Comme d'habitude, l'univers n'est pas de moi. Seuls les OC m'appartiennent.


Laissés derrière

Lorsqu'il avait aperçu sa nièce en haut de l'arbre de l'autre côté de l'enceinte de sa maison, Horasto Maegyr avait d'abord cru qu'il avait trop forcé sur le vin. Il n'y avait aucune raison pour que Talisa se soit retrouvée perchée sur une branche. Puis il avait dû se rendre à l'évidence que ça avait bien été elle au milieu du feuillage et que son esprit enivré n'avait rien inventé. Immédiatement, il avait fait seller des chevaux en vitesse et s'était lancé à sa poursuite avec son frère et ses gens d'armes. Malheureusement, elle avait réussi à leur échapper d'abord en se cachant au milieu d'un groupe de femmes esclaves, ce qui lui avait permis de passer les sentinelles, puis dans la foule de la Ville Basse déjà active à cette heure très matinale.

Nul ne savait où elle était à présent. On craignait le pire. Lyria était affolée. Lorsque Aeso et lui étaient revenus, elle s'était précipitée vers son mari, lui demandant les yeux brillants d'espoir si Talisa était avec eux. Lorsqu'elle avait compris que non, elle s'était effondrée. « Il faut la retrouver. » répétait-elle en ce moment, la voix entrecoupée de sanglots. Ses les cheveux étaient encore défaits et elle portait sa robe de nuit. Son frère contenait sa colère contre sa fille et tentait désespérément de calmer sa femme en pleurs dans ses bras. « Elle va revenir, très vite. Ne t'inquiète pas. » lui promettait-il sans y croire lui-même. Probablement ne lui pardonnerait-il jamais d'avoir filé comme quelqu'un en faute.

Horasto, pour sa part, se sentait trahi et déçu. Sa nièce qu'il chérissait tant s'était en allée comme une voleuse, en pleine nuit, et sans un au revoir ni une explication. Elle avait, par cela, gâché sa fête de fiançailles. La joie de ce moment spécial avait laissé place à l'angoisse de ne pas la savoir saine et sauve. Elle avait gâché son rêve de la voir devenir un modèle et une alliée pour les filles de Danella. Il l'avait imaginée prendre les petites sous son aile et être à l'image d'une grande sœur pour elle. Il se sentait trahi parce qu'elle ne l'avait pas tenu au courant de son projet. Elle lui racontait tout lorsqu'elle était petite. Si elle lui avait fait part de son intention de partir, il aurait pu l'en dissuader et son frère et sa belle-sœur ne seraient pas dans un tel état. Mais avec des « si » on mettrait Volantis en bouteille et on ne pouvait pas modifier le passé.

Il décida de retourner à sa chambre pour se changer. Il portait encore sa tunique de nuit, un simple pantalon qu'il avait enfilé à la hâte et ses bottes de cavalier. En poussant la porte de ses appartements, son pied se posa sur quelque chose qu'il n'avait pas remarqué auparavant. C'était une feuille de papier pliée. Il se pencha et la ramassa. Elle était couverte de l'écriture de Talisa. Il s'assit sur son lit et commença à lire.

Mon cher oncle,

Si tu lis cette lettre aujourd'hui, c'est que je suis partie. Je suis désolée de te l'apprendre de cette manière et de ne t'avoir pas mis dans la confidence mais je sais que si je l'avais fait tu aurais cherché à me retenir ou tu l'aurais répété à Père car tu ne peux rien lui cacher.

Il émit un petit ricanement.

Je ne pouvais plus rester à Volantis. Je ne pouvais plus rester dans un endroit où des hommes sont la propriété d'autres. Je ne pouvais accepter que mon destin soit de devenir une épouse obéissante. J'ai décidé de prendre ma destinée en main et de partir pour Westeros. Là-bas, je compte persévérer dans l'art des soins et devenir infirmière.

Tu pensais sans doute que mon intérêt pour la médecine n'était qu'une passade, ce ne l'était pas. Sais-tu qui m'a fait comprendre que ma vie serait tournée vers les blessés et les souffrants ? Un esclave. Un esclave auquel tu dois la vie de ton neveu.

