Mettre les voiles.

Une nouvelle, apprise quelques semaines plus tôt, avait réjoui toute sa famille. Dans quelques jours, un événement de grande importance aurait lieu. Son oncle allait se fiancer. Après presque quarante ans de célibat, Horasto Maegyr avait enfin trouvé une femme.

Ou plus exactement, la lui avait-on trouvée. Elle était la veuve d'un de ses plus proches amis, avait-elle entendu dire. Ce dernier, foudroyé par un mal incurable, avait, sur son lit de mort, demandé à son oncle de prendre sa femme pour épouse. La coutume aurait voulu que sa femme aille à l'un de ses jeunes frères mais il n'en avait pas et Horasto en était un pour lui. En ami loyal, son oncle avait accepté et le voilà donc prêt à se fiancer dans moins d'une semaine à cette dénommée Danella.

Deux jours avant le départ, la maison était affairée comme jamais. On aurait juré que c'étaient eux qui recevaient. Sa mère n'en démordait pas, assister à un tel événement demandait de grands préparatifs. Il était impératif de s'y montrer sur son meilleur jour. Comme à son habitude, elle menait les opérations. Elle avait listé tout ce qui leur serait nécessaire d'emporter, s'assurant que les domestiques n'oublient rien ni qu'ils ne prennent quoi que ce soit d'inutile ni de trop incombrant. Tout devait tenir dans leur carriole, tous leurs bijoux devaient être polis et leurs habits et souliers en bon état. Dès que la lettre leur avait été parvenue, elle était allée commander deux vases et deux plats en or qu'ils offriraient aux fiancés auprès du meilleur orfèvre de la ville et de nouvelles tenues pour tout le monde auprès de leur couturière habituelle.

Talisa, quant à elle, avait d'autres plans en tête. Ces fiançailles lui offraient enfin l'occasion qu'elle attendait pour partir.

À Volantis, il était plus pratique de prendre un bateau qu'à Selhorys. Elle se glisserait hors de la propriété de son oncle à l'aube suivant la fête et rejoindrait le port. C'était risqué, elle s'en doutait, mais elle était trop déterminée à s'en aller pour faire preuve de prudence. Elle avait écrit une lettre à ses parents, une à son frère, une autre à Nausicaa et une dernière à l'attention de son oncle. Elle avait envisagé d'en écrire une à Sargon pour le remercier, mais elle avait finalement décidé le faire de vive voix quand elle serait là-bas. Ils partaient pour Volantis dans quatre jours.

Elle espérait que sa famille ne la juge pas, qu'elle ne soit pas fâchée contre elle. Nausicaa ne le serait pas, elle le savait. Depuis le début, elle la soutenait. Ses parents, qu'elle n'avait jamais mis au courant de ce projet, seraient certainement attristés par son départ, mais peut-être qu'avec le temps ils comprendraient. Elle n'avait pas l'intention de leur faire du mal, mais elle ne pouvait tout simplement plus rester. Même pas pour le mariage de son oncle dans trois mois.

On frappa à la porte de la chambre. C'était leur couturière et une de ses assistantes accompagnées de sa mère. Les deux premières portaient la robe crème qu'elle allait devoir essayer. C'était une robe en coton aux manches vaporeuses avec des oiseaux brodés au fil d'or sur le bustier. Elle laissait les épaules dénudées et était agrémentée d'une ceinture dorée. La couturière avait passé ces derniers semaines à la confectionner, prenant toutes ses mensurations avec soin, réalisant tous les ajustements nécessaires. Sa mère avait longuement discuté avec cette femme de l'habit qu'elle aimerait la voir porter. Comme toujours Lyria avait suivi le travail de près, se rendant régulièrement à l'atelier pour s'assurer que tout soit bien fait. Talisa, pour sa part, se moquait éperdument de porter des belles robes neuves. Elle se sentait engoncée dedans. Elle préférait ses vieilles tenues usées, au moins lui permettaient-elle de se tâcher librement.

