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Le lendemain, Hitomi était prête à prendre ses nouvelles responsabilités. Elle se présenta au département Cryptage et Décodage dix minutes avant son ouverture – le bâtiment fourmillait déjà d'activité et une jeune femme l'attendait devant la porte ouverte. Ses yeux étaient protégés par des lunettes rondes aux verres épais, ses cheveux blond vénitien à peine retenus dans une tresse désordonnée. Elle portait une blouse blanche par-dessus sa tenue de civile, le vêtement protecteur déjà souillé aux manches par de l'encre.

— Yûhi-san ? Le directeur m'a demandé de venir vous chercher ce matin et de vous superviser dans le département. Apparemment, Tsunade-sama vous a confié une mission confidentielle, mais je vous assisterai dans la mesure du possible sans savoir ce sur quoi vous travaillez. Je m'appelle Shiho.

Le regard d'Hitomi s'éclaira. Non seulement elle se souvenait d'avoir vu ce personnage dans le Monde d'Avant, mais en plus Shikamaru lui avait parlé d'elle à plusieurs reprises ces dernières années, quand son génie tactique l'amenait à travailler avec le département. Elle sourit et inclina légèrement la tête à son tour.

— Enchantée, je suis bien Hitomi. Je suis sûre que notre collaboration sera très fructueuse !

Leur premier contact fut aussi simple que ça. Puisqu'Hitomi devait remplir une mission secrète au nom de Tsunade, elle avait obtenu le privilège d'un bureau privé, que seule fréquenteraient Shiho et elle. La jeune femme lui expliqua qu'il s'agissait d'une rare occurrence, et qu'elle, qui travaillait dans le département depuis ses douze ans, ne disposait encore que d'un simple bureau dans l'espace commun, séparé des autres par un paravent à moitié transparent. Quelqu'un, sans doute un membre de l'aile de l'ANBU encore fidèle à Tsunade, avait déjà amené une belle quantité de rouleaux scellés dans la pièce.

— Je ne vois pas d'objection à vous laisser savoir au moins vaguement ce sur quoi je travaille, Shiho-san. J'ai une idée approximative des crimes d'une personne haut placée dans le gouvernement et je dois à présent trouver des preuves desdits crimes pour que les victimes puissent trouver la paix et que ceux qui auraient pu être accusés à tort soient graciés.

Elle ne dit pas qu'elle comptait falsifier les fameux documents si elle ne les trouvait pas, si rien dans la correspondance et autres écrits de Danzô ne la satisfaisait. Aux yeux de Shiho, qui aimait profondément son travail, de telles actions seraient sans doute qualifiées de sacrilège. Elle ne parla pas non plus du duel, dont les macabres résultats se trouvaient désormais sur toutes les lèvres, pas plus qu'elle ne demanda à son aînée si elle était parvenue à trouver le lien entre l'identité de son adversaire et celle de la personne qu'elle voulait prouver coupable : elle savait que c'était le cas.

Les deux jeunes femmes travaillèrent côte à côte en silence pendant plusieurs heures. Parfois, Hitomi sollicitait Shiho pour décrypter un document dont elle ne possédait pas la clé, parfois la plus expérimentée requérait son assistance pour briser un sceau de verrouillage complexe. Au moins, elles ne firent rien exploser. On ne pouvait en dire autant de la foule de décrypteurs qui travaillaient dans la salle d'à côté et furent confrontés à deux reprises à un sceau piégé. La première fois, Hitomi sursauta et se trouva debout en un instant, son sabre déjà à moitié dégainé, tandis que Shiho restait parfaitement sereine. La seconde, elle imita sa collègue.

— Bon, je vais aller chercher à manger. Vous voulez quelque chose, Yûhi-san ?

— Vous pouvez m'appeler Hitomi, et me prendre la même chose que vous, ça ira parfaitement. Merci beaucoup. Je vais continuer de travailler en vous attendant.

