Quelques éléments repris aux livres dans ce chapitre.

Alton et Reginald Lannister sont des personnages de la série uniquement. S'il est précisé que ce deuxième est le cousin de Tywin, j'ai en revanche inventé son lien de parenté avec Stafford.

Comme d'habitude, je prends des libertés avec le matériel de base


Croixbœuf

Elle avait mis son honneur à la trappe. Elle avait accepté les termes de Lord Tywin. Juste pour éviter de rentrer chez elle, elle avait accepté de jouer les séductrices.

Si ces parents avaient pu l'entendre prononcer ces mots, quelle honte ça aurait été pour eux. Elle allait devoir charmer un jeune prétendant roi pour l'envoyer à sa perte. C'était ce qu'on demandait de faire aux prostituées d'habitude ! Elle ne pouvait pas. Elle n'y arriverait pas. Elle avait conclu un marché pourtant, et pas avec l'homme le plus magnanime de ce continent, lui disait son instinct.

Tout ça pour ne pas être renvoyée à Volantis !

D'après les derniers messages que le seigneur de l'ouest avait reçus le Jeune Loup combattait les troupes Lannister à proximité de Falaise dans le Nord des Terres de l'Ouest.

Falaise était le nom du fief de la maison Westerling, une famille noble désargentée, avait-elle appris de Mestre Nicolaus. Ils étaient apparentés à Rolph Spicer via Sybell Spicer, sœur de celui-ci et épouse du seigneur de cette maison. Talisa ne se rappelait plus exactement le nom de ce dernier. C'était quelque chose comme Gavin ou Guwen. Elle ne s'était pas vraiment intéressée à cette famille, à vrai dire. Le seul point qu'elle avait véritablement retenu sur elle, c'était que près de trois siècles plus tôt, l'une des filles, Jeyne, avait été l'une des six épouses du troisième roi Targaryen, Maegor, celui que l'on surnommait Maegor le Cruel.

Maegor. Le nom lui faisait penser à son nom de famille et au prénom du fils de Nausicaa. Elle se demanda comment ils allaient. À quoi ressemblait-il, ce petit ? Elle ne l'avait encore jamais vu.

Elle devait écrire à son amie, lui raconter son voyage. Cela faisait longtemps qu'elles n'avaient plus correspondu, presque un mois, sans compter la lettre d'adieu. Dès ce soir, elle s'attèlerait à l'écriture d'une nouvelle. Elle demanderait à Lord Stafford, qui avait accepté de l'héberger avant son départ pour Falaise aux aurores, qu'on lui apporte une plume et un parchemin. Elle voulait savoir comment allait la vie pour elle, si son beau-frère lui apportait toujours autant de joie. Lui parlerait-elle de son marché ? Non, elle lui conseillerait d'y renoncer et de rentrer, autant éviter le sujet.

Son hôte accèda à sa requête. À la lueur d'une lanterne, dans la chambre qu'il lui avait offerte pour la nuit, elle se mit à rédiger cette lettre. La première depuis qu'elle avait foulé le sol de Westeros.

Ma très chère Nausicaa.

Après tous ces jours de traversée et de haltes, me voilà enfin arrivée à Port-Lannis. C'est un sport splendide. Pas aussi grandiose que le port de Volantis, mais il n'a pas à en rougir. L'endroit est réputé pour l'abondance de ses mines et le travail de ses orfèvres est très prisé. J'essaierai de te rapporter un bijou de l'endroit si je peux.

J'ai rencontré le seigneur Tywin Lannister aujourd'hui. Je ne sais pas si tu as déjà entendu parler de lui, sans doute que oui. Il est à la tête de la maison Lannister, la famille qui gouverne les Terres de l'Ouest à Westeros. C'est un homme impressionnant, au faciès sévère. Je crois qu'il ne vaut mieux pas être son ennemi. Son cousin m'héberge chez lui en ce moment.

Au cours de mon voyage, j'ai pu visiter Dorne et Villevieille. La tour de cette dernière est encore plus superbe en vrai que sur les peintures. J'ai aussi beaucoup sympathisé avec le mestre à bord. Mestre, c'est ainsi que les Westerosi appellent leurs érudits. Grâce à lui, je connais encore plus de choses dans le domaine de la médecine. J'ai hâte de mettre toutes ces connaissances en pratique.