« Elle te va à ravir » lui affirma sa mère en l'observant. Des servantes vinrent placer un miroir devant elle. La robe était, elle devait l'admettre, très réussie. Elle n'était pas aussi clinquante qu'elle l'avait craint. Les broderies étaient fines et l'or donnait au vêtement un aspect superbe sans le rendre tape-à-l'œil. Elle avait presque l'impression d'être une reine dedans. Presque. Il ne lui manquait que la couronne pour se sentir pleinement comme une. Elle essaya de s'imaginer avec une sur la tête et se mit à pouffer. Une reine ? Et pourquoi pas une impératrice ? À quoi se mettait-elle à penser, franchement ? Comme si elle allait en devenir une ! Elle ne le souhaitait même pas. Elle était faite pour soigner des malades et des blessés, pas pour épouser un roi. « Elle est très belle. Vous avez fait un excellent travail. » complimenta-t-elle la couturière. Cette dernière s'inclina humblement pour masquer le rouge qui lui était monté aux joues. « Ça a été un honneur, mademoiselle. » lui certifia-t-elle. Talisa esquissa un sourire.

Sa mère plaça une bourse dans la paume de l'artisane. Celle-ci la glissa dans sa poche, s'inclina et repartit suivie de son assistante. « C'était assez cher, mais le résultat en vaut bien le prix, commenta sa mère. Maintenant, ôte-la. Il faut la mettre en lieu sûr, qu'elle ne se froisse pas. » Elle appela Oria. Sa nourrice accourut aussitôt. « Veux-tu bien aider ma fille à enlever cette robe, lui demanda-t-elle. Et veille à ce qu'elle soit bien rangée, je te prie. » Pour retirer le vêtement, il fallait défaire plusieurs petits crochets dans le dos. Une fois ceci retirés, la robe s'enlevait facilement. Pendant qu'Oria s'appliquait à la plier et à la ranger soigneusement dans le grand coffre, Talisa remettait sa vieille robe. Le contact du tissu familier était si bon. L'autre était certes magnifique mais c'était dans celle-ci qu'elle se sentait le mieux.


Les domestiques plaçaient les derniers bagages dans le grand coffre attaché à l'arrière du véhicule. D'autres, plus petits, étaient rangés à l'intérieur des banquettes creuses. Un coffre contenait les cadeaux de fiançailles. Le départ était imminent.

Ne les ayant jamais célébrées, ses parents n'avaient jamais reçus de cadeaux de fiançailles. Pas plus que de mariage, d'ailleurs, si ce n'est un candélabre en argent de la part d'oncle Horasto - candélabre qui trônait toujours sur la table de la salle à manger. Mais c'était une coutume à laquelle ils se pliaient. Ses parents l'avait suivie pour oncle Malaquo, alors il allait encore plus de soi qu'ils le fassent pour oncle Horasto.

Horasto et Aeso avaient toujours été des frères-amis. Proches en âge, ils l'étaient aussi dans leur relation. Enfants, ils faisaient les quatre cent coups ensemble et n'étaient que rarement l'un sans l'autre. Ils s'entendaient sur tout et s'amusaient des mêmes choses. Ils se soutenaient en tout. Lorsqu'Aeso avait épousé Lyria, Horasto avait été le seul à ne pas lui tourner le dos, d'abord en lui payant le loyer d'un petit appartement à Volantis, puis en les hébergeant, sa femme enceinte et lui. Malaquo, quant à lui, n'avait recommencé à lui parler qu'après le décès de leur père. À cette époque, Talisa n'avait qu'un an. Elle n'avait donc plus de souvenirs de ces années difficiles où ils n'avaient pas de vrai chez-eux. Elle ne se rappelait pas d'être née à Volantis, dans une chambre de la villa de son oncle. Elle ne se souvenait que de la maison à Selhorys.

Talisa était contente pour son oncle, même si lui aurait sans doute préféré rester célibataire jusqu'à la fin de ses jours. Le célibat voulu de son oncle était quelque chose qui avait beaucoup fâché son grand-père. Son père disait qu'il ne lui avait jamais pardonné d'avoir toujours refusé de se marier et d'avoir évincé toutes les prétendantes qu'il lui avait présentées. Horasto était épris de liberté. Il aimait les femmes mais s'attacher à une seule lui était inconcevable. Il allait se marier avec Danella par respect pour son ami décédé, pas par goût nouvellement trouvé pour le mariage. Elle avait deux filles encore petites, avait-elle appris. Son oncle allait non seulement se retrouver marié mais aussi père en une fois. Ça ne le dérangeait vraisemblablement pas, il avait toujours beaucoup aimé les enfants.

