Le lendemain après-midi, Hitomi attendit les trois élèves de l'Académie devant l'un des terrains d'entraînement Nara, après en avoir pratiquement détruit un autre en défoulant son énergie à peine retrouvée contre Akina et Asuma. Ils l'avaient bien secouée, comme elle s'y attendait – deux anciens ANBU contre elle, nommée Jônin moins de six mois auparavant ? Aucune chance – mais cela lui avait fait du bien d'agir, d'utiliser son chakra, le Dieu de la Foudre, de se battre aux côtés de ses chats. Comme un petit bonus mesquin, elle avait réussi à lâcher un demi-kilo de paillettes restées dans l'un de ses sceaux de stockage avec son examen Chûnin dans les cheveux du pauvre, pauvre Asuma.

Elle était fatiguée, endolorie, mais pas au point de ne pas pouvoir s'occuper des trois enfants qui arrivèrent bientôt devant elle en frémissant d'impatience. Elle les salua avec chaleur et les fit entrer dans le terrain d'entraînement avant de refermer la porte du grillage derrière eux et d'activer le sceau protecteur qui les empêcherait de déborder jusque dans les rues qui entouraient l'endroit. On n'était jamais trop prudent.

— Bien ! Tout d'abord, j'aimerais savoir si l'un de vous a découvert son ou ses affinités élémentaires. Sugi-kun, je sais que tu n'utilises pas ton propre chakra, mais Anosuke et Hanabi, est-ce que quelqu'un vous a testés ?

— J'ai une affinité principale Raiton et secondaire Katon, répondit Hanabi avec le plus petit soupçon de raideur. Père dit que le Katon est inutile pour un Hyûga digne de ce nom.

Hitomi renifla avec dérision. Bien sûr qu'Hiashi dirait ce genre de choses. Il n'avait jamais digéré la rivalité qui opposait les Hyûga et les Uchiha, même après que le second clan ait été massacré. Les Hyûga descendaient des Senju et étaient donc supérieurs, bla, bla, bla.

— Il se trompe. Les Hyûga sont des ninjas dont le style de combat nécessite d'avoir leur adversaire à courte portée, ce qui les rend vulnérables à moyenne et longue portée. Avec certaines techniques Katon, tu pourras forcer ton adversaire à se rapprocher de toi, couper sa retraite. En plus, les brûlures, ça fait un mal de chien.

Les traits austères de la jeune fille s'éclairèrent d'un sourire fier. Satisfaite, Hitomi dirigea une étincelle de chakra en direction d'Anosuke pour lui faire signe que c'était son tour de répondre.

— Kurenai aurait pu le faire, mais elle a dit qu'elle préférait que tu le fasses, Hitomi-nee.

Une vague d'affection réchauffa le cœur de la kunoichi. Sa mère avait passé bien plus de temps avec Anosuke qu'elle ne l'avait pu, entre ses responsabilités et la fuite du village, mais elle semblait tenir à lui laisser la place que le gamin voulait lui donner. Et quelle place était-ce, exactement ? Une grande sœur, une amie, un mentor ? Les trois à la fois ? Elle ne savait pas, mais se trouver dans cette position lui plaisait. Elle descella un carré de papier spécial et le tendit au jeune garçon.

— Infuse ton chakra là-dedans. Tu connais les réactions et affinités associées ?

Il acquiesça et se concentra sur le papier dans sa main. Il ne lui fallut pas plus d'une seconde pour envoyer du chakra dans le papier, preuve s'il en fallait qu'il faisait partie des élèves d'exception à l'Académie, et pas seulement dans les matières théoriques. Dans sa main, le carré de papier se fendit en deux d'un seul coup. Hitomi haussa les sourcils, surprise et impressionnée. Ainsi donc, c'était chez les Nara que se cachait l'un des très rares usagers du Fûton du village.

— Le vent, comme Naruto et Asuma ! Tu vas pouvoir les impressionner la prochaine fois que tu les verras. Bien, je vais vous donner à tous les deux un parchemin de techniques de rang D de votre affinité et un clone pour vous les apprendre. Vous vous entraînerez avec pendant que je m'occupe de Sugi-kun.