Mais assez parler de moi. Comment vas-tu ? Es-tu heureuse ? Comment vont ton fils et ton petit frère ? Et tes parents ? As-tu des nouvelles des miens depuis mon départ ? Quelle a été leur réaction, le sais-tu ? Est-ce que l'on t'a bien retransmis ma dernière missive ? Je sais, cela fait beaucoup de questions.

Tu me manques. J'ignore quand j'aurai l'occasion de te revoir, mais je suis sûre et certaine qu'elle arrivera.

Je te souhaite le meilleur.

Ton amie fidèle, Talisa.

Voilà, elle avait terminé, il ne lui restait plus qu'à envoyer sa lettre. Elle pourrait la confier à Lord Ethan ou à Mestre Nicolaus, ils sauraient comment la remette à sa destinataire.

Elle retira sa robe, enfila une chemise de nuit à la place, souffla la bougie et se glissa sous les draps. Elle s'endormit presqu'aussitôt après s'être couchée. Cela lui paraissait faire des mois qu'elle n'avait pas dormi dans un lit aussi douillet.


Le chant du coq au lever du soleil la réveilla. Le pauvre volatile semblait s'égosiller pour éveiller tout le domaine. Elle sortit du lit, ouvrit les volets et laissa la lumière matinale inonder la pièce. On frappa à la porte à cet instant. « Entrez ! » lança-t-elle. Une jeune femme ouvrit la porte. Elle n'était pas très grande avec des bras dodus ; elle avait les cheveux châtain clair frisés comme une toison et un visage constellé de taches de rousseur. Elle se présenta : « B'jour milady. J' suis Tanya. Lord Stafford m'a envoyée v's aider pour c' matin.

- C'est très aimable à lui, remerciez-le de ma part, mais je peux me préparer toute seule.

- Oh, milady, vous aurez pas l' temps de tout faire toute seule. Je peux préparer le nécessaire pour vot' toilette, si vous voulez.

- Si tu y tiens, c'est d'accord. » Talisa ôta sa chemise de nuit. Tanya versa de l'eau parfumée à la rose dans une coupelle, y trempa une éponge. La jeune métisse se saisit de celle-ci et commença à la frotter sur tout son corps.

Pendant ce temps, la servante posait sur le lit sa tenue pour le trajet. C'était une robe toute simple faites dans un tissu résistant et de couleur marron. Par-dessus, elle porterait une mante noire. Puis; la jeune femme plia dans la malle les vieilles robes qu'elle avait amenées de Volantis et un tablier blanc donné par Lord Stafford.

Une fois qu'elle fût habillée, Tanya natta ses cheveux. « Si j'peux me permettre, vous avez vraiment de jolis cheveux, milady.

- Tu trouves ? Merci.

- Pardonnez-moi d'être indiscrète mais vous venez d'où ?

- De Volantis. Est-ce que tu vois où c'est ?

- Non, milady. J'ai jamais quitté Port-Lannis. Le monde s'arrête là pour moi.

- C'est à l'est, de l'autre côté de la mer. C'est là d'où venaient vos anciens rois.

- Milady, faut pas parler d'eux, c'est interdit. C'étaient de mauvaises gens, ils s'adonnaient à de nombreux péchés. Ils s'épousaient entre frères et sœurs alors que les dieux l'interdisent ; c'est pour ça qu'ils les ont rendus fous, pour les punir.

- Tu l'as connu, le dernier roi Targaryen ?

- J'étais qu'une enfant lorsqu'il est mort. L'était plus fou que tous les autres, dit ma mère.

- Comment est-il mort ?

- Milady, faut pas poser cette question ici. L'est mort, c'est tant mieux. » Talisa n'insista pas plus. Visiblement ici, on souhaitait effacer le souvenir des descendants d'Aegon le Conquérant.

Enfin prête, elle remercia Tanya, prit la malle et sortit de la chambre. Postées devant la porte, des chambrières attendaient pour refaire le lit et préparer la pièce pour les prochains invités. Avant de rejoindre Lord Stafford, Talisa se mit à la recherche de Lord Ethan ou de Mestre Nicolaus.