Le reste de la lettre racontait l'accident qui s'était passé alors que Talisa et Léandro séjournaient chez lui. Son neveu s'était noyé. Syresso Irnoris l'en avait tenu au courant après le départ de son neveu et sa nièce. Son maître d'armes n'avait jamais pu lui cacher quoi que ce soit. « Les enfants ne voulaient pas que je vous en parle. » lui avait-il avoué. Horasto avait bien compris le message que cette phrase sous-entendait : il n'était pas censé être au courant et ne devait rien dire à son frère. Comme quoi, Talisa se trompait sur ce point : il était capable d'avoir des secrets pour Aeso.

Il reprit la lecture de la lettre.

J'imagine que tu dois certainement m'en vouloir de partir comme cela, en douce, sans un au revoir, mais je ne pouvais pas faire autrement ; si j'étais restée plus longtemps, je n'aurais jamais pu partir. Tu sais aussi que je n'aime pas les adieux. J'espère que tu pourras me pardonner.

Je te souhaite un mariage heureux avec Danella. Tu es un oncle merveilleux et je suis sûre que tu seras aussi un mari et un père fantastique. Tu me manqueras tous les jours.

Avec toute ma profonde affection,

Ta nièce, Talisa

Il déchira la lettre en quatre. Si sa nièce pensait qu'un bout de papier pouvait faire disparaitre sa colère et sa déception, elle se leurrait. Pour l'instant, il n'avait pas le cœur à lui pardonner.


Léandro s'était toujours douté que sa sœur s'en irait un jour à Westeros. Il connaissait sa fascination pour ce continent. Il n'avait simplement jamais deviné qu'elle comptait y vivre. Mais la lettre qu'elle lui avait laissée l'affirmait explicitement.

Elle voulait devenir infirmière. Elle disait que c'était grâce à lui, ou plus exactement à son accident, qu'elle avait compris quelle était sa destinée. Il n'était pas certain que leurs parents le remercient d'être la cause de son départ. Ils étaient dans tous leurs états. Leur mère pleurait et leur père clamait que Talisa n'était plus sa fille et qu'il ne voulait plus jamais entendre parler d'elle, ce qui avait pour effet de redoubler les pleurs de leur mère. Leur père était en réalité désemparé et triste lui aussi, il préférait seulement masquer ces sentiments derrière de la colère.

« Nous n'aurions jamais dû embaucher ce professeur westerosi ! » l'entendait répéter Léandro. Il mettait la fuite de Talisa sur le dos de Maître Olyvar. Pour lui, ce ne pouvait être que le Dornien qui avait corrompu l'esprit de sa sœur. Il aurait bien aimé le démentir mais, lorsqu'il était dans son état actuel, mieux valait ne pas contredire son père. Et Mère et lui avaient lu la lettre de Talisa pour eux, il savait donc parfaitement ce qui avait déclenché son départ. Il avait uniquement besoin d'un coupable et Maître Sand en était un tout trouvé.

Sa mère, pour sa part, s'en était prise à Oria, lui reprochant de ne pas avoir empêché Talisa de s'en aller. Elle n'était d'habitude pas du genre à blâmer ainsi leurs nourrices et elle savait, au fond d'elle, que la jeune femme n'était pas en faute, mais elle aussi avait besoin de quelqu'un sur qui déverser sa colère. La malheureuse Oria s'était confondue en excuses et avait juré qu'elle n'était au courant de rien.

Ils étaient restés chez Oncle Horasto plus longtemps que prévu. Sa mère avait insisté « au cas où Talisa reviendrait ». Ils avaient attendu sept jours, elle n'était pas revenue. Le matin du huitième, ils reprirent la route pour Selhorys. La carriole était affreusement silencieuse. Sa mère avait les yeux gonflés par les larmes. Oria et Zinira gardaient la tête baissée. Léandro s'occupa en regardant le paysage. Il se demandait où se trouvait sa sœur en ce moment. Avait-elle réussi à atteindre Westeros ? Parcourait-elle encore les mers ? Il y avait une seule question qu'il évitait de se poser. Il l'imaginait à Dorne ou au Bief, ces lieux qu'elle avait toujours rêvé de visiter. Elle leur écrirait, bientôt, il en était persuadé.


