Comme d'habitude, rien ne m'appartient à part l'histoire et les OC. Stafford Lannister est le cousin et beau-frère de Tywin. Dans le canon, il a deux frères cadets non nommés. Mon OC Ethan Lannister est l'un d'eux. Dans cette histoire, il est le père d'Alton Lannister, un personnage apparaissant uniquement dans la série télé.

J'utilise aussi des personnages qui n'apparaissent que dans les livres comme Rolph Spicer (Rolph Lépicier en VF). Pour les noms des personnages, j'ai préféré gardé la VO. Pour les noms des villes, je garde la traduction française.

Bonne lecture !


De port en port.

Passer les murs noirs pour aller dans la ville basse n'était pas chose aisée. À cette heure, les portes en étaient bien gardées. Et il était certain que son oncle avait lancé ses hommes à sa recherche. Elle devait faire vite. Mais quelle solution s'offrait à elle ? L'aube pointait le bout de son nez. C'était l'heure où les esclaves quittaient l'enceinte de la citadelle pour se rendre au marché. Peut-être qu'en se mêlant à eux, elle arriverait à sortir. Personne ne prêtait attention aux esclaves qui passaient les portes chaque matin. Elle aperçut un groupe de femmes et, discrètement, se joignit à elles. Pour une fois, elle se réjouissait de son teint mat, il lui donnait l'apparence d'une simple servante et la robe qu'elle portait en ce moment n'avait rien de celles qu'une aristocrate porterait habituellement. Il lui manquait cependant le collier de fer typique pour pouvoir vraiment faire illusion mais, cachée au milieu des femmes, elle avait peut-être une chance de passer inaperçue. Les gardes jetèrent un simple regard au groupe, sans se préoccuper d'elle. Elle souffla un grand coup et attendit que les gardes regardent ailleurs, alertés par des appels, pour s'enfuir. Elle ne savait que trop bien à qui appartenaient les voix, à son père et à son oncle. C'était elle qu'ils appelaient.

La cohue de la ville basse de Volantis, qui agaçait tant leur cocher, lui offrait à présent une excellente cachette. Dans la foule bigarrée des bas quartiers, elle était invisible. Les gens devaient la prendre pour une simple Rhoynar et encore une fois elle en remerciait son apparence. Feignant de flâner au milieu des étals et boutiques divers, elle se dirigeait pas à pas vers le port.

Lorsqu'elle huma l'air marin, son visage se para d'un immense sourire. Enfin ! Maintenant, il lui fallait trouver un navire. Le port en était rempli, de toutes tailles et de toutes provenances. Des Îles d'Été comme de la Baie aux Serfs, de Braavos et de Lys, de Westeros aussi. Elle en remarqua un qui avait bien l'air d'une nef westerosi. Elle s'approcha, sortit sa bourse et recompta ses pièces. En aurait-elle assez pour la traversée ? Elle n'avait aucune idée du prix du trajet. « Où vous allez, mamzelle ? ». Elle sursauta, manquant de lâcher son argent. Un marin venait de la héler, un homme râblé, au cheveu rare et à la dentition mauvaise. Il parlait le bas-valyrien avec un drôle d'accent. « Je… oui, je voudrais aller à Westeros…

- Où à Westeros ? C'est qu' c'est grand, Westeros…

- Où va ce navire ? lui demanda-t-elle.

- Çui-là ? Il s' rend aux Terres de l'Ouest, au ponant de Westeros.

- J'aimerais y monter...

- Hep ! la coupa-t-il. On y monte pas comme ça ! C'est un navire privé, çui-là ! Il appartient au Seigneur Stafford Lannister, gouverneur de Port-Lannis. Le seigneur Ethan Lannister, son frère, en est l' commandant. Ah, bah, en parlant d' lui, le voilà ! » Il pointa alors le doigt en direction d'un homme aux cheveux blonds, assez grand et au port altier. « Lord Lannister ! » l'appela le marin dans sa langue natale, le Commun. Le seigneur westerosi s'approcha d'eux. « Qu'y a-t-il, Tob ? » De près, Talisa pouvait voir son nez aquilin, sa bouche aux lèves fines, le collier de barbe encadrant sa mâchoire carrée et ses yeux verts. Il ressemblait beaucoup aux seigneurs des Terres de l'Ouest dont elle avait vu des dessins dans ses livres. « Cette jeune femme aimerait monter à bord d' vot' navire, m' seigneur.