Elle trouva le premier au détour d'un escalier. Il paraissait perdu dans ses pensées. Son visage était assombri par quelque triste pensée. Elle le salua d'une révérence. « Lord Ethan, puis-je vous confier quelque chose ?

- De quoi s'agit-il ? maugréa-t-il.

- Voilà, j'ai ici une lettre destinée à l'une de mes amies. Si vous pouviez la lui faire parvenir. Elle s'appelle Nausicaa Domo… Non, Ahraenor. Elle réside à Volantis chez son mari, à la villa Ahraenor. Si vous ne la trouvez pas, vous pourriez la confier à ses parents, Pameryon et Jalena Domophyr. Ils habitent à Volon Therys.

- Passez-moi votre lettre. J'essaierai de la transmettre à votre amie.

- Merci, Lord Ethan. Et merci pour tout ce que vous avez fait pour moi.

- Vous avez une dette envers la maison Lannister à présent, Lady Talisa, lui rappela-t-il d'un ton appuyé. Menez à bien votre mission, c'est tout ce que je vous souhaite. Adieu ! » Elle acquiesça. Oui, mener à bien la mission, elle n'avait pas le choix. Il n'y avait plus de retour en arrière possible.


Dans la cour, Lord Stafford et ses hommes l'attendaient. Elle grimpa dans un wagon tiré par des mules. Sept autres femmes y étaient déjà installées: deux sœurs du silence, le bas du visage recouvert d'un voile noir et cinq prostituées aux décolletés très subjectifs. Les deux religieuses jetaient des regards pleins de sous-entendus. Les cinq filles s'en moquaient éperdument, bavardant entre elles et riant aux éclats lorsque l'une sortait une plaisanterie.

Talisa ne comprenait pas tout ce qu'elles se racontaient. Elles parlèrent entre autres de la bêtise des hommes, de la guerre qui allait leur faire perdre beaucoup de clients, de sujets plus légers aussi. L'une d'elles, une blonde à la poitrine généreuse s'adressa à Talisa : « Hé, toi, t'es nouvelle ? Tu viens d'où.

- D'Essos. Je suis venue avec Lord Ethan.

- Entendez-vous ça ? Une Essossi. Lord Ethan nous cachait qu'il appréciait les femmes exotiques.

- Non, la reprit-elle, je ne suis pas une prostituée. Je travaillerai au camp en tant qu'infirmière.

- Ma chérie, dans un camp militaire, prostituée et infirmière, c'est un peu bonnet blanc et blanc bonnet. Ces rôles s'inversent souvent. D'ailleurs, toutes les deux prennent soin des soldats, n'est-ce pas ?

- Je ne suis pas une prostituée, s'énerva Talisa en la toisant. Je n'en serai jamais une.

- Pourquoi ? Tu te crois trop bien pour ce métier ?

- Tu ne sais pas qui je suis. Je suis Talisa Maegyr, nièce de Malaquo Maegyr, triarque de Volantis.

- De qui ? Écoute ici, ton oncle c'est personne. T'es juste une étrangère. Et qu'est-ce qui me dit que tu racontes pas de bobards ?

- Je ne mens jamais. » Mentir, non, mais omettre, c'était une autre histoire. Comme elle avait omis de parler à ses parents de l'accident de Léandro ou ne leur avait pas révélé son intention de partir. Comme elle n'avait pas précisé dans sa lettre ce que Lord Tywin lui avait ordonné.

Pas très fière de ce combat de coqs contre cette blondasse, elle décida, non sans une certaine réticence, de lui présenter des excuses.

À Volantis, une prostituée ne lui aurait jamais parlé comme cette fille venait de le faire. Mais elle n'était pas à Volantis en ce moment et elle n'était plus une demoiselle de l'aristocratie volantaine, elle était juste Talisa, nouvelle infirmière de guerre et pion de Lord Tywin. « Écoute,soupira-t-elle, je suis désolée de m'être laissée emporter. Je suis loin de chez moi, ce n'est pas facile.