Nausicaa ne connaissait pas de plus grandes joies que de voir son fils se déplacer vaillamment sur ses petites jambes. Il avait fait ses premiers pas quelques semaines plus tôt et la vue de ceux-ci l'avait émerveillée. Maego était son rayon de soleil et l'amour de sa vie. Elle l'aimait plus qu'elle n'aimait ses parents, plus qu'elle n'aimait Jacaerys et plus qu'elle n'avait aimé (et aimait toujours) son beau-frère.

Son amant était reparti le mois dernier. Il avait mis fin à leur liaison. Il pensait que c'était mieux ainsi. « Je ne veux pas voir notre fils grandir tout en sachant qu'il ne pourra jamais me considérer comme son père. Je t'aime Nausicaa, mais je n'en peux plus de n'être officiellement que l'oncle de Maego. » lui avait-il avoué. Elle comprenait sa position, cela ne voulait pas dire que c' était facile à accepter. Elle savait qu'il se sentait à part de la vie de leur petit garçon depuis que celui-ci avait appelé pour la première fois son mari « papa ». Elle avait voulu le retenir ou lui demander de les emmener avec lui, Maego et elle, qu'ils forment une vraie famille, elle ne l'avait pas fait. Elle se doutait qu'il refuserait et elle ne voulait pas faire face à une autre déception. Elle n'était pas aussi courageuse que Talisa le croyait.

Son amie avait décidé de prendre son destin en main et d'embarquer pour Westeros. La dernière lettre qu'elle avait reçu d'elle datait d'il y a huit jours. Son oncle Horasto en personne était venu la déposer. Il l'avait saluée, lui avait tendu le papier, avait salué son époux et était reparti aussitôt. Elle n'avait même pas eu le temps de l'inviter prendre une collation Si elle n'avait pas été au courant depuis longtemps du projet de Talisa, elle aurait trouvé son attitude singulière. Il était d'ordinaire plutôt loquace et jovial mais le départ soudain de sa nièce le minait.

En le voyant, elle s'était sentie coupable de n'avoir jamais révélé à personne les intentions de son amie, mais Talisa lui avait fait promettre de garder le secret et elle était une personne de parole. Heureusement, elle ne l'avait encore jamais revu depuis ce jour. Elle n'avait pas non plus revu les parents de Talisa. Elle n'en était pas pressée ; elle ne saurait pas quelle attitude avoir en face d'eux. Elle craignait qu'ils ne lui demandent si elle savait et elle ignorait quelle réponse leur donner. Elle détesterait leur mentir – elle n'était de toute façon pas une bonne menteuse – mais elle ne pourrait leur avouer qu'elle savait depuis le début. Parole donnée ou non, ils lui en auraient voulu.

Pour chasser ces mauvaises pensées de son esprit, elle se concentra à nouveau sur son fils. Il voulait jouer avec leur chat, mais l'animal avait pris la fuite hors de la chambre. Il essayait à présent de le poursuivre en marchant aussi vite qu'il le pouvait. Sa nourrice le rattrapa avant qu'il ne quitte la pièce. Il rouspéta, pleurnichant et se débattant dans les bras de la jeune femme. Nausicaa vint le prendre dans les siens pour le calmer. « Et si nous allions dehors. » lui proposa-t-elle. Elle avait besoin d'air frais. Maego se mit à taper des mains, elle prit cela pour un oui.

Une fois dans le jardin, elle déposa Maego dans l'herbe, s'installa à l'ombre d'un arbre et ressortit la lettre de Talisa. Elle en parcourut à nouveau les mots, tout en jetant régulièrement un coup d'œil à son fils. Elle espérait la revoir un jour.


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