rhoynar, il tenait son teint hâlé. Il s'était exilé en Essos pour y faire fortune. Sa naissance lui avait rapidement valu de donner des cours de langue aux enfants de grandes familles des Cités Libres. Talisa l'avait tout de suite apprécié car son érudition n'avait d'égale que son amabilité.
Avec lui comme précepteur, elle ne tarda pas à grandement à améliorer sa pratique du Commun. Le plus difficile pour elle fut l'accentuation des mots. Elle avait du mal avec les sonorités de la langue, bien différentes de celles du valyrien ou du rhoynar, et le débit des phrases était lui aussi tout autre, mais elle persévéra jusqu'à avoir le bon ton. Après tout, elle était déterminée à maîtriser parfaitement cet idiome et elle n'allait pas renoncer à la moindre difficulté. Maître Olyvar la reprenait toujours avec gentillesse quand elle faisait une faute, que ce soit une erreur de vocabulaire ou une mauvaise intonation. Talisa prenait vraiment du plaisir à travailler avec lui et il ne lui donnait qu'envie de se perfectionner.
Au cours de leurs leçons, elle lui posait de nombreuses questions au sujet de son continent d'origine, questions auxquelles il s'efforçait de donner les réponses les plus précises possible. Parfois ces questions étaient bien naïves comme la fois où elle lui avait demandé : « Est-ce vrai ce que l'on dit, que dans le Nord les gens peuvent contrôler des loups et que les arbres leur parlent ? » Maître Olyvar avait ri et elle s'était sentie un peu stupide. Elle avait lu cela dans un livre et ne l'avait pas vu comme une aberration. « Bien sûr que non, avait-il dit. Qu'est-ce que vous imaginez ? Ce qui est vrai, en revanche, c'est qu'il prie leurs dieux, les Anciens Dieux, au pied d'arbres blancs aux feuilles et à la sève rouge sang appelés barrals dans les troncs desquels sont taillés des visages. »
Mais plus que le Nord, la région qui l'intéressait particulièrement, c'était Dorne. Elle se sentait un lien avec elle plus fort qu'avec n'importe quelle autre parce que les descendants des Rhoynars y vivaient. Des gens avec qui elle partageaient le même sang. Bien qu'il ait quitté son pays vingt ans plus tôt, Maître Olyvar ne tarissait pas d'informations à son sujet. Il lui parlait de ses coutumes à part qui lui plaisaient bien. Les Dorniens étaient libres d'aimer qui ils voulaient et les enfants nés hors mariage, contrairement au reste de Westeros, n'étaient pas montrés du doigts, car fruit de l'amour que, comme leurs ancêtres, ils vénéraient. - Talisa ne comprenait d'ailleurs pas ce mépris ; à Volantis, de nombreux archontes abritaient chez eux leurs concubines et leur progéniture et ces enfants étaient élevés au même titre que leurs frères et sœurs légitimes. Et surtout, là-bas, les filles étaient considérées au même titre que les garçons et pouvaient hériter de titres et de terres ; à Volantis, leur principal rôle était de se marier et d'enfanter. Quand elle habiterait Westeros, Talisa vivrait à Dorne... du moins était-ce ce qu'elle se disait. Les dieux, joueurs, lui réservaient un autre avenir...
Lorsque Nausicaa venait lui rendre visite ou vice-versa, elles s'amusaient à parler en Commun. C'était devenu un jeu, un bon moyen de se raconter des secrets. Ça rendait Léandro fou parce que, n'en comprenant pas un mot, il se sentait exclu. ll avait fini par demander lui aussi à prendre des cours avec elle. Leur père avait cédé à son caprice. Talisa n'en avait pas été très contente : elle aimait avoir Maître Olyvar pour elle toute seule et Léandro la gênerait sûrement dans sa progression, et puis ça lui plaisait de se distinguer des autres membres de sa famille en étant la seule à connaître le westerosi. Elle avait d'abord tenté de négocier avec ses parents pour qu'ils trouvent un autre professeur à son frère, puis elle avait trouvé son comportement bien petit et puéril et avait accepté de partager le sien avec lui. Tu as failli le perdre, Talisa, ne l'oublie pas, l'avait réprimandé sa conscience. En se rappelant cela, l'adolescente eut honte d'avoir eu une conduite aussi égoïste.