Quand elle se retrouva seule, la jeune kunoichi contempla les tas de papiers dispersés devant elle. Rien de ce qu'elle avait trouvé pour l'instant n'incriminait Danzô dans un autre domaine que celui de la Racine, mais elle savait parfaitement qu'il était coupable de bien d'autres crimes. Elle trouverait les preuves ou les fabriquerait. Pas besoin d'un Sharingan pour copier l'écriture de quelqu'un, pas si on avait une mémoire eidétique et une profonde connaissance de la calligraphie. Feu le Conseiller avait eu une écriture si peu soignée qu'un rictus de mépris s'était inscrit sur les traits de Shiho à la lecture de la première lettre. Il était connu pour son expérience dans le domaine du fûinjutsu, pourtant. C'était un miracle que ses quelques sceaux n'aient jamais dégénéré avec une graphie pareille.

Hitomi accueillit le retour de Shiho avec soulagement et se remplit l'estomac d'une délicieuse soupe miso et de bouchées à la vapeur brûlantes avant de se replonger dans la paperasse, les deux mains fermement pressées contre une tasse de thé dont le contact lui faisait presque mal. Elle se perdit à nouveau dans ce rythme de travail concentré et tranquille jusqu'à ce que sa compagne se redresse et s'étire avec un visible soulagement. Elle aussi, elle avait mal au dos à force de se courber sur la table, mais elle ne se sentait pas assez à l'aise pour le montrer. Heureusement, Ensui l'attendait et l'entraînerait tout au long du stage si Shikaku le lui permettait afin qu'elle ne perde rien de sa forme habituelle.

— Je vais verrouiller la porte à l'aide d'un sceau, juste au cas où, informa-t-elle Shiho tandis qu'elles éteignaient la lumière et quittaient la pièce. N'essayez pas d'entrer avant moi, vous seriez gravement blessée par le mécanisme de défense.

Elle regarda Shiho dans les yeux jusqu'à ce qu'elle acquiesce, montrant qu'elle avait compris, puis posa la main sur le battant de bois. Une simple décharge de chakra suffit à ce que le sceau s'épanouisse sous sa paume, en apparence presque décoratif. Si quiconque tentait d'entrer, il se verrait accueilli d'une surprise vicieuse, cruelle et impossible à cacher. Elle se détourna et suivit Shiho hors du bâtiment. Un sourire naquit sur ses lèvres quand elle vit que son maître, plutôt que de simplement l'attendre à l'entrée des terres du clan, était venu la chercher jusqu'ici.

— Père, salua-t-elle d'une voix douce tandis qu'il enroulait son bras autour de ses épaules.

— Ta journée ?

— Pas aussi productive que j'aurais voulu. Le chacal cache bien son jeu.

— Ce n'est que le premier jour, de toute façon. Tu auras largement de quoi trouver ce que tu cherches. Tiens, ce qu'on t'a préparé avec Kakashi devrait te changer les idées.

Cela lui changea les idées, oui, même si elle finit dans la boue encore et encore ce jour-là. Elle ne pouvait toujours pas affronter l'un ou l'autre en combat égal, même avec le Dieu de la Foudre, et ils lui avaient interdit de l'utiliser cette fois. Quand Ensui lui annonça qu'il était temps de rentrer, ses cheveux commençaient à se raidir, croûtés de boue jusqu'à la racine, et elle boitillait pour éviter de placer trop de poids sur sa hanche droite, meurtrie par un coup de pied particulièrement vicieux. Cette fois, cela dit, elle ne tenta pas de dépasser ses limites. Elle avait appris ses leçons toute la semaine dernière, arrêtée encore et encore par son maître.

Les jours suivants se passèrent sans le moindre évènement : Hitomi se plongeait avec peu de réserve dans le travail et l'entraînement, canalisée juste ce qu'il fallait par Ensui et Kakashi, qui lui ordonnaient de manger, boire et dormir à fréquences régulières. Quand il ne se trouvait pas en mission, le Limier venait même lui apporter son déjeuner en personne au département, s'attirant des regards méfiants et chargé d'amertume des autres employés. Certains d'entre eux avaient eu à subir, notamment durant une partie de leur carrière à la Tour, les excentricités du shinobi de renom. N'avait-il pas appris à ne jamais s'en prendre à un ninja fonctionnaire ?