- Ah bon ? Et puis-je savoir à qui ai-je l'honneur ? » s'enquit-il. Il parlait le valyrien avec hésitation et un accent à couper au couteau. « Je m'appelle Talisa, seigneur. Je suis apprentie dans l'art de la médecine et aimerait approfondir mes connaissances à Westeros. » Elle avait parlé en westerosi. Le seigneur Ethan paraissait surpris de la facilité avec laquelle elle parlait sa langue. Sûrement, l'avait-il prise pour une fille de modeste extraction. Sûrement pas une qui aurait appris une langue étrangère. « La médecine, dites-vous ? Mmm… je pense que quelqu'un comme vous ne sera pas de trop à bord. Le mestre se plaint de manquer d'aide.

- Le mestre ? Qui est-ce ?

- Un homme de sciences, à la fois le chirurgien du Lady Marla et mon conseiller. Si vous êtes prête à travailler avec lui, alors je vous accepte à bord.

- J'y consens, messire.

- J'attends de vous, bien entendu, une attitude irréprochable. Ce navire est la propriété de mon frère, Lord Stafford, et il ne sera pas dit que j'y ai accueilli une fille de mauvaise vie. » Talisa écarquilla les yeux, choquée et vexée par sa remarque. Pouvait-il la confondre avec une prostituée ? Rien dans sa tenue ne pouvait le laisser penser. Elle n'avait même pas de larme tatouée au bord de l'œil. Puis, elle se rappela que Westeros n'avait sans doute pas le même type de prostituées que Volantis et elle reprit sa contenance.

« Vous m'insultez, messire, lui dit-elle en s'inclinant légèrement, la voix calme. Je ne suis pas femme à marin. Et cela me blesserait de nuire à votre réputation comme à celle de votre frère.

- Parfait ! Bienvenue à bord du Lady Marla, Lady Talisa.

- Talisa suffira, messire. Je ne pense pas être...» Trop tard ! Il s'était déjà éloigné.

Lady. C'était le titre que ces Occidentaux donnaient aux femmes de haute naissance. Ethan Lannister n'était pas un obtus, il avait bien remarqué à sa façon de s'adresser à lui qu'elle était une noble. Heureusement, il n'avait pas cherché à la questionner davantage. Elle devrait faire plus attention la prochaine fois.


Ce n'était pas la première fois que Talisa monter sur un bateau. Elle avait déjà navigué sur la Volaena - sans compter la Rhoyne. Mais naviguer en mer était bien différent qu'en eau douce. Les premiers remous qu'elle expérimenta lui retournèrent l'estomac. Il lui fallut un peu de temps pour s'y accoutumer. Heureusement, la mer d'Été était calme en cette saison, lui laissant le temps de s'acclimater à ses mouvements.

Mestre Nicolaus était un homme âgé qui se déplaçait avec prudence, appuyé sur une canne. Il parlait d'une voix encore claire lorsqu'il ne marmonnait pas. Et il marmonnait beaucoup. Ses rouspétances continues lui rappelaient Sargon. En dehors de ça, il était parfaitement appréciable. Elle était ravie de pouvoir l'aider à prendre soin de l'équipage et il la traitait avec respect. Pas comme certains des membres qui ne se gênaient pas pour lui mettre la main aux fesses, comme s'il était une vulgaire fille de joie. Certains marins la regardaient avec méfiance, et même dégoût : une femme à bord, ça portait malheur, disait-on. Mais la plupart d'entre eux la laissaient tranquille. Après tout, elle était sous la protection de Lord Ethan et lui faire du mal leur vaudraient la colère de leur seigneur.