Elle tendit le bon rouleau de techniques à chacun des deux enfants puis entraîna le jeune Aburame à sa suite dans un coin isolé du terrain d'entraînement. Elle n'avait pas envie qu'il se sente exclu ou jaloux parce que son affinité à lui ne serait jamais révélée, mais elle l'avait observé, avait écouté les rapports d'Iruka et discuté avec Katsuo quand elle en avait eu l'occasion. Elle avait quelque chose de très spécial à offrir au jeune frère de Shino.

— Qu'est-ce que tu sais du fûinjutsu, Sugi-kun ?

— Hum… Qu'il s'agit d'un domaine écrit des arts ninjas, qui modifie la réalité. On peut créer de l'espace là où il n'y en a pas, une détonation sans flammes ni poudre, ce genre de choses.

Hitomi acquiesça avec approbation. C'était un assez bon résumé pour quelqu'un de son âge, qui ne s'était pas immergé dans cet art auparavant. Elle s'assit au pied d'un arbre, adossée contre son tronc, et lui fit signe de prendre place près d'elle.

— Ta ruche d'insectes prend beaucoup de ton chakra, mais elle t'en laisse assez pour animer tes muscles et utiliser des techniques de faible rang, pas vrai ? Si ce n'était pas le cas, je sentirais la présence de tes insectes, mais pas la tienne.

— Oui, pourquoi ?

— Tu ne deviendras jamais un maître du ninjutsu ou du genjutsu, parce que tu dois pouvoir fonctionner avec peu de chakra, et une grande partie de cette réserve doit être consacrée au renforcement de ton corps. Ce n'est pas une situation enviable pour la plupart des ninjas : si tu n'avais pas été un Aburame, si tes réserves avaient été naturellement petites et non drainées par ta ruche, tu serais sans doute condamné à rester un Genin, ne serait-ce que pour ta survie.

— Mais je suis un Aburame. Je commence à apprendre les techniques de notre clan, et je ne suis pas mauvais du tout.

Comme il semblait quelque peu sur la défensive, Hitomi laissa un doux sourire jouer sur ses lèvres, espérant ainsi le rassurer. Toutefois, elle n'avait pas fini, et il ne semblait pas voir où elle voulait en venir :

— Il y a une discipline à laquelle on songe rarement quand on entraîne un Genin aux faibles réserves… Ou un Aburame. On y songe rarement parce que peu de gens sont habilités à l'enseigner et qu'il faut une patience et un dévouement profonds pour qu'elle soit vraiment utile en combat.

— T-tu veux m'apprendre le fûinjutsu, Hitomi-nee ?

Elle ignora le tremblement dans sa voix, la nuance incrédule et mélancolique de son timbre. Sugi était le plus timide du trio, laissait souvent sa personnalité s'effacer face à celles, plus impérieuses et brûlantes, d'Hanabi et Anosuke. Cette place, un peu en retrait de ses camarades, ne lui déplaisait pas la plupart du temps. Mais, comme Shino, il semblait toujours surpris qu'on s'intéresse ou se consacre à lui en tant qu'individu, plutôt que part d'une équipe, d'un clan, d'un village.

— J'ai vu ta calligraphie. C'est l'un de tes loisirs, pas vrai ? Aucun de tes camarades n'écrit aussi bien. Je pense que tu as ce qu'il faut. Et le fûinjutsu ne demande qu'une étincelle de chakra pour déclencher un sceau. Seulement voilà, c'est une discipline de soutien en général. Très rares sont les shinobi à pouvoir l'utiliser comme une arme offensive directe.

— Comme toi ?

— Hum… À peu près comme moi, oui. Je commence tout doucement à en arriver là. Le Dieu de la Foudre a aidé dans ce sens, mais ne suffit pas à gagner un combat. Enfin, bref, si tu veux apprendre le fûinjutsu, je te l'enseignerai quand j'aurai le temps entre mes autres responsabilités.