- Excuses acceptées. T'as de la chance, je suis pas rancunière. » Elle lui tendit la main. Après une seconde d'hésitation, Talisa la serra. « Mallory Hill, à ton service. » se présenta-t-elle.

Elle avait beau parlé à tort et à travers, Mallory rendait la route nettement moins ennuyeuse et cette dernière s'annonçait longue. De toutes les femmes présentes autour d'elles, elle était probablement celle avec le plus fort caractère. Enjouée et sarcastique, elle rappela à Talisa Nausicaa avant qu'elle ne se marie et n'ait son premier enfant. Elle était sûre que, lorsqu'elle s'énervait vraiment, elle se transformait en tigresse comme son amie.

Elle semblait avoir pris les quatre autres filles sous son aile même les deux qui paraissaient plus âgées qu'elle. Cette observation lui rappela aussi Nausicaa et leur première rencontre, lorsqu'elle l'avait défendue contre Vahaquo et Marquelo. Elle ressentit une grande nostalgie en y repensant.

Pourvu que Lord Ethan réussisse à lui faire parvenir sa lettre.


Le troisième jour de marche, il fut enfin annoncé qu'ils atteindraient Croixbœuf dans l'après-midi. Là, ils rejoindraient le reste des troupes de Stafford Lannister déjà présentes sur place. On lui avait dit qu'elle trouverait sûrement une chambre où dormir dans le village. Talisa était bien contente de cette nouvelle. Les nuits étaient dures au campement, alors si pour une nuit elle pouvait avoir une chambre, ce n'était pas de refus.

Jusqu'à présent, elle dormait sous une tente avec les deux Sœurs du Silence tandis que Mallory et ses protégées partageaient la couche des soldats les plus haut-gradés. Il n'y en avait pas beaucoup dans cette troupe surtout composée de jeunes recrues, de fils de fermiers ou de pêcheurs qui avaient tenu une épée pour la première fois qu'il n'y a pas longtemps. Elle aimait bien discuter avec eux lorsqu'ils venaient la voir à cause de désagréments comme une piqûre d'ortie ou des maux d'intestins. Ils n'avaient reçu qu'un entraînement sommaire, mais ils avaient cet esprit enflammé qu'ont les jeunes hommes, celui qui les pousse à croire qu'ils peuvent accomplir des prouesses.

C'était sans doute ce qu'avait cru Alton Lannister, le fils de Lord Ethan, avant sa capture par l'armée nordienne. Elle avait entendu un des commandants parler de lui avec Lord Stafford l'avant-veille. Jusque là, elle ignorait que Lord Ethan avait un fils. Elle comprenait enfin pourquoi il avait l'air si sombre la dernière fois qu'elle l'avait vu. Elle espérait pour lui que le garçon allait bien.

Elle ignorait que la mort l'avait déjà frappé.

Quand ils arrivèrent enfin au village de Croixbœuf, ils furent accueillis par Reginald Lannister, second frère de Lord Stafford. Cadet de ce dernier mais aîné de Lord Ethan, il était brun contrairement à eux. Il paraissait las et dépassé par les événements. L'arrivée de son grand frère sembla lui ôter un poids des épaules. À côté de lui se tenait un jeune homme barbu, le fils de Lord Stafford, Daven. Ce dernier après avoir salué son père, alla présenter aux nouveaux arrivants leur place dans le camp.

Comme on lui avait assuré, elle réussit à obtenir une chambre à l'auberge du village. Elle était miteuse mais elle lui convenait mieux que la tente. Une fois la nuit tombée, elle s'endormit presque aussitôt, épuisée par toute cette route.

Au milieu d'un rêve, elle entendit un hurlement. Elle s'éveilla d'un coup. Dehors, la pluie tombait à verse. Le hurlement retentit à nouveau. Elle ne l'avait pas rêvé. Des bruits de sabots, des cris, des appels, du métal contre du métal, mais qu'est-ce qu'il se passait ? Elle ouvrit la fenêtre, regarda en contrebas.

Le camp Lannister se faisait attaquer.


Dans le prochain chapitre, la rencontre entre Robb Stark et Talisa.