Après une halte dans un relais pour se restaurer et faire boire et manger leurs montures, ils arrivèrent aux portes de Volantis. Comme toujours, la ville basse était envahie par la cohue. Des marchands ambulants, les bras recouverts de rubans et de breloques, haranguaient les passants. Les esclaves des forges frappaient le métal rougeoyant à grands coups de marteaux. Des jeunes femmes fardées à outrance sautaient sur les hommes seuls pour leur offrir un instant de plaisir. Des commerçants de tous types invitaient les promeneurs à regarder et à acheter leurs marchandises. Et comme les autres fois où ils s'y étaient rendus, leur cocher s'énervait contre la foule qui bloquait le passage. En somme, c'était une journée ordinaire dans la grande cité.

Oncle Horasto les attendait aux portes de sa villa. Il avait l'air rayonnant. Il paraissait certainement plus joyeux qu'elle ne l'aurait imaginé. Sans doute, Danella était-elle vraiment à son goût. « Cher frère, chère belle-sœur, mes chers nièce et neveu, les salua-t-il. Soyez tous les bienvenus. Je suis heureux de vous avoir ici.

- Merci pour ton accueil, mon frère. Pourrions-nous aller nous rafraichir. La route nous a un peu éreintés.

- Bien sûr, vos chambres sont prêtes. Boro, va vous y conduire. » Boro était l'un des esclaves de son oncle et son valet attitré. Grand gaillard à la peau brune, il venait apparemment des Îles d'Été mais on en était pas tout à fait sûr. Lui-même ignorait son pays de naissance. Talisa l'avait rencontré lors de son dernier séjour chez son oncle mais, comme il avait suivi Horasto chez l'ami d'oncle Malaquo, leur rencontre avait été brève. Honnête et rigoureux, son oncle lui vouait une confiance absolue et il était pour lui plus un homme de main et un confident qu'un esclave.

Une fois installée dans sa chambre - la même que la dernière fois- et ses affaires rangées, elle se changea aidée par Oria. Sa vieille robe de voyage était couverte de poussière et avait besoin d'être lavée. Sa nourrice lui proposa une robe ocre toute simple aux manches étroites et au décolleté carré.

Une fois habillée, elle descendit dans la cour. La fontaine n'avait pas changé, mais les fleurs n'étaient plus les mêmes. Son oncle en avait fait planter de nouvelles. Celles d'avant, après avoir souffert de la canicule, avaient été achevées par les violents orages de ces derniers mois.

Oncle Malaquo, tante Nesella et ses cousins arrivèrent au moment où on allait servir le souper. Cela ne l'étonna guère. Malaquo Maegyr avait tendance à se faire attendre. Le soleil, déjà, se couchait colorant le ciel de teintes roses et orangées.

Talisa était réticente à l'idée de saluer ses cousins. Elle gardait toujours à l'esprit l'humiliation qu'ils lui avaient infligée huit ans plus tôt. Mais les années avaient passé depuis, ils n'étaient plus des garçons stupides et elle n'était plus une enfant vulnérable. Vahaquo et Marquelo avaient grandi, ils étaient des jeunes hommes à présent. Il était possible qu'ils aient changé. Malheureusement, cet air suffisant qu'ils avaient plus jeunes ne les avait pas quittés. Et chez Vahaquo, il était plus flagrant que jamais. Ils la saluèrent avec une froideur qui la fit frissonner, mais elle se ressaisit pour ne pas laisser son malaise transparaître. « Tu es très en beauté ce soir, cousine. » commença Vahaquo. Ses mots la complimentaient mais le ton avec lesquels il les avait prononcés était moqueur. La robe qu'elle portait ne justifiait par ailleurs pas un tel compliment. Elle attendit la suite. « La couleur de cette robe sied parfaitement à ton teint basané à défaut de l'éclaircir. » conclut-il. Elle s'y était attendue à cette remarque. « Je te remercie pour le compliment, cher cousin, dit-elle avec une légère révérence. Et je te le retourne. Cette tunique argentée te va à ravir. Son éclat compense ton manque de brillance intellectuelle. Dommage que tu ne l'aies pas gardée pour la cérémonie, elle aurait été ton seul moyen de briller devant les invités » Les oreilles de son cousin avaient viré au cramoisi, il serrait les poings assurément très en colère. Marquelo, lui, riait aux éclats. « Qui aurait cru un jour que notre timide cousine aurait un tel répondant ! » s'esclaffa-t-il. Il donna une grande claque dans le dos de son frère. « Allez ! Reprends-toi, Vahaquo ! C'était de bonne guerre. » Vahaquo fulminait toujours.