Il ouvrit la bouche mais elle l'interrompit avant qu'il puisse répondre, le regard sérieux :

— Je veux que tu réfléchisses avant de réponse, Sugi-kun. Tu me connais assez pour savoir que je n'exigerai jamais rien de moins que la meilleure version de toi-même. Je ne suis pas un sensei indulgent, pas quand il s'agit de paresse ou de déconcentration, mais je pense que tu es assez sérieux et impliqué pour y parvenir.

Il y réfléchit, exactement comme elle l'avait demandé, preuve s'il en fallait qu'elle avait bien choisi, puis acquiesça. Sans plus attendre, elle se mit au travail, déroulant une longue bande de parchemin devant lui. Elle entreprit de lui expliquer comment on construisait un sceau de base, répétant presque mot pour mot ce qu'Ensui lui avait enseigné à l'époque. Quand elle se redressa et rangea son matériel, Sugi avait acquis deux gros rouleaux de parchemin vierge, une paire de pinceaux neufs et une généreuse réserve d'encre. Il n'avait pas encore tracé la moindre ligne, mais ces fournitures étaient d'une meilleure qualité que celles qu'on trouvait dans les commerces dédiés aux civils et élèves de l'Académie. Il s'entraînerait chez lui, au moins une heure par jour, qu'elle puisse le voir pour vérifier ou non.

— Il est temps qu'on aille rejoindre tes camarades. Je vais créer un clone à ta taille pour te faire travailler ton taijutsu et m'occuper d'eux en même temps, d'accord ?

— D'accord, Hitomi-sensei !

Le suffixe répandit une vague de chaleur dans sa poitrine et fit manquer un battement à son cœur soudain emballé. Son regard s'adoucit quand elle posa une main sur l'épaule de Sugi et le guida vers le centre du terrain d'entraînement. Anosuke se redressa aussitôt, détachant son regard du clone d'Hitomi qui lui expliquait comment tailler un X dans l'air avec une paire de kunai pour créer deux faibles lames de vent. Elle entraîna les trois enfants jusqu'à ce que le soleil se couche puis les raccompagna chacun à leur tour jusqu'aux limites des terres de leurs clans respectifs. L'Aburame de garde la salua chaleureusement – pour un Aburame – mais le Hyûga se contenta d'un signe de tête. Elle n'avait toujours pas reparlé à Shibi de cette histoire d'alliance… Mais cela devrait attendre encore un peu.

Elle rentra enfin à la maison, Anosuke à ses côtés. Tout en regardant sa mère aider le jeune garçon à faire ses devoirs en lui lisant les consignes et en écrivant ses réponses à sa place, elle commença à préparer le dîner. Elle n'avait jamais été aussi à l'aise que Naruto dans une cuisine, mais elle se débrouillait bien grâce à lui, assez pour poser un bon repas devant sa mère et son protégé quelques dizaines de minutes plus tard. Ils mangèrent au bruit détendu et régulier d'une conversation légère, puis elle monta dans sa chambre, assurant qu'elle avait besoin de travailler sur ses sceaux et de se reposer. Un message d'Itachi l'attendait dans son carnet communicant.

Hitomi-san,

Votre dernière lettre m'inquiète. Je suis au Pays du Feu en ce moment. Avez-vous déposé des balises quelques part à la frontière avec le Pays des Rivières ? Si c'est le cas, et si vous le voulez, je pourrais vous retrouver là-bas une heure après minuit. Je serai avec Kisame mais il acceptera de nous laisser seuls, si vous préférez.

Laissez-moi vous aider dans la mesure de mes moyens, je vous en prie.

Itachi.