Et enfin, enfin Hitomi trouva quelque chose dans les piles de parchemins que les ANBU lui transmettaient qui la remplit d'une satisfaction profonde, sombre et vicieuse. Une lettre de Kabuto à Danzô qui le remerciait pour un colis très utile à ses expériences. Elle essaya très fort de ne pas penser au contenu, sans nul doute vivant et terrifié à ce moment-là, du fameux colis, tout en enfermant la lettre dans un sceau au creux de son poignet. Elle avait sa première preuve d'un crime encore inconnu mais ça ne suffisait pas.

— J'aurais besoin d'un échantillon de l'écriture de Danzô, dit-elle d'une voix ferme à Tsunade un mois après son entrée dans le département Cryptage et Décodage.

La Hokage posa lentement son stylo à côté de la lettre qu'elle était en train de rédiger et posa sur sa subordonnée un regard intéressé, analysant son expression assurée mais distante. Finalement, un sourire se dessina sur ses lèvres minces et elle ouvrit un tiroir à sa gauche.

— Je ne vais même pas demander pourquoi. Tiens, c'est un rapport qu'il a écrit il y a quelques mois pour le Grand Conseil.

— Merci, Hokage-sama, répondit la jeune femme en s'inclinant.

Sur ces mots, elle quitta le bureau de sa cheffe de guerre et rentra sur les terres Nara. Si elle se concentrait, fermait les yeux et acceptait la douleur qui accompagnait une telle ouverture de ses méridiens, elle pouvait percevoir le chakra de Sai, au cœur du Bois aux Cerfs. Peut-être avait-elle commis une erreur en s'attachant à lui, en refusant de laisser le temps lui montrer comment s'ouvrir au monde et à lui-même. Certes, elle lui avait permis d'apprendre à interagir avec les autres un peu plus tôt qu'il ne l'avait fait dans le canon, mais à quel prix, d'un côté comme de l'autre ?

— Tu es en avance, fit la voix légèrement traînante de Kakashi tandis qu'elle ouvrait le portail pour rentrer dans son jardin.

Elle ne tourna pas la tête vers lui, se contentant de refermer la barrière une fois qu'elle fut passée. Il ne se laissa pas gêner par ce menu inconvénient, sautant par-dessus les planches de bois sans le moindre effort. Avec un soupir, elle ouvrit la porte et le laissa entrer d'abord.

— Tsunade-sama a jugé plus prudent que je m'occupe de cette partie du travail ici, l'informa-t-elle tout en troquant ses bottes contre les chaussons tièdes qui l'attendaient dans le hall d'entrée.

— Aah, je vois. Un travail terriblement secret, au point qu'une seule kunoichi parmi tous les membres du département Cryptage et Décodage a été autorisée à t'aider. Elle a les sceaux du secret sur la langue et les poignets, pas vrai ?

Le regard rivé au sol devant elle, elle haussa les épaules.

— Je l'ai senti dès que je me suis approchée d'elle pour la première fois. Les sceaux la tueront avant qu'elle dévoile mes secrets, même sous la torture. Est-ce que tous les membres du département sont… équipés de la sorte ?

— Non, pas tous. Seulement les orphelins qui ont été sélectionnés dès leur plus jeune âge pour intégrer le département. Shiho-san en fait partie. J'étais Jônin depuis quelques années quand elle a été choisie, à trois ans à peine. Je me souviens d'elle. J'ai assisté à l'apposition de ses sceaux. La plupart des gamins sont effrayés et essayent de le cacher, mais elle, elle était tellement sereine… Elle m'a fait une forte impression.