Parmi les hommes de haute lignée qui voyageaient sur le Lady Marla, il y avait Ser Rolph Spicer, héritier de la Maison Spicer et, si la rumeur disait vrai, petit-fils d'une sorcière d'Essos que les gens du coin appelaient Maggy la Grenouille. Cette maison était assez récente, fondée par un riche marchand d'épices anobli par feu le précédent Lord des Terres de l'Ouest. Au fil de leurs discussion, Mestre Nicolaus lui en apprenait toujours un peu plus sur leur destination, sur son histoire et ses coutumes. Elle en savait certes déjà beaucoup grâce à Maître Sand mais, étant Dornien, il était moins instruit sur les Terres de l'Ouest que le vieux mestre.

En repensant à lui, elle repensa en même temps à sa famille. Comment avait-elle pu les quitter comme ça ? Sa mère était certainement dans tous ses états. Et son oncle ? Elle avait gâché sa fête de fiançailles. Lui pardonnerait-il ? Elle devait y croire. Il était à présent trop tard pour faire marche arrière. Son destin était devant elle, de l'autre côté du Détroit.

Le navire ferait d'abord une escale à Lancehélion, capitale de Dorne (elle eut à nouveau une pensée pour Maître Olyvar) puis il longerait la côte sud de Westeros, s'arrêterait encore quelques temps à Villevieille pour ensuite remonter vers le nord sur la Mer du Crépuscule. D'après le mestre, ils devraient être arrivés à la fin de ce mois-ci ou au début du prochain. Et encore fallait-il prier que les vents restent aussi cléments.


Le climat de Dorne était sec. Ce fut la première chose que Talisa remarqua lorsque le Lady Marla accosta . La deuxième fut l'architecture atypique de la ville très influencée par le style rhoynar.

Pendant l'escale, elle eut l'occasion de se promener au milieu des bazars, accompagnée de Lord Rolph Spicer. Elle aurait préféré que Lord Ethan la chaperonne, ou Mestre Nicolaus,. Elle ne savait pas pourquoi, mais Lord Rolph la mettait mal à l'aise. Quelque chose dans sa façon de se tenir lui criait de ne pas lui faire confiance. Elle tenta de ne pas lui prêter attention. L'animation des bazars et les cris des colporteurs à travers les venelles de Lancehélion lui rappela Volantis et son Vieux Pont et, par la même occasion, sa famille. Elle s'efforça de se vider l'esprit ; ce n'était pas le moment d'y penser.

Il repartirent de Dorne le lendemain matin. Talisa avait passé la nuit sur le navire. Elle avait hésité un moment à rester à Lancehélion et partir ensuite à la recherche de Maître Sand, mais elle s'était ravisée. Pour l'instant, elle dépendait de la protection de Lord Ethan et elle ne voulait pas quitter tout de suit Mestre Nicolaus. Elle s'était attachée au vieil homme. De plus, elle ne retrouverait certainement pas facilement son ancien professeur.

De Villevieille, l'immense tour faisait la réputation. De son sommet, une flamme guidait les bateaux dans la nuit. Les Hightower, gouverneurs de la ville, lui devaient leur nom. Villevieille était aussi la cité du savoir, le lieu où se trouvait la Citadelle. C'était là, lui avait appris Mestre Nicolaus la veille de leur arrivée, que les apprentis mestres étaient instruits. Il en parlait avec nostalgie. Tellement de ses souvenirs devaient être liés à cet endroit ! « C'est le passé. C'est fini. » l'entendait-elle parfois marmonner lorsqu'il rendait compte qu'il se perdait dans son passé. Il lui faisait de la peine dans ces moments-là. Il lui rappelait elle-même lorsque lui la questionnait sur Volantis et sa province. Mais parler de Volantis, pour qui elle avait moins d'attachement, était plus facile que de parler de Selhorys. Et par chance, le vieux mestre ne s'intéressait pas à sa vie personnelle. Tout ce qui lui importait était de s'instruire davantage sur un endroit qu'il méconnaissait.

Après deux nuits passées dans une auberge, ils remirent les voiles au petit matin. Le but de leur voyage se rapprochait. Elle avait hâte.


Dites-moi si ce chapitre vous a plu ou pas, s'il y a des points à améliorer.

Pour le prochain chapitre, on change de point de vue et on retourne à Volantis.

PS : Le nom du bateau vient de Marla Prester, mère de Stafford Lannister.

À bientôt