Une vague de chaleur s'étendit dans sa poitrine à la lecture de ces mots. Il voulait l'aider. Qui était-elle pour refuser ? Et puis, elle pourrait peut-être soulager un peu la douleur à l'arrière de ses yeux, même si ce serait traiter le résultat et non la cause. Elle écrivit une réponse lui listant la dizaine de balises qu'elle avait déposées dans la région lors d'une mission au Département Torture et Interrogatoire et, en quelques messages, ils décidèrent du lieu exact de rendez-vous. Elle dut réprimer son agitation en attendant l'heure dite pour ne pas éveiller les soupçons de Kurenai quand elle vint lui souhaiter une bonne nuit, puis quand elle alla border Anosuke et lui raconter des histoires du Temps des Fondateurs pour l'aider à glisser dans le sommeil.

À une heure du matin, vêtue d'une tenue d'entraînement – son kimono de combat était toujours en réparation – elle attrapa d'un fil de chakra la balise qui se trouvait à l'embouchure d'un fleuve à l'entrée du Pays des Rivières et se téléporta, une main sur la garde de son sabre. Itachi se leva en la voyant apparaître mais Kisame, lui, resta tranquillement assis sur la souche qui lui servait de siège, sa colossale épée posée à côté de lui. Il savait qu'elle n'était pas une menace.

— Itachi-san, Kisame-san. Est-ce que tout va bien ?

— Oui, Hitomi-san, ne vous en faites pas. L'Akatsuki nous a envoyés traquer un homme mis à prix pour la récompense mais il nous a échappé. Nous rentrons dès l'aube demain mais je… Je voulais vous voir d'abord, si vous étiez d'accord.

Itachi détourna le regard, mal à l'aise, et Kisame se leva avec un petit rire rauque.

— Je vais vous laisser en tête à tête, les jeunes. Pas la peine de surveiller les environs, Itachi, je m'en occupe.

Il s'éloigna sans attendre de réponse, tandis qu'Hitomi s'approchait d'Itachi, sans oser rencontrer son regard. Elle avait peur de ce qu'il y verrait si elle le faisait. Aurait-elle toujours l'air terriblement creuse, comme après son retour au village ? Percevrait-il la manière dont elle s'était blessée et avait accueilli la douleur mentale avec le soulagement de la personne qui pensait la mériter ? Elle posa une main sur son torse et y dirigea du chakra médical, se concentrant sur les informations qu'elle recevait grâce à la technique de diagnostic.

— J'aurais aimé que mon maître soit avec moi, dit-elle d'une voix douce et chargée de regrets. Il aurait pu vous soigner encore une fois.

Itachi soupira, un son légèrement sifflant, et l'attira vers lui. Il la touchait toujours avec délicatesse, comme il l'avait fait lors de leur brève rencontre durant ses voyages aux côtés d'Ensui. Avait-il peur de lui faire mal ? Il lui prit le visage entre les mains et la contraignit, aussi doucement que possible, à lever la tête dans sa direction. Son regard croisa le sien et saisit la douleur, la solitude, la terreur. Il avait vu à travers les yeux de Yatagarasu une partie des dernières épreuves qu'elle avait traversées – et n'avait dû qu'à des années d'entraînement de ne pas détruire Sasori pour la manière dont il se vantait d'avoir blessé, peut-être tué, une gamine impertinente de Konoha.

— Ce n'est pas votre faute si je suis malade. Kisame a volé un parchemin de théorie médicale et se sert de ce qu'il y trouve d'utile pour m'aider à garder ce problème secret. Vos lettres m'aident aussi.

Le sourire qu'elle lui offrit en retour n'atteignit pas tout à fait ses yeux. Elle avait fini par apprendre, quand elle avait reçu l'autorisation d'utiliser son chakra et donc de récupérer son carnet communicant dans un sceau de stockage, qu'Itachi avait rappelé l'oiseau parce qu'il avait absolument eu besoin de ses compétences, de son Sharingan. Il avait haï la laisser sans aide au cœur de terres ennemies, mais il savait qu'elle avait des chances de s'en sortir, quand lui avait eu besoin de son corbeau pour une situation de vie ou de mort. Elle ne l'aurait pas voulu autrement, même si elle s'était sentie seule, perdue, désespérée.

— Je sais que vous avez mal, Hitomi-san, mais je vous promets que ça passera.