Ce n'était pas peu dire, venant de lui. Hitomi avait perçu ce qu'il mentionnait chez Shiho elle aussi, cette espèce de tranquille assurance indétrônable, à la fois une force et une barrière qui l'isolait de ses pairs. Sans trop en avoir l'air, elle avait regardé son assistante d'un œil inquisiteur tandis qu'elle interagissait avec ses pairs – c'était arrivé en deux ou trois occasions et à chaque fois l'autre shinobi l'avait traitée avec respect mais sans la moindre chaleur. Un frisson l'agita à la simple idée de se sentir aussi seule. L'analyste semblait le supporter sans la moindre difficulté, sans même le remarquer, mais Hitomi… Elle ne possédait pas cette force.

— Pourquoi vous me suivez encore, sensei ? C'est top-secret.

Il laissa échapper un petit hoquet choqué, mais ses lèvres souriaient derrière son masque.

— Mais enfin Hitomi-chan, je ne suis pas n'importe qui ! Je suis ton sensei adoré, j'ai bien le droit de voir sur quoi tu travailles, pas vrai ?

Elle dut pincer les lèvres pour réprimer le sourire qui voulait s'y imprimer. Il l'amusait en se ridiculisant de la sorte et il le savait. Il acceptait ce genre de sacrifice pour elle, pour un fragment de bonheur, de joie innocente. Elle secoua pourtant fermement la tête tout en reculant d'un pas.

— Vous pouvez rester dans la maison et préparer du thé et de quoi grignoter, mais c'est tout.

Il soupira mais céda à ses exigences et prit le chemin de la cuisine tandis qu'elle grimpait les escaliers et s'enfermait dans sa chambre, activant un sceau de protection sur sa porte juste au cas où. Malgré cela, elle l'entendait s'agiter à l'étage inférieur et les bruits ténus et domestiques de sa quête pour la sustenter avaient quelque chose d'apaisant, de réconfortant. Elle lui prêta une oreille tout en descellant le rapport de Danzô. Elle l'étala sur son bureau, examinant l'épouvantable graphie du Conseiller, et commença à essayer de la reproduire sur du papier de brouillon. Elle s'y exerçait depuis une quinzaine de minutes quand des petits coups frappés au mur la firent se redresser.

— Hitomi-chan ? appela Kakashi d'une voix presque penaude. Est-ce qu'il va m'arriver quelque chose de terriblement douloureux et dégradant si j'essaye d'ouvrir cette porte ?

Elle quitta sa chaise de bureau avec un petit rire et rompit son sceau d'une étincelle de chakra avant de lui ouvrir la porte. Il avait les mains chargées d'un plateau sur lequel trônaient des brochettes fumantes en tous genres et un nécessaire à thé sans nul doute brûlant, mais elle savait que s'il l'avait voulu, il aurait réussi à se libérer une main et entrer sans qu'elle intervienne. Il aurait eu les cheveux un peu roussis, tout au plus – peut-être ne voulait-il pas prendre le risque ?

— Aah, tu essayes de recopier l'écriture de Danzô ?

Elle soupira et se frotta le visage des deux mains tandis qu'il déposait le plateau juste à côté de son travail.

— Sensei, est-ce que la notion de « top-secret » a un sens pour vous ?

Elle connaissait déjà la réponse à cette question, et, sans la moindre surprise…

— Pas quand mon adorable petite élève essaye de me cacher des choses, non. Enfin, l'effort était louable, mais de toute façon Tsunade-sama m'a mis au courant de ta mission quand je lui ai dit que je venais te voir.

— Et vous n'auriez pas pu le dire tout de suite ?

Il sourit encore ; même sans voir son visage elle imaginait parfaitement un petit rictus fier et amusé tordre ses lèvres.

— Pourquoi j'aurais fait ça ? C'était hilarant de te laisser croire que tu avais une chance de me tenir à l'écart. Tu es adorable à te faire des illusions pareilles, Hitomi-chan.

Elle rougit légèrement et détourna le regard avant de s'asseoir sur le lit, une expression découragée sur les traits.

— Je pensais que ce serait facile, avec ma mémoire, mais je me suis trompée de toute évidence.

Il se pencha sur le bureau et attrapa l'un de ses essais, l'examinant d'un œil critique.