Le repas se passa sans heurts. Horasto leur décrivit sa future fiancée. Elle était d'après lui aussi aimable et douce que belle. Née dans la famille Qarlarys, gage d'une haute naissance, elle avait une petite vingtaine d'années. Ranar Atarys, son premier époux, avait été un de ses cousins issus-de germain. Ses filles étaient âgées de cinq et trois ans et étaient, aux dires de son oncle, des enfants farouches mais gentilles. Talisa préférait ne pas avoir plus de détails sur elles. Elle n'avait pas l'intention de les connaître, aussi adorables qu'elles soient. Si elle se mettait à s'attacher à d'autres personnes, elle ne partirait plus.

Au moment où elle s'apprêtait à entrer dans sa chambre, Marquelo l'interpela. « Qu'est-ce qu'il y a ? lui demanda-t-elle.

- Je voulais te dire que je tenais à m'excuser.

- Ah... Pourquoi ?

- Pour mon comportement autrefois. Pour avoir été odieux avec toi quand nous étions enfants. J'étais idiot.

- Oui. Tu l'étais.

- Notre père nous disait que ta mère était une sorcière. Que ton père l'avait épousée parce qu'elle l'avait envoûté. » Talisa hésita entre le rire et la colère. Marquelo et son frère lui avaient souvent fait cette remarque mais elle avait toujours pensé que cette idée venait de leurs esprits tordus, pas de leur père en personne. Et après avoir tenu de tels propos sur sa mère, il lui faisait maintenant des politesses ! Son hypocrisie lui donnait envie de vomir. Après un sec "bonne nuit" à son cousin et sans un autre regard pour lui, elle claqua la porte derrière elle.

Si ça n'avait tenu qu'à elle, elle serait partie ce soir même. Mais ne voulant pas gâcher la fête de son oncle, elle préférait rester. Cela lui donnait par ailleurs une journée supplémentaire pour préparer son "évasion".

Les fiançailles eurent lieu en début d'après-midi. Danella était une jolie femme, toute menue. Elle paraissait fragile et délicate. Talisa devait bien mesurer six pouces de plus qu'elle. Elle semblait se perdre dans le tissu de sa robe tant il l'enveloppait.

Les invités étaient arrivés le matin. Elle en avait compté une soixantaine, parmi lesquels les parents de Nausicaa. Certains étaient de la famille de Danella. Quelques-uns étaient davantage des collaborateurs ou des partisans d'oncle Malaquo que des amis d'oncle Horasto. Malaquo n'avait jamais réussi à ne pas mêler politique à quoi ce soit. L'un d'eux avait parqué sa chaise à porteurs en-dessous d'un arbre. La branche de ce dernier était d'habitude trop haute pour qu'elle puisse l'atteindre mais peut-être qu'en grimpant sur la cabine, elle pourrait y parvenir.

Elle était passée voir Sargon peu après l'aube. Il se montrait toujours aussi bourru que quelques années en arrière. Malgré ça, elle avait eu envie de l'embrasser. Il ne pouvait imaginer tout ce qu'il avait fait pour elle. Tout ce qu'il allait encore faire pour elle. Elle avait profité de cette visite pour lui demander de préparer avec lui une lotion cicatrisante. « Cela me fera penser à vous. Vous m'avez tellement appris. » Grommelant, il avait accepté. Au fond de lui, il était ravi qu'elle s'intéresse à son art. « Et notre médecin en manque. » Ça n'avait pas été un mensonge en soi, Damaro s'était plaint récemment de n'avoir pas assez de produit cicatrisant. En revanche, contrairement à ce qu'avait dû croire Sargon, ils ne la feraient pas pour lui.

La salle à manger n'avait sûrement jamais été aussi bruyante que lors du dîner. Elle profita de ce moment pour retourner dans sa chambre. Personne ne lui prêtait attention. Son oncle et son père étaient trop occupés à discuter avec Pameryon et sa mère s'entretenait avec Jalena et sa future belle-sœur. Oria ne se trouvait pas dans la chambre. Parfait ! Elle commença à préparer un sac d'affaires. Juste quelques habits, deux livres, le flacon de lotion, des bandes de tissu qui pourraient lui servir comme pansements et ses étrennes. Lorsqu'Oria entra dans la pièce, elle glissa le sac sous son lit. Le bal qui clôturait la journée allait commencer. Il lui fallait refaire sa toilette, se recoiffer et enfiler une nouvelle robe.