— Parfois… Parfois, le fait que mes plans avancent bien ne suffit pas. Nous sommes à quelques semaines de pouvoir abattre Danzô, tout au plus, ce qui me laissera le champ libre pour préparer votre retour et peut-être même celui de Sasuke… Mais je n'arrive pas à calmer l'anxiété qui me dévore en permanence, même quand je suis avec ma famille, même quand je suis censée être heureuse.

Il s'assit sur la souche d'arbre que Kisame avait désertée, l'entraînant avec lui. Ils étaient si près l'un de l'autre qu'elle sentait distinctement sa jambe contre la sienne, son souffle dans ses cheveux, et l'odeur de feu de bois qui s'accrochait à sa peau. Elle avait envie de fermer les yeux, de se laisser saturer par la sensation de son chakra sur son épiderme, mais jamais elle n'aurait abandonné sa vigilance pour un peu de confort physique.

— Vous vous inquiétez parce que l'échec n'est jamais une impossibilité parfaite pour un ninja. Même le plan le plus travaillé peut échouer. Mais moi, j'ai foi en vous, Hitomi-san. Je sais que vous veillerez à l'intérêt de Sasuke et au mien dans vos manœuvres, je vous fais confiance.

Ils continuèrent de parler à voix basse dans la petite clairière, les étoiles seuls témoins de leur proximité, de l'intimité de la main d'Itachi sur ses épaules et de la douceur dans la manière dont il la tenait contre lui, du désespoir dans le regard d'Hitomi et du son étouffé de ses sanglots contre son torse. Quand ils se séparèrent, l'aube n'était qu'à une heure de percer l'horizon. Kisame revint dans la clairière, le regard grave, ajustant Samehada contre lui d'une main sûre.

— Itachi, il est temps de rentrer. Tes yeux vont mieux ?

— J'ai un peu moins mal. Hitomi-san m'a promis qu'elle organiserait une rencontre ici avec son maître à la première occasion pour des soins plus approfondis.

Il lui caressa la joue du revers de la main avec un sourire triste puis prit la suite de son partenaire et s'éloigna, sa silhouette mince disparaissant bien vite dans l'ombre d'une forêt trop dense. Hitomi le regarda partir, suivit son chakra jusqu'à ce qu'il se trouve au-delà de ses perceptions, puis se redressa à son tour avec un soupir. Elle se sentait apaisée, mais cette tranquillité nouvelle était teintée de mélancolie. Elle savait qu'elle ne pouvait rien faire de plus pour Itachi tant que Danzô était en vie. Quand il serait tombé, elle ferait sans doute partie de l'une des équipes chargées de fouiller ses quartiers. Peut-être y trouverait-elle la preuve de la conspiration, de son innocence… Elle ne pouvait que l'espérer.

Elle retourna dans sa chambre d'une secousse de chakra et s'allongea sur le lit. Pas le temps de dormir, pas alors qu'elle était censée se lever dans moins d'une heure, mais méditer dans sa Bibliothèque restaurerait l'énergie de son corps efficacement, même si elle ne disposait que d'une courte période. De toute façon, elle devait passer du temps dans son sanctuaire mental, incroyablement fragilisé après la longue période loin de sa sphère protectrice et toutes les émotions extrêmes qui l'avaient secouée depuis. Quand elle s'y était rendue pour la première fois après le feu vert de Tsunade, elle avait eu du sang jusqu'aux genoux et certaines de ses étagères s'étaient effondrées – la Porte Sans Nom brillait dans l'obscurité, entrouverte.

Son esprit, comme son corps, avait besoin de soins. Le rendez-vous avec son thérapeute, cet après-midi, ne suffirait pas : elle avait besoin de travailler sur elle-même, d'être l'instrument et l'artisan de son propre rétablissement. Pour une fois, elle pouvait s'accorder ce genre de caprice ; s'abstenir n'aurait fait que ralentir sa convalescence et tant de gens avaient besoin d'elle, au sommet de ses capacités, de son intelligence, de sa cruauté aussi.

Avec un petit soupir, elle se mit au travail.