— Aah, mais tu as beau avoir une mémoire parfaite, ce n'est pas ce qui entre en jeu ici. Pour reproduire la gestuelle de quelqu'un, tu as besoin d'une mémoire musculaire… Ou d'un Sharingan.

Cela attira indubitablement l'attention d'Hitomi. Son sensei lui sourit à nouveau derrière son masque et lui fit signe de revenir devant le bureau.

— Réfléchis à ce que tu veux que j'écrive pendant que tu manges ce que je me suis décarcassé pour préparer. Et bois ton thé aussi, avant que ça refroidisse.

Elle s'exécuta de bonne grâce. La viande braisée qu'il avait rapidement réchauffée et caramélisée dans une sauce teriyaki fondait dans sa bouche. Elle n'était pas surprise un seul instant par ses talents en cuisine : à cause de la cruauté ou de la stupidité d'Hiruzen – sans doute les deux – il avait vécu seul dès ses six ans, après le suicide de son père… dans la maison où il avait trouvé son cadavre encore tiède. Elle n'avait aucun doute quant à sa volonté de créer pour lui-même tout le confort possible dans ce cadre accablant.

Quand son estomac fut rempli d'une façon réconfortante, elle laissa sa place devant le bureau à Kakashi et se réinstalla sur son lit. Quand il fut prêt, elle commença à dicter d'une voix qui pas une fois ne trembla ou n'hésita. Le professeur sembla bien parfois perturbé par la toile qu'elle lui faisait tisser un mot après l'autre, mais il décida manifestement de lui faire confiance, puisque quand il lui tendit le journal de bord qu'il avait forgé sous ses instructions, elle ne trouva rien à redire à son œuvre.

— Son souvenir va tomber bien bas, pas vrai ?

— Il n'a pas besoin de son souvenir, répondit-elle d'une voix dure, et ne mérite pas qu'il soit épargné. Si souiller sa mémoire encore et encore permet de sauver des gens qui le méritent, eux, je n'aurai aucun scrupule.

— De toute façon, je te traînerais à l'hôpital si tu décidais de faire preuve de clémence envers lui. Je ne suis pas aveugle, Hitomi-chan.

La jeune fille bondit sur l'occasion pour changer de sujet :

— Tant qu'on parle de votre potentielle cécité, Kakashi-sensei, depuis quand avez-vous développé le Kaléidoscope ?

Il se gratta la nuque, l'air vaguement penaud, comme s'il avait fait quelque chose de mal.

— Hum, quelques semaines. J'ai commencé à voir une nouvelle thérapeute mais avant de la trouver… Disons que les quelques séances avec celui que j'ai vu avant de la trouver ont suffisamment réveillé ma culpabilité pour que le Kaléidoscope se déploie.

Elle n'osa pas aborder le sujet du mépris de soi, de la douleur, de la terreur qui venaient avec un tel développement. Elle l'avait vu sur les traits de Sasuke et le simple fait d'imaginer son sensei, déjà tellement mutilé par l'existence, passer par cette épreuve lui tordait l'estomac.

— Je dois te remercier, d'ailleurs. Grâce aux yeux que tu as remis à Tsunade-sama, je ne risque plus de perdre la vue.

Elle haussa les épaules et détourna le regard, se concentrant plutôt sur les documents qu'il avait créés pour elle. Elle n'avait rien épargné des crimes de Danzô dont elle avait connaissance, ni de ceux qu'elle soupçonnait. Dans ce journal, il s'accusait du massacre des Uchiha, expliquait comment il les avait tous confinés au village la nuit où il avait ordonné à Itachi d'attaquer, mais elle ne s'était pas arrêtée à cela. Il admettait aussi une ligne après l'autre sa collaboration avec Kabuto et Orochimaru et des dizaines, dizaines de crimes et délits qui avaient eu lieu au cœur de Konoha quand personne n'osait regarder dans sa direction.

— Pour une fois, le fait que les shinobi sont les pires commères va bien nous servir.