L'air agréable de cette nuit avait poussé les invités à danser dehors. Des lampions éclairaient la cour. Un orchestre jouait. Le vin coulait à flots, elle le refusa à chaque fois. Prétextant un mal de tête, elle remonta dans sa chambre. Elle ne dormit pas. Elle guettait le moment où la fête se terminerait et où les invités iraient se coucher. Une fois assurée que c'était le bon moment, elle se faufila hors de son lit. Elle alluma une lanterne, attrapa le sac en-dessous, enfila une vieille robe et ses chaussures, et se glissa hors de la pièce, son sac porté en bandoulière. Par chance, le couloir était désert. Elle avait emporté ses quatre lettres. Elle glissa chacune d'elle sous la chambre de son destinataire. Celle pour Nausicaa, elle la confiait à ses parents, ils la lui transmettraient. Un bruit, soudain, la mit en alerte. Elle se cacha derrière un rideau. C'était Boro qui partait se coucher. Quand il fut assez loin elle sortit de sa cachette et descendit les escaliers.

Elle passa l'étage où dormaient les domestiques sans encombres. Mais sortir de la villa allait être plus périlleux. Syresso Irnoris était de garde cette nuit avec deux autres hommes d'armes. Tapie dans un coin, Talisa attendait le bon moment pour rejoindre la chaise à porteurs. Quand elle y parvint enfin, elle ne s'était pas attendu à ce qu'un chien y soit attaché. L'animal dormait. Elle ne devait surtout pas faire de bruit. Elle lança son sac en haut de la chaise à porteurs, mais le son qu'il fit en y atterrissant réveilla l'animal. Il se mit à grogner. Vite, elle entreprit de grimper, poussant sur les bras pour se hisser. L'animal parvint à agripper le bas de sa robe. Elle se dégagea ; le tissu se déchira. Le chien aboya de plus belle. Les gardes seraient là d'un instant à l'autre avec tout ce raffut.

Elle avait réussi à monter dans l'arbre lorsqu'ils étaient arrivés. Elle s'était tenue immobile, dissimulée dans le feuillage épais, attendant qu'ils s'en aillent. Avec son sac, elle ne se déplaçait pas très rapidement. Elle n'avait jamais été férue d'escalade qui plus est. Dans ce domaine, Léandro la surpassait. « Il a dû voir un chat, suggéra l'un des collègues de Maître Irnoris. Il y en a pas mal dans le coin.

- Ce n'est pas un chat, intervint Maître Irnoris en apercevant le bout de tissu au pied du chien. Quelqu'un a dû s'introduire dans la villa en passant par les toits. Allez réveiller les autres gardes, il n'a pas pu aller bien loin. » Les deux collègues de Maître Irnoris partis, elle continua son ascension. Faire vite surtout ! Le Braavosi releva la tête. Il l'avait aperçue. « Quelqu'un ! Dans l'arbre ! » s'écria-t-il. Les gardes allaient l'encercler. Elle était piégée. Des esclaves, tirés du lit par le bruit, sortaient de la villa. Elle crut mourir lorsque la javeline de Maître Irnoris la manqua de peu, se plantant dans une branche au-dessus d'elle. Visiblement, il ne l'avait pas reconnue. Les hommes d'armes de son oncle arrivaient. Elle n'avait plus une seconde à perdre. Non sans difficultés, elle parvint à monter dans l'arbre voisin de l'autre côté du mur. Elle jeta un bref regard en-dessous d'elle. Son cœur battait à lui déchirer la poitrine. Oncle Horasto était avec eux accompagné de Boro, une lanterne à la main. Il la leva vers la cime de l'arbre. Dans la lumière, il la reconnut. Il prononça son nom avec stupeur. Sans lui répondre, elle descendit de l'arbre. Puis, elle se mit à courir avant qu'on ne la rattrape. Loin de la villa de son oncle. Hors de l'enceinte des murs noirs. Vers le port.

Il était temps pour elle de mettre les voiles.


Désolée, contrairement à ce que j'avais annoncé dans le chapitre précédent, Talisa n'atteindra pas Westeros avant le chapitre suivant, sinon celui-ci aurait été trop long. J'espère que vous n'êtes pas trop déçus.

Pensez à me donner vos avis. Quel OC appréciez-vous ? Lesquels détestez-vous ? L'attitude de Talisa vous parait-elle OOC ?