Les leçons avec son frère se passèrent très bien. Elle avait craint qu'il ne la déconcentre mais elle s'était lourdement trompée à ce sujet. Léandro se montrait un bon élève, curieux, attentif et appliqué. Finalement, elle était ravie de partager ces moments avec lui. Maître Olyvar comptait sur elle pour l'aider et elle prenait cette mission à cœur. En l'espace de quelques semaines, Léandro avait fini par devenir presque aussi doué qu'elle. En celui d'à peine trois mois, il l'avait dépassée. Il avait plus de facilité qu'elle à reproduire les accents étrangers. Cela, elle avait pu le constater depuis longtemps, lorsqu'ils parlaient parfois rhoynar avec leur mère : tandis qu'elle le parlait avec un accent valyrien prononcé, le sien s'entendait très peu. Si, d'un certain côté, elle était embêtée qu'il soit meilleur qu'elle dans ce domaine, Talisa cependant connaissait son frère et savait qu'il avait tendance à se reposer sur ses lauriers. Du coup, elle avait décidé de ne pas s'en faire et de travailler d'arrache-pied. Tant et si bien qu'elle avait vite réussi à avoir une prononciation aussi bonne que celle de Léandro. Ce dernier, qui aimait être en tête et n'avait pas l'intention de se faire voler sa place par sa grande sœur, avait étonnamment redoublé d'efforts. C'était devenu une compétition entre eux, une sorte de jeu. Et ça ne s'était pas limité à la phonétique, tous les aspects y passaient : grammaire, syntaxe, vocabulaire... Maître Olyvar était fier d'eux, de leur volonté. « Je gage que, d'ici la fin de l'année, vous parlerez le Commun aussi bien que des natifs. » leur assurait-il.
À la fin de l'année, en effet, leur maîtrise de la langue occidentale était devenue presque parfaite. Bon, ils ne la parlaient sans doute pas comme des natifs, mais on n'en était tout de même pas loin. Leur père se plaignait qu'ils mettent plus d'efforts à apprendre une "langue de barbares" que l'ancien valyrien, la "langue de la civilisation", l'ancêtre du haut-valyrien; « L'ancien valyrien est une langue morte. » lui répliquaient-ils. Leur mère, pour sa part, constatant leur goût nouveau pour les langues, s'était mise à converser avec eux uniquement en rhoynar. Bien sûr, le sien en était une forme bâtarde, mâtinée de valyrien, parlée par la communauté rhoynar de Volantis, pas la forme ancestrale parlée par leurs ancêtres. On la surnommait "néo-rhoynar" ou "bas-rhoynar", le rhoynard standard étant qualifié de "haut-rhoynar". Bref, c'était la même chose que pour le valyrien. À Volantis, fierté oblige, on parlait le haut-valyrien ; mais dans les autres cités libres, on en parlait différentes variantes regroupées sous le terme de "bas-valyrien".
Pour s'amuser, Léandro et elle, quand ils discutaient, jonglaient entre les trois langues. Tantôt, ils utilisaient le valyrien, tantôt le rhoynar, tantôt le Commun. Ça rendait leurs parents fous. Leur père particulièrement. Il regrettait à présent le jour où il avait accepté de leur donner un professeur de Commun. Aeso Maegyr n'avait jamais eu d'attirance pour les langues étrangères - après tout, les gens devraient tous savoir parler valyrien, n'est-ce pas ? Mais il entreprit de tourner la situation à son avantage. Il menaça ses enfants de renvoyer Olyvar Sand (avaient-ils encore besoin de lui, après tout ?) s'ils ne s'attelaient pas à l'apprentissage poussé de l'ancien valyrien. Apeurés à l'idée de perdre leur professeur préféré, Talisa et Léandro acceptèrent le marché. Aeso choisit pour la tâche un homme du nom de Velyano Telgaris. C'était un vieil homme sec, à la peau fripée et aux doigts maigres auquel Talisa donnait bien quatre-vingts ans, peut-être plus. Léandro lui avait glissé qu'il paraissait presque aussi vieux que la langue qu'il enseignait. Il semblait aussi amical que Sargon et aussi dynamique qu'un vieux parchemin poussiéreux, et ses yeux indigo se plissaient continuellement pour mieux voir. Elles allaient vraiment être drôles, les leçons avec lui !
Chapitre plus court que les précédents mais qui, je l'espère, vous plaira aussi. N'hésitez à me faire part des erreurs ou des incohérences que vous trouverez. Je ne suis pas forcément le canon en tout, quelquefois, j'invente ou je spécule.