Elle continua sa pensée en ignorant totalement l'exclamation indignée de Kakashi.

— Je vais remettre ce journal comme preuve à Tsunade après ma journée de travail au Département, demain, puis il sera temps de répandre les diverses rumeurs qui pourraient me venir à l'esprit à son sujet. Est-ce que vous pourriez faire de même ?

Il ne réfléchit qu'un instant avant d'opiner du chef, à nouveau sérieux.

— J'ai quelques idées. Tu vas embarquer Shiho-san là-dedans ?

— Je pense bien. C'est une manière comme une autre de m'assister, après tout. Elle n'est pas assez intégrée au village pour répandre des rumeurs, mais je peux parler des sujets qui fâchent avec elle dans la rue, comme si je manquais de prudence.

Kakashi ponctua cette idée d'un reniflement amusé. Si Hitomi manquait de prudence, c'était quand elle veillait à sa propre sécurité, pas quand elle voulait garder un secret – il ne savait pas à quel point il avait raison sur ce point. Après tout, il ignorait encore qu'elle était de connivence avec Itachi, ou que Sasuke n'était pas réellement un déserteur. La jeune fille avait prit l'avertissement de son maître, des années plus tôt, terriblement au sérieux : si elle taisait ses secrets, ce n'était pas parce qu'elle se méfiait, mais pour protéger ceux qui comptaient pour elle.

— … Je savais qu'il y avait quelque chose de bizarre autour du massacre des Uchiha, dit-elle à Shiho le lendemain pendant leur pause-repas, mais je n'imaginais pas que c'était à ce point.

Elles déjeunaient ensemble dehors pour une fois et traversaient les rues de Konoha au pas indolent d'une paire de civils. Cela seul attirerait l'attention des autres shinobi – Hitomi vit distinctement Kotetsu faire mine de ne pas écouter en passant juste à côté d'elles.

— C'est vrai que toute l'affaire était très suspecte, mais le village était tellement ébranlé à l'époque, j'imagine que personne n'a pris le temps de réfléchir… Tu penses toujours qu'Itachi-san est le vrai responsable, toi ?

Réprimant un sourire sombrement satisfait, Hitomi répondit ce qu'elles avaient répété dans le petit bureau privé du département Cryptage et Décodage :

— Je n'en suis pas sûre, non. Je fréquentais les Uchiha avant le massacre, et il était parfois à la maison quand je venais m'entraîner ou étudier avec Sasuke. Un garçon adorable, tellement doux… Je ne l'imagine pas décider de massacrer sa famille et de faire tant de mal à son frère adoré. Il l'a fait, oui, mais je pense qu'on le lui a ordonné.

Cela faisait à peine quelques heures que Kakashi et Hitomi avaient commencé à répandre la rumeur, et pourtant de plus en plus de gens parlaient de Danzô, de ce qu'il avait fait. L'homme avait déjà été châtié, ses restes pourrissaient sans doute dans un charnier depuis que Tsunade avait récupéré les cellules de son grand-père et tout le savoir que le cadavre contenait, mais à présent personne n'oserait affirmer en pleine lumière qu'il n'avait pas mérité la cruauté d'Hitomi quand elle l'avait exécuté… Et peut-être, rêvait-elle, peut-être Itachi pourrait-il un jour arpenter les rues de son village bien aimé en pleine lumière sans crainte de répercussions.

La première étape de son plan était un véritable succès.

Une fois sa journée de travail terminée, elle répondit à la convocation de Tsunade, que l'ANBU Renard lui avait transmise deux heures après la fin de sa pause repas. Tout au long de son trajet à travers la Tour, elle sentit sur elle les regards et l'attention des shinobi qui travaillaient là. Ils avaient entendu la rumeur, sans le moindre doute. Qu'ils la répandent donc à travers le village comme une traînée de poudre… C'était exactement ce qu'elle voulait. Si le prix à payer se limitait à quelques regards insistants, elle pouvait gérer.

— Sortez, ordonna Tsunade quand Hitomi fut entrée dans son bureau.

Elle ne bougea pas ; elle savait que l'ordre s'adressait aux quatre agents de l'ANBU qui montaient la garde ce jour-là, dont Sanglier et Renard, les camarades de Kakashi. Une fois que leurs chakras se furent suffisamment éloignés, Tsunade posa ses coudes sur son bureau et se redressa, l'air profondément sérieuse.

— Barde-moi cette pièce de Sceaux du Secret. Si tu peux me donner un déclencheur à portée de main, c'est encore mieux.

— Bien, Hokage-sama.

Elle se mit au travail immédiatement, se noyant dans l'agréable fourmillement que provoquait toujours l'Art des Sceaux en elle. Au bout d'une demi-heure, Hitomi avait reproduit le système de sécurité qui entourait sa chambre sur les murs du bureau de Tsunade et placé le point d'activation hors de vue, sur la face interne de son secrétaire. Elle n'aurait qu'à faire mine de poser la main sur sa jambe pour l'activer d'un effleurement et d'une étincelle de chakra. Une fois satisfaite de son travail, elle rangea son matériel dans un sceau autour de son poignet, s'essuya les mains et s'assit face à sa cheffe de guerre.

— Vous ne m'avez pas simplement fait appeler pour rajouter à vos mesures de sécurité, dit-elle d'un ton assuré.

— Non, mais je dois admettre que tu as eu des idées intéressantes. Particulièrement vicieux, le jet d'acide si on essaye de passer par la fenêtre, je ne pense pas que j'y aurais pensé toute seule.

— Vous pourrez remercier Ensui-shishou, c'est lui qui m'a donné l'idée quand on est rentrés de notre dernier voyage.

Elle eut un petit rire et se cala à nouveau dans le fond de son siège, les jambes élégamment croisées sous le bureau.

— Je veux en savoir plus sur ce qu'il s'est passé avec Itachi Uchiha. Jiraiya m'a dit que tu étais en contact avec lui de manière plutôt régulière. Je n'ai jamais réussi à convaincre Hiruzen-sensei de me parler de cette affaire, et il est mort désormais… J'aimerais que tu me racontes tout ce que tu sais.

Après un instant d'hésitation, Hitomi s'exécuta. Ce fut une longue conversation, qui dura jusqu'au crépuscule, mais à la fin, Tsunade connaissait une version de la vérité qui n'incriminait pas Hitomi et lui permettrait de mettre la suite de son plan à exécution – c'était tout ce qui comptait.

— J'aurais apprécié que tu me fasses assez confiance pour m'en parler plus tôt, mais je comprends pourquoi tu ne l'as pas fait. Je ne vais pas m'opposer à ce plan, Hitomi-chan. Il ne menace pas le village. En fait, il nous sera peut-être même profitable aussi, et pas seulement aux clans Nara et Yûhi.

La jeune femme réprima avec peine le soupir de soulagement qui voulait lui échapper. Avec le soutien de Tsunade, tout serait plus facile.

— Vous convaincrez le Conseil, une fois le moment venu ?

— Ma voix fait force de loi, tu le sais. Je ferai ce qu'il faut. Ton plan est retors, mais si Itachi accepte, personne ne protestera, j'y veillerai.

— Merci, Tsunade-sama.

— De rien. Bon, j'ai fini avec toi pour aujourd'hui. Tu veux bien aller déposer leurs assignations à Izumo et Kotetsu, à l'entrée du village ?

— Bien sûr. Passez une bonne soirée, Tsunade-sama.

Il ne lui fallut que quelques minutes après avoir quitté la Tour pour arriver à l'entrée du village, où les deux Chûnin travaillaient encore. Elle les salua avec sympathie, discuta avec eux de potins bénins et bien loin du sujet qui leur chatouillait les lèvres et… Elle se redressa soudain, incapable de respirer. Elle reconnaissait les deux signatures de chakra qui venaient d'entrer dans son champ de perception.

Jiraiya.

Naruto.

Son frère rentrait à